Etape 6: Tardenois

Samedi 10 juin

88 km, dénivelé 1056 m

Très beau, soleil très chaud, légère brise de sud, 25°

Braye-en-Laonnois – Soupir – Presles-et-Boves – Braine – Mont-Notre-Dame – Loupeigne – Fère-en-Tardenois – Cohan – Lhéry – Sarcy – Cote 110 – Sacy – gare de Champagne TGV

Tardenois, départements 02 et 51

Trajet qui m’a laissé le souvenir d’une étape longue et fatigante alors que la statistique ne le fait pas apparaître. C’est probablement dû à la chaleur et au peu d’ombre sur la deuxième moitié du trajet.

Tunnel de Braye sur le Canal de l’Est

En quittant Braye-en-Laonnois, j’ai eu la surprise de passer un pont sur un canal et j’ai découvert que le canal passe sous le chemin des Dames par un tunnel de plus de 2 km. C’est un canal plutôt secondaire qui reliait la vallée de l’Aisne à celle de l’Oise, épargnant un détour de 30 km par Compiègne. Je me demande un peu comment on a pu penser qu’un tel canal serait rentable. Je trouve l’idée d’un tunnel en péniche assez amusante, il n’y en a pas beaucoup en France.

J’ai longé le canal sur quelques kilomètres bucoliques en descendant la vallée de Braye, puis j’ai rejoint la vallée de l’Aisne. J’aurais pu remonter la vallée puis traverser le plateau champenois pour rejoindre Reims, mais ceci était sans grand intérêt. Une deuxième alternative aurait été de descendre la vallée de l’Aisne sur quelques kilomètres puis de remonter son affluent la Vesle jusqu’à Reims, mais les villages ont tous été détruits pendant la première guerre mondiale et ce serait également peu motivant.

Reste du château de Soupir en plein champ

J’ai donc décidé de traverser la vallée de l’Aisne comme je l’avais fait la veille avec la vallée de l’Ailette, puis de passer la crête pour descendre un peu plus loin dans la vallée de la Vesle. Je n’attendais pas grand chose de la vallée de l’Aisne vu les combats, mais j’ai repéré soudain un portail monumental situé de façon très surprenante au beau milieu d’un champ de blé. Une pancarte explique de façon fort utile que c’est le seul reste du château de Soupir détruit en 1917. Le portique ne date toutefois que de 1908.

Portail de l’ancien château de Soupir

Quand j’ai atteint le village, j’ai trouvé quand même deux autres restes du château, la grille monumentale du domaine et le pavillon de garde. Le pavillon fait un peu « château de la Loire », la grille est un modèle étrange dont les trois portes sont surmontées de trois décorations différentes pas tellement accordées. Le château fut un rendez-vous de la grande bourgeoisie entre 1900 et 1914 car il appartenait à la compagne du propriétaire du Magasin du Louvre, un homme d’affaires richissime qui lui légua sa fortune. Cette dame était une fille-mère de milieu très modeste qui monta à Paris, devint vendeuse et attira l’œil du directeur du magasin. Elle fut au centre de faits divers excitants comme quand elle fut obligée de reconnaître pour sa fille le bébé abandonné cinquante ans avant.

Détails sur la châtelaine de Soupir

En dehors du château, j’ai remarqué une jolie église du tout début du gothique, que j’ai trouvée particulièrement jolie parce qu’elle s’élève en bordure des champs à l’écart du village. Soupir fut le lieu de combats acharnés en 1917 et en 1940, ce qui a conduit à y créer pas moins de quatre cimetières militaires. Un des quatre est surprenant, c’est un cimetière italien. Il doit son existence au fait que des troupes italiennes ont aidé les troupes françaises dans la région en 1918.

Eglise de Soupir

J’ai traversé l’Aisne près de Soupir puis je suis passé à Presles-et-Boves d’où part la route qui traverse la crête vers la vallée de la Vesle. L’église de Presles est le modeste reste d’une église romane plus grande et ceci explique l’étrange porche à arcs-boutants. Je n’avais pas vraiment de raison de m’arrêter longtemps, mais j’avais besoin d’une haie discrète et il y en avait une près de l’église !

