Etape 5: Baronnies et Enclave du Pape

Vendredi 5 juin

108 km, dénivelé 637 m plus 8 km et 80 m de dénivelé pour le dîner

Très beau et très chaud avec petite brise de vallée, chaleur accablante entre Nyons et Grignan

Saint-André-de-Rosans – Mange-Fèves – Verclause – Nyons – Valréas – Grillon – Grignan – Chantemerle – La Garde-Adhémar – Les Granges-Gontardes – Malataverne

Baronnies et Enclave du pape, départements 05, 26 et 84

Etape un peu longue, surtout avec le problème pour dîner, mais le dénivelé modeste la rend faisable. Le problème est plutôt la chaleur.

Falaise de Mange-Fèves

Falaise de Mange-Fèves

Pour le petit déjeuner, j’étais curieux de voir ce que le monsieur me servirait vu le repas original le soir. Il a apparemment consulté un manuel sur les habitudes françaises car il m’a servi du pain grillé, du beurre et de la confiture. Je n’aime pas beaucoup le pain grillé quand je voyage à vélo, cela ne tient pas au corps. C’est donc aussi le petit déjeuner qui me fait dire que le prix de la chambre est un peu haut.

 

L’avantage de la maison où j’ai couché est qu’elle est presque sur la crête et que le chemin gourdonné qui passe devant continue directement vers la vallée de l’Eygues non sans passer devant un mas au nom délicieux de Mange-Fèves. La vallée est encaissée entre de hautes collines raides couvertes de forêt sur plusieurs kilomètres jusqu’au village de Verclause.

 

 Oliveraie près de Verclause

Oliveraie près de Verclause

J’ai pris une photo à proximité pour donner une idée du paysage harmonieux très méditerrannéen avec une petite oliveraie. Il y en a beaucoup dans la région car on y produit la célèbre olive de Nyons. Les oliveraies avaient presque disparu après plusieurs hivers très rigoureux, en particulier en 1956, laissant la place à la vigne plus résistante, mais l’huile d’olive est revenue à la mode et l’appellation contrôlée a permis de relancer un certain tourisme gastronomique.

 

Début des gorges de l'Eygues

Début des gorges de l’Eygues

Après Verclause, la vallée de l’Eygues devient à nouveau plus encaissée, avec même quelques petites falaises, puis s’élargit au confluent de l’Oule près de Rémuzat. Le confluent est dominé par le rocher du Caire (777 m) dont j’avais lu dans un prospectus que l’on peut y admirer une petite colonie de vautours. Je me suis arrêté un bon moment malgré le soleil et j’ai effectivement vu quelques points noirs assez lointains. A force d’attendre, certains se sont un peu rapprochés et surtout d’autres sont apparus, j’en ai compté onze en même temps dans le ciel à un moment.

 

 Vautour au Rocher du Caire

Vautour au Rocher du Caire

L’installation des vautours a été un des plus grands succès de la réintroduction d’animaux disparus en France. Non seulement les neuf individus relâchés se sont bien installés, mais ils ont été rejoints par deux autres espèces, dont une spontanément. Les vautours ne sont pas très farouches et ne sont pas dérangés par le fait que les gens se promènent en haut du rocher au-dessus de leurs nids.

 

Pont de Rémuzat

Pont de Rémuzat

J’ai eu la chance de passer là à la meilleure heure, quand la chaleur du matin les incite à prendre l’air pour rechercher des charognes, souvent des brebis tombés dans des trous en montagne. Il y a environ 300 vautours sur le rocher du Caire, ce que je trouve surprenant vu que le rocher n’est quand même pas immense. Evidemment, une photo prise de tout en bas dans la vallée ne donne pas grand chose.

 

Gorges de l'Aygues

Gorges de l’Aygues

C’est juste après le rocher que la vallée de l’Eygues se rétrécit vraiment pour former les gorges de Saint-May. Sauf à quelques rares endroits, il n’y a de falaise que d’un côté de la rivière, comme dans les gorges du Lot, mais la route est tout au bord de l’eau et relativement tranquille, ce qui fait que l’on en profite vraiment. Je pensais que la gorge durerait quelques kilomètres comme la plupart des gorges, mais les méandres et les falaises se succèdent – Saint-May, Villeperdrix, Sahune, Curnier, Les Pilles, Aubres..

 

05-10_600x600_100KBAu bout de 20 km, je n’étais toujours pas sorti des gorges. La surprise était totale, je ne m’attendais pas du tout à un paysage aussi impressionnant pour aussi longtemps. Les guides touristiques et les sites Internet en parlent peu, se concentrant sur les sites évidemment encore plus impressionnants du Verdon et de l’Ardèche. A posteriori, je suis très content d’avoir pris cette route plutôt que de passer par la moyenne montagne un peu plus au Nord, peut-être plus boisée mais beaucoup plus fatigante avec de nombreux cols sans garantie d’un paysage plus fascinant.

 

05-11_600x600_100KB05-12_600x600_100KBJ’ai pris beaucoup de photos; on voit dessus qu’il faisait très beau, mais la chaleur était bien supportable grâce au vent de vallée qui remontait la vallée (il y en a souvent dans les Alpes, mais je trouve difficile de prédire dans quelle direction il soufflera). J’ai remarqué un endroit particulièrement curieux près de Villeperdrix: la route longe le pied d’une falaise quand elle franchit un petit pont. Il y a une résurgence presque sous la route et j’ai posé le vélo pour regarder la grotte. Comme la Fontaine de Vaucluse, la hauteur semble varier fortement selon les jours, elle était à sec lors de mon passage mais les marches qui descendent de la route étaient boueuses et glissantes.

 

05-15_600x600_100KBL’autre site intéressant est plus facile à remarquer pour les touristes en voiture: il y a une falaise abrupte sur la rive droite mais la rive gauche est très instable et on a construit un tunnel pour faire passer la route sous la zone dangereuse. Comme le tunnel est très étroit, il est à sens alterné et les voitures doivent attendre le feu. En fait, plutôt qu’un tunnel, c’est une galerie avec quelques vues sur la falaise, mais on ne peut pas s’arrêter en voiture. On peut en vélo sauf que ce n’est pas particulièrement photogénique.

 

Site de Nyons

Site de Nyons

Après une bonne heure de grand spectacle, une dernière barre rocheuse particulièrement serrée laisse tout juste passer la rivière et la route débouche sans prévenir à Nyons, où l’on entrait autrefois par un pont spectaculaire qui est considéré comme un des plus beaux ponts médiévaux de France. Il date de 1409 et passe à 19 m au-dessus de la rivière en raison des violentes crues de printemps. Il était muni d’une guérite de péage et d’une tour de défense; la largeur de 3,95 m était standard pour l’époque (deux « cannes » soit environ 12 pieds, une mesure prise sur l’être humain comme les coudées, empans, pouces etc…).

 

Pont médiéval de Nyons

Pont médiéval de Nyons

Du pont, je dominais de haut les bancs de galets de la rivière et je pouvais voir des jeunes assis au soleil sur les rochers. Comme je cherchais un lieu de pique-nique et que je n’en ai pas trouvé depuis la rue principale (aucune des placettes n’a de bancs ou d’arbres), j’ai fini par me diriger vers le grand parking qui domine la rivière et j’ai pris le chemin de promenade qui le longe en contrebas. Il me permettait de descendre presque jusqu’à la rivière qui est bordée d’une ripisylve, le seul endroit ombragé que j’avais repéré.

Je ne suis pas allé directement au bord de l’eau, restant plutôt sous les arbres sur quelques pierres plates. Je voyais cependant bien la rivière et j’ai constaté ainsi que les jeunes étaient les élèves du collège (ils m’ont semblé avoir 12 à 14 ans). Les filles étaient pour la plupart en amont du pont et je ne les voyais pas, ceux des garçons qui ne s’intéressaient pas encore aux filles étaient en aval.

Pause de midi des collégiens de Nyons

Pause de midi des collégiens de Nyons

Ils avaient une radio portable parce qu’un jeune ne peut pas passer trois minutes sans accompagnement pop de nos jours, et ils avaient tous des serviettes de bain dans leurs cartables. Par contre, ils n’avaient pas de maillots de bain, ils portaient tous des bermudas de plage sous leurs jeans. Pour ceux qui se baignaient, ils s’étendaient dix minutes au soleil et les bermudas étaient assez secs pour qu’ils puissent remettre leurs pantalons. Quand ils sont passés près de moi pour remonter sur le parking et retourner en cours, ils m’ont tous dit très poliment bonjour.

 

J’ai pris une photo du pont quand ils étaient presque tous partis (de nos jours, photographier par inadvertance une personne mineure est devenu très dangereux), mais il en restait un dans l’eau. Quand je suis arrivé, ils étaient une dizaine, plus un monsieur de bien 30 ans dont j’ai vu après que c’était un livreur de médicaments qui passait sa pause de midi en maillot de bain dans la rivière -on pourrait être jaloux quand on vient de Luxembourg.

 

Arcades à Nypns

Arcades à Nypns

Le pont et la rivière mis à part, je n’ai pas été très impressionné par Nyons. Il faisait très chaud et la ville est en fait un petit bourg assez endormi. La seule place qui pourrait avoir du charme est la place du marché qui est entourée d’arcades, mais elle est utilisée comme parking, je n’y ai pas vu de bancs et les maisons crépies sont assez banales.

A Nyons, l’Eygues devient l’Aigues et change de direction, partant vers le sud pour se jeter dans le Rhône près d’Orange. J’ai donc quitté la vallée pour me diriger plutôt vers Montélimar, ce qui impose une côte pas très raide mais que j’ai trouvé fatigante à cause de la circulation et de la chaleur. Par temps plus frais, on peut utiliser l’ancienne route par le village de Venterol, mais elle monte nettement plus raide et je n’avais pas envie.

Quand j’ai atteint la crête, j’ai décidé de rester sur la route principale et de passer par Valréas. D’une part, une grande partie des voitures prenait l’autre route par Taulignan, et d’autre part j’espérais visiter le village. J’y étais certes passé lors de mon deuxième voyage à vélo qui date de 1990 mais je ne visitais pas les monuments à l’époque et je ne prenais d’ailleurs pas non plus beaucoup de notes. Je sais simplement que j’avais eu besoin de passer par Valréas à l’époque parce que j’avais crevé la veille et qu’il y avait un marchand de vélos au bourg.

Place de l'église à Valréas

Place de l’église à Valréas

La route de Valréas est intéressante quand on vient de Nyons. Après la crête, elle descend lentement dans une cuvette entièrement couverte de vignes et largement ouverte vers le sud. Il y faisait une chaleur écrasante, 37 degrés à l’ombre, et c’est le seul endroit ou presque de tout le voyage où il n’y avait pas un souffle de vent. Heureusement, comme je descendais, je n’avais pas de gros effort à fournir.

 

J’ai poussé le vélo dans les petites rues de Valréas à la recherche d’un endroit ombragé pour faire une petite pause et j’ai fini par trouver un banc en face de l’église en haut du village. J’y suis d’abord resté un moment sans rien faire, mais je ne suis pas resté tranquille longtemps car un monsieur simple d’esprit est venu me faire la conversation. C’était gentil, mais j’avais plus besoin dé tranquillité que de papotage…

 

 Portail à l'antique à Valréas

Portail à l’antique à Valréas

Du coup, je l’ai quitté avant de m’être vraiment reposé et je suis allé voir l’église, la fraîcheur à l’intérieur incitant à prendre tout son temps pour quelques prières tout en reposant le corps de la chaleur accumulée. De l’extérieur, l’église est un mélange particulièrement désordonné de volumes de différentes époques. Par contre, le portail est intéressant avec de curieuses ouvertures trilobées que je n’ai jamais vues aiilleurs. Il y a aussi une frise de statues très abîmées au-dessus des portails et l’impression d’ensemble rappelle un peu un arc de triomphe – comme à Saint-Gilles dans le Gard (qui est beaucoup plus élaboré) mais aussi comme dans les ruines romaines d’Orange.

 

 Buffet d'orgue à l'italienne à Valréas

Buffet d’orgue à l’italienne à Valréas

A l’intérieur, j’ai pris une photo du beau buffet d’orgue qui est d’un style particulier, début baroque italien. Cela se voit aux ornements végétaux mais strictement symétriques et stylisés. Il y a quelque chose d’autre de très curieux à l’intérieur, des toutes petites sculptures isolées au milieu d’une des voûtes. On voit des soleils, des fleurs, une louve romaine, des personnages… Je n’ai pas trouvé d’explications sur Internet.

 

Voûte de l'église à Valréas

Voûte de l’église à Valréas

La ville était assez riche au XVIIème siècle grâce à la vigne, à tel point qu’elle acheta une partie du fief de Suze. En effet, Valréas appartenait au Comtat Venaissin, territoire des papes jusqu’en 1791, mais formait une enclave dans le Dauphiné, ce qui permettait aux douanes françaises de taxer lourdement les marchandises. Après l’achat du fief, la commune s’étendait jusqu’au Comtat et n’était plus une enclave, mais le roi de France continua à percevoir les droits de douane car le fief en question ne devenait pas partie d’un état étranger simplement parce qu’une commune étrangère en était propriétaire. Raté.

En 1791, la France confisqua le Comtat Venaissin au pape (en téléguidant une révolte) et le problème aurait dû être réglé, mais la commune de Suze parvint en 1800 à se faire rattacher à la Drôme et Valréas est encore de nos jours une enclave du Vaucluse à l’intérieur de la Drôme et même une enclave de Provence-Alpes-Côtes d’ Azur en Rhône-Alpes.

L’enclave comprend trois autres communes. Quand j’ai quitté Valréas, je me suis dirigé vers Grillon qui est une des trois. Je n’ai pas remarqué que la nationale est bordée par une voie de service que l’on peut facilement utiliser comme voie cyclable, mais la distance n’est pas longue de toute façon. Je n’avais pas trouvé de fontaine propre à Valréas et c’est pourquoi je me suis arrêté à Grillon au lieu de rester sur la déviation.

 

 Château et campanile de Grillon

Château et campanile de Grillon

Je n’ai pas regretté, il y a une charmante place ombragée et tranquille avec des bancs, une fontaine bien fraîche et ce qui semble être un assez grand château fort. En fait, c’est simplement un ensemble de maisons en haut d’une petite falaise qui domine le village moderne. Elles ont été rénovées par l’office des HLM, ce que l’on n’attendrait pas vraiment. Ma photo montre par la même occasion le campanile typiquement provençal de l’église avec sa structure en fer résistant au mistral.

Il faisait aussi chaud à Grillon qu’à Valréas, mais il y a plus d’ombre. Après le pont sur un ruisseau, la route monte lentement vers une crête, ce qui est logique puisque j’étais descendu dans les vignes vers Valréas. J’ai été très surpris de voir que le paysage changeait complètement en quelques mètres après le ruisseau, on passe des vignes à une forêt méditerrannéenne et il y a même des arbres le long de la route. Mieux encore, il suffit de faire 200 m pour sentir un souffle d’air alors qu’il n’y en avait aucune trace à Valréas ni à Grillon.

Villa près de Grignan

Villa près de Grignan

J’ai trouvé l’effet sur mon corps stupéfiant aussi. Alors que je me traînais sans beaucoup de motivation dans la descente vers Valréas, j’ai trouvé la côte après Grillon facile et le paysage agréable. Il y a une explication au changement climatique, le bassin de Valréas est protégé du mistral par des petites montagnes et orienté plein sud tandis que les vallons après Grillon sont beaucoup moins protégés et qu’il peut donc y faire froid en hiver.

 

Après une crête, la route descend dans un ravin encore plus boisé puis contourne une grande propriété privée pour atteindre Grignan. Je n’ai pas trouvé de détails sur la propriété et je suppose donc que c’est une villa moderne (ou peut-être du XIXème siècle) sans intérêt historique. Elle domine le ravin et est assez impressionnante depuis la route.

 

Plaine de Valréas depuis Grignan

Plaine de Valréas depuis Grignan

Je suis passé à Grignan en voiture en 1998 à la fin du voyage à vélo en Provence et j’ai noté à l’époque que l’on peut visiter l’église, mais je ne semble pas avoir été très impressionné. Cette fois, je suis arrivé au bon moment pour un goûter et j’ai cherché un endroit agréable. Finalement, j’ai poussé le vélo non sans peine sur la rampe raide qui accède au château parce qu’il y a en haut près de la porte cochère un banc avec une belle vue. Le temps était aussi devenu légèrement nuageux et il y avait suffisamment de vent en haut pour que je trouve l’endroit agréable.

 

Château de Grignan

Château de Grignan

Grignan était le fief d’une famille influente de la noblesse provençale et ceci explique pourquoi on y trouve un château assez imposant au sommet de la colline. Le châtelet d’entrée avec ses hautes murailles aveugles et ses tours pointues est la seule partie qui rappelle le château gothique.

 

 Entrée du château de Grignan

Entrée du château de Grignan

Le reste est dans le style Renaissance ou classique, mais c’est en fait une reconstruction des années 1920 car le château avait été en grande partie démoli après la Révolution. Je ne pouvais pas entrer dans la cour sans payer pour une visite complète qui m’aurait pris trop de temps et je me suis donc contenté de prendre une photo de loin qui montre le site et la grande terrasse, et une de plus près avec l’amorce de l’aile Renaissance.

 

 Détail du château

Détail du château

Le département a racheté le château en 1979 et a essayé de le remeubler avec les objets qui ont pu être rassemblés depuis. Ceci dit, le château vaut aussi pour ses évocations littéraires puisque le comte de Grignan, gouverneur de Provence, avait épousé la fille de Madame de Sévigné avec laquelle celle-ci entretint une correspondance célèbre. C’est à Grignan qu’est décédée la femme de lettres qui était venu assister sa fille malade.

 

 Eglise de Grignan

Eglise de Grignan

On voit sur la photo avec la terrasse la façade de l’église qui est en contrebas. On y accède d’ailleurs par un genre de chemin de ronde qui fait le tour de la terrasse environ 10 m en-dessous. Chose très curieuse, la terrasse sert en même temps de toit pour l’église et les habitants du château se rendaient à la messe en descendant un petit escalier de la terrasse à leur tribune, située très haut sur le côté de la nef. L’église date de 1535 et c’est donc un bâtiment Renaissance, ce qui est facile à reconnaître sur la façade.

 

 Intérieur Louis XIV

Intérieur Louis XIV

A l’intérieur, il y a divers retables baroques, d’élégantes boiseries dorées fin Louis XIV et surtout de célèbres orgues de 1662. Quand je suis entré dans l’église, un monsieur distingué avec des cheveux blancs y jouait de la musique d’époque et je suis resté un bon quart d’heure à en profiter.

 

Site de Valaurie

Site de Valaurie

Je ne me suis pas attardé plus longtemps à Grignan après la pause et l’église, le centre ville est petit avec juste un ou deux hôtels particuliers anciens. Comme il n’était pas très tard (effet avantageux d’avoir descendu une gorge toute la matinée !), je me suis offert encore un petit détour et j’ai pris une toute petite route vers Chantemerle. Comme la carte le dit, elle traverse une forêt, mais ce sont des arbres méditerranéens trop bas pour donner de l’ombre. En plus, la route monte régulièrement pour dominer la vallée de la nationale.

 

 Plaine de Pierrelatte

Plaine de Pierrelatte

Elle se termine à un petit col d’où l’on a un peu de vue au sud vers le Tricastin (nommé d’après Saint-Paul-Trois-Châteaux, moins connu de nos jours que la ville moderne de Pierrelatte qui vit de la centrale nucléaire). Puis j’ai eu encore une côte avant de descendre dans un vallon ombragé charmant où j’ai découvert un site frais qui m’a fait penser à certains vallons des Corbières. On y voit les ruines du prieuré du Val-des-Nymphes, nom qui rappelle un sanctuaire gallo-romain près d’une source.

 

 Chapelle du Val-des-Nymphes

Chapelle du Val-des-Nymphes

La photo de la source n’a pas donné grand chose mais celle de l’église est intéressante. La façade comporte trois arcs clairement imités des monuments romains et on peut regarder l’intérieur à travers une grille pour voir un joli chœur à arcades romanes sur deux étages. Les habitants du village ont déménagé sur un site plus facile à défendre au XIIIème siècle, suivis par les moines, mais la chapelle a encore été utilisée assez longtemps et on a consolidé le bâtiment au XVIIème siècle avec deux arcs latéraux étonamment grands qui font croire à tort qu’il y aurait eu des nefs latérales.

 

05-38 Tricastin depuis La Garde-Adhémar_600x600_100KBLe nouveau village des habitants est La Garde-Adhémar. J’étais passé à proximité avec un copain en 2005 et j’avais regretté de ne pas avoir le temps de passer au village, qui nous paraissait en plus peu tentant parce qu’il est assez haut au-dessus de la plaine. J’ai donc été content de voir dix ans après ce « plus beau village de France ». Grâce à l’heure avancée, il était presque désert, les touristes étant déjà repartis dans leurs locations du Lubéron.

 

La Garde-Adhémar

La Garde-Adhémar

Le village doit son nom à la famille d’Adhémar, une famille puissante au XIIème siècle mais qui s’éteignit rapidement. Il ne reste rien du château, on doit se contenter des murailles du village, de plusieurs belles maisons fortes à tourelles et d’une très belle église romane. Je n’ai pas pris de photo de la façade ouest, qui est inhabituelle parce qu’elle comporte une abside ouest comme dans les cathédrales impériales romanes de la vallée du Rhin. Comme les Adhémar se prétendaient descendants de Charlemagne, c’était peut-être une façon de le rappeler aux visiteurs.

 

Eglise de La Garde-Adhémar

Eglise de La Garde-Adhémar

Le chevet est très classique mais j’ai admiré les toits en lauzes qui n’ont heureusement pas été refaits en tuiles comme on l’a souvent fait ailleurs pour des raisons pratiques plus tard. Le gros clocher carré était le clocher d’origine, la flèche octogonale au sommet est une invention d’un architecte du XVIIIème siècle trop inspiré par le style toulousain. A l’intérieur, le mobilier est modeste, mis à part une Vierge à l’Enfant du XIIème siècle en bois peint qui rappelle celle de Conques.

 

 Bas-côté en demi-berceau

Bas-côté en demi-berceau

Par contre, j’ai été très intrigué par les voûtes, en particulier par les bas-côtés en demi-berceau qui remplacent efficacement des contreforts. C’est l’une des étapes clefs entre la basilique romane classique à trois nefs en berceau et l’église gothique à arcs-boutants: si on remplace les piliers de La Garde-Adhémar par un mur léger et que l’on remplace le demi-berceau du collatéral par une série d’arcs de même forme, on a le principe de la cathédrale gothique. Vraiment intéressant.

 

Plaine de Pierrelatte

Plaine de Pierrelatte

Depuis La Garde-Adhémar, j’ai descendu avec beaucoup de plaisir la pente raide jusqu’à la nationale, j’ai pris une petite route dans les collines pour avoir un peu plus de verdure puis j’ai terminé le long de l’autoroute sur la N7 qui n’est pas si tranquille que cela à cause de nombreux entrepôts et donc de nombreux camions. Mais c’était juste pour 2 km jusqu’à une crête qui sépare les plaines de Pierrelatte et de Montélimar avant de descendre au village de Malataverne où j’avais réservé une chambre.

Il est extrêmement difficile de trouver une chambre à prix raisonnable dans la vallée du Rhône, et les rares qui existent sont souvent prises le weekend par les vacanciers qui ont besoin d’une étape entre la Belgique et la Costa Brava. Il n’y a aucune table d’hôtes pour la même raison, cette clientèle cherchant surtout un endroit calme et moins une occasion de passer la soirée à papoter.

 Plaine de Montélimar

Plaine de Montélimar

Je savais tout cela et je n’ai donc pas été surpris que la dame ne puisse pas servir à dîner. Elle m’avait dit au téléphone qu’il y a un restaurant à quelques kilomètres, ce qui était mieux que rien. Il y en avait un autrefois à Malataverne, mais il ne fait plus que des repas ouvriers à midi. Après m’être rafraîchi et un peu reposé, je suis donc reparti à vélo pour le village voisin, chose que je déteste faire quand je suis d’humeur à terminer la journée.

Suivant les recommandations de la dame, j’ai pris une route bordée de beaux platanes qui monte un bon moment, puis à droite la route de Châteauneuf qui continue à monter et à monter et à monter. Pas du tout agréable. On voit que la dame n’a jamais essayé de faire le trajet autrement qu’en voiture. Une fois arrivé à Châteauneuf, j’ai fait le tour du village deux fois avant de me rendre compte un peu incrédule que le restaurant dont elle parlait était en fait un livreur de pizzas.

Puisque je n’avais pas le choix, j’ai examiné la liste des pizzas proposées. Pendant ce temps un monsieur est entré commander six pizzas pour ses copains du camping et le gérant a noté dix pizzas pour un autre occupant du camping. Quand j’ai voulu passer commande, la dame qui fait la cuisine toute seule a annoncé qu’il y aurait une bonne heure d’attente. Merci !

Si j’avais su, j’aurais emporté de quoi lire. Traîner une heure dans un village morne au bord de la grand route n’est pas très motivant. A défaut d’autre chose, j’ai examiné comment ces livreurs font leurs pizzas. Ils achètent la pâte en grande quantité réfrigérée et en prennent un petit bloc (un peu comme une louche de pâte à crêpes). Ils passent le bloc ensuite dans un genre de rouleau de pâtissier électrique qui l’aplatit et lui donne automatiquement une forme ronde. Il ne reste plus qu’à ajouter les ingrédients et à minuter le temps de cuisson dans un four multiple.

Je comprends que ce soit assez simple d’ouvrir une pizzeria. Je ne sais pas si c’est rentable, le bénéfice atteint environ 5 € par pizza mais on n’a sûrement pas de clientèle toute l’année. J’étais tellement énervé quand j’ai enfin reçu mes pizzas que je suis retourné à Malataverne plutôt que de les manger sur place au bord de la route. Ce n’est pas idéal quand il est 21 h 30 et que l’on a très faim, ce qui fait que j’ai monté la côte entre les deux villages à pied.

J’ai mangé les deux pizzas et des cerises provenant de mes réserves assis à une table de pique-nique que la dame a installé devant sa ferme au bord de la petite route qui conduit à son camping. J’ai vu des campeurs passer, mais c’était sinon très tranquille. Au demeurant, je n’avais pas apprécié d’attendre aussi longtemps mon dîner et de devoir faire autant de sport pour l’obtenir, mais je reconnais que les pizzas étaient bonnes. J’en avais prise une avec du chorizo et l’autre avec du chèvre pour avoir de la viande et du fromage comme dans un repas normal.

Après le dîner, j’ai hésité à profiter de la piscine que la dame m’avait amplement vanté, prenant grand soin de me dire qu’elle restait accessible sans problèmes après la tombée de la nuit. Elle est éclairée juste par quelques lampes intégrées au fond, mais c’est suffisant. Par contre, j’ai été un peu surpris qu’elle ne soit pas inquiète à l’idée que des enfants du camping puissent jouer autour de la piscine le soir voire se noyer si les parents ne les surveillent pas.

J’ai hésité aussi parce que j’avais gardé un souvenir mitigé d’une piscine du même genre des années avant, nager faisant travailler d’autres muscles que le vélo et étant douloureux. Finalement, j’ai mis un maillot de bain (même s’il n’y avait personne à choquer en se baignant sans maillot…), j’ai traversé la petite route et je suis allé essayer l’eau. Elle était très douce, probablement 26 degrés, ce qui montre qu’il avait dû faire une chaleur vraiment écrasante pendant la journée. Plutôt que de nager, j’ai fait la planche en regardant la lune.

Il y avait des ombres noires qui survolaient la piscine de temps en temps; à force de rester calme dans l’eau, elles sont descendues assez près de la surface pour attraper les nombreux moucherons et je me suis rendu compte que c’étaient des chauves-souris. Elles sont incroyablement rapides. J’en ai déjà vu ailleurs, c’est toujours un spectacle assez fascinant.

Je ne suis pas resté très longtemps dans la piscine vu l’heure mais je n’ai pas regretté de m’être baigné. Je n’ai pas très bien dormi ensuite, que ce soit parce que je m’étais énervé à attendre les pizzas ou parce que les muscles ont besoin de beaucoup de temps pour se détendre après une très longue étape.

 

 

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