Etape 13: Estuaire de la Gironde

Dimanche 29 mai

100 km, dénivelé 278 m

Pluie jusqu’à 10 h, devenant lentement assez beau avec fort vent du nord

Mauzac – pont de la Seudre – Etaules – Le Billeau – Breuillet église – Pontaillac – bac de Royan – piste cyclable de la côte – Saint-Isidore – Naujac – D3E2

Estuaire de la Gironde, départements 17 et 33

Trajet très facile et roulant, mais il faut prévoir le temps nécessaire pour le bac de Royan. Si j’avais pu, j’aurais préféré partir de Royan et j’aurais eu le temps de profiter des très belles pistes cyclables du lac d’Hourtin, mais il fallait déjà 30 km de Mauzac à Royan et ceci a limité mes options.

J’ai noté que l’hôtesse a servi des confitures intéressantes au petit déjeuner. Certes, sa confiture de figues est aussi attirante pour les touristes que banale quand on en a déjà eu tous les matins depuis 10 jours. Il faut dire que les figuiers sont des arbres très généreux en fruits. La confiture de melon d’eau à l’orange et à l’anis était beaucoup plus intéressante, peut-être parce que j’ai toujours aimé l’anis.

Il pleuvait pendant le petit déjeuner et le propriétaire en a profité pour expliquer à ses clients que les vaches du voisin étaient une jauge assez efficace pour le temps des prochaines heures: quand elles partaient dans le marais, c’est qu’elles sentaient le temps s’améliorer. Quand elles montaient vers les haies derrière la ferme, c’est qu’elles voulaient s’abriter. En l’occurrence, elles étaient près des haies mais ont commencé à descendre vers les étiers et c’était bon signe.

J’avais un horaire assez strict à respecter: par prudence, je voulais prendre le bac de 12 h 30 et on recommande d’arriver une demi-heure avant (15 minutes suffiraient en fait avec un vélo). Puisqu’il me fallait compter deux heures pour les 30 km jusqu’à Royan, je ne pouvais pas me permettre de traîner le matin. Il y a aussi un bac à 14 h mais j’avais peur que cela ne me fasse arriver trop tard le soir. En plus, comme j’avais déjà visité Royan et la Forêt de la Coubre en 1999, je trouvais que ce n’était pas grave de prendre un trajet direct.

 

 Pont de la Seudre

Pont de la Seudre

Il fallait d’abord que je traverse l’estuaire de la Seudre par le grand pont de l’embouchure, ce qui était une perspective excitante. Pour aller au pont, j’ai pris la piste cyclable de Marennes que j’avais snobée la veille. Elle s’est avérée en meilleur état que la route et le petit détour ne m’a pas dérangé. J’ai essayé de prendre une photo du pont, mais c’est peu convaincant car ce n’est pas un pont suspendu.

 

Pointe d'Oléron depuis le pont de la Seudre

Pointe d’Oléron depuis le pont de la Seudre

La photo prise du haut du pont malgré le vent un peu inquiétant est plutôt documentaire qu’autre chose, on voit juste le fleuve entre les marais. Côté mer, on voit le pertuis de Maumusson qui sépare l’île d’Oléron de la presqu’île d’Arvert, c’est un passage étonnamment étroit et on aurait pu construire un pont assez court à cet endroit s’il n’y avait pas un réseau de courants dangereux.

 

Rond-point à La Tremblade

Rond-point à La Tremblade

Après le pont sur la Seudre, j’ai quitté la nationale dès que possible pour l’ancienne route qui traverse les villages. J’ai été un peu surpris, on traverse une marée de maisons presque ininterrompue sur 6 km alors que les villages ne sont pas au bord de la mer ni même au bord de la Seudre. Je ne sais pas si ce sont des résidences secondaires. Le premier village, La Tremblade, est le plus gros. C’était le jour du marché et j’ai trouvé la ville vivante et pimpante, beaucoup plus que Marennes. Une chose qui m’a amusé est le rond-point à l’entrée avec des bateaux en ciment qui ont l’air de bateaux en papier géants.

Après La Tremblade, Arvert et Etaules, j’ai été obligé de me rabattre sur la nationale, l’avantage étant qu’elle a été refaite tandis que l’ancienne route est en très mauvais état en particulier à Etaules. La nationale court pour quelques kilomètres en larges courbes un peu ennuyeuses dans la verdure puis j’ai pu la quitter pour une petite route tranquille à travers le bois de Breuillet.

 

Eglise de Breuillet

Eglise de Breuillet

J’ai eu un peu de peine à trouver l’église qui est hors du village actuel mais je suis content d’avoir fait l’effort. Cela me fournissait une mini-pause après 20 km à un moment où je pouvais voir que j’arriverais probablement à atteindre le bac voulu. L’église a une façade saintongeaise romane mais c’est surtout le cimetière qui est intéressant. On y voit une série de tombes sur pieds comme d’ailleurs à Talmont. Deux des tombes ont même de superbes pyramides au-dessus du sarcophage.

 

Tombes typiques de la région

Tombes typiques de la région

D’après mon hôte de la veille, ces tombes étaient celles de Protestants que le curé n’avait pas le droit de laisser enterrer en terre chrétienne alors que l’on était assez tolérant dans les villages. Les sarcophages sur pied auraient permis d’enterrer les Protestants dans le cimetière paroissial mais sans toucher à la terre consacrée.

Cette explication est fantaisiste, le site du musée protestant précisant que les Protestants enterraient leurs morts dans des terrains privés près de leurs fermes dans les régions où on leur interdisait le cimetière. Il s’agit plutôt de cénotaphes qui remplaçaient les croix marquant normalement les tombes dans les villages trop exposés aux tempêtes hivernales (comme aussi à Talmont).

 

 Eglise de Vaux

Eglise de Vaux

Après Breuillet, je m’attendais à descendre à peu près directement sur Royan. Grossière erreur. Il faut d’abord monter une bonne côte jusque sur la crête de la presqu’île, on descend ensuite dans un ravin, on monte un fort raidillon pour traverser un nouveau rond-point, on descend enfin à Vaux-sur-Mer… dont le centre n’est pas du tout au bord de la mer. Il ne reste pas grand chose de l’ancienne abbaye, juste le chœur harmonieux de l’abbatiale. Le reste a été détruit pendant les guerres de religion.

 

Plage de Pontaillac

Plage de Pontaillac

Je me suis demandé comment aller de Vaux à Royan, surtout que je n’avais plus beaucoup de temps, et j’ai suivi les pancartes vers Pontaillac qui paraissait le but le plus logique. La route se traîne sur une longue distance dans un paysage de banlieue monotone et monte encore une fois tout en haut de la crête avant de descendre enfin sur la plage.

 

 

Régate dans la baie de Royan

Régate dans la baie de Royan

J’étais déjà passé là en 1999 et j’avais longé à l’époque le front de mer, faisant le tour des presqu’îles. J’ai décidé de couper au plus vite cette fois, profitant de ce que la montée n’est pas trop raide et suivant surtout les pancartes bien pratiques qui mentionnent l’embacardère. J’aurais aimé admirer un peu les très belles villas XIXème siècle qui restent dans ce quartier (le reste de Royan a été détruit en 1945), mais je n’avais pas le temps. C’est surtout la basilique construite dans les années 50 que j’ai regrettée, je l’avais beaucoup admirée en 1999.

 

Pointe de Grave depuis Royan

Pointe de Grave depuis Royan

Grâce à mon itinéraire direct, je suis arrivé finalement au guichet du bac exactement à 12 h. Je ne voyais pas le bac mais il était annoncé à l’heure et on a encaissé mes 5 € sans faire la moindre difficulté. Avec une voiture, le prix monte à plus de 30 € mais cela reste intéressant dans certains cas car on évite l’agglomération bordelaise et le péage Saintes-Arcachon.

 

Carrelets à Royan

Carrelets à Royan

Comme il me restait vingt bonnes minutes, j’ai utilisé les sanitaires confortables de la salle d’attente pour piétons puis j’ai admiré le paysage. L’embarcadère est bien situé entre une pointe garnie des carrelets typiques de l’estuaire et la grande baie de Royan. L’urbanisme n’est pas très beau, il a tout au plus le mérite que les immeubles construits dans les années 50 sont tous peints en blanc. J’avais trouvé Le Havre, qui a aussi été reconstruit après les bombardements, beaucoup plus impressionnant. Il ne faut peut-être pas comparer une ville balnéaire avec un grand port de commerce…

 

Bac du Verdon

Bac du Verdon

Je me suis amusé à observer une flottille de petits bateaux à voile, probablement un club pour jeunes puisque nous étions dimanche. Malheureusement, le temps était encore très gris avec une lumière argentée élégante mais peu de visibilité. Je voyais à peine le célèbre phare de Cordouan qui est un peu en dehors de l’estuaire mais pas si loin à vol d’oiseau.

 

Bac de l'estuaire

Bac de l’estuaire

Le bac est différent de ceux je connaissais pour Belle-Île ou à travers la Manche. Il est beaucoup plus petit que les bacs de Calais et de Dunkerque et il fait beaucoup moins navire de haute mer que celui de Belle-Île. Il rappelle en fait beaucoup les bacs de Norvège ou peut-être d’Ecosse. Les vélos occupent à eux seuls tout un pont sur les quatre. J’avais déjà vu ailleurs le système de double pont de chaque côté avec un seul pont plus haut au milieu pour les poids lourds, c’est assez curieux comme construction.

 

Un pont entier pour les vélos

Un pont entier pour les vélos

Une fois avoir accroché le vélo, je suis monté sur le pont. J’ai aussi fait un petit tour dans la salle intérieure où l’on peut acheter un café ou un croissant, mais je préfère toujours rester dehors quand le temps le permet, surtout que l’on n’est pas gêné par le vent éventuellement froid si on s’assied en direction de l’arrière. La vue est un peu limitée, les reliefs de chaque côté de la Gironde sont plutôt modestes (40 m sur la rive sud, 140 m sur la rive nord). J’ai aussi été un peu déçu que la croisière ne dure que 30 minutes, on s’attend à plus long quand on pense à la Manche alors que la Gironde n’est large que de 8 km à l’embouchure.

L’arrivée à la Pointe de Grave forme un constraste intéressant avec Royan car il n’y a pas de village, juste un quai industriel et deux restaurants au pied de la première dune des Landes. On a vraiment l’impression de changer de monde et j’ai bien aimé à vélo. Je n’étais pas le seul, le bac est assez utilisé par les cyclistes soit pour longer la côte atlantique, soit pour le chemin de Compostelle.

 

Pointe de Grave

Pointe de Grave

Comme j’aimais bien l’atmosphère de bout du monde à la Pointe de Grave, j’ai attendu que le bac reparte et je suis allé voir la pointe elle-même, une digue à 300 m de l’embarcadère. Depuis la pointe, on peut évidemment regarder vers le large mais aussi vers la Gironde. C’est assez surprenant, l’estuaire s’élargit en amont de la pointe et on pourrait assez bien imaginer un détroit continuant très loin. C’est majestueux, plus que depuis le bac lui-même.

 

Début de la plage des Landes

Début de la plage des Landes

Il y avait énormément de vent à la pointe qui faisait voler le sable très fin, ce qui fait que je n’ai pas osé pousser le vélo trop loin sur la digue de peur que le sable n’abîme la chaîne. A la place, j’ai posé le vélo et je suis allé voir le tout début de la plage des Landes, qui donne curieusement dès le départ l’impression d’étendue infinie et déserte que l’on a partout ensuite. C’est en fait trompeur, la côte fait un coude au niveau de la pointe de Grave et ne va plein sud qu’après une quinzaine de kilomètres. Mais on ne s’en rend pas compte.

Comme j’aimais tant le site et le panorama, j’ai décidé de pique-niquer en profitant d’un banc sous les tamaris. A cause du vent et de l’endroit isolé, les seuls autres visiteurs étaient des camping-cars. Je ne mange pas souvent dès 13 h après avoir roulé seulement 35 des 100 km prévus, mais je savais que je n’aurais plus de reliefs notables le reste de la journée et que le vent ne me gênerait pas puisque je roulais dans l’ensemble vers le sud et l’est.

 

Phare du Verdon

Phare du Verdon

Après le pique-nique, je suis allé admirer le phare qui est un très joli bâtiment avec des briques vernies en bleu aux coins. En fait, c’est maintenant un musée ouvert quelques après-midi d’été et qui permet d’évoquer Cordouan pour les touristes qui n’ont pas les moyens ou le temps de s’offrir l’excursion ridiculement chère qui permet d’y accéder. Il y a en fait un second phare qui fait maintenant le travail et qui est plus haut sur la dune

Le phare sert aussi de point de départ pour une ancienne ligne de train désaffectée qui reliait Bordeaux à la Pointe de Grave mais qui s’arrête maintenant au port du Verdon. La gare est encore en assez bon état, un peu comme dans les films de zombies où la décadence commence tout juste. Un panneau bien fait explique aussi que la gare est le point de départ de la piste cyclable des Landes, qui court presque sans interruption jusqu’à Bayonne. En fait, c’est maintenant une section de la piste européeene de l’Atlantique, qui n’est toutefois pas terminée. La piste commence à être connue et j’en avais utilisée une section entre Hossegor et Mimizan en 1999.

 

Piste cyclable de la côte

Piste cyclable de la côte

Comme ailleurs dans le département de la Gironde, la piste est bien entretenue. Le contraste avec les pistes en ciment abîmé d’Oléron est frappant et je me souviens que je me sentais presque euphorique sur cette belle piste. En plus, elle ne suit pas la route sur cette section, elle suit une ancienne ligne de chemin de fer désaffecté qui coupait dans la forêt entre la Pointe de Grave et la ligne principale à Soulac sans passer par le port industriel du Verdon.

 

Accès à la plage

Accès à la plage

La piste est donc presque entièrement en forêt, avec quelques petites collines pour traverser des dunes. Tout est tranquille et silencieux sans que l’on se sente perdu dans l’enfer vert car on croise de temps en temps des chemins de terre qui permettent aux voitures d’accéder aux plages. Je suis allé voir à un endroit, cela ne valait pas la photo car c’est vraiment la plage rectiligne et infinie des Landes.

 

Traversée des dunes

Traversée des dunes

Peu avant Soulac, la petite voie de chemin de fer rejoint la ligne principale et la piste cyclable se met à serpenter entre les dunes en direction de la plage C’est très amusant avec des virages et des détours inattendus entre les montagnes de sable. Une des pistes cyclables les plus amusantes que je connaisse – je pense que celle du lac de Hourtin est du même genre et c’est pourquoi j’aurais vraiment aimé la prendre si cela n’avait pas ajouté plus de 20 km. J’avais envisagé de faire le détour le lendemain matin mais c’était difficile à coordonner avec les horaires du bac et le temps n’était plus aussi attirant.

 

Plage de Soulac

Plage de Soulac

Après la section si amusante, la piste débarque sur la promenade de la station balnéaire de Soulac, construite vers 1900 par la bourgeoisie bordelaise avec la mode des bains de mer, comme Arcachon, le Cap Ferret et Lacanau qui avaient aussi des lignes de train. Les villas ont des noms délicieusement belle époque (Germaine, Margueritte etc), des clochetons, quelques pans de bois, des vérandas, des balcons chantournés…

 

Villa balnéaire à Soulac

Villa balnéaire à Soulac

Eglise de Soulac

Eglise de Soulac

En fait, Soulac est beaucoup plus ancien et les pèlerins anglais de Compostelle y débarquaient après la traversée de la Gironde. Le village a été en partie englouti par les dunes et a été pour ainsi dire réanimé à la fin du 19ème siècle. Ceci a donné l’idée à l’évêque de faire dégager la vieille église romane à moitié engloutie par les sables. Elle est maintenant sur un parvis gigantesque un peu vide au pied d’une dune en arc-de-cercle que l’on a laissée parce que des gens avaient construit leurs villas au sommet.

 

Bel escalier

Bel escalier

Pour une basilique romane, l’église est assez impressionnante par la hauteur des voûtes. J’ai repéré un escalier en colimaçon amusant qui monte probablement au clocher et qui donne bien une idée de la hauteur. A la jonction de la Gascogne et de la Saintonge, l’église a de très beaux chapiteaux qui mélangent un peu les deux traditions: feuillages imités de l’antique assez recherchés, inspirés des monuments romains de Saintes, mais aussi scènes de la vie quotidienne comme les deux personnages accroupis tenant des animaux par les pattes, peut-être des fermiers trayant leurs vaches.

 

Chapiteau à Soulac

Chapiteau à Soulac

Fermiers accroupis et bétail

Fermiers accroupis et bétail

La posture peu confortable des deux personnages est assez amusante et on se demande quel genre de robe ils ont pour qu’elle accompagne un tel mouvement sans découvrir les genoux voire plus. Un autre chapiteau plutôt gascon montre un lion dans des rinceaux. J’ai aussi pris une photo d’un chapiteau historié plus gascon que saintongeais qui montre probablement la résurrection de Lazare, mais la photo est floue.

 

Lions de style gascon

Lions de style gascon

Quand je suis sorti de l’église, j’ai trouvé trois types jouant avec leurs chiens sur le parvis qui avaient l’air de clochards. J’étais surpris d’en trouver dans une petite station balnéaire hors saison où il n’y a strictement aucune animation et donc aucun moyen réaliste de faire la manche. Soit ils squattent et profitent du climat assez doux, soit ils étaient venus en train depuis Bordeaux pour le dimanche.

On voit parfois des pèlerins de Compostelle peu soignés qui ont un peu l’air de clochards (et qui n’ont ni sandales ni bâtons distinctifs), d’autant plus que certains hébergements sont très bon marché pour les pèlerins pauvres, mais les trois types n’avaient pas l’air fatigué et les pieds lourds de pèlerins.

 

 Piste cyclable près de La Négade

Piste cyclable près de La Négade

Après la visite de Soulac, je n’avais pas beaucoup avancé en kilomètres, mais je pouvais voir sur la carte que j’avais une longue section de piste cyclable plus ou moins rectiligne dans la forêt plate derrière les dunes. La piste longe ici le plus souvent des petites routes et est moins amusante mais pratique et tranquille. Comme souvent en terrain plat, j’ai eu tendance à pousser un peu fort sur les pédales et ceci devenait fatigant à la longue, ce qui fait que j’ai cherché des endroits justifiant une petite pause pour détendre les muscles. Ce n’est pas facile dans les lignes droites entre les pins.

La piste passe d’abord une annexe de Soulac, L’Amélie-sur-Mer, où se concentrent les campings et centres de vacances, puis longe un gigantesque centre de camping naturiste qui est évidemment bien protégé des regards indiscrets. Il y a une version plus amusante plus au sud vers Hossegor où le camping est séparé de la plage par les dunes et où la piste passe entre les deux, ce qui fait que l’on peut se joindre aux nudistes pour une pause sur la plage. Ceci ne marche pas là où je suis passé cette fois-ci.

Il y a ensuite une assez longue section de route toute droite, mais la piste est bien faite car elle fait une petite chicane purement artificielle à chaque fois que la route croise un pare-feu tous les 500 m environ. De ce fait, c’et beaucoup moins ennuyeux. La forêt n’est pas uniforme non plus, il y a toutes les phases entre récolte, plantation, jeunes pins et forêt mature selon les parcelles. Au bout de la route, on arrive dans une petite station balnéaire familiale, Montalivet.

 

Plage de Montalivet

Plage de Montalivet

Les maires des villages de la région ont tous un territoire qui va de la plage aux zones cultivables assez loin dans l’intérieur et la plupart ont fini par développer des petites stations balnéaires sur leur territoire. Ils sont freinés cependant par la difficulté d’installer des infrastructures dans les dunes sans toucher aux zones naturelles protégées. Montalivet reste donc très modeste avec un petit front de mer sur 1 km en haut de la dune, une rue avec quelques commerces, deux ou trois résidences d’estivants et une marée de résidences secondaires discrètes.

 

Dunes et plage

Dunes et plage

C’est intéressant de comparer avec l’urbanisme de la côte belge qui est plate et sablonneuse aussi. Il faut reconnaître que les plages des Landes ne sont pas très adaptées aux familles, on est souvent gêné sur la plage par le vent d’ouest qui peut être froid et qui fait voler le sable, et on peut seulement se baigner si on aime sauter dans les rouleaux ou si on fait du surf.

 

Traces de pas et de pattes de chiens

Traces de pas et de pattes de chiens

Le vent du nord était froid et faisait aussi voler le sable, mais je me suis quand même arrêté sur un banc au milieu de la promenade pour prendre un goûter et regarder la plage. Le temps était vraiment trop frais et gris pour inciter les Bordelais à une excursion en bord de mer et il n’y avait pas grand monde et encore moins de personnes séduisantes en maillot de bain. C’était plutôt la catégorie à faire courir Médor. Je suppose qu’on interdit les chiens sur la plage en saison pour éviter les crottes, mais qu’en est-il des crottes déposées hors saison ? Bonne question.

Après Montalivet, il me restait 20 km sur la piste parallèle à la côte, mais elle reste assez loin des dunes et c’est à cet endroit une vraie route forestière toute droite et monotone entre des parcelles beaucoup plus uniformes. Le monsieur chez qui j’ai couché le soir a pu me l’expliquer car il est l’ancien maire de la commune compétente. A Vendays, la commune a pu développer Montalivet sur des terrains appartenant à l’Etat. A Naujac, le maire n’a rien pu faire car une société de papeterie détient 5000 hectares tout le long de la côte et refuse tout droit de passage de peur que des touristes imprudents ne déclenchent un incendie. Elle ne peut toutefois pas fermer la route forestière publique et c’est tout ce qui reste pour la piste cyclable.

Au bout des 20 km (une bonne heure), j’avais le choix entre une route directe vers mon hébergement ou un grand détour tout autour du lac de Hourtins. Si j’avais pu trouver une chambre à Carcans au bout du lac, c’est ce que j’aurais fait, mais mon hébergement était dans l’intérieur des terres car il existe en fait très peu de chambres dans les stations balnéaires qui sont presque uniquement orientées vers les maisons secondaires et les locations à la semaine. Un camping qui propose des cabanes m’avait tenté, mais la dame m’a dit de but en blanc au téléphone qu’elle n’accepte pas les clients étrangers parce qu’ils ne lui envoient pas de chèques d’arrhes encaissables en France.

Estimant finalement que le tour du lac avec 40 km de trajet était un trajet excessif qui risquait de me démotiver au bout d’un certain temps et de me faire arriver très tard, j’ai pris la route la plus directe, mais c’est un peu une occasion ratée car la piste cyclable qui parcourt les dunes entre le lac et la mer avait l’air très sympathique. En prenant la route directe, j’ai traversé quelques dunes pittoresques avant de passer l’ancienne papeterie.

Après, c’était une route toute droite et plate. Le village de Naujac est un tout petit village mais il y avait plein de voitures partout parce que c’était le jour de la fête patronale. Comme j’étais un peu en avance, j’ai fait un petit tour et je me suis assis une demi-heure pour regarder le trajet du lendemain maintenant que je savais que je ne ferais pas le tour du lac.

Il fallait encore 8 km jusqu’à l’hébergement et j’avais donc roulé pas loin de 20 km sur le territoire de la commune de Naujac. J’ai été surpris de trouver une maison isolée en pleine forêt loin des villages et la dame m’a expliqué que c’était bien une ferme familiale. Dans les parties sableuses des Landes, le terrain est difficile à cultiver et les habitants se concentraient dans les rares endroits où l’on avait une source. Par contre, d’autres parties ont un sol noir très lourd qui est plus productif et qui permettait facilement d’installer des mares et des étangs, ce qui fait que l’on pouvait habiter au milieu de ses champs. Il y a les mêmes différences en Sologne.

 

Chambre d'hôtes

Chambre d’hôtes

La dame n’est plus agricultrice et son mari était cadre dans le négoce des vins en plus d’être maire du village. J’étais le seul hôte, ce qui ne me surprend pas dans un endroit aussi isolé même si c’est assez bien situé pour visiter soit le vignoble, soit les plages de la côte. La dame m’a montré un grand gîte assez bien équipé qu’elle loue aux familles l’été. Le décor du gîte est un peu démodé alors que celui de la chambre est bucolique et charmant.

J’ai été trè impressionné par l’accueil et j’ai passé là la meilleure soirée du voyage. Madame est fine cuisinière et met un point d’honneur à proposer une table d’hôtes gastronomique, tandis que la conversation est très intéressante si on veut apprendre un peu comment fonctionne le développement des communes rurales, le négoce bordelais ou la sylviculture.

En plus, la salle à manger est ornée de meubles anciens particulièrement imposants et d’une très belle cheminée sculptée. Un mur entier de la salle est couvert d’assiettes décoratives à motifs touristiques parfois assez kitsch. J’étais assez surpris vu le style de la maison et la dame m’a expliqué qu’elle s’était amusée une fois à mettre au mur une assiette de ce type qu’on lui avait offerte. Cela avait tellement enthousiasmé leurs visiteurs (et elle recevait sûrement beaucoup vu les activités de son mari) que les clients et les amis lui ont offert une quantité stupéfiante d’assiettes à ajouter à la première. Ce serait ridicule s’il y en avait une douzaine, c’est original et amusant quand il y en a cent.

J’ai bien sûr noté le repas en détail. En apéritif, j’ai demandé du vin de fruits plutôt que du pineau et la dame m’a servi du vin d’oranges, occasion de parler d’une de mes tantes qui en fabriquait. Le monsieur a servi avec le repas un vin du Médoc sans étiquette car son frère, qui dirigeait une coopérative viticole et qui a des vignobles, n’est pas sur le territoire officiel d’une appellation. On peut imaginer qu’un directeur de coopérative sait vinifier son vin pour qu’il soit aussi bon qu’un grand Médoc…

Madame a servi en entrée un plat avec un nom étonnant, du « grenier médocain ». C’est un genre d’andouille en tranches qu’elle sert avec de l’avocat. J’adore l’andouille et j’ai ainsi fait plaisir à Monsieur qui est membre de la Confrérie idoine. Le plat principal était du poulet fermier avec des pommes de terre mais aussi de délicieuses girolles, la dame avait acheté lors d’une excursion récente un très bon fromage de brebis à Laruns et le dessert était des fraises que j’ai trouvé parfaitement mûres.

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