Narthex de l’église de Presles-et-Boves

La route qui monte sur la crête était à peu près aussi amusante que celle de Nouvion la veille, tortueuse et en grande partie dans la forêt. La crête n’est large que de 2 km et je suis descendu tout de suite à travers un long village-rue vers la vallée de la Vesle. Je ne trouvais pas d’endroit vraiment adapté pour photographier la vallée de haut, ce que j’ai un peu regretté, mais je me suis consolé en profitant de la descente qui m’a paru raide et très longue, presque comme si elle était beaucoup plus longue que la montée précédente. Etrange !

Je suis ainsi arrivé à Braine, un gros bourg animé car bien situé sur la nationale Soissons-Reims qui est très utilisée quand on ne veut pas prendre l’autoroute de l’Est depuis Paris. C’est un bourg vénérable car c’était une résidence royale très importante à l’époque mérovingienne et je ne m’attendais pas du tout à la richesse du patrimoine local.

Maison ancienne à Braine

Sur la place principale toute en longueur, on peut admirer une rare maison médiévale à pans de bois avec remplissage en brique qui a probablement été un relais de poste et qui date du 15ème siècle. Bien que j’aie eu l’occasion de passer à Braine en voiture dans le passé, je n’avais jamais eu de raison de sortir de la déviation et j’avais donc raté ce monument insigne. Il y a d’autres maisons pittoresques et un grand mail, mais la grande attraction est l’ancienne abbatiale.

Abbatiale de Braine

Elle porte le vocable curieux de Saint Yved, qui n’a apparemment rien à voir avec Saint Yves. Outre Yved, on vénérait aussi une certaine Sainte Victrice, prénom peu courant. Dans les deux cas, Braine est le seul endroit de France consacré à ces saints.

L’abbatiale fut fondé par l’épouse du comte de Dreux, frère du roi Louis VII vers 1150 qui essaya d’usurper le trône. Elle servit de nécropole à plusieurs familles de très haute noblesse mais tomba complètement en décrépitude après les guerres de religion.

Ange de Braine

Du coup, il ne reste que le chœur et un morceau du mur de la nef qui donne une idée de la taille impressionnante à l’origine. L’abbatiale est maintenant fermée par une porte de fortune et est probablement à moitié abandonnée, je me suis contenté d’admirer les restes du portail. Les figures du Christ et de la Vierge sont fin roman avec les nombreux plis des vêtements laissant deviner assez clairement les formes du corps. J’aimais bien aussi la figure d’un ange portant le linteau du portail.

La Vesle à Braine

La municipalité a planté un superbe jardin à la française sur le côté nord de l’abbatiale avec topiaires et buis. J’étais sérieusement tenté de m’y arrêter pour mon en-cas du matin, mais il faisait déjà assez chaud dans un ciel parfaitement bleu et les bancs sont tous en plein soleil. J’ai donc préféré repartir avec un petit regret pour le cadre grandiose. Je suis passé à l’arrière de l’abbatiale sur le pont sur la Vesle avec un coin de gazon municipal qui est ombragé mais où il n’y a pas de banc.

J’ai encore hésité à retourner à l’abbatiale quand j’ai vu que le trajet continuait par une route en plein soleil entre des champs de céréales, mais je me suis rendu compte que je devais être prudent pour l’heure, ayant besoin d’arriver bien à l’heure à l’hôtel le soir. La route entre Braine et Mont-Notre-Dame est vraiment peu attirante avec une longue côte (pas trop raide quand même) puis une belle descente, mais le tout sans ombre et dans le cadre mou de la vallée de la Vesle.

Maison intéressante à Mont-Notre-Dame

Mont-Notre-Dame est une colline isolée assez haute et assez raide qui domine le confluent de la Vesle et d’un ruisseau secondaire. Le site était irrésistible pour les combattants de la première guerre mondiale et a été entièrement détruit; c’est ce qui m’y avait attiré car on y a construit dans les années 1920 une grande église de style Art Déco considérée comme particulièrement typique du style.

Détail sculpté

L’église est tout en haut de la colline et j’avais trop faim entre-temps pour me réjouir de la montée. On peut d’ailleurs contourner la colline si on ne tient pas à voir l’église. J’ai hésité puis je me suis dit que je regretterais après de ne pas avoir fait l’effort. La montée du pont sur la rivière jusqu’à l’éperon reliant la colline au plateau est en fait raisonnablement modérée et j’ai en plus trouvé une bonne occasion de m’arrêter au milieu quand je suis passé devant une maison remarquablement ornée. Il y a plus exactement deux maisons en L et ce sont les murs sur la rue, le portail et les toits qui sont presque entièrement couverts de sculptures sur bois.

Héron en vol

C’est sans doute l’œuvre d’un maître artisan vraiment doué ou d’un artiste de niveau quasiment professionnel. Les motifs sont figuratifs et pittoresques, ce qui me fait penser plus à un artisan qu’à un artiste contemporain. Peut-être un menuisier parti à la retraite, un peu comme les tourneurs sur bois que je croise dans les expositions d’artisanat ? Certaines scènes semblent inspirées par des tableaux, comme celle des paysans se reposant pendant la fenaison ou l’ange de Reims au faîte. D’autres sont originales comme la lucarne avec une famille de paysans, ou l’admirable oiseau en vol. Il y a même une scène de corrida qui surprend un peu aussi loin de l’Espagne. J’espère que la maison est protégée par un règlement communal car elle en vaut vraiment la peine et pourrait attirer des touristes.

Eglise de Mont-Notre-Dame

Une fois arrivé en haut de la route, j’ai constaté que l’accès de l’église se fait par un chemin goudronné extrêmement raide. Malgré la chaleur et la fatigue, je me suis dit que ce n’était quand même pas très loin et j’ai fait l’effort de pousser le vélo jusqu’au sommet. Je dois reconnaître que je n’ai pas eu lieu de regretter. Il y a en haut un grand mail triangulaire avec des bancs et des tilleuls donnant une ombre rafraîchissante. Il y a même une bouche d’eau potable, chose très utile par un jour de grosse chaleur.

Style Art Déco

J’ai commencé par manger tranquillement mon en-cas, un gros croissant fourré au jambon et au fromage. Je l’avais acheté deux jours avant et il était vraiment temps que je le mange vu la chaleur. Malheureusement, il était un peu informe à cause des cahots sur le vélo et mon tupperware était plein de sauce qui avait coulé un peu partout. Heureusement que je pouvais me laver les mains après ! Le croissant était au moins le double de ce que je mange normalement en en-cas du matin, mais il était aussi nettement plus tard que d’habitude.

Grilles art déco à Mont-Notre-Dame

Une fois que j’avais mangé et que je me sentais un peu ragaillardi, j’ai trouvé l’énergie de regarder l’église. J’aurais été curieux de voir l’intérieur, espérant des mosaïques ou des lustres intéressants, mais tout était fermé. L’architecture est un peu massive, avec un recours excessif aux formes triangulaires et une coupole mal proportionnée sur le transept. Il y a un certain nombre de sculptures anguleuses et verticales mais moins belles que celles de Londres et de Bruxelles à la même époque. Finalement, le seul élément que j’ai vraiment apprécié est la grille noir et or qui bloque l’accès.

Je ne regrette toutefois pas vraiment d’être passé par Mont-Notre-Dame entre Braine et Fère, c’est clairement la meilleure route pour un cycliste sur ce trajet. Elle suit une ancienne ligne de chemin de fer et remonte une petite vallée étroite et verdoyante tout à fait charmante après les espaces un peu monotones de la vallée de la Vesle. La route finit par monter sur un plateau boisé et j’avais bien l’impression de franchir une crête – c’est la ligne de partage des eaux entre la Marne et l’Oise. Au début de la descente, j’ai trouvé le château de Fère caché au milieu de la forêt.

Motte féodale de Fère

Le château est très surprenant. D’abord parce qu’il est au milieu de la forêt, même si je suppose que l’on avait défriché les environs au Moyen-Âge pour mieux se défendre. C’est une motte féodale parfaitement cylindrique comme à Gisors mais elle n’est pas partout recouverte de terre et c’est un peu surprenant de voir la montage de petites pierres. Les cinq tours rondes au sommet de la motte ont l’air très antiques et datent du 13ème siècle; elles furent érigées par le même Robert de Dreux que l’abbatiale de Braine.

Château de Fère-en-Tardenois

Par contre, un propriétaire ultérieur à relié la motte au glacis par un pont Renaissance à six arches. Je pense que l’on peut monter sur le pont par un escalier dans un pilier et que l’on peut accéder à la motte parce que j’ai vu un couple y prendre des photos. Mais je ne voulais pas perdre de temps et je ne suis pas fanatique de bouts de murs en ruines. Cela vaut plus par le site ombragé. Le pont date de 1560 et fait vaguement penser à quelque chose, mais je n’ai pas fait la liaison avec la galerie de Chenonceaux avant de regarder sur Internet.

Pont de 1560

Il y a un hôtel de luxe derrière les ruines avec parc et piscine mais il se trouve en fait dans les anciennes écuries. Je peux imaginer qu’il a du succès vu la proximité de Paris. J’ai vu les jardiniers quand j’ai utilisé un morceau de la route d’accès mais ils m’ont laissé tranquille malgré mon apparence peu luxueuse. J’ai eu ensuite beaucoup de plaisir à descendre la route dans la forêt du château à la ville de Fère-en-Tardenois, située dans le profond vallon de l’Ourcq près de sa source.

Halle de Fère-en-Tardenois

C’est un gros bourg agricole où je suis surtout passé parce que cela me faisait passer dans l’arrondissement de Château-Thierry où j’avais très peu été. Je commençais à chercher un coin pique-nique mais je n’ai pas vu de jardin public ou de mail attrayant et il y a pas mal de circulation. A défaut, j’ai quand même pris le temps d’admirer les halles de 1540, date trompeuse car le toit a été reconstruit après les combats de 1918.

Dragon de l’église de Fère

J’ai été agréablement surpris par l’église. Du point de vue architecture, elle est début gothique avec assez peu de sculptures (sauf divers dragons assez pittoresques). Je dois avouer que je n’ai pas remarqué les vitraux de Maurice Denis. Par contre, j’ai trouvé la collection de tableaux assez impressionnante, au point de me faire penser aux églises des Alpes-Maritimes. Il y a un grand tableau d’autel probablement 17ème qui est d’un très grand peintre car les mains et les visages sont d’une grande finesse. Un contributeur sur Tripadvisor mentionne l’école de Van Dyck.

Tableau de l’école de Van Dyck à Fère

Saint Sébastien de Fère

Parmi les autres tableaux, il y a une flagellation un peu trop musclée plus amusante que belle et un intéressant Saint Sébastien plutôt pudique. L’anatomie, les expressions et les couleurs sont un peu étranges, je ne sais pas si c’est du baroque de village ou du symbolisme. Le tableau le plus étrange est un dessin en grisaille sur lequel une personne androgyne en costume de moine pose sa tête sur le corps nu du Christ avec un air extasié. C’est d’une mièvrerie très 19ème siècle mais cela ne manque pas d’un certain érotisme sous-jacent et la technique en noir et blanc est exceptionnelle.

Entre mièvre et érotique

Saint’e) Macre et litre funéraire

Avant de sortir de l’église, j’ai encore pris une photo d’un détail particulier, la litre funéraire. Je n’en avais jamais vue hors de Saintonge et d’Auvergne, et je n’en avais en tous cas jamais vue avec plusieurs armoiries. Je croyais que la litre devait honorer uniquement le seigneur défunt, ce qui suppose la seule armoirie de la seigneurie concernée. La personne de la statue sur la photo est Sainte Macre, une vierge du 4ème siècle, mais on écrit parfois aussi Saint Macre. Elle était peut-être transsexuelle ?

Cimetière militaire américaine de Nesles

Après la visite rapide de Fère, où je n’aurais pas été mécontent de trouver une borne ou une fontaine pour remplir la gourde, j’ai quitté le ravin de l’Ourcq et je me suis retrouvé sur un plateau céréalier monotone malgré quelques vallonnements. Sur la première crête, je suis passé devant le cimetière militaire américain de Nesles. Il est moins grand que celui de Luxembourg mais assez voyant quand même, avec un pathos néoclassique très américain.

Après encore quelques kilomètres vraiment chauds, la route est descendue dans un vallon qu’elle quitte ensuite par une superbe côte. J’avais décidé de quitter la route principale à cet endroit, espérant plus de virages et plus d’ombre sur des petites routes même si je pouvais prévoir qu’il y aurait plus de côtes. Tout près du carrefour, j’ai atteint le petit village de Coulonges où il y a une grande prairie communale en partie ombragée derrière le terrain de tennis. Même si je préfère un banc si possible, je me suis installé cette fois dans l’herbe sous un cerisier pour le déjeuner. J’ai un peu prolongé la pause, ce qui montre bien qu’il faisait chaud ce jour-là car cela m’est arrivé rarement pendant le voyage.

