Etape 4: Porcien et Thiérache

Jeudi 8 juin

environ 108 km, dénivelé 1173 m

Soleil voilé puis beau temps, petite brise de sud, 25°

Bouvellemont – Guincourt – Tourteron – Charbogne – Amagne – Novy-Chevrières – Novion-Porcien – Chaumont-Porcien – Rozoy-sur-Serre – Renneval – Vigneux – Hary – Gronard – Prisces – Burelles – Tavaux – Chaourse

Thiérache, départements 08 et 02

Trajet un peu trop long comparé à mon objectif normal, surtout avec le dénivelé. J’aurais obtenu un résultat beaucoup plus raisonnable si j’avais renoncé aux quatre églises fortifiées, mais c’était justement la raison pour laquelle j’avais voulu retourner dans la région malgré le paysage peu excitant.

Au petit déjeuner, la dame m’a parlé de ses poules. J’avais eu l’occasion de faire un tour autour du poulailler qui se trouve au coin de l’ancienne ferme sous les cerisiers et les poules avaient l’air très naturelles. Le monsieur est contraint à quelques acrobaties pour atteindre les œufs, ce doit être un peu une gymnastique matinale. La dame m’a dit qu’un poulailler dépasse en fait les besoins d’un couple en œufs.

Eglise de Tourteron

Comme Bouvellemont est tout en haut sur la crête, je me réjouissais d’avoir une longue descente plus ou moins sensible jusqu’à la vallée de l’Aisne. C’est un peu plus compliqué, on descend bien dans un vallon verdoyant charmant, mais le chef-lieu de canton, Tourteron, est sur une colline dominant le vallon. Le canton a été supprimé en 2015 et ceci se comprend car le canton tout entier n’avait que 1300 habitants et Tourteron que 170 (contre plus de 600 vers 1840).

Saint Fiacre, patron des jardiniers

Je me suis arrêté quelques minutes sans l’avoir prévu à l’avance car le village est charmant, avec une petite église gothique sur une grande place ombragée. L’église date pour l’essentiel du 15ème siècle avec un peu le même genre de portail très ouvragé qu’à Falaise ou Rembercourt. Le clocher a une forme un peu originale mais me semble récent. Il y a une ravissante statue de saint muni d’un arrosoir et d’une bêche sur la façade. Il s’agit de Saint Fiacre, patron des jardiniers (et des chauffeurs de taxi !).

Halle de Tourteron

Il y a aussi une jolie halle du 16ème siècle derrière l’église, construite pour profiter de l’autorisation donnée par François Ier de tenir deux foires annuelles. Le roi espérait se rendre populaire auprès d’une population qui aurait pu être tentée de rejoindre les Pays-Bas espagnols à l’époque. J’aime bien les halles en général même si je reconnais qu’elle n’ont pas vraiment de valeur architecturale, étant refaites régulièrement, et que leur effet est surtout pittoresque.

De Tourteron, j’ai cru bien faire en traversant le vallon puis en remontant de l’autre côté jusqu’à la nationale, mais j’aurais mieux fait de rester dans le vallon et de ne le quitter qu’à la fin pour accéder au village de Charbogne. La faute est à la carte qui oublie de mentionner une bonne côte sur mon trajet et qui mentionne seulement celle de l’autre route. Je ne me plains pas trop parce que le vent m’a poussé pendant que j’étais sur la nationale.

Château de Charbogne

Charbogne est un tout petit village avec une église classée mais pas vraiment extraordinaire. Je suis passé par là plus pour le château mentionné dans un prospectus touristique. On dirait une ferme fortifiée mais ce fut un vrai château fort et les tours rondes datent du 12ème siècle comme à Day la veille. Le reste date du 15ème siècle, époque paisible dans la région avant les guerres franco-espagnoles.

Manoir près d’Alland’huy

En quittant le village, je suis passé devant deux grosses fermes traditionnelles d’un type qui s’est répandu à partir du 17ème siècle. Les fermiers essayaient de résister aux troupes de déserteurs et de bandits qui profitaient de l’anarchie causée par les guerres ou qui n’avaient pas de revenu entre deux guerres. Les fermes sont donc carrées avec des murs quasiment aveugles. On ne devine pas de la rue que les cours sont gigantesques. La deuxième ferme isolée dans les champs de maïs de la plaine de l’Aisne est majestueuse et pourrait être en fait une propriété du 19ème siècle autour d’un manoir.

Alors que la vallée de l’Aisne était légèrement encaissée et variée la veille, elle est plate et large plus en aval et le trajet est devenu assez monotone autour de Rethel. Je suis passé dans plusieurs gros villages, Amagne, Lucquy et Novy, qui ne doivent pas leur taille à l’agriculture. Amagne était une gare de correspondance avec un grand atelier d’entretien des wagons et sert maintenant de ville dortoir pour fonctionnaires travaillant à Rethel et même à Reims.

Eglise de Novy-Chevrières

Novy est moins gros et souffre moins de pavillonnite provinciale, c’est un simple bourg agricole sur une nationale oubliée depuis qu’il y a une voie rapide. J’y suis passé parce que l’on y trouve l’un des très rares monuments intéressants de la région de Rethel, une grande église du 15ème siècle. J’ai eu beaucoup de peine à la trouver (elle s’appelle Saint Pierre ou Sainte Catherine selon la pancarte) et on ne peut pas la visiter. D’après Internet, la décoration et le mobilier méritent un arrêt, mais ce n’aura pas été la dernière déception en ce domaine. Faute de mieux, j’ai admiré l’unité architecturale quelque peu austère. Le bâtiment impressionne beaucoup vu depuis les champs car il est tout à fait en bordure du village.

Grange à Novy-Chevrières

Comme j’étais un peu énervé, je me suis dit qu’un en-cas serait une bonne idée, mais je n’ai pas trouvé de banc à l’ombre ni d’ailleurs de square vraiment agréable dans ce gros village. A défaut d’autre chose, je me suis assis sous les cerisiers d’un parking parce qu’il y a une bordure en herbe avec deux bacs à fleurs. J’étais à l’ombre et la vue n’était pas désagréable avec quelques pavillons et dans l’enfilade de la rue une grange sans usage apparent mais très joliment fleurie par son propriétaire.

Après Novy, j’avais choisi des petites routes pour m’enfoncer dans les profondeurs du Porcien, un comté carolingien à la frontière entre plaine de Champagne, vallées encaissées de Thiérache et crêtes verdoyantes des Ardennes. Le Porcien lui-même n’est pas très vallonné et les champs dominent sur les modestes bois, mais c’est quand même moins monotone qu’en Champagne crayeuse. Plus on se rapproche des Ardennes, plus les vallons deviennent profonds et verdoyants, comme au-dessus de Vouziers la veille.

Halle de Wasigny

Le plus pittoresque est celui de Wasigny, où j’espérais voir le château. Même en poussant le vélo sur une côte sans autre utilité, je n’ai rien vu du château, totalement caché dans les arbres et strictement privé. Par contre, j’ai pu admirer la halle sans problèmes. Elle est plus ancienne que celle de Tourteron (15ème siècle) et assez curieuse avec un plan compliqué dû à la rue en forte pente. La façade vers le vallon est un bel exemple à pans de bois, architecture typique autrefois mais qui a presque partout disparu dans la région. Le remplissage est en briques et non en torchis, ce qui annonce la Thiérache et l’Artois.

Halle de Wasigny

Charpente de la halle à Wasigny

Une petite fille jouait dans la rue quand je suis arrivé et est allé se cacher dans la maison quand elle a vu que je garais mon vélo pour prendre des photos. Mais il est probablement rare qu’un touriste se perde à Wasigny et elle a fini par ressortir et m’observer avec beaucoup d’intérêt même si elle faisait mine de se concentrer uniquement sur son ballon. J’ai appris que les habitants de Wasigny s’appelle des Neuvillois parce que Wasigny fut refondée au 12ème siècle en offrant aux serfs qui s’y installeraient l’affranchissement.

Wasigny se trouve à mi-chemin entre Novion-Porcien et Chaumont-Porcien, deux anciens chefs-lieux de canton de tout juste 500 habitants. Chaumont est plus intéressant car au-dessus d’un vallon très encaissé, presque sur un col entre deux collines boisées assez hautes. La côte de Chaumont fait partie de celles que j’aime bien, tortueuse, en partie ombragée et promettant une vue intéressante. Je ne suis pas monté sur le Mont, un ancien lieu de pèlerinage d’intérêt local, car j’étais plus intéressé à un lieu de pique-nique.

Environs de Chaumont-Porcien

Dans un aussi petit village, je n’avais pas d’attentes excessives et j’ai été très satisfait de m’installer dans l’herbe derrière l’église au coin de haies assez hautes pour donner de l’ombre. Le village est si petit que je voyais très bien des chevaux, des prés et le coin des jardins, mais à peine une maison. C’est un pique-nique qui m’a laissé un très bon souvenir. Une dame est passée et m’a souhaité bon appétit, mais personne sinon n’est venu faire le tour de l’église.

Ligne de partage des eaux entre Aisne et Oise

J’ai passé le petit col ensuite et j’ai été surpris de voir que le paysage change complètement. Du côté est, ce sont des vallons verdoyants qui annoncent clairement les Ardennes. Du côté ouest, les vallons sont couverts de grands champs de céréales qui rendent les côtes très monotones. C’est la frontière entre les deux départements (Ardennes et Aisne), entre le Porcien et la Thiérache, historiquement entre la zone clairement française de la vallée de l’Aisne et la zone mouvante de l’Artois. Ce n’est pas la première fois que j’ai vu une frontière de départements coïncider précisément avec une frontière naturelle. La photo montre le dernier vallon ardennais et on voit les forêts sur les crêtes et les prés dans les fonds.

Maisons en briques à Rozoy-sur-Serre

Après un morceau de plateau monotone et un peu désagréable parce qu’il s’était mis à faire chaud, je suis descendu dans la première vallée de Thiérache, celle de la Serre. Rozoy ne présente pas d’intérêt à cause des destructions pendant diverses guerres, mais j’ai été frappé par l’architecture car on trouve une série de maisons entièrement construites en brique, chose très rare dans les Ardennes alors qu’elle est fréquente en Artois. L’architecture traditionnelle de Thiérache n’est pas en briques, elle est plutôt en bois, mais il reste peu de granges anciennes et j’ai eu de la peine à en trouver une de photogénique.

Grange traditionnelle en bois à Dolignon

Comme j’avais réservé un hébergement un peu en aval dans la vallée de la Serre, j’étais presque arrivé alors qu’il n’était que 16 h. J’avais préparé ceci sciemment parce que ceci me donnait le temps d’ajouter une assez longue boucle dans le sud de la Thiérache pour visiter les églises fortifiées que je n’avais pas pu visiter en 2013. La plupart de celles que je cherchais sont dans la vallée de la Brune, mais il y en a deux dans des vallons entre la Serre et la Brune. Ces vallons sont assez encaissés et il faut donc compter avec une belle côte à chaque fois, ce qui a probablement causé la statistique assez haute pour la journée. Les côtes ne sont pas extrêmement raides ni extrêmement longues et j’étais plus gêné par une petite chaleur que par la pente.

Eglise fortifiée de Renneval

La première église est celle de Renneval, que je trouve intéressante à comparer aux suivantes. Cette fois, c’est le chœur qui est fortifié tout entier, ce qui est compliqué à mettre en place si on veut aussi avoir des beaux vitraux pour donner de la lumière. En fait, c’est plutôt comme si on avait ajouté un local fortifié avec meurtrières au-dessus du chœur, les petites tours rondes étant probablement les escaliers. Il arrivait que les troupes d’attaquants pénètrent dans l’église, mais les paysans et leurs objets de valeur restaient inaccessibles à l’étage et on ne pouvait pas incendier facilement l’église faute de combustible sur place. Je n’ai pas pu entrer dans l’église mais les églises de Thiérache sont presque toujours plus intéressantes de dehors que de dedans. Ce qui les rend intéressantes, c’est qu’elles sont toutes différentes malgré leur air de famille.

Eglise de Vigneux-Hocquet

Celle du village suivant, Vigneux-Hocquet, combine une salle au-dessus du chœur qui ressemble beaucoup à celle de Renneval avec une tour ouest séparée sans aucune ouverture. Il y a quelques cas dans lesquels la tour n’est pas vraiment utilisable pour se défendre et a simplement la fonction de décourager à l’avance les assaillants potentiels. A Vigneux, l’explication est que la tour date du 14ème siècle tandis que le chœur est du 16ème siècle, laissant coexister des concepts de deux époques différentes.

Autre vue de l’église fortifiée de Vigneux

J’ai fait le tour de l’église par curiosité, le côté sud est beaucoup plus haut que le côté nord à cause du terrain en pente, et on est surpris par la décoration différente. Je cherchais aussi un robinet dans le cimetière, mais il y en a finalement moins souvent que je ne le pensais. Et il n’y a pas de toilettes avec robinets dans les petits villages. Par contre, j’ai fini par repérer sur la place ombragée en face de l’église une vieille borne à eau en fonte et j’ai constaté que l’on en trouve encore de temps en temps en Champagne. Elles sont souvent désamorcées, mais pas toujours, et j’en ai souvent eu besoin cette année parce que ma gourde contenant 1 litre était vide au plus tard vers 16h.

