Etape 7: Visite de Reims

Dimanche 11 juin pas de vélo

Très beau et chaud, petite brise, 29°

Le monument classique de Reims est évidemment la cathédrale. Il y a deux autres monuments inscrits sur la liste du patrimoine mondial, l’ancien palais épiscopal et l’abbatiale Saint Remi (on dit bien « Reumi » et pas « Rémy »). J’ai décidé de commencer par le palais. J’ai pris le temps de réfléchir au petit déjeuner, l’hôtel (B&B) a un petit buffet sans prétentions mais très convenable.

Terminus du tram à Bézannes

Comme j’avais regardé le tableau des prix par curiosité, j’avais découvert qu’il existe un tarif de tramway très avantageux à Reims: un billet de la journée pour 7 personnes coûte moins cher que deux allers et retours ! Ma carte de crédit, prétendument en panne hier dans un restaurant, a très bien marché dans l’automate… Elle a aussi très bien marché pour le palais du Tau, ancienne résidence des archevêques qui doit son nom à sa forme en T.

Etage gothique du palais du Tau

Le palais fut détruit en 1914 par un bombardement allemand, sauf la salle capitulaire gothique à demi-enterrée, et reconstruit dans un style simplifié. On le visite donc essentiellement pour le musée qui s’y trouve même si la crypte et l’escalier médiéval sont de belles salles austères. Le musée se divise en trois, l’évocation du sacre des rois de France, les sculptures de la cathédrale et les tapisseries. Les sculptures ont été entreposées en partie ici après l’incendie de 1914 et on voit plusieurs gargouilles remplies de plomb fondu provenant des toits. Vu la hauteur de la cathédrale, c’est aussi le seul moyen de vérifier si les sculptures étaient vraiment fines.

Gargouile avec plomb fondu lors du bombardement de 1914

Décor de table du 16ème siècle

Les rois de France ne furent pas tous sacrés à Reims, mais les Capétiens le furent presque tous, sauf Henri IV couronné à Chartres. Comme le trésor de la cathédrale fut dispersé à la Révolution, on ne voit plus dans le musée que les nombreux ustensiles réunis pour le sacre de Charles X, à qui l’on reprocha d’ailleurs cette fantaisie coûteuse. J’ai surtout admiré les deux surtouts de table anciens qui existent encore et qui furent offerts par deux rois à la Renaissance. Ils m’ont fait penser aux décorations de table que l’on voit au British Museum.

Cheminée dans la salle du banquet

Après le sacre, qui pouvait prendre sept heures (!), le roi était reçu pour un banquet dans la grande salle du palais et on a reconstitué la salle avec des tapisseries du 15ème siècle. Il y a une magnifique cheminée gothique flamboyant qui est bien de la même époque tandis que le plafond en carène de bateau est une reconstitution des années 1950. A la réflexion, je reconnais que c’est un plafond plutôt rare vu que l’on gaspillait ainsi les combles. On en voit en Angleterre où ce sont les plafonds gothiques d’origine (Westminster en particulier, mais aussi Eltham), mais avec un autre système de poutres.

Reconstruction de la salle des banquets du couronnement

Tapisseries du chœur de la cathédrale

La troisième partie du musée a ceci d’agréable que l’on a disposé des bancs devant certaines tapisseries. J’avais déjà piétiné deux heures dans le musée et il était temps de s’asseoir un peu. Du coup, je suis passé un peu vite devant les tapisseries du Cantique des Cantiques malgré les magnifiques bordures baroques. Par contre, je suis resté assis plus longtemps devant les tentures des années 1520. J’ai beaucoup admiré le luxe de détails, un peu comme dans la tapisserie de la Dame à la Licorne au musée de Cluny, surtout les animaux et les fleurs.

Détail de 1520

Cathédrale de Reims

Après une boisson dans un café en face du palais, je suis allé voir la cathédrale, essentiellement l’intérieur où il faisait plus frais. La cathédrale est un exemple du gothique triomphant et profite des expériences faites à Laon puis à Paris. Tout est pointu et vertical. La nef en tant que telle ne m’a pas fait une impression considérable et il y a relativement peu de mobilier remarquable, essentiellement un imposant retable de la Résurrection daté de 1541 avec un beau Christ.

Portail intérieur

Il y a par contre deux choses vraiment impressionnantes, le revers de la grande façade et les vitraux. Je ne connais pas beaucoup d’églises dans lesquelles la façade ouest est aussi décorée à l’intérieur qu’à l’extérieur (Souillac par exemple). Il s’agit surtout de statues de saints que l’on ne peut pas identifier, mais il y a aussi un linteau avec des scènes souriantes et vivantes typiques de l’époque de Saint Louis. J’ai remarqué aussi une scène très réussie dans laquelle un chevalier reçoit la communion.J’ai découvert après que c’est la plus connue. On voit très bien sur les photos que les personnages se font écho par-dessus les limites de leur propre scène. C’est une spécialité de Reims.

Scène de communion

Rose de la Création

Les vitraux anciens datent de la fin du XIIIème siècle; le plus intéressant à mon avis est celui de la Création, sujet que j’ai retrouvé après à Troyes et à Saint-Florentin. Malheureusement, on est très loin du vitrail et on voit mal les détails. Parmi les vitraux modernes, ceux de Chagall me plaisent toujours le plus parce qu’ils sont figuratifs et très lumineux même si j’avoue que j’ai souvent de la peine à dire ce qu’ils représentent exactement.

Vitrail de Chagall

Ancien théâtre style 1900

Après un bon moment dans la cathédrale, j’ai décidé de retourner à l’hôtel pour un peu de repos. J’ai fait un petit détour avant de prendre le tram et j’ai repéré plusieurs façades Art Déco, logiques puisque la ville était presque entièrement détruite en 1918. Je ne suis pas resté très longtemps à l’hôtel, je voulais encore visiter Saint Remi et aussi prendre le temps d’admirer les portails de la cathédrale.

Détail du portail ouest de la cathédrale

Plutôt que les grandes statues, un peu usées par les ans, j’ai regardé les petites sculptures. On voit bien sur celle de l’entrée à Jérusalem les personnages qui se répondent par-delà la limite naturelle de leur scène. Les visages sont souriants et tendres, les vêtements par contre ont des plis simples et raides au lieu des plis recherchés de l’époque romane. Il y aurait plus de 2000 statues et je n’ai donc vu qu’une petite sélection. J’aimais bien aussi le monsieur en costume de professeur qui se réchauffe devant sa cheminée, les petits monstres sous les pieds des saints, Saint Jean pensif au milieu de ses rosiers…

Les saisons au portail central

Galerie et Goliath

C’est plus difficile de voir les scènes en hauteur, mais on ne peut pas rater David et Goliath. A droite, David tient sa fronde dans la main. A gauche, il va couper la tête de Goliath qui fait plus de 5 mètres de haut. Des deux côtés, David est accompagné d’un chien fidèle. Un peu plus bas sur la façade, j’ai aussi remarqué un étrange monstre en métal.

Monstre du portail ouest

Portail Nord

Le portail Nord est un peu plus ancien et montre le Jugement Dernier qui préoccupait plus les croyants vers 1200 que vers 1250. J’ai trouvé un détail étrange, la jambe à demi dénudée du Christ sur son trône. J’ai lu entre-temps que les jambes croisées sont un symbole de royauté, mais je ne sais pas pour les mollets dégagés. C’est ce Christ que l’on appelle le « Beau Dieu de Reims ».

Scène bien rémoise

Le portail latéral est encore un peu plus ancien et montre une légende concernant Saint Remi et destinée à prévenir les procès: un couple d’héritiers ayant discuté une prétendue donation de leur père décédé à l’Eglise, le mort apparaît pour confirmer et confondre les tricheurs. Ce qui m’amusait dans la scène est le tonneau de vin bien rémois. On voit aussi très bien les plis détaillés des sculpteurs des années 1200.

Vestige de la cathédrale romane

Le plus ancien portail est visiblement roman avec une Vierge en majesté austère dans une architecture qui me fait penser à une coupole orientale peut-être vue par le sculpteur pendant les croisades. Les entrelacs compliqués viennent sûrement de la même idée, les anges un peu contorsionnés sont plutôt aquitains.

Après la visite détaillée de la cathédrale, je suis allé à Saint Remi qui n’est pas trop loin dans un quartier sans intérêt. Je suis passé en cours de route devant une boulangerie et j’y ai acheté quelques provisions pour les pauses du lendemain. J’étais un peu surpris de voir un magasin ouvert un dimanche après-midi et je me méfiais du lundi en province.

Abbatiale Saint Remi

Plus encore que la cathédrale, la basilique Saint Remi a été presque entièrement détruite en 1914 et le bâtiment actuel est donc moderne, y compris le mobilier car il n’en restait plus rien après la Révolution. La façade est un pastiche peu élégant du 18ème siècle. Par contre, l’intérieur est assez impressionnant, avec un sentiment d’espace vide que l’on n’a pas à la cathédrale et qui me fait penser à l’Abbaye aux Hommes de Caen. Trois étages dont une tribune peu éclairée et des petites ouvertures au-dessus, on voit la différence quand on compare avec Laon environ 50 ans plus tard.

Chapiteau historié à Saint Remi

J’ai trouvé très peu de chapiteaux historiés, ils sont de toute façon beaucoup plus rares dans l’Est que sur les chemins de Compostelle. Je ne sais pas trop ce que représente la scène, on dirait que l’homme porte quelque chose de lourd. A défaut de chapiteaux, j’ai admiré ici aussi les vitraux, et ils sont vraiment remarquables car ils datent en partie des années 1160.

Vitrail de Saint Remi

Ceux que j’ai pris en photo montrent l’histoire d’un évêque et l’enfance du Christ. J’ai repéré un détail très amusant quand un évêque chasse un diable à tête de chèvre et à peau verte habillé d’un kilt. Je ne savais pas que les kilt étaient déjà connus au 12ème siècle. Dans une autre scène qui montre un exorcisme, le diablotin est vert aussi. Ce devait être une couleur codée.

Diable vert en kilt

Portion de pavage médiéval

J’ai trouvé un peu par hasard dans la nef un grand morceau du pavage médiéval qui a été levé et monté sur un cadre (alors que le célèbre labyrinthe de la cathédrale fut effacé par les chanoines en 1778). Le pavage montrait toute une série de petites scènes dessinées avec soin et soulignées par un trait noir; la photo montre des docteurs juifs, des idoles et Daniel sauvé d’un étrange monstre qui est probablement un lion fantaisiste.

Détail du pavage

Tombeau de Saint Remi version 19ème siècle

Comme tout avait été détruit à la Révolution, on décida de construire un nouveau tombeau pour Saint Remi après. Le décor un peu baroque et le volume considérable jurent un peu, mais les statues sont effectivement des copies de celles qui se trouvaient là avant la révolution. Elles montrent un sujet rare, les pairs de France, car le tombeau abritait l’huile d’onction utilisée pour les sacres.

Il y avait six pairs ecclésiastiques (les archevêques de Reims et Langres, les évêques de Laon, Noyon, Beauvais et Châlons). Ils datent de l’époque carolingienne, ce qui explique pourquoi ce sont les évêques des villes où les ancêtres de Charlemagne avaient leurs principaux palais. Reims, Langres, Laon et Châlons avaient aussi des fiefs féodaux importants. Il y avait aussi au début des pairs laïcs, le duc de Bourgogne (jusqu’en 1477), le duc de Normandie (jusqu’en 1203), le duc d’Aquitaine (jusqu’en 1453), le comte de Flandre (qui n’est plus vassal du roi de France à partir de 1559), le comte de Champagne (jusqu’en 1314) et le comte de Toulouse (entre 1194 et 1271).

Chevet de Saint Remi

Quand je suis sorti de la basilique, je me suis demandé si je devais revenir près de la cathédrale pour prendre le tram, mais j’ai essayé de prendre un bus qui allait dans la même direction à la place. Je n’ai pas gagné de temps, mais c’était plus amusant et ceci m’a permis de faire quelques courses dans un petit Carrefour en face de l’arrêt où je devais de toute façon passer du bus au tram. J’avais surtout besoin de fruits.

Fontaine style pompier

Une fois revenu à l’hôtel, je me suis reposé encore une heure puis je suis retourné dîner dans le centre ville. J’ai eu l’impression de tirer vraiment avantage du billet acheté le matin ! J’ai fait un tour dans la zone piétonne et j’ai fini par trouver la principale rue des restaurants près d’une très belle fontaine 19ème siècle avec bergers, forgerons et autres figures déshabillées.

Mauvais restaurant mais immeuble amusant

J’ai cherché un moment un restaurant intéressant et je dois dire que je n’ai pas été enthousiasmé. On a l’impression que ce sont surtout des brasseries à touristes et je suppose que c’est un peu difficile à éviter dans une grande ville que l’on ne connaît pas. L’hôtel n’avait pas de suggestions car il est loin en banlieue avec du personnel qui n’habite probablement pas en ville. Le restaurant que j’ai finalement choisi avait une carte simili-italienne. La qualité s’est avérée quelconque, il n’y avait que la glace en dessert qui était très bonne. Comme le service était affreusement lent et que le tram circule une seule fois par heure le dimanche soir, j’ai été obligé de manger la glace en marchant vers l’arrêt.

Au total, je ne vois pas de raison de retourner à Reims et ce n’est pas la ville que je recommanderais en priorité à des touristes étrangers. En dehors de l’aura des sacres royaux, on voit d’aussi belles cathédrales à Laon, Chartres ou Amiens. Le reste de la ville a divers hôtels particuliers 1900 construits par les propriétaires des maisons de champagne, mais ce n’est pas vraiment unique. Si on aime les monuments civils anciens, il vaut mieux aller à Bourges ou à Troyes.

 

 

 

 

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