Etape 1: Lorraine ducale

Lundi 5 juin

1ère section: 26 km, dénivelé 192 m

Frontière de Volmerange – Thionville

Luxembourg français, département 57

2ème section: 85 km, dénivelé 422 m

Gare de Nancy – Canal de la Marne au Rhin – Canal de Jonction – piste cyclable de la Moselle – Chaudeney – Toul – Boucq – Vertuzey – Sorcy Saint Martin

Lorraine ducale, départements 54 et 55

Petits nuages de beau temps, petite brise, 21°

Trajet évidemment trop long en additionnant les deux sections, mais le dénivelé est modeste et j’avais une heure de plus que dans mon horaire habituel. Si l’on compte seulement à partir de Nancy, c’est une très bonne étape de mise en jambes.

J’avais décidé de partir de Nancy plutôt que de chez moi parce que j’ai déjà traversé la Woëvre suffisamment souvent alors que je n’avais jamais visité Toul. Comme il y avait des problèmes avec le train en raison d’un chantier CFL, j’ai été à vélo jusqu’à Thionville d’où le train circulait normalement (et au tarif TER qui était à l’époque très avantageux à l’intérieur de la Lorraine). Ayant l’intention de prendre un train à 10 h pour avoir suffisamment de temps l’après-midi, je me suis levé un peu plus tôt que d’habitude pendant le voyage.

Centrale atomique de Cattenom depuis le col de Kanfen

Je suis souvent passé par le col de Kanfen entre Thionville et Dudelange, mais je n’étais jamais passé par là en sens inverse avec les bagages d’un voyage. La descente du col est superbe (j’ai atteint 54 km/h grâce à la ligne droite très bien goudronnée) et on a une vue étendue sur la vallée de la Moselle avec juste au milieu les quatre tours de la centrale atomique de Cattenom. Ceci m’a fait réfléchir sur les craintes intenses et viscérales que l’énergie atomique fait naître en Allemagne et au Luxembourg alors que les Français y voient une technologie comme les autres qui est utile si on la contrôle correctement.

Je me demande si ceci ne correspond pas à une attitude culturelle beaucoup plus profonde. Les Allemands réagissent émotionnellement aux technologies (ils aiment les automobiles et ont peur de l’atome) alors que les Français réagissent en scientifiques. La littérature et la philosophie allemande s’intéressent plus au moi et aux émotions (que ce soit Kant, Hegel ou Goethe), la tradition française au contrat social et aux technologies (que ce soit Diderot ou Auguste Comte). Franz Marc peint des animaux, Fernand Léger des usines.

Grilles de la place Stanislas à Nancy

Je suis finalement arrivé à Thionville vers 9 h 30, constatant au passage que la suspension du nouveau vélo est effectivement bien agréable quand le goudron des rues est plein de réparations ou quand il y a des ralentisseurs et des bords de trottoirs. Thionville a certes des morceaux de piste cyclable, mais c’est surtout au bord de la Moselle et il manque une vraie piste entre le centre ville et la sortie vers Hettange-Grande.

Le train était à l’heure et presque vide un jour semi-férié. Arrivé à Nancy, j’ai constaté avec plaisir que l’ascenseur est assez grand pour contenir le vélo (c’est le plus souvent le cas dans les gares, mais pas toujours). J’avais déjà visité Nancy plusieurs fois, soit en voiture en venant depuis le Luxembourg, soit lors du transit entre deux trains, et je me suis contenté de quelques photos emblématiques sur le trajet entre la gare et le canal.

Parc de la Pépinière

Il y a une très belle roseraie dans le parc de la Pépinière, mais je ne voulais pas me retarder et j’en avais bien profité lors du transit en 2011. J’ai par contre pris une photo de curieuses constructions en bois, un genre de décoration urbaine mise en place apparemment pour un concours.

Le parc donne presque directement sur le canal de la Marne au Rhin que j’ai suivi de Nancy vers l’amont sur une dizaine de kilomètres, évitant ainsi une banlieue sans intérêt particulier. Je finis toujours par m’ennuyer le long des canaux, mais ce n’est pas un problème sur une distance aussi limitée, d’autant plus que ce canal passe le long des centres des bourgs et que l’on voit donc quelques choses intéressantes. J’ai un peu hésité quant à la rive qui donnerait mieux accès au chemin de halage et j’ai eu la chance de tomber par hasard du bon côté (rive nord en l’occurrence).

Canal de la Marne au Rhin à Nancy

La municipalité a réhabilité le quartier de l’ancien port et j’ai pris une photo d’un étrange bâtiment argenté qui est en fait un hôtel. De l’autre côté du canal, il n’y a que des résidences plus basses avec un petit parc d’un dessin un peu intellectuel assez typique de l’école paysagiste des années 1990. Il comprend cinq secteurs déclinant le thème de l’eau, les bassins des typha, du miroir d’eau, des 100 fontaines, du jet d’eau et des nymphéas. Ce genre de concept a toujours l’air parfait sur le papier et fonctionne bien quelques années, mais l’entretien s’avère souvent coûteux ou compliqué et le résultat après 20 ans est assez loin du concept, comme on le voit au parc Javel à Paris. L’école anglaise contemporaine est très différente, elle en reste aux grandes pelouses faciles à entretenir avec juste quelques parterres de graminées.

Port de Jarville-la-Malgrange

En longeant le canal, on arrive assez vite à la commune suivante, Jarville-la-Malgrange, et c’est un trajet bien plus agréable que par les avenues de banlieue usuelles. Ma carte montre un château intéressant à Jarville, mais je n’ai pas eu le courage de faire la détour et j’ai vu après que j’ai eu raison car c’est un bâtiment assez austère du 18ème siècle qui vaut plus par le musée qui se trouve à l’intérieur. Ma photo montre seulement l’ancien port.

Idylle au bord de la Meurthe

On n’a pas vraiment l’impression de traverser la banlieue quand on longe le canal et la vue devient même franchement bucolique à un endroit où le canal passe tout près d’un méandre de la Meurthe. Des retraités grassouillets passaient leur jour férié à taquiner le goujon et les petits nuages se reflétaient de façon charmante dans le fleuve tout calme. 300 m plus loin, je suis tombé sur une étrange passerelle métallique qui traverse la Meurthe et qui est accessible aux piétons. Elle offre une vue particulièrement paisible sur la rivière ici assez large avec la chartreuse de Bosserville dominée par les collines du plateau lorrain. Le ciel se reflétait d’une façon très artistique dans l’eau.

La Meurthe à Laneuveville

La passerelle a pu avoir une fonction militaire car elle débouche au confluent de deux canaux, celui de la Marne au Rhin et un canal de jonction reliant Nancy aux anciennes aciéries de Neuves-Maisons sur la Moselle. J’ai quitté là le premier canal pour le second, mon idée étant de rejoindre la Moselle et de la longer jusqu’à Toul. On peut le faire depuis Nancy en passant par le Nord plutôt que par le Sud, mais il y a moins de curiosités en cours de route.

Le canal remonte une petite vallée sans grand intérêt, ce qui fait que j’étais content de rester à l’ombre des grands arbres. C’est un trajet très apprécié, j’ai croisé ou doublé bon nombre d’excursionnistes qui cherchaient un coin pique-nique agréable au bord du canal. Au bout de la vallée, il faut passer la crête entre Meurthe et Moselle par une série de sept écluses très rapprochées; je les ai contournées par le village de Fléville parce que je voulais passer devant le château.

Château de Fléville

C’est un superbe château Renaissance construit en 1533 le long du vieux donjon qui date de 1320. Il est habité mais se visite le dimanche une bonne partie de l’année. Il rappelle un peu Azay-le-Rideau, évidemment sans les célèbres douves, parce qu’il comporte un balcon à l’italienne qui est un balcon continu en pierre sur toute la façade. En France, il était usuel de construire soit des galeries à arcades, soit quelques balcons isolés. Fléville est l’un des rares châteaux lorrains qui ne fut pas détruit par les troupes de Louis XIII et il appartient depuis 1812 aux descendants d’un baron d’Empire. Je n’avais jamais vu de photos ni de prospectus sur le château et j’ai donc été très content de mon petit détour même s’il y a une côte assez méchante pour retrouver le canal ensuite.

