Etape 12: Vallée de l’Yonne

Vendredi 16 juin

98 km, dénivelé 431 m

Très beau et chaud, brise de nord agréable, 26°

Charbuy – Perrigny – Auxerre – chemin de halage du canal du Nivernais (interrompu à trois endroits) – Clamecy – Corvol-l’Orgeuilleux

Etape assez longue mais très facile et j’ai pu visiter un peu Auxerre sans me sentir pressé le soir. Je n’ai pas pu voir certaines choses à Auxerre qui m’intéresseraient, mais c’est parce que ce sont des visites guidées qui sont difficiles à utiliser quand on hésite à laisser son vélo longtemps dehors au milieu d’une ville.

Vallée de l’Yonne, départements 89 et 58

Je n’ai pas gardé de souvenir particulier du petit déjeuner, c’est un peu l’inconvénient en France. La dame m’a expliqué qu’ils ont rouvert l’hébergement récemment en pensant aux pèlerins de Compostelle et elle était très intéressée à savoir comment j’avais eu l’idée de descendre chez elle, n’ayant pas utilisé le guide des pèlerins qui est le seul endroit où elle est référencée. J’ai pu lui confirmer qu’elle était bien sur la liste de l’office du tourisme, dont je me sers de plus en plus souvent.

La qualité des sites est très variable et il est parfois difficile de se faire une idée réaliste du confort. J’ai été satisfait l’année précédente à Saint-Astier et cette année à Charbuy et à Gy, moins à Corvol. On appelle de nos jours « chambre d’hôtes » un peu tout du couchage pour pèlerins à l’ancien hôtel décati en passant par un accueil charmant à prix raisonnable. Il faut simplement distinguer de la « chambre d’hôtes » version Gîtes de France qui est le plus souvent assez chère et très confortable.

Ma motivation principale pour passer dans la région était de visiter Auxerre et surtout les cryptes mérovingiennes de la ville. Je suis donc parti pour Auxerre en traversant le village de Charbuy où des bouts de route non indiqués partent un peu dans tous les sens pour desservir divers pavillons construits sans aucun plan d’urbanisme. Même avec une bonne carte, j’ai eu de la chance de trouver le petit vallon le long duquel on peut descendre vers Auxerre par une route tranquille.

Le paysage est même assez sauvage et la route pratiquement déserte jusqu’à Perrigny. Très agréable d’autant plus que la route directe s’offrirait une traversée de ravin assez raide. J’ai quand même été obligé de monter après Perrigny sur une colline avant de descendre vers l’Yonne et d’entrer dans Auxerre par une grande avenue presque un peu impressionnante.

Maisons anciennes à Auxerre

Auxerre est une ville d’une certaine importance, ce qui lui donne beaucoup d’animation commerciale, mais le centre ville reste assez ramassé et on se fait facilement une idée de la ville, un peu comme à Vannes dans un tout autre genre. Mon idée d’origine était de visiter les cryptes de l’abbatiale et de la cathédrale et j’ai donc remis une visite du reste de la ville à après si j’avais le temps. J’ai trouvé l’abbatiale sans trop de difficultés, quitte à prendre un sens interdit, mais j’ai trouvé étrange que le parvis soit entrecoupé de quelques marches à divers endroits, ce qui est vraiment peu pratique avec un vélo.

Ancienne abbaye Saint Germain d’Auxerre

L’abbatiale est surtout connue pour sa crypte carolingienne qui contient les fresques les mieux conservées d’Europe pour cette époque. Je me rends compte à la réflexion que l’on parle bien ici de fresques alors qu’il existe de très belles mosaïques carolingiennes plus impressionnantes, par exemple à Germigny-des-Prés. Mais je n’ai pas vu les fresques pour la simple raison que l’abbaye a été transformée en musée et qu’on ne peut voir les fresques qu’avec une conférencière à heure fixe, chose trop compliquée à intégrer dans mes itinéraires si je ne le prévois pas à l’avance (j’ai fait une exception une seule fois en 20 ans à Jouarre). A posteriori, les quelques images des fresques que j’ai vues ne me donnent pas l’impression d’avoir raté grand chose.

Vieille ville d’Auxerre

Le seul avantage de l’abbatiale aura été la vue depuis le parvis car je dominais l’Yonne et les maisons de la ville basse qui forment un labyrinthe pittoresque de toits en tuiles. En faisant un petit tour dans la vieille ville, j’ai trouvé un certain nombre de belles maisons à pans de bois. Elles ne forment pas un ensemble continu même si j’ai pris en photo plusieurs coins pittoresques avec d’ailleurs des maisons de style assez varié. Le monument le plus joli est une tour qui enjambe une rue piétonne avec une horloge, un peu comme à Rouen ou à Bordeaux.

Tour de l’horloge à Auxerre

Cathédrale d’Auxerre

La tour est gothique flamboyant comme la cathédrale. En fait, le bâtiment est plutôt de 1250 à l’époque de la Bourgogne autonome et la façade comme la tour sont de 1470 après le rattachement à la France. Entre les deux, les guerres incessantes avaient interrompu les travaux. J’ai trouvé l’effet à l’intérieur assez classique, très vertical avec beaucoup de lumière à l’étage supérieur mais pas en bas du fait des bas-côtés. Je n’ai pas pu visiter la crypte qui était la raison d’origine pour mon passage à Auxerre. Elle n’est pas en accès libre et était fermée sur le moment; elle abrite une célèbre fresque romane en excellent état.

Nef de la cathédrale

Vitrail représentant des martyrs

N’ayant pas perdu de temps avec les deux cryptes, j’ai pu prendre le temps de voir les deux autres grandes curiosités de la cathédrale, les vitraux et les sculptures de la façade. Les vitraux datent pour la plus grande partie de 1280 et sont absolument superbes. Les bleus et les rouges sont très intenses tandis qu’il y a un nombre curieux de surfaces presque noires. Comme les vitraux ont été rénovés plusieurs fois, les couleurs sont peut-être un peu trompeuses.

Beau monstre sur un vitrail d’Auxerre

J’ai surtout remarqué des détails dans les dessins: les griffes avec lesquelles on maltraite le Christ en croix, le bateau viking avec proue en forme d’animal, le méchant dragon à oreilles vertes dompté par un saint,… J’ai aussi pris une photo du vitrail de la Création pour comparer à ceux de Troyes et de Saint-Florentin qui sont Renaissance et donc beaucoup plus récents. La représentation des animaux ou de l’arbre du serpent (avec deux diables en caleçon) est très différente. Il y a quelques vitraux Renaissance dans la nef, mais ils sont très en hauteur et donc difficiles à apprécier.

Vitrail de la Création à Auxerre

Création de l’homme sur la façade de la cathédrale

Pour ce qui est des sculptures de la façade, on en voit sur beaucoup de cathédrales, parfois abîmées par les Huguenots ou pendant la Révolution, mais j’ai rarement vu des détails aussi précis et aussi complexes qu’à Auxerre. Je suis resté assez longtemps à admirer et j’ai pris des photos en gros plan tant les détails étaient intéressants. Il y a à nouveau la Création, mais avec Dieu représenté en moine longiligne plutôt qu’en Pape ou en vieillard majesteueux. Au-dessus des trois scènes, on a ajouté des petits bustes souriants avec des habits aux plis raffinés. On n’est vraiment plus dans le monde roman. Une autre scène bien visible montre les Noces de Cana, les petites scènes étant séparées par des monstres grotesques qui montrent bien que c’est une façade fin 15ème siècle et pas gothique.

Prophètes et dais flamboyants

Noces de Cana

Arche de Noé à Auxerre

J’ai aussi bien aimé l’Arche de Noé avec la famille posant sous un dais avec les déhanchements gothiques usuels. Les animaux ne sont plus très reconnaissables, probablement parce que la sculpture est à hauteur d’homme et a donc été usée par les mains des passants. On voit la différence avec les sculptures des voussures, des petites scènes d’une précision incroyable sous des dais gothiques très compliqués. La crinière frisottée du lion de Daniel ou le Christ nu du baptême dans le Jourdain sont admirables. Les dais sont tous identiques cette fois, j’avais vu d’autres solutions au début du voyage. J’ai aussi pris une vue des détails du côté de l’Enfer avec une forteresse, un tremblement de terre et deux juges assis. Cette fois, certaines têtes manquent.

L’enfer sur la façade de la cathédrale

Bords de l’Yonne à Auxerre

Après avoir passé pas mal de temps à la cathédrale, il était même assez tard pour manger un en-cas. Ayant déjà pas mal tourné dans la vieille ville et sachant qu’il était peu probable d’y trouver un banc ombragé, je suis descendu au bord de l’Yonne où j’ai eu la surprise de voir un panneau pour cyclistes mentionnant la voie verte du chemin de halage. J’avais entendu parler des canaux en Bourgogne mais je n’avais jamais eu l’occasion d’utiliser ces voies vertes sur une longue distance. Je crois que c’est la région de France qui a le plus investi dans le cyclotourisme en profitant du réseau de canaux assez dense.

Parc municipal d’Auxerre

Sur le moment, je me suis arrêté juste après avoir longé la vieille ville car j’avais atteint le parc municipal où il y a des bancs en face des péniches habitées à demeure. Le parc est aussi muni de quelques parterres de fleurs, ce qui m’a tellement impressionné après le style très différent de Troyes, de Laon et de Reims que j’ai pris des photos à vrai dire peu utiles. Le parc d’Auxerre me fait penser un peu aux parterres de Londres, ce qui est rare en France: parterres ronds avec un ensemble de plantes plus hautes au milieu. C’est possible qu’Auxerre fasse des efforts particuliers parce que c’est une ville qui a une bonne animation touristique.

Dans la ville basse à Auxerre

Apparemment, beaucoup de gens y font une halte sur le chemin du Midi parce qu’ils ont entendu le nom de l’équipe de football à la télévision. C’était la première fois que je voyais une ville mentionner ouvertement la valeur touristique d’avoir une équipe de bon niveau, d’autres villes le faisant plus par fierté patriotique sans attirer vraiment les touristes comme Guingamp. Mais le club périclite depuis le décès d’un entraîneur exceptionnel et la ville devra attirer les touristes étrangers autrement.

Je n’ai finalement quitté Auxerre qu’après 11 h, ce qui est vraiment tard pour n’avoir parcouru que 10 km. Je n’ai pu prendre le risque que parce que je m’attendais à rouler facilement en longeant l’Yonne. D’ailleurs, si j’avais été obligé, j’aurais pu raccourcir d’une douzaine de kilomètres en prenant la nationale sur le plateau. Cela aurait évidemment été très dommage et peu motivant même si cela m’est arrivé de temps à autre pendant d’autres voyages, par exemple suite à une crevaison.

J’ai trouvé le chemin de halage parfaitement fiable et très bien balisé dès le centre ville d’Auxerre. Il est pratiquement partout goudronné et muni de bancs à intervalles assez réguliers. Il est du même niveau que les pistes cyclables allemandes et donc nettement meilleur que la moyenne en France. Il est curieusement interrompu de temps à autre par des zones de travaux difficilement explicables sur une voie verte, mais la déviation est bien indiquée et utilise dans le cas précis des petites routes dans le fond de la vallée qui ne gênent pas tellement.

Eglise de Vaux-sur-Yonne

J’ai roulé assez rapidement sur les 20 km d’Auxerre à Cravant, où l’Yonne reçoit la Cure, la rivière de Vézelay. La vallée est vite pittoresque, modérément encaissée et boisée, un peu comme la vallée de la Mayenne. Je me suis arrêté seulement pour l’un ou l’autre bâtiment intéressant comme une église à Vaux avec une jolie galerie romane. C’est un des endroits où le chemin de halage était devié sur une route, ce qui était bien car je n’aurais pas pensé à passer devant l’église autrement. C’est un peu l’inconvénient si on longe trop aveuglément un canal, on ignore les charmes des villages traversés.

Manoir de la Cour Barrée

La photo suivante prise d’un pont sur l’Yonne montre un charmant manoir à tours carrées, probablement celui de la Cour Barrée. Sans que j’y prête attention, il signale le fait que la Bourgogne est pleine de petits châteaux de tous âges; il y en a souvent plusieurs par village et ils sont souvent plus ou moins visibles depuis la route.

L’Yonne à Cravant

Mon premier objectif était donc Cravant, un simple village mais un endroit intéressant pour moi parce que j’y étais passé en 2001. J’avais noté à l’époque que la vallée de la Cure m’avait paru lassante et qu’il y avait à Cravant un lavoir empire et un clocher Renaissance massif. J’ai eu une toute autre impression cette fois. J’ai trouvé la vallée de l’Yonne enchanteresse, probablement parce que je venais de Champagne et non pas du Morvan comme en 2001.

Porte de ville à Cravant

En quittant le canal, je suis tombé d’abord sur les anciens remparts du village avec une porte de ville soignée de style classique. La commune a bien fait de mettre des drapeaux de chaque côté de l’horloge, cela donne un air 19ème siècle charmant. J’ai d’abord traversé tout le village jusqu’à l’autre bout, où les remparts n’existent plus mais où il y a un charmant jardinet avec une tonnelle de rosiers. Je cherchais un peu un endroit pour déjeuner et j’aurais pu objectivement utiliser le banc à l’ombre de la tonnelle. Je crois que je ne l’ai pas vraiment remarqué sur le moment. Le jardin me paraissait peut-être aussi trop près de la déviation de la route.

Lavoir de Cravant

En revenant vers le canal, je suis passé au fameux lavoir qui est charmant et qui me fait penser aux impluvia des villas romaines reconstituées. Il a de jolies arcades moulurées en plein ceintre effectivement assez 19ème siècle. Je pense que ce qui m’attire tant dans les lavoirs est le bruit de l’eau et les reflets de la lumière. Pour ce qui est du clocher Renaissance, je ne vois pas de quoi il pouvait s’agir en 2001. L’église ne m’a pas paru d’un intérêt particulier, ni d’ailleurs les deux maisons à pans de bois du centre du village.

Donjon de Cravant

J’ai par contre admiré le gros donjon rectangulaire qui n’a rien de Renaissance. Wikipedia dit qu’il date du 13ème siècle, ce qui me semble un peu tardif pour une construction à angles droits. Les donjons sont souvent ronds dès le 12ème siècle pour mieux résister aux appareils qui lancent des pierres sur les angles. Evidemment, le bâtiment a été modifié avec le temps, surtout la cheminée et le toit. Il semble habitable car il était en vente lors de mon passage, mais il est encore assez authentique pour ce qui est des ouvertures minuscules et peu nombreuses.

J’ai traversé rapidement la petite plaine qui s’étend au confluent de la Cure et de l’Yonne et qui est agréable sur le chemin de halage à cause de la forêt sauvage en bord de rivière. Je ne me souviens pas exactement où j’ai pique-niqué, je pense que c’était sur un banc à proximité du confluent. Il y avait un petit pont sur le canal et pratiquement pas de circulation automobile, les vélos étaient beaucoup plus nombreux. Les gens semblaient souvent être des étrangers d’âge mûr et je soupçonne qu’ils avaient loué des pénichettes sur le canal.

Un peu après le pique-nique, j’ai suivi une pancarte pour visiter l’église de Prégilbert, qui est à mi-hauteur sur une pente raide dominant le canal. L’église est assez loin du village actuel parce que le hameau d’origine a disparu depuis, laissant juste l’église au milieu de nulle part. Elle était fermée et valait surtout pour le joli clocher début gothique. J’ai été très content de trouver sur le parking de l’église une bouche à eau qui m’a permis de remplir ma gourde. Il faisait relativement chaud même si le vent du Nord (qui m’a bien aidé pour le trajet le long du canal) rafraîchissait agréablement.

Je ne voulais pas revenir de l’église jusqu’au village et j’ai suivi un chemin creux fort raide qui descendait vers une auberge annoncée comme étant au bord du canal. Elle est en fait un peu au-dessus, mais il y a effectivement un passage à niveau pour piétons permettant l’accès au chemin de halage. Je me suis demandé sur le moment si la ligne de train est encore utilisée; le site de la SNCF confirme qu’il y a quelques autorails entre Auxerre et Clamecy.

Port de Mailly-la-Ville

Maintenant que j’avais retrouvé le chemin de halage, j’en ai profité sans me fatiguer à le quitter beaucoup. Je suis passé un peu plus loin à Mailly-la-Ville, un village joliment situé dans une courbe de l’Yonne au pied de la colline boisée. La commune a mis plusieurs panneaux intéressants sur la batellerie de la région et a fait restaurer une péniche. C’était un bon endroit pour s’arrêter trois minutes. La rivière servait surtout à transporter le bois du Morvan vers Paris. Il y a un détail amusant en plus: quelqu’un a installé une statue de la petite sirène de Copenhague sur la pointe entre le canal et l’Yonne.

Mailly-le-Château

Le chemin de halage devient très beau après Mailly-la-Ville et contourne un long méandre serré par un trajet sauvage dans la forêt en bordure du canal. Il sort juste de la forêt au pied de Mailly-le-Château. Je n’ai pas eu le courage de monter au village et je n’ai donc pas vu l’église, mais je voyais un peu le château fort d’en bas. C’était au Moyen Âge une région pauvre répartie en de nombreux petits fiefs secondaires. Le château est encore habité et vaut plus pour le site que pour les bâtiments.

Pont gothique de Mailly

Ce que j’ai plus admiré, c’est le très beau pont gothique qui traverse l’Yonne au pied du château. Il est encore muni d’une chapelle sur la pile du pont, ce qui est très rare et très pittoresque. J’ai aussi vu au pied du rocher du château une jolie fontaine sculptée en 1992 avec un motif charmant de moine pêchant le saumon depuis une barque.

Fontaine à Mailly-le-Château

Rochers de Mailly

Je suis reparti ensuite le long du canal pour l’autre moitié du méandre. La carte disait qu’on longe des rochers pittoresques, mais on les voit peu depuis la route et je me suis contenté d’une photo un peu plus loin où ils sortent un peu des arbres. On peut évidemment se promener à pied plus près – honnêtement, cela ne m’apportait pas grand-chose vu les rochers bien plus spectaculaires du Müllerthal.

Rochers du Saussois

Les rochers les plus connus de la vallée sont un méandre plus loin parce que les rochers du Saussois sont directement au-dessus de la route et en face d’un petit village. Ils sont dégagés des arbres et on voit bien que ce sont des rochers calcaires avec des trous et des ravins creusés par l’érosion. J’ai bien aimé le trou en forme de cœur sur une des photos. J’ai vu des pancartes sur place parlant d’escalade et je ne suis pas surpris que ce soit un lieu d’excursion bien adapté. A cause des surplombs et de l’usure de la roche causée par les grimpeurs parisiens, il paraît que c’est un endroit très exigeant même si les falaises ne dépassent pas 50 mètres.

Rocher en forme de cœur

Je n’avais pas encore envie d’une pause et j’ai continué quelques kilomètres jusqu’au petit village de Châtel-Censoir dont je trouvais le nom assez joli. Comme le vent du Nord m’avait permis d’avancer assez vite, j’ai jugé que j’avais le temps de monter au sommet du village, surtout que j’avais été un peu paresseux à Mailly. J’ai été obligé de monter le raidillon à pied…

Chapiteau à Châtel-Censoir

Chose amusante, le village s’appela d’abord Châtel-Saint-Censure puis Châtel-Sans-Souef (parce qu’il n’avait pas de puits). Le bas du village est moderne mais l’ancien village fortifié existe encore en haut de la colline avec tous ses remparts. C’était apparemment un fief de l’évêque d’Auxerre dès l’époque mérovingienne. C’est ce qui explique une « collégiale Saint-Potentien » dans un aussi petit village. La crypte romane n’était pas accessible mais j’ai quand même été très content de l’effort car c’est une des très rares églises du voyage où j’ai trouvé des chapiteaux historiés. Les rinceaux assez grossiers et les étranges animaux se faisant face sont typiques du début du roman au 11ème siècle. Comme on dit, vaut le détour.

Maître-autel à fenêtre à Châtel-Censoir

J’en ai profité pour remarquer quelques autres détails curieux. Ainsi, le maître-autel en marbre baroque est muni d’une fenêtre ronde qui permet de voir la relique à l’intérieur. C’est normal qu’on puisse voir une relique, mais elle est normalement dans un reliquaire et pas dans le maître-autel. Le petit crucifix accroché au coin du chœur est une autre curiosité; il est barbouillé de peinture rouge et jaune qui lui donne un genre « Pop Art » ou Jackson Pollock inattendu. Je n’aime pas vraiment…

Crucifix peinturluré

Après cette petite pause culturelle, je suis revenu sur le chemin de halage et j’ai vu que le reste du trajet serait probablement plus nature que culture. La vallée reste modérément encaissée et verdoyante, le chemin de halage reste en excellent état et bien balisé, même quand on change de département. Par contre, les villages deviennent moins intéressants.

Château de Faulin

Je suis passé pas très loin d’un superbe château près de Lucy. Il fut commencé vers 1480 et le complexe est superbe avec un pigeonnier, des tours médiévales, un logis fin gothique et une imposante ferme fortifiée. Le chemin de halage est trop loin pour que l’on admire les détails, mais j’ai quand même eu une bonne idée d’ensemble et c’était mon premier beau château depuis longtemps.

Rochers de Basseville

Je suis passé plus loin au pied des rochers de Basseville qui sont dans la Nièvre. La vallée devient aussi plus encaissée et plus boisée même si la limite des départements est moins marquée qu’à certains d’autres endroits. J’avais essayé de réserver à proximité, ce qui m’aurait permis de passer aussi dans le village pittoresque de Druyes-les-Belles-Fontaines, mais je n’ai trouvé aucun hébergement dans l’Yonne ce vendredi soir, signe que l’on est encore assez près de Paris pour intéresser les excursionnistes du weekend.

Croisement du canal avec l’Yonne

Presque au niveau des falaises, le canal croise l’Yonne, ce qui semble beaucoup plus complexe que je ne le pensais. Je connais beaucoup d’endroits où un canal rejoint un fleuve pendant une certaine distance puis le quitte à nouveau, par exemple parce que l’on a besoin d’une écluse. Je connais quelques cas dans lesquels un canal franchit un fleuve non navigable sur un pont-canal. Apparemment, si le canal franchit simplement le fleuve à même hauteur, il faut tout un système de barrages pour empêcher l’eau du canal de partir malencontreusement dans la rivière. Une pancarte informe sur place que ce fut le premier carrefour à être équipé d’un barrage à aiguilles en 1834. Les aiguilles sont des poteaux en bois qui garantissent la hauteur d’eau dans le canal mais que l’on peut enlever en cas de crue.

Pont de Clamecy

Je commençais à être un peu fatigué sur la section après le carrefour, probablement parce que je n’avais pas eu de vraie occasion de me détendre les jambes depuis Châtel-Censoir. Mais j’ai constaté avec plaisir que la piste cyclable continue bien le long du canal jusqu’en plein centre ville de Clamecy, arrivant à longer la zone industrielle sans endroit désagréable ou dangereux. En fait, la grande usine de produits chimiques est maintenant presque entièrement abandonnée et la ville perd rapidement ses habitants depuis 1980.

Notre-Dame de Bethléem à Clamecy

J’ai quitté la voie verte au pont sur l’Yonne, qui est dominé par une étrange église en béton armé. C’est un monument historique car elle fut construite en 1927 dans le style Art Déco typique, mais j’ai été déçu de constater qu’elle ne se visite plus. L’église est sous le vocable inattendu de Notre-Dame-de-Bethléem parce que ce quartier de Clamecy constitua pendant des siècles le diocèse de Bethléem en exil.

J’ai été obligé de consulter Internet pour en apprendre plus. L’évêque de Bethléem fut expulsé par les Musulmans en 1211 et se réfugia ici parce qu’un de ses prédecesseurs venait de la région et y possédait des terres. Il y eut des évêques en exil résidant à Clamecy jusqu’à la Révolution, leur diocèse se limitant au seul hôtel-Dieu de Clamecy. Ils étaient toutefois nommés par le Pape comme tout évêque. Le titre fut transféré à une abbaye suisse au 19ème siècle.

Maison de chanoines à Clamecy

Puisque j’avais quelques minutes, j’ai fait un petit tour dans la vieille ville de Clamecy. C’est plutôt un simple bourg de ressources pour les campagnes avoisinantes et c’est l’une des plus petites sous-préfectures de France avec juste 4.000 habitants. Il y a quelques jolis hôtels particuliers autour de l’église, en particulier une maison canoniale transformée en commerce de vins qui a gardé une belle tour maçonnée et un étage à pans de bois. L’église trône sur une petite colline au milieu de la ville et j’ai retrouvé le décor flamboyant de la cathédrale d’Auxerre. J’ai cependant estimé que je n’avais pas le temps de visiter et je crois que l’intérieur est sans intérêt majeur.

Eglise de Clamecy en style flamboyant

Il ne me restait que 10 kilomètres jusqu’à mon hébergement à Corvol. La route est monotone, avec de longues lignes droites et pas mal de circulation dans une vallée largement ouverte, ce qui fait que j’étais content d’être poussé par le vent pour rouler plus vite. Je suis même arrivé un tout petit peu en avance et j’ai poussé jusqu’au milieu du village par curiosité. Vu que le village s’appelle Corvol-l’Orgeuilleux (il y a aussi Trucy-l’Orgeuilleux), je cherchais un château fort. On spécule que ce serait Corvol-l’Argileux à l’origine.

Comme je n’ai rien vu de spécial, je suis retourné à l’adresse de mon hébergement. Sur le site internet de l’office de tourisme, on parle d’une chambre d’hôtes, mais c’est en fait un ancien hôtel dont la propriétaire ne loue plus que deux ou trois chambres. Elle a changé de statut car les hôtels ont d’autres contraintes légales. L’activité principale de la dame est le café-restaurant au rez-de-chaussée. La plupart du temps, la dame a beaucoup de clients le vendredi et le samedi soir parce qu’elle organise des buffets à thème assez appréciés dans la région. Ce soir-là, il y avait une fête de village à proximité et la concurrence aurait été trop dure pour elle.

Quand je suis arrivé, il y avait encore trois messieurs qui s’offraient un apéritif au bar, mais ils sont partis une heure plus tard et j’ai été tout seul dans la salle à manger pour dîner. La dame a une petite carte de plats chauds mais elle m’a recommandé de regarder aussi son buffet froid à volonté. Comme elle avait vraiment beaucoup de choix, je m’en suis contenté. J’ai simplement commandé un verre de vin. J’hésitais à prendre un pichet d’Irancy, vin de la région dont je n’avais jamais entendu parler, mais un des messieurs du bar a dit qu’il était bon et il avait raison. Je pense que je pouvais faire confiance à un pilier de comptoir sur ce sujet.

A midi, la dame a surtout des routiers car il y a une gigantesque base logistique à l’entrée du village. C’est sûrement très bruyant avec de la circulation et des claquements de portes toute la nuit, mais ce n’est heureusement pas le cas le weekend. Compte tenu de cette clientèle, la dame adapte son buffet à leur goût. Ils semblent aimer plutôt la charcuterie que les légumes. Mais il y a aussi plusieurs sortes de poissons saurs, de harengs épicés etc. J’ai surtout découvert des champignons à la grecque, difficiles à trouver de nos jours. Comme j’étais tout seul sans personne pour me critiquer si je me resservais, j’ai dû visiter au moins quatre fois le buffet et j’ai mangé une quantité un peu honteuse de champignons. La dame n’était pas ennuyée pour autant et m’a proposé en dessert une glace avec un peu de salade de fruits.

Pont à Corvol

Vu tout ce que j’avais mangé, il était indispensable que je marche un petit peu après le dîner. J’avais largement le temps vu qu’on perd peu de temps quand on mange seul. J’ai longé la base logistique jusque dans le village, puis je me suis rendu compte que j’avais quand même un peu mal aux muscles des jambes et que ce ne serait pas une mauvaise idée de se reposer. J’ai donc juste encore pris une photo du charmant petit pont sur le ruisseau du Sauzay avant de revenir.

La chambre était un peu chaude mais la grande porte-fenêtre permettait de l’aérer plus efficacement qu’à Troyes et je ne gênais personne si je restais en tenue légère à regarder des papiers jusqu’à ce qu’il soit l’heure de fermer les volets. Au demeurant, la literie et la salle d’eau sont parfaitement corrects et c’est donc un bon hébergement sans chichis pour un cycliste du moment que l’on n’a pas le problème des poids lourds ou d’une soirée à thème.

 

 

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