Etape 8: Périgord rouge

Mardi 24 mai

106 km, dénivelé 1227 m

Nuageux avec éclaircies, 20°

Saint-Jean-de-Duras – Auriac-sur-Dropt – Miramont-de-Guyenne – Lauzun – Sadillac – Rouffignac-de-Sigoulès – Monbazillac – Bergerac – Beleymas – Jaure – Saint-Astier

Périgord rouge, départements 47 et 24

Un itinéraire un petit peu long et surtout un dénivelé important, mais ceci ne m’a pas gêné car il y a eu peu de monuments où j’aurais pu perdre du temps. Je suis aussi parti raisonnablement tôt car le petit déjeuner n’était pas très impressionnant, du pain grillé et une seule sorte de confiture. C’est probablement le style français mais on a souvent mieux en chambre d’hôtes.

 

Le Dropt à Allemans

Le Dropt à Allemans

Suivant la recommandation d’un prospectus, je me suis offert un détour modeste pour le village d’Allemans-du-Dropt où j’espérais voir une église à fresques. L’arrivée dans le village est charmante, un bief de moulin fait de la rivière un beau petit fleuve avec un rapide. Le village a beaucoup de maisons anciennes et il ne lui manque pas grand chose pour s’inscrire aux « plus beaux villages de France », il y a en particulier une belle halle en bois qui date du 15ème siècle et une autre halle à piliers de pierre que je n’ai toutefois pas remarquée sur place.

 

Fresque infernale

Fresque avec chevalier

Quant à l’église, elle justifie effectivement la visite avec des fresques le long de la nef. Elles sont un peu plus tardives que celles que j’avais vues jusque là, fin 15ème siècle, même si je trouve le style tout aussi gothique qu’ailleurs avec une frise en faux relief assez réussie autour des tableaux. Les diables sont comme très souvent les figures les plus pittoresques. Un Saint Michel en cuirasse arrache au diable une âme qui se retient à sa jambe comme un petit enfant – mais avec des mains placées si haut qu’elles en deviennent presque inconvenantes. Sur la scène voisine, des diables assez antropomorphes transportent des damnés en brochette ou dans un panier de vendange.

 

Fresque infernale

Fresque infernale

Après cette visite plaisante, j’ai remonté une vallée latérale plate et un peu ennuyeuse typique de l’Agenais sur les quelques kilomètres jusqu’au bourg de ressources local, Miramont-de-Guyenne. J’y ai acheté un en-cas même si je trouvais la boulangerie pas très achalandée et je l’ai mangé sur un banc près de la mairie en regardant les ouvriers communaux s’occuper des plantes en pots sur la place.

 

Couverts à Miramont-de-Guyenne

Couverts à Miramont-de-Guyenne

Miramont fut construit comme bastide et il en reste quelques maisons à couverts sur la place de l’hôtel de ville, mais la ville a été détruite pendant les guerres de religion et les souvenirs historiques sont donc limités. Miramont était connu dans les années 1950 comme la capitale française des chaussons et la population doubla en 10 ans pour retomber assez vite dans les années 80.

 

Château de Lauzun

Château de Lauzun

Le chef-lieu de canton se trouve curieusement dans un village nettement plus petit situé à quelques kilomètres dans un lacis de collines cultivées, Lauzun. Ceci s’explique par le fait que c’est l’emplacement d’un important château fort démoli au XVIIIème siècle mais auquel on a ajouté une aile Renaissance en 1576 qui est intacte. Le château aurait été mis en vente en 2014. Pour un cycliste, le château est un peu décevant, ce que l’on voit des rues autour est assez austère et le jardin est caché derrière un très haut mur.

 

Hôtel particulier à Lauzun

Hôtel particulier à Lauzun

J’ai donc plus profité des maisons de la place de l’église, en particulier un hôtel particulier de 1830 à caryatides un peu inattendu dans ce petit village. On s’amuse dans le village à faire remarquer que la maison est entre une ruelle sur laquelle donnent de belles fenêtres et une rue plus large sur laquelle donne un mur aveugle. Apparemment, le propriétaire s’est disputé avec le maire qui a décidé de faire passer la nouvelle rue du côté que le citoyen n’avait pas prévu pour l’ennuyer.

 

Eglise de Lauzun

Eglise de Lauzun

En face des maisons anciennes, je n’ai pas manqué de visiter l’église où j’ai été un peu surpris de ne pas voir de chapiteaux romans. A la place, on a un superbe autel principal à baldaquin avec un tableau central d’un style très étrange en bois peint et verni ton sur ton. On estimait au XVIIIème siècle qu’il était l’œuvre d’un célèbre sculpteur de Gourdon et il date de 1623, date de la réfection d’un couvent où le retable avait été installé.

 

Extase en bois ciré

Extase en bois ciré

J’ai aussi pris une photo de détail pour montrer aussi la finesse des angelots musiciens tout en trouvant qu’ils avaient l’air tristes à faire pleurer.

 

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Curé ayant perdu la tête

Curé ayant perdu la tête

Outre le baldaquin et le retable, la chaire date aussi de 1623 et je reconnais un peu mieux le style Renaissance. Ce qui est vraiment amusant est qu’on a mis en haut de la chaire une chasuble sur un mannequin sans tête, allusion involontaire au fait que les paroissiennes faisaient peut-être perdre la tête au curé.

Lauzun représentait un détour sur mon trajet mais j’en étais conscient et la visite le justifiait. Pour compenser, j’ai essayé ensuite de rejoindre Bergerac par un trajet logique et direct. Je suis descendu dans la vallée du Dropt (quittée à Allemans) et je suis entré dans le département de la Dordogne, remarquant en 2 km un changement complet de paysage. Les vallées deviennent beaucoup plus étroites (pas forcément plus encaissées) et les hauteurs sont vallonnées et très boisées. Au lieu des gros villages de l’Agenais, les villages sont beaucoup plus petits et plus cachés dans les replis du terrain. Il faut supposer que le climat ou le sol change complètement sur une très faible distance.

 

Verger de pruniers

Verger de pruniers

C’est la surprise qui m’a fait prendre une photo d’un vallon assez banal, mais je voulais aussi garder un souvenir du verger de pruniers. Il y a beaucoup de vergers dans la région et ce n’est pas forcément facile d’identifier que ce sont des pruniers, mais on peut s’y attendre vu la réputation des pruneaux d’Agen et l’existence d’un marché aux prunes à Allemans.

J’ai constaté avec plaisir que je parvenais à monter la côte sans trop de difficultés jusqu’à une première crête, ce qui est une bonne chose car la route était loin d’être plate ensuite. C’est difficile de voir le relief de cette région sur la carte Michelin et ceci m’a fait hésiter quand j’ai vu une pancarte pour le château de Bridoire sur une crête alors que la carte montre le château dans une vallée.

 

Château de Bridoire

Château de Bridoire

Après quelques hésitations (augmentées par le fait que je commençais à avoir envie de pique-niquer), j’ai quand même pris la route indiquée qui est effectivement descendue un peu jusqu’au château qui est le long d’un vallon mais sur une petite falaise, d’où ma confusion. C’est un château médiéval parfait, presque un château de conte de fées, et quelques doutes sont justifiés. Effectivement, c’est une reconstitution des années 2000 après des années d’abandon.

L’histoire est rocambolesque: il avait été vendu en 1978 à une personne qui semble avoir été un prête-nom pour la famille Bokassa. La famille ayant acheté deux autres châteaux par la suite, elle ne s’occupa pas du tout de celui de Bridoire qui fut pillé par des criminels et des brocanteurs et qui servait de cadre à des soirées drogue et alcool. Dix ans après, une association créée par le maire local avec l’appui de la gendarmerie obtint par des opérations de relations publiques habiles un classement en monument historique contre l’avis du propriétaire (chose excessivement rare) puis une expropriation.

Il avait fallu pour cela que le maire se fasse arrêter en plein journal de 20 h pour entrée illégale sur propriété privée, le ministère à Paris ayant la bêtise de laisser monter l’affaire jusqu’en Cour de Cassation avant de se voir débouté. L’Etat revendit la propriété par la suite à des personnes ayant l’expérience de financer l’entretien d’un château par des attractions touristiques, mais diverses erreurs au moment de l’expropriation (l’entrée et le parking n’ont pas été expropriés et appartiennent à une société en liquidation sans propriétaire connu) rendent la situation actuelle incertaine. Quel roman !

J’ignorais tous ces détails quand je suis passé mais j’ai dûment admiré les remparts et j’ai remarqué qu’un pré autour du château avait été transformé en terrain de jeu où plusieurs groupes d’écoliers devaient parcourir différents ateliers sous la houlette d’animateurs. Les jeux sont à une échelle suffisante pour que des adultes puissent s’amuser avec. Il y a aussi une « vallée mystérieuse » avec énigmes dans le bois en-dessous du château, le tout est assez bien proposé et paraît amusant sans avoir l’air mièvre ou affairiste.

Comme il n’y a pas de bancs près du parking (pour la bonne raison que le parking n’appartient pas au château et qu’il est pour ainsi dire « squatté »), je ne pouvais pas pique-niquer dans cet endroit pourtant amusant. J’ai apprécié la petite descente raide dans le ravin sous le château, qui ne se voit malheureusement pas vraiment dans les arbres, mais j’ai moins apprécié la longue montée de l’autre côté, surtout qu’il y a une section vraiment un peu raide au milieu. Une fois que l’on atteint une nationale avec beaucoup de circulation, c’est moins raide mais pas forcément très agréable ! J’ai essayé de quitter la route au premier carrefour, mais j’ai monté une côte supplémentaire pour rien car c’était un cul-de-sac et je suis revenu sur la grande route.

 

Vallée de la Dordogne

Vallée de la Dordogne

Cette fois, je l’ai longée sagement jusque tout en haut puis j’ai suivi la route de Monbazillac pour avoir un trajet plus tranquille et j’ai eu le droit à un bon raidillon supplémentaire. Entre-temps, j’avais atteint au moulin de Malfourat l’attitude impressionnante de 187 m, 150 m au-dessus de la vallée de la Dordogne. Un restaurant gastronomique occupe d’ailleurs le sommet et on peut monter sur le toit d’un réservoir à côté pour admirer la vue. Cela vaut vraiment la peine, on voit parfaitement à ses pieds la vallée du fleuve avec au milieu la ville importante de Bergerac au pied du grand vignoble de Monbazillac.

 

Fête à Monbazillac

Fête à Monbazillac

Comme le château de Monbazillac est recommandé par ma carte, j’ai suivi la route de crête jusqu’au village, ne trouvant pas de banc ombragé avant pour mon pique-nique. Le village était décoré avec d’innombrables guirlandes faites de fleurs en crépon d’un jaune particulièrement artificiel. Ce n’est que sur la façade de la maison du vignoble (qui offre des dégustations-ventes et qui remplace l’office du tourisme, comme d’ailleurs dans d’autres régions viticoles) que les fleurs jaunes criardes rendaient bien parce qu’on les avait réparties comme des grappes de raisin. La photo est assez amusante.

En face du magasin, il y a une place autour de l’église avec une série de murets et une petite roseraie. Il y a aussi deux bancs, mais en plein soleil, et je me suis donc assis sur un muret à moitié ombragé pour profiter de la vue sur la roseraie pendant que je mangeais. Il y a en fait un bois en contrebas dans lequel on serait plus à l’ombre, mais je n’avais pas envie de prendre le risque car j’aurais été obligé de remonter si je n’avais pas trouvé de banc.

Les quelques touristes qui se rendaient au magasin de vin, attirés par la fête qu’annonçaient les guirlandes, me regardaient avec l’air légèrement dégoûté que l’on prend quand on est obligé de passer près d’un clochard. Il faut dire que le Monbazillac est un vin très cher et que la clientèle est donc plutôt chic. Il paraît qu’un pape à qui on présentait des pèlerins de Bergerac, ne sachant pas où se trouvait leur ville, obtint la précision que c’était à côté de Monbazillac.

 

Château de Monbazillac

Château de Monbazillac

Le château qui était le prétexte de mon passage est en contrebas du village en bordure d’une colline très raide, ce qui lui permet de trôner au-dessus du paysage. C’est un beau château fort de 1560 construit dès l’origine pour combiner des éléments de défense sérieux avec des fenêtres gothiques puisque l’on était en plein dans les guerres de religion. La propriétaire en place en 1685 lorsque Louis XIV interdit par décret d’être protestant se convertit d’ailleurs au catholicisme pour garder son château.

C’est maintenant un musée qui appartient à la cave coopérative (on passe à travers un gigantesque magasin de vin pour atteindre l’entrée…). Le château étant superbement conservé, il attire beaucoup les foules, en particulier le jour de mon passage des cars de personnes âgées, mais c’est plutôt un musée régional qu’un château meublé, les intérieurs ayant été dispersés lors de ventes successives.

La Dordogne à Bergerac

La Dordogne à Bergerac

Je n’ai évidemment pas visité et je suis descendu à Bergerac par une grande descente bien agréable après les efforts du matin. L’entrée en ville est banale au début mais la vue depuis le pont sur la Dordogne est vraiment belle avec des quais en pierre gris clair et un ancien port bien visible. Dès que l’on traverse le pont, on entre dans la vieille ville qui est pleine de superbes maisons anciennes à pans de bois. Ce n’est pas immense, il y en a juste assez pour que ce soit une petite promenade agréable.

 

Maison dans la vieille ville

Maison dans la vieille ville

Hôtel particulier abritant le musée du tabac

Hôtel particulier abritant le musée du tabac

Au milieu d’un dédale de ruelles, j’ai trouvé sur une placette un superbe hôtel particulier tout en pierre qui abrite un musée au nom ridiculement emphatique, le « Musée d’Anthropologie du Tabac d’Intérêt National ». Tout le site Internet de la municipalité est écrit dans un style étrange et peu naturel, il faudrait vraiment changer d’agence de relations publiques. L’article dans Wikipedia pêche d’une autre façon, il est amoureux des listes inutilement détaillées.

 

Façade sur la place

Façade sur la place

Pour ce qui est du musée, il traite d’un sujet fort embarrassant et mal vu des autorités parisiennes, mais la ville a reçu un don de la part de la SEITA au moment de la privatisation et le tabac a vraiment une valeur historique et patrimoniale dans la région, c’était une culture très importante. Pour compenser ce musée gênant, il y en a un autre moins controversé portant sur la batellerie.

 

Immeuble gothique

Immeuble gothique

Il y aura peut-être aussi un jour un musée sur les effets de Ryanair, la compagnie à prétendus bas prix assurant tout le trafic de l’aéroport et faisant venir d’innombrables Néerlandais et Anglais achetant des maisons dans toute la région. Un musée sur Ryanair ne devrait pas passer sous silence que la compagnie est payée grassement par la ville pour assurer les relations aériennes et que la ville en est maintenant otage vu l’importance des communautés d’étrangers pour l’économie de la région.

 

Chambre de commerce Art Déco

Chambre de commerce Art Déco

Après avoir admiré la vieille ville, je me suis demandé si Bergerac avait aussi une église intéressante, mais ce n’est pas vraiment le cas à cause des guerres de religion. Par contre, la ville a quelques bâtiments assez imposants du XIXème et du XXème siècle comme une chambre de commerce Art Déco. La frise du bâtiment, comme toujours à cette époque, évoque directement les activités qui y ont lieu et montre donc les industries locales – la truffe, les fleurs, les conserves, la futaille, le tanin et le papier filtre. Pour tout dire, on est dans l’agroalimentaire et pas grand chose d’autre.

J’ai dû passer à Bergerac une bonne heure et je suis content d’avoir découvert la ville, surtout les maisons anciennes. Bon but d’excursion si on a une journée de pluie pendant des vacances à Sarlat ou aux Eyzies ! J’ai quitté la ville par une route que j’attendais assez calme vu qu’elle ne va guère qu’à Mussidan, mais elle conduit à une entrée d’autoroute et c’est donc maintenant un ruban d’asphalte digne d’une nationale majeure.

Je l’ai donc quittée dès que possible pour remonter une charmante vallée verdoyante et encaissée qui m’a bien montré que j’étais dans le Périgord et plutôt dans le centre de la France que dans le Sud-Ouest. La route monte gentiment dans les bois jusqu’à un genre de col puis redescend tout aussi gentiment de l’autre côté. Du fait du temps passé à Bergerac, l’heure d’un petit goûter approchait et je me suis arrêté sur un banc dans le petit village de Beleymas un peu après le col.

 

Grange à Beleymas

Grange à Beleymas

J’y ai remarqué une très belle grange traditionnelle avec un toit à double pente très particulier. La partie haute plus raide est couverte de tuiles tandis que la partie basse de forme un peu Mansard est en petites lauzes. Là où j’admire, c’est que les deux matériaux sont de la même teinte. Les murs sont en petits mœllons qui remplissent les espaces entre des colonnes de pierres de taille presque blanches typiques de la région. Et le portail est à deux vantaux en chevrons. Pour tout dire, c’est un bâtiment vraiment exceptionnel.

J’étais un peu hésitant pour la fin de la journée. La ligne droite par Villamblard promettait un château, mais aussi au moins trois vallées transversales et donc trois bonnes côtes. Il y avait une alternative tentante en descendant la vallée de la Crempse jusqu’à Mussidan puis en remontant la vallée de l’Isle ensuite. J’ai fini par décider qu’un détour par Mussidan risquait de me faire arriver vraiment trop tard et que c’était dommage de rater un château par paresse.

J’ai donc pris la route de Villamblard, petit bourg un peu perdu dans les grandes forêts du Landais qui s’étendent presque en continu sur 30 km entre l’Isle et la Dordogne. Entre l’Isle et la Dronne sur 20 km, c’est la forêt presque continue aussi de la Double. C’est un paysage très particulier qui rappelle souvent un peu les Landes avec des fougères, des tourbières, des landes à genêts et des forêts de pins qui ont été plantés sous Napoléon III pour remplacer les feuillus abattus avant pour la construction de navires. Alors que je m’ennuie dans les Landes trop plates, Landais et Double sont parcourus de nombreux vallons et les routes sont donc tortueuses et variées.

 

Château de Villamblard

Château de Villamblard

Pour ce qui est de Villamblard, je dois dire que le château ne m’a pas beaucoup excité. Il est en très mauvais état même si un érudit local a essayé de sauver ce qui pouvait l’être quand la commune a racheté le bâtiment qui avait brûlé. Il y a maintenant un petit musée municipal dedans – chose rare en France, le musée est même gratuit. Comme le château ne m’impressionnait guère, j’ai fait un petit tour dans le village et j’ai fini par m’arrêter sous la halle. Je devais être un peu fatigué car je suis parvenu à ce que le vélo tombe, chose que je crains beaucoup depuis qu’un incident comparable deux ans avant avait cassé mes bagages.

 

Charpente de la halle de Villamblard

Charpente de la halle de Villamblard

La raison pour laquelle j’avais posé le vélo est que je trouvais la halle intéressante mais difficile à prendre en photo et que je cherchais le meilleur angle, observé avec beaucoup de curiosité par les enfants qui jouaient dans la rue et par des dames avec des poussettes. La halle s’appuie sur des colonnes en pierre de taille qui sont généralement du début du 19ème siècle mais je pense que la charpente est plus ancienne. Une partie du toit est surélevée et portée par un assemblage compliqué et remarquable de poutres. La halle est sans intérêt pour les puristes car les poutres sont tenues par des clous et elle fut effectivement reconstruite en 1891.

 

Vallon typique du Périgord

Vallon typique du Périgord

Puisque j’avais décidé de prendre la route directe avec les trois côtes, je n’ai pas été surpris de remonter un charmant vallon verdoyant pour quitter Villamblard. La côte est nettement moins raide que je ne le craignais, le chevron marqué sur la carte ne m’a pas beaucoup gêné. On descend de l’autre côté toujours dans la forêt et on arrive dans le vallon suivant où j’ai eu la surprise de voir un grand château que je n’attendais pas du tout. Le tout petit village de Jaure (ma carte dit Jaures mais c’est une confusion avec l’homme politique) se limite vraiment au hameau autour du château comme il y a 500 ans.

 

Château de Jaure

Château de Jaure

Vu de suffisamment loin, il est vraiment beau avec un grand corps de logis reconstruit au XIXème siècle, une petite tour ronde et un corps de logis gothique du XVème, un très gros pigeonnier et un grand jardin sur terrasse avec un pavillon pour admirer la vue. Je pense qu’il est habité et il ne se visite pas mais j’étais très content de la surprise.

Jaure est au fond d’un vallon et il faut donc remonter pour le quitter par la deuxième côte annoncée par la carte. Comme la première, je ne l’ai pas trouvée trop raide, peut-être parce que suis plus facilement motivé quand il s’agit d’une petite route tortueuse en forêt. En haut sur la crête, je suis tombé sur une pancarte pour le château de Grignols. C’était surprenant car la route indiquée sur la pancarte ne figure pas sur ma carte pourtant assez efficace. J’ai pensé que je ne courais pas grand risque, la route descendrait au pire par un endroit différent de la route initiale mais ne me ferait pas remonter puisque j’étais sur la crête.

 

Château fort de Grignols

Château fort de Grignols

Effectivement, une route extrêmement étroite et en mauvais état longe un peu la crête, traverse un hameau puis descend dans la forêt et débouche sans prévenir sur un terrain vague d’où l’on voit le château. C’est difficile d’avoir une bonne vue à cause de la verdure autour, ce qui est dommage car il y a un fossé profond qui rendrait la photo plus impressionnante.

Le château actuel date du XIVème siècle et est le siège ancestral de l’une des familles les plus vénérables de la noblesse française, la famille de Talleyrand-Périgord, qui remonte au XIIème siècle. Je pense qu’il a dû être racheté par la municipalité car c’est une association qui le fait visiter sur rendez-vous. Grâce à une série de chantiers de jeunesse, c’est vraiment un beau château-fort évocateur.

 

Vue depuis la vallée

Vue depuis la vallée

La petite route que j’avais prise passe au pied des remparts puis dévale dans la forêt avec une pente inquiétante jusque tout en bas dans la vallée du Vern. Vu la pente et l’état de la route, je comprends pourquoi on demande aux visiteurs d’arriver par la crête. Si j’étais d’abord passé par le village, je n’aurais sûrement pas eu le courage de monter la côte et cela aurait été dommage.

Comme annoncé par ma carte, il restait une troisième côte pour passer la dernière crête. Celle-ci m’a paru un peu plus longue et sérieuse que les deux autres. La récompense est une descente en pente douce sur 5 km pratiquement jusqu’à l’entrée de Saint-Astier où j’avais réservé une chambre d’hôtes. J’avais beaucoup hésité, le site de l’office de tourisme donnant peu de détails et le prix étant vraiment plus démocratique que chez les adhérents des Gîtes de France, mais la dame m’a expliqué plus tard qu’elle ne pouvait pas proposer un prix excessif vu que la douche est dans le couloir et que la plupart des clients sont des pèlerins soucieux de leur budget.

 

Maison de maître à Saint-Astier

Maison de maître à Saint-Astier

Je suis très content d’avoir vérifié sur Internet avant de venir comment accéder chez la dame car elle habite dans un hameau à 2 km du bourg. Mais j’ai quand même été obligé de l’appeler au téléphone car le site de l’office de tourisme ne mentionne pas le numéro dans une rue qui comprend une vingtaine de pavillons dont aucun n’a de marque claire. Avant de l’appeler, j’avais eu le temps de remarquer une usine au bord de l’Isle avec une superbe maison de maître du 19ème siècle. Je pense que c’était la résidence du propriétaire de l’usine de chaux, Saint-Astier étant le siège d’une carrière souterraine réputée pour son calcaire particulier.

La dame qui m’a reçu habite dans un pavillon moderne qui est devenu un peu grand maintenant que les enfants sont partis. Son mari a donc aménagé l’étage en chambres d’hôtes très convenables – sauf que j’étais content qu’il n’eusse pas fait trop chaud dans la journée car les chambres sont directement sous le toit et j’ai gardé un mauvais souvenir d’une chambre de ce type dans l’Allier. La dame a perdu son mari récemment mais a décidé de continuer à proposer des chambres car elle avait apprécié avec son mari l’occasion d’avoir des gens avec qui papoter. Saint-Astier n’est pas directement sur le chemin de Compostelle et elle n’a donc pas des gens tous les soirs.

C’est parce qu’elle propose le dîner que je suis allé chez elle et c’était très agréable. Puisque j’étais le seul hôte, nous avons mangé dans la cuisine plutôt que dans le salon et c’était donc plus familier. Curieusement, la dame cuisine dans l’arrière-cuisine et je me suis demandé pourquoi avoir construit deux cuisines équipées… Elle m’a servi en entrée des rillettes maison d’un goût beaucoup plus doux que celles d’Escaunets – normal, c’étaient des rillettes de canard et non de porc. Je lui en ai acheté une tranche pour mon pique-nique du lendemain.

Le plat principal était délicieux et rare en table d’hôtes, une côte d’agneau servi très classiquement avec des haricots verts revenus dans la graisse de canard. Pour une fois, j’ai eu une salade d’endives plutôt qu’une laitue, chose que j’ai trouvée surprenante car ce n’était vraiment pas la saison des endives. Le dessert était des œufs au lait qui m’ont fait penser à ma grand-mère. C’est une très bonne adresse pour se sentir accueilli vraiment à la maison.

 

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