Depuis la crête, je m’attendais à trouver un escalier d’écluses côté Moselle comparable à celui côté Meurthe, mais elles sont beaucoup moins nombreuses car on est environ 50 m plus haut. Je n’aurais jamais pensé que la boucle de la Moselle lui permettait une telle différence de niveau comparée à la Meurthe, et ceci explique comment la Meurthe a été capable de détourner la Moselle de la Meuse dans laquelle elle se jetait à l’origine.

Le chemin de halage se termine au niveau d’un bassin à écluse compliqué qui marque la fin du canal, puis on peut utiliser un itinéraire pour cyclistes goudronné le long de la Moselle. On ne longe pas le canal à cet endroit, ce qui est aussi bien car le fleuve est plus varié. La voie cyclable est aussi très bien conçue, avec de nombreuses petits virages amusants entre jardins ouvriers, anciennes sablières et sections boisées.

Etang à Messein

Je commençais à chercher un endroit pour pique-niquer et je me suis arrêté quand j’ai trouvé un banc en ciment au bord d’un étang de pêche. Il y avait deux messieurs d’environ 30 ans pas loin de moi, ils pêchaient au lancer sans grand succès et se sont ensuite réfugiés sous une grande toile de tente où je suppose qu’ils avaient une réserve de boissons fraîches.

On pourrait fantasmer une amitié particulière mais je pense que c’étaient simplement des copains, la pêche semblant être une activité attirante pour des jeunes papas ayant besoin de quelques heures au calme sans madame ni les enfants à proximité. J’ai souvent des hésitations à appeler la pêche un sport, mais je veux bien si c’est la pêche au lancer, il faut quand même remuer un peu un bras de temps en temps.

Mon banc en ciment n’était pas parfait, il était un peu trop près d’une poubelle débordante et presque en bordure de la piste cyclable où circulent aussi les voitures des pêcheurs. J’ai même vu une voiture avec un couple (les pêcheurs sont normalement tous des hommes), mais ils sont repartis après avoir constaté que l’endroit ne leur convenait pas, probablement faute d’herbe pour s’asseoir agréablement au bord de l’eau.

Rapides de la Moselle à Neuves-Maisons

Après le coin pique-nique, la piste cyclable contourne encore plusieurs anciennes sablières avant de rejoindre une petite route qui longe la Moselle au pied des murs de l’ancienne aciérie de Neuves-Maisons. Les murs sont suffisamment hauts pour que l’on ignore les ruines tandis que le fleuve est charmant, avec même des rapides que j’ai trouvés tellement excitants que je les ai pris en photo, n’en attendant pas du tout. La Moselle n’était pas canalisée à cet endroit, il y a un canal parallèle.

J’ai fini par atteindre sur la petite route la langue de terrain qui séparait le canal de l’aciérie du fleuve sur un ou deux kilomètres. La vue vers les friches industrielles est assez spectaculaire, quelques grands hangars mais surtout un port industriel imposant avec un énorme bassin prévu pour accueillir des péniches à grand gabarit. Il doit dater de la fin des années 50 et de la canalisation de la Moselle. L’aciérie a fermé depuis longtemps car elle était liée comme les aciéries luxembourgeoises à une mine de fer locale dont le fer n’est pas concurrentiel de nos jours. Il reste une usine de fers à béton qui appartient à un groupe italien mais elle n’utilise plus le port.

La taille des friches m’a impressionné mais je pense que c’est parce que je compare automatiquement avec les anciennes aciéries luxembourgeoises, qui ont très vite été reconverties en partie dès qu’Arbed a libéré le terrain que ce soit à Dudelange ou à Belval. Neuves-Maisons reste une petite ville industrielle animée, en partie parce qu’elle sert aussi de banlieue de Nancy.

Un pont sur la Moselle sépare Neuves-Maisons sur la rive droite de Pont-Saint-Vincent sur la rive gauche et ce sont deux mondes différents. Depuis la piste cyclable, je voyais côté Neuves-Maisons de nombreuses petites maisons grises et à leur pied les murs en acier rouillé du canal des aciéries rectiligne et un peu sinistre. Une arche en béton franchit le canal.

Moselle à Pont-Saint-Vincent

De l’autre côté, un beau pont en pierre à cinq arches franchit le fleuve avec ses remous et ses îlots fleuris pour donner accès au très vieux bourg agricole de Pont-Saint-Vincent, refondé en 1477 par le duc de Lorraine qui affranchit tous les serfs qui viendraient s’y installer (ils hésitaient à cause des inondations et des champs moins fertiles que sur le plateau). Le bourg décline lentement depuis des années, comme s’il se trouvait beaucoup plus loin de Nancy que Neuves-Maisons. Logiquement, Pont-Saint-Vincent vote traditionnellement divers droite, Neuves-Maisons à gauche. Et Madame Le Pen a obtenu 10% de moins de voix à Pont-Saint-Vincent qu’à Neuves-Maisons en 2017.

Moselle canalisée

Entre Neuves-Maisons et Toul, la Moselle a creusé une vallée encaissée pour franchir la côte de Moselle, ce qui ne lui sert d’ailleurs pas à grand chose puisqu’elle change d’avis à Toul et franchit la côte en sens inverse. La section encaissée est presque aussi pittoresque que les gorges de la Sarre et beaucoup plus sauvage car il n’y a aucun village. La piste cyclable ne suit pas directement la Moselle maintenant canalisée, elle reste dans la ripisylve entre des bras morts et des étangs ou au pied des pentes raides et plongées dans une forêt dense. J’ai beaucoup aimé cette section peu connue, peut-être aussi parce qu’il faisait agréablement frais sous les arbres. Il y a juste un moment sportif quand la piste rejoint la route pour traverser un village par une bonne petite côte.

Toul vu depuis le pont sur la Moselle

Une fois que la Moselle sort de la section encaissée, c’est moins intéressant, mais on peut rejoindre Toul assez rapidement dans la plaine alluviale. J’ai eu un peu de peine à trouver l’accès au pont sur la Moselle car il est muni d’une longue digue afin de passer en même temps la gare de triage. Une fois sur le pont, par contre, j’avais une vue superbe de la cathédrale apparaissant entre les arbres. C’est une vue bucolique que l’on a rarement en entrant dans une ville et ceci s’explique par le fait que Toul était une ville fortifiée et qu’il resta interdit de construire des maisons entre les murailles et le fleuve jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Cathédrale de Toul

Toul fut fondée par les Romains et devint par la suite une ville typique de l’empire germanique, tiraillée entre les bourgeois voulant une commune libre, les comtes et les évêques. Finalement, la ville sera conquise par le roi de France en 1552 comme prix de son appui aux princes protestants allemands alors en lutte contre Charles Quint. La population de Toul resta stable du XIIème siècle au XIXème siècle, signe de la stagnation économique, et les usines installées dans les années 50 ont fermé dans les années 90 pendant que l’armée fermait les casernes. Pourtant, Toul donne l’impression d’une ville animée, probablement grâce à la proximité de Nancy.

Effet théâtral

Le grand monument de Toul est la cathédrale, construite du 13ème au 15ème siècle avec une très belle façade flamboyant inspirée par la cathédrale de Reims. Comme presque partout dans l’est de la France, les sculptures ont été détruites à la Révolution, sauf deux anges qui tiennent un rideau au-dessus d’une fenêtre de façon particulièrement théâtrale.

Gisant dans la cathédrale de Toul

A l’intérieur, j’ai été un peu surpris par les nervures peintes des voûtes de la nef, effet ajouté lors de la rénovation de 1999 car c’était un décor usuel au Moyen-Âge (et que j’ai souvent vu dans les églises gothiques allemandes d’ailleurs). Le mobilier a entièrement brûlé en 1940 et la seule chose qui m’a vraiment intéressé est le gisant Renaissance de Saint Mansuy, fondateur de l’évêché au IIIème siècle selon la légende.

Chapelle Renaissance

La cathédrale vaut surtout par une magnifique chapelle Renaissance construite en 1549 avec un décor néo-classique raffiné. La voûte est une remarquable coupole en trompe-l’œil qui applique les calculs d’un érudit de la région auteur d’un traité d’architecture. La photo a très bien rendu et il est vraiment difficile de deviner si la coupole est aplatie et dans quelles proportions.

Coupole en perspective

Décor inattendu dans une cathédrale

A titre de curiosité, j’ai trouvé dans une autre chapelle un décor bizarre avec un autel volumineux baroque, un tapis de sol et six chaises en faux Louis XIII autour d’une table comme si on pouvait se faire servir un repas à cet endroit. Je crois que c’est l’endroit où l’on s’occupe des enfants pendant la messe mais l’effet est vraiment étrange. Il y a une autre curiosité vantée par les guides, le cloître, mais je ne l’ai pas visité. Il est assez nu comme d’usage au 14ème siècle et intéresse les experts surtout parce qu’il est extrêmement grand, devant servir à de nombreux chanoines car l’évêché recouvrait une région très étendue de Belfort à Bar-le-Duc (800 paroisses !).

Palais épiscopal de Toul

Qui dit évêque dit évidemment palais épiscopal, utilisé ici comme dans beaucoup de cas comme mairie. On y accède par une cour solennelle mais la façade est austère car néo-classique et seul le portail avec son arrondi est plus vivant. Côté jardin, le palais est tout aussi imposant et un peu froid, mais avec un curieux pavillon central à coupole octogonale. Je me suis assis un moment dans le jardin pour un en-cas après la visite de la cathédrale, ce que les bonnes dames de Toul qui promènent Médor et Bichon dans ce jardin trouvaient un peu suspect. J’ai cherché ensuite la roseraie indiquée par un petit panneau mais je ne sais pas où elle était alors que le jardin n’est pas gigantesque.

Fontaine baroque à Toul

Toul n’a pas vraiment de vieille ville vu les dégâts de 1940, mais il y a une série de maisons isolées intéressantes dont certaines ont des détails gothiques. Il y a aussi une église gothique dont j’espérais visiter le cloître car c’est un des rares cloîtres flamboyants de France. Malheureusement, il ne se visite qu’avec un conférencier pendant les vacances scolaires d’été. A défaut, j’ai admiré une fontaine baroque qui fait penser à la Bohême ou à la Bavière et qui montre que Toul restait dans une tradition culturelle germanique même deux cents ans après la conquête française.

Rond-point aux carrelets

J’ai bien profité des places de la ville car la municipalité se donne beaucoup de peine. La place principale est un rond-point orné d’un parterre en forme d’étoile fleurie avec un milieu une décoration tout à fait inattendue, des cabanons de pêcheurs avec des carrelets comme sur la Gironde. Un autre rond-point plus secondaire est orné de façon très amusante d’une dizaine de poteaux blancs munis de nichoirs multicolores. Le rond-point aux nichoirs a aussi quelques palmiers (oui, même à Toul), celui aux carrelets a des bananiers.

Rond-point aux nichoirs

Eléphant du jumelage et murailles de Vauban

Quand j’ai quitté la ville par l’ancienne porte de la forteresse, j’ai passé les levées de terre et les murailles typiques de Vauban mais je suis tombé ensuite sur un amusant éléphant peint, offert par la ville allemande de Hamm qui est jumelée avec Toul. L’éléphant est orné des principaux monuments de Hamm et c’est une bonne idée. Il m’a fait penser à une mode entre 2000 et 2010 pour exposer et faire décorer des animaux dans les villes. La chose était une affaire commerciale car les éléphants faisaient de la publicité pour des entreprises. Luxembourg a eu des vaches mais aussi une fois des éléphants. Celui de Hamm est plus utile que les éléphants des sociétés de téléphone ou d’électricité.

Après l’éléphant, j’ai suivi la route de Paris qui fait un virage surprenant pour franchir la voie ferrée. Il y a une gare assez imposante que je connaissais des trains Luxembourg-Côte d’Azur et qui fut construite pour débarquer les milliers de conscrits casernés à Toul. Elle est presque abandonnée maintenant avec juste des trains régionaux. J’aurais pu longer la voie ferrée jusqu’à mon hébergement mais c’est une route nationale et il y a une côte assez raide.

Côte de Meuse

Finalement, je n’ai pas échappé à la côte longue et assez raide par mon itinéraire de remplacement, qui consistait à longer la côte de Meuse pendant une heure. C’est parce que la route passe entre une butte-témoin et la côte proprement dite. Je n’ai pas trop regretté parce que la route était raisonnablement calme et pas trop raide. En plus, on a une superbe descente de l’autre côté de la crête pour atteindre les villages du pied de la Côte.

Je connaissais évidemment le vin des Côtes de Toul, mais je ne m’étais jamais demandé où il poussait exactement et je sais maintenant: au pied de la Côte de Meuse au nord de Toul. C’est une toute petite appellation avec seulement trois villages viticoles. Comme en Bourgogne et en Champagne, les vignes se limitent aux flancs sud entre la forêt sur les crêtes et les champs de céréales dans la plaine en bas. On voit que la vigne est un produit qui demande beaucoup de travail mais qui a une valeur importante car il y a beaucoup de gros villages à cet endroit alors qu’ils sont beaucoup plus rares et plus petits dès que l’on n’a plus de vignoble (remplacé par des vergers de mirabelles et de pommes).

Lavoir à Boucq

Je ne me suis pas attardé dans les trois villages car ils ont beaucoup souffert des guerres et sont formés de maisons crépies sans grand intérêt. Après avoir quitté la zone des vignes, je suis passé dans un gros village agricole où je me suis arrêté en voyant un lavoir. J’avais soif et c’était en plus un beau lavoir du début du 19ème siècle avec une charpente intéressante en carène de bateau. J’en ai très rarement vues, je suppose que cela demande une grande expertise de la part du charpentier. Le village s’appelle Boucq, nom amusant en français qui vient tout simplement de l’allemand Buche (hêtre).

Charpente en carène

Il y a apparemment un très beau château fort du 14ème siècle à Boucq mais il est évidemment tout en haut du village et je n’ai pas eu le courage d’y monter, surtout que c’est un cul-de-sac. A défaut, j’ai admiré en passant le mur imposant de l’abbaye de Rangéval, dont les bâtiments m’intéressaient moins car ils ont été reconstruits vers 1750 dans le style froid et austère de l’époque. Vénérable abbaye du 12ème siècle, elle attirait les pèlerins avec une relique que je trouve particulièrement fantaisiste, les langes de l’Enfant Jésus.

Col de Corniéville

L’abbaye se trouve sur la commune de Corniéville, où l’on peut franchir la côte de Meuse par un col assez bas. Il y a toute une série de passages de ce type formés par des vallons secs; il doit y avoir une raison géologique car la côte de Moselle est très différente, traversée par de vraies rivières. J’ai bien aimé le vallon sec car il me faisait un peu penser aux paysages du Jura. J’attendais presque les clarines et je ne me sentais pas du tout dans la Meuse.

Portique à colonnes sur un ancien moulin

La route passe devant un joli moulin que j’ai pris en photo pour sa tour plus ou moins médiévale et son élégant portique néo-classique. Je ne sais pas de quand il date, il fait un peu penser aux manoirs du Quercy. La route descend ensuite sans histoire dans la vallée de la Meuse, remonte une crête, passe le fleuve puis court dans une petite plaine monotone jusqu’à Sorcy où j’avais réservé l’une des très rares chambres d’hôtes abordables de la région.

Mairie de Sorcy-Saint-Martin

Comme il n’était pas encore 19 h, je me suis offert dix minutes de détour jusqu’à la mairie, qui est un assez joli bâtiment cubique avec une élégante colonnade néo-classique construite vers 1820. Sur la photo, le toit en tuiles assez plat, les formes cubiques, le crépi beige et les volets vert clair donnent un air très méridional que l’on n’attend pas dans la Meuse. La mairie est directement au bord de la rivière en face d’un grand lavoir qui doit dater de la même période. On voit que la Meuse n’est pas vraiment un fleuve très imposant, ceci pour la bonne raison qu’elle ne reçoit pratiquement aucun affluent entre sa source et les Ardennes 150 km plus au nord.

La chambre d’hôtes est en fait un gîte que les propriétaires louent à la nuit quand ils n’ont pas de client pour une semaine, chose fréquente. Le gîte est installé dans une ancienne grange transformé par le jeune couple d’agriculteurs qui a repris la ferme. En fait, ils ont repris plusieurs petites fermes et sont sept associés, dont les anciens fermiers qui prennent leur retraite progressivement et vendent alors leur part. C’est un peu compliqué à gérer mais ceci évite de devoir dépenser une grosse somme en une seule fois pour acheter une ferme en activité. Les associés ont investi à la place dans de très gros hangars et la quantité de foin comme la taille des engins mécaniques montrent que c’est une ferme comme l’Union Européenne se l’imagine, avec probablement bien plus de 100 vaches.

Chambre d’hôtes à Sorcy

Le monsieur a transformé la grange en gîte lui-même, avec un bel escalier en pin un peu raide mais muni d’un détecteur de mouvement pour la lumière, ce qui est très chic. La chambre est parfaitement équipée et on a vraiment l’impression d’un travail d’artisan professionnel. La dame y a mis quelques meubles anciens qui valent pour l’optique plus que pour le style et les couleurs sont gris et taupe. Elle a dû s’inspirer de revues de décoration, c’est un style qui commence à passer dans les lofts pour banquiers londoniens mais qui fait fureur pour les intérieurs de restaurant.

Hangar de ferme peint

Le style est très différent de celui que son mari a donné à un des hangars. Il a en effet peint le grand mur qui donne sur la route avec une scène agricole et bucolique. C’est un très bon trompe-l’œil et ce serait bien si plus de gens peignaient leurs grands murs aveugles de cette façon. Je suppose qu’il a recopié une gravure mais il est vraiment habile car ce n’est pas facile d’agrandir correctement les proportions.

Les propriétaires ne servent pas à dîner, en partie parce qu’ils ont un petit enfant de deux ans. Antonin est charmant et dynamique, les enfants de cet âge semblent avoir une énergie inépuisable. J’avais prévu des plats à réchauffer achetés chez Carrefour puisqu’il y a un four à micro-ondes. Cela dépanne mais je trouve les assaisonnements un peu étranges et la consistance est toujours un peu molle. Les seules choses pour lesquelles le micro-ondes est vraiment utile sont les plats en sauce comme les plats indiens… et la raclette quand on n’a pas d’appareil approprié.

Puisque j’étais tout seul dans ma petite salle, je n’ai pas perdu beaucoup de temps à faire la cuisine. J’ai eu le temps de lire une bonne partie d’un livre sur Commercy édité avec force détails par la société d’histoire locale. Le livre m’a incité à faire une halte supplémentaire le lendemain à Euville et aura donc été utile. Un autre livre contenait des articles très intéressants sur les migrations saisonnières dans la France du 19ème siècle (maçons de Creuse, ramoneurs de Savoie etc). Si les hommes d’un village faisaient tous le même métier, c’est en partie parce qu’il n’y avait pas d’école technique à l’époque et que l’on apprenait donc le métier de son père ou d’un oncle.

La Meuse à Sorcy

La dame m’avait suggéré d’aller me promener après le dîner en traversant la cour entre les nouveaux hangars et il y a effectivement un petit morceau en bord de Meuse derrière avec un parking public, un banc pour lire le livre, un petit lavoir et quelques beaux bacs à fleurs. La commune avait aussi très joliment fleuri l’autre lavoir près de la mairie. En revenant au gîte, je suis passé devant une voiture garée entre les hangars. Des hommes faisaient la conversation à l’intérieur mais je n’ai pas regardé en détail et la dame m’a dit le lendemain que les jeunes du village viennent parfois traîner de cette façon. Je comprends très bien que les endroits excitants pour passer la soirée manquent à Sorcy, mais pourquoi s’enfermer dans une voiture pour papoter ?

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :