Introduction et étape de départ (Luxembourg français)

Tour en Rhône-Alpes

J’avais le choix entre plusieurs régions pour avancer dans mon objectif de passer dans tous les arrondissements. Après un voyage moins physique dans des paysages très agricoles en 2014, j’avais envie de grands espaces sauvages.

Pour atteindre l’objectif et visiter à la fois Albertville et Saint-Jean-de-Maurienne, il était plus ou moins nécessaire de prévoir le passage du col de l’Iseran. Il a deux intérêts, celui d’être le plus haut « vrai » col de France (le plus haut, celui de la Bonnette, est en fait une route d’excursion partant d’un col plus bas) et celui d’avoir une pente modérée dans l’ensemble.

C’est pour être certain que le col serait libre de neige que je suis parti en juin, un peu plus tard que normalement. J’ai en plus coupé le voyage en deux morceaux de 10 et 14 jours avec une pause de 4 jours au milieu pour donner suite à une invitation en Allemagne. J’ai presque eu l’impression de faire deux voyages séparés, ce qui ne serait pas forcément une mauvaise idée dans le futur.

Pour le départ apparemment peu logique à Antibes, il me permettait de visiter la Haute-Provence que je connaissais peu et d’utiliser le train de nuit pour la Côte d’Azur plutôt que de partir de Lyon, qui est très difficile à atteindre depuis Luxembourg, aucun TGV passant par Lyon n’acceptant les vélos.

La date tardive du voyage a peut-être contribué au temps exceptionnellement agréable dont j’ai profité. Je n’ai eu que deux averses orageuses et il a fait beau presque tous les autres jours. Contrairement à mes craintes, la chaleur est restée supportable presque partout, en grande partie grâce au vent de vallée typique dans les Alpes. Il ne m’est arrivé que deux fois d’avoir envie de faire une sieste à midi.

J’ai trouvé que j’avais particulièrement bien découpé les étapes parce que j’ai rarement eu l’impression d’être pressé par l’horaire. Cela rend un voyage beaucoup plus détendu. Je pense toutefois que l’effet tient aussi au nombre réduit de curiosités à visiter, les églises en particulier étant soit sans intérêt soit fermées (Haute-Maurienne, Forez). Il y a très peu de châteaux sur le trajet et les villages pittoresques sont peu nombreux. C’est compensé par les paysages de montagne grandioses.

J’avais prévu de pouvoir écourter certaines étapes en cas de besoin, par exemple si je mettais plus de temps que prévu pour monter les grands dénivelés, et je l’ai d’ailleurs fait deux fois. Deux étapes ont été nettement plus longues que prévues à cause de routes barrées par des travaux car on semble utiliser le printemps pour refaire les routes de montagne avant l’invasion touristique de l’été. Il y a une seule région où j’ai l’impression d’avoir pris un itinéraire peu convaincant, sur les trois jours entre le Mont Gerbier de Jonc et Montbrison, prenant des routes inutilement fatigantes et ratant des curiosités intéressantes.

Les touristes ne m’ont pas vraiment gêné car je n’étais que rarement dans des régions très touristiques (Haute-Provence et Mont Gerbier de Jonc surtout). La circulation m’a quand même paru assez pénible sur certaines routes utilisées par des milliers de navetteurs, surtout tout autour du Lac Léman jusqu’à Saint-Gervais et Morzine. En échange, on a construit de nouvelles autoroutes en Maurienne et dans la vallée de la Durance qui rendent l’ancienne nationale bien plus supportable.

Pour les hébergements, je savais depuis le voyage de 2011 qu’il y a peu de tables d’hôtes en montagne, la plupart des habitations étant des résidences secondaires. Il y a par contre des auberges de jeunesse bien mieux tenues que celles des grandes villes et des hôtels de famille à prix raisonnable. Cette année, tables d’hôtes comme hôtels ont été de qualité très variable, du franchement médiocre au vraiment remarquable, les prix étant les mêmes presque partout (70 € en table d’hôte, 80 € en hôtel). Ceci veut dire que le rapport qualité-prix est franchement difficile à prévoir. Et j’ai évidemment souvent dîné seul, mais on s’y habitue et on lit les prospectus touristiques.

Je ne parlerai pas des problèmes mécaniques parce que je n’en ai pas vraiment eus sauf un couinement déplaisant qui provenait tantôt de la selle, tantôt du pédalier. J’ai changé les pédales au retour sans effet convaincant sur le couinement; le vélo me semble de toute façon avoir fait son temps car on trouve des vélos nettement plus légers aujourd’hui.

 

Dimanche 31 mai

88 km, dénivelé 645 m

Eclaircies timides le matin, crachin après 17 h

…Bettembourg – Frisange – Preisch – Basse-Rentgen – Rodemack – Usselskirch – Kœnigsmacker – Aboncourt – Antilly – Olgy – Barrage d’Argancy – voie cyclable de la rive gauche – Metz

Luxembourg français, Grand-Duché et département 57

J’aurais évidemment pu prendre le train de nuit le dimanche soir à Luxembourg, mais je trouvais l’idée amusante de partir de chez moi. Ceci ne veut pas dire que je me suis pressé pour partir tôt le matin, je savais que ce ne serait pas une étape très fatigante. En plus, le train ne partant de Metz qu’à 20 h 37, je n’étais vraiment pas pressé.

Je suis déjà allé à Thionville ou revenu de Metz plusieurs fois par la rive gauche de la Moselle, qui a en plus l’inconvénient de vallées transversales avec des pentes raides et des zones sidérurgiques ou minières à moitié abandonnées. J’ai donc décidé d’aller à Metz par la rive droite en ignorant complètement Thionville. Pour cela, j’ai commencé par longer la frontière en restant du côté luxembourgeois sur une quinzaine de kilomètres. Je suis passé une nouvelle fois à Bettembourg, prenant le château en photo pour changer. J’aime bien le centre de Bettembourg avec le parc ombragé entre le château et un immeuble rond amusant.

 

 Château de Bettembourg

Château de Bettembourg

Le bourg est né autour d’un petit château fort des comtes de Luxembourg qui surveillait un carrefour de routes: d’une part la vallée de l’Alzette avec les seigneurs de Soleuvre et de Dudelange, d’autre part la vallée de la Gander qui menait à la forteresse lorraine de Sierck, et au milieu la route principale du comté entre Thionville et Luxembourg. Le village a perdu de son importance quand Louis XIV a annexé Thionville.

Le château actuel fut construit en 1734 comme un genre de grande ferme de maître pour le principal propriétaire terrien des environs. Son épouse avait un nom particulièrement simple, Apolline-Agnès de Haagen zur Motten (avec donc un titre bilingue typique du Luxembourg d’Ancien Régime). Le château fut vendu à l’un des fondateurs de la sidérurgie luxembourgeoise, le Dr Collart, et ses descendants l’ont vendu en 1971 à la commune qui s’en sert comme hôtel de ville et centre culturel.

Je n’avais pas de raison de m’attarder dans un endroit que je connaissais bien et j’ai continué directement par la route assez pénible vers Frisange, rectiligne avec pas mal de circulation, mais difficile à éviter. La route passe dans un bois à la sortie de Bettembourg où l’on trouve l’entrée du Parc Merveilleux, une attraction que j’ai longtemps prise pour une relique poussiéreuse des années 50 quand il s’appelait encore « Märchenpark » et montrait des dioramas avec des scènes de Blanche-Neige.

Il a été racheté en 1999 par une association qui emploie des handicapés mentaux et qui en a fait avec l’aide des subventions gouvernementales un petit parc d’attractions habilement rénové au goût du jour et très apprécié des familles avec des petits enfants. Il est maintenant surtout connu pour son zoo et divers manèges. Les voitures se garaient sur un bon kilomètre à l’entrée du parc ce dimanche, montrant le succès, et il compte plus de 200.000 visiteurs sur les six mois de la saison d’ouverture.

Après le Parc Merveilleux, on passe un petit village que les Luxembourgeois connaissaient bien autrefois car la célèbrissime Léa Linster, héroïne d’innombrables émissions culinaires allemandes, y tenait un restaurant de spécialités luxembourgeoises en complément de son restaurant gastronomique de Frisange.

Le bistrot a fermé depuis longtemps parce que Madame Linster est trop occupée par ses émissions, ses livres de recettes et son magasin de madeleines. C’est une friandise dont elle se fait une grande gloire – j’en ai mangé une fois car elle en avait apportées en l’honneur d’une conférence littéraire donnée par un de ses amis, un avocat célèbre pour son sens de la publicité et de la provocation. Délicieux mais le prix de vente inclut un supplément « célébrité » quelque peu excessif.

Enfin arrivé à Frisange, j’ai tourné vers le Sud pour quitter le Grand-Duché en passant l’inévitable rangée de stations-services. Je suis passé aussi devant l’ancienne caserne des douaniers français, où je me souviens avoir rendu visite à un monsieur suite à une petite annonce sur Internet. Il s’est avéré que nous n’avions guère de points communs.

 

 Allée du château de Preisch

Allée du château de Preisch

Juste après l’église du minuscule village frontière français, une grande pancarte incite à tourner vers le golf de Preisch par une route fort étroite où les grosses voitures des nombreux clients venant du Grand-Duché ont beaucoup de peine à se croiser, d’autant plus que la route est bordée de chaque côté de beaux platanes. Je voulais jeter un coup d’œil au château qui sert de siège au golf mais qui se visite aussi.

Malheureusement, l’accès se fait maintenant par une route qui descend assez raide et que je n’avais pas envie de remonter après, d’autant plus que c’est un bâtiment du XVIIIème siècle assez austère d’après les photos. Il appartient depuis 1824 à une famille qui installa des petites usines autour au XIXème siècle; elles ont maintenant été remplacées par le terrain de golf. Je ne suis donc pas allé voir le château.

Maison à Esing

Maison à Esing

J’ai été irrité de constater en repartant qu’une petite route figurant sur la carte Michelin n’existe tout simplement pas, chose vraiment exceptionnelle vu que l’éditeur utilise des vues par satellite fiables en temps normal. A défaut, j’ai donc pris la route normale de Basse-Rentgen et je ne l’ai pas regretté car c’est une allée d’un bon kilomètre bordée de tilleuls puis plus tard de magnifiques marronniers centenaires. Mérite le détour !

Basse-Rentgen est un village sans intérêt et le hameau suivant, Esing, serait semblable si je n’y avais vu une maison de maître surprenante au milieu des fermettes. La maison n’a pas de parc ni même de jardin et on se demande qui l’a construite. Un industriel ou un notable aurait certainement prévu un grand jardin clos. Il y a un bâtiment de ferme à l’arrière, donc c’est peut-être simplement un paysan enrichi.

 

 Remparts de Rodemack

Remparts de Rodemack

Esing dépend de Rodemack, qui se présente dans les prospectus comme la « Carcassonne lorraine ». C’est tout-à-fait exagéré, il y a simplement une section de mur médiéval avec quelques petites tours rondes, deux ou trois grosses maisons Renaissance en pierre et au-dessus du village un rocher avec un énorme mur de soutènement et au sommet un genre de caserne en cours de rénovation.

Rodemack était le siège d’une seigneurie très importante, mais elle fut confisquée par l’Empereur suite à une trahison et devint une forteresse frontalière très disputée entre la France et les détenteurs successifs du Luxembourg. Elle fut annexée par Louis XIV et le château a été transformé en caserne sans intérêt architectural.

 

 Jardin médiéval de Rodemack

Jardin médiéval de Rodemack

Comme je connaissais déjà un peu, j’ai surtout cherché un banc pour un pique-nique. Etant assis presque devant une des tours, je pense que je figure sur un certain nombre de photos prises par les excursionnistes. Je suis allé voir ensuite le petit jardin médiéval, où le conseil municipal discutait des améliorations à apporter. Si j’ai bien compris, un jardin médiéval comporte surtout des pergolas, des rosiers à petites fleurs et des parterres de plantes médicinales. C’est logique puisque l’on ne connaissait pas encore les plantes importées d’Orient ou des colonies.

 

Remises troglodytes à Rodemack

Remises troglodytes à Rodemack

Il y a une curiosité à Rodemack que je n’avais pas remarquée lors d’autres passages, une série de cabanes de jardin troglodytes. Sur la photo, il y en a une qui a des fenêtres assez élaborées avec encadrement de grès presque comme dans le Val de Loire. La pierre tendre a aussi inspiré un sculpteur qui expose ses œuvres du genre « bestiaire fantastique » au bord de la route de Thionville.

 

Piscine de Breistroff-la-Grande

Piscine de Breistroff-la-Grande

Il y a une bonne côte à la sortie du village, mais je l’ai trouvée nettement moins dure que lors d’un entraînement un mois avant, ce que j’ai estimé prometteur. On descend de l’autre côté vers Breistroff, un gros village avec une piscine impressionnante de style futuriste. C’est en fait la piscine de la communauté de communes de Cattenom, qui jouit de revenus importants grâce à la centrale nucléaire d’EDF. Curieusement, on voit les tours de la centrale depuis tout le Grand-Duché ou presque, mais pas depuis les villages voisins.

 

Clocher préroman d'Usselskirch

Clocher préroman d’Usselskirch

De l’autre côté d’une petite vallée, il y avait autrefois en face de Breistroff un prieuré qui servait de paroisse à toute la vallée. A cause de violents combats en 1940, il ne reste dans la vallée qu’un seul bâtiment historique, le clocher de l’ancienne église paroissiale. On l’appelle Usselskirch mais c’est une déformation de Lutzelkirch, à rapprocher de Lutzelbourg/Luxembourg pour un petit château. Le clocher date de l’an mil, ce qui est rare dans la région, et on a disposé devant le monument les restes d’un chemin de croix baroque avec des scènes presque grandeur nature très enlevées.

J’ai été doublé devant l’église par deux cyclistes hollandais avec des bagages mais je les ai rattrapés un kilomètre plus loin car un des deux avait une crevaison. Je me suis mis à espérer que cela ne m’arriverait pas trop vite. La route est bordée par une superbe piste cyclable qui continue à travers la forêt et le long d’un lac de pêche – elle se termine à l’entrée de la centrale nucléaire. Vues de près, ces centrales sont d’autant plus laides qu’il y a un gigantesque terrain vague autour avec des grillages et des barbelés dignes d’un camp de concentration. Celle de Cattenom produit 8% de toute l’électricité d’EDF.

 

Un des châteaux de Cattenom

Un des châteaux de Cattenom

Le village de Cattenom lui-même est un bourg important qui a beaucoup grandi avec la centrale nucléaire. Par contre, il n’a plus grandi ensuite car les frontaliers travaillant au Luxembourg préfèrent des endroits un peu mieux reliés à l’autoroute et peut-être plus éloignés des vapeurs de la centrale. On y tenait autrefois une foire importante et il en reste plusieurs maisons fortes bâties par les grands commerçants autour du prieuré des Chevaliers Teutoniques. Je n’ai pris qu’une photo du château-prieuré mais je me suis dit qu’il faudrait que je revienne un jour pour me promener et admirer les autres maisons.

J’ai toujours trouvé le pont de Cattenom sur la Moselle un peu étrange, on y accède par une série de virages raides surprenants dans la plaine. Le pont est à voie unique réglée par un feu, chose délicieusement amusante, et même un peu rouillé. En fait, il a été construit dans les années 50 avec des éléments récupérés du port allié d’Arromanches et ce n’est qu’en 2015 que l’on a jugé nécessaire de construire un pont moderne et surtout à deux voies. Quand on y pense, les matériaux utilisés lors du débarquement étaient donc de bonne qualité.

Une petite rivière se jette dans la Moselle près de Cattenom, la Canner, et elle a l’avantage de couler presque Sud-Nord parallèlement à la Moselle, ce qui en fait un bon trajet pour aller vers Metz. Je connaissais la vallée parce que le rendez-vous avec des amis allemands pour la fête de mes 50 ans était à Kédange dans cette vallée (moins cher qu’au Luxembourg et délicieusement exotique pour des Allemands).

On traverse dans la vallée toute une série de « cités » ou quartiers construits pour les familles des militaires de la ligne Maginot. Il y a tout près un énorme ouvrage fortifié sur le Hackenberg que j’ai visité avec des amis est-allemands en 1990. Je me souviens surtout que la dame avait été piquée par une guêpe. J’y suis finalement retourné en août et la visite est passionnante. Elle prend pas moins de 2 h 30.

Château de Hombourg

Château de Hombourg

J’ai fait mon deuxième arrêt pique-nique au début de la vallée à cause de l’heure, mais j’ai eu de la peine à trouver un endroit agréable et je me suis contenté d’une table dans un parking sans ombre et en plein vent. J’avais du moins une vue sur un grand pré où des Charolais avançaient dignement vers un coin plus attirant au bord de la rivière. Je me serais bien arrêté au bord de la Moselle, mais on n’y trouve aucun banc, ou à Cattenom, mais le parc était occupé par une trentaine de camping-cars qui ont tendance à se regrouper en colonies assez affligeantes.

Après la pause, j’ai traversé les cités militaires et les villages un peu tristes et gris de la vallée, j’ai retrouvé l’hôtel de Kédange puis j’ai continué jusqu’à Budange où j’ai constaté que l’on ne visite plus le château. Il date de 1700 environ, après la conquête du Luxembourg français qui a pacifié la région, mais il est maintenant en très mauvais état. Les touristes vont plutôt à Budange pour utiliser un train à vapeur que j’ai entendu mais que je n’ai pas vu.

 

 Val de Moselle depuis Altroff

Val de Moselle depuis Altroff

La route ne remonte pas la vallée de la Canner au-delà d’Aboncourt et il faut monter une côte sérieuse pour atteindre le plateau lorrain, grande étendue céréalière qui descend en pente douce vers la Moselle. Sur la photo prise à Altroff, on voit le relief typique du Bassin Parisien avec un plateau incliné et une chaîne de cuesta, la côte de Moselle. Normalement, j’aurais dû apprécier la descente en pente douce sur des kilomètres jusqu’au fleuve, mais il y avait tellement de vent contraire que j’ai pédalé dans toute la descente ou presque.

En bas, je me suis arrêté deux minutes à un parking où un panneau promettait une piste cyclable. Grâce à la collection de panneaux financés par l’Union Européenne, j’ai appris que je pouvais quitter la route de Metz, ennuyeuse avec ses lignes droites dans les champs de blé, parce que l’on a balisé et groudronné divers chemins ruraux permettant de rejoindre le chemin de halage de la Moselle à différents endroits.

Ayant largement le temps et échappant au vent en changeant de direction, j’ai suivi les pancartes jusqu’à Olgy où elles manquaient. J’avais le choix entre un chemin creux avec une barrière qui semblait aller directement vers le fleuve ou le chemin groudonné qui continuait à gauche entre deux étangs de pêche. J’ai supposé que le pont que je cherchais serait plutôt au bout du chemin goudronné mais c’était une erreur, je me suis retrouvé sur un chemin creux faisant tout le tour du lac pour revenir au chemin barré précédent – qui conduit effectivement au pont.

 Moselle au barrage d'Argancy

Moselle au barrage d’Argancy

Il y avait plein de familles garées au bord du lac, ce qui change un peu des étangs luxembourgeois où l’on ne voit que des retraités du club de pêche local. On ne peut pas se baigner (et le temps était trop frais), mais cela semble attirer les gens quand même. Je sais que c’est une façon traditionnelle de passer son dimanche en Pologne par exemple, donc pourquoi pas aussi en Moselle

Une fois que j’avais trouvé le pont, j’ai constaté que c’est en fait la passerelle d’une usine hydroélectrique qui appartient à la ville de Metz. On a ouvert la passerelle il y a quelques années après avoir aménagé une rampe de chaque côté et ceci permet de mieux utiliser le chemin de halage dans le cadre d’un projet de piste cyclable entre le Benelux et la Méditerranée (via la Moselle et la Saône).

 

 Moselle à Argancy

Moselle à Argancy

Comme la rampe est très raide et très étroite, j’ai poussé le vélo et pris des photos. On voit que le temps se gâte et il s’est mis à crachiner jusqu’à l’arrivée à Metz. La piste cyclable n’est pas encore balisée sur tout le trajet mais je pense qu’elle mériterait d’attirer autant de touristes que l’itinéraire via le Rhin et le Doubs, ce qui serait une contribution significative à l’industrie touristique locale.

Entre le pont d’Argancy et Metz, la nouvelle piste cyclable du chemin de halage est remarquablement conçue. Elle comporte de nombreux virages pour éviter diverses petites installations industrielles et le nouveau port fluvial, et on a pris soin de laisser les fleurs sauvages de la ripisylve tranquilles, d’où de superbes couleurs. On est surpris de se retrouver tout d’un coup au pont de l’hôpital sans les 10 km de zone industrielle et de gare de triage que l’on avait autrefois sur la route de Woippy.

Je connaissais bien Metz mais j’avais deux bonnes heures devant moi et j’en ai profité pour chercher une boulangerie dans le centre ville. Un dimanche vers 18 h 30, j’avais des doutes, mais il y en avait effectivement une, en fait plutôt un comptoir de petite restauration vendant aussi des quiches et des gâteaux à emporter. J’avais faim à la fin de la journée et j’ai finalement acheté plus que je n’avais vraiment besoin de manger: un panini, deux parts de quiche, un gâteau à la noisette et une « favorite » aux abricots, viennoiserie que l’on appelle ailleurs une poche. J’ai mangé presque tout ensuite sur un banc de la place de l’Arsenal, le crachin étant un peu freiné par les arbres.

 

Rue des Piques à Metz

Rue des Piques à Metz

En cherchant la boulangerie, j’avais finalement fait un peu le tour du centre ville et je n’ai pas résisté à deux photos. La première est prise dans une rue que je ne connaissais pas, la rue aux Piques, où l’on voit un bâtiment médiéval cubique à mâchicoulis qui était un grenier où une abbaye entreposait les dîmes. Je connaissais le grenier de Chèvremont près de la cathédrale qui est semblable, mais pas celui-ci. La rue s’appelle aux Piques parce que c’est dans ce grenier que la milice de la ville entreposait ses piques pendant la Révolution vers 1793.

Place St Louis à Metz

Place St Louis à Metz

L’autre endroit que j’aime bien est la place Saint-Louis avec ses arcades qui me font penser à des villes bavaroises comme Wasserburg. Comme dans ces villes, les marchands ont cherché à la fin du Moyen Âge à imiter l’urbanisme italien. C’est un urbanisme exceptionnel en France, où les villes étaient construites autour des symboles du pouvoir royal ou épiscopal et pas autour d’une place de marché. La seule région où une place de marché à arcades est typique est la Gascogne, mais l’échelle y est beaucoup plus modeste.

Le train a bien voulu arriver à l’heure et j’ai trouvé dans le compartiment pour cyclistes un jeune homme qui m’a informé que la nuit ne serait pas très confortable car une troisième personne devait monter à minuit à Culmont tandis qu’il descendait à 5 h en Avignon. Comme il avait laissé une partie de ses bagages sur son vélo hors du compartiment, je lui ai dit que c’était-être imprudent compte tenu de l’arrêt prolongé à Nancy et à Culmont où l’on pourrait lui voler des affaires.

Nous avons papoté un moment vu qu’il était franchement trop tôt pour dormir (le train partait à 20 h 30). J’ai ainsi appris qu’il est employé de la mairie d’Anvers. Comme il a dormi en slip (très rare dans un train français, mais l’air conditionné n’avait été mis en route que vers 19 h et on est beaucoup moins artificiellement pudibond dans les pays du Nord), j’ai constaté qu’il avait un physique de taureau comme on en voit parfois aux Pays-Bas.

Il avait l’intention de suivre l’itinéraire d’un petit livre-guide très détaillé et ne semblait pas gêné à l’idée de retrouver peut-être des centaines de touristes ayant acheté le même livre, prenant les mêmes petites routes supposément tranquilles et couchant dans les mêmes terrains de camping recommandés. Il n’avait pas de carte en dehors de son guide et n’imaginait pas pourquoi il pourrait avoir envie de prendre une autre route.

Comme je connais assez bien la région qu’il voulait visiter (en gros d’Avignon à Nice et retour), j’admets que l’auteur du guide avait vraiment sélectionné un itinéraire efficace et riche en curiosités intéressantes. Mais je ne voudrais pas prendre le risque de me perdre si une route est barrée pour une quelconque raison !

Une rencontre intéressante qui compense un peu la nuit trop hachée. Nous n’avons pas été aidés par une dame qui a passé 40 minutes vers minuit à hurler dans son téléphone comme quoi elle avait été mal conseillée et comment le contrôleur lui faisait payer une amende qu’elle trouvait injustifiée (pour être montée avec un vélo sans avoir réservé un emplacement).

 

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