Etape 15: Gâtinais et Senonais

Lundi 19 juin

100 km, dénivelé 689 m

Très grosse chaleur, très peu de vent, 35°. Malgré la chaleur, je l’ai trouvée plus sèche et un peu plus supportable que dans l’Ardèche ou la Haute-Provence.

Gy-les-Nonains – La Chapelle Saint Sépulcre – RF pour Griselles – Château-Landon – Egreville – Chevry-en-Sereine – Vallery – Courtois-sur-Yonne – Sens

Etape beaucoup plus longue que je ne l’avais estimé mais pas très dure et il n’y a pas de curiosités prenant beaucoup de temps. On peut faire le trajet en 50 km seulement si nécessaire. Je tenais à passer à Sens mais ceci ne vaut vraiment la peine que si on peut visiter le musée et il faudrait donc coucher en ville.

Gâtinais et Senonais, départements 45, 77 et 89

J’ai hésité le matin en regardant ma carte, me demandant si je devrais passer par Montargis. La dame m’en a dissuadé involontairement en distant qu’elle n’y va pas volontiers parce c’est une ville importante avec des grandes zones industrielles un peu déclinantes et beaucoup d’agitation. En vérifiant après, j’ai eu l’impression qu’on n’y voit pas de monuments vraiment importants et c’est l’une des communes les plus pauvres de France (le revenu médian est inférieur au SMIC). J’ai juste vu de jolies photos des bords du canal.

Il y avait une autre bonne raison pour ne pas passer par Montargis, c’est que l’alternative logique depuis Gy traverse une grande forêt, quasiment la seule de la région d’ailleurs. Compte tenu de la grosse chaleur annoncée, je me suis dit que c’était tout simplement trop tentant de passer une heure en forêt à la fraîcheur du matin. J’étais à 7 km de la forêt, mais c’est vite fait au début de la journée. Il y a certes une côte pour quitter la vallée de l’Ouanne, mais elle n’est pas trop dure et le plateau est assez varié ensuite avec quelques bois isolés.

Dans le village à l’entrée de la forêt, une pancarte indiquait que la route est fermée à la circulation, ce qui m’aurait beaucoup déçu. J’ai réfléchi que c’était probablement simplement une interdiction destinée aux voitures et que ceci ne m’empêcherait probablement pas de prendre l’ancienne route forestière. La route est bien barrée par un gros tas de terre, que j’ai contourné sans hésitation.

En Forêt de Montargis

J’ai ensuite suivi des routes forestières pendant une dizaine de kilomètres, profitant tout particulièrement de la fraîcheur. Pour mieux en profiter, j’ai même roulé torse nu une partie du trajet, ce que je ne fais jamais de crainte des insectes. J’ai quand même remis le polo quand j’ai atteint des voitures garées, signe que je retrouvais une route normale. Les routes forestières semblent abandonnées depuis assez longtemps et une partie était tellement envahie de sable que j’ai poussé le vélo un petit moment. J’étais quand même très content de ma décision.

Je suis sorti de la forêt au village de Griselles, dont l’église ne m’a pas semblé mériter l’intérêt que ma carte recommande, puis j’ai longé le plateau un quart d’heure jusqu’au bourg plus important de Ferrières-en-Gâtinais. Je n’y serais pas passé en venant de Montargis et je ne savais d’ailleurs pas qu’il mérite un arrêt. Je sais maintenant que cela aurait été très dommage de rater un des principaux monuments de la journée.

Abbatiale de Ferrières-en-Gâtinais

Ferrières est un bourg industriel dynamique mais c’est surtout le site de l’un des monastères les plus vénérables de France, fondé prétendument sous Clovis. Il est en tous cas documenté clairement en 630. Ce fut une abbaye de toute première importance à l’époque carolingienne puisque les empereurs Louis III et Carloman y furent couronnés et un des abbés n’était personne d’autre que le grand Alcuin. L’abbaye fut détruite en partie pendant les guerres de religion et une partie des bâtiments n’est donc pas si ancienne.

Contreforts du 4ème siècle

Ceci dit, l’abbatiale apparaît encore très romane et le clocher repose sur d’énormes contreforts massifs qui ont été datés du 4ème siècle – excusez du peu. Le portail est orné de chapiteaux exceptionnellement fins pour leur époque mais qui sont sans aucun doute très anciens. En effet, on voit très rarement des anges moustachus comme les anges musiciens de la photo après le 11ème siècle. Un autre chapiteau montre Pépin le Bref combattant un lion.

Chapiteau à Ferrières

Octogone à piliers

L’église était ouverte et je n’ai pas regretté d’y entrer car elle a un détail d’architecture rarissime: la croisée du transept est octogonale avec un raccord de voûte plutôt difficile avec la nef. Certains experts pensent que l’on a repris le schéma de l’église carolingienne, qui était sur plan central comme à Aix-la-Chapelle et pour laquelle une rotonde octogonale au centre au-dessus de l’autel aurait été parfaitement appropriée. La voûte actuelle de la croisée n’est évidemment pas d’époque.

Tombeau à Ferrières

Pour le mobilier, j’ai remarqué une cuve baptismale archaïque, un banc baroque et un assez beau tombeau début Renaissance. Les vitraux datent de la reconstruction vers 1500 et sont de beaux exemples de la Renaissance. J’en avais vus beaucoup à Troyes, mais j’ai quand même pris une photo du vitrail qui montre l’histoire de Job, un sujet peu fréquent sur un vitrail.

Histoire de Job

En sortant de l’église, j’ai constaté qu’il commençait à faire chaud et qu’il serait judicieux de reprendre des forces. J’ai trouvé un banc en pierre dans l’enceinte de l’ancien couvent (on y accède d’ailleurs en passant sous les bâtiments) et j’étais agréablement assis à l’ombre. Le bourg est le dernier village du Loiret avant d’entrer en Île-de-France, ce qui est toutefois trompeur dans le cas présent car on reste dans le Gâtinais, plateau céréalier un peu plus vallonné et boisé que la Beauce et parcouru de vallées humides.

Depuis Ferrières, j’ai été obligé de monter sur une crête assez haute avant de descendre dans la vallée du Loing. Ma route n’est pas autorisée aux voitures car elle débouche tout d’un coup sur la nationale 7, qui est ici une voie rapide avec des feux. J’ai pu traverser la voie rapide grâce au feu de la zone industrielle, j’ai traversé le Loing et le canal dans un cadre verdoyant agréable, puis la route a coupé un éperon de collines par une longue côte heureusement en pente douce avant de redescendre tout aussi vite de l’autre côté. Tout ceci était un peu frustrant et m’aurait énervé si j’avais été pressé ou fatigué en fin de journée.

En bas de la descente, la route atteint la vallée du Fusain, un simple petit ruisseau qui a creusé une vallée encaissée entre des bancs de calcaire. Un seigneur a évidemment tiré avantage du site pour construire un château fort, l’origine de Château-Landon. Je connaissais bien le nom à cause de la station de métro éponyme sans savoir ce qu’il en était concrètement.

Site de Château-Landon

Le site est superbe, le bourg s’allonge sur le rebord abrupt avec de belles maisons grises coupées par trois tours dont deux sont en fait des clochers. Le village doit son importance au fait que Saint Séverin y mourut inopinément en 506 alors qu’il venait de guérir Clovis d’une maladie. Le fils de Clovis fit alors construire une abbaye richement dotée.

Le petit seigneur dont je parlais avant était un cadet de la maison d’Anjou qui est tout simplement l’ancêtre de la puissante maison féodale des Plantagenêt, rois d’Angleterre pendant la guerre de Cent Ans. La ville fut acquise par le roi de France peu après en 1068 car c’était une étape très importante pour assurer la sécurité sur les routes entre Paris et la Loire. C’est maintenant un petit bourg agricole avec des lotissements pour personnes travaillant à Paris.

Clocher médiéval désaffecté

En fait, on n’a pas du tout l’impression d’être à moins de 100 km de Paris, ce qui vaut d’ailleurs aussi pour une ville comme Dourdan. La ville a quelques monuments anciens, mais ce sont seulement des restes car elle a été détruite pendant les guerres de religion. Le plus ancien est le clocher d’une église disparue (sous le vocable étrangement breton de Saint Thugal) – il daterait du 10ème siècle mais je pense que c’est un peu exagéré et je penche plutôt pour le 11ème.

Mise en scène dans l’église de Château-Landon

L’église paroissiale date plutôt du 13ème siècle et laisse une impression assez désordonnée. Comme j’appréciais la fraîcheur à l’intérieur, j’ai pris mon temps et j’ai remarqué une décoration étrange en bois avec une arche très haute, trois petites plaques sculptés et un Christ moderne au milieu. Ce qui est plus convaincant, c’est la couronne de chapiteaux à la croisée du transept. Ce sont des feuillages stylisés, comme d’usage au début du gothique, mais chaque chapiteau est complètement différent des autres. Un peu comme un catalogue de sculpteur.

Collection de chapiteaux à feuillages

Ancienne abbaye de Château-Landon

J’ai hésité un peu dans les rues du bourg mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a en fait pas grand chose d’autre. La dernière grande curiosité est tout à fait au bout du bourg et de l’éperon rocheux, c’est l’ancienne abbaye. Les bâtiments ne sont pas anciens et servent maintenant de maison de retraite. Par contre, à cause de la situation en hauteur, une partie s’appuie sur des contreforts imposants qui font directement penser au Mont Saint Michel. Il paraît que l’on voit encore dans un couloir de la maison de retraite un reste de fresque médiévale – un peu trop compliqué pour moi à vélo.

Depuis Château-Landon, il aurait été parfaitement logique de continuer vers le Nord et de rejoindre Nemours avec un très beau château du 12ème siècle puis Moret ou la forêt de Fontainebleau. J’ai choisi de partir à la place vers l’Est afin de visiter Sens. D’une part, je m’attendais à ce que ce soit une ville historique intéressante. D’autre part, c’était le seul arrondissement de la région dans lequel je n’avais jamais été.

Ancienne forteresse de Mez-le-Maréchal

J’ai commencé par descendre le vallon charmant du Fusain, j’ai traversé le Loing à Dordives, connu surtout pour avoir été le terminus de l’autoroute du Sud dans les années 1970, je suis monté sur le plateau et je suis descendu dans un charmant ravin boisé où une vieille forteresse se cache dans les arbres. Les tours rondes à moitié effondrées sont couvertes de lierre et ne surveillent plus que les anciennes douves comblées par le temps.

Le château s’appelle Mez-le-Maréchal car il a été agrandi vers 1200 par un maréchal de France et il appartint un temps au roi. C’était un château d’habitation et non un château de guerre puisqu’il est caché dans les bois au fond d’un ravin plutôt que sur une hauteur. Il servit longtemps de ferme et a été racheté par un tailleur de pierre qui le fait visiter sur rendez-vous. Le site Internet est d’ailleurs très attrayant.

Mez n’était évidemment qu’une petite halte photo pour moi même si j’aurais pu pique-niquer à proximité si j’avais remarqué une table. Comme je voulais arriver à une heure raisonnable à Sens, je n’ai pas vu d’inconvénient à rouler encore un peu. Ceci avait aussi l’avantage de placer le pique-nique vers 13 h 30 et donc de ne pas rouler à l’heure la plus chaude de la journée – avec un bon en-cas le matin, c’est faisable.

Halle à Egreville

J’ai donc continué jusqu’à Egreville au milieu d’un plateau céréalier monotone. Le village est un peu surprenant, presque un bourg important avec de longues rangées de maisons contigües, un château, une église importante et une grande place centrale. Effectivement, la commune a doublé de taille en 20 ans, probablement grâce à l’amélioration des liaisons RER (il y a une gare à 10 km). Le village attire aussi quelques touristes grâce à un musée consacré au sculpteur Bourdelle dont la fille avait acheté une maison ici.

On ne voit pas le château depuis la route à cause du parc et c’est une propriété privée habitée. On peut visiter l’église plus facilement mais elle n’est pas extraordinaire. C’est la halle qui m’avait attiré à Egreville et elle mérite effectivement un arrêt. Elle date de 1480 environ même si elle a été modifiée ensuite et cette date la rend vraiment vénérable. La forme m’a effectivement rappelé les halles de Saint-Pierre-sur-Dives et de Fère-en-Tardenois, avec un toit assez raide descendant extrêmement bas. Les halles plus récentes sont souvent plus ouvertes vers l’extérieur.

Charpente de la halle à Egreville

J’avais eu un peu envie de pique-niquer sous la halle à cause de l’ombre, mais il n’y a presque jamais des bancs sous les halles pour ne pas gêner les marchands forains. Je suis donc revenu un peu sur mes pas jusqu’au foirail qui est en partie ombragé de gigantesques tilleuls. Curieusement, malgré le temps chaud et sec, je n’ai pratiquement pas eu d’allergie cette année. J’ai dû arriver un peu après la floraison.

Je me suis assis sans façon dans l’herbe au pied d’un des arbres, ce qui était assez amusant parce que des gens passaient de temps en temps. Une dame est ainsi passée avec toute une collection d’enfants. Je me suis demandé si les 6 enfants sont les siens, c’est rare de nos jours. Un monsieur s’est garé un peu plus loin puis est venu vers moi d’un air décidé.

Il s’est excusé de me déranger et m’a demandé quelques indications sur mon vélo et mes bagages. Il venait de partir à la retraite et voulait se lancer dans un voyage comme le mien, mais il n’avait pas été très convaincu par ce qu’il avait vu soit dans les magasins de vélo de Paris (vélos de course essentiellement) soit dans les magasins de chaîne (presque uniquement des VTT). Je lui ai donc indiqué deux marques dont je savais qu’elle vendent en France et je lui ai aussi suggéré de commander les bagages comme les miens sur Internet, ce modèle avec une valise escamotable sur le dessus étant rare.

Il était très content de mes explications et était presque un peu embarrassé de ne pas pouvoir m’offrir grand chose en retour. Il m’a dit que je pouvais volontiers remplir ma gourde à son robinet, ce que j’ai refusé parce que je n’avais pas envie de me lever alors que je venais juste de commencer le pique-nique – j’aurais mieux fait d’accepter car j’ai eu curieusement beaucoup de peine à trouver un robinet public par la suite.

J’ai fini par repartir en voyant l’heure tourner. Je n’ai pas eu le courage de prendre l’ancienne voie romaine sur le plateau céréalier, craignant de mourir d’ennui et de chaleur en cours de route, et je me suis offert un détour de 10 km en passant par Lorrez-le-Bocage. La route jusqu’à Lorrez n’était pas meilleure que la voie romaine, mais j’ai quand même bien fait parce que j’ai pris ensuite une petite route beaucoup plus variée avec même quelques petits bois.

Château de Lorrez-le-Bocage

Lorrez était une propriété royale comme Mez et deux enfants de Saint Louis y virent le jour. Le château actuel fut construit au 19ème siècle par une cousine de la célèbre Comtesse de Ségur et est habité, ce qui fait que l’on se contente de le voir depuis la route. Je ne voulais pas perdre trop de temps de toute façon. Je suis passé un peu plus loin devant un château nettement plus impressionnant, celui de Chevry-en-Sereine. C’est une grande propriété de style Louis XIII construite en 1634. Même s’il ne se visite pas, on le voit très bien depuis la route et surtout en remontant la quintuple allée de tilleuls qui mène à la grille et aux douves. Tout ceci est fort élégant.

Château de Chevry-en-Sereine

Restes de l’abbaye de Villechasson

Après Chevry, ma route reste un petit moment sur le plateau en partie boisé du Senonais et passe une très belle ferme fortifiée. En fait, c’est un bâtiment de l’abbaye disparue de Villechasson avec une tour de guet. J’ai quitté le plateau juste après la ferme pour descendre dans la vallée de l’Orvanne. J’ai été surpris de voir que les vallées sont assez nombreuses et assez encaissées, plus qu’en Normandie qui a des plateaux en apparence un peu semblables.

Le village principal de la vallée est Vallery, qui appartenait à une famille féodale d’obédience champenoise. Une descendante est tombée amoureuse d’un général protestant pendant les guerres de religion, le prince de Condé, et lui a fait cadeau de Villery. Pas de chance, il ne s’est pas tenu contraint de l’épouser pour autant !

Je cherchais depuis Egreville un robinet public et je me suis donc arrêté quand j’ai vu le petit parc municipal de Vallery. Il y a effectivement un robinet derrière la salle des associations. Je n’avais pas roulé beaucoup plus d’une heure mais j’étais déjà fatigué par la chaleur et la soif et j’ai donc ajouté une pause avec l’eau et des cerises. Les robinets sont beaucoup plus rares dans la région qu’en Champagne (et plus rares en Champagne que dans le Midi). C’est peut-être destiné à éviter des abus de la part d’habitants indélicats, mais c’est ennuyeux pour les cyclistes vu que les cafés ne remplissent pas les gourdes et qu’il n’y a généralement pas de magasin pour acheter une bouteille ou deux.

Château des Condé à Vallery

J’ai noté divers murs mystérieux sur un côté du parc; ils marquent en fait un parc privé qui relève de l’ancien château dont il est séparé par la route actuelle. Le château date à l’origine de 1550 et ma photo montre bien les merlons décoratifs Renaissance, mais il fut en grande partie reconstruit au 19ème siècle et ne présente plus d’intérêt. Il appartient à une société qui le loue pour des réceptions. En fait, on n’a pas besoin de se forcer à passer à Vallery, mais c’était sur mon chemin et il n’y a aucune autre attraction notable dans le bocage de Sens.

J’ai traversé ensuite le reste du bocage par une route que je commençais à trouver énervante car elle monte souvent et longtemps, à peine entrecoupée de petites descentes raides inutiles. On comprend mieux quand on voit sur la carte que le bocage draîne presque en totalité vers l’Ouest et que je montais donc contre la pente du paysage. La descente sur l’Yonne à Sens est abrupte et assez haute.

J’ai suivi une route un peu bizarre entre voies de chemins de fer abandonnés et terrains vagues, mais c’est bien l’accès le plus logique à Sens quand on vient du Nord-Ouest. Je suis arrivé par un heureux hasard presque directement sur la gare et je suis allé voir directement les horaires des trains. Ils circulent toutes les heures et mettent Sens à une heure de Paris-Bercy, ce qui est assez rapide pour 110 km de trajet. Le billet est extrêmement cher parce que c’est un TER reliant deux régions et donc plein tarif: j’ai payé 20 €, soit autant que pour les 250 km en TGV de Paris à Bar-le-Duc et le double du trajet Bar-le-Duc – Thionville qui dépasse 130 km. En fait, j’ai découvert plus tard qu’il existe des billets un peu moins chers sur le site de la région Bourgogne, mais il faut les acheter à l’avance sur Internet.

Ayant vérifié les horaires et acheté mon billet, j’ai constaté que je pouvais consacrer un peu plus d’une heure à la visite de Sens. J’avais craint d’être un peu juste mais j’avais finalement bien roulé malgré la chaleur, en partie parce que le paysage n’est pas tellement sportif, en partie parce qu’il y avait peu de monuments visitables après Château-Landon.

Maisons anciennes à Sens

Sur la base d’un vieux guide touristique, je m’attendais à trouver à Sens de nombreuses maisons à pans de bois et une cathédrale magnifique, un peu comme à Troyes. En fait, il y a assez peu de maisons anciennes et elles font un effet beaucoup plus « petit bourg provincial » qu’à Troyes. Le nombre d’habitants augmente rapidement tant à Sens que dans toute la région depuis les années 1960, mais ceci ne profite pas à la ville car il s’agit uniquement de lotissements pour navetteurs travaillant à Paris. Si on remonte à 1960, on trouve une petite ville agricole endormie et l’effet reste le même. En fait, Sens était une ville romaine importante et ceci donna ensuite à l’archevêque une grande influence, mais l’intendance ne suivit jamais sous forme d’activité économique (comme à Sées ou à Langres). Entre-temps, l’archevêque a déménagé à Auxerre.

Palais épiscopal de Sens

Le seul monument vraiment majeur est la cathédrale, qui est accolée à l’ancien palais épiscopal. Je sais maintenant que c’est surtout le palais qui vaut la visite car il abrite le musée et le trésor de la cathédrale, l’un des plus riches de France. Puisque je ne peux pas visiter un musée avec le vélo, je me suis contenté de la cathédrale. C’est un édifice célèbre dans l’histoire de l’art car c’est la première cathédrale gothique, terminée en 1163. Malheureusement, la plupart des statues furent détruites en 1793 et il ne reste que peu de mobilier ancien. Il reste apparemment aussi quelques beaux chapiteaux romans, mais je ne les ai pas remarqués.

Cathédrale de Sens

Pourtant, comme j’avais finalement le temps, je pensais avoir bien observé les détails. Il y a deux monuments funéraires intéressants, un genre de retable gothique flamboyant en pierre consacré curieusement aux parents d’un évêque et le monument assez réussi du père de Louis XVI, qui décéda avant son père Louis XV et qui était très lié à l’archevêque. Le mausolée est de Coustou, un des grands sculpteurs de l’époque.

Retable pour les parents d’un évêque

Monument au père de Louis XVI par Coustou

Vitraux dans la cathédrale de Sens

Grille baroque du chœur

Outre les monuments funéraires, j’ai essayé de voir les vitraux. Ils ne sont pas dans leur état d’origine et datent d’époques variées. Le vitrail bleu avec comme des pétales m’a plu parce que je pouvais reconnaître une partie des saints comme Saint Hubert et Saint Christophe. Je dois avouer que je n’ai remarqué le vitrail de Saint Thomas Becket, le seul vitrail du 12ème siècle comparable à ceux de Troyes. Un vitrail rouge est plus facile à remarquer à cause de la couleur, c’est un arbre de Jessé daté de 1502 où l’on reconnaît tout de suite le style des vitraux de Troyes. Le dernier élément de mobilier est difficile à ignorer, c’est une magnifique grille dorée qui ferme le chœur et qui date de 1762. Je connais peu d’églises munies de ce genre de grille, je ne vois que celle de Belfort qui soit aussi imposante.

Bord de l’Yonne à Sens

Finalement, quand je suis sorti de la cathédrale, il me restait nettement plus de temps que je ne l’avais prévu. Je me suis promené un peu dans les rues piétonnes quelque peu endormies puis j’ai pris une photo du site mignon au niveau du pont sur l’Yonne. Je n’ai pas eu le courage de visiter la petite église au bord de la rivière, j’étais fatigué par les kilomètres et la chaleur. Elle vaut en fait surtout par le site et par le petit tympan à pans de bois qui fait penser aux églises du pays de Der.

Quand je suis arrivé à la gare, il me restait presque 30 minutes car le train a eu un petit peu de retard. Le train venant de Paris en avait beaucoup plus à cause de la chaleur causant des problèmes techniques, ce qui fait que je ne me plains pas. J’ai regardé pendant le trajet entre Sens et Montereau si je ratais vraiment quelque chose, mais on est tout près du confluent de l’Yonne et de la Seine et la vallée est maintenant tellement large et plate que je me serais beaucoup ennuyé. C’est un peu le paysage de la Champagne même si elle ne commence techniquement que 30 km plus loin.

Après Montereau, on entre en Île-de-France et le paysage change, la Seine longe sur la rive droite le rebord de la Brie qui est abrupt et très boisé, donc assez pittoresque. J’étais passé là en 2010. Curieusement, le train de Sens termine à Paris-Bercy alors que celui de Montereau, un simple train de banlieue, termine dans la grande halle de Paris-Lyon…

 

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