Etape 14: Médoc

Lundi 30 mai

81 km, dénivelé 355 m

Couvert puis crachin, pluie violente pendant 1 h 30 dans l’après-midi

Naujac – D4 – Vertheuil – port de Saint-Estèphe – Cos d’Estournel – Cussac – Donissan – Moulis – Arcins – bac de Lamarque – voie verte – Le Pontet – Anglade estuaire

Médoc, département 33

Une étape beaucoup plus courte et plus facile que mes étapes habituelles. D’une part, je pensais qu’il valait mieux compter large pour le bac. D’autre part, le temps était médiocre le matin et j’ai pensé que ce serait plus agréable de me promener à petite vitesse dans le Médoc, surtout que la dame m’avait décrit de nombreux chais curieux à voir, plutôt que de faire le tour du lac de Hourtins par la belle piste cyclable et de parcourir encore la forêt de pins rapidement sans avoir le temps de visiter le Médoc. A cause de la pause forcée l’après-midi due au très mauvais temps, j’ai pris la bonne décision.

Je m’étais demandé ce que la dame servirait au petit déjeuner après le repas gastronomique en soirée. Elle propose diverses confitures bien sûr faites maison – curieusement, elle n’a pas le même goût que moi et j’ai trouvé que ses confitures étaient toutes un peu fades. Par contre, sa brioche était vraiment délicieuse et je me suis concentré dessus.

 

Route forestière à Naujac

Route forestière à Naujac

Il faisait gris quand je suis parti mais il ne pleuvait pas. Finalement, il s’est mis à faire menaçant 2 km plus loin et j’ai mis le k-way, mais l’averse est restée légère et n’a pas duré longtemps. Sur les 10 premiers kilomètres, j’étais encore dans la forêt des Landes, puis on a une courte bande de bocage sur 3 km et on est dans les vignes, un peu comme entre Villandraut et Sauternes une semaine avant d’ailleurs. La circulation devient instantanément beaucoup plus forte avec des poids lourds et on voit partout de gros villages et de nombreuses propriétés isolées.

C’est impressionnant de voir la population dense et la richesse produite par la terre dès que l’on peut cultiver le vin, et ceci vaut en Alsace ou en Touraine autant qu’en Provence ou en Bordelais. Inversement, dès que la vigne n’est plus possible, on voit beaucoup moins de maisons et le pays est beaucoup moins riche même quand la terre est fertile, comme dans l’intérieur du Gers, du Berry ou de la Drôme.

 

Eglise de Vétheuil

Eglise de Vertheuil

Mon premier objectif dans le Médoc était le port de Saint-Estèphe parce que la dame m’avait dit que c’était un joli site. Je me suis arrêté en cours de route dans le gros village de Vertheuil où ma carte recommande une ancienne abbatiale. L’église est curieusement en bas du village dans le fond du vallon et il devait donc être plus important d’avoir accès à un cours d’eau suffisant que de voir arriver les ennemis de loin.

 

Portail à Vertheuil

Portail à Vertheuil

Le portail de l’église est une curiosité. On croit d’abord que c’est un portal roman saintongeais classique avec une voussure montrant les 24 vieillards de l’apocalypse que j’avais déjà vus ailleurs vus qu’ils ornent avantageusement une série de claveaux, et une archivolte extérieure avec des entrelacs compliqués et des figures, probablement des vignerons au travail. Je trouve un peu surprenant que le même motif soit répété 10 fois, c’est vraiment rare de trouver ce genre de production presque industrielle sur une église romane. On a rajouté au XVIIème siècle un portique Renaissance à la mode par-dessus le portail roman et le résultat est vraiment bizarre.

 

Scène bestiale

Scène bestiale

L’intérieur est en partie gothique avec surtout une très curieuse tribune à grande hauteur au milieu de la nef. Je ne vois pas comment on y accédait ni à quoi elle pouvait servir. Il ne reste de l’époque romane que quelques chapiteaux, dont une scène curieuse où un ours tripote le derrière d’un homme. On suppose que c’est pour évoquer la zoophilie mais j’ai de la peine à y croire même si les moines romans n’étaient visiblement pas au-dessus des tentations terrestres vu le nombre de sculptures explicites dans la région.

 

Miséricorde

Miséricorde

De l’époque gothique, il reste plutôt du mobilier, surtout des stalles assez vénérables du 15ème siècle. La miséricorde sur la photo semble représenter deux femmes nues, sujet aussi intéressant que la zoophilie du chapiteau, mais c’est plus probablement Adam et Eve au paradis.

 

Château de Pez

Château de Pez

Vertheuil était la grande curiosité religieuse de la journée mais n’aura pas été la seule. J’ai continué comme prévu vers Saint-Estèphe par une route tranquille dans les vignes, passant les premières propriétés viticoles que l’on appelle évidemment toujours des châteaux. J’avais trouvé le nom franchement exagéré dans l’Entre-Deux-Mers et le Languedoc vu que la plupart étaient de modestes fermes, mais on peut parler de manoirs dans le Bordelais vu que c’étaient souvent les maisons secondaires des négociants. Ils sont en général transformés en bureaux de nos jours dans les maisons réputées, mais sont toujours habitées dans les propriétés un peu plus modestes.

 

Cimetière de Saint-Estèphe

Cimetière de Saint-Estèphe

Une des choses ennuyeuses pour les cyclistes dans un vignoble auxquelles on pense rarement est qu’il est difficile de trouver un coin discret pour un arrêt hygiénique. En l’occurrence, j’ai donc été très soulagé en arrivant devant un portail majestueux de découvrir une petite pancarte pour des toilettes d’ailleurs parfaitement entretenues. Le portail appartient au cimetière de Saint-Estèphe et date de 1881. J’aurais eu bien de la peine à le dater, le style est vraiment unique et c’est très rare de toute façon de marquer un cimetière avec un tel arc de triomphe.

 

Eglise de Saint-Estèphe

Eglise de Saint-Estèphe

Après un arrêt culturel autant que pratique, j’ai continué volontiers jusqu’au village. Ma carte n’en fait pas un plat mais on ne peut pas ignorer l’église qui est très volumineuse. Sur le conseil de la pancarte du syndicat d’initiative, j’ai poussé la porte par curiosité et je suis bien content de l’avoir fait. Curieusement, l’église n’est monument historique que depuis 1995 alors que l’intérieur est vraiment spectaculaire.

 

Transept baroque

Transept baroque

En 1764, le curé qui était devenu très respecté pour son zèle apostolique après 13 ans de mandat décida que les paroissiens méritaient une plus belle église. Il obtint des subsides abondants et ceci lui permit de faire de son église l’une des plus belles églises baroques de France. Les boiseries sculptées du chœur sont dignes du château de Versailles avec dorures, balustrades, colonnes de marbre rouge et magnifiques cartouches rococo.

 

Bas-relief très enlevé

Bas-relief très enlevé

Les chapelles du transept sont légèrement plus sobres mais comportent des grilles en fer forgé superbes (un peu comme à Belfort), des panneaux peints en trompe-l’œil variés et très bien exécutés, et au-dessus de l’autel un bas-relief en marbre gris très enlevé d’une grande qualité. La nef et la voûte sont peintes dans un mélange savant de rouge pompéien et de couleurs tendres avec des colonnes romaines elles aussi en trompe-l’œil. Je n’avais jamais vu en France un ensemble aussi complet et aussi bien rénové, la plupart des décors baroques se limitant à un autel ou à des boiseries de chœur.

 

Couleurs tendres

Couleurs tendres

 

Bord de la Gironde

Bord de la Gironde

Après l’éblouissement des splendeurs baroques, il fallait bien une pause pour se remettre et je suis descendu à travers les vignes jusqu’au « port », en fait quelques maisons et un bout de quai en bois au bord de l’estuaire. Le bord de l’eau est une grande prairie avec des peupliers majestueux et des bancs bien pratiques, ce qui fait que l’endroit était parfait pour un en-cas en admirant le fleuve. Le temps était gris mais assez lumineux et on voyait bien l’autre rive.

 

 Château Phélan Ségur

Château Phélan Ségur

Je n’étais pas tellement pressé, ayant prévu de prendre le bac à 16 h et sachant que je ne pouvais pas visiter les châteaux. Certes, il y en a deux ou trois qui ont un musée et pas seulement des dégustations, mais il faut toujours prendre rendez-vous et je me serais senti gêné en arrivant dans ma tenue de cycliste pour admirer des commodes rococo et des tableaux de famille.

La dame m’avait mentionné la veille plusieurs châteaux intéressants à voir de l’extérieur et ils sont en fait faciles à trouver car ils se trouvent tous sur la route principale en l’espace de 10 km. Ce sont de grands noms et de grands châteaux solennels; j’en ai pris une douzaine en photo pour les bâtiments même si le vin ne m’intéressait pas.

 

Château Le Crock

Château Le Crock

J’ai trouvé un peu curieux que ces domaines parmi les plus prestigieux du monde aient des vignes qui ressemblent à toutes les vignes. Il faut supposer que la terre et l’orientation font la différence. Le monsieur de la veille m’avait prouvé avec le vin de son frère qu’un très grand vin n’a pas besoin d’avoir un très grand nom et un très grand prix, mais comment le savoir sans connaître les producteurs personnellement ?

 

Chais du Cos d'Estournel

Chais du Cos d’Estournel

Certains châteaux du Saint-Estèphe sont connus comme Montrose et Calon-Ségur, mais les plus beaux bâtiments à mon avis sont Phélan-Ségur et Le Crock (drôle de nom !). Le bâtiment le plus original et le plus célèbre, étape indispensable de toute excursion organisée pour touristes, est celui du Cos d’Estournel. Il appartenait à un négociant qui vendait beaucoup aux officiers anglais installés en Inde et fit donc décorer les chaix en 1830 avec des tourelles en forme de pagodes à clochettes. On a ajouté plus tard un portail de style marocain et un petit jardin de style andalou en accès libre. Je n’ai pas pu m’y promener parce qu’un petit groupe de touristes chinois (avec chauffeur en gants blancs dans un minibus) prenait toutes sortes de photos.

 

Château Lafite Rothschild

Château Lafite Rothschild

La commune qui suit Saint-Estèphe est le centre commercial du Médoc, Pauillac. La ville est sans intérêt en dehors des chais mais on trouve sur son territoire certains des plus grands noms de Bordeaux comme Lafite, Mouton-Rothschild, Pichon Longueville et Comtesse de Lalande. Celui qui fait le plus l’effet d’un château est Lafite, qui a les moyens de s’offrir un grand parc avec étang et roseraie en plein milieu du vignoble. Les touristes font tous la photo depuis la route car il ne se visite que pour les dégustations.

 

Château Clerc Milon

Château Clerc Milon

Le château le plus original est Clerc Milon juste à l’entrée de la ville car la commune a autorisé l’agrandissement du bâtiment d’origine, un manoir élégant mais assez banal, par deux ailes en verre très « chic contemporain ». On a visiblement replanté les vignes après les travaux vu la taille des plants.

 

 Châteai Pichon-Longueville

Châteai Pichon-Longueville

Au sud de la ville, Pichon-Longueville est un manoir assez 19ème siècle où l’on a choisi de mettre les nouveaux chais dans un bâtiment séparé presque entièrement en sous-sol avec une façade de pierre crème très austère qui fait penser au style d’architectes comme Ricardo Bofill. C’est une bonne solution, les chais du Médoc étant sinon presque toujours des hangars aveugles assez laids.

 

Château Beychevelle

Château Beychevelle

Après Pauillac, on passe à Saint-Julien-Beychevelle, autre appellation réputée mais moins connue car le territoire de la commune est plus petit. Une grande partie du vignoble appartient à des maisons plus connues sous leur propre nom comme Latour, Léoville Las Cases, Léoville Barton et Léoville Poyferré. Les bâtiments sont assez quelconques, le seul beau château est le château Beychevelle.

 

Chais à Beychevelle

Chais à Beychevelle

Il y a aussi un bâtiment intéressant et original tout près, mais j’ai été obligé de chercher après à la maison à qui il appartient. Ce sont les chais du domaine Henri Martin, nommés d’après l’ancien maire du village. L’architecture très contemporaine est l’œuvre d’un des grands cabinets de la région.

A la sortie de Beychevelle, la route descend dans une vallée verdoyante probablement trop humide pour le vignoble et on sort tout d’un coup du Médoc. Le village de Cussac de l’autre côté de la vallée n’a pas beaucoup de vignobles, c’est déjà la banlieue pavillonnaire de Bordeaux avec de grands lotissements même si on est encore à 30 km de la ville. J’avais déjà eu envie de m’arrêter pour pique-niquer depuis longtemps mais c’est une activité visiblement pas prévue par les municipalités du Médoc car je n’ai vu de bancs nulle part. Je pense qu’il aurait fallu que je descende au bord de la Gironde, ce qui m’ennuyait parce que ce sont des routes en cul de sac.

Vu l’heure, je me suis arrêté à Cussac parce qu’il était vraiment temps. Il n’y avait pas de banc en dehors de l’arrêt d’autobus de la route principale et je suis donc allé me réfugier sur les marches de l’ancienne sacristie à l’arrière de l’église pour que ce soit moins bruyant. C’était probablement le coin pique-nique le plus médiocre du voyage et il faisait en plus gris et un peu menaçant. C’était l’heure de mener les enfants à l’école pour l’après-midi et je me suis amusé à regarder les mamans disant à Elodie ou à Nicolas de se presser un peu.

Après le pique-nique, il me restait finalement nettement plus d’une heure avant le bac (je comptais 15 h 30 pour le bac de 16 h) alors que je n’étais qu’à 6 km, ce qui fait que j’ai examiné la carte et que j’ai décidé de faire un détour par Moulis où la carte recommandait l’église. Je voulais prendre la petite route par Listrac, ce qui n’a pas été sans peine car elle n’est pas indiquée. J’ai donc pris deux impasses avant de trouver une route partant dans les vignes dans la bonne direction.

Elle finissait par rejoindre le bois prévu, mais j’ai eu quelque peine car je roulais momentanément contre le vent d’ouest et je me suis rendu compte qu’il était beaucoup plus fort que je ne pensais jusque là quand il venait de côté. Après quelques carrefours où j’ai eu de la chance que mon sens de l’orientation fonctionne bien, j’ai atteint Listrac où la route de Moulis est bien indiquée.

 

 Moulis-en-Médoc

Moulis-en-Médoc

Moulis est peut-être la moins connue des appellations du Médoc, probablement parce que c’est la seule où il n’y a que des crus bourgeois – une classification que beaucoup de gens trouvent complètement démodée vu qu’elle est inchangée depuis 1855, mais qui arrange bien les titulaires actuels du titre « grand cru ». Le vignoble est différent des autres communes, réparti plutôt en parcelles isolées dans le bocage car le terrain est inégal avec des vallons parfois trop humides pour la vigne.

 

Eglise de Moulis

Eglise de Moulis

L’église a une jolie forme avec un clocher carré roman très massif et un portail plus ou moins saintongeais – pas tout à fait vu qu’il n’y a pas vraiment les faux portails latéraux typiques et que les voussures ne sont pas sculptées. Elle était fermée mais j’ai supposé qu’elle ne présentait pas beaucoup d’intérêt à l’intérieur, comme souvent dans la région à cause des guerres de religion.

 

Corbeaux finement sculptés

Corbeaux finement sculptés

Finalement, la seule partie qui justifiait le détour est le chœur. Il est du même type que celui de Rioux avec de fines colonnes séparant les pans de murs. Les murs sont nus mais les colonnes ont des chapiteaux intéressants. Un des plus beaux montre une arcade surmontée de ce qui pourrait être un toit en lauze comme en voit souvent en Périgord sur les clochers. Le tout est combiné à des motifs géométriques très fins. Un autre montre des hommes barbus en robe plissée accroupis et se tenant par la main. Ils ont des yeux curieux presque bouddhiques.

 

Navire avec tonneaux

Navire avec tonneaux

Entre les chapiteaux, on voit une suite de corbeaux ornés normalement de décors géométriques mais il y en a un tout à fait exceptionnel qui m’a immédiatement rappelé une très célèbre tombe romaine de la Moselle allemande et qui montre deux navires chargés de tonneaux de vin. Le vin s’exportait en grande quantité vers l’Angleterre pendant tout le Moyen Âge et jusque sous Louis XV indépendamment des guerres occasionnelles. C’est la Révolution française qui suspendit les exportations, causant des pertes considérables qui ne furent compensées que vers le milieu du XIXème siècle.

Après le petit arrêt à Moulis, j’ai décidé de prendre des routes secondaires pour aller vers l’embarcadère, espérant passer devant un château intéressant. En fait, il aurait été plus simple de rester sur la départementale car les petites routes que j’ai prises étaient dans un état médiocre. En plus, je ne suis pas passé devant le château espéré à Arcins. Par contre, j’en ai trouvé un peu avant l’embarcadère au village de Lamarque.

 

Entrée du château de Lamarque

Entrée du château de Lamarque

C’est nne propriété viticole cachée dans un parc arboré et je n’ai donc pu voir que les grilles avec un mur élégant en arc-de-cercle et des pavillons en pierre de chaque côté. C’est nettement plus pompeux que dans la plupart des châteaux du Médoc et j’ai lu ensuite que c’était effectivement la maison de campagne des gouverneurs de Guyenne. Il y a une statue charmante sur la place devant les grilles avec un pâtre quelque peu mièvre (ou est-ce une déesse ?) sur un socle volumineux. C’est le socle qui est superbe, la commune a peint les sculptures en couleurs vives et on voit parfaitement les roseaux, grenouilles, serpents, iris et autres fleurs chargés d’évoquer le bord de l’estuaire.

 

Eglise de Lamarque

Eglise de Lamarque

Il y a évidemment aussi une église à Lamarque. Elle n’a rien de très artistique mais j’ai trouvé qu’elle domine la place du village de façon franchement impérieuse et que le clocher du XIXème siècle a une forme vraiment étrange: un étage carré de style néo-classique, une terrasse voyante, deux étages d’arcades un peu romaines et un étrange dôme métallique au sommet. Evidemment, un tel clocher forme un amer efficace quoi que l’on pense sur son élégance…

La photo faite, j’ai fini le trajet qui restait jusqu’au bac, 2 km en faux plat descendant. Je savais que j’étais un peu en avance et je pensais admirer le fleuve si je pouvais trouver un banc. Malheureusement, le temps était devenu très menaçant. Quand je suis arrivé à l’embarcadère très en avance juste avant un gros tracteur, j’ai constaté que le bac était là, faisant peut-être une pause entre deux traversées. Il était 15 h 15.

 

La Gironde à Lamarque

La Gironde à Lamarque

Le bac s’est mis tout d’un coup à donner un coup de sirène et le matelot m’a fait signe ainsi qu’au tracteur de monter à bord. J’ai quand même pris le temps de faire une photo du bord du fleuve parce que l’on voit très bien les carrelets dans un cadre un peu marécageux qui évoque vraiment la Gironde. Il commençait à pleuvoir et je n’étais pas mécontent que le matelot me fasse monter directement sur le bac.

 

Pont du bac

Pont du bac

A ma grande surprise, le bac a quitté immédiatement l’embarcadère et j’ai été vérifier l’affiche des horaires, constatant ainsi que je m’étais complètement trompé et que j’avais mélangé les départs depuis Lamarque avec ceux depuis Blaye. Si j’avais raté le bac, j’aurais été obligé d’attendre une heure et demie. Je serais quand même arrivé à l’heure le soir mais je pense que je me serais pas mal ennuyé.

 

Bateau de pêche pendant un grain

Bateau de pêche pendant un grain

Un autre avantage du départ inattendu, c’est que j’étais dans le bateau quand la tempête a éclaté. Il s’est mis à pleuvoir fort et surtout avec un vent très violent qui m’aurait empêché de m’abriter efficacement. Je n’ai pas vu grand chose du paysage pendant la traversée, les rideaux de pluie cachaient les rives et même un bateau de pêche avec filets latéraux qui avait un air intéressant. Je n’ai pas vu non plus le fort installé par Vauban sur une île au milieu du fleuve (le fort Pâté).

 

Au milieu de la Gironde

Au milieu de la Gironde

Je n’ai pas vraiment eu le temps de m’ennuyer malgré l’absence de vues, la traversée ne prend pas beaucoup plus de 20 minutes même en faisant un détour à cause des îles. Le bac est beaucoup plus petit que celui de Royan puisqu’il n’a pas à craindre les vagues de l’embouchure.

Arrivé à Blaye, je suis sorti du bac comme tout le monde mais il pleuvait toujours assez fort et j’ai décidé de m’asseoir à un arrêt de bus qui avait la bonne idée d’avoir la paroi principale du côté d’où venait le vent. J’avais mis mes habits de pluie car on est quand même un peu mouillé par les gouttes qui passent entre les panneaux de verre. Pendant que j’attendais, il y a eu un grain particulièrement violent et j’étais bien content d’avoir un abri. J’en ai profité pour manger mon goûter même si c’était un peu tôt, pensant que c’était une façon de s’occuper.

Au bout d’une bonne demi-heure, le grain s’est transformé en pluie encore abondante mais plus aussi violente. Comme je n’avais que 12 km jusqu’à mon hébergement et qu’il était encore tôt grâce à l’horaire imprévu du bac, je ne craignais pas de me retarder et je n’avais donc pas tellement envie de partir tout de suite pour me faire tremper. En général, plus la pluie est forte, plus elle est courte. Mais je m’ennuyais sous mon abri et j’ai décidé de visiter la citadelle, pensant que la pluie me gênerait un peu moins pour admirer des fortifications en poussant le vélo que pour rouler contre le vent.

 

Accès à la citadelle de Blaye depuis le port

Accès à la citadelle de Blaye depuis le port

La citadelle de Blaye est une construction extrêmement imposante, en partie parce qu’elle tire avantage d’une colline naturelle pour apparaître encore plus haute qu’elle ne serait avec ses murs. J’ai trouvé que Blaye est plus impressionnant que Longwy. On monte dans la citadelle par une pente pavée, on traverse un premier tunnel assez long sous le poste avancé puis on peut admirer le mur principal et le pont qui y accède.

Il a exactement la même forme qu’au Château d’Oléron avec une série d’arches percées d’arcades à la base, mais il est rendu nettement plus impressionnant par le fait qu’il est en forte pente. Je n’avais jamais remarqué un accès en pente raide dans les forteresses de Vauban mais il est vrai que j’entrais par le chemin du port qui était secondaire par rapport à la porte principale utilisé pour tracter les canons ou les carrioles de livraison.

 

Porte supérieure

Porte supérieure

Après le long passage sous le mur d’enceinte, on est dans la citadelle. Il pleuvait toujours mais les photos montrent que la pluie n’était plus aussi forte et que l’on pouvait donc se promener si on acceptait d’être un peu mouillé. Je sais bien avec l’exemple de Luxembourg qu’un assortiment de casernes de l’époque de Vauban n’est pas un cadre très pittoresque… c’est exactement ce que l’on voit à Blaye.

Evidemment, si l’on veut voir à quoi ressemblait la forteresse sous Louis XIV, c’est donc assez fidèle. Quelques bâtiments abritent des ateliers d’artiste ou des salles de musée, c’est tout ce que l’on peut faire d’un tel lieu. Il y a évidemment aussi la vue depuis les remparts, mais je n’ai même pas essayé vu que la pluie ne permettait pas de voir le fleuve pourtant tout proche.

 

Porte Royale

Porte Royale

C’est assez curieux, l’intérieur de la citadelle déçoit un peu alors que l’extérieur est vraiment imposant (je n’ai pas dit « beau »). Je suis sorti par l’ancienne porte royale qui servait aux approvisionnements et qui est donc nettement plus large et en pente un peu plus douce. La porte tient un peu d’un arc de triomphe, ce qui était usuel dans les forteresses de Vauban qui espérait que le roi, connu pour ses instincts guerriers, viendrait inspecter les lieux un jour ou l’autre.

 

 

Remparts de la citadelle

Remparts de la citadelle

Depuis la porte, on a une vue particulièrement efficace des remparts parce que le rempart extérieur est beaucoup plus bas que le rempart intérieur du fait de la pente de la colline, permettant de comprendre nettement mieux le système. C’est intéressant aussi de comparer avec les forts qui restent à Luxembourg. La plupart ont été renforcés au XIXème siècle avec des remparts arrondis (contre les boulets) et un réseau compliqué de contrescarpes et de passages souterrains entre les différents morceaux, chose qui n’était pas encore nécessaire à l’époque de Vauban.

Je n’ai pas visité la ville de Blaye, le temps que j’aurais pu y consacrer étant passé à attendre la fin du grain dans l’abri de bus, mais je ne pense pas avoir raté grand chose car on a reconstruit la ville au XVIIème siècle quand Vauban a fait raser la vieille ville pour construire ses remparts. Je suis content d’avoir eu le courage de monter à la citadelle à un moment où il était difficile de dire si la pluie diminuerait bientôt. En fait, elle s’était presque arrêtée un moment pendant que je regardais les casernes; elle a repris ensuite pendant dix minutes que j’ai passées à gêner les voitures qui voulaient entrer par la porte royale, puis elle s’est transformée ensuite en petit crachin plus très gênant.

 

Port de Blaye

Port de Blaye

J’ai jeté encore un coup d’œil à l’étier qui servait probablement d’accès au quai de la citadelle autrefois, le port moderne étant un peu en dehors de la ville. L’étier a un côté tranquille et provincial qui reflète peut-être assez fidèlement l’atmosphère d’une petite ville qui n’atteint les 5.000 habitants que grâce aux navetteurs travaillant à Bordeaux (45 km). C’est quand même une sous-préfecture grâce au fait que c’est la seule partie de la Gironde située sur la rive droite de l’estuaire. Il doit aussi y avoir des raisons politiciennes, la Gironde ayant un nombre surprenant d’arrondissements (6) comparé par exemple à la Loire-Atlantique ou aux Bouches-du-Rhône (4 chacun).

J’avais vu sur ma carte qu’il existe une piste cyclable qui va de Blaye vers l’intérieur des terres et que je pouvais m’en servir pour faire une partie du trajet plutôt que de longer l’estuaire par la route plate dans les marais. J’ai eu une bonne surprise, la piste part depuis quelques années du pont au pied de la citadelle et plus comme autrefois de la gare car elle utilise l’ancien raccordement ferroviaire du port. C’est très confortable.

Comme toutes les pistes cyclables de la Gironde, elle est en parfait état. Elle monte sur le plateau ondulé qui domine Blaye par une pente toute douce, comme on peut s’y attendre d’une ancienne voie ferrée, et on traverse des vignobles avec de nombreux hameaux répartis un peu partout sur les collines. Le vignoble ne rappelle plus le Médoc avec toutes ces collines, plutôt le Languedoc, et le vin (côtes de Blaye) n’a pas tout à fait la réputation du Médoc.

J’ai quitté la piste cyclable avec un peu de regret au bout de 10 km, il ne pleuvait maintenant plus du tout et c’était aussi bien car il fallait que je roule un moment contre le vent. J’ai traversé un long village viticole, Anglade, en notant un « château » à la sortie du village car il proposait des chambres d’hôtes. Pas que j’eusse été tenté, ces chambres étant dans le Bordelais au même niveau de prix que les vins.

La dame m’avait bien expliqué au téléphone qu’il fallait prendre un chemin le long d’un étier. Je n’ai pas trouvé la pancarte qu’elle m’avait indiquée et je me suis demandé un bon moment sur quelle rive de l’étier il fallait que je continue. Finalement, j’ai pris le chemin qui part directement à l’arrière d’un restaurant comme elle me l’avait indiqué et j’ai vite découvert qu’il serait très fatigant et imprudent de rouler sur ce chemin.

Il n’est pas goudronné et le plus souvent en sable compacté plutôt qu’en terre dure. Non seulement un vélo chargé dérape dans le sable, mais j’ai en plus fait l’expérience les années précédentes que rouler dans du sable mouillé cause très facilement l’usure des pignons et des chambres à air (le sable entrant dans le pneu). J’ai donc poussé le vélo sur presque toute la distance non goudronnée, à peu près 1 km.

Le paysage est intéressant et très différent de ce que j’avais vu jusque là dans la région, des prés presque hollandais parcourus de canaux de draînage, des étangs à roselières munis de cabanes de chasse, des haies d’herbes très hautes et de fleurs sauvages… Dans les prés, on voit plutôt des moutons mais il y a des vaches aussi.

Au bout du chemin de sable, on arrive à une construction dont je n’ai pas vraiment su quoi penser. On dirait de loin une cabane de fortune que l’on aurait agrandi avec diverses extensions dans les matériaux disponibles. De près, on voit que les matériaux sont bien construits et coordonnés, c’est simplement un effet artisanal. Le bâtiment est curieusement aplati pour résister aux tempêtes de l’estuaire avec un pignon abrité par les arbres haut d’un étage et une extension très basse et très longue de l’autre côté.

Quand je suis arrivé, je me suis demandé où je devais sonner, problème que j’ai souvent en arrivant dans une propriété si les gens n’ont pas un chien pour m’annoncer. Deux types sortant d’une camionnette un peu fatiguée garée près de la maison m’ont paru des interlocuteurs potentiels, mais ils ont réagi d’une drôle de façon. Finalement, une dame est sorti du bâtiment et c’est elle qui tient les chambres d’accueil paysan (le seul adhérent de ce réseau chez qui j’ai pu aller cette année).

 

 Yourte servant de chambre

Yourte servant de chambre

Il s’est avéré que les deux types demandaient à dîner sur le principe de la ferme-auberge tandis que j’avais réservé une chambre. La dame m’avait demandé au téléphone si cela ne me gênerait pas de coucher dans une yourte et j’avais accepté par curiosité vu que le prix était le même alors que c’est le genre de couchage excentrique qui coûte 100 € et plus dans certains endroits. Le gros inconvénient de la yourte est que la salle d’eau est dans le bâtiment et que la yourte est dehors, accessible par un ponton pratique mais très glissant après la pluie.

La dame avait fait ériger trois yourtes quand son mari et elle se sont installés, le bâtiment central ayant besoin d’être complètement rénové mais les gens ne pouvant pas se permettre de vivre ailleurs parce qu’ils s’occupaient d’un grand troupeau de moutons justement à cet endroit. Une yourte était leur chambre, une deuxième était celle de leur fils qui est maintenant adulte et une troisième abritait les ouvriers. C’est celle que j’ai eu.

 

Poteau de la yourte

Poteau de la yourte

Une yourte est une cabane ronde en feutre imitée des cabanes transportables mongoles et j’ai constaté avec intérêt que les pluies abondantes de la nuit n’ont pas du tout traversé le feutre. Il y a un mât central, ce qui fait que la dame avait disposé le grand lit de telle façon que le pied touche le mât afin que l’on ne rentre pas dedans. Le haut du mât soutient un éventail de nervures en bois léger peint de couleurs vives et cela valait vraiment une photo.

 

Vue en cercle

Vue en cercle

Il y a deux choses qui me laissent un peu prudent sur les yourtes: d’une part, on ne peut pas installer des fils électriques à demeure faute de murs et il faut donc utiliser des câbles encombrants et il est difficile de placer des interrupteurs. D’autre part, le feutre protège très bien de la pluie mais l’air à l’intérieur de la yourte était très humide. Bon pour les allergies mais pas pour les rhumatismes !

La salle d’eau faisait un peu camping en plus soigné, mais ce n’était pas gênant puisque j’étais le seul hôte à m’en servir. C’est un peu drôle de prendre sa douche en sachant que l’autre côté de la cloison est la cuisine où la dame est en train de travailler… Et ce serait très peu pratique de transporter ses affaires à chaque fois pour ne pas encombrer les autres utilisateurs.

La grande salle de la maison est décorée dans un style ethnique voire légèrement hippie que l’on ne voit plus guère de nos jours que dans les milieux vraiment altermondialistes convaincus – tout adhérent d’Accueil Paysan ne partage pas cette niche sociétale et culturelle, certains ayant plutôt le style d’une ferme traditionnelle, mais il ne faut pas rater l’expérience quand on peut.

Le dîner a été très inattendu et assez distrayant. On mange dans un endroit peu pratique, la partie basse de la salle dont le plafond est à 1 m 50. Une fois que l’on est assis, ça va, mais attention en se levant. La dame a servi à cet endroit, mais toute l’assistance a passé aussi une partie du dîner autour de la cheminée à âtre central pour admirer le monsieur en train de faire rôtir la viande.

La dame a servi en apéritif une délicieuse terrine et du guacamole (encore l’aspect ethnique) puis en entrée une salade curieuse avec de tous petits artichaux. Il s’agit d’une espèce spéciale cultivée presque uniquement dans la région et on les mange crus sans les éplucher. Ils sont craquants un peu comme des carottes et ont un léger goût de légume vert.

Le plat principal était donc une grillade, en fait une épaule d’agneau absolument délicieuse et garantie bio car c’était un agneau du troupeau de monsieur que j’avais vu paître dans le pré en arrivant (le troupeau – pas le monsieur ni cet agneau précis). La dame a servi avec l’épaule un gratin de blettes et du riz au fenouil sauvage, chose qui m’a intéressé car je m’étais toujours demandé si le fenouil sauvage est comestible ou s’il faut uniquement manger du fenouil cultivé. Le fenouil donne un bon goût s’il est cru, mais perd un peu de son effet si on le cuit trop longtemps.

Il y avait aussi du fromage, qui était par un heureux hasard justement du fromage que j’achète volontiers quand je suis dans le Midi, du Bethmale. Les hôtes ont des amis qui produisent ce fromage. Le dessert était particulièrement bienvenu pour moi mais serait assez exotique pour beaucoup de Français, une tarte aux groseilles à maquereaux. Je trouve le nom compliqué comparé à l’allemand Stachelbeer = baies à piquants, le nom français étant apparemment dû au fait que l’on servait souvent les poissons gras autrefois accompagnés de ce fruit.

J’ai dit un peu avant « toute l’assistance » car nous étions six personnes à table. Le monsieur et la dame, moi, un monsieur dans la force de l’âge qui s’est avéré être un vigneron du village et les deux types entre 25 et 30 ans. Un des types a un énorme appareil photo et des cheveux longs, il est effectivement photographe. L’autre a l’air d’un jeune premier d’école de commerce dynamique voire pétulant et parle d’ouvrir un bar à vins pour Bobos à Paris. Il voudrait se spécialiser dans les vins chics dont on parle dans les cercles prétentieux et le vigneron est l’un des 20 producteurs qu’il consultait.

Je n’arrivais pas à prendre ce jeune premier complètement au sérieux, en partie parce que je trouvais suspect qu’il estime nécessaire de passer 18 mois à faire le tour des vignerons intéressants dans sa camionnette où il couchait avec le photographe (je ne veux pas dire par là qu’ils sont un couple, le pétulant me semblant même plutôt « méditerrannéen macho »). Est-ce qu’il passait deux semaines à casser les pieds de chaque vigneron visité ? Ou est-ce qu’il glandait pendant les périodes où le copain photographe ne pouvait pas voyager avec lui ?

Le pétulant n’hésitait pas à jeter des noms de vignerons qui semblaient parlants pour le producteur présent. Je pense qu’ils font partie d’un petit groupe qui se connaît bien et j’ai écouté avec beaucoup d’intérêt la vision qu’il a de son métier. Plutôt que de produire honnêtement le vin typique de la région et de faire honneur à la propriété héritée de son père, il a décidé de passer en bio et de consacrer une partie de la récolte à faire des expériences de vinification.

Les vins qui en résultent ne correspondent évidemment pas aux catégories officielles et il les vend donc sous des noms de fantaisie adaptés. Pour les expériences, il échange avec des collègues d’autres régions et vinifie son raisin avec certaines de leurs méthodes traditionnelles. On peut ainsi facilement produire en Bordelais du vin préparé comme un vin jaune ou comme un gewürtztraminer. Comme ce sont des cépages locaux, on obtient un goût original et un peu hybride.

Si on arrive à convaincre certains milieux parisiens que c’est du dernier tendance d’acheter un tel vin à 40 € la bouteille, on peut dire que c’est une idée commerciale intéressante. Je n’étais pas prévenu au début et j’ai mentionné en goûtant le premier vin blanc qu’il me faisait penser à un riesling ou à un auxerrois, mais sans le goût d’ardoise et de métal du riesling. Apparemment, j’avais assez bien deviné car le vigneron m’a ensuite volontiers donné plein de détails sur son travail.

Le photographe prenait des photos et le pétulant prenait des notes tout en buvant abondamment. La dame et moi buvant juste des petits fonds de verre, les autres messieurs ont vidé deux bouteilles chacun… En tous cas, c’était vraiment intéressant. Au demeurant, le vigneron est celui dont j’avais remarqué la pancarte pour les chambres d’hôtes.

Il ne pleuvait pas trop quand je suis arrivé chez la dame, mais il a plu plusieurs fois très abondamment pendant la nuit. C’est un avantage du toit en feutre des yourtes, le bruit est amorti et on dort très bien sans s’inquiéter de la tempête.

 

 

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