Etape 9: Périgord vert

Mercredi 25 mai

103 km, dénivelé 835 m

Nuageux avec quelques éclaircies, 24°

Saint-Astier – voie verte jusqu’à Gravelle – Pas de l’Anglais – chemin de halage – Périgueux – Chancelade – Merlande – Bourliou – La Besse – cote 179 – Brantôme – D106 – Renamon – D1 – vallée de Saint-Victor – Villetoureix – Ribérac

Périgord vert, département 24

Etape touristique que j’avais conçue pour visiter Périgueux et Brantôme, le trajet pouvant se faire sinon en seulement 24 km. Je ne regrette pas, une seule journée dans la verdure et le relief varié du Périgord m’aurait un peu laissé sur ma faim.

Au petit déjeuner, j’ai noté que la dame sert des confitures délicieuses (abricot et cerise en l’occurrence) et elle m’a aussi proposé un petit cake au rhum. Comme je lui faisais des compliments, elle m’a précisé qu’il ne faut pas trop lésiner sur la quantité d’alcool ! C’est amusant car je fais assez attention le soir à ne pas trop boire de vin qui pourrait m’empêcher de dormir.

 

L'Isle à Saint-Astier

L’Isle à Saint-Astier

Puisque la dame m’avait un peu parlé de Saint-Astier, je suis allé faire un tour au centre du bourg pour commencer. On y accède par une passerelle pour cyclistes toute neuve qui traverse l’Isle à l’écart de la route. Elle a été construite dans le cadre de l’aménagement d’une piste cyclable sur le chemin de halage qui n’est pas encore tout à fait terminée. Depuis la passerelle, on a une jolie vue du bourg avec ses maisons en pierre claire se reflétant dans l’eau, un peu comme avec les villages de la vallée du Cher.

 

Eglise de Saint-Astier

Eglise de Saint-Astier

Saint-Astier est une ville assez particulière et ce serait intéressant de parler un peu avec le maire. C’est une ville avec une proportion de personnes âgées très importante et aussi un taux de chômage élevé, choses qui étaient différentes il y a seulement 10 ans. Je me demande si les arrivants retraités ne sont pas des Anglais convertissant des granges en maisons secondaires. Pour les chômeurs, je ne vois pas vraiment de raison pourquoi ils viendraient s’installer justement ici mais la population augmente effectivement rapidement depuis 1980.

 

Ancien monastère de Saint-Astier

Ancien monastère de Saint-Astier

Ceci dit, la ville semble avoir une politique culturelle et sociale très active. La stabilité politique (même maire de 1977 à 2014) a dû y contribuer. On trouve aussi à Saint-Astier le centre d’entraînement de la Gendarmerie, créé après les évènements de mai 1968, mais ce genre de centre a peu d’effet sur les communes puisque les gens ne font qu’y passer pour une formation (au contraire des casernes qui impliquent des familles). Au passage, l’article Wikipedia trouve un équilibre intelligent entre promotion de la commune et description objective détaillée.

En termes de monuments, Saint-Astier est assez peu gâté, comme tous les bourgs agricoles des vallées de l’Isle et de la Dordogne (Montpon, Mussidan, Castillon). L’église date du 15ème siècle et a un étage fortifié comme celle de Lombez mais l’intérieur est très nu. En face de l’église, j’ai vu une jolie maison Renaissance avec une tourelle et un passage couvert – c’est à peu près tout.

 

Coquelicots orange

Coquelicots orange

Je suis parti de Saint-Astier par la nouvelle piste cyclabe qui n’était en fait même pas encore ouverte officiellement, l’inauguration étant prévue pour le dimanche suivant. La section que j’ai suivie est très agréable, longeant en partie un canal qui coupait un méandre. Les propriétés imposent des détours à quelques endroits, ce qui m’a toutefois valu une photo d’un champ inattendu couvert de coquelicots orange. Malheureusement, on ne voit pas sur la photo le château Renaissance qui domine la vallée à cet endroit.

 

 

Canal du moulin d'Annesse

Canal du moulin d’Annesse

La piste cyclable se termine par une très belle section dans une ripisylve luxuriante puis on passe l’Isle sur une nouvelle passerelle toute neuve pour atteindre un hameau charmant autour d’un vieux prieuré, Annesse. Le nom du village est lié à une légende délicieuse selon laquelle l’ânesse que montait Saint Hilaire se serait enfuie à cet endroit, effrayée par un loup. En fait, il y a une étymologie plus banale car Anessa est un mot occitan qui n’a rien à voir avec un âne.

Un canal court aussi à partir du prieuré pour couper le méandre suivant de l’Isle, avec au bout du bief une petite centrale électrique au fil de l’eau. Vu la taille de la rivière et le courant modeste, je ne pensais pas qu’une centrale serait rentable, mais il faut croire que si puisque EDF continue à l’entretenir.

 

Château de Beaulieu

Château de Beaulieu

Après la centrale, la piste cyclable n’existe pas encore mais on peut prendre une route tranquille dans le fond de la vallée et on passe même devant le château imposant de Beaulieu qui est certainement une construction du XIXème siècle. La petite route rejoint peu après le château une nationale très passante, mais on ne peut pas faire autrement car la route longe une haute falaise isolée comme il en existe souvent dans la région. Le lieu dit s’appelle joliment « Pas-de-l’Anglais ».

Un peu après, on atteint la banlieue de Périgueux avec une longue suite de zones commerciales et d’entrepôts et une circulation monstrueuse. J’ai pensé que je ferais mieux de traverser l’Isle et que la route de la rive gauche serait probablement plus calme, mais j’ai trouvé une solution encore meilleure et inattendue. Juste avant le pont, une pancarte montre le début d’un autre morceau du chemin de halage aménagé en piste cyclable. On n’évite pas un raidillon à un endroit et on longe un moment la nationale sur le trottoir, mais tout le reste du trajet est parfaitement calme et loin des voitures. J’ai même fini par me demander si j’arriverais vraiment un jour dans le centre ville car il y a peu de pancartes et on a l’impression d’être en pleine campagne (au pied de collines aussi raides que dans le Lot, donc boisées et sans maisons, d’où l’effet).

 

Tour romaine à Périgueux

Tour romaine à Périgueux

En fait, j’ai perdu patience un peu trop tôt et il restait bien 3 km jusqu’au pont que je m’étais fixé, mais j’ai bien fait de couper un peu le méandre suivant une pancarte pour cyclistes car je suis ainsi passé tout à fait par hasard devant le principal reste romain de Périgueux, la Tour de Vésone. J’ai lu par la suite que c’était la partie centrale d’un temple et que la forme ronde surprenante pour un temple romain est une survivance des traditions gauloises. Je n’avais pas d’idées très claires sur l’intérêt de Périgueux, qui prend toujours le second rang après Sarlat dans les guides, et je n’étais pas du tout conscient qu’il y a un monument romain notable.

 

Hôtel particulier à Périgueux

Hôtel particulier à Périgueux

Ceci dit, le cœur de Périgueux est bien plus la vieille ville qui a gardé le tracé des rues moyenâgeuses. C’était jour de marché et j’ai eu un peu de peine à circuler dans les ruelles en poussant le vélo (et en évitant les mendiants qui sont assez collants dans cette ville). Je n’ai pas manqué d’admirer divers hôtels particuliers, il y en a toute une variété et je me suis offert le plaisir de prendre une heure pour visiter.

 

Cour gothique

Cour gothique

C’est intéressant de comparer Périgueux à Bergerac et à Sarlat. A Bergerac, on trouve des maisons à pans de bois qui rappellent l’Agenais; à Sarlat, ce sont des maisons de ville en pierre dorée avec beaucoup d’échauguettes et tourelles gothiques. A Périgueux, ce sont des maisons assez urbaines en pierre grise. Bergerac a la même taille que Périgueux mais est économiquement nettement plus dynamique et la population de Périgueux a baissé de 25% entre 1960 et 1990 sans remonter depuis.

 

Cathédrale de Périgueux

Cathédrale de Périgueux

Je connaissais surtout la ville pour la cathédrale Saint-Front avec ses coupoles en forme de tétines. Quand je suis arrivé devant la cathédrale, j’ai hésité à visiter vu l’animation due au marché, d’autant plus que j’avais déjà passé beaucoup de temps à me promener dans les petites rues (et à acheter un en-cas que j’avais bien envie de manger si je trouvais un endroit pour m’asseoir).

J’ai trouvé un panneau disant que la cathédrale date en fait du XIXème siècle et n’est que vaguement inspirée de la cathédrale d’origine (c’est plutôt Saint-Front qui servit d’inspiration, en particulier au Sacré-Cœur et à Fourvière). Je me suis donc dit que c’était aussi bien si je finissais de me promener dans les petites rues, suivant plus ou moins un itinéraire proposé par l’office de tourisme sur un panneau mais qui n’est pas balisé sur place.

Quand je me suis retrouvé hors de la vieille ville, j’ai trouvé que c’était une bonne heure pour arrêter les frais et je suis allé m’asseoir sur un banc de la grande place devant le palais de justice et j’ai mangé mon en-cas. J’étais un peu ennuyé de voir l’heure mais je savais que je pouvais raccourcir l’étape facilement en cas de nécessité.

Pour le moment, j’ai décidé de prendre le risque de continuer vers Brantôme comme prévu. J’ai pris la nationale pour sortir de la ville, ce qui m’a valu un long trajet entre autobus et camions. Par contre, l’avantage est que je suis passé à la sortie de la ville devant une boulangerie de quartier où j’ai trouvé du très bon pain et des gâteaux nettement plus appétissants que dans le centre ville et en payant moins cher. J’ai été servi par un jeune homme dont je pense qu’il n’avait pas l’âge légal pour travailler, plutôt 12 ou 13 ans, et qui doit donc être le fils de la patronne. Il était très professionnel, aimable et précis, ce qui surprend un peu chez quelqu’un de si jeune.

La route qui sort de la ville est désagréable à vélo mais plus directe que la piste cyclable de l’aller et je l’ai quittée de toute façon 5 km plus loin en passant dans le centre du village de Chandelade. On y voit une ancienne abbaye romane et j’avais un peu eu envie de m’y arrêter aussi mais elle est en bas d’un raidillon et j’ai pensé qu’il était plus important d’avoir le temps de profiter de Brantôme. D’après Internet, je ne semble pas avoir raté grand chose qui m’eusse intéressé dans l’abbatiale, c’est le palais abbatial qui est beau.

 

Moulin de Merlande

Moulin de Merlande

J’ai donc traversé Chancelade sans marquer d’arrêt et j’ai entrepris la côte longue mais agréablement tortueuse et boisée qui permet de quitter la vallée de l’Isle. Une toute petite route la quitte, descend dans un vallon boisé presque mystérieux et j’ai même pensé aux routes désertes qui accèdent aux alpages. La petite route se termine au milieu de nulle part devant un vieux moulin avec une grosse tour ronde tronquée. En face du moulin, un petit parking ombragé fait la transition avec une petite église à peu près abandonnée mais bien entretenue et ouverte. C’est l’ancien prieuré de Merlande qui appartenait à l’abbaye de Chancelade. Je n’ai pas remarqué sur place que le chevet est fortifié comme un château fort.

 

Prieuré de Merlande

Prieuré de Merlande

Derrière un portal assez nu et une nef banale, on pénètre par deux marches dans le chœur qui est curieusement presque entièrement séparé de la nef par un grand mur. Comme seul le chœur était fortifié, je pense que c’était une mesure de sécurité pendant la guerre de Cent Ans. L’atmosphère dans la petite pièce voûtée en berceau est très intime et on peut regarder tranquillement les chapiteaux qui sont à hauteur d’homme ou presque.

 

Chapiteau à Merlande

Chapiteau à Merlande

Ils sont assez simples avec des rinceaux et des animaux, certains dans des positions acrobatiques par du tout logiques. Je pense que les tailleurs de pierre ont eu beaucoup de plaisir à former les détails des gueules et des crinières. J’ai retrouvé un peu les mêmes sujets en Saintonge, on ne semble pas avoir cherché beaucoup dans la région à représenter des scènes bibliques.

 

Combat de lions

Combat de lions

Il n’y avait qu’un couple néerlandais en même temps que moi à Merlande, c’est un site peu visité et j’étais très content d’avoir osé le petit détour. La petite route qui y mène continue ensuite par une côte un peu plus désagréable jusque sur la crête, il s’était mis à faire beau et je transpirais un peu. J’ai longé la crête par une route qui se dirige fort judicieusement en direction de Brantôme, non sans faire trois cent mètres dans la mauvaise direction à un carrefour douteux – je me suis rendu compte de l’erreur quand la route a eu l’air de descendre dans la vallée prématurément.

 

Plateau entre Périgueux et Brantôme

Plateau entre Périgueux et Brantôme

La route de crête rejoint la départementale au col entre les vallées de l’Isle et de la Dronne au milieu d’une forêt profonde qui mélange de façon typique pour le Périgord pins, fougères et petits chênes. Un peu en-dessous du col, la route passe le petit village du Puy-de-Fourches où j’ai trouvé que ce serait bien de pique-niquer vu qu’il était 14 h. J’ai trouvé un banc à moitié ombragé sur la place avec le grand parking derrière la mairie et je me suis installé face à une vue magnifique car le village domine des coteaux cultivés, des bandes boisées dans les ravins et au fond la vallée de la Dronne. Un des meilleurs points de vue du voyage pour un pique-nique (je n’avais pas la vue à Monbazillac par exemple et la vue était moins excitante à La Réole ou à Lescar).

 

Vue du Puy-de-Fourches

Vue du Puy-de-Fourches

Après le pique-nique, j’ai eu l’impression que je pouvais quitter la départementale trop large et ennuyeuse à mon goût et j’ai pris une petite route parallèle qui descendait longuement dans les champs pour se terminer par un petit raidillon dans un hameau fort rural avec bouses de vaches et paille tombée sur la route. Il n’y avait plus de pancarte et je n’ai pas regardé assez attentivement la carte. La route que j’ai choisie retraversait le ravin mais remonte ensuite presque jusqu’au Puy-de-Fourches (heureusement pas trop raide), ce qui fait que j’étais assez mécontent de l’effort inutile et du temps perdu. Le soleil s’était caché à nouveau et j’ai donc décidé que la grosse départementale n’était pas une si mauvaise idée que cela. Elle descend tout d’un coup sur Brantôme et m’a parue plutôt raide même si la carte ne le dit pas.

 

Arrivée à Brantôme

Arrivée à Brantôme

Le petit bourg en bas se trouve au milieu d’un méandre de la Dronne et j’ai commencé par me promener cinq minutes dans les rues pour le cas où il y aurait de belles maisons anciennes. C’est assez limité, il y a surtout abondance de restaurants pour touristes car j’ai découvert progressivement que c’est un des sites les plus fréquentés du Périgord, que ce soit par les excursionnistes anglais et néerlandais, par les touristes en camping-car ou par les autocars de personnes âgées – trois clientèles qui ne se croisent pas toujours dans d’autres endroits.

 

Abbaye de Brantôme

Abbaye de Brantôme

Je m’en suis aperçu quand je suis sorti du centre du bourg pour longer la Dronne et accéder à l’abbaye par la rive gauche. On a des vues charmantes du bourg par-dessus la rivière, je ne sais pas trop à quoi comparer. Sur la rive gauche, on est dans l’ancien parc de l’abbaye où un abbé avait d’ailleurs fait construire en 1553 des abris en cas de pluie. Ces abris sont d’élégants pavillons en arc-de-cercle avec toit de tuiles, colonnes romaines et une très jolie frise de feuillages et de visages tout à fait Renaissance. J’en ai conclu que ce devait être une abbaye fort riche.

 

Abri dans le parc des moines

Abri dans le parc des moines

Pont des moines sur la Dronne

Pont des moines sur la Dronne

Depuis le parc des moines, la vue vers les bâtiments principaux est célèbre. Un abbé a fait aménager un bras secondaire alimenté par la Dronne pour séparer le bourg de l’abbaye et une terrasse élégante en pierre blanche presque comme dans un château de la Loire agrémente la perspective. Entre le parc et la terrasse, il faut traverser la Dronne et le pont est un superbe pont baroque à six arches avec un accès en coude très original.

 

Maintenant un hôtel de charme

Maintenant un hôtel de charme

J’avais un peu peur de ne pas pouvoir traverser avec le vélo mais c’est permis. De l’autre côté, on trouve les bâtiments abbatiaux: un moulin hors les murs servant maintenant d’hôtel de charme, deux pavillons servant de porterie (un Renaissance et un médiéval) puis un petit jardin Renaissance reconstitué avec un bassin qui m’a fait penser en plus modeste à celui du jardin du Luxembourg à Paris.

 

Jardin de l'abbé

Jardin de l’abbé

Abbatiale

Abbatiale

Le bâtiment abbatial principal est assez austère parce qu’il date du XVIIIème siècle, il serait intéressant uniquement pour le musée et l’accès aux salles troglodytes. Tout au bout, on atteint l’abbatiale avec un reste de cloître devant et un célèbre clocher roman, chef-d’œuvre du style périgourdin. Le clocher est beaucoup plus ancien que le reste des bâtiments, XIème siècle contre XVème siècle.

 

Relief baroque

Relief baroque

L’intérieur de l’abbatiale est décevant parce qu’il est très haut et nu. L’église a été reconstruite au XVème siècle et surtout « améliorée » au XIXème siècle par le grand concurrent de Viollet-le-Duc, Abadie, auteur des cathédrales de Périgueux et d’Angoulême puis du Sacré-Cœur de Paris. Je me suis donc contenté du mobilier, un bas-relief du XIIème siècle préservé mais très abîmé, deux panneaux baroques dont un massacre des Saints Innocents très enlevé, et un étrange groupe sculpté sur le même thème avec un soldat sorti tout droit d’un péplum sur Cléopâtre.

 

Massacre de péplum

Massacre de péplum

Vue touristique de Brantôme

Vue touristique de Brantôme

Je n’avais pas le temps de visiter les « grottes », en fait les salles troglodytiques de l’abbaye, ce qui m’aurait certainement amusé, mais j’ai quand même eu l’impression d’avoir un bon aperçu du site et le détour avait vraiment valu la peine. J’en avais eu l’idée par un timbre dans ma collection, ne sachant pas que c’est un site très connu.

 

Forge du diable

Forge du diable

De Brantôme à Ribérac où j’avais réservé une chamhre, on peut longer tout simplement la Dronne, ce qui m’avait encouragé à oser la longueur de l’étape malgré le temps consacré à Périgueux. La route longe le pied de la falaise le long de la rivière, passant plusieurs fois sous des grands surplombs calcaires comme dans d’autres endroits de la région. C’était assez spectaculaire pour moi parce que c’est un paysage que l’on n’a pas dans le Sud-Ouest.

 

Château de Valeuil

Château de Valeuil

Je suis passé sous un joli château fort, dont il y a toute une collection dans la région, puis au pied de plusieurs séries de falaises dont une qui porte le nom un peu touristique de « forge du diable ». Je n’ai pas vu de références à des grottes préhistoriques directement le long de la rivière, je suppose que la vallée était inondée au printemps et que les surplombs au pied des falaises étaient donc inhabitables.

 

Entrée dans Bourdeilles

Entrée dans Bourdeilles

A 10 km de Brantôme, j’avais prévu un petit arrêt à Bourdeilles puisque la carte mentionne un château et une église. En fait, je m’y suis arrêté assez longtemps car c’est un beau site beaucoup plus tranquille que Brantôme. J’arrivais par la rive droite et c’est mieux car on traverse la rivière au pied des falaises avec la forteresse au-dessus de soi. Nettement plus impressionnant.

 

Entrée du château

Entrée du château

J’ai poussé le vélo sous la falaise puis par une rue un peu raide pour faire le tour de la forteresse et j’ai trouvé tout en haut du village une terrasse aménagée par la mairie d’oû l’on a des vues superbes. En fait, il y a deux châteaux séparés, une forteresse médiévale destinée à protéger l’abbaye de Brantôme pendant la guerre de Cent Ans et un château Renaissance assez carré sans tours ni ornements en dehors d’une frise autour du toit. Les bâtiments sont assez bien dégagés et on en profite bien même sans visiter. J’étais très content d’avoir fait l’effort de monter jusqu’à la terrasse.

 

 Château vu de l'église

Château vu de l’église

La commune se donne beaucoup de peine pour attirer certains des touristes qui visitent Brantôme et on n’échappe donc pas à un jardin médiéval installé judicieusement sur un bastion de la forteresse. J’ai trouvé que c’était suffisant de le regarder depuis la terrasse, surtout que les plantations pour l’été n’étaient pas encore terminées.

 

Pont de Bourdeilles

Pont de Bourdeilles

Puisque ma carte recommande l’église, je suis allé voir en même temps qu’une famille anglaise, mais je suis ressorti assez vite comme eux. Par contre, comme il était l’heure d’un goûter mais que je n’avais pas vu de bancs sur la terrasse face au château, je suis redescendu jusqu’au pont et je me suis assis presque au bord de l’eau, regrettant simplement le bruit d’un chantier derrière moi. Le pont est assez romantique, dommage qu’on ne puisse pas faire de photo avec la forteresse en arrière-plan.

 

Vue générale

Vue générale

Je suis parti très satisfait de Bourdeilles et le trajet restant ne posait plus de problèmes pour l’horaire. Je suis resté sur la rive droite mais j’ai constaté que je n’avais pas pris la meilleure route. Il y a d’abord une forte côte pour passer un méandre, puis on perd une bonne partie de la côte pour traverser un village et on finit de perdre l’altitude pour traverser un affluent de la Dronne.

 

Rochers de Creyssac

Rochers de Creyssac

Après, c’est plus amusant. On passe au pied de falaises dont un grand rocher qui m’a fait penser à un personnage de bandes dessinées avec une lèvre proéminente et de grands yeux blancs. Puis on se retrouve au pied d’une grande pente assez nue inquiétante. Heureusement, la route monte assez progressivement à travers un hameau avant de rejoindre la crête.

 

Crête de Montagrier

Crête de Montagrier

On continue à monter assez longtemps et la vue devient de plus en plus large. Pas de forêt ici comme entre Dordogne et Isle ou Isle et Dronne, ce sont plutôt des champs de céréales en pentes régulières que j’ai retrouvés ensuite en Angoumois. Là où l’on voit la terre, elle est d’un gris étrange qui est dû au calcaire – mais pas blanche comme en Champagne.

 

Descente sur Grand-Brassac

Descente sur Grand-Brassac

Depuis la crête, on domine le village de Montagrier où j’avais hésité à passer, la carte mentionnant un panorama et une église intéressante. J’ai eu le panorama tout aussi bien depuis ma crête et je suis passé peu après devant l’église intéressante de Grand-Brassac en descendant vers la vallée. Le village est dans un site charmant en haut d’une petite vallée et la descente est longue et très amusante.

 

Eglise de Grand-Brassac

Eglise de Grand-Brassac

Le village est un exemple frappant de l’exode rural alors qu’il est relativement proche des voies de communication et dans un terroir relativement propice à l’agriculture; presque 2.000 habitants au XIXème siècle, 500 maintenant. Tout l’ouest du Périgord a une population âgée et un chômage important. Ceci dit, le village a une église fortifiée impressionnante et qui semble avoir été efficace car les habitants ont survécu grâce à elle à la guerre de Cent Ans et aux guerres de religion.

 

Belle coupole périgourdine

Belle coupole périgourdine

La façade le long de la rue est très bizarre avec de grands murs aveugles soutenus par d’énormes contreforts avec en haut un chemin de ronde. Le portail donne presque au milieu de l’église sur la rue et on se demande où est la nef de l’église car l’absence de transept fait que le bâtiment est un simple rectangle écrasant le visiteur. A l’intérieur, on est très étonné de voir que la voûte est remplacée par une série de coupoles – on ne s’en doute pas du tout de l’extérieur.

 

Le portail est vraiment intéressant quand on vient du Périgord, il annonce l’Angoumois avec une frise de feuillages contenant des animaux et la Saintonge avec des corbeaux sculptés. Le tout est surmonté d’un curieux baldaquin se terminant par des têtes de lions. J’ai admiré surtout les petites figures à l’intérieur des rinceaux; on voit sur la photo un âne jouant de la harpe, un centaure jouant de la viole et un acrobate désarticulé dont on se demande s’il a un pantalon ou non. Ce sont des motifs courants en Saintonge aussi.

Tympan

Tympan

Acrobate

Acrobate

 

Animaux

Animaux

La frise de corbeaux est plus décorative avec une tête d’animal difficile à identifier et une scène de lion attaquant un cerf. Les décors de Saintonge rappellent assez souvent l’art arabo-chrétien de Sicile ou de Byzance, probablement transmis par des tissus rapportés des croisades. La région est anglaise à l’époque et les Anglais sont en fait les Normands à l’époque, qui avaient souvent de la famille en Sicile et à Byzance.

Après la visite de l’église, j’ai continué à descendre la petite vallée jusqu’à la Dronne puis j’ai longé le petit morceau qui restait dans une large vallée sans intérêt jusqu’à Ribérac, une ancienne sous-préfecture qui m’a fait l’effet d’un bourg agricole très endormi mais qui maintient sa population à 4.000 habitants depuis 1830, signe d’une certaine vitalité.

La ville est curieusement répartie tout en longueur sur 2 km du pont sur la Dronne à l’ancien centre ville autour de l’église, ce qui s’explique probablement par le fait que l’église était à proximité d’un château fort installé logiquement sur la première colline. Je suis monté le soir jusqu’à l’église, mais elle est assez modeste et sert maintenant de centre culturel. Le quartier autour a un urbanisme intéressant en termes de places allongées mais les maisons très banales ne le mettent pas en valeur.

J’avais réservé une chambre trouvée par Internet en plein milieu du bourg et j’ai été accueilli par un monsieur charmant qui m’a surpris par son âge inhabituel pour un propriétaire de chambres d’hôtes, environ 30 ou 35 ans. J’ai vu sa petite fille qui a 4 ans car ils reçoivent dans une grosse maison de ville dont ils utilisent le salon pendant la journée quand les hôtes sont partis. Le soir, ils vivent au deuxième étage tandis que le rez-de-chaussée et le premier étage abritent les chambres pour les hôtes.

Le monsieur n’offre pas de dîner et son petit déjeuner est assez simple avec des petites brioches de supermarché et des confitures assez banales (figue). Il tient son commerce un peu comme un hôtel miniature et me fait penser au principe d’origine des Bed & Breakfast anglais, conçus pour vivre modestement dans des régions où la vie n’est pas trop chère. Ribérac n’est ni sur un chemin de Compostelle ni proche des curiosités touristiques classiques et le monsieur vit donc d’une clientèle de passage variée allant des VRP aux cyclotouristes.

 

 Chambre d'hôtes à Ribérac

Chambre d’hôtes à Ribérac

Il avait un autre métier à l’origine que j’ai oublié mais s’est très vite arrêté pour reprendre la grosse maison qui était vendue bon marché. Il s’est contenté de faire quelques rafraîchissements sans changer le style et m’a donné une chambre un peu curieuse avec un baldaquin miniature. Le décor est minimaliste, presque un peu froid, mais c’est à la mode de nos jours pour les Bobos de sa génération.

Ceci dit, le monsieur est très aimable et sympathique, on a l’impression qu’il ne se rend pas la vie inutilement compliquée. On est simplement un peu seul comme dans un hôtel. J’ai été obligé de l’appeler avec la sonnette plus tard car il avait oublié de mettre des serviettes dans la chambre – pour un hôtelier, c’était vraiment une distraction surprenante.

Il m’a expliqué le choix de restaurants du bourg, évidemment limité vu la taille du village. Le restaurant asiatique étant fermé, il restait un Italien et un Gastronomique. Je suis allé voir le restaurant italien, mais j’ai trouvé les prix un peu élevés pour la région (identiques à Luxembourg) et la carte mal conçue (pas d’antipasti par exemple, que je trouve utiles à combiner avec une pizza pour un cycliste). Comme la chambre était à un prix très raisonnable – correspondant à la région peu touristique -, j’ai décidé de m’offrir le restaurant gastronomique qui a un menu à 28 €.

 

Menu gastronomique à Ribérac

Menu gastronomique à Ribérac

La carte est en anglais avec une traduction française (pas l’inverse) car le restaurant est tenu par un couple anglais de mon âge. Leur clientèle est presque uniquement anglaise mais la cuisine est assez française. J’ai discuté un peu avec le propriétaire au moment de payer et il m’a expliqué qu’ils ont repris la maison il y a déjà longtemps (il parle d’ailleurs très bien français, ce qui n’est pas souvent le cas avec les Anglais en France) et que Madame a cessé d’être aux fourneaux pour s’occuper uniquement des chambres tandis que la cuisine a été reprise par leur fils sans avoir de diplômes ou de stages spécifiques.

J’ai vu le jeune homme (entre 20 et 25 ans), tout à fait de sa génération avec piercings et tatouages. Il semble y avoir en plus un commis plus âgé. Le service est assuré en partie par le patron, en partie par une ravissante jeune fille qui pourrait être irlandaise et qui pourrait être la copine du cuisinier.

Le monsieur des chambres m’avait prévenu que le service est lent, mais je pense que cela vaut surtout en saison quand le cuisinier est surchargé. Avec seulement cinq tables prises, le repas a été servi dans le temps habituel sans problèmes. J’ai logiquement très bien mangé avec en amuse-bouche du hummus et un morceau de pâté – on a rarement du hummus dans un restaurant français mais c’est plus courant en Angleterre où l’on n’a pas peur des goûts exotiques.

L’entrée était une présentation élaborée combinant un vol-au-vent, un rösti et des tranches de magret fumé. Le plat principal était décrit comme de la joue de bœuf, mais je me suis demandé car la viande était en filaments comme du goulash. Elle était servie dans une sauce réduite deux fois presque caramélisée. Le dessert était une meringue avec de la glace et de la crème chantilly. Par certains côtés, les ingrédients n’étaient pas luxueux, mais bien préparés et extrêmement bien présentés.

 

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