Etape 11: Pays d’Othe

Jeudi 15 juin

109 km, dénivelé 800 m

Très beau et très chaud, court orage à 14 h, pas de vent avant 18 h, 30°

Troyes – Sainte Savine – Rosières – Souligny – Crésantignes – Montigny-les-Monts – Davrey – Courtaoult – Beugnon – Saint Florentin – Rebourseaux – Pontigny – Chemilly-sur-Yonne – Charbuy

Trajet un peu trop long bien que pas tellement dur. Je ne vois toutefois pas d’alternative attrayante, il faudrait pour bien faire coucher à Seignelay et on tomberait dans une étape de durée normale sans rien rater.

Pays d’Othe, départements 10 et 89

Avant de quitter Troyes, j’ai pensé que je pouvais me permettre un petit détour en banlieue. Je ne me suis pas dérangé pour aller voir une église, pensant qu’elles seraient fermées, mais un prospectus mentionnait l’ancienne mairie de Sainte Savine. Je me suis orienté en suivant le plan de Troyes qui figure dans les arrêts de bus (au lieu des schémas que l’on trouve souvent et qui m’aident beaucoup moins).

Ancien hôtel de ville de Sainte-Savine

Je suis effectivement arrivé facilement à Sainte Savine et j’ai deviné qu’il suffisait de revenir un peu vers le centre ville pour passer devant le bâtiment Art Déco recommandé. C’est l’hôtel de ville construit en 1935 qui sert maintenant de maison des associations. La construction est extrêmement imposante pour une ville de 10.000 habitants avec des colonnes grandioses genre Trocadéro. Comme je cherchais une boulangerie, j’ai cherché en face dans une série de cours que je prenais pour un centre commercial, mais c’est la nouvelle mairie dans un style vraiment très différent.

Je suis passé un peu plus loin devant la petite église gothique mais je n’ai pas essayé d’y entrer. J’ai continué jusqu’à la gare de Troyes, suffisamment imposante pour avoir une marquise comme à Narbonne mais avec seulement deux directions (Paris ou Langres). Comme la ligne n’est pas électrifiée, on a une impression un peu différente. Je n’ai pas traversé le chemin de fer parce que j’ai trouvé une pancarte pour la banlieue sud juste avant. La rue est un peu étroite et pas très attirante, passant entre des ateliers et usines textiles en ruines.

Troyes était une ville très endormie du 15ème au 18ème siècle et a été ranimée par la révolution industrielle car l’eau de la Seine permettait le transport des marchandises vers Paris et l’alimentation des machines à vapeur. On installa donc une foule d’usines textiles, surtout de bonneterie, qui ont disparu à partir de 1960 avec la concurrence des bas salaires portugais puis chinois et bangladeshis. Les industriels essayèrent de remplacer par les « magasins d’usine », qui périclitent maintenant à leur tour à cause des achats en ligne. Il reste de tout ce passé les usines, la seule importante qui fonctionne encore étant Petit Bateau.

Eglise de Saint-André-les-Vergers

J’ai quitté assez vite les usines pour une banlieue pavillonnaire, Saint-André-les-Vergers (où habitent… les Dryates !), où une église gothique se trouvait sur ma route. Elle était évidemment fermée et je me suis contenté d’admirer le portail dans un style assez voisin de ce que j’avais vu les jours précédents. Il y a un deuxième portail dans un style Renaissance. On voit sur la photo que l’église a des proportions bizarres, elle est très large pour une hauteur modeste et les toits des bas-côtés sont perpendiculaires à la nef.

Portail flamboyant à Saint-André-les-Vergers

Rebord du pays d’Othe vers Saint-Pouange

J’ai pu quitter ensuite l’agglomération pour le plateau champenois, un peu tempéré par quelques bosquets dans les villages et par la vue en arrière-plan de la côte de Champagne dont ce sont les tous derniers kilomètres. La photo a bien rendu le temps un peu trop beau et le relief mou du plateau. La route se termine dans le village que l’on voit au pied de la côte, Bouilly. C’est un village-dortoir à 15 km de Troyes qui était même un chef-lieu de canton malgré ses modestes 1.000 habitants.

Place de Bouilly

Je me suis arrêté sur la place à Bouilly parce que j’espérais visiter l’église, recommandée pour de nombreuses statues anciennes et un retable en bois. Malheureusement, le bâtiment est en très mauvais état, avec des échafaudages pour empêcher le narthex de s’effondrer, et on ne peut plus le visiter. Il y a un parvis gigantesque autour de l’église avec une jolie grosse maison à pans de bois. C’est le style traditionnel de la Champagne humide, surtout à l’est de Troyes, et j’en avais rarement vu des exemples sur le plateau de la Champagne sèche, d’où la photo.

J’ai enfin trouvé une très modeste boulangerie – épicerie à Bouilly, ayant négligé d’acheter du pain la veille au soir. C’était quand même un peu tôt pour un en-cas et je suis reparti assez vite. Instruit par les étapes des jours précédents, je me suis dispensé de monter sur la Côte, d’autant plus que ce n’est pas vraiment un raccourci ici. J’ai sagement longé la nationale, qui est un peu monotone mais suffisamment large pour permettre aux poids lourds de m’éviter. La route ne m’a pas paru trop longue parce qu’elle monte en fait assez nettement sur ce qui est un peu comme un genou de la Côte (197 m contre 113 m à Troyes).

Du virage en haut, on a une vue saisissante sur la frontière entre Champagne et Bourgogne. En fait, il reste encore 20 km dans l’Aube, mais le paysage change tellement que l’on est déjà plus ou moins dans le paysage du Tonnerrois avec de larges vallées couvertes de bois entre des plateaux ondulés et aussi assez boisés. On voit très bien à cet endroit pourquoi Troyes apparaissait aux marchands du Moyen-Âge comme l’entrée dans un pays civilisé, cultivé et moins propice aux embuscades des voleurs de grand chemin.

Eglise de Fays

J’ai pu quitter la nationale peu après car il y a une petite route parallèle. Elle est plus sportive: au lieu de rester directement au pied du rebord boisé du plateau d’Othe, elle passe une série de petits vallons. Ils ne sont pas terriblement profonds, juste un peu encaissés. Les villages sont tous situés dans les vallons, ce qui rend la petite route plus distrayante que la nationale pour un cycliste. Dans le deuxième village, Fays, je suis passé devant une jolie chapelle. Le village est minuscule mais la chapelle est un très bel exemple d’église à pans de bois qui sont très rares en dehors de la région de Troyes. Le clocher un peu oriental est certainement un ajout postérieur.

Eglise de Saint-Phal

L’église principale était celle du village suivant, Saint-Phal, auquel on arrive par une montée que j’ai trouvée désagréable. J’en ai conclu que j’avais peut-être un peu faim et que c’était un bon moment pour un en-cas, surtout qu’il y a un genre de prairie plantée de grands arbres superbes devant l’église et que je pouvais donc m’asseoir agréablement à l’ombre. Le soleil était vraiment brûlant.

J’ai ensuite fait un petit tour de l’église puisqu’elle était évidemment fermée. Phal, le saint local, est au demeurant un homme vendu comme esclave par les soldats de Clovis et affranchi par un évêque de Troyes qui en fit un abbé. Je ne connais personne qui porte le prénom de « Phal » (Fidolus en latin et pas ce que l’on est tenté de penser). Les statues ont disparu mais il y a quelques petits détails Renaissance intéressants sur le portail.

Joli monstre Renaissance

Après ma pause, j’avais plus d’énergie pour la traversée du ravin suivant, qui m’a d’ailleurs paru moins raide que sur la carte. Je n’ai quand même pas eu le courage de faire un détour jusqu’à Auxon où j’aurais pu voir un autre joli portail Renaissance. A la place, j’étais irrésistiblement tenté par une petite route qui promettait de rejoindre Ervy-le-Châtel par un vallon boisé. En fait, on longe plutôt des prairies que des bois, ce qui n’empêche pas d’apprécier la verdure et le bétail après des journées entières de céréales, de betteraves et de vigne.

Le ciel est devenu très menaçant à un moment et je voyais que cela semblait être un orage violent et isolé. Je n’étais pas tout à fait surpris vu le temps trop brûlant avant. Mon souci était plutôt de deviner quel genre d’orage ce serait, un coin de l’horizon derrière les arbres était pris dans un brouillard gris qui pouvait vouloir dire une forte pluie. J’ai continué à rouler un moment puis il y a eu un très fort coup de vent et je savais que c’était mauvais signe.

Par un hasard extrêmement heureux, il y avait un arrêt de bus avec une vraie cabane en bois à quelques centaines de mètres et j’ai eu le temps de m’y installer avant qu’il se mette à pleuvoir, d’abord raisonnablement puis extrêmement fort. Comme toujours, plus c’est fort, moins cela dure, moins de 15 minutes en l’occurrence. Je n’étais pas mécontent de regarder la pluie tomber depuis un abri !

Dès que la pluie s’est arrêtée, je suis reparti pour profiter de l’atmosphère plus fraîche. J’ai été assez surpris, l’effet n’a duré que trente minutes et il faisait après un temps désagréable, très chaud et humide. Le ciel n’était plus vraiment menaçant et il n’a d’ailleurs plu que quelques gouttelettes deux heures après. C’est un temps vraiment rare, même dans le Sud-Ouest, car un orage refroidit en général l’atmosphère pour plusieurs heures. Cela n’a pas marché cette fois peut-être parce que l’orage était encore avant midi.

Porte de ville à Ervy-le-Châtel

Malgré quelques hésitations aux carrefours mal indiqués, j’ai fini par retrouver la route d’Ervy qui monte au bourg par une longue côte, le village dominant d’assez haut la vallée de l’Armance. Je me souviens que le début de la côte est charmant avec un virage dans un bois, c’est moins drôle après. Ervy était la principale attraction de mon itinéraire pour la matinée. Je pense que j’étais un peu fatigué par la chaleur parce que j’ai trouvé le bourg un peu décevant.

Halle ronde à Ervy-le-Châtel

Il y a une belle porte médiévale à l’entrée du centre mais l’intérieur est sans intérêt particulier. L’église était fermée et le seul monument qui me restait était l’ancienne halle circulaire de 1837 qui abrite maintenant l’office de tourisme. Elle a une forme amusante mais je suis un peu blasé maintenant que j’ai été à Auvillar, à Ambert et à Revel. Je me suis arrêté quelques minutes sur un banc à proximité mais l’endroit était trop bruyant pour une pause de midi confortable. Finalement, ce que j’ai trouvé de plus intéressant à Ervy était une chapelle à pans de bois devant laquelle je suis passé un peu par hasard en quittant le bourg.

Chapelle à pans de bois à Ervy-le-Châtel

Je suis donc reparti dans la ferme intention de m’arrêter dès que je trouverais un endroit agréable pour la pause, ce qui a heureusement été le cas deux kilomètres plus loin dans une grande forêt. Même si la forêt est privée, je pouvais m’asseoir à l’entrée d’une allée. J’avais de l’ombre, ce qui était le plus important. En fait, des nuages se sont accumulés pendant mon pique-nique sans que je puisse les voir venir à cause des arbres, mais l’orage a dû éclater ailleurs car ils ont fini par s’évaporer. L’air était toujours aussi lourd pendant ce temps-là et les insectes qui m’ont rarement dérangé pendant ce voyage étaient beaucoup plus gênants dans cette forêt.

J’ai quitté le département de l’Aube à la sortie de la forêt et j’ai commencé à longer l’Armance parmi les prairies du nord de l’Yonne. Le premier village de l’Yonne était Soumaintrain, nom qui me disait vaguement quelque chose. Effectivement, on m’a confirmé le soir que c’est le nom d’un fromage qui ressemble à l’Epoisses en beaucoup plus doux. Je n’en ai jamais mangé pour la bonne raison qu’il est produit en toute petite quantité.

L’Armance se jette dans l’Armançon à Saint-Florentin, la première petite ville de Bourgogne en arrivant de Troyes. En fait, elle était champenoise jusqu’à la Révolution. Il y a énormément de circulation mais je n’ai pas été gêné car il y a une déviation que ma petite route traverse sans même un échangeur. La ville n’a pas beaucoup de maisons anciennes parce qu’elle a été détruite à chaque fois que quelqu’un voulait empêcher une armée de traverser la rivière, c’est-à-dire extrêment souvent.

Fontaine à Saint-Florentin

On a même détruit la fontaine de la place du marché en 1859, peut-être parce qu’elle gênait la circulation. La commune a décidé de la reconstruire en 1979 et c’est une jolie fontaine début Renaissance qui me fait curieusement penser aux fontaines de Bavière et d’Autriche. En France, on voit plus souvent une halle sur la place avec tout au plus un abreuvoir. Les magasins donnent tout autour de la place et c’est sûrement animé quand l’heure s’y prête. Ceci dit, la ville a connu un boom dans les années 1970 et a perdu depuis presque la moitié de ses habitants, ce qui n’est sûrement pas très bon pour le commerce.

Squelette de maison à pans de bois

Dans la grand-rue, j’ai regardé avec beaucoup d’intérêt un chantier qui prévoit de reconstruire des maisons à pans de bois. Pour le moment, je voyais l’ossature sans les murs, ce qui était très intéressant et valait la photo. On voit bien que les pans de bois n’ont pas de prolongement dans les pièces intérieures. En face du chantier, il y a grand escalier qui monte à l’église mais ce n’était pas pratique avec le vélo et j’ai essayé de faire le tour. J’ai bien trouvé un accès par derrière, mais le parvis ne fait pas le tour de l’église et le portail donnant sur le parking était fermé. J’ai donc été obligé de revenir au pied de l’escalier et d’y accrocher le vélo sur la rue principale, ce que je ne trouvais pas très prudent même si le bourg est tranquille.

Eglise de Saint-Florentin

Finalement, j’ai quand même pris le temps de bien visiter l’église car elle est beaucoup plus intéressante que je ne l’attendais. C’est certes une église gothique de style champenois et j’en avais vu beaucoup… mais celle de Saint-Florentin était ouverte. Il y a deux curiosités de tout premier ordre à l’intérieur, un jubé en pierre et une collection de vitraux Renaissance. Un jubé est chose très rare depuis le concile de Trente et celui de Saint-Florentin était intéressant à comparer à Liesse et à la Madeleine de Troyes. Celui-ci est un mélange entre dais gothiques tarabiscotés et arcades Renaissance assez strictes. Par contre, les statues ne sont pas aussi expressives qu’à Troyes.

Jubé de Saint-Florentin

Vitrail de l’apocalypse à Saint-Florentin

Les vitraux sont admirables et en plus assez faciles à voir car pas placés trop haut. J’en ai pris plusieurs en photo pour les couleurs vives. Il y a une Apocalypse (on voit la bête couronnée en haut à gauche) et une vie de Saint Nicolas avec légendes en vieux français dessous (ce qui montre que plus de gens savaient lire qu’au Moyen Âge !). Il y a surtout un superbe vitrail de la Création intéressant à comparer à celui de Troyes. Il se lit cette fois de haut en bas et est donc plus tardif. Ceci se voit aussi aux putti joufflus qui encadrent les armoiries. Les visages de Dieu et d’Adam m’ont intrigués, ils ressemblent un peu à ce que l’on met dans les bandes dessinées représentant des hommes préhistoriques et je pense que c’est dû aux moustaches à la Clovis.

Vitrail de la Création à Saint-Florentin

Détail de la Création

J’étais extrêmement content de ma visite de Saint-Florentin et j’avais peut-être aussi besoin d’une pause culturelle après avoir roulé longtemps. A cause de la circulation très intense sur le pont de l’Armançon, j’ai jugé que la nationale serait trop dangereuse et j’ai cherché un itinéraire de remplacement pour continuer vers Pontigny. Sur la carte, on voit simplement une grande forêt entre les deux, ce qui trompe un peu car c’est en fait une chaîne de collines qui sépare l’Armançon du Serein. Je me suis donc retrouvé sur une côte pas trop dure mais vraiment longue. La descente était d’autant plus amusante car elle est ombragée et tortueuse jusqu’au pont sur la rivière.

Abbatiale de Pontigny

On voit de loin sur l’autre rive la grande abbatiale de Pontigny, qui a perdu presque tous ses bâtiments annexes à la Révolution et qui est d’autant plus frappante. J’ai commencé par m’offrir un goûter sur un banc devant l’abbatiale et je me souviens avoir mangé des cerises parce que c’était rafraîchissant. La façade de l’abbatiale est sans ostentation avec des arcades gothiques assez nues parce que c’était une abbaye cistercienne.

Nef de l’abbatiale de Pontigny

L’intérieur est plus surprenant, pas particulièrement haut, étroit mais extrêmement étiré en longueur. C’est un plan que j’ai surtout vu en Angleterre où les cathédrales avaient des chapîtres très nombreux. La taille de l’abbatiale s’explique par la richesse de l’abbaye, une des premières filiations de Cîteaux, et c’est la plus grande abbatiale de l’ordre. L’église sert maintenant de cathédrale à la Mission de France, chose dont j’ignorais tout. C’est la structure qui organise les prêtres ouvriers, chargés de s’engager dans les milieux déchristianisés. Il n’y a pratiquement pas de mobilier dans l’église, il reste juste un écran en bois qui correspond aux anciennes stalles baroques.

Longueur de la nef à Pontigny

En sortant, j’ai vu que l’on peut entrer dans l’ancienne clôture où il ne reste d’ailleurs qu’un seul bâtiment utilisé par le conseil général comme petit musée et café. En faisant le tour du bâtiment, j’ai pu prendre une photo qui me laisse un souvenir plus convaincant de la longueur étonnante de l’abbatiale.

J’étais encore à 20 km de mon hébergement et j’avais donc encore un peu de trajet, sans me douter que ce serait assez sportif car la route que j’avais choisie suit plus ou moins la crête entre les vallées du Serein et de l’Yonne. Il y a un nombre étonnant de gros villages sur cette crête. Le dernier est Seignelay qui est le plus joli avec une belle halle du 17ème siècle.

Halle à Seignelay

Ma carte recommande l’église, qui ne m’a pas impressionné et qui était fermée. Par contre, je ne pouvais pas rater la façade du château sur la place centrale. En fait, le château a apparemment été détruit et ce que l’on voit serait donc autre chose. Le château avait une histoire, ayant appartenu à Colbert dont le fils se faisait appeler Marquis de Seignelay. Colbert y fit des expériences de gestion, améliorant le port sur l’Yonne et créant des manufactures.

Ancien château à Seignelay

De Seignelay, je n’étais pas très content de découvrir une dernière petite côte avant de descendre enfin vers l’Yonne. Heureusement, la circulation était toute en sens inverse, sûrement des personnes rentrant de leur travail à Auxerre. La petite route qui traverse la vallée de l’Yonne m’a bien plu, j’avais un peu l’impression des vallées du Bassin Parisien comme celle de l’Eure, avec des maisons et d’anciens moulins sous les peupliers. L’Yonne en soi ne m’a pas fait grande impression. Je me suis arrêté dans le village suivant, Appoigny, parce que j’avais vraiment soif et que je n’avais pas pu trouver une seule fontaine de la journée. Il n’y en avait pas non plus à Appoigny.

J’espérais visiter une dernière église recommandée par ma carte et j’ai constaté sans surprise qu’elle était fermée comme toutes les autres. J’avais vraiment eu beaucoup de chance à Saint-Florentin. Appoigny aurait proposé un jubé Renaissance… Je savais que mon hébergement était hors de la vallée de l’Yonne et je voyais bien que je n’échapperais pas à une dernière côte. Le dénivelé n’est pas colossal, environ 80 mètres. Je devais être fatigué car j’ai trouvé la côte très longue. Heureusement, elle n’est pas très raide et est ombragée, sauf à la fin le long de l’aérodrome. On longe la piste d’un bout à l’autre et c’est inhabituel.

Le monsieur m’avait dit au téléphone que les chambres sont bien indiquées depuis le carrefour à l’entrée du village car leur hébergement s’adresse aux pèlerins de Compostelle (surtout des Belges vu leur emplacement). Il avait raison, j’ai été un peu surpris de la longueur du trajet mais je suis finalement arrivé dans le hameau prévu. Mais pas de pancarte sur les maisons… J’ai traversé tout le hameau sur au moins un kilomètre sans rien voir et j’ai fini par demander à deux jeunes filles qui gloussaient justement dans la rue en regardant leur téléphone. L’une des deux a bien voulu me répondre et m’a dit d’un ton surpris que j’avais roulé trop loin et que la maison est tout à l’entrée du hameau.

Je suis donc retourné, j’ai cherché et je n’ai toujours rien trouvé. Heureusement, une dame sortait de sa voiture et elle a pu m’indiquer que c’est dans le bâtiment de ferme en face. Les gens se posaient des questions car j’étais un peu en retard à force de chercher leur ferme, mais ils m’attendaient effectivement. Ils ont bien une pancarte, mais ils l’avaient enlevée pour la repeindre en début de saison et n’avaient pas encore décidé de la meilleure façon de l’accrocher !

La dame m’a proposé un verre de thé froid à la menthe, ce qui était une excellente idée après une journée chaude. Comme souvent pour les pèlerins, elle a deux hébergements, une chambre avec le confort classique et un genre de dortoir avec des matelas par terre proposés moins chers. J’avais évidemment demandé la chambre. Pendant que je papotais un peu avec elle en buvant le thé, le père de Madame est arrivé tandis qu’un monsieur marocain se tenait plus en retrait. Le père a fait la conversation avec moi et j’ai rencontré l’autre monsieur, qui est tout simplement son gendre, quand il eut fini de travailler au potager.

Les gens ne sont pas autorisés à servir à dîner en raison des règlements d’hygiène, ce qui pose un sérieux problème aux pèlerins vu que c’est le seul hébergement sur une distance de 20 km et qu’il n’y a aucun restaurant à moins de 15 km. A l’occasion, si la personne est seule et leur fait une bonne impression, ils lui proposent de partager le dîner familial. Ils l’ont gentiment fait pour moi et ceci m’a donc valu une conversation plus intéressante que si j’avais été seul devant mon pique-nique.

La dame avait prévu un repas plus léger pour le soir avec un tajine au poulet et aux poivrons accompagné de riz et d’endives. Je suis un peu dubitatif sur l’idée de manger au même moment riz et endives, deux légumes un peu fades… Le tajine était très bon et m’a donné l’occasion d’apprendre qu’il est normalement servi avec du pain et que c’est un plat berbère (le mot tian utilisé en Provence aurait la même origine).

Le monsieur n’a pas mangé avec nous, étant obligé d’attendre le coucher du soleil parce que nous étions en période de Ramadan. Il ne peut pas non plus manger d’une seconde à l’autre, il prend un bouillon léger pour mettre en route l’estomac après le jeûne et attend une demi-heure. Il m’a expliqué que le jeûne est une affaire d’habitude qui ne le gêne pas et qu’il n’a pas non plus spécialement soif même par temps chaud. Le jeûne est beaucoup plus pénible en hiver à son avis car on a tout le temps froid et on n’est pas autorisé à prendre une boisson chaude pour se réchauffer.

La salle à manger est logiquement très joliment décorée de produits de l’artisanat berbère qu’il ramène quand il se rend au Maroc en voiture toutes les trois ou quatre ans. Il m’a expliqué qu’il n’est pas vexé quand on le prend pour un Marocain vu que c’est sa nationalité, mais qu’il parle berbère et pas arabe en famille et qu’il est berbère avant tout. Sa femme est journaliste scientifique en free-lance, ce qui explique pourquoi elle peut habiter dans la ferme de ses ancêtres. Son mari apprécie aussi beaucoup de pouvoir s’occuper d’un grand potager comme il y était habitué enfant, et ceci serait impossible s’ils habitaient en ville.

Elle a un peu envie d’écrire de la fiction et trouvait intéressant que je joue avec des notions scientifiques dans mes romans. J’ai un peu parlé avec son père qui m’a donné quelques détails sur la maison. Elle n’est pas suffisamment remarquable pour prendre des photos mais j’ai appris une chose très utile à savoir: les ferrailles sur les maisons ne sont pas des décorations, elles servent à visser les poutres et à empêcher les murs de s’écarter. Le plus souvent, le fait qu’il y a des ferrures prouve que le bâtiment a été transformé plus tard et ne serait pas stable sans ce renforcement.

 

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