Etape 4: Préalpes de Sisteron

Jeudi 4 juin

88 km, dénivelé 946 m

Très beau et chaud avec petite brise de vallée, nuageux puis orage dans la montagne

Les Mées – Saint-Donat – Peipin – Sisteron – Ribiers – Gorges de la Méouge sur 4 km – Laragne – Eyguians – Lagrand – D949 – Saint-André-de-Rosans

Préalpes de Sisteron, départements 04 et 05

Etape relativement courte et facile par comparaison, permettant de se reposer de celle de la veille, et on peut encore la raccourcir un peu en cas de besoin.

La dame n’était pas là quand je suis descendu pour le petit déjeuner, mais la femme de ménage avait mis en place un buffet impressionnant pour un seul hôte. Elle avait simplement oublié l’eau chaude pour le thé, je suis toujours obligé en France de dire clairement la veille au soir que je ne prendrai PAS de café. Ceci mis à part, j’ai été très impressionné par le choix.

Je crois que je n’avais jamais encore vu huit confitures maison différentes sur une table en chambre d’hôtes. L’année précédente, j’avais même été plusieurs fois frustrè que l’on ne me serve qu’une seule confiture, dont le but était visiblement de m’inciter à acheter celles que l’on ne me laissait pas goûter. Aux Mées, la dame est assez inventive et aime mélanger deux fruits.

Il y avait une autre chose sur la table que je n’avais jamais vue et que je ne reverrai probablement jamais ailleurs, une purée de cerises et de fraises maison. Cela m’a fait penser à la Rote Grütze allemande, mais on ajoute en Allemagne des groseilles, des myrtilles et surtout pas mal de gélatine liquide, ce qui fait que la consistance n’est pas la même et que la version allemande se mange plus facilement avec du fromage frais ou de la glace qu’en boisson.

La chambre d’hôte de Madame Mancin, la Campagne du Barri, est probablement l’un des meilleurs rapports qualité-prix de France. Je comprends pourquoi les réservations pour la pleine saison doivent être prises chez elle au moins un an à l’avance.

 

Pénitents des Mées le matin

Pénitents des Mées le matin

Puisque le choix limité d’hébergements dans les montagnes du sud de la Drôme ne me laissait pas d’alternatives (il faut reconnaître que la région en soi est très peu peuplée), l’étape aurait pu être vraiment courte et j’ai donc cherché des attractions justifiant un petit détour. La première qui figurait sur la carte était la chapelle Saint-Donat, juste en face des Mées sur la rive droite de la Durance,

Je me suis arrêté en passant à une boulangerie à l’entrée des Mées, mais surtout au Super U à la sortie du village pour acheter le fameux fromage de Laragne. Il s’est comporté de façon inattendue après deux jours de transport sur le vélo. J’ai été obligé de manger la partie molle sous la croûte plus vite tandis que le cœur plus sec a gardé sa forme, mais en devenant assez fort. Evidemment, si j’avais eu dans la première partie du voyage la poche rafraîchissante que j’avais oublié d’emporter, je ne sais pas comment le fromage aurait évolué.

 

La Durance au pont de Peyruis

La Durance au pont de Peyruis

J’ai donc traversé la Durance après mes courses. Le pont est banal mais la vue du pont est peut-être encore plus impressionnante que la veille à Oraison car le pont des Mées est juste en aval du confluent de la Durance et de la Bléone, ce qui double la largeur des bancs de sable sans doubler la quantité d’eau. Les montagnes que l’on voit sur la photo font partie des préalpes de Digne, la vallée de la Durance tourne un peu vers la gauche.

 

Chapelle du Val Saint Donat

Chapelle du Val Saint Donat

J’ai ensuite pris une petite route agréablement ombragée dans un vallon tortueux quittant la grande vallée principale. A un coude du vallon, on découvre la silhouette charmante de la vieille chapelle Saint-Donat qui date du XIIème siècle. Elle servit de simple ermitage après les guerres de religion et la version actuelle est donc en partie une reconstruction. La plus jolie partie est le chœur avec une abside centrale plus haute que les absides latérales, un clocher-mur et un petit transept.

 

Vue latérale de la chapelle

Vue latérale de la chapelle

J’ai laissé le vélo au pied de l’église, pensant que le risque était minime dans ce vallon peu fréquenté, et je suis monté par le vieux chemin rocailleux d’où l’on a une vue assez imposante des volumes. On voit l’architecture assez primitive à la taille très réduite des ouvertures dans les murs de la nef, qui est un peu trop haute comparée au reste de l’église.

 

Intérieur de la chapelle Saint-Donat

Intérieur de la chapelle Saint-Donat

On ne peut pas entrer à l’intérieur, mais on peut regarder à travers une grille; il y a juste une voûte en berceau refaite et des colonnes très simples. La photo donne l’impression d’une nef avec des fenêtres généreuses laissant entrer la lumière à flots et c’est assez difficile de comprendre l’effet quand on a vu la nef de dehors avant.

 

 Inscription obscure

Inscription obscure

Il y avait un chantier bruyant et poussiéreux juste en face de la chapelle et c’est même un cas où j’ai eu quelques difficultés car le sens unique a changé avant que je parvienne à franchir toute la zone de travaux (en côte assez sensible). Finalement, j’ai été obligé de me réfugier dans les herbes sèches pour laisser passer un camion qui avait feu vert. Une fois le chantier passé, la route devient assez facile, montant le reste du vallon par une pente assez douce, droite mais en partie ombragée. J’ai noté un panneau étrange annonçant « danger en rive ». C’est certainement du dialecte provençal remplaçant les pancartes « accotement non stabilisé » que l’on voit plus souvent.

 

Moulin fantaisie val Saint-Donat

Moulin fantaisie val Saint-Donat

En haut du vallon, on atteint des petits champs d’oliviers mais aussi une propriété assez étendue où un propriétaire nostalgique a fait construire il y a quelques années un moulin à vent tout neuf sur le modèle des moulins d’autrefois. C’est un peu artificiel.mais je reconnais que c’est une belle décoration quand on a les moyens d’embellir ainsi son jardin.

 

Erosion près de Châteauneuf

Erosion près de Châteauneuf

Le village lui-même, Châteauneuf-Val-Saint-Donat, est minuscule et m’a surtout intrigué parce que les habitantes s’appellent des Chabannaises. De là, je suis redescendu vers la Durance en longeant de loin les collines d’Aubignosc. La photo prise au téléobjectif m’a paru intéressante car elle montre un profil géologique particulier que j’ai retrouvé ailleurs dans la région, vers Digne, vers Tallard et vers Rosans. On voit la superposition de couches alternées calcaires claires et argileuses presque noires. Là où ces couches sont entaillées par une rivière, elle produisent des pans de colline très raides où rien ne pousse. Quand une route traverse un terrain de ce genre, on a l’impression de traverser un décor de film pour westerns.

 

 Bassin de Peipin

Bassin de Peipin

La descente en pente très douce se termine au petit village de Peipin où j’ai cherché une fontaine ou un robinet. J’ai quitté la route principale pour l’ancienne rue qui est assez typique avec ses maisons crépies à deux étages formant un ruban continu de chaque côté d’une rue en pente. Mais la rue en question ne conduit pas à la place de l’église, elle retrouve simplement la route principale un peu plus loin et la seule fontaine que j’ai vue était pleine d’algues. En plus, je n’ai pas vu depuis le village l’ancien château fort, en ruines depuis longtemps, et je ne me suis pas fatigué à visiter l’église avec les statues et autels baroques habituels.

 

Cluse de Sisteron

Cluse de Sisteron

En fait, j’ai finalement trouvé un robinet municipal 200 m plus loin sur la route de Sisteron. La route est énervante car il y a finalement pas mal de voitures pour une ville aussi modeste en nombre d’habitants. Une fois que l’on atteint le centre ville, par contre, on est tranquille parce que les voitures doivent traverser la ville par un petit tunnel.

 

Oliveraie près de SIsteron

Oliveraie près de SIsteron

Sisteron était une ville symboliquement importante pour moi car c’était ma dernière ville de Provence. Ceci se sent dans le climat, dans le paysage, dans la langue, dans les cultures… Au sud de Sisteron, c’est la plaine de la Durance écrasée de soleil où les oliveraies et le maraîchage jouent un grand rôle. Beaucoup d’habitants arrivés ces 20 dernières années ont construit des pavillons à proximité de l’autoroute qui les conduit aux centres de recherche de Cadarache, à l’université ou aux zones industrielles d’Aix-en-Provence. On parlait provençal et le paysage est marqué par des collines couvertes de pinède au pied de blocs de montagnes calcaires comme celles du Verdon.

 

 

La Durance à Sisteron

La Durance à Sisteron

Au nord de Sisteron, on est dans la vallée du Buëch ou de la Durance, une vallée généreusement ensoleillée mais clairement encadrée par des chaînes de montagne boisées parallèles qui peuvent devenir assez hautes (1836 m au Signal de Lure sur la rive droite, 2115 m aux Monges sur la rive gauche). Le fond de la vallée est occupé par des vergers, particulièrement pour les pommes golden. Le nombre d’habitants stagne en dehors de Gap qui vit des stations de ski et des casernes. On parlait la langue d’oc dans la version du Dauphiné.

Site de Sisteron

Site de Sisteron

Sisteron avait une grande importance stratégique au Moyen Âge car c’était la forteresse frontalière qui défendait la Provence contre des attaques venant du Dauphiné (par la vallée du Buëch) ou d’Italie (par la haute Durance). C’était aussi le seul pont permanent de tout le cours de la Durance sur 300 km. Ceci valut à Sisteron d’être détruit pendant les guerres de religion puis par des bombardements américains en 1944.

 

Quand on arrive par le Sud comme moi et comme la plupart des gens, on est un peu pris par l’agitation du centre ville et on ne remarque pas vraiment le site extraordinaire, sur une cluse verticale qui explique le rôle de forteresse. Quand Napoléon Ier remonta de l’île d’Elbe vers Paris en 1814, l’une de ses principales craintes fut l’attitude de la garnison de Sisteron, qui le laissa passer.

 

 Cathédrale de Sisteron

Cathédrale de Sisteron

Avant d’aller voir la cluse, j’ai constaté que j’étais de toute façon arrivé devant la cathédrale et que ce serait dommage de ne pas y entrer. Elle est placée sous le vocable original de « Notre-Dame-des-Pommiers-et-Saint-Thyrse ». Elle n’est pas considérée comme un monument majeur mais j’ai trouvé qu’elle est vraiment intéressante et inhabituelle. La façade est très inspirée par l’art roman italien avec les oculi (trois à cause de la Sainte Trinité) et les arcs en berceau bicolores que l’on retrouve en Corse et à Pise.

 

Nef de la cathédrale

Nef de la cathédrale

On descend une dizaine de marches pour arriver dans la nef qui est très sombre en raison de la conception très prudente: une basilique à trois nefs couvertes en berceau, la nef centrale s’appuyant directement sur de lourds piliers carrés décorés simplement de colonettes engagées. Il n’y a pas de place pour des fenêtres entre le berceau et les piliers car on avait peur que la voûte ne s’effondre dans ce cas. Quand on compare aux expériences bien plus lumineuses de la même époque à Caen, on voit la différence.

 

Coupole

Coupole

Il n’y a pas de transept, ce qui est apparemment classique dans les églises urbaines de l’époque par opposition aux abbatiales où l’on avait besoin de place pour les processions et pour des autels supplémentaires. Par contre, il y a une coupole en avant du chœur, souvenir romain. En Provence, on ne donne pas dans l’excès décoratif des suites de coupoles du Périgord ou d’Angoulême.

 

Clocher roman

Clocher roman

La coupole est très curieuse, on voit bien comment l’architecte passe du plan carré au plan octogonal (par des trompes dans les coins), mais la transition entre le plan octogonal et le cercle de la coupole est assez hésitante. J’ai pris une photo de l’extérieur où l’on ne se rend pas du tout compte de l’existence de la coupole, qui est cachée sous un genre de tour de guet octagonale avec une galerie étrange comme un couloir de cloître.

 

Conches décoratives_

Conches décoratives_

On a décoré au fur et à mesure la cathédrale, en particulier avec un genre de sculpture en bois rouge or or en forme de coquille Saint-Jacques cachant les culs de four d’origine des absides latérales. L’idée est une fantaisie baroque car Sisteron n’a jamais été une étape sur le pèlerinage jacobite. L’abside du chœur a été décorée dès le Moyen Âge par des bandes de pierres de deux couleurs comme en Italie, chose très rare en France. Pour le reste, le mobilier est assez modeste.

 

 Abside bicolore à l'italienne

Abside bicolore à l’italienne

On peut être surpris de trouver une cathédrale à Sisteron. L’idée est la même qu’à Riez, une civitas romaine, mais Sisteron est vite tombé dans les mains du seigneur local et on le voit acheter l’évêché en 1043 pour son fils âgé de huit ans. Un concile met fin au scandale en 1060 mais l’évêque suivant est forcé par une révolte de ses propres prêtres de se réfugier à Forcalquier où il prétend déménager l’évêché.

Il en résulte une chose alors unique dans la Chrétienté, un évêché avec deux sièges et deux cathédrales mais un seul évêque sur lequel les deux chapitres ne s’entendent évidemment jamais. La situation ne sera éclaircie qu’avec le Concordat de 1801 quand Napoléon supprime autoritairement les évêchés de Riez, Senez, Sisteron-Forcalquier et Entrevaux au seul profit de l’évêché de Digne.

J’avais remarqué en entrant dans la cathédrale une dame enveloppée dans un grand châle, ce que je trouvais vraiment surprenant vu le très beau temps. J’ai été encore plus surpris en sortant du monument car elle était assise entre-temps sur un muret du parking en plein soleil, recroquevillée dans son châle en laine. Elle était ravie d’avoir un auditoire captif dans la mesure où elle voyait bien que c’était moi le propriétaire du vélo appuyé sur la façade.

Elle était en effet sortie pour surveiller mon vélo de peur que des voyous ne s’en emparent, ce pour quoi je l’ai chaleureusement remerciée même si j’avais l’impression que les voyous n’étaient pas très nombreux sur la place pour le moment. Elle était sortie aussi parce qu’elle grelottait à l’intérieur, ayant attrapé la grippe mais voulant assurer son service de portière bénévole malgré son état de santé parce qu’elle attendait un groupe d’écoliers.

Porte dans la vieille ville de Sisteron

Porte dans la vieille ville de Sisteron

Quand les écoliers sont arrivés, j’ai pu échapper à la dame bavarde et j’ai commencé à prendre la rue principale du vieux Sisteron. La route traverse maintenant la cluse par un tunnel, mais la route d’origine traversait la vieille ville qui est vraiment coincée sur une bande de terrain très étroite et pentue entre les rochers et le fleuve. Du coup, la route donne à plusieurs endroits sur des escaliers vertigineux qui descendent sous les maisons vers le fleuve.

 

Les maisons sont crépies et ne sont pas particulièrement anciennes, mais j’ai vu quelques belles portes. Celle que j’ai photographiée est celle de la maison natale du maréchal d’Ornano, un brillant militaire très lié au frère de Louis XIII, qui adorait les intrigues sans avoir beaucoup de suite dans les idées. Le maréchal termina apparemment empoisonné au donjon de Vincennes sur l’ordre de Richelieu qui ne lui faisait pas confiance.

 

Beffroi de Sisteron

Beffroi de Sisteron

Je cherchais aussi un endroit agréable pour prendre un en-cas et j’ai finalement quitté la rue principale pour la placette du beffroi, une construction du XIXème siècle dans le style du comté de Nice. On voit très souvent dans les villes provençales un beffroi faire concurrence à l’horloge de l’église. Ces beffrois pas si anciens n’avaient pas le caractère de symbole des libertés communales qu’ils avaient en Flandre à la Renaissance, ils étaient plutôt un geste politique de la part de notables anticléricaux.

 

Pont de Sisteron

Pont de Sisteron

Après ma pause sur un banc à l’ombre au pied du beffroi, je suis retourné dans l’ancienne rue principale et j’ai fini de la longer jusqu’au carrefour qui domine la cluse et le pont sur la Durance. Le pont actuel date de 1945, il a remplacé le pont de 1365 bombardé par les Américains. Depuis la terrasse, le site de la cluse est saisissant, les rochers forment un mille-feuilles exactement perpendiculaire au fleuve qui se faufile difficilement à travers la gorge, passant d’une largeur normale de 300 m à seulement 40 m. La cluse de Sisteron est l’un des grands spectacles naturels de Haute-Provence.

 

 Le Buëch à Sisteron

Le Buëch à Sisteron

En amont de Sisteron, j’ai quitté la Durance pour son affluent, le Buëch, et j’ai trouvé que le paysage change instantanément. La route longe la rivière au début au pied d’une forêt de sapins et de feuillus tandis que la vallée devenue bien plus étroite semble buter rapidement sur des montagnes. En fait, la vallée tourne rapidement vers la droite et redevient un petit peu plus large, mais c’est vrai que le paysage a clairement changé.

Je n’ai pas pris de photos entre la sortie de Sisteron et Antonaves sur 15 km car la vallée est un peu monotone, couverte de vergers de pommiers. La route monte et descend un peu mais reste très rectiligne et ennuyeuse. J’ai été surpris d’apprendre que les arbres étaient des pommiers, imaginant qu’il faut un climat comme dans le Val de Loire pour qu’ils poussent bien.

En fait, les pommiers de la vallée du Buëch sont irrigués et arrosés avec l’eau du Buëch et ceci permet de produire rapidement de grosses pommes fades mais juteuses comme les golden qui se vendent très bien. Le gros village au milieu des pommiers est Ribiers, qui n’est vraiment pas très attirant.

 

Gorges de la Méouge

Gorges de la Méouge

J’ai continué un peu plus loin jusqu’au confluent d’une petite rivière, la Méouge, dont j’avais lu sur Internet qu’elle a creusé une belle gorge. Comme il était assez tôt puisque j’avais pu rouler vite dans la vallée autour de Sisteron, j’ai décidé que j’avais largement le temps de remonter une partie des gorges et que j’y trouverais même probablement un endroit agréable pour mon pique-nique.

J’ai été surpris de voir le nombre considérable de voitures garées dans les gorges un jeudi midi hors saison. Environ la moitié étaient des voitures allemandes ou hollandaises, mais il y avait aussi beaucoup de voitures de la région. Les touristes étaient soit des couples d’âge mûr, probablement des préretraités allemands, soit des groupes plus jeunes genre copains en RTT.

 

04-31_600x600_100KBLogiquement, la route des gorges est relativement haut au-dessus de la rivière et les parkings ne sont pas prévus pour le pique-nique, juste pour se garer. Comme j’avais besoin d’ombre et que je ne voulais pas laisser le vélo sur un parking pour descendre un petit chemin plein de cailloux instables avec des chaussures inadaptées, j’ai finalement remonté les gorges en une seule fois jusqu’à un endroit adapté, le confluent d’un ravin où un petit ruisseau avait fait pousser des arbres suffisamment grands pour donner un peu d’ombre. Par contre, je n’avais pas réfléchi que l’on ne sent plus le vent au fond d’une gorge et il faisait finalement très chaud sous l’arbre.

 

04-33_600x600_100KBAprès le pique-nique, j’ai redescendu les gorges, mais en prenant vraiment le temps de m’arrêter à tous les virages et de faire des photos. Le site est charmant mais je pense que l’attraction est surtout irrésistible en été quand il fait une chaleur étouffante et que c’est l’un des rares endroits où l’on peut se baigner sans danger en Haute-Provence. Il y avait quelques personnes qui s’amusaient dans l’eau, surtout à l’endroit le plus pittoresque où un bassin reçoit une petite cascade, mais la plupart des gens prenaient le soleil sur les rochers ou exploraient simplement le site.

 

04-37 Baigneurs dans les gorges de la Méouge_600x600_100KBJ’ai remarqué deux personnes dont j’ai su tout de suite que c’étaient des Allemands; il s’agissait de deux messieurs habillés l’un d’un tout petit maillot de bain rouge (les Français portent des bermudas de nos jours) et l’autre d’un chapeau (il avait quand même mis ses mains sur l’endroit stratégique, étant conscient qu’on les voyait bien depuis la route). Après vérification sur Internet, certains endroits de la gorge ont la réputation d’être des lieux de rencontre naturistes, mais pas en été quand le site est envahi.

 

04-34_600x600_100KBJe n’ai remonté que la moitié la plus spectaculaire de la gorge, ne voyant pas de raison d’aller au-delà, mais j’ai été content du détour qui me changeait de la vallée de la Durance ou du Buëch. Sur une des photos, on devine un pont en pierre au fond de la gorge; c’est un pont médiéval daté de 1400 environ. Une autre des photos montre le fameux bassin apprécié des familles. Le niveau de l’eau est normal pour la saison, je pense que l’on ne peut y nager que le lendemain d’un gros orage.

 

 Environs de Ribiers

Environs de Ribiers

En quittant la gorge, j’avais l’intention de prendre la petite route sur la rive droite du Buëch, mais j’ai été induit en erreur par la pancarte et je me suis retrouvé finalement sur la rive gauche où la route est une nationale monotone mais aussi plus plate et rapide. Je n’ai pas gardé grand souvenir du bourg commerçant de Laragne-Montéglin, où l’on fabrique certainement le fromage que j’avais acheté le matin aux Mées. Je n’ai pas eu besoin de rester longtemps sur la nationale, j’ai pu la quitter 6 km plus loin à Eyguians où je me suis aussi assis sous un genre de petite halle de marché après avoir rempli la gourde.

J’ai traversé là le Buëch pour la dernière fois et je me suis offert un petit détour jusqu’au village de Lagrand, suivant une pancarte qui recommandait une église romane. Le détour ne représente qu’un kilomètre, c’est plutôt la pente raide qui mène au sommet de la colline qui est fatigante. Comme j’étais ennuyé d’avoir trouvé la montée de Ganagobie si difficile la veille, je m’étais demandé si j’avais vraiment un niveau d’entraînement insuffisant, ce qui était inquiétant pour la suite du voyage. En montant à Lagrand sans trop de difficultés, je me suis rassuré sur ce point.

 Montagne de Chabre

Montagne de Chabre

L’église ne mérite pas vraiment un long détour, d’autant plus que le toit et le chœur ne sont pas romans. Chose surprenante, elle fut victime de bombardements en septembre 1914 et en juin 1940. Je peux comprendre dans le second cas, les Allemands craignant peut-être des chars embusqués en haut de la colline qui domine toute la vallée, mais je ne vois pas très bien ce qui explique une attaque en 1914 aussi loin de la frontière (ou alors c’est une erreur de frappe et il faut comprendre 1944)..

 

Ceci étant dit, on peut admirer la vue depuis la place devant l’église et on a vraiment l’impression d’être au milieu des montagnes. Elles ne sont pas très hautes mais il y en a tout autour. Vers le sud, c’est la montagne de Chabre qui atteint 1350 m. Vers l’ouest, c’est la montagne d’Orpierre qui atteint 1324 m. Vers le nord dans l’axe de la vallée, ce sont les montagnes qui séparent le bassin de la Durance de celui de l’Isère et qui atteignent 2000 m.

 

Eglise de Lagrand

Eglise de Lagrand

L’église vaut surtout par les ouvertures élégantes de la nef et du transept. Il paraît que l’arcade double dans un berceau en plein ceintre est inspirée de l’architecture byzantine, c’est un motif qui était connu en Occident depuis l’époque de Charlemagne. Les enfeux sont un ajout gothique.

 

 Bassin de Trescléoux

Bassin de Trescléoux

J’ai eu une petite descente rapide pour retrouver la vallée puis je suis parti vers l’ouest pour remonter la vallée d’une petite rivière, la Blaisance. Toutes les rivières des Baronnies coulent d’ouest en est (si elles se jettent dans le Buëch) ou en sens inverse (vers le Rhône) car les montagnes sont formées de chaînes calcaires parallèles. Si on veut traverser un chaînon calcaire, il faut monter des petits cols très raides. Par contre, si on veut simplement relier le Buëch et le Rhône comme moi, il suffit de suivre une des vallées et le col est doux et pas très haut.

 

Environs de Montjay

Environs de Montjay

C’était le cas ici aussi, on monte gentiment entre petites prairies et pentes boisées avec presque aucun village car l’exode rural n’a pas été compensé vu la distance et les mauvaises routes pour aller dans les villes de la plaine. Je me suis demandé pourquoi on appelle la région « Baronnies ». Il y avait effectivement deux baronnies féodales, celle de Mévouillon et celle de Montauban, qui étaient pratiquement indépendantes jusqu’à la conquête par le Dauphiné en 1317.

 

Panorama du col de Flachères

Panorama du col de Flachères

J’ai mis tout juste 1 h 30 pour atteindre le col de Flachière, c’est-à-dire que je roulais presque aussi vite qu’en plaine. Il faut reconnaître que le dénivelé est fort modeste avec 270 m en 19 km. Le panorama que j’ai pris au col montre bien le relief modeste tant que l’on reste dans la direction est-ouest. Pendant que je prenais la photo, il y a eu un petit coup de vent inattendu qui a fait tomber le vélo et cela m’a vraiment mis en colère car c’est comme cela que j’avais abîmé les bagages précédents. Heureusement, les attaches ne se sont pas déchirées (ni d’ailleurs la seconde fois où je me suis fait surprendre par le vent quelques jours après).

 

Erosion

Erosion

Côté ouest du col, la route descend nettement plus vite dans un ravin puis remonte sur une petite crête pour desservir le village de Saint-André-de-Rosans qui était ma destination du jour. Dans la montée, on passe une petite zone d’érosion intéressante qui ressemble beaucoup à celle d’Aubignosc le matin. C’était plus facile de prendre la photo cette fois et on voit très bien ce côté « désert raviné » au milieu d’un paysage sinon beaucoup plus doux et verdoyant.

 

Ancien prieuré de St André de Rosans

Ancien prieuré de St André de Rosans

Le monsieur m’avait donné des explications sur le chemin à suivre dans le village, sa maison étant en pleine campagne, mais il n’y a pas de pancarte claire sur sa route et il faut avoir un bon sens de l’orientation car son explication était moins claire que je ne le pensais. Comme je n’étais pas certain, j’ai fait un peu le tour du petit village jusqu’à ce qu’un gros nuage noir apparaisse presque sans prévenir et éclate sur le village. Je me suis dirigé vers une église en ruines parce qu’il y avait deux grands arbres devant qui abritaient un peu de l’averse orageuse.

J’ai regardé par la même occasion la pancarte explicative mais on ne peut pas se promener dans les ruines, elles se trouvent sur un terrain clôturé. Cétait un prieuré fondé en 988 qui fut détruit pendant les guerres de religion (les Baronnies furent un haut-lieu du protestantisme sous l’influence des prédicateurs venus de Genève et envoyés par Jean Calvin).

 

Détail des colonnes

Détail des colonnes

Lors des visites guidées, on voit apparemment des restes de mosaïque dans le sol du chœur qui ressemblent à celles de Ganagobie, mais je ne pouvais pas les voir depuis la clôture. Ce que je pouvais voir et qui est effectivement intéressant, c’est la décoration de la nef avec des piliers agrémentés de très curieuses colonnes torses souvent associées au Temple de Salomon. Les colonnes semblent avoir été bicolores, rouges et jaunes.

 

Chapiteaux

Frise aux lions

Sur un autre pilier, j’ai noté un très joli détail décrit comme des têtes de lions tenant des feuilles de figuier dans leurs gueules. La sculpture est d’une extrême finesse. J’étais trop loin pour voir les détails des autres piliers, la plupart seraient ornées de feuilles de vigne, au point que certains érudits du XIXème siècle prenaient le prieuré pour un temple de Bacchus. C’est dommage qu’il soit aussi compliqué de visiter le site hors saison, je pense que c’est à cause des mosaïques.

Quand l’averse s’est terminée, je suis reparti à la recherche de la route mentionnée par le monsieur et j’ai fini par prendre la seule qui paraissait réaliste. Il s’est alors remis à pleuvoir; le temps que je mette un k-way, une voiture de citadins m’a rejoint et la dame a demandé si je connaissais le chemin de la chambre d’hôtes du village – ils avaient le même problème que moi. Je les ai croisé un peu plus loin, ils revenaient sur leurs pas après avoir trouvé une ferme qui ne ressemblait pas du tout à l’image qu’ils avaient en tête par le site Internet.

 

Chambre d'hôtes à St André de Rosans

Chambre d’hôtes à St André de Rosans

J’ai persévéré vu que le chemin était logique et j’ai été doublé par une voiture volumineuse dont les occupantes parlaient anglais. J’en ai conclu que j’étais certainement sur le bon chemin et la première voiture a finalement suivi aussi quand elle a vu que je persistais. Le chemin est goudronné mais il y a une petite section en montée raide et c’est pourquoi j’avais le temps d’observer toute cette circulation.

Après une descente sans vue, on tombe effectivement sur une ancienne ferme toute cachée au flanc de la colline comme elle le serait dans la Hague par exemple. La vue depuis la maison est assez étendue et bucolique, on domine tout le ravin d’un torrent profondément encaissé et on voit en arrière-plan la crête du col de Flachière.

 

Vue depuis la chambre d'hôtes

Vue depuis la chambre d’hôtes

Un jeune homme maghrébin m’a souhaité la bienvenue et j’ai appris par la suite qu’il a 24 ans et qu’il est berbère et surtout pas algérien. Je n’ai pas vraiment rencontré sa femme car elle recevait sa famille anglaise, ce qui m’a permis d’apprendre quelques détails supplémentaires sur la situation compliquée de l’exploitation. C’est une histoire intéressante et assez révélatrice.

Le jeune homme a décidé d’émigrer en Europe pour trouver un travail, mais il ne parlait pas français (les jeunes Berbères ont déjà assez de peine à apprendre l’arabe littéraire pour le Coran et l’arabe vernaculaire algérien). Il a donc choisi d’aller en Angleterre où il s’est laissé aller à une amourette avec une jeune femme.

Je soupçonne la jeune femme d’avoir planifié la situation pour avoir un enfant, chose que les jeunes Anglaises de milieu modeste font volontiers vu que les allocations accordées aux mères seules sont plus élevées que le salaire minimum qui est tout ce qu’elle peuvent espérer comme caissière ou petite main. Elle avait peut-être moins planifié que le copain berbère serait très fier de son jeune fils et insisterait pour rester avec elle.

S’ils ne sont plus en Angleterre, c’est pour une raison très anglaise. Les parents de Madame ont des amis dans les Baronnies, la version bon marché de la Provence qui fait rêver les Anglais pour leur retraite. Ils ont découvert alors qu’ils pouvaient s’acheter un mas en bon état avec un grand terrain pour une portion de la valeur de leur petite maison de banlieue et qu’ils pourraient vivre des années sur la différence entre les deux montants.

Une fois installés dans les Baronnies, ils ont découvert qu’ils s’ennuyaient seuls, que le mas et le terrain demandaient du travail et que les indigènes les ignoraient puisqu’ils ne parlaient pas un mot de français. La solution: demander à leur fille de s’installer dans le mas et de participer aux frais en ouvrant un bed & breakfast.

Le copain berbère, qui vient d’un milieu agricole, a trouvé l’occasion excellente: climat plus chaud, distance moindre de sa propre famille, occasion de travailler la terre même s’il loue l’essentiel du terrain à un éleveur de brebis. Il s’est mis à apprendre le français avec zèle et parle déjà pas mal du tout après six mois, mais il faut parler lentement en articulant et il a quelques expressions obscures. J’ai aussi attiré poliment son attention sur une ou deux formulations qu’on emploie avec précaution (on ne dit pas à chaque phrase « oui, monsieur untel » et « bon appétit, monsieur untel », cela fait un peu obséquieux voire ironique).

Je me suis posé des questions sur ses relations avec les parents de sa copine, qui l’hébergent mais qui deviennent vite dépendants de lui, le seul francophone et le seul qui a des contacts avec les indigènes: il papote tous les matins avec les éleveurs quand ils viennent inspecter leur troupeau (un monsieur de 50 ans et son fils de 20 ou 25 ans dont je suis sûr qu’il fait tomber toutes les filles de la région en pamoison rien qu’à voir son physique). Le couple anglais ne semble pas s’en rendre compte car ils lui donnent constamment des ordres avec la politesse discrètement méprisante que je connais trop bien de mon séjour à Londres.

Le jeune Berbère a plein de projets. Cette année, il a décidé de ne plus servir les dîners afin de mieux s’occuper de son bébé mais aussi parce qu’il voudrait pouvoir servir les produits du potager qu’il est en train de planter afin de ne pas avoir besoin de payer les prix élevés de la seule supérette du canton. Il est enthousiaste sur les nombreux légumes qu’il va essayer, ne sachant pas si la terre sera adaptée, et il a déjà mis en place un concept pour arroser.

 

 Entrée inspirée des maisons berbères

Entrée inspirée des maisons berbères

Il a aussi refait un peu les chambres, mais il n’a pas eu trop de travail car le mas a servi pendant des années de chambres d’hôtes à un couple belge qui a abandonné quand l’âge leur a montré que leurs rêves d’écologie naturelle au lait d’ânesse devenaient un peu trop lourds. J’ai pris la chambre en photo car elle a beaucoup de caractère. Le lit est ainsi constitué d’un matelas posé sur un genre de dalle de ciment surélevée, ce qui évite la poussière et les araignées sous le sommier. La salle de bain est accessible par un couloir que le monsieur a aménagé en un genre de petit salon arabe très cosy avec des coussins. Il faudrait simplement changer les posters qui font un peu « récupérés au hasard ».

La chambre me semble un peu chère pour le confort, le monsieur a gardé le prix des propriétaires précédents et je lui ai suggéré de réfléchir à un prix d’appel (49 et 69 € par exemple) en augmentant un peu le prix du repas pour compenser quand il pourra le proposer de façon régulière. Mais cela dépend aussi de la clientèle qu’il aura, les Anglais n’ayant pas les mêmes attentes en matière de prix et de repas que les Allemands ou les Français, surtout dans un endroit très isolé où l’on ne va que parce que l’on veut vraiment

 

Salle à manger

Salle à manger

Le repas que j’ai eu est intéressant. J’ai eu en entrée des poivrons farcis au fromage frais, une bonne idée en été. La dame s’occupant de ses parents et de son bébé, c’est le monsieur qui a fait le plat chaud, un tajine d’agneau aux fruits. Je connaissais le plat et j’ai toujours aimé cela, c’était donc parfait de mon point de vue même si j’imagine la surprise de certains visiteurs.

Il n’y avait pas de couscous avec le tajine et le monsieur m’a expliqué que ce n’est pas usuel (j’avais été surpris quand cela m’était arrivé dans un restaurant à Paris et je m’étais demandé si je m’étais fait avoir). Le tajine est un plat de viande que l’on accompagne de n’importe quel féculant adapté à la sauce, par exemple des pommes de terre, des pâtes, de la semoule ou aussi du pain de campagne, ce qu’il avait choisi en l’occurrence pour avoir moins de travail. Pour comparaison, le couscous est un plat de semoule accompagné de bouillon et de quelques morceaux de viande souvent grillée, c’est une autre idée que le tajine. Intéressant.

En dessert, j’ai eu une part de gâteau au chocolat que la dame avait acoompagné d’une crème fraîche transformée en version maison de la « clotted cream » de Cornouailles. On la fabrique en faisant chauffer du lait cru, ce qui le fait cailler, puis en le laissant reposer. En Cornouailles, elle est presque jaune et on la mélange donc à quelque chose qui la rend plus onctueuse.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :