Etape 9: Plateau champenois

Mardi 13 juin

121 km, dénivelé 781 m

Soleil généralement voilé mais chaud, très peu de vent, 22°

Allemant – Sézanne – Bricot-la-Ville – Nesle-la-Reposte – Nogent-sur-Seine – Pont-sur-Seine – Pommereau – Fontaine-les-Grès – D20 jusqu’à Troyes

Etape très longue mais qui se fait sans problèmes parce que la deuxième moitié est presque plate dans une région honnêtement sans intérêt. A l’origine, j’avais eu l’intention de prendre un hébergement dans la région d’Arcis-sur-Aube et le court trajet pour Troyes le lendemain m’aurait laissé une bonne demi-journée pour la visite. Faute d’hébergement approprié, j’ai été obligé de prendre un hôtel à Troyes et d’y prévoir une journée entière. J’aurais par contre pu écourter l’étape en prenant le train à Nogent-sur-Seine si j’avais été fatigué car le trajet est sans aucun intérêt de Nogent à Troyes. A noter que l’on peut aller directement d’Allemant à Troyes sans faire le détour par Nogent, mais je voulais visiter cet arrondissement « vierge ».

Plateau champenois, départements 51 et 10

Vignoble d’Allemant

J’ai eu un petit déjeuner intéressant. Le monsieur est parti assez vite à une réunion, mais la dame m’a parlé encore un peu de sa peinture. Elle sert aux hôtes des petits pains fraîchement cuits, ce qui est original en France. Elle m’a expliqué qu’elle les cuit le matin même dans le four. Elle n’utilise pas la pâte congelée que l’on trouve dans les supermarchés parce qu’elle a aussi une machine à pétrir. En France où l’on trouve en dehors des villes juste deux ou trois sortes de baguettes de pain blanc, choisir la composition de ses petits pains est une bonne idée.

En fait, je n’ai pas mangé beaucoup de pain parce que la dame avait aussi un clafoutis aux framboises et des muffins aux fruits confits. Comme je trouve très rarement des fruits confits de nos jours même dans les bonnes boulangeries, je me suis concentré sur les pâtisseries ce matin-là. Madame a beaucoup de plaisir à faire de la pâtisserie; comme cela ne fait pas de sens de cuire des gâteaux pour son mari et elle seulement, on en profite bien comme hôte.

Allemant est encore sur la Côte de Champagne, mais la Côte devient assez désordonnée plus au sud, entaillée par de nombreuses vallées dans différentes directions. On se rapproche de la vallée de la Seine qui marque la limite du paysage de côtes classiques. Peu après Allemant, je suis donc descendu par une très longue rampe bien agréable vers Sézanne, petite ville située à l’endroit où la Côte est interrompue par la vallée du Grand Morin (celui des peintres, que j’ai retrouvé à la fin du voyage). Le Grand Morin est une rivière étrange qui se divise en deux bras peu après la source, un qui traverse la Brie, partant vers l’Ouest, et un qui rejoint la Seine en partant vers le Sud.

Porte de ville à Sézanne

Sézanne est à l’origine un bourg agricole, mais la situation sur l’ancienne nationale Paris-Nancy a permis une certaine activité industrielle et c’est donc encore maintenant une petite ville animée. J’ai dû m’y arrêter en voiture il y a longtemps mais je n’en avais aucun souvenir. En cherchant un peu, j’ai trouvé les restes de la porte fortifiée et une halle du 19ème siècle dans la partie basse de la ville.

Quartier ancien à Sézanne

Dans la partie haute, il reste quelques maisons à pans de bois autour de l’église qui est assez imposante. La nef est gothique et très verticale, avec une voûte compliquée peinte dans une couleur jaune pâle un peu maladive surprenante. La photo montre très bien les barres de fer qui retiennent les nervures au sommet des piliers. C’est apparemment le système d’origine, je me demande si c’est pour cela que l’on a souvent des chapiteaux qui retiendraient mieux les arcs.

Eglise de Sézanne

Baptistère à diorama

Le mobilier n’est pas extraordinaire, ce sont les peintures qui sont intéressantes. Ainsi, on a peint des halos noirs autour des statues de la nef, idée étrange. J’ai plus admiré le très beau paysage peint en arrière-plan du baptistère. On admirera la combinaison du faux rocher, des statues et du paysage peint, c’est presque un diorama d’ailleurs très approprié à son emplacement. Pour le mobilier classique, j’ai seulement pris une photo de la belle porte Renaissance en bois sculpté. Je pense que le portail était plus orné autrefois mais que les guerres de religion ont causé des dégâts.

Vantail Renaissance

J’ai eu beaucoup de peine à trouver dans Sézanne la petite route qui permet de partir vers l’Ouest sans prendre la voie rapide. Heureusement, j’ai un sens de l’orientation assez développé à force de chercher mon itinéraire. Une fois que j’ai trouvé la route, je l’ai beaucoup appréciée. Elle monte en pente douce le long du bras du Grand Morin puis dans un paysage rare en Champagne alternant prairies et forêt profonde. Si l’on sait bien lire une carte, on trouve son chemin malgré l’absence de pancarte aux carrefours.

La route se termine dans un village allongé au milieu de la forêt et qui semble avoir hébergé les ouvriers d’une grande usine. J’ai trouvé très amusant de descendre de la forêt vers le pont sur le Grand Morin, mais j’ai trouvé la côte de l’autre côté bêtement droite et raide. Elle est d’autant plus énervante que l’on redescend tout de suite après vers la rivière sans avoir desservi quoi que ce soit qui justifierait la côte. La route de la vallée conduit à une propriété perdue dans sa clairière au milieu de la forêt de Traconne.

Propriété de Bricot-la-Ville

Les guides touristiques font tout un plat du site où l’on trouve une chapelle et le château au bord d’un étang. La chapelle est le seul reste d’une abbaye fondée au 11ème siècle, détruite au 17ème siècle, reconstruite au 19ème siècle et transformée en manoir après l’expulsion de la congrégation. La chapelle est pittoresque avec deux grosses tours fortifiées de chaque côté du portail. Curieusement, l’effet est plus impressionnant sur la photo que dans mon souvenir. Sur place, j’avais plus admiré les façades blanches du manoir avec ses communs.

Chapelle de Bricot-la-Ville

Bricot n’est qu’un hameau de la commune de Châtillon-sur-Morin où je suis passé après. Je me souviens que la route entre les deux monte assez longtemps, mais c’était plutôt agréable dans la forêt. C’est en fait la seule forêt que j’ai traversée en Champagne si on excepte celle de la Montagne de Reims. J’aurais probablement dû prendre un en-cas à Châtillon en profitant de la mare près de l’église, mais je trouvais plus logique de finir d’abord de monter la côte et j’ai donc continué jusque sur le plateau des Essarts-le-Vicomte.

Evidemment, il y a beaucoup moins de sites agréables sur le plateau et j’ai été obligé de me contenter d’un banc banal au bord de la route dans le village. J’ai juste remarqué au passage une grosse ferme avec l’aspect traditionnel aveugle sur la route; je n’en ai pas vues beaucoup, moins qu’en Picardie par exemple.

Ferme traditionnelle aux Essarts-le-Vicomte

Annexe de l’ancienne abbaye de Nesle-la-Reposte

J’avais choisi de passer par Les Essarts car ceci me permettait de redescendre la Côte de Champagne par un ravin boisé charmant où des moines s’étaient installés. L’abbaye de Nesle-la-Reposte est une des plus anciennes abbayes de France, elle aurait été fondée au VIème siècle sous Clovis. Elle a été en grande partie détruite pendant les guerres de religion et il n’en reste que quelques pans de murs dans une propriété privée, ce qui fait que j’étais un peu déçu pour l’architecture. J’ai plus admiré le toit plutôt compliqué d’une dépendance au bord de la route. J’ai aussi bien apprécié la route ombragée, étroite et tortueuse au fond de la vallée.

Rivière de Villenauxe

La vallée s’élargit en sortant de la Côte avec le hameau de Dival où j’ai été surpris de trouver une très grande église fin gothique. Elle a été construite un peu hâtivement et le toit s’est déjà effondré deux fois au 20ème siècle, ce qui fait qu’elle sert seulement de centre culturel. C’est plus le site avec le clocher qui est joli. Je pensais que c’était déjà l’église de Villenauxe, mais le bourg est un peu plus loin en aval. La route qui y mène longe directement le ruisseau avec des petits ponts charmants pour les gens qui habitent sur l’autre rive. Cela fait penser au ruisseau d’Echternach, mais les jardinières sont plus soignées à Villenauxe.

Maison de notable à Villenauxe

Une fois que l’on arrive dans le centre, on passe devant une imposante maison peinte dans un rose très inhabituel en France. Je me suis arrêté pour prendre la photo et lire le panneau explicatif et je me souviens que la maison a toute une histoire… mais j’ai oublié les détails. Restent les très beaux encadrements de fenêtres du 17ème siècle inspirés par la Renaissance italienne. J’ai aussi vu un peu plus loin un monument aux morts charmant avec une paysanne champenoise touchante sans le pathos habituel ni le poilu triomphant que l’on voit le plus souvent.

Monument aux morts de Villenauxe

Le monument principal de Villenauxe du point de vue des autorités est une gigantesque prison (plus du quart des résidents de la commune !) tandis que les touristes comme moi vont plutôt voir l’église, centre de la nouvelle abbaye quand les moines ont quitté le site originel de Nesle après les destructions.

Eglise de Villenauxe-la-Grande

L’église est gothique et donc pas vraiment originale et je dois avouer que je n’ai pas été très impressionné par les vitraux contemporains dont on fait grand cas dans la région. Ce sont des vitraux blancs avec des formes géométriques de couleur vive bleu clair, jaune, vert ou rose. Pour tout dire, c’est très abstrait et assez simple – pas de quoi faire rêver. J’ai trouvé la voûte plus intéressante, surtout celle du chœur qui est en bois et qui a la forme d’une carène de navire. Une frise à la jonction des murs comporte de charmants petits bustes en bois sculpté un peu comme en Bretagne et en Angleterre. Dans la nef, c’est une voûte en pierre à nervures fréquente en Champagne avec de belles clefs de voûtes un peu tarabiscotées.

Chapiteau à Villenauxe

J’ai remarqué plusieurs détails plus pittoresques comme un chapiteau où des angelots un peu malhabiles s’appuient sur une tête de mort d’un côté et sur un soleil de feuillage de l’autre. Il y a aussi le portail. Deux angelots tout aussi maladroits encadrent un buste de saint avec une grande épée – sauf que le saint tient l’épée comme si cétait un violoncelle. Il faut supposer que les moines n’avaient plus de quoi payer un grand artiste quand ils se sont installés là.

Portail à Villenauxe

De Villenauxe, on n’est pas loin de la vallée de la Seine. Comme j’avais décidé entre-temps de faire le trajet de Nogent à Troyes à vélo, j’ai pris une route plus directe de Villenauxe à Nogent. C’est une nationale avec un nombre de poids lourds limité, mais la route n’est pas très agréable au début avec une grande côte. La carte annonce un panorama grandiose mais j’avais vu mieux depuis Allemant le matin, le panorama étant gâché par un silo et divers hangars au fond dans la vallée.

De l’autre côté, il ne reste plus qu’à descendre en pente douce vers la Seine. J’ai quitté les poids lourds dès que j’ai pu prendre l’ancienne route vers le centre ville et c’est une route charmante qui franchit de nombreux bras de la Seine dans la plaine de crue – les gens du pays parlent de la « route des 21 ponts », c’est dire. Toute cette eau nourrit une forêt luxuriante qui change agréablement du plateau. En fait, il y a des forêts semblables le long d’autres rivières comme l’Aube et la Marne, mais les routes sont invariablement plus haut dans les champs monotones car les villages évitaient de s’installer dans une zone inondable. C’est vraiment dommage que l’on ne profite pas de ces forêts-galeries même si je reconnais que c’est une façon de protéger une nature presque intacte.

Maison de notable à Nogent-sur-Seine

Je suis entré à Nogent par un double pont sur la Seine (il y a une petite île entre les deux), mais je n’ai pas vraiment remarqué une maison du 17ème siècle qui se trouve près du pont et qui est recommandée dans les brochures. Je dois reconnaître que je commençais à avoir faim et que j’avais été déçu de ne pas trouver de banc agréable sur la route ombragée des 21 ponts. Il y a plusieurs étangs de pêche avec des bancs, mais ils étaient tous en plein soleil.

Grand moulin de Nogent

Cherchant un endroit agréable, je suis passé devant quelques autres grosses maisons anciennes puis devant l’église, mais je n’avais pas envie de m’asseoir en bordure d’un parking avec pas mal de circulation, ce qui fait que j’ai continué à chercher jusqu’à ce que je trouve un banc sur le mail en bordure de Seine. Il n’y a pas de route à cet endroit, juste l’accès au port fluvial, et c’est donc tranquille, on voit passer des promeneurs qui allaient du petit groupe de lycéens à la famille de touristes hollandais en passant par des pêcheurs et trois hommes désœuvrés probablement au chômage.

Bateau de pirates à Nogent-sur-Seine

La vue n’est pas sensationnelle parce que la Seine est un fleuve modeste même si elle a déjà reçu l’Aube. On voit vers la gauche les silos de céréales du port fluvial, vers la droite le gigantesque moulin industriel construit au 19ème siècle sur le grand bras et devant soi… un étrange bateau de pirates échoué et couvert de bâches colorées. Je me suis demandé si c’est un genre de maison de jeunes, il n’y avait aucune indication.

Après avoir mangé, j’avais plus d’énergie pour visiter la petite ville. J’ai commencé par l’église, style fin gothique mais avec un clocher en partie Renaissance qui justifie un coup d’œil. Comme les églises de Sézanne et de Villenauxe, elle était ouverte, ce qui est bien plus motivant que les églises toutes fermées de la région de Reims et d’Epernay. J’ai trouvé toute une série de curiosités à l’intérieur. Sans que ce soient des œuvres de grand renom, elles sont intéressantes.

Retable dans l’église de Nogent

Il y a un grand retable néo-gothique assez réussi, même si je dois avouer que l’on en voit aussi dans de modestes églises luxembourgeoises comme à Drauffelt. Plus intéressant, il y a un très beau retable gothique sculpté directement sur le mur. Il n’y a pas de statues, plutôt une série de représentations symboliques en perspective: une ville fortifiée, une fontaine, un puits, les corps célestes… Original et très travaillé.

Retable en pierre à Nogent

Tableau dans l’église de Nogent

Pour ce qui est du mobilier, j’ai vu un tableau 17ème de bonne qualité dans les couleurs typiques de l’école Louis XIV (style Philippe de Champaigne mais un peu moins hiératique, ce qui n’est pas un défaut). Et un grand buffet d’orgue très travaillé qui trahit son origine pas si ancienne par sa forme un peu trop géométrique. Il date de 1853, c’est marqué dessus. Mais le bois utilisé est un bois assez clair et tendre, peut-être du tilleul, et le résultat est séduisant.

Détail de la tribune

Il y a de curieux bustes sur le buffet d’orgue, en particulier un nudiste avec une poitrine maigrichonne, des cheveux longs et une expression étrangement souriante qui semble en train de se tripoter les parties intimes. Nous dirons charitablement que c’est une représentation d’Adam honteux de sa nudité.

Après l’église, j’avais visité le principal monument de la ville et je suis reparti. Il était bien assez tôt pour faire tout le trajet jusqu’à Troyes à vélo vu que j’avais tout juste déjeuné. La route qui sort de la ville passe devant le musée consacré entre autres à Camille Claudel. J’ai lu par la suite un opuscule sur les nombreuses péripéties qui ont accompagné la reconstruction du musée.

Ce fut pendant 25 ans le principal sujet de médisances entre politiciens de la ville, les uns critiquant la mégalomanie de l’architecte (il y eut aussi un rapport très critique de la Cour des Comptes sur les 12 millions dépensés) et les autres mettant en avant le déclin de la ville si l’on n’essayait pas d’attirer les touristes. Camille Claudel vécut très peu de temps à Nogent dans sa jeunesse et le musée n’a pas grand chose de concret à montrer, mais c’est une figure très médiatisée ces dernières années et le tourisme « excursion culturelle à 100 km de Paris » est assez tendance. Je n’ai pas visité, je pense que le Musée Rodin remplacera sans difficultés.

J’avais vu dans un prospectus que les deux premiers villages sur la route de Troyes ont des églises intéressantes. J’aurais normalement pris une autre route pour éviter la nationale mais je savais que je n’aurais rien à voir après les deux églises et j’ai donc pris courageusement la grande route. C’était une expérience vraiment pénible avec une circulation bruyante et très rapide et une route rectiligne avec des montées un peu inutiles dans les champs de betteraves.

Fresque médiévale à Marnay

Le premier village, Marnay, est mentionné dans la brochure parce que l’on y voit des « fresques médiévales ». L’église semble un peu décatie et un monsieur qui chargeait sa voiture devant m’a dit qu’elle était fermée mais que Madame X à telle adresse se ferait un plaisir de me tenir la jambe pendant deux heures pour s’occuper un peu et accessoirement me laisser voir la fresque. Craignant une dame un peu trop bavarde (j’ai eu le cas dans le Berry), j’ai d’abord essayé de voir si les fenêtres permettaient de voir l’intérieur sans aller chercher la dame. Je crois que j’ai vu la seule modeste fresque de l’église et elle a même bien rendu sur la photo. On voit des animaux fantastiques sur un fond d’étoiles, peut-être des constellations. L’intérêt principal des fresques est qu’elles datent du 12ème siècle, ce qui est assez rare.

Lavoir à Pont-sur-Seine

Je n’ai pas visité (ni vraiment remarqué sur place) le jardin botanique ni l’ancien château qui est maintenant une résidence d’artistes. Je suis donc retourné sur la nationale bruyante, qui devient heureusement une voie rapide où les gens pouvaient me doubler plus facilement, et je l’ai quittée au village suivant, Pont-sur-Seine. J’y ai vu au passage un joli lavoir mais je voulais surtout visiter l’église. Comme celle de Marnay, elle était fermée et ne se visite que sur rendez-vous auprès de la mairie. J’étais très déçu car j’ai lu qu’elle est entièrement couverte de très belles fresques d’époque Louis XIII. Je me suis donc contenté nolens volens du joli portail du 16ème siècle.

Eglise de Pont-sur-Seine

Un panneau explicatif mentionne près de l’église que Pont-Sur-Seine fit les gros titres en 1961 quand des excités de l’OAS essayèrent de faire exploser à cet endroit le convoi du Général de Gaulle qui se rendait dans sa maison familiale de Colombey-les-Deux-Eglises. Tout en ayant connaissance des conflits liés à l’Algérie, je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler de l’attentat contre le chef de l’Etat, chose qui est quand même assez rare en France au 20ème siècle.

Après avoir souffert pendant 7 km sur la nationale pour visiter deux églises fermées, je n’avais plus aucune envie de rester sur la nationale. Je ne voulais pas longer la rive droite de la Seine car ceci m’aurait causé un détour assez important pour lequel je n’avais pas le temps ni l’énergie. J’ai donc pris une petite route parallèle à la nationale sur le plateau champenois. Il est un peu plus haut que la Seine, mais la côte est modérée et pas trop longue.

Plateau au sud de Romiily

Comme cette route est la seule section relativement longue que j’ai passée dans les champs de céréales et de betteraves de la Champagne Crayeuse, je ne peux pas vraiment m’en plaindre. C’est simplement monotone et sans intérêt. Je me suis arrêté après 17 km de plateau pour un en-cas parce que j’avais trouvé un banc au bord de la route devant le cimetière d’Origny-le-Sec, mais j’ai roulé sinon 30 km sans faire très attention au paysage. Le plateau n’est presque jamais vraiment plat en Champagne, ce qui fait que la vue porte plus ou moins loin selon les endroits, mais les ondulations sont assez modestes.

Eglise de Fontaine-les-Grès

J’ai retrouvé la nationale à Fontaine-les-Grès parce que j’espérais y voir une église contemporaine intéressante. Comme à Marnay et à Pont, elle était fermée. Elle date de 1956 et est considérée comme une œuvre majeure de Michel Marot, architecte très en vue à l’époque et qui joua un grand rôle dans la préservation du patrimoine de Troyes. Les matériaux m’ont semblé avoir mal vieilli, en particulier les vitraux, mais les formes sont très pures et assez typiques de l’époque, avec les références triangulaires tant appréciées pour leur symbolique trinitaire. Dommage que l’église soit fermée, surtout qu’il y a rarement des objets de valeur dans les églises construites au 20ème siècle.

Entre Fontaine et Troyes, il y a plusieurs routes parallèles à la nationale: la route de la rive droite, la route qui dessert les villages sur la rive gauche et le chemin de halage du canal de la Haute Seine. Faute de pont au bon endroit, j’ai renoncé au chemin de halage et je suis resté sur la rive gauche. Sur 20 km, j’ai traversé une série presque ininterrompue de banlieues pavillonnaires, ce que j’ai trouvé un peu surprenant. Je suppose que ce sont les ouvriers de Troyes et de Romilly qui ont construit des pavillons dans les villages le long de la voie ferrée.

Le seul village historique est Payns (où habitent les Payntières et non les Panetières). Une voie romaine y traversait la Seine à gué et une commanderie templière y fut installée, ce qui fait que la commune essaye d’attirer les touristes par une exposition et des animations nonobstant le fait qu’il ne reste que quelques pierres dans un champ.

Je n’étais plus très loin de Troyes, passant devant une grande église gothique fermée à Barberey. Je me souviens de la place, mais je n’ai curieusement pas remarqué le très beau portique à pans de bois qui m’aurait rappelé les églises du pays de Der tout proche. Je n’ai évidemment pas vu la tribune Renaissance en bois sculpté. Pour être honnête, comme j’ai visité plusieurs églises dans Troyes le lendemain, je n’étais pas trop frustré sur le moment. Il y a aussi un château de style Louis XIII à Barberey, mais on ne le voit pas depuis la route à cause des arbres du parc.

J’ai trouvé sans grandes difficultés la route qui me permettait de traverser la ligne de chemin de fer et de rejoindre mon hébergement, ayant pris la précaution de noter avant le départ du voyage l’accès de l’hôtel. Il se trouve sur l’ancienne grande route de Paris, qui est beaucoup plus tranquille depuis qu’il y a une déviation, et le bruit ne m’a pas dérangé. L’hôtel présente bien, avec un petit jardinet devant et une jolie marquise en tissu. On peut garer son vélo gratuitement dans la cour, tout en sachant qu’elle est en accès libre depuis la rue et que ce n’est donc pas un garage surveillé.

La dame de la réception était charmante et m’a donné quelques conseils utiles et des prospectus pour la visite de Troyes. L’hôtel a une clientèle régulière de VRP et les accueille efficacement dans une annexe sûrement raisonnablement confortable. Le bâtiment d’origine sert à loger les touristes de passage et le prix très démocratique est dû au fait que les chambres sont dans un état technique très médiocre. Elles sont sous le toit et il est très difficile de les aérer malgré les vasistas, un des deux stores obscurcissants de ma chambre était cassé, le porte-serviettes avait été arraché, la porte de la douche fermait très mal… J’ai signalé les problèmes en partant deux jours après et j’ai eu clairement l’impression que l’employée de la réception n’y pouvait rien et ne ferait rien de tangible. L’hôtel est pratique, bien situé, aimable… mais invivable par grosse chaleur du fait de l’aération qui ne fonctionne pas.

La dame de la réception m’a recommandé d’essayer un restaurant à 300 m que j’avais d’ailleurs remarqué en arrivant à vélo. Le cadre fait un peu « boîte de nuit échangiste transformée après coup » et il y a un genre de scène avec des spots et un décor de colonnes « antiquité gréco-romaine de fantaisie » autour. Si on ignore le décor un peu spécial, la cuisine est très bonne pour un prix très raisonnable et attire aussi des clients de la bonne bourgeoisie car les personnes de la table voisine de la mienne étaient des maires de communes de la région.

Plat joliment présenté

Le menu du jour a même un rapport qualité-prix qui mérite des éloges. J’ai eu une salade de gésiers confits au fromage de Chaource, ce qui ne plait pas forcément à tout le monde mais qui est un plat que j’aime beaucoup, puis un filet américain et un dessert. Le filet américain (tartare de bœuf pour les Français) était très joliment présenté mais la viande était un peu quelconque, ce que je comprends vu le prix. Le dessert était délicieux, un gâteau aux fruits de la passion avec des cerises marinées au kirsch. Le serveur m’a expliqué qu’une des cuisinières est pâtissière de formation et a rejoint l’équipe pour se lancer dans des préparations plus intéressantes que les gâteaux de boulangerie classiques. Cela se sent.

Je n’ai pas été en ville le soir après le restaurant, j’étais fatigué après avoir beaucoup roulé et j’ai préparé tranquillement la visite de la ville le lendemain puisque j’avais toute une journée. J’ai aussi regardé un peu une émission intéressante sur Arte consacrée à la réunification allemande car le chancelier Kohl était décédé quelques jours avant. Les journalistes mentionnaient que Kohl était très motivé et très efficace en matière de politique étrangère alors qu’il a souvent eu des déceptions en politique intérieure – comme Willy Brandt.

 

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