Paysage du Tardenois près de Cohan

Après le pique-nique, il fallait bien quitter le ravin et j’ai trouvé une petite route tranquille. Certes, le début de la montée était en plein soleil, mais la vue était vraiment agréable avec une vallée typiquement champenoise, immenses champs de céréales en hauteur et mince ruban d’arbres le long du ruisseau au fond du ravin. A l’endroit exact où l’on passe de l’Aisne dans la Marne et ainsi de Picardie en Champagne, on se met à longer un bois et j’ai trouvé la fraîcheur merveilleuse.

Abbaye d’Igny

Le bois se termine près de l’abbaye d’Igny, une curiosité que je savais mineure mais qui me donnait un prétexte pour passer par la petite route plutôt que sur les lignes droites en plein soleil de la grande route. L’abbaye actuelle date de 1929 même si le site date du 12ème siècle comme Braine et Fère. J’ai eu l’impression d’une abbaye bien vivante avec de nombreux visiteurs et une grande aile pour les retraites spirituelles. L’église est très nue, à la fois parce que c’est une abbaye cistercienne et parce que la mode était austère et majestueuse lors de la construction. Il y a un curieux faux-plafond dans l’abbatiale, certainement pour l’accoustique vu que les moniales ont leurs stalles curieusement au milieu de la nef et non pas dans le chœur.

Abbatiale d’Igny avec faux-plafond

Après le petit arrêt pour se reposer de la côte précédente, je suis reparti en étant conscient que j’allais avoir à traverser plusieurs vallées latérales encaissées. Pour commencer, la route quitte l’abbaye par une superbe double épingle à cheveux qui semble un peu inutile dans le relief plutôt mou mais qui s’explique par la nécessité de contourner le parc des moniales. On est au-dessus du parc et on en voit une partie de la route, ce qui n’est pas très conforme aux usages pour autant que je sache.

Halle avec abreuvoir à Lagery

J’ai trouvé la côte amusante et pas tellement dure, surtout qu’elle se termine dans un bois bien agréable. Grande descente ensuite puis un bon raidillon pour Lagery où je suis passé devant une très belle halle. Je n’ai pas eu le courage de monter jusqu’à la petite église qui domine le village d’assez haut et je ne suis pas arrivé à prendre une photo de l’amusant château en partie médiéval (en fait plutôt une ferme fortifiée), mais je me suis arrêté devant la halle qui date du 16ème siècle avec les rénovations usuelles. Le grand intérêt de la halle est sa fontaine. J’ai hésité à remplir la gourde vu qu’une pancarte prévenait que l’eau n’est pas potable, mais l’eau dans le bassin en-dessous était parfaitement propre et j’ai pris le risque, sans d’ailleurs tomber malade ensuite. J’étais bien content de remplir enfin la gourde.

Vignoble de Sarcy

Après Lagery, je suis entré dans le vignoble de Champagne, ce qui veut dire que l’on traverse de nombreux villages. C’est donc plus animé que sur les plateaux. Par contre, il n’y a pas d’ombre par définition dans les vignes. J’ai eu une surprise désagréable après Lhéry, je savais que la route descendrait assez raide dans un ravin mais je ne savais pas qu’elle remonte de l’autre côté par une côte extrêmement dure. J’ai atteint peu après une vallée plus importante, celle de l’Ardre, et il y avait une chance que la route longe le ruisseau au fond de la vallée – mais cela ne marche pas.

Je suis passé sous l’autoroute et la ligne de TGV, ce qui fait que je pourrai me souvenir de l’endroit à chaque fois que je vais à Paris en train à l’avenir, puis j’ai bien été obligé de quitter le fond de la vallée parce que la route dessert les villages à mi-pente dans les vignes. Ce n’est pas la région des grands vins et ce serait probablement intéressant de chercher par là un fabricant indépendant de champagne.

Approche ouest de la Montagne de Reims

Comme la route la plus directe plonge encore vers la rivière pour remonter en face par une longue ligne droite raide en plein soleil, j’ai préféré rester à mi-pente jusqu’à une grande route qui franchit le ravin par des pentes plus modérées. Je n’avais pas de raison de faire une grande pause vu que j’avais déjeuné 15 km avant, mais il me restait finalement beaucoup de temps faute de grands monuments sur le trajet et j’ai pensé qu’il valait mieux que je me repose un peu pendant la chaleur plutôt que de souffrir en me pressant pour arriver trop tôt.

Il n’y avait aucun endroit agréable dans les vignes mais j’ai trouvé un parking spacieux avec une rangée d’arbres au carrefour de la route principale et je me suis assis dans l’herbe pour le goûter. Un motard est arrivé peu après et a eu la même idée. Il a hésité puis a fini par enlever son casque et ouvrir un peu son blouson. Il a surtout enlevé ses chaussures de moto. Je peux imaginer qu’il transpirait beaucoup dans ses habits en cuir, surtout une fois arrêté, mais c’était probablement trop compliqué d’enlever plus d’habits. La seule fois où j’ai vu un motard le faire, c’était parce qu’il voulait se baigner (dans un lac dans le Dauphiné). Les motards ont tellement d’habits qu’il y a un côté effeuillage assez émoustillant quand ils veulent se mettre à l’aise.

Je suis reparti avant le motard et en sens inverse. J’étais maintenant sur une route nationale, mais elle est assez tranquille le samedi puisque l’autoroute est parallèle et la pente était plus douce que sur les petites routes. Il faisait aussi un peu moins chaud parce que le vent du sud était plus sensible sur le versant nord de la vallée. La route m’a fait monter jusqu’à une crête presque un peu aérienne au-dessus de la vallée.

Cimetières militaires de Jouy-lès-Reims

Au sommet, il y a un cimetière militaire très particulier avec une section française et une section allemande pratiquement de même taille. Les deux sections sont à peine séparées par une pelouse et un monument et j’ai trouvé très bien que l’on réunisse ainsi les morts dans un genre de réconciliation posthume. Le nombre de tombes est presque exactement identique dans chaque cimetière. On notera qu’il y a aussi un cimetière britannique, mais il est plusieurs kilomètres plus loin de peur de se souiller par un voisinage franchouillard. Le contraste entre les tombes françaises et allemandes est frappant, je trouve le cimetière français plus monumental et le cimetière allemand plus proche de la nature. Les couleurs (gris foncé pour les allemands, blanc pour les Alliés) sont l’effet du hasard, il semblerait que les tombes allemandes aient été marquées à l’origine par des croix en bois que l’on avait recouvertes de goudron pour les rendre plus durables – la couleur resta par la suite.

Tombes allemandes

Tombes françaises

Après les cimetières, j’ai vu qu’il fallait que je traverse encore une vallée, mais on est tout près de la source. J’ai trouvé que la descente, mentionnée comme raide sur la carte, est longue mais assez douce. J’ai quitté la nationale en bas pour une route plus tranquille et celle-ci aussi avait une pente pas trop raide. J’ai été enthousiasmé de la récompense une fois arrivé sur la crête. Même si je m’y attendais un peu, la vue depuis la crête de Saint Lié est absolument superbe. On domine la vallée de la Vesle avec toute l’agglomération de Reims, et on voit aussi l’arc-de-cercle du vignoble de la Montagne de Reims (les noms des villages étant d’ailleurs secondaires puisque le champagne porte le nom du négociant).

Vue depuis la colline de Saint-Lié

Je me suis arrêté sur un banc près de la chapelle et je suis resté à admirer un bon quart d’heure. La photo-panorama donne un peu l’impression des grands espaces et on voit que les collines au nord de Reims entre la Vesle et l’Aisne sont des croupes molles alors que la Montagne de Reims est une cuesta, en fait la prolongation de celle de Laon. Une chose qui m’a frappée est que Reims semble une ville blanche.

Rebord nord de la Montagne de Reims

C’est dû en partie aux très nombreux HLM que l’on trouve tout autour de la ville, et en partie aussi aux maisons reconstruites après les bombardements de 1915-1917 quand les Allemands défendaient la ligne de l’Aisne et envoyaient des obus par-dessus les modestes collines. Les crêtes comme Saint-Lié étaient les observatoires privilégiés des officiers français et certaines servaient aussi à montrer aux alliés de marque la situation avec un recul suffisamment prudent. Lors de l’avancée allemande de 1918, la crête de Saint-Lié était évidemment un objectif capital.

Maintenant que j’avais mon objectif sous les yeux, il ne restait plus qu’à traverser deux villages et le vignoble. L’église de Sacy serait intéressante mais elle était fermée et je n’ai pas perdu de temps. J’ai beaucoup apprécié le fait que la route descende tout du long de Saint Lié jusqu’à la gare TGV, l’hôtel que j’avais réservé se trouvant directement en face de la gare.

 

 

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