C’est après Vigneux que j’ai passé la ligne de crête. La route a l’air secondaire sur la carte mais il y avait beaucoup de circulation dont pas mal de poids lourds qui semblent passer par là pour relier le sud de la France à la Belgique en évitant certaines autoroutes à péage. Ceci m’a énervé et j’ai sauté sur l’occasion quand j’ai vu que la route plongeait dans un ravin avec au fond un grand bois profond. A cause du temps chaud, le bois était très rafraîchissant.

Il y avait deux poids lourds belges sur le petit parking, mais il y avait un chemin forestier qui me permettait de m’éloigner un peu d’eux. Ils sont repartis dix minutes après, je pense que c’étaient des camions de chantier qui faisaient une pause après leur travail avant de rentrer à la centrale. Je me suis amusé à inventer divers trafics que pourraient faire des camionneurs s’arrêtant ainsi mystérieusement dans ce bois.

Eglise de Hary

Après mon goûter au frais dans le bois, j’ai repris la route désagréable sur 5 km parce que les alternatives m’auraient causé un détour trop pénible. Je suis arrivé ainsi très vite à Hary dans la vallée de la Brune. J’y ai retrouvé les trois volumes de Vigneux, mais le chœur est simplement légèrement plus haut que la nef et c’est dû au fait que le chœur est voûté alors que la nef a simplement une charpente. Nous n’y sommes pas habitués parce que la plupart des églises ont été entièrement voûtées au 19ème siècle, mais la silhouette en deux volumes était familière à nos ancêtres.

Intérieur de l’église de Hary

La tour de Hary est comme à Vigneux un refuge et pas un emplacement de défense puisqu’il n’y a pas de meurtrières. On voit bien sur la tourelle d’escalier le quadrillage de briques noires sur fond rouge, un décor fréquent en Artois et en Thiérache. Un article particulièrement minutieux sur Wikipedia indique que l’église fut fortifiée vers 1618 même si elle est plus ancienne. L’église était ouverte et les voûtes sont assez jolies grâce au mélange de briques et de sections chaulées en blanc.

Eglise de Gronard

Le village suivant dans la vallée est Gronard, où je suis monté par une petite côte assez douce venant de l’amont alors qu’elle est nettement plus longue venant de l’aval. L’église était fermée et vaut apparemment surtout pour sa façade imposante avec deux grosses tours rondes encadrant un petit clocher central. La façade en briques est munie de très petites meurtrières. Il fallait qu’elles soient petites pour qu’un attaquant ne puisse pas jeter un matériau incendiaire par l’ouverture, mais on pense quand elles sont si petites qu’elles n’avaient pas d’utilité militaire et qu’elles avaient surtout pour objectif de faire croire aux attaquants que les paysans réfugiés à l’intérieur sauraient se défendre.

Mairie de Gronard

J’ai été très intrigué par un autre bâtiment dans le modeste village qui n’a que 77 habitants: il a une mairie ultra-moderne originale, creusée dans le flanc de la colline en contrebas de la route. On y descend par une rampe dont les flancs n’étaient pas encore fleuris en 2017 et on trouve en bas deux cubes en béton pratiquement invisibles du village mais offrant une grande vue vitrée agréable sur la vallée pour les gens qui se trouvent à l’intérieur. Je n’ai pas fait attention, mais le bâtiment serait excessif pour une si petite commune et je suppose qu’il abrite aussi une école.

Eglise de Prisces

J’ai descendu une longue côte avec grand plaisir en quittant Grosnard, puis je suis remonté de l’autre côté de la vallée vers Prisces qui est un village assez en hauteur. J’en ai eu assez à la fin et j’ai même monté un petit morceau à pied entre le cimetière et la route principale. L’église vaut le détour parce qu’on la voit d’au-dessus, ce qui est rare dans la région. Cette fois, la nef est plus haute que le chœur parce qu’elle est voûtée et que celui-ci est plus ancien, datant du début du gothique. On retrouve une grosse tour de défense unique comme à Hary, mais il y avait de vraies fenêtres aux deux étages supérieurs.

Eglise de Burelles

La dernière église fortifiée sur ma route dans la vallée de la Brune était celle de Burelles, avec une façade imposante un peu comme à Gronard. Mais le transept aussi est surélevé et fortifié, ce qui fait que c’était une vraie forteresse. Un panneau extrêmement intéressant relève dans l’entrée les caractéristiques des églises fortifiées de Thiérache en comparant les différentes versions. L’église de Burelles est suffisamment connue pour que j’y croise deux couples de touristes flamands, visiblement des retraités aisés.

Explications sur les églises fortifiées

J’ai trouvé une petite route qui monte directement de Burelles sur la ligne de crête entre les vallées de la Brune et de la Serre, ce qui était très pratique même si je n’aurais pas voulu grimper cette côte assez raide en pleine chaleur. Il y a un peu d’ombre mais la haie s’arrête au milieu de la montée. J’ai pris une photo depuis le plateau, on voit bien la combinaison du plateau monotone et céréalier et des vallées encaissées, plus vertes et boisées. Un peu comme dans l’Eure si on y pense.

Thiérache près de Burelles

J’ai bien profité d’une longue descente dans la vallée de la Serre puis j’ai longé la vallée par une route banale sur quelques kilomètres jusqu’à Chaourse où se trouvait mon hébergement. J’ai eu un peu de peine à le trouver malgré les explications de la dame mais je suis quand même arrivé à peu près à l’heure. Chaourse (qu’il ne faut pas confondre avec un autre Chaource au sud de Troyes) est un village très ancien avec un urbanisme intéressant.

Comme en Lorraine, une rue centrale bordée de pavés et de larges trottoirs destinés autrefois au fumier descend de l’église au gué sur la rivière. Les fermes anciennes le long de cette rue sont imposantes bien que pas vraiment photogéniques. Un garçon de 7 ou 8 ans jouait tout seul avec son ballon en haut de la rue et je lui ai trouvé un air un peu inquiétant. Il était rouge homard à cause de la chaleur et de l’effort et je lui ai même demandé s’il ne faisait pas un peu chaud pour courir dehors.

Lavoir à Chaourse

En dehors de l’ancienne rue principale, il y a une église fortifiée, mais je ne suis pas allé la voir le soir à cause de l’horaire. Je suis par contre passé au pied du village devant un lavoir massif original. Il est creusé dans le flanc de la colline, avec une façade en brique, et fait penser à un bassin pour curistes autant qu’à un lavoir. J’ai souvent remarqué cette année des lavoirs intéressants et celui-ci est le plus massif.

J’ai été accueilli par deux chiens extrêmement curieux (odeur de saucisson dans les bagages oblige) et par une jeune fille qui tenait la ferme ce soir-là parce que ses parents s’étaient offert un week-end d’excursion. Ils ont une grosse ferme céréalière et n’ont donc pas de soucis financiers. Il y avait un autre hôte qui m’a dit au petit déjeuner qu’il était inspecteur pour les agents d’assurance mais il faisait sa propre cuisine. J’avais réservé la table d’hôtes mais je me suis donc retrouvé tout seul à table, la jeune fille étant à la cuisine.

Elle m’a servi du pâté préparé par sa mère (encore un produit que j’apprécie beaucoup et j’espère qu’il ne cause pas de problèmes avec les normes d’hygiène) et du poulet sauce chasseur. La jeune fille avait aussi eu envie d’essayer une recette qu’elle n’avait pas utilisée depuis longtemps, celle des choux à la crème. Quand je lui ai dit qu’ils étaient délicieux, elle est allée en chercher un pour le manger assise à ma table.

En fait, nous avions commencé à faire la conversation de plus en plus au fur et à mesure quand la jeune fille a entendu que je m’essaye à écrire des romans pour mes neveux (qui me poussent à les mettre sur Internet – j’y pense). Elle est tentée par l’écriture mais se posait beaucoup de questions sur les sources d’inspiration, les thèmes, les lecteurs potentiels etc. Je lui ai répondu dans la mesure de ma modeste expérience; j’écris beaucoup mais je n’ambitionne pas d’être publié.

Elle m’a raconté entre deux discussions littéraires que son père avait pas mal de peine à prendre vraiment sa retraite et qu’il continuait à suivre d’un peu trop près les efforts de son fils. Ce n’est pas une bonne chose car le fils n’a pas repris l’exploitation par vocation agricole, plus par fidélité familiale. La jeune fille a un métier complètement différent (elle ne m’a pas dit lequel) et son copain habite de toute façon à une centaine de kilomètres de la ferme. Au total, c’était sans aucun doute la soirée la plus agréable du voyage.

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :