Etape 13: Valmijoux

Jeudi 18 juin

96 km, dénivelé 1549 m

Beau et très doux dans le Bugey, couvert et presque frais dans le Valmijoux

Brénod – col de la Cheminée – Jalinard – Les Vuires – col de Bérentin – Saint-Germain-de-Joux – Champfromier – col de la Faucille – Gex – Divonne

Valmijoux, département 01

Journée bien équilibrée en terme d’itinéraire, le dénivelé important se fait par étapes et sans côtes trop raides. Il ne faut pas attendre beaucoup de monuments historiques dans le Jura, ceci étant compensé par une série de paysages typiques superbes.

J’ai noté une confiture intéressante au petit déjeuner: la dame ajoute dans sa confiture de prunes deux brins de lavande par kilo et ceci donne un goût vraiment intéressant. La lavande pousse bien dans le climat frais et humide et pousse d’ailleurs aussi au Luxembourg, elle accumule simplement moins de parfum.

 

Anciennes granges à Brénod

Anciennes granges à Brénod

Avant de quitter Brénod, j’ai pris une photo de la rue principale car c’est un bel exemple d’urbanisme jurassien ancien. Les maisons ne donnaient pas directement sur la rue, elles donnaient sur une aire couverte par le toit et qui permettait de travailler en hiver sans avoir les pieds dans la neige. Seule l’étable donnait directement sur la rue. De nos jours, l’étable a parfois été transformée en garage, mais l’auvent peut aussi servir d’abri quand il est suffisamment profond. Comme les maisons étaient très mal éclairées côté rue à cause des grands auvents, je suppose que les fenêtres donnaient plutôt sur le jardin potager à l’arrière.

 

 Source de l'Albarine

Source de l’Albarine

Le petit village (moins de 600 habitants) est au bout de la combe de l’Albarine et le monsieur m’avait expliqué que je n’aurais pas beaucoup d’altitude à franchir pour atteindre la crête avec la combe suivante. Je suis parti par une petite route qui monte doucement dans les prairies verdoyantes et qui rejoint un carrefour entre trois petits cols.

 

Combe de Maconnod

Combe de Maconnod

Sur la recommandation du monsieur qui conseillait d’éviter la vallée de Nantua (très industrielle), j’ai pris le col de la Cheminée. La route est ravissante, longeant une combe latérale et traversant l’Albarine près de la source avant d’atteindre la forêt de sapins. Le monsieur m’avait recommandé de faire attention à des orchidées d’un grand intérêt au bord de cette route, mais je n’ai pas reconnu le virage dont il avait parlé et je ne les ai pas identifiées.

 

Vue du Bugey depuis Les Buires

Vue du Bugey depuis Les Buires

Après une dernière ferme et une montée en pente très douce sous les sapins, on atteint le col qui n’est pas très impressionnant et on descend de l’autre côté dans la combe du Valromey, drainée par le Séran qui passe tout près de Virieu. Je n’ai fait que traverser la combe près de la source de la rivière, ce qui m’a quand même permis de profiter d’une belle vue vers le Sud.

 

 Fleurs sauvages dans les prés

Fleurs sauvages dans les prés

Pour sortir du Valromey, il faut monter à 1100 m environ, ce que je n’avais pas anticipé et que j’ai trouvé un peu fatigant en début de journée. En fait, la côte n’est pas très longue et se partage en plusieurs paliers. En plus, le paysage est particulièrement bucolique voire sauvage, on ne passe que deux ou trois fermes isolées et de grandes prairies couvertes de superbes fleurs sauvages de toutes les couleurs. Au dessus de 1000 m, on est aussi souvent dans la forêt de sapins. Tout ceci aurait probablement été assez pénible s’il avait plu, mais j’ai profité d’un temps magnifique tout en restant au frais grâce à l’heure matinale.

 

 Col pour chasseurs

Col pour chasseurs

Au bout de plusieurs virages dans une combe fleurie peu prévisible, la route atteint sans prévenir le col de Bérentin où il n’y a aucune vue. La combe étant en pente douce, l’effet est même un peu décevant pour un col. Sur la photo que j’ai prise, on remarquera que la pancarte du col sert visiblement de cible à des chasseurs n’ayant pas trouvé suffisamment de gibier, ce qui m’a un peu surpris car on voit ce genre de choses plus souvent en Corse que dans le reste de la France.

 

Vue vers la cluse de Nantua

Vue vers la cluse de Nantua

Du côté Nord du col, la descente dans la forêt de sapins est assez raide et très longue, on perd 500 m de dénivelé pratiquement sans interruption. Il n’y a pas beaucoup de panoramas, sauf un peu au niveau du petit village de Lalleyriat où j’ai remarqué un grand chalet construit d’une façon un peu artistique avec des troncs à l’état brut pour soutenir les balcons.

 

Chalet à Lalleyriat

Chalet à Lalleyriat

C’est une très grande maison et on pourrait imaginer qu’elle appartient à un cadre travaillant dans une banque de Genève qui n’est qu’à 30 km. Le chalet me fait presque plus penser aux restaurants touristiques des Montagnes Rocheuses qu’aux chalets savoyards dont le rez-de-chaussée est souvent en pierre ou en béton. Et ce genre de chalet n’est pas du tout jurassien en dehors des stations de ski récentes.

 

J’ai continué à descendre dans la vallée après Lalleyriat mais j’avais suffisamment roulé pour désirer une pause et j’ai sauté sur l’occasion quand j’ai trouvé un parking avec panorama à mi-pente. C’était certainement mieux que de s’arrêter en bas entre la voie ferrée et l’autoroute. Je me souviens qu’il faisait vraiment beau car on pouvait prendre un bain de soleil. Les motards qui sont passés peu après sur la route ne me rendaient pas du tout jaloux avec leurs habits matelassés.

Environs de Saint-Germain-de-Joux

Environs de Saint-Germain-de-Joux

Après la pause, j’ai fini la descente sur une route étroite presque creusée dans la falaise avec des virages raides, pensant que je faisais bien de descendre et non de monter par là. Arrivé en bas, je ne pouvais pas éviter la nationale. Elle est beaucoup moins fréquentée depuis la construction de l’autoroute, mais c’est le grand axe Lyon-Genève et il est donc pas mal utilisé par les estivants voulant épargner le péage, particulièrement par les camping-cars. Il y a aussi quelques camions qui roulent à tombeau ouvert en profitant des lignes droites redressées et de la pente assez raide vers le Rhône.

Heureusement, je pouvais moi aussi descendre la pente raide avec une bonne vitesse et j’ai quitté la nationale après seulement 3 km. Le monsieur de Brénod m’avait prévenu que j’aurais une grande côte dure pour quitter le ravin, mais il faut croire que je commençais à être bien entraîné car je suis arrivé sans grande peine sur le petit plateau de Montanges. Je pense que le dénivelé ne dépasse pas 200 m et c’est bien moins que ce que j’avais franchi la veille avant Hauteville.

Le petit plateau domine le confluent de la Valserine et du ravin que je venais de quitter. En même temps, comme on est tout près du confluent de la Valserine avec le Rhône, on a une vue en enfilade vers la vallée du Rhône. Il faisait trop brumeux pour voir grand chose, je devinais juste les grandes pentes des montagnes de chaque côté du fleuve, le Crêt du Nu sur la rive grauche et la montagne de Vuache sur la rive droite.

Plaine de Seyssel

Plaine de Seyssel

Le petit plateau domine le confluent de la Valserine et du ravin que je venais de quitter. En même temps, comme on est tout près du confluent de la Valserine avec le Rhône, on a une vue en enfilade vers la vallée du Rhône. Il faisait trop brumeux pour voir grand chose, je devinais juste les grandes pentes des montagnes de chaque côté du fleuve, le Crêt du Nu sur la rive grauche et la montagne de Vuache sur la rive droite.

Je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite, mais la raison pour laquelle on monte sur le petit plateau est que la Valserine franchit une série de barres calcaires tous les 5 ou 6 km. Celle de Montanges est la dernière vers l’aval mais aussi celle qui donne le plus beau paysage parce qu’on la voit de haut. Il y a aussi un pont qui permet de traverser la gorge, le Pont des Pierres, construit à l’origine pour un tramway.

Défilé du Grand Essert

Défilé du Grand Essert

Le Pont des Pierres est connu des spécialistes parce qu’il fut difficile à construire: comme c’est un pont à voûte en béton, il fallait un échafaudage permettant de couler le béton, mais faire tenir un échafaudage 65 m au-dessus du torrent était assez osé. Le nom vient du fait que c’était un pont en maçonnerie à l’origine en 1910, détruit par les résistants en 1944.

C’était le pont en maçonnerie le plus haut du monde, mais il n’était pas très long comparé au pont Adolphe à Luxembourg construit en 1903 ou au pont encore plus long de Plauen en Saxe inauguré en 1905. Je ne suis pas allé jusqu’au pont, d’abord parce qu’il aurait fallu remonter la pente ensuite, mais aussi parce que je ne suis pas fanatique des endroits vertigineux.

 

Défilé de Chézery-Forens

Défilé de Chézery-Forens

Après avoir traversé Montanges, la route tourne vers le Nord pour rejoindre la rivière qui coule dans une combe jurassienne typique mais particulièrement encaissée entre le Crêt de Chalan et le Crêt de la Neige. Ils dépassent tous les deux 1600 m et le fond de la combe n’est qu’à 600 m, ce qui la rend assez impressionnante.

 

Poste art déco

Poste art déco

On voit bien la combe depuis Montanges ou aussi depuis le village voisin de Champfromier où j’ai ai remarqué un très joli bureau de poste repeint dans un orange fort gai. Le balcon et les grilles du rez-de-chaussée sont dans le style art déco et la police utilisée pour le lettrage est vraiment originale. Il y a aussi un curieux petit auvent au coin qui protège la boîte aux lettres. En dehors du bureau de poste, j’ai remarqué que la route traverse un ruisseau au niveau d’une vraie petite gorge qui serait une curiosité majeure dans une région moins gâtée.

 

Petite gorge à Champfromier

Petite gorge à Champfromier

Le village est tombé de 1300 habitants en 1800 à seulement 300 au milieu du XXème siècle, mais la population a doublé depuis grâce à l’installation d’une usine. Chose plutôt exceptionnelle en France, c’est une PME fondée en 1972 qui produit maintenant dans six pays et qui est cotée en Bourse, et elle a toujours son siège à Champfromier sans avoir été rachetée par un groupe international. Autrement dit, c’est un équivalent français des PMI allemandes qui font tant rêver les ministres des autres pays européens.

L’installation dans une région à première vue surprenante s’explique par la branche d’activité, les pièces pour automobiles en plastique: la vallée d’Oyonnax située à 30 km est la capitale française du plastique. Oyonnax n’est pas la seule ville française qui a un tissu de PMI dynamiques, il y a aussi par exemple Cluses, Yssingeaux et Castres – mais il n’y en a pas beaucoup. Trop de villes dépendent soit d’une seule industrie dominante (Toulouse, Clermont-Ferrand ou Saint-Nazaire par exemple), soit de multinationales.

Après Champfromier, j’ai eu la surprise d’une belle descente maintenant que j’avais franchi le premier verrou du Valmijoux. J’ai traversé la Valserine au village de Chézery, ce qui est beaucoup moins fatigant que le Pont des Pierres un peu plus en aval au milieu du défilé. A partir du pont, la route reste plus ou moins au fond de la combe mais remonte lentement la vallée.

 

Petit affluent

Petit affluent

Maintenant que j’avais monté une bonne partie du dénivelé et que la pente devenait à nouveau modérée, j’ai cherché un coin pique-nique. Il n’y a pas de parking aménagé dans le fond de la combe qui est le plus souvent boisée, mais on peut évidemment facilement s’arrêter à vélo si on trouve un petit bout de chemin forestier, le seul genre d’endroit à peu près plat.

 

Genre d'orchidée

Genre d’orchidée

Il faisait assez agréable mais un peu lourd et il y avait une grande variété d’insectes de taille et de bruit variables qui m’inquiétaient beaucoup. Par prudence, j’ai mis le pantalon de pluie et un blouson pour ne pas être piqué. Je préférais transpirer un peu (l’ombre était clairsemée) et je n’ai été piqué que deux fois en une demie-heure, mais je m’inquiétais trop pour profiter vraiment de la pause. J’ai quand même admiré les fleurs sauvages, toujours très belles dans les moyennes montagnes comme l’Auvergne et donc le Jura.

 

Falaise du Reculet

Falaise du Reculet

Il n’y a qu’un seul endroit où le Valmijoux est trop raide pour la route. On voit la barre rocheuse à l’avance car il y a un chemin de randonnée avec parking bien indiqué. Je trouve le nom du sentier « au fil d’une légende » un peu trop « publicité touristique », mais je ne nie pas que ce soit un beau site. La route monte encore un moment avant d’atteindre la barre calcaire et la franchit par un petit tunnel.

 

 Tunnel de Sous-Balme

Tunnel de Sous-Balme

Elle monte ensuite pour franchir le « défilé de Sous-Balme », endroit le plus spectaculaire du Valmijoux avec une gorge assez érodée. J’ai retrouvé le même genre de verrou rocheux en Savoie et je pense que ce sont d’anciennes moraines glaciaires. En général; la route monte à flanc de montagne en aval pour longer la gorge par en haut, je n’ai pas vu beaucoup de routes longeant le fond d’une gorge cette année.

 

Défilé de Sous-Balme

Défilé de Sous-Balme

Après le défilé, la route est à nouveau dans une combe en pente douce, nettement moins encaissée cette fois-ci. On passe deux villages, Lélex et Mijoux, qui sont des petites stations de ski et qui ont donc une invasion de maisons secondaires sans grand intérêt avec même quelques immeubles qui ne sont beaux que sous la neige. Hors saison, il n’y a que 200 habitants, la route de Genève étant tortueuse et parfois fermée par la neige l »hiver.

 

Office de tourisme de Mijoux

Office de tourisme de Mijoux

Le seul intérêt de Lélex est le gentilé, c’est là qu’habitent les Lélerandes. Le principal intérêt de Mijoux est un magasin de pierres de collection et de bijoux, c’est un artisanat qui eut une certaine importance au XIXème siècle et qui a survécu. De nombreuses pancartes annoncent un musée des pierres qui est en fait une exposition-vente d’un fabricant de bijoux fantaisie et de pierres polies. Je me suis amusé à regarder les nombreuses vitrines; cela me fournissait une petite pause avant la montée finale au col de la Faucille. En face du musée, le bâtiment qui abrite l’office de tourisme a un petit air de station thermale inattendu – et des toilettes très utiles pour remplir ma gourde.

 

Valmijoux depuis la route du col de la Faucille

Valmijoux depuis la route du col de la Faucille

Mijoux est à 985 m et le col de la Faucille est à 1323 m, ce qui n’est pas dramatique car on franchit le dénivelé en 6 km environ. J’étais un peu fatigué en arrivant au sommet puisque j’étais parti avant le déjeuner de 500 m d’altitude, mais je ne me sentais pas épuisé. La route monte avec de nombreux virages assez doux dans la forêt de sapins, n’offrant malhereusement pratiquement pas de points de vue.

 

Vue plongeante sur Mijoux

Vue plongeante sur Mijoux

Elle rejoint au bout des 6 km une route de corniche qui vient de Besançon et qui est beaucoup plus fréquentée. La route devient franchement aérienne peu avant le col à cause de diverses barres rocheuses et je ne me sentais pas vraiment à l’aise avec la circulation importante sur une route pas très large et un peu vertigineuse. Je me suis donc arrêté une seule fois pour le paysage et on voit bien le relief typique du haut Jura avec le fond de la combe défriché pour les pâturages et les flancs des anticlinaux parallèles couverts de sapins.

Le temps paraît aussi assez triste comparé à celui du matin et je me suis rendu compte que c’est un effet climatique local: le crêt de la Neige qui culmine à 1741 m attire les nuages qui tournent autour quel que soit le vent dominant du jour. J’étais finalement assez content de ne pas avoir eu de pluie pendant la montée compte tenu de tous ces gros nuages sombres.

Le col de la Faucille est un grand parking sans vue, il y a juste un restaurant et l’accès dans la forêt vers la partie haute de la station de ski de Mijoux. Entre le temps inquiétant et l’absence de vue, j’ai décidé que le col n’était pas un endroit tentant pour une pause et j’ai commencé la descente vers le lac Léman.

Je m’étais posé la question, mais le col de la Faucille n’a jamais été la frontière franco-suisse. Par contre, ce fut longtemps la frontière douanière de la France car les environs immédiats de Genève, bien que français, formaient une « zone franche ». Elle a une histoire compliquée: quand Genève fut annexé à la Suisse en 1815, le roi de France possédait un territoire qui empêchait la continuité territoriale.

Au Congrès de Vienne, la France dut céder six communes au bord du lac Léman pour que Genève soit relié à Lausanne par une route suisse, et la France dut en plus promettre que le pays de Gex, qui était coupé du reste de la France par le Jura infranchissable en hiver, ne serait pas soumis au système douanier français et pourrait commercer librement avec la Suisse.

En 1921, la France força la Suisse à accepter la suppression de la zone franche, mais un référendum suisse annula le traité. La France appliqua le traité que la Suisse n’avait finalement pas signé et la Suisse porta plainte devant la Cour Internationale de Justice qui condamna la France. A partir de 1934, la France fut donc obligée de rétablir la zone franche (toutefois sans Lélex qui en faisant partie avant 1921) mais les voyageurs furent contrôlés sévèrement deux fois, une fois à la frontière politique pour l’identité et les taxes indirectes, puis une deuxième fois à la frontière douanière pour les droits de douane !

Comme la France et l’Union Européenne ne perçoivent de droits de douane de nos jours que sur des petits montants et peu de produits, les habitants de la zone franche n’ont un avantage que pour de très gros achats comme des voitures importées des USA ou du Japon. Si un Français achète une voiture d’occasion à un habitant de la zone franche, qui a une plaque spéciale rouge, il doit payer le droit de douane a posteriori.

Inversement, les entreprises du pays de Gex produisant des marchandises existant depuis 1815 (donc presque uniquement les produits agricoles) ne payent pas de droit de douane à l’entrée en Suisse. Pour la TVA qui est une taxe indirecte, la zone franche n’a aucun effet. En tous cas, on ne s’en rend pas compte sur place, il n’y a aucune pancarte mentionnant la zone franche et la France ne contrôle plus aux frontières suisses depuis 2008 sauf quand on invite les journalistes pour monter en épingle une affaire de fraude fiscale.

 

Vue vers la vallée de l'Arve

Vue vers la vallée de l’Arve

La descente du Jura vers le Lac Léman est toujours spectaculaire quand on peut trouver un endroit dégagé. C’était la troisième fois que je descendais, mais j’étais passé en 1990 par Nyon et en 2011 par Morges, avec des descentes entièrement ou presque en forêt. La descente du col de la Faucille sur Gex est dégagée presque du haut en bas, en partie parce qu’il y a des maisons à intervalle régulier sur tout le trajet.

 

Evidemment, je peux comprendre le plaisir qu’ont les gens à admirer la vue depuis leur balcon sur la plaine de Genève, le lac Léman et en arrière-plan les Alpes de Savoie jusqu’au Mont Blanc. Malheureusement, le temps était couvert sur les montagnes lors de mon passage même s’il y avait des éclaircies sur la plaine. Il y a eu un petit peu de crachin juste après le col, mais je me suis rendu compte que c’étaient des nuages d’altitude et que j’en sortais très vite.

Vue du Lac Léman

Vue du Lac Léman

Pour la première photo, j’ai été obligé de descendre jusqu’à l’accès d’une maison et de laisser le vélo pour remonter 500 m à pied, la circulation étant trop intense pour laisser le vélo simplement appuyé à la falaise. J’en ai profité pour manger quelque chose assis sur un muret devant la grange des chasse-neige. Une petite voiture s’est arrêtée et un adolescent en est descendu pour entrer dans la grange. Il en est ressorti rapidement avec des lettres dans les mains et il semble donc que les boîtes aux lettres du quartier ont été installées à l’abri d’une petite salle à l’entrée de la grange. Surprenant mais signe que le climat est dur en hiver.

 

Flancs des Monts du Jura

Flancs des Monts du Jura

La première vue que j’ai prise dans la descente est médiocre à cause du temps, c’est plutôt la vue sur les flancs abrupts de la montagne qui est intéressante. Une fois sorti des nuages un peu plus bas (il suffisait de 5 km), le contraste lumineux était moins gênant et je voyais bien mieux la mosaïque des champs du pays de Gex et la bande bleue du Léman. On devine Genève sans que ce soit l’élément dominant du paysage.

 

Fontaine impériale

Fontaine impériale

A mi-pente, je suis passé devant une jolie fontaine datée de 1805 et marquée ‘Napoléon Empereur ». A l’époque, la France avait occupé Genève depuis 1798 et en avait fait le siège d’un département du Léman, d’où l’utilité d’une route directe vers Dijon et Paris à travers les cols du Haut Jura. Ce ne devait pas être une route facile en diligence car il y a 11 km de montée assez raide entre Gex et le col. J’ai vu quelques cyclistes monter mais je préfèrerais monter par les routes suisses plus tranquilles si j’en avais besoin. Pas que cela me tente beaucoup…

 

 Plaine de Genève

Plaine de Genève

Au niveau de la fontaine impériale, on a nettement moins l’impression d’une vue d’avion et on voit moins les Alpes de Savoie. Par contre, on voit nettement mieux le détail du Lac Léman avec la presqu’île d’Yvoire et les collines du Chablais. Tout en bas de la descente, on n’a évidemment plus de vue, d’autant plus qu’il faut traverser la ville animée de Gex.

Cest une petite sous-préfecture dont la population a plus que quadruplé depuis 1960 parce qu’elle attire les navetteurs qui travaillent à Genève mais qui ne peuvent pas payer les loyers suisses (ou qui n’obtiennent pas le permis de résidence). C’est la ville des environs de Genève où le climat est le plus agréable, orientée sud-est avec vue sur le Mont Blanc et protégée des nuages pluvieux par la crête du Jura.

Gex était un territoire savoyard au Moyen-Âge mais fut occupé par la République de Genève puis par le canton de Berne pendant 200 ans. La ville fut entièrement détruite pendant les guerres de religion et la Savoie comme Berne furent d’accord pour la laisser au roi de France en 1601 quand celui-ci récupéra la Bresse. L’histoire explique l’absence de monuments majeurs et je n’ai donc fait que traverser une ville qui était assez agitée au moment de la sortie des bureaux.

 

Château de Vesancy

Château de Vesancy

Entre Gex et Divonne à la frontière suisse, comme entre Thionville et la frontière luxembourgeoise, le paysage est rural avec des villages isolés. Le plus joli est Vesancy; je n’ai pas eu le courage de monter jusqu’au centre du village mais la photo donne quand même une impression charmante avec au milieu la « maison forte » du XVème siècle. Dans cette région, les seigneurs semblent avoir quitté assez tôt leurs châteaux forts au sommet des collines et ont déménagé dans de grosses maisons au centre du bourg défendues par des tours rondes ou carrées. C’est pittoresque.

A mon grand plaisir, la fin de l’étape a été une nouvelle grande descente jusqu’au centre de Divonne, seule ville aux environs de Genève où Booking.com avait proposé un hébergement abordable en dehors des hôtels de zone industrielle, qu’il vaut mieux éviter si on n’aime pas les murs sonores, les odeurs de cigarettes, les cafétérias de supermarché et les bruits d’avion ou de camions. L’hôtel de Divonne proposait ses chambres à 61 €, ce qui est au-dessus de mon budget normal, mais a accepté comme les hôtels familiaux le font souvent de faire une demi-pension à un prix raisonnable (80 €).

 

 Vue depuis ma chambre d'hôtel

Vue depuis ma chambre d’hôtel

Je savais comment trouver l’hôtel parce que j’avais regardé un plan de la ville sur Internet, c’est à recommander car la circulation n’est pas très logique dans Divonne. L’hôtel est au-dessus d’un carrefour assez passant sans trottoir et il ne faudrait pas y venir avec des enfants qui pourraient échapper à la surveillance de leurs parents et courir sur la rue, mais les chambres sont bien insonorisées et j’avais une très jolie vue depuis ma fenêtre. Les nuages étaient un peu remontés et je voyais donc les montagnes du Chablais que j’allais longer le lendemain.

 

Bar de l'hôtel à Divonne

Bar de l’hôtel à Divonne

La dame est tout à fait charmante et l’accueil est vraiment familial et chaleureux. C’est son mari qui fait la cuisine et il a un tour de taille qui fait penser qu’il fait de la bonne cuisine. L’hôtel a été redécoré de façon sympathique avec en particulier un bar rond très original qui valait une photo. Je n’y ai vu personne mais je passais hors saison.

 

Le bâtiment date à l’origine de 1893 puis fut agrandi dans les années 1960 grâce à une subvention du casino. Il y avait peu de casinos en France sous De Gaulle et celui-ci était le plus grand de France, ce qui fait qu’il avait les moyens d’encourager les hôteliers à s’agrandir. Ceci correspondait aussi à une politique d’équipements publics très ambitieuse menée par le maire inamovible de l’époque, qui régna de 1945 à 1974. La décoration actuelle de l’hôtel est l’œuvre des propriétaires qui l’ont repris en 2006.

Pour le dîner, je savais que je serais seul, ce qui n’était pas trop grave après deux tables d’hôtes. En fait, il y avait d’autres hôtes, deux groupes de dames joviales et pas très minces. J’ai eu l’occasion d’échanger quelques plaisanteries avec elles entre les plats, ce qui n’est pas toujours possible quand la clientèle se compose surtout de VRP ou d’amoureux en goguette.

Maison du directeur des thermes à Divonne

Maison du directeur des thermes à Divonne

En l’occurrence, la clientèle de Divonne se compose pour l’essentiel de curistes (on y soigne en particulier l’obésité) même si la dame m’a expliqué qu’elle avait choisi de ne pas se faire attribuer d’étoiles – le confort est un bon ** mais il faut payer l’inspecteur assez cher et il trouve toujours des travaux in-dis-pen-sa-bles. Elle offre des prix raisonnables afin de remplir les chambres par des VRP et des sportifs de passage en plus des curistes.

J’ai pris dans le menu des pensionnaires le melon au jambon cru, un foie de veau poêlé (plat que je n’avais pas mangé au restaurant depuis très longtemps) servi avec de la purée et du fromage. On voit que c’est vraiment de la bonne cuisine familiale. Le cuisinier avait surtout travaillé le dessert, des petits cubes de nectarines dans une gelée aux fraises. Il en restait deux portions et on voit que c’est un restaurant familial car on pouvait en manger au petit déjeuner le lendemain matin (pas mauvais avec un yaourt).

 

 Rond-point à Divonne

Rond-point à Divonne

Comme les dîners pour curistes sont servis assez tôt, j’avais largement le temps ensuite de me promener un petit peu dans Divonne, profitant de ce que je n’étais pas trop fatigué après la grande descente à la fin de l’étape. La ville est née autour des sources thermales et a su s’adapter aux modes, construisant des hôtels mondains au XIXème siècle, un golf en 1931, des thermes thérapeutiques en 1954, un lac avec école de voile dans les années 1970 et des intallations de wellness récemment.

 

Casino de Divonne

Casino de Divonne

Le casino a beaucoup de succès avec les Suisses, je crois sans en être certain que les jeux de hasard continuent à être interdits dans le canton calviniste de Genève. Ce fut le plus grand casino de France jusqu’à la multiplication de ce genre d’établissements dans les années 1990.

Je n’ai pas visité les thermes ni le casino mais je me suis promené dans le parc et dans le centre ville piétonnier, installé le long du torrent. Le parc est plein de fleurs et on peut voir quelques-unes des sources thermales. Ce ne sont pas des robinets comme à Vichy, plutôt des résurgences qui forment de petits étangs où les remous montrent l’arrivée d’eau.

 

 Source à Divonne

Source à Divonne

On distingue entre les sources vauclusiennes et les sources artésiennes; je pense que l’étang de la photo, savamment éclairé par les lampadaires de l’hôtel des thermes, est de type artésien. Si j’ai bien compris, une résurgence vanclusienne est un ruisseau qui sort d’une falaise tandis qu’une résurgence artésienne se produit quand l’aquifère souterrain trouve une faiblesse en surface et sort en petite fontaine.

 

 Mairie dans les anciens thermes de Divonne

Mairie dans les anciens thermes de Divonne

Le parterre qui m’a le mieux plu est celui devant l’hôtel de ville. Le bâtiment est un exemple typique de l’architecture des années 1950, ce sont les anciens thermes de 1954 qui sont plus intéressants que beaux. Par contre, le parterre est orné de plantes que j’ai très rarement vues en France et qui sont probablement celles que j’aime le mieux, des fougères arborescentes qui me rappellent toujours la Nouvelle-Zélande (et l’Australie). Sachant qu’elles ne supportent pas le gel, il faut supposer que le climat de Divonne est étonnamment doux en hiver.

 

Temple protestant de Divonne

Temple protestant de Divonne

Je suis revenu à l’hôtel en longeant le torrent dans la zone piétonne puis en passant devant une église qui valait une photo car c’est un temple anglican. Par les proportions et les gâbles gothiques en bois peint, il n’est pas sans rappeler lui aussi les églises rurales de Nouvelle-Zélande. Il était certainement indispensable au XIXème siècle dans une ville voulant attirer des curistes étrangers.

 

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