Etape 14: Puisaye

Dimanche 18 juin

105 km, dénivelé 1010 m

Très beau et très chaud, vent gênant mais rafraîchissant le matin, brise tiédasse l’après-midi, 30°

Boulleret – Cosne – Saint-Loup – Bitry – Saint-Amand-en-Puisaye – Ratilly – Boutissaint – Saint-Fargeau – Rogny-les-7-Ecluses – Montcresson – Gy-les-Nonains

Etape un peu longue et fatigante, mais j’aurais pu éviter facilement une série de raidillons. Le côté un peu décevant est que l’on voit plein de choses intéressantes pendant la première moitié du trajet sans avoir le temps de les visiter et que la deuxième moitié paraît ensuite vraiment ennuyeuse par comparaison.

Puisaye, départements 18, 58 et 45

L’hôtel-restaurant chinois m’a servi un petit déjeuner à la française mais le thé était vraiment intéressant, c’était un thé vert que l’on boit rarement en Europe au petit déjeuner mais que j’ai trouvé pas moins agréable que du thé noir. Dans l’ensemble, la maison est très bien tenue et le jeune couple se donne de la peine. Ils méritent de pouvoir construire leur petite entreprise. Il y a beaucoup de restaurants chinois dans les villages luxembourgeois, mais c’est très rare de voir les jeunes reprendre aussi un hôtel. Seul inconvénient si on veut, il faut réserver par un site Internet car ils ne parlent pas assez bien français au téléphone, surtout le monsieur.

Château de Buranlure

J’ai utilisé un schéma de la commune sur la place pour trouver une petite route permettant de revenir vers la Loire en passant par un château plutôt que par la route normale. C’est un itinéraire qui est aussi plus ou moins marqué comme sentier de randonnée communal. Je ne me suis pas perdu et l’arrivée sur le château est très pittoresque car le château est au fond d’un vallon verdoyant. C’est un très beau château médiéval avec un nom délicieux, Buranlure, et il date de 1550 environ. Il est habité et ne se visite donc pas.

Vue de plus près

Je voulais passer devant le portail si possible et j’ai pris le chemin de randonnée pour cela, ce qui fait que j’ai poussé le vélo dans la descente pour ne pas risquer une crevaison. La route que j’avais vue d’en haut et qui permet de quitter le château est la route privée des propriétaires et j’ai donc aussi remonté le sentier de randonnée un peu raide en poussant le vélo de l’autre côté. Comme j’étais encore bien reposé aussi tôt le matin, je ne me suis pas tellement formalisé. Je suis même content de l’effort car la vue change selon le côté du château; on voit mieux les différents bâtiments autour d’une cour intérieure depuis l’autre côté du vallon.

La Loire à Cosne

Une fois que j’avais retrouvé la route normale, je l’ai suivie sans difficultés à travers un petit village jusqu’au pont sur la Loire qui est tout près. J’ai donc passé peu de temps dans la partie sud de la France si on prend la Loire comme démarcation… Le pont est un grand pont suspendu de 300 m de long alors que celui de La Charité est un pont à piles. Si on compare le panorama de La Charité à celui de Cosne, on voit que le site de Cosne est beaucoup moins pittoresque, la petite ville s’étale dans la plaine du fleuve sans bâtiments marquants.

J’ai pris une vue de la Loire depuis la ville et c’est vraiment frappant de voir que presque toutes les villes le long du fleuve sont sur une seule rive sans faubourg important de l’autre côté (et même sans aucune maison à Cosne). Je suppose que c’est dû aux inondations autrefois avant la construction des digues.

Cosne ne m’a pas semblé avoir autant d’industrie que La Charité, mais c’est la sous-préfecture et il y a donc suffisamment d’animation. Il y a même énormément d’animation le dimanche matin, jour du marché. En fait, Cosne eut une importante industrie métallurgique aux 18ème et 19ème siècles, comme partout sur les rivières descendant du Morvan, mais elle a quasiment disparu depuis.

Portail à claveaux de l’église de Cosne-sur-Loire

Je suis d’abord allé voir l’église recommandée par ma carte; elle n’a pas une réputation considérable mais ceci me faisait une petite halte culturelle et je n’étais pas certain de voir beaucoup de monuments intéressants pendant la journée. Un dimanche matin, je pensais aussi que je pourrais être obligé de renoncer à la visite en raison d’une messe, mais on en était encore aux préparatifs avec quelques jeunes répétant un morceau de musique pour une cérémonie.

Détail du portail à Cosne

Le portail de l’église est mignon avec un style inhabituel pour la région: un arc roman avec des claveaux concentriques ornés de petits animaux fabuleux. C’est le roman saintongeais, pas du tout le roman bourguignon ou berrichon. La pierre est un peu usée mais on voit bien certains détails comme l’âne jouant de la harpe, un motif assez classique.

Chapiteau à Cosne

L’intérieur de l’église a été refait mais j’ai quand même trouvé quelques beaux chapiteaux romans. J’étais très content car j’en ai vu peu pendant le voyage, au contraire du voyage de 2016 en Aquitaine. La figure assez primitive entre deux animaux bizarrement disposés verticalement est certainement Daniel dans la fosse aux lions, avec un anneau en dessous et un tailloir rectangulaire au-dessus très archaïques.

Un autre chapiteau très ancien (fin 11ème siècle) montre un homme assis retenant deux autres par une couette de cheveu pendant que les deux croisent leurs bras sur les épaules du premier. L’homme du milieu est assis les jambes un peu coincées comme s’il était douloureusement constipé. Je ne sais pas ce que la scène représente.

Scène mystérieuse à Cosne

Cinéma art déco à Cosne

La ville de Cosne est consciente qu’elle ne peut pas attirer les touristes par des monuments époustouflants et vante gentiment son cinéma avec une façade Art Déco. J’ai juste pris la photo puis j’ai fait un tour du marché en poussant le vélo, ce qui me gênait un peu car il prend beaucoup de place quand il y a autant de monde. J’ai acheté les fruits que je n’avais pas acheté la veille à Donzy (des cerises, dont la période de production a duré un mois en 2017 – les cerises de l’Yonne se sont avérées particulièrement bonnes et on en trouve rarement hors de la région). Puis j’ai fait la queue à la boulangerie, le jour du marché n’étant pas le meilleur jour. Il y avait deux gendarmes en uniforme dans la queue, ils s’achetaient leur petit en-cas du matin.

J’ai un peu hésité sur la meilleure façon de quitter Cosne, ayant pour objectif le château de Ratilly que l’on peut atteindre par différents trajets. J’ai finalement pris celui qui semblait impliquer le moins de ravins raides à traverser. Pour atteindre la route voulue, j’ai été obligé de chercher un peu comment on pouvait bien traverser la voie ferrée; je suis allé à la gare (ligne Paris-Nevers que je n’ai prise qu’une seule fois dans ma vie) et j’ai vu le pont routier depuis la place.

Plateau au-dessus de Cosne-Cours sur Loire

La route était un bon choix, tranquille dès que j’ai quitté la ville. Elle était un peu fatigante au début, donnant l’impression d’être plate dans les champs de céréales en plein soleil. Je me trouvais les jambes lourdes et je me suis demandé si j’avais un jour un peu « faible », tout en pensant que cela tenait peut-être aussi au vent du nord, assez fort pour me gêner même si j’étais content du courant d’air rafraîchissant.

Au deuxième village, j’ai fini par faire une pause parce que la route semblait descendre un peu devant moi. Je me suis retourné par curiosité et j’ai compris pourquoi j’étais un peu fatigué parce que j’avais maintenant un panorama très étendu qui me montrait que j’avais dû monter assez sensiblement. La vue est moins belle que dans le Sancerrois, les collines sont plus basses et plus molles. On voit que l’on s’approche lentement de la grande plaine de l’Orléanais.

Ma route traversait un petit vallon ensuite avec le village de Saint-Loup des Bois. Il y a peu de villages nommés d’après l’un des nombreux Saint Loup. Le vallon n’était pas trop profond et la route devenait plus verdoyante après, ce qui était très agréable. Il restait encore une longue section en montée modérée avant de traverser un petit bois où l’on voit prétendument les restes du château fort de Saint-Vérain. Je dois dire que je n’ai strictement rien vu du château, le bois est propriété privée et très touffu.

Une pente fort raide descend dans le centre du petit village où j’ai trouvé un banc bien placé sur la place de la petite église. J’ai mangé mon en-cas du matin après tant de montée puis je suis allé voir la pancarte devant l’église. Sans faire exprès, c’était une excellente idée de passer par Saint-Vérain car ce fut au Moyen Âge un fief féodal très important à la frontière entre Bourgogne et Berry.

Vitrail du 13ème siècle à Saint-Vérain

L’église a été reconstruite après une guerre mais il reste encore un joli chapiteau avec des harpies et des pommes de pin au coin du portail. Il reste surtout à l’intérieur une œuvre d’art d’une grande antiquité, le plus ancien vitrail du département de la Nièvre. Il date du 13ème siècle comme les plus anciens vitraux de Troyes et les couleurs chairs ont ici aussi pris une teinte marron. Le dessin est assez naïf et le choix de couleurs est modeste, sans le bleu profond et le rouge rutilant, beaucoup plus coûteux. La scène du milieu à gauche montre un roi, je sais maintenant que les jambes croisées symbolisent l’autorité au Moyen Âge.

Après la visite bien agréable, j’ai essayé de rejoindre le chef-lieu de canton, Saint-Amand-en-Puisaye. Ma route était certes toujours aussi tranquille, mais beaucoup moins agréable que la route principale car elle traverse trois ravins par des raidillons très pentus et assez longs afin de desservir des hameaux. J’étais un peu irrité… La carte prévient souvent des raidillons par des chevrons, mais pas en l’occurrence.

Fontaine à Saint-Amand-en-Puisaye

Saint-Amand est un bourg industriel avec une longue tradition de céramique. Je suis passé devant plusieurs galeries spécialisées dans le village, qui attire probablement des Parisiens le weekend. Il y a un peu la même spécialité dans le Bois-Fort près de Henrichemont, c’est sûrement lié à un sol argileux particulier. La ville a décoré les places dans un style approprié avec entre autres une belle fontaine fleurie ornée de pots en terre cuite vernissée dans un ton vert kaki.

Château-musée de Saint-Amand-en-Puisaye

Le grand monument de Saint-Amand est l’ancien château, abandonné après diverses destructions guerrières et rénové pour servir de musée de la céramique. Je n’ai évidemment pas visité mais on peut entrer librement dans le parc et j’ai fait le tour du bâtiment pour admirer l’architecture. Les pavillons latéraux sont plutôt Louis XIII, les lucarnes du corps central sont à la limite du gothique et de la Renissance car il date de 1540. Vaut un arrêt en tous cas. Même sans visiter le musée, on peut admirer quelques sculptures modernes en céramique dans le parc. Un genre de portail décoratif est orné d’un crocodile amusant et inattendu à cet endroitDe Saint-Amand, je n’étais pas très loin de Ratilly. Le château se trouve presque sur la ligne de partage des eaux entre la Loire et la Seine et on est donc bien obligé de monter assez longtemps en sortant de Saint-Amand. J’ai d’abord pris une grande route qui remontait la vallée de façon peu fatigante, puis une petite route qui continuait à monter progressivement à flanc de colline de façon agréable et ombragée, puis une route de campagne nettement moins plaisante, toute droite vers la crête entre les champs.

Château de Ratilly

Je me suis demandé comment on accède au château jusqu’à ce que je trouve une petite pancarte peinte à la main. En fait, le château est une propriété privée et il n’y a pas de raison d’y attirer les touristes, mais il y avait justement une journée porte ouverte dans l’atelier du céramiste qui occupe les lieux, d’où la pancarte. De toute façon, avec un peu le sens de l’orientation, on finirait bien par trouver un accès.

Les grilles étaient fermées à l’heure de midi et on ne voit pas le château de loin à cause du parc boisé, mais on le voit assez bien à travers la grille. J’aurais été déçu si cela avait été mon seul monument de la journée mais ce n’était pas gênant pour une petite attraction en cours de route. Le château est visiblement médiéval d’origine (1270, une date assez ancienne pour la région) mais les fenêtres me semblent modernes.

Crêtes de la Puisaye à Ratilly

J’avais un peu envie de pique-niquer à Ratilly puisque j’étais au sommet sur la ligne de partage des eaux, mais le petit bois devant le château est très accidenté et pas pratique. En plus, plusieurs personnes avaient sorti un équipement élégant avec table et chaises un peu plus loin et je suppose qu’elles auraient trouvé mon style de pique-nique trop prolétarien. Je n’étais pas trop ennuyé de continuer puisque j’étais déjà pratiquement en haut sur la ligne de partage des eaux. En fait, j’ai eu quelques petites montées et descentes avant de rejoindre la vraie ligne de crête, sans trouver cela dur.

Evidemment, l’avantage de la ligne de crête est que l’on descend de l’autre côté, en l’occurrence vers les sources du Loing que l’on pourrait suivre théoriquement jusquà Moret près de Fontainebleau. Je suis descendu pendant des kilomètres dans une forêt profonde, avec d’ailleurs une petite côte au milieu au niveau d’un parc d’attractions si bien caché que l’on ne voit que la pancarte. Je ne sais pas si c’est vraiment un parc d’attractions ou plutôt un camping sous un nom prêtant à confusion.

Lac de barrage du Bourdon

J’étais un peu déçu de quitter la forêt sans avoir vu une seule route forestière attrayante pour s’arrêter. Heureusement, peu après les premières prairies, j’ai traversé un ruisseau avec un petit bois près de l’endroit où il rejoint le lac de barrage du Bourdon. J’ai aussi trouvé un chemin creux inofficiel, pour être plus clair une piste avec des ornières profondes. Il conduit au bord du lac de barrage et j’ai d’ailleurs croisé un véhicule tout terrain qui transportait un pêcheur et son fils.

Lac du Bourdon

J’ai poussé le vélo dans les ornières en étant bien content du temps aussi beau et sec depuis une semaine car c’est sûrement une mare de boue après la pluie. Je me suis arrêté sous les derniers arbres avec une vue entre les roseaux vers le lac, l’endroit était ombragé et finalement très agréable. La photo est prise après quand je suis allé voir à pied à quoi ressemblait le lac du Bourdon. Je n’ai pas vu grand monde près du lac bien que ce soit un dimanche, probablement parce que les gens étaient encore en train de déjeuner ou parce qu’il faisait trop chaud sur la rive sans ombre.

En reprenant la route, je suis arrivé assez vite au barrage d’où le lac est plus imposant. Il est même assez large pour avoir une petite école de voile. On voit une rangée de camping-cars sur le bord du lac près des voiliers, je ne sais plus si c’étaient des sportifs ou des touristes de passage. Après le barrage, la route hésite à descendre dans la vallée du Loing et j’ai encore eu deux petites côtes avant d’atteindre Saint-Fargeau, la ville de ressource dans la région.

Je n’avais vraiment aucune idée sur l’intérêt éventuel de la Puisaye alors que j’ai souvent des attentes sur les régions que je traverse. Saint-Fargeau est un bourg qui m’a semblé assez rural mais avec beaucoup de monuments intéressants, ce qui fait que j’ai été très content de mon trajet, quitte à avoir ajouté une quinzaine de kilomètres sur la journée.

Dans l’église de Saint-Fargeau

Je suis d’abord allé voir l’église qui était ouverte (comme à Cosne et à Saint-Satur… cela changeait de la Champagne). J’ai surtout remarqué une statue charmante de Saint Martin partageant son manteau, statue posée curieusement en linteau sur l’entrée d’une chapelle. La grande attraction de l’église est un très beau retable de la fin du 15ème siècle qui me semble inspiré par l’art flamand, chose logique puisque la Flandre et la Bourgogne avaient le même suzerain à l’époque. Le retable a des couleurs si vives qu’il a certainement été restauré.

Retable de style flamand à Saint-Fargeau

Château de Saint-Fargeau

L’autre grand monument de Saint-Fargeau est son château massif au milieu du bourg, une forteresse rénovée par les propriétaires actuels qui l’ont ouverte à la visite. Ils cachent donc la vue dans la cour par une palissade pour inciter les touristes à payer, ce qui est de bonne guerre vu que ces châteaux valent souvent plus par l’architecture que par le mobilier le plus souvent dispersé. Le style extrêmement massif de la forteresse fait penser au Moyen-Âge, mais avec des matériaux différents et beaucoup de fenêtres ajoutées plus tard quand Louis XIV exila ici une des ses cousines coupable d’intriguer contre lui.

Détails des toits du château

J’ai trouvé une fente dans la palissade et cela valait la peine pour les encadrements de fenêtres très décorés. C’est un peu rococo et cela va bien avec les lanternons. J’ai lu par la suite que le château appartenait pendant la Révolution à un homme politique assez en vue assassiné par un royaliste et que l’on connaît bien à Paris, Monsieur Le Peletier de Saint-Fargeau (c’est une station de métro).

Beffroi de Saint-Fargeau

Cela arrive souvent qu’un village attire les touristes avec un château et une église. C’est plus rare de trouver aussi une série de vieilles maisons ou un beffroi comme à Saint-Fargeau. C’est dû au fait que le bourg était la capitale de la Puisaye, territoire royal à la frontière de la Bourgogne et donc stratégique. La tour de l’horloge me semble de style Louis XIII et aurait donc été reconstruite après les guerres de religion, sanglantes dans la région car Sancerre était une des principales places fortes des Réformés.

Halle à Saint-Fargeau

Il y a aussi une superbe halle dans un genre de jardin public. Des jeunes s’y étaient donné rendez-vous et attendaient le copain qui venait les chercher en voiture. J’ai hésité à m’approcher pour mieux voir la charpente, mais je ne pense pas que ce soit un monument ancien car personne ne le vante. C’est probablement plutôt un objet de démonstration pour la construction à pans de bois – mais c’est très réussi et cela montre bien que la Puisaye avec ses forêts avait un autre urbanisme que les vallées argileuses de la Loire, du Loing et de l’Yonne.

Vieille ville de Saint-Fargeau

J’étais très content d’être passé par Saint-Fargeau plutôt que d’avoir longé la Loire par Briare, le bourg est beaucoup plus intéressant pour un cyclotouriste (Briare valant uniquement par son musée et son pont-canal). La seule chose qui me fatigait un peu sur le moment était la chaleur qui devenait étouffante, le petit vent du nord ne soufflant plus beaucoup.

J’espérais un peu que la vallée du Loing serait plus ombragée que les plateaux céréaliers et je suis donc resté au début sur la route principale. En fait, la largeur des bas-côtés sur ces routes fait que les arbres éventuels ne donnent de l’ombre qu’en début et en fin de journée. Ce n’était pas horrible, c’était simplement chaud et assez monotone, la route s’écartant de la vallée inondable en bordure du plateau.

Moulin sur le Loing à Rogny

Elle retrouve le Loing à Bléneau, un chef-lieu de canton agricole sans grand intérêt, puis longe la rivière d’un peu plus près jusqu’à Rogny, le premier endroit intéressant après une heure de trajet. Le village se trouve au confluent du Loing avec le canal dit de Briare qui relie la Seine à la Loire. L’endroit est un peu marécageux et on a creusé des étangs avec des moulins dans un site ombragé agréable.

Le canal n’avait pas d’intérêt particulier en soi, je l’aurais simplement longé par le chemin de halage si j’étais passé par Briare. Le chemin de halage a été converti en piste cyclable – en tous cas pour la section située dans le département de l’Yonne, je ne sais pas pour celui du Loiret puisque la région Centre se concentre sur la véloroute le long de la Loire tandis que la région Bourgogne se concentre sur les canaux.

Sept écluses de Rogny

Ce qui est plus intéressant, c’est que le canal franchit à Rogny l’escarpement qui lui permet de sortir de la vallée du Loing. Il faisait ceci au moyen d’un magnifique escalier de 7 écluses, conçues sous Henri IV par un ingénieur très en avance sur son temps. Le roi lui confia 12.000 ouvriers et 6.000 soldats, ces derniers étant nécessaires pour contrôler les émeutes causées par les propriétaires expropriés ! Les travaux furent interrompus à l’assassinat du roi mais terminés quand même en 1642, longtemps donc avant l’escalier d’écluses de Fonserranes sur le Canal du Midi. L’ingénieur avait proposé un escalier plutôt que des écluses séparées pour économiser des portes, les grandes portes en fonte étant beaucoup plus coûteuses que la maçonnerie.

Vue d’ensemble

Le canal fut effectivement un grand succès commercial, rapprochant considérablement le marché parisien et les ports de la Manche des zones de production de la vallée de la Loire. On construisit une déviation du canal en 1880 parce que l’escalier consommait trop d’eau et ne laissait passer qu’une péniche à la fois. Le résultat est que l’on voit très bien maintenant l’ancien canal vidé de son eau. Je me suis assis sur l’unique banc à l’ombre, juste en face du monument, pour prendre un goûter. Quelques excursionnistes m’ont regardé d’un œil noir en passant car ils auraient vraiment aimé s’asseoir sur le banc mais avaient peur de mon voisinage probablement nauséabond.

Même si j’avais été un peu énervé entre Saint-Fargeau et Rogny, j’étais plus reposé maintenant et il commençait à faire un peu moins chaud. La carte montrant que la route principale s’écarte à nouveau de la rivière sur le plateau, j’ai choisi une petite route parallèle plus près de la rivière. Malheureusement, elle monte aussi sur le plateau, simplement sur l’autre rive, et je n’ai donc pas échappé aux champs de céréales et à la chaleur. La route était par contre plus tranquille et moins monotone, c’est déjà cela vu qu’elle traverse plusieurs vallons par des raidillons que je trouvais très superflus.

Grand-Place à Châtillon-Coligny

La petite route rejoint la grande à Châtillon-Coligny, un petit bourg qui s’appellait à l’origine Châtillon-sur-Loing mais qui a voulu honorer la grande famille protestante qui possédait le fief jusqu’au 17ème siècle. Malheureusement, j’étais un peu inquiet en voyant l’heure et j’ai été obligé de renoncer à visiter le bourg; c’est quasiment la seule fois pendant ce voyage et c’est dû au détour pour le château de Ratilly qui en valait la peine.

Reste du château de Châtillon-Coligny

J’ai simplement fait un petit tour à vélo dans le centre du bourg, remarquant les toits hauts et pentus un peu inattendus de la grand place. Je suis aussi allé voir les restes de la forteresse (le beffroi était en fait une porte de la ville), mais sans explorer ceux qui se trouvent dans le parc municipal. J’ai par contre laissé de côté l’église. D’après les guides, j’ai surtout raté quelques maisons en partie gothiques.

Après Châtillon, j’ai été plus ou moins obligé de prendre la route principale car le chemin de halage du canal n’est pas aménagé pour les vélos. C’est un peu dommage mais il ne faut pas être surpris, ce n’est pas une priorité pour la région Centre: l’Est du Loiret est très excentré vu de Tours et peu intéressant au niveau du potentiel touristique.

Eglise de Montbouy au bord du Canal du Loing

Je ne suis resté en fait que 10 km sur la route principale et ce n’était pas déasagréable. D’abord, il faisait un peu moins chaud et surtout la route reste souvent assez près de la rivière. Elle passe à Montbouy où il y a une église très joliment située directement au bord du canal. C’est une église gothique qui fait déjà un peu penser à l’Île-de-France avec un portail un peu étrange orné de colonnettes à bagues et d’un motif stylisé vaguement végétal.

Lavoir sur le Loing à Montbouy

C’est assez amusant de comparer le site de l’église, assez français par son caractère propret sur le quai rectiligne du canal, avec la vue depuis le pont sur le Loing, beaucoup plus romantique avec un joli lavoir et des jacinthes d’eau. Après Montbouy, j’ai longé encore un peu la vallée pour passer devant un site gallo-romain. Le terrain est privé mais on voit bien à travers le grillage les restes d’un amphithéâtre. On pense qu’il faisait partie d’un complexe pour curistes au bord du Loing et il a les mêmes formes que de nombreux théâtres de l’époque comme à Dalheim.

Site gallo-romain au bord du Loing

Un monsieur en voiture s’est arrêté pendant que je prenais des photos et je pensais qu’il avait besoin de téléphoner, mais il s’est apparemment arrêté en me voyant, pensant qu’il y avait peut-être une attraction intéressante qu’il ne connaissait pas. Il m’a dit quelque chose mais je n’ai pas vraiment compris. Il y a un assez joli château juste après le site archéologique; le château de Chenevières date du 18ème siècle avec un certain charme Louis XV. J’étais surtout amusé par les statues de lions et les vases de parc déposés au bout de ce qui est maintenant une simple prairie à l’état sauvage.

Château de Chenevières

J’ai quitté la vallée du Loing au village suivant qui porte le nom charmant de Montcresson (sûrement d’après cette culture assez répandue dans la région). Une petite route monte sur le plateau de la rive droite par une côte raide mais ombragée et rendue amusante par une épingle à cheveux qui surprend un peu pour un dénivélé de moins de 50 mètres. J’ai pris ensuite une route non indiquée mais suffisamment facile à trouver et je suis arrivé très vite à Gy-les-Nonains où j’avais réservé une chambre d’hôtes.

Il n’y a aucune offre abordable sur les sites habituels dans la région et je me serais rabattu sur un hôtel de chaîne à Montargis, mais il y a une liste de chambres avec des détails suffisants sur le site Internet de l’office de tourisme. Comme à Corvol, on trouve de cette façon les hébergements modestes qui n’ont ni les moyens ni l’ambition d’accueillir les bobos du Marais. J’ai été un peu surpris en cherchant la maison dans le village, il fallait vraiment traverser tout le village qui est très allongé et les numéros sont du modèle distance (380 pour 380 m depuis la mairie), ce qui inquiète un peu au début.

Lavoir réglable à Gy-les-Nonains

J’étais finalement un tout petit peu en avance et j’en ai profité pour admirer le lavoir, muni de planchers que l’on descendait au niveau de l’eau pour faire la lessive mais que l’on remontait sinon par des chaînes. La dame m’a dit que les enfants du village jouaient volontiers à cet endroit et qu’il avait fallu mettre une grille.

Quand je suis arrivé, la dame était occupée avec un monsieur d’âge mûr qui m’a entrepris avec des remarques un peu agressives. J’étais surpris et je l’ai laissé parler sans dire grand chose pendant que la dame me servait un jus de fruit. Le monsieur semblait surpris et déçu que je ne veuille pas prendre un verre de vin avec lui, ignorant que les gens qui me poussent à boire obtiennent en général exactement l’effet inverse.

Chambre d’hôtes à Gy

La dame m’a ensuite montré ma chambre, qui était de toute évidence l’ancienne chambre de sa fille avec des décors à fleurettes et des poupées anciennes. On voit tout de suite que la maison n’a pas été construite pour abriter des chambres d’hôtes, au contraire des gîtes que les agriculteurs construisent dans une grange. On prend un escalier fort raide qui part curieusement de la cuisine et on trouve sur le palier la salle de bains commune. On monte deux marches de plus pour trouver une chambre avec un lit mais qui n’est pas utilisée parce qu’il faut la traverser pour accéder soit à ma chambre, soit à un deuxième escalier. Construction compliquée et un peu bizarre. Ceci dit, la chambre était fraîche et confortable et la salle de bains parfaite.

Pour le dîner, la dame était un peu en retard et le monsieur était encore en train de manger dans la cuisine. J’ai supposé que c’était son mari puisqu’il y avait deux assiettes sur la table et je l’ai salué poliment avant de sortir, disant à la dame qu’elle n’avait pas besoin de se presser et que je permettais d’admirer son jardin. Elle s’en occupe avec beaucoup d’amour, il y a un poulailler et divers beaux massifs, en particulier de superbes fleurs orange qui rappellent les lys. Elle m’a dit que ce sont des hémérocalles, j’en ai vu dans beaucoup de jardins dans l’Yonne aussi. J’ai lu ensuite que ces fleurs aiment le plein soleil et supportent bien la sécheresse, ce qui explique pourquoi on n’en voit pas souvent au Luxembourg.

La dame m’a ensuite apporté un petit apéritif et m’a bien dit de ne pas laisser le monsieur se servir avec la bouteille. Elle poussait des gros soupirs en parlant du monsieur qui lui causait bien du tracas avec son alcoolisme. Je la plaignais beaucoup d’avoir un mari porté sur la bouteille mais j’avais en fait tiré des conclusions bien trop hâtives. Comme la dame s’est assise sous l’auvent dehors pour me tenir compagnie pendant que je dînais, elle a eu l’occasion de me donner quelques détails.

Elle m’a servi des crudités de son potager, de l’émincé de poulet avec une délicieuse sauce à la sauge et un clafoutis aux cerises. La maison est en fait une ancienne boulangerie avec le magasin de vente transformé maintenant en salon pour elle, l’appartement à l’étage transformé maintenant en partie en chambres d’hôtes et le fournil transformé en gîte. La dame ne fait pas de publicité pour ses chambres car elle a une clientèle fidèle d’habitués attirés par le prix démocratique et l’atmosphère familiale. Elle accueille surtout des ouvriers des travaux publics pendant la semaine ou des VRP. Lors de mon passage, l’autre chambre était prise par un homme de 25 ans environ qui suivait une formation de forgeron. J’aurais aimé en parler avec lui mais il se levait très tôt le matin et je l’ai tout juste entrevu.

La dame sert le dîner vu que les ouvriers ont soif le soir et qu’ils apprécient de pouvoir rester sur place sans avoir à se soucier de conduire après avoir bu de l’alcool. Elle a toutefois de plus en plus de difficultés avec les contrôles alimentaires et ne peut plus servir de produits de son potager ni de son poulailler. C’est très gênant pour elle car elle pourrait produire beaucoup moins cher qu’elle n’est obligée d’acheter au supermarché, et ceci pour une qualité qui n’est évidemment pas la même.

En dehors des chambres, elle a aussi un gîte que l’office social de la région a plus ou moins réquisitionné pour lui imposer des locataires temporaires. En fait, l’office social lui a simplement demandé, mais il a beaucoup insisté et elle n’a pas osé refuser. Il loge chez elle pour quelques mois les cas impossibles à placer ailleurs comme des personnes âgées atteintes de démence, des alcooliques ou des personnes que les maisons de retraite refusent. Pour être honnête, il me semble que l’office social abuse sans scrupules du fait que la dame a besoin d’argent. Elle a en effet perdu son mari jeune et ne pouvait plus tenir la boulangerie, ce qui fait qu’elle n’a pas d’autres ressources que les chambres.

Elle m’a aussi parlé de ses quatre enfants et surtout d’un de ses petits-fils pour qui elle a une petite faiblesse. Il a 20 ans et l’inquiète beaucoup parce qu’il n’arrive pas à trouver un travail avec son CAP de bûcheron. Il ferait tout pour quitter la région, mais il n’a pas les contacts pour trouver un travail. Je lui ai suggéré que le jeune homme devrait demander à Pôle Emploi d’accéder au registre européen des offres d’emploi parce que son métier est assez demandé dans le Nord de l’Europe. Evidemment, je présume peut-être un peu de l’ouverture d’esprit de Pôle Emploi à Montargis pour ce qui est d’aider un jeune bûcheron à s’expatrier… La situation du petit-fils est sûrement loin d’être rare et explique peut-être aussi dans certaines régions pourquoi les jeunes ne voient pas comment s’en sortir et en viennent à rejeter la politique traditionnelle.

 

 

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