Etape 14: Chablais

Vendredi 19 juin

88 km, dénivelé 868 m

Beau voire très beau, vent du nord froid sur le lac

Divonne – voie verte – Grilly – Versonnex – Bossy – Onex – Ferney-Voltaire – Vireloup – Prégny – Genève – Hermance – Nernier – Yvoire – Sciez – port de Séchex – Séchex – Anthy – Thonon – Fontany (sur Vacheresse)

Chablais, département 01, canton de Genève, département 74

Etape facile tant par la distance que par le dénivelé, conçue exprès entre des étapes plus sportives. Il est évident que l’étape ne permet pas de visiter les musées de Genève (qui en sont la principale attraction car la ville en soi ne m’a jamais paru très belle en dehors du site). Si l’on ne traîne pas trop le long du lac Léman et que l’on trouve un hébergement abordable, je recommande de coucher à Abondance plutôt qu’à Fontany, ceci ajoute seulement 10 km et l’abbatiale d’Abondance est intéressante même si un tel horaire ne permet pas de visiter le cloître en détail (ouvert seulement de 14 h à 17 h).

J’ai très bien commencé la journée car la dame propose un excellent buffet inspiré des habitudes germaniques plutôt que du style français. Il y a plusieurs sortes de charcuterie, un plateau de fromage et un large choix de pains. Il y avait aussi une curieuse confiture maison à base de citron vert adouci par de la noix de coco. Je n’aime pas beaucoup la noix de coco et j’ai donc goûté avec prudence, le goût est original.

On peut évidemment rejoindre directement la rive du lac Léman depuis Divonne, mais cela ne se justifie pas car la route est séparée du lac par les propriétés privées en Suisse (comme d’ailleurs sur le lac de Constance). Je suis donc resté en France pour le moment et j’ai pris la piste cyclable installée sur l’ancienne ligne de chemin de fer de Divonne. Je l’ai cependant abandonnée dès le premier village, Grilly, car elle passe trop au nord,

 

Maison forte de Grilly

Maison forte de Grilly

Le village possède une magnifique maison forte directement au bord de la nationale, le château de la Tour de Grilly. C’est le siège ancestral d’une puissante maison féodale; un baron de Grailly (l’orthographe ancienne) devint sénéchal de Guyenne au XIIème siècle et ses descendants devinrent comtes de Foix. Les Grilly vendirent leur terre en 1481 et le château actuel fut construit à ce moment-là pour les nouveaux propriétaires.

 

Château de la Tour de Grilly

Château de la Tour de Grilly

Il appartient maintenant à un diplomate qui a financé une rénovation remarquable. La photo montre aussi la mairie qui est installée dans l’ancienne grange. On peut se promener librement dans la cour et admirer la tour mais la façade arrière est quand même la partie la plus évocatrice.

 Chaîne du Jura depuis Sauverny

Chaîne du Jura depuis Sauverny

Après Grilly, j’ai pris la route de Ferney-Voltaire qui est malheureusement une route nationale extrêmement fréquentée par les camionnettes d’ouvriers du bâtiment qui roulent beaucoup trop vite. Je me suis offert une petite pause photo pour admirer la ligne des crêtes du Jura – on voit l’emplacement du col de la Faucille franchi la veille, c’est le seul endroit où la crête s’abaisse. La pause m’a aussi servi à étudier la carte et j’ai décidé de quitter la route principale au village suivant et de traverser un petit coin de Suisse après Versonnex.

La petite route qui passe la frontière vers Bossy est parfaitement indiquée et il n’y a plus de contrôles douaniers. Le village est bucolique, propre et solide comme tout village suisse. J’ai eu un peu de peine à trouver la route qui figure sur ma carte entre Bossy et le village français d’Ornex car les autorités suisses et françaises ne la considèrent pas comme un point frontalier autorisé.

C’est donc en fait un simple chemin de terre dans lequel j’ai été obligé de pousser le vélo sur 500 m. De nombreuses pancartes menacent les voyageurs empruntant ce chemin de toutes sortes de désagréments s’ils se livrent à des trafics illicites allant du blanchiment d’argent au transport de produits alimentaires. Je suppose que quelques agriculteurs de Bossy ont des terres en France et qu’il faut donc laisser le chemin accessible.

 

Château de Ferney-Voltaire

Château de Ferney-Voltaire

Une fois que j’ai réussi à retrouver la route principale après divers virages surprenants dans le lotissement d’Ornex, il ne me restait plus qu’une belle descente pour atteindre le château de Ferney. Il fut reconstruit par Voltaire quand celui-ci s’installa à Ferney en 1758, le choix du lieu étant évidemment très stratégique. Voltaire avait un peu peur de la censure royale et craignait de se retrouver un jour au donjon de Vincennes.

Genève était connu comme la résidence de Rousseau mais la ville était méfiante envers Voltaire qui avait émis des commentaires critiques sur l’oligarchie calviniste du lieu. Habiter à Ferney permettait de se mettre à l’abri à Genève en cas de problèmes en France, mais sans dépendre trop de la bonne volonté incertaine de la République.

Voltaire était un homme d’entregent et habiter dans un trou à la campagne n’était pas son idéal. Il passa donc beaucoup de temps à surveiller la construction du château et d’une centaine de maisons dans le village destinées à attirer des artisans et à lancer une activité industrielle. Voltaire était en effet un spéculateur fort habile qui avait gagné beaucoup d’argent avec ses placements capitalistes. On oublie souvent cet aspect quand on se concentre sur sa philosophie ou sa critique sociale.

Le château fut en partie modifié par des propriétaires ultérieurs et ne contient que peu de meubles d’époque. Il fut cependant racheté par l’Etat en 1998 et se visite donc surtout pour les évocations littéraires et historiques.

Eglise de Fernay-Voltaire

Eglise de Fernay-Voltaire

En contrebas du château, en bordure du village d’origine, je suis allé voir l’église paroissiale. Chose très rare en France, elle fut construite sous Louis XVIII, en l’occurrence parce que le curé était jaloux d’un nouveau temple protestant inauguré à Ferney en 1823. On visite ainsi un remarquable exemple d’église Restauration avec de très nombreux détails d’un grand intérêt:

– les bas-côtés sont séparés de la nef par des colonnes doriques sans aucun triforium, abandonnant les élévations normales des basiliques catholiques

 

Nef néo-classique

Nef néo-classique

– les bas-côtés sont couverts d’un plafond au lieu des voûtes usuelles, retour à la tradition paléochrétienne

– la voûte surbaissée de la nef est ornée de caissons disposés en diagonale avec des frises hellénistiques caractéristiques

– l’abside abrite une statue éclairée par une lucarne cachée selon un principe illusionniste baroque surprenant en 1824

Tradition baroque

Tradition baroque

– la tribune contient un grand tableau au lieu de l’orgue habituel

– les fonts baptismaux sont d’une forme très rare avec un couvercle en semis d’étoiles

 

Fonds baptismaux étoilés

Fonds baptismaux étoilés

– enfin, les candélabres représentent des dragons (ou des cygnes ?) dont on se demande ce qu’ils viennent faire dans une église.

 

Lustre à réminiscences Empire

Lustre à réminiscences Empire

Curieusement, l’extérieur est très simple comme d’usage à l’époque alors que l’intétieur est unique et très riche.

Ferney est une petite ville animée grâce à la frontière suisse et à l’accès direct hors douane pour l’aéroport de Genève. La population a augmenté de 1.275 habitants en 1954 à presque 9.000 actuellement, ce qui doit en faire une des croissances les plus fortes de France en dehors des villes nouvelles. Quand on se dirige vers la frontière, on passe en quelques mètres de l’agitation commerçante aux champs des villages suisses…

Je ne pouvais pas prendre la route principale de Genève car elle traverse la zone de l’aéroport par un tunnel dangereux pour les cyclistes; je suis donc passé à la place par la petite route qui contourne les pistes du côté suisse. Je suis tombé très vite sur un itinéraire cycliste bien indiqué qui se dirige vers le centre de Genève. Il faut faire attention aux carrefours car il prend des passerelles ou des rues résidentielles inattendues, mais il est très pratique et calme.

La différence avec les itinéraires français saute aux yeux: en France, on commence à construire des pistes cyclables, mais ce sont le plus souvent des bandes sur le trottoir le long des avenues principales ou alors d’anciennes lignes de chemin de fer. En Suisse et en partie au Luxembourg, ce sont des itinéraires qui utilisent des chemins goudronnés et des petites rues dans l’idée d’éviter exprès les avenues principales.

 

Montagnes du Chablais

Montagnes du Chablais

J’ai quitté l’itinéraire direct à Prégny dans la banlieue de Genève parce que je n’avais pas envie de me retrouver sur la grande route du bord du lac. J’ai constaté que mon choix m’obligeait à monter un bon petit raidillon mais il faut reconnaître que la vue depuis le parvis de la mairie de quartier de Prégny m’a récompensé pour l’effort. Maintenant qu’il faisait un temps magnifique, l’eau du lac ruisselait au soleil et ceci se voyait bien mieux depuis la colline.

 

Musée à Genève

Musée à Genève

Je suis descendu ensuite au bord du lac puisque j’étais déjà près du centre ville de toute façon. Je suis passé devant une série de grands bâtiments élégants dans des parcs ombragés et j’ai été surpris de constater qu’une bonne partie d’entre eux sont des musées. Je suis passé ainsi devant le musée d’histoire des sciences, qui se trouve dans une très belle villa de 1830, le musée de la céramique, celui de la Croix Rouge et le jardin botanique.

 

 Collection botanique

Collection botanique

Je suis aussi passé devant le siège de la Société des Nations, où je me souviens avoir été il y a des années pour acheter des timbres des Nations-Unies. Je n’achète presque plus de timbres neufs depuis que je ne travaille plus, d’autant plus que j’en ai déjà vraiment beaucoup, mais j’aimais bien les motifs.

 

Bords du Léman à Genève

Bords du Léman à Genève

Après une descente raide entre des murs un peu inquiétants, j’ai pu traverser la route nationale et accéder à la promenade qui longe le lac Léman. Elle traverse tout le centre de Genève sur environ 4 km et a un caractère assez différent selon la rive. Sur la rive droite, c’est une promenade mondaine au pied de grands hôtels qui fait penser à la Promenade des Anglais à Nice.

 

 Promenade de la rive droite

Promenade de la rive droite

Une petite digue protège des eaux transparentes agitées par des petites vagues et un flot ininterrompu de touristes plus on moins élégants parcourt la promenade. Je ne suis pas sûr que l’on a le droit d’y circuler à vélo, mais je n’ai pas vu de pancartes et j’ai croisé quelques autres cyclistes, obligés comme moi de freiner souvent pour les passants. La vue donne sur le célèbre jet d’eau et sur le Mont Salève tandis que l’on remarque assez peu les immeubles de la rive en face

 

 Jet d'eau et Mont Salève

Jet d’eau et Mont Salève

Plus près du centre, on passe le port des vedettes qui traversent le lac vers la plage située sