Etape 12: Revermont et Bugey

Mercredi 17 juin

107 km, dénivelé 1713 m

Très doux avec passages nuageux et bon vent du Nord

Noblens – Simandre-sur-Suran – cluse de Selignac – Corveissiat – D59 – pont de Cize – Serrières-sur-Ain – Poncin – Saint-Jean-le-Vieux – Boyeux-Saint-Jérôme – Chatillon – D71 – Saint-Rambert-en-Bugey – Tenay – déviation de Hauteville – Brénod

Revermont et Bugey, département 01

La distance entre les deux hébergements n’est que de 45 km par la route directe. J’ai choisi de faire un grand détour parce que j’étais curieux de visiter une partie de l’Ain que je n’avais jamais vue. J’avais prévu une étape plus courte de 10 km et surtout beaucoup moins raide mais j’ai eu des problèmes avec des routes barrées. Il s’agit d’un problème récurrent dans le Vercors, la Chartreuse et le Bugey chaque printemps et il pourrait être judicieux de consulter le site de la DDE quelques jours avant le voyage.

J’ai pris le petit déjeuner avec les autres hôtes, la propriétaire trouvant que c’était plus simple. Les trois dames sont parties très vite après un repas léger et j’ai encore papoté un peu avec le couple champenois. Quand j’ai voulu aller payer la dame, elle m’a fait attendre un moment le temps de finir une conversation avec un voisin et nous avons ensuite été interrompus par le passage de son fils. Sa mère lui a rappelé que son patron trouvait cela suspect mais il est simplement passé le temps de récupérer le t-shirt de rechange qu’il avait oublié.

C’est comme cela que j’ai su qu’il suit une maîtrise en travaux publics. J’ai l’impression que de nombreux enfants d’agriculteurs ne rejettent pas forcément la vie à la campagne (après tout, la multiplication des lotissements près des sorties d’autoroute prouve que c’est agréable) mais qu’ils se méfient des risques financiers et des contraintes liées au métier de leurs parents. L’Union Européenne et la FNSEA sont certainement d’accord avec cette évolution qui renforce l’agriculture industrielle productiviste. Il n’empêche que c’est lui que sa mère avait envoyé me montrer la chambre la veille, au cas où son fils reprendrait quand même un jour l’affaire.

Revermont à Noblens

Revermont à Noblens

Puisque j’avais le temps de faire des détours, j’ai décidé de m’offrir un morceau des gorges de l’Ain. J’y étais passé en 2001 sur pas moins de 25 km sans en garder un souvenir précis. La raison en est probablement que les routes du fond de la vallée sont pittoresques mais rarement spectaculaires. Avant d’atteindre la vallée de l’Ain, toutefois, il fallait que je remonte un peu la vallée du Suran et que je passe le deuxième chaînon du Revermont.

La vallée est large et sans intérêt. Je me suis arrêté à Simandre, le principal village, parce que j’espérais y trouver une supérette. En fait, j’ai simplement trouvé une toute petite épicerie qui permet aux vacanciers du camping de trouver des provisions de secours. Elle est tenue par un monsieur qui m’a fait un drôle d’effet; soit il était un peu dans un nuage, soit je lui faisais un effet quelque peu suspect. Je lui ai finalement simplement acheté un saucisson pour mon pique-nique, un peu cher mais très correct.

 

 Gué du Suran à Simandre

Gué du Suran à Simandre

J’ai traversé la rivière près du camping. Pour distraire les vacanciers, on a posé des pierres dans le lit du Suran afin de créer un gué piétonnier que l’on ne manque pas d’évoquer dans les prospectus touristiques. C’est mignon mais bon… Une petite route charmante rejoint la route plus importante qui franchit le Revermont au niveau d’une communauté religieuse, la chartreuse de Sélignac.

 

Abbaye de Sélignac

Abbaye de Sélignac

Ce fut effectivement une chartreuse de 1202 à 1792 et à nouveau de 1929 à 2001 mais le déclin des vocations amena l’ordre à lancer une expérience de vie commune autour de laïcs qui observent une partie de la règle mais qui reçoivent aussi des personnes extérieures pour des retraites. Les bâtiments ne méritent pas vraiment la visite, datant de 1869, et je me suis contenté d’une photo de loin.

 

Cluse de Sélignac

Cluse de Sélignac

Après la chartreuse, la route monte un moment dans la forêt puis débouche sans prévenir sur une cluse assez impressionnante franchie par un pont vertigineux. J’étais très content de cette attraction inattendue. Ensuite, il faut monter sur le Revermont et j’ai eu droit à une côte heureusement tortueuse et ombragée. Le dénivelé n’atteint que 100 m, un peu moins que la veille au col de France, mais l’effet est curieusement beaucoup plus montagnard.

 

Falaises de Corveissiat

Falaises de Corveissiat

Après quelques virages dans la forêt, la route débouche subitement au niveau du village de Corveissiat sur une reculée spectaculaire. L’arc-de-cercle presque parfait des falaises de calcaire domine l’Ain de près de 200 m et on a une vue étendue sur la gorge dans l’enfilade de la montagne. Cela reste un des grands moments du voyage. La route longe toute la série des falaises et ne descend vraiment qu’au bout de l’arc-de-cercle, ce qui fait que j’ai pu admirer le site sous divers angles.

 

Reculée de Corveissiat

Reculée de Corveissiat

Site de Corveissiat

Site de Corveissiat

Gorges de l'Ain à Corveissiat

Gorges de l’Ain à Corveissiat

Après la reculée, la route descend dans la gorge mais continue de ménager des vues spectaculaires sur les montagnes de l’autre côté du fleuve, des crêtes boisées imposantes avec 400 m de dénivelé raide. Pour des crêtes culminant vers 700 m, elles sont vraiment imposantes et c’est l’un des avantages de voyager dans le Jura, on a la vraie montagne mais sans dénivelés énormes. L’inconvénient si l’on en veut un est que le climat est froid et pluvieux et que j’ai eu bien de la chance avec le temps cette fois-ci.

 

Gorges de l'Ain

Gorges de l’Ain

Une fois arrivé au fond de la gorge, j’ai d’abord pris la petite route de la rive droite qui est plus courte. Elle descend au bord du fleuve puis coupe un méandre en donnant une vue particulièrement sauvage avec le bief de barrage et les montagnes. L’Ain est presque entièrement régulé par des barrages et la vallée m’a presque fait penser à certains endroits à la gorge de la Sarre (circulation en moins).

 

Bief de Daranche

Bief de Daranche

L'Ain en amont du viaduc de Cize-Bolozon

L’Ain en amont du viaduc de Cize-Bolozon

A la fin du méandre, la route donne aussi une belle vue en enfilade du célèbre viaduc de Cize-Bolozon, que je n’avais pas manqué de prendre en photo en 2001 car c’est là que j’avais quitté la gorge. Le viaduc est original parce qu’il porte une route au niveau du fleuve et une voie de chemin de fer au sommet des arcades. La combinaison est rare même si je connais un viaduc du même genre moins élégant sur la Moselle à Bullay.

 

 Viaduc de Cize-Bolozon

Viaduc de Cize-Bolozon

Le viaduc long de 273 m fut ouvert en 1875 mais détruit par la Résistance en 1944. Les maquisards voulaient détruire une seule pile pour simplement bloquer les Allemands mais tout le viaduc s’effondra. La reconstruction fut un des grands chantiers de prestige de la Libération et l’inauguration eut lieu dès 1950. La ligne à voie unique était surtout destinée aux marchandises, particulièrement à l’industrie des plastiques installée à Oyonnax.

 

Pont de Bolozon

Pont de Bolozon

Avec le déclin du transport par rail, la SNCF a hésité à fermer la ligne, mais la Suisse a proposé de financer des travaux pour y faire circuler le TGV Paris-Genève, gagnant ainsi 15 minutes par rapport à l’ancienne ligne via Virieu. J’ai entendu le TGV passer mais je n’étais pas un endroit permettant une photo, ce qui est un peu dommage pour un viaduc aussi emblématique. Comme en 2001, je n’ai pas résisté au plaisir de prendre en photo l’enfilade des arcades, les voitures passant à travers les piles du viaduc de chemin de fer.

 

L'Ain au viaduc de Cize-Bolozon

L’Ain au viaduc de Cize-Bolozon

On a une jolie vue sur le fleuve depuis le pont, avec une falaise calcaire typiquement jurassienne. J’ai bientôt constaté que la rive droite présente des falaises assez spectaculaires à de nombreux endroits comme à Corveissiat et aussi plus en aval au niveau de la centrale électrique de Bolozon. Tout ce calcaire donne une impression plus nue et méridionale quand on regarde la rive droite que quand on voit les pentes boisées de la rive gauche.

 

Centrale de Bolozon

Centrale de Bolozon

Un peu après la centrale, j’ai décidé de m’arrêter dans un genre de pré non clos au bord de la route pour faire une pause. D’abord, le soleil me donnait chaud et il fallait que je mette de la crème. Et puis j’avais l’impression que les montagnes semblaient moins hautes en aval et qu’il valait mieux profiter du paysage spectaculaire par une pause au bon endroit.

 

Paysage à Bolozon

Paysage à Bolozon

Viaduc de Serrières-sur-Ain

Viaduc de Serrières-sur-Ain

Effectivement, la vallée devient progressivement plus douce et plus large. Ceci permet le passage des grands itinéraires et on passe effectivement à Serrières sous le pont de la nationale puis près de Poncin sous le viaduc de l’autoroute. Les deux ponts sont élégants chacun dans son genre. Entre les deux, la vallée abrite un lac de barrage avec une île munie d’une base nautique, mais il n’y avait pas encore de voiliers à l’heure à laquelle je suis passé.

 

Viaduc autoroutier de Poncin

Viaduc autoroutier de Poncin

 Remparts de Poncin

Remparts de Poncin

La gorge de l’Ain se termine à Poncin, un petit bourg qui voyait beaucoup plus de passage avant la construction de l’autoroute, étant sur la route Lyon-Oyonnax / Lyon-Genève au débouché de la montagne. Le bourg était déjà important au Moyen Âge. Ma carte ne permet pas de s’en douter car elle marque seulement les églises ou les châteaux, mais Poncin possède de beaux vestiges de remparts et plusieurs maisons typiquement savoyardes: toit assez plat faisant auvent mais débordant peu, balcon au dernier étage, accès direct au rez-de-chaussée pour les animaux.

 

Vieille maison à Poncin

Vieille maison à Poncin

Le village ne figure pas sur les guides touristiques mais m’a semblé intéressant et typique. Il paraît qu’on l’avait jugé suffisamment beau et que l’on avait envisagé de le rénover pour en faire le genre d’attraction un peu léchée et artificielle que l’on voit à Cordes ou à Pérouges.

 

Monts du Bugey depuis Saint-Jean-le-Vieux

Monts du Bugey depuis Saint-Jean-le-Vieux

J’avais l’intention de continuer après Poncin vers Saint-Jean-le-Vieux et Saint-Rambert-en-Bugey par la petite vallée tranquille et pas trop raide de l’Oiselon. Je préférais une ascension modérée car je savais qu’il y aurait une côte dure en fin de journée. J’ai été obligé de longer un peu au début la nationale, qui n’est plus trop fréquentée mais qui est évidemment très large et rectiligne, incitant les automobilistes à une vitesse dangereuse pour moi. C’était mieux après le carrefour.

Il était l’heure de pique-niquer mais je n’ai pas trouvé d’endroit très agréable avant Saint-Jean. Je suis tombé un peu par hasard au bout de la rue du cimetière sur un genre de déviation le long d’un lotissement où l’on a planté quelques arbres et installé des bancs. Les arbres sont encore trop petits pour donner de l’ombre mais il ne faisait pas trop chaud. La vue n’était pas extraordinaire, un pré et des clôtures.

C’est à Saint-Jean que j’ai découvert que la route prévue était barrée et il n’y avait pas d’indice permettant de deviner la nature du barrage. Si c’est une réparation du bas-côté, comme c’est souvent le cas à l’intérieur d’un village, on peut passer à vélo. Par contre, si on est en train de refaire le goudron, on ne peut passer qu’en dehors des heures de travail à cause du risque de trouver du groudron chaud tout collant.

 

Aérium de Varey

Aérium de Varey

La route directe étant inaccessible, il me restait à choisir entre la nationale dans la plaine sur 17 km ou une petite route de montagne sur 19 km. Certes, on voit depuis Saint-Jean la barrière du Bugey et on voit bien qu’il faut monter, mais j’avais fait de bonnes expériences dans le Revermont. Je suis donc parti en direction de Jujurieux, passant non loin du château de Varey qui eut une certaine importance historique.

C’était une forteresse des seigneurs du Dauphiné et le duc de Savoie perdit une bataille importante ici en 1325. Finalement, il récupéra le château en 1355 pour prix de son acceptation de l’achat du Dauphiné par la France. Le château d’origine a été détruit pendant la Révolution et le château actuel est en grande partie une fantaisie médiévale du XIXème siècle. Il abrite maintenant un aérium, le mot savant pour des institutions de convalescence destinées aux enfants.

 

 

Site de Jujurieux

Site de Jujurieux

Jujurieux, où habitent les Sussuriennes, est surtout connu pour son industrie de la soie. Un musée est maintenant installé dans l’ancienne usine et le couple champenois de la veille était allé le visiter. La silhouette du bourg est jolie, avec plusieurs tours et manoirs regardant vers le sud par-dessus les champs en pente.

Je me suis fié à la carte et j’ai pensé utile de prendre un raccourci par la petite route de Boyeux-Saint-Jérôme pour couper 4 km, la pente semblant comparable. Je ne sais pas comment est la pente de la route principale, mais la carte m’a induit en erreur pour Boyeux. Je dois reconnaître que j’ai trouvé le début charmant et sauvage, on s’enfonce dans un ravin entre des pentes boisées, presque comme une gorge. La partie basse du village est un hameau de montagne avec plusieurs très beaux bâtiments anciens.

 

Site de Boyeux-Saint-Jérôme

Site de Boyeux-Saint-Jérôme

Le seul inconvénient est que la petite route qui traverse le village monte en épingles à cheveux affreusement raides. J’aurais normalement évité cette route si j’avais su, c’est trop fatigant même si c’est pittoresque. Après le village du bas, la route continue à monter un peu plus raisonnablement vers le village du haut qui se trouve sur un genre de petit col. Peu avant le col, j’avais l’intention de prendre le raccourci de la carte.

Il y avait ici aussi une pancarte « route barrée », mais j’étais assez frustré pour avoir envie d’essayer quand même, d’autant plus que l’on avait poussé la barrière de côté comme si des voitures circulaient. Je suis monté sans trop de difficultés sur encore 2 km, mais le revêtement ressemblait de plus en plus à des gravillons frais et j’entendais le bruit des grosses machines à goudron. Finalement, j’ai dû me résoudre à 1 km du sommet à redescendre tout ce que j’avais monté depuis le carrefour, sachant que je ne pourrais pas passer les machines sur une route de montagne et ne pouvant pas me permettre d’attendre la fin de la journée de travail.

 

Vallée de Cerdon

Vallée de Cerdon

Cette fois, j’étais franchement mécontent et je pouvais voir sur la carte que ceci m’obligerait à un détour beaucoup plus important que ce que j’avais prévu depuis Saint-Jean. Une fois arrivé en bas au carrefour, plutôt que de redescendre à Saint-Jean et de prendre la nationale, je suis monté un peu jusqu’au village du haut. J’ai été un peu réconcilié avec la route en haut en voyant que je pouvais longer une route en corniche assez impressionnante jusqu’à la route principale.

Je l’ai rejointe dans un hameau au nom révélateur de Chatillon. Je suppose qu’il y avait un château fort autrefois car le hameau domine de haut la vallée d’où vient la route principale (par une côte certainement pas très amusante). Je me doutais qu’il fallait encore monter un peu plus haut pour atteindre le plateau du Bugey depuis Chatillon et c’est une nouvelle côte sérieuse.

Au bout de 2 km dans la forêt, j’ai hésité au carrefour entre la route directe de Hauteville et rejoindre mon itinéraire d’origine par Saint-Rambert. J’ai décidé que la seconde solution était certes un peu risquée en termes de kilomètres et de temps restant, mais elle était vraiment plus attirante en termes de paysage. Il fallait encore monter 2 km supplémentaires après le carrefour et je commençais à en avoir vraiment assez.

 

Ravin de la Mandonne

Ravin de la Mandonne

Tout en haut, on sort de la forêt, on monte par une courbe en S amusante dans un pré et on arrive à un petit hameau qui marque enfin la crête. Il n’y a pas de vue immédiatement, mais j’ai eu une belle vue peu après depuis Montgriffon. Le paysage de grandes crêtes boisées s’entrecroisant change un peu du Jura classique à crêts et vals rectilignes.

 

Cluse des Hôpitaux

Cluse des Hôpitaux

La route ne descend pas de Montgriffon à Saint-Rambert-en-Bugey comme je m’y attendais plus ou moins, elle reste sur la crête où elle descend en pente douce avec des vues occasionnelles, ce qui est vraiment un beau trajet qui m’a un peu consolé du détour long et fatigant. Au bout de la crête, on domine la vallée de haut et il faut bien descendre le reste, ce qui se fait par une route étroite, raide et tortueuse.

On ne peut donc pas faire de pointes de vitesse, ce qui m’aurait arrangé compte tenu de l’horaire, mais une longue descente reste toujours agréable. Je me suis juste arrêté une minute pour remplir ma gourde à une source aménagée. Trois jeunes d’origine maghrébine traînaient près de la source et je me suis demandé s’ils venaient chercher de l’eau pure mais je crois qu’ils lavaient en fait leur voiture. Je ne suis pas sûr que ce soit autorisé en pleine nature à cause des risques de pollution.

 

Saint-Rambert-en-Bugey vers l'aval

Saint-Rambert-en-Bugey vers l’aval

En continuant la descente, j’ai pu admirer le panorama sur la Cluse des Hôpitaux. C’était un axe de communication très important dès l’antiquité car elle permet de traverser le Bugey par deux vallées relativement plates. La descente se termine au petit bourg de Saint-Rambert-en-Bugey, qui eut 5.000 habitants au début du XXème siècle et qui n’en a plus que 2.000 de nos jours. C’est logique, le cadre encaissé attire peu les navetteurs et l’industrie locale n’existe plus. A l’origine au XVIIème siècle, tout le Bugey était marqué par la culture et le tissage du chanvre, mais Saint-Rambert s’est reconverti au XIXème siècle dans l’industrie de ce que l’on appelle la schappe.

 

Saint-Rambert-en-Bugey vers l'amont

Saint-Rambert-en-Bugey vers l’amont

J’ai appris que c’est le tissage de fils grossiers issus des cocons de vers à soie impropres à la production de soie fine (la moitié environ des cocons, d’où l’intérêt pour les fabricants de trouver un débouché). La fin de l’industrie de la soie naturelle dans les années 1930, concurrencée par les textiles synthétiques, a conduit à la fermeture des usines de schappe.

 

Falaises d'Argis

Falaises d’Argis

Comme Saint-Rambert était une petite ville industrielle, elle n’a pas de monuments intéressants et je n’ai fait que la traverser. La cluse est assez étroite et le paysage en amont de la ville est pittoresque, parcourant un fond de vallée très encaissé où la route, la rivière et la voie ferrée occupent tout l’espace. De temps en temps, on voit l’une ou l’autre falaise calcaire comme celle d’Argis avec un superbe pli d’anticlinal.

 

Cluse des Hôpitaux

Cluse des Hôpitaux

Sur l’autre photo, on voit encore mieux le relief particulier du Bugey, qui est assez différent du Jura. Au lieu de chaînons parallèles, le Bugey est un plateau calcaire avec des pentes abruptes de tous les côtés, presque comme un causse sauf que la végétation est différente.

 

Tenay

Tenay

J’ai longé la cluse sur une douzaine de kilomètres jusqu’à l’autre petite ville industrielle de la vallée, Tenay. Elle a encore plus souffert que Saint-Rambert de la fin de l’industrie textile, passant de 4.000 habitants à guère plus de mille. Comme je savais que j’aurais bientôt à monter sur le plateau, je me suis offert une pause au bord du torrent. La commune a bien travaillé pour rendre la place agréable, on dirait presque un mail en bord de rivière alors que c’était à l’origine simplement le terrain vague à l’entrée de l’usine de schappe.

 

Gorge de l'Albarine

Gorge de l’Albarine

La route commence directement à monter dès le centre de Tenay, mais on atteint un peu après un palier au fond d’une gorge profonde et charmante. Je ne me suis pas fait d’illusions, j’ai bien profité du cadre mais je savais que j’aurais bientôt un dénivelé de 450 m à franchir pour arriver à Hauteville sur le plateau. La côte était fatigante parce qu’elle est longue et que c’était la fin de la journée, mais elle n’est pas extrêmement raide et la montée est très régulière, sans raidillons fâcheux. Pour un touriste comme moi, elle est simplement moins motivante parce que l’on est presque en permanence dans la forêt.

 

Reculée de l'Albarine

Reculée de l’Albarine

Ce n’est que juste avant le sommet que la vue se dégage et il faut reconnaître que le panorama devient spectaculaire. La photo montre bien pourquoi le relief me fait penser au moins autant aux Causses qu’au Jura. Le fond de la reculée donne bien sur la photo si l’on tient compte de l’échelle donnée par le mât de la ligne à haute tension.

 

Falaise de Nantuy

Falaise de Nantuy

Ce que l’on ne pourrait voir que sur une photo en gros plan, c’est la cascade de la Charabotte par laquelle l’Albarine quitte le plateau. Comme toujours en région calcaire, la cascade est très modeste en temps normal même si les prospectus touristiques montrent des flots mugissants à certaines périodes. J’étais un peu déçu de la cascade et le détour par la cluse de Tenay ne se justifiait en fait que par souci de m’entraîner en vue des Alpes.

J’étais fatigué et il était tard quand je suis arrivé à la hauteur de la cascade. Après un passage creusé à travers le banc de calcaire, la route continue à monter modérément pour couper les méandres de l’Albarine jusqu’à atteindre Hauteville. Le village est une station de ski de fond animée l’hiver et cela se voit aux deux grands supermarchés et à une déviation qui évite de monter dans le vieux village.

A cause de l’heure mais aussi parce que je ne pensais pas que le centre en vaudrait la peine, je suis resté sur la déviation le long de l’Albarine. C’est une route un peu ennuyeuse, surtout parce que j’étais fortement gêné par un vent du Nord inattendu. Le paysage est austère et assez jurassien, mélange de tourbières, de prés jaunis et de bosquets de sapins.

Après un genre de crête, le tout se transforme en large combe et il ne reste plus qu’à remonter courageusement la vallée contre le vent. J’étais si fatigué que je me suis arrêté pour manger deux bonbons au miel, la méthode miracle qu’un copain m’avait fait découvrir dans le Massif Central. Je ne sais pas si c’est en partie psychologique mais il y a vraiment un effet rapide et convaincant.

A force de remonter sur le plateau, je suis passé au petit village de Champdor où la carte montre une église intéressante. Vue de dehors, elle n’a rien d’impressionnant, et elle était fermée compte tenu de l’heure. Elle contient apparemment un autel baroque en marbre, ce qui ne justifie quand même pas un détour important.

Il me restait 5 km jusqu’à Brénod et je me suis demandé s’il faudrait que j’appelle les hôtes pour les informer de mon retard. Finalement, je suis entré dans le village à 19 h 30 et c’était donc juste dans la limite que je m’autorise. Le monsieur m’avait un peu surpris au téléphone en demandant que je remplisse et retourne un formulaire de réservation, qui est particulièrement bureaucratique chez les Gîtes de France et d’un usage rare pour une seule nuitée. L’avantage est cependant qu’il m’avait envoyé en retour un schéma d’accès bien conçu qui m’a évité de faire le tour du village.

La maison est un pavillon moderne qui ne fait pas grand effet, surtout que certains voisins en ont construit depuis de plus prétentieux. A l’intérieur, c’est plus intéressant, il y a une grande salle de séjour avec une cuisine ouverte mais discrète car séparée optiquement par des étagères et des plantes vertes. La salle de séjour monte jusqu’au toit en partie vitré tandis que les chambres sont au-dessus de la cuisine et du garage. On y monte par un escalier à claire-voie qui donne sur un mezzanine ouvert. Je sais que ce n’est pas un concept particulièrement original mais c’est peu fréquent pour une maison d’hôtes.

La chambre qui est proposée aux hôtes est l’ancienne chambre d’enfants, suffisamment grande pour loger toute la famille à Noël. Je crois me souvenir d’au moins quatre lits. On se sent vraiment accueilli dans un cadre familial, on enlève par exemple ses chaussures dans le couloir d’entrée comme on le ferait au Luxembourg. Le décor de la chambre aussi est très familial avec certains détails rappelant le passage de jeunes enfants.

Dans la salle d’eau qui a été ajoutée en avant de la chambre, j’ai remarqué des photos de jeunes femmes en maillot de bain se prélassant dans des scènes de montagne. J’étais un peu surpris compte tenu du reste du décor et le monsieur m’a expliqué qu’il les avait prises lors de voyages de randonnées organisés dans les Alpes et au cours desquels une semaine passée ensemble permet une certaine camaraderie.

J’ai trouvé amusant que Madame ne s’en soit guère formalisée. Les photos sont peut-être aussi plus à l’intention de leur fils quand il séjourne chez eux; je ne l’ai pas rencontré mais il doit avoir entre 20 et 30 ans vu l’âge des parents. Il est menuisier, métier typique pour le Jura, et spécialisé en charpentes.

Un séjour chez ces hôtes est intéressant mais demande une certaine ouverture d’esprit. Leur présentation sur Internet mentionne clairement leur engagement écologique et on peut donc discuter avec eux d’économie circulaire, d’agriculture biologique et de protection de la nature. Monsieur a une formation d’accompagnateur en montagne (Jura mais aussi Alpes) et organise des randonnées en altitude avec bivouac en pleine nature. Il y a une version confort avec hamacs dans des arbres. Ceci m’a un peu rappelé les voyages en Islande.

Madame s’intéresse beaucoup à l’agriculture biologique même si elle doit renoncer à beaucoup de productions pour son potager en raison de la longueur de l’hiver sur le plateau de Brénod. Elle m’a donc servi un repas végétarien avec par exemple une délicieuse salade de lentilles et un plat au quinoa.

Je ne me souviens pas avoir eu une conversation particulièrement profonde, j’ai une certaine sympathie pour l’enthousiasme du milieu écolo-végétarien mais je ne suis pas un partisan fanatique. Le problème des conversations avec des enthousiastes est que l’on n’apprend pas grand chose vu que les arguments et les problèmes me sont déjà connus par les publications des ONG luxembourgeoises.

Une chose que j’ai apprise dans un tout autre ordre d’idée est l’explication pourquoi il y a deux chefs-lieux de canton à 10 km de distance sur un plateau peu peuplé. C’est parce que les habitants de Brénod sont imbus d’une rivalité ancestrale envers ceux de Hauteville, le village principal. Vu les conflits violents qui risquaient d’éclater lors des campagnes électorales, le préfet a préféré ériger Brénod en canton à part qui n’a jamais compté plus de 3.500 habitants. Comme on le sait, les cantons ont été supprimés en 2014 et le mot ne désigne plus que des circonscriptions électorales entièrement remaniées.

 

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