Etape 17: Brie

Jeudi 22 juin

103 km, dénivelé 685 m

Ciel laiteux, très chaud avec petite brise d’ouest, 36°

Paris Porte de Montreuil – Eglise de Montreuil – Neuilly-Plaisance – D301 – Eglise de Chelles – Gare de Vaires – Pomponne – Lagny-sur-Marne – Chalifert – Trilbardou – Vignely – Meaux – Couilly – hameau de la Chapelle-sur-Crécy – Tigeaux – Crèvecœur-en-Brie – Tournan-en-Brie

Etape très raisonnable. Je suis conscient que mon itinéraire ignore une bonne partie des curiosités de la région, mais c’est tout simplement parce que je ne voulais pas refaire le trajet de 2009 dans la vallée de la Marne.

Brie, départements 75, 93 et 77

A l’origine, si j’avais roulé la veille jusqu’à Tournan comme prévu, j’aurais sûrement choisi l’étape en sens inverse parce que cela aurait été plus logique. Sans cet argument, il y avait plusieurs raisons qui rendaient le départ depuis Paris plus logique: je pouvais rouler dès 9 h à un moment où il faisait encore suffisamment frais plutôt qu’à partir de 10 h 30 après un trajet en train, et je pouvais décider plus flexiblement de quelle gare je rentrerais le soir selon ma fatigue et l’heure. Lors du voyage dans le Valois quatre ans avant, j’avais pris deux fois le train le matin parce que c’était plus fiable du fait d’une grève SNCF, mais ceci m’avait obligé à me lever très tôt et j’avais traversé la banlieue parisienne à l’heure de pointe du soir. Moins agréable.

Je suis sorti de Paris par la Porte de Montreuil, une des principales sorties que je ne connaissais pas encore (avec la Porte d’Italie et la Porte de la Chapelle). L’avenue est étroite et bordée de maisons à deux étages seulement, ce qui est plutôt rare à Paris. Je suppose que Haussmann n’a pas eu le temps de s’occuper de ce quartier populaire. Curieusement, le carrefour avec l’autoroute est un rond-point d’autant plus géant. Dans Montreuil, on retrouve au moins au début la rue relativement étroite et encombrée.

Mairie de Montreuil

La rue se termine sur la place de la mairie, un bâtiment massif et un peu brutal qui date probablement des années 1940. Montreuil est maintenant une grande ville de plus de 100.000 habitants (dont plus de 10.000 Maliens), c’était à l’origine un village où habitaient les gens qui avaient à faire à la résidence royale de Vincennes.

Le seul bâtiment ancien est l’église du centre ville, que je n’ai pas visitée. De l’extérieur, c’est une petite église gothique classiquement francilienne avec un jardinet privé charmant à l’arrière. J’ai un peu hésité sur la meilleure route à prendre car Montreuil est au flanc d’une colline raide, ce qui rend les routes peu prévisibles. Finalement, je suis descendu vers le bas de la commune pour ne pas prendre la côte très raide de la route normale vers Rosny, et j’ai trouvé un peu plus loin une route parallèle un peu moins raide qui monte quand même sérieusement jusqu’au sommet de la colline au-dessus d’un grand cimetière.

J’ai trouvé en haut une route plus importante, mais Neuilly-Plaisance n’était pas indiqué et j’ai essayé de continuer dans la direction nécessaire, ce qui m’a valu quelques hésitations le long d’une cité HLM jusqu’à un endroit où la route était barrée. Il y avait une autre route mais j’ai été obligé de rouler sur le trottoir en sens interdit pour la descente de la colline avant de récupérer la route barrée au niveau d’un échangeur sur l’A86. J’ai eu le plaisir de voir un énorme embouteillage sur l’autoroute, ce qui n’était sûrement pas bon pour le climat par temps caniculaire.

Cité jardin à Chelles

Après l’échangeur, c’était beaucoup plus facile de trouver son chemin car c’est une départementale bien indiquée. J’ai traversé Neuilly-Plaisance, banlieue pavillonnaire classique, puis Neuilly-sur-Marne au niveau d’un grand espace vert avec même un morceau de piste cyclable. J’ai suivi ensuite la voie ferrée dans un quartier aéré avec des rues bordées de tilleuls soigneusement taillés. C’est un genre de cité-jardin avec des places agrémentées de palmiers et de fleurs. Très soigné, et peut-être pas ce que l’on imagine quand on pense à Chelles dans la banlieue Est. La ville doit son origine à un monastère mérovingien qui resta très lié à la famille royale jusqu’en 1790. Comme Sartrouville, c’est un mélange de quartiers très bourgeois et de HLM.

J’avais déjà pas mal roulé jusqu’à Chelles: un peu plus de 20 km, ce qui prend presque deux heures avec les feux rouges. Comme Chelles est le premier endroit avec un monument intéressant sur le trajet, j’ai décidé d’essayer de trouver un banc pour faire une pause près de l’église. En fait, l’abbatiale n’existe plus et l’église, située nettement en hauteur hors du centre ville, est moins spectaculaire. Une pancarte devant l’église m’a expliqué les nombreuses œuvres d’art que l’on peut admirer à l’intérieur, ce qui était d’autant plus vexant que l’église était évidemment fermée. A défaut, je me suis assis sur les marches de l’escalier de l’église et j’ai pris un en-cas. J’ai aussi profité après du robinet du cimetière pour boire beaucoup d’eau, ayant constaté la veille que j’avais très soif si je ne faisais pas attention.

Comme l’église domine la ville, j’ai eu une descente amusante ensuite et j’ai suivi les pancartes pour vélos (plutôt bien faites à Chelles) qui m’ont fait traverser la ligne de chemin de fer par un viaduc un peu surdimensionné. J’ai suivi ensuite à nouveau le chemin de fer à travers une petite zone artisanale et j’étais bien content de ne pas être resté sur la nationale qui longe un grand centre commercial avec toute la circulation que l’on imagine.

Hôtel de ville de Vaires

La route se termine dans la commune suivante du fait d’un réseau de sens interdits particulièrement peu pratiques pour les vélos. Je suis monté jusqu’à la gare de Vaires puis devant la mairie qui méritait un arrêt photo pour son style « balnéaire normand » et ses palmiers en pot. Vaires m’a semblé une ville très différente de Chelles, avec une attitude de droite assez agressive en termes de police urbaine. Vaires marque la fin de la banlieue parisienne, je me suis retrouvé ensuite sur une petite route forestière.

Entrée du château de Pomponne

La route passe un échangeur compliqué avec l’autoroute, ce qui ne m’a pas gêné car il y a un itinéraire cycliste surprenant mais intelligent et bien balisé qui évite les endroits dangereux. On passe aussi presque au même endroit sous la bifurcation entre la ligne de train classique et le TGV Est, que je connais bien. Après l’échangeur, je suis passé en bordure du village au nom délicieux de Pomponne. Le château est maintenant une caserne, ce que l’on ne devinerait pas quand on voit le ravissant pavillon de la grille d’entrée construit par le neveu de Mansart.

Eglise de Lagny

J’ai traversé la Marne juste après Pomponne pour visiter Lagny, ville célèbre au Moyen-Âge pour abriter l’une des grandes foires de Champagne. Le roi de France se méfiait tant de la richesse de la ville et de son abbaye qu’il interdit au comte de Champagne de la fortifier. Ce n’est plus qu’une banlieue dortoir de nos jours, un peu comme Dourdan ou Corbeil. Il ne reste de l’abbaye que le chœur de l’église. C’est un bâtiment gothique avec une belle élévation et j’ai surtout été surpris par la lumière qui a rendu exceptionnellement bien sur la photo.

Inscription révolutionnaire à Lagny

J’ai remarqué plusieurs détails intéressants comme la dédicace révolutionnaire peinte en 1792 sur la façade et préservée par l’auvent qui la surmonte. « Unité Indivisibilité de la République Liberté Egalité Fraternité ou la Mort ». On se contente en général de la version plus courte. Comme les vitraux ont été détruits par des bombardements en 1944, j’ai aussi vu les vitraux montés dans les années 1960 et que je trouve assez réussis, plus cubiques qu’abstraits. Une autre chapelle a des vitraux qui me semblent Art Déco avec une harmonie bleu marine et rouge assez proche des couleurs traditionnelles en Champagne. L’église a aussi plusieurs chapiteaux médiévaux, mais j’ai de la peine à dire s’ils datent de la construction d’origine en 1017 ou de la rénovation gothique en 1205. Le dessin est assez brut, donc plutôt 1017, ce qui serait exceptionnellement vénérable pour l’Île-de-France.

Chapiteau médiéval à Lagny

Vitraux cubistes à Lagny

Tour à Chalifert

Lagny est dans la vallée de la Marne mais la rivière creuse des pentes escarpées tantôt sur une rive tantôt sur l’autre et je n’ai pas vu de chemin de halage accessible aux vélos. Il y en a un plus en aval, mais pas en direction de Meaux. J’ai donc suivi au début la nationale avec une grande côte. Elle est heureusement un peu plus tranquille depuis qu’il y a une autoroute et je l’ai quittée dès que possible pour des petits villages qui hésitent d’une façon amusante entre le lotissement pavillonnaire et le hameau agricole. A Chalifert, je suis même passé devant une curieuse tour ronde. Je me suis demandé si c’est un ancien bâtiment industriel, mais c’était apparemment un simple pastiche à la Walter Scott.

Je suis descendu de Chalifert au bord de la rivière car une route coupe le méandre d’Esbly de façon agréable, courant à peu près à hauteur constante entre haies, petit bois et champs. La petite route se termine par un pont sur la Marne à Trilbardeau et j’ai hésité un peu sur le chemin ensuite. Je ne voulais pas monter sur le plateau de Brie pour seulement 3 km, je ne voulais pas faire le long détour tout le long du méandre et la petite route qui figure sur ma carte et qui coupe le méandre était barrée.

J’ai fini par prendre la route barrée. Elle traverse le canal latéral à la Marne et j’espérais un peu pouvoir longer le chemin de halage, mais le département de Seine-et-Marne n’est pas très intéressé par les cycloutouristes et le chemin est non seulement non aménagé mais en plus clairement interdit. La petite route m’a permis de traverser le méandre par une côte raisonnable bien que dans une chaleur pénible à cause des champs de céréales.

Je ne sais pas vraiment pourquoi la route est barrée, probablement parce que l’on ne voulait pas aménager le rond-point au bout ou parce qu’elle est trop étroite pour se croiser. En tous cas, j’étais maintenant arrivé dans la banlieue de Meaux et j’ai suivi des rues très urbaines en montagnes russes jusqu’au centre de la ville. Je suis souvent passé à Meaux en train quand le TGV n’existait pas encore, mais c’était sinon une ville que je ne connaissais pas.

La Marne à Meaux

Vu l’heure, mon premier souci était de pique-niquer. J’avais lu qu’il y a un très beau jardin public, mais je ne l’ai pas trouvé malgré plusieurs tours du centre ville et les quelques pelouses au pied des remparts n’ont pas de banc. Après quelques hésitations, j’ai traversé la Marne et je suis allé un peu plus loin sur le mail au bord du fleuve. On était en train de préparer des tentes pour une fête de rue mais j’ai trouvé un banc libre et à l’ombre près de la rivière. J’avais vraiment envie de me reposer un peu, la chaleur étant autant la cause que les kilomètres depuis Chelles.

Je me sentais mieux après avoir mangé. J’ai observé les ouvriers qui montaient les tentes et surtout les branchements électriques. Trois personnes accrochaient en face de moi de l’autre côté de la Marne des banderoles publicitaires particulièrement voyantes au service d’un supermarché qui sponsorisait une activité. Ils étaient très ordonnés et assez rapides alors qu’ils avaient l’air d’amateurs dont le travail normal serait de remplir les rayons.

Cathédrale de Meaux

Meaux a un certain charme depuis le bord de la Marne, c’est probablement le meilleur abord même si on ne voit pas les remparts qui n’existent plus que sur la portion Est. C’est une ville importante grâce à la proximité de Paris; les habitantes s’appellent les Meldoises (Wikipedia dit qu’on peut se moquer d’elles en parlant de Miauleuses !). La ville souffrit beaucoup de nombreuses guerres et il ne reste d’ancien que la cathédrale et les environs immédiats. Ceci dit, la visite est vraiment intéressante et vaut le détour.

Elévations dans la cathédrale à Meaux

La cathédrale est gothique avec une façade flamboyante. Ce n’est pas une des grandes cathédrales de référence mais j’ai trouvé les élévations belles avec un sens impressionnant de verticalité. J’ai aussi vu à l’intérieur deux beaux monuments funéraires, une pierre tombale de 1364 dans un très beau marbre noir incrusté des visages en blanc, et le monument assez volumineux dédié à Bossuet.

Pierre tombale en noir et blanc

Monument à Bossuet

Plus que la statue du grand orateur, j’ai aimé les effigies de deux personnalités dont il fut le guide spirituel, Louise de la Vallière et Turenne. La première était passée de maîtresse de Louis XIV à une vie édifiante au Carmel pendant 30 ans de sa vie. Le second était un Protestant converti par Bossuet. Bossuet est connu pour ses 10 oraisons funèbres, considérées comme les chefs-d’œuvre absolus de l’art oratoire français…. mais on ne les lit évidemment pas à l’école laïque et républicaine et je ne les ai jamais lues.

Palais épiscopal de Meaux

Quand je suis sorti de la cathédrale, j’ai pensé à regarder dans la cour sur le côté et j’y ai trouvé plusieurs bâtiments intéressants. Le bâtiment principal est l’ancien palais épiscopal et sert de musée municipal. C’est un bâtiment du 17ème siècle assez strict. L’autre bout de la cour est bordé par l’ancien palais des chanoines, qui date lui du 13ème siècle. Je ne le voyais pas très bien parce que l’on avait construit devant un décor de maisons à pans de bois destinées à un spectacle de son et lumière. On en voyait beaucoup quand j’étais petit dans les années 1970, mais c’est plutôt passé de mode et il ne reste que les très grands spectacles à effets spéciaux comme au Puy-du-Fou et donc à Meaux. Le décor était assez amusant à la lumière du jour.

Cour des chanoines avec décor de son et lumière

J’ai remarqué un passage sur le côté du palais et je l’ai suivi parce qu’il mène d’abord dans une cour intérieure avec un robinet à eau potable. Deux maîtresses essayaient d’organiser une classe de jeunes enfants pour qu’ils aillent aux toilettes et remplissent leurs gourdes, ce qui prenait pas mal de temps. J’ai en tous cas bu à nouveau un ou deux litres d’eau comme à Chelles.

Jardin et palais de l’évêque à Meaux

Le passage continue vers l’ancien jardin épiscopal qui se trouvait entre le palais et les remparts. C’est maintenant le fameux jardin public que j’avais cherché en vain avant et c’est vrai que s’asseoir sous les charmilles auraient sûrement été agréablement frais. Par contre, il y a beaucoup de passage et moins d’air et de vue que du banc où j’avais été, ce qui fait que je ne regrette pas vraiment. Le jardin est soigné et strict comme il convient pour un dessin du 17ème siècle, dû à l’origine à Le Nôtre. Il fournit aussi une belle vue sur le palais et la cathédrale, vue complètement différente de celle que j’avais eue à Toul dans la même constellation le premier jour du voyage.

Enceinte gallo-romaine de Meaux

Je suis sorti du jardin par une petite rue qui traverse les remparts parce que je n’avais pas pris le temps de les admirer avant. Je me suis fait houspiller parce que c’est une rue très étroite à sens unique où les voitures avaient de la peine à me croiser. Les remparts sont intéressants, parmi les rares remparts gallo-romains de France. Ceci se voit facilement aux bancs de briques disposés entre les mœllons.

Maintenant que j’avais bien visité le quartier de la cathédrale, je suis passé rapidement sur les hôtels particuliers qui sont peu visibles car crépis. J’ai traversé la Marne et j’ai cherché comment rejoindre la vallée du Morin. La carte montre une route tranquille parallèle à l’autoroute ou une petite route qui longe la Marne mais qui monte après par une forte côte. J’ai supposé que la première solution était meilleure mais c’était une erreur grossière.

Après le pont sur la Marne, la route d’accès à l’autoroute monte raide pour franchir un canal par un pont vertigineux, puis continue à monter assez raide longtemps à travers une zone désagréable de supermarchés et de stations-service. La circulation intense m’a obligé à rouler sur le trottoir et l’air était très désagréable à cause de la pollution des voitures par grosse chaleur. J’ai fini par avoir tellement mal aux yeux que j’ai été obligé de m’arrêter et d’attendre cinq minutes. C’est extrêmement rare que la pollution soit aussi gênante. Evidemment, j’aurais bien mieux fait de rester le long de la Marne où il y a beaucoup moins de voitures.

La route parallèle finit effectivement par apparaître et m’a écarté suffisamment des voitures pour respirer, mais elle reste désagréable en plein soleil et se termine à un rond-point où je ne savais vraiment pas quoi faire. Une pancarte montrait l’autoroute et l’autre une direction sans intérêt pour moi, tandis que la route de ma carte semblait avoir disparu mystérieusement. J’ai fait deux fois le tour du rond-point en me faisant klaxonner par des automobilistes furieux de me voir au bout de leur voie rapide, puis j’ai fini par deviner qu’une route à droite conduisait à un carrefour.

Château de Quincy

Effectivement, j’ai retrouvé ma route au carrefour, le détour étant rendu nécessaire par une déviation si neuve qu’elle n’était pas sur ma carte. Cette fois, je suis arrivé sans difficultés à Quincy-Voisins tout en haut de la côte. C’est une simple banlieue pavillonnaire mais il y a un élégant château construit à l’origine au 17ème siècle puis reconstruit au 19ème siècle en gardant un air néo-classique.

Villa à Hurry

Pour atteindre la vallée du Morin, il suffisait que je descende par l’ancienne grande nationale. Il y a une piste cyclable sur une partie du trajet jusqu’à un hameau avec une villa en meulière qui valait une photo, puis la route descend assez raide pour que je gêne peu les voitures. J’ai quitté la nationale en bas de la côte pour remonter la vallée du Morin, passant d’abord à Couilly (Couilly-Pont-aux-Dames depuis 1930 pour éviter certaines moqueries).

Monument à la guerre de 1870 à Couilly

Je ne sais pas si l’église mérite l’intérêt mentionné par ma carte vu qu’elle était fermée. J’ai remarqué à la place un petit monument en face évoquant les morts de la guerre de 1870. J’ai visité par hasard une exposition au Musée de l’Armée le lendemain qui évoquait cette guerre et où l’on disait que ces monuments sont très peu nombreux, les autorités étant peu enclines à rappeler une défaite aussi grave. Effectivement, le monument est ici une initiative privée.

J’ai ensuite commencé à remonter la vallée du Grand Morin sur quelques kilomètres jusqu’à Crécy-la-Chapelle où j’ai enfin pu quitter la nationale. Le bourg fut une grande forteresse au Moyen-Âge mais il n’en reste pas beaucoup de traces et je n’ai rien remarqué depuis la nationale. Je me suis par contre offert un arrêt dans la campagne peu après pour l’ancienne collégiale, maintenant située en dehors du village. Elle était fermée mais ne contient de toute façon plus grand chose.

Collégiale de Crécy-la-Chapelle

Par contre, c’est un joli monument gothique dans un site champêtre et le tympan mérite un petit arrêt, en particulier pour le Couronnement de la Vierge dans le style du gothique le plus gracieux typique de l’époque de Saint Louis. Je me demande si c’est Dieu ou le Christ qui couronne la Vierge. Probablement le Christ, mais il a l’air plus vieux que sa mère ! Comme le site était si agréable et que je pouvais m’asseoir à l’ombre d’un tilleul à l’arrière, je me suis reposé un peu en prenant un goûter. Un monsieur est arrivé avec sa grosse voiture peu après et s’est garé, mais je pense qu’il voulait simplement téléphoner.

Tympan de la collégiale

Le Grand Morin à Serbonne

A partir de Crécy, la vallée du Grand Morin devient le serpent de verdure paisible qui avait attiré les peintres pré-impressionnistes dont le seul qui soit vraiment connu est Corot. Je suis très content de ma photo qui donne un peu la même impression qu’un de ses tableaux grâce à la lumière particulière du ciel voilé. Il faisait très chaud mais le voile nuageux rendait la température plus agréable que la veille et une petite brise d’ouest s’était levée.

J’ai remonté la rivière jusqu’à Dammartin où j’ai croisé mon itinéraire de 2009. Je me souvenais d’une côte raide et désagréable dans ce village que j’ai effectivement reconnu. Cette fois, j’allais dans une autre direction et la côte en direction de Mortcerf était beaucoup plus modérée. Elle croise une ligne de chemin de fer un peu perdue dans la campagne que l’on pense abandonnée mais il y a bien un train car il dessert la petite ville assez animée de Coulommiers où j’étais passé en 2009. Si j’avais eu le temps de rouler la veille de Provins jusqu’à une ligne de chemin de fer au milieu de la Brie, j’avais envisagé de prendre le train sur cette ligne à Marles car il circule toutes les heures comme celui de Provins.

J’ai d’ailleurs suivi plus ou moins la ligne de train pour le reste du trajet, estimant qu’il n’était pas tellement tard et que je n’avais pas besoin de la prendre pour le moment mais restant prudent. J’ai trouvé des petites routes tranquilles où le seul élément gênant était le vent d’ouest qui commençait à forcir. Ma carte montre un château en cours de route à Crèvecœur-en-Brie, mais il est pratiquement invisible depuis la route et date seulement de 1897.

Château de La Houssaye-en-Brie

Par contre, il y en a un à La Houssaye-en-Brie que je n’avais pas remarqué sur la carte et qui est beaucoup plus intéressant. Je l’ai découvert parce que j’avais envie de me dégourdir un moment les jambes vu le vent gênant et le trajet depuis Crécy. Le château privé est très imposant avec des parties plus ou moins médiévales (une tour ronde) ou Louis XIII. On le devine assez depuis la grille au centre du village pour que je sois très content de mon petit arrêt. Il y a aussi un cèdre absolument superbe dans le parc.

Cèdre majestueux

Après La Houssaye, j’avais à nouveau un peu plus d’énergie et j’ai estimé que j’arriverais bien à franchir les 10 km jusqu’au terminus du RER à Tournan-en-Brie. Je pensais que j’attendrais moins que sur la ligne à cadence une fois par heure et le vent plus fort rendait la température très supportable. Le paysage est en plus suffisamment varié, le plateau de Brie est ici parsemé de bois plus nombreux qu’autour de Provins.

Porte fortifiée à Tournan-en-Brie

J’ai été assez surpris d’entrer dans Tournan par une grande descente et de trouver en bas un centre ville avec de nombreux magasins. On voit tout de suite que le RER a donné un élan considérable à la construction des lotissements et donc au commerce de proximité. La population a triplé en 30 ans (8.000 habitants). J’ai eu par contre beaucoup de peine à trouver la gare, qui ne semble indiquée nulle part.

Hôtel de ville de Tournan

En cherchant une route susceptible d’y mener, je suis passé par hasard devant un bâtiment assez impressionnant que je n’attendais pas, l’ancien château qui sert maintenant d’hôtel de ville élégant. Sur la photo, les pierres apparentes et la lumière du soir lui donnent presque un air un peu breton, les tuiles du toit mises à part. En fait, plutôt qu’un château, c’était peut-être la porte fortifiée de la ville.

J’ai trouvé une avenue partant derrière la mairie vers l’Ouest et je me suis dit que je finirais bien par tomber sur la voie ferrée ou au pire sur la route de Gretz, la gare suivante. Au bout d’une longue ligne droite, j’avais atteint de grandes grilles qui marquent le parc du château d’Armainvilliers, invisible dans les arbres et reconstruit vers 1900. Par contre, j’ai vu du carrefour une tranchée suspecte à gauche et j’ai pris l’avenue qui traverse un genre de cité-jardin jusqu’à ce qui s’est effectivement avéré être la ligne de chemin de fer. La gare n’était plus très loin.

Eglise de Tournan

Il me restait 20 minutes avant le départ du RER (il circule toutes les demi-heures) et j’ai donc eu largement le temps d’étudier le distributeur. Il m’a un peu troublé car il n’avait pas de billets pour la destination prévue; j’ai fini par comprendre qu’il vendait des billets « spéciaux pollution » avec lesquels on peut circuler sur tout le réseau Île-de-France pour 3,80 €. Si j’avais su, j’aurais peut-être été tenté d’aller tout à fait en limite du réseau à Nemours ! Mais j’aurais raté Meaux qui m’a bien plu.

J’avais complètement oublié de poinçonner le billet et je n’y ai pensé que deux minutes avant le départ, ce qui était trop tard car le seul appareil est à côté du distributeur en prenant le passage souterrain. Le contrôleur sur le quai m’a dit que c’était ma faute si je voyageais illégalement, mais j’ai eu raison d’estimer qu’il y a rarement un contrôleur sur les rames RER. Le train met pas mal de temps parce qu’il s’arrête très longtemps dans chaque gare, ce à quoi je ne suis pas habitué au Luxembourg ou en Allemagne.

La ligne est sans intérêt jusqu’à Champigny, mais elle traverse ensuite la vallée de la Marne par un viaduc vertigineux. A l’origine, j’avais envisagé de prendre un billet jusqu’à Val-de-Fontenay et de traverser le bois de Vincennes à vélo, les billets évitant Paris étant bien meilleur marché. Mais j’avais mon billet pollution illimité et j’ai décidé d’être paresseux. Je suis bien descendu à Val-de-Fontenay, où il y a une correspondance avec le RER de la Gare de Lyon utilisant un escalator plus pratique pour moi qu’un escalier.

Comme j’avais peur de ne pas pouvoir sortir à la Gare de Lyon avec un billet non poinçonné, je me suis penché par-dessus le portillon pour faire comme si j’accédais au RER à Val-de-Fontenay. Cela a marché et m’a rassuré. J’ai eu la correspondance tout de suite et le train était assez vide vu l’heure. Je suis descendu à la Gare de Lyon, j ‘ai trouvé un portillon pour handicapés ouvert et j’étais très content de ma décision. C’était une bonne fin pour le voyage même si je restais encore une journée à Paris.

 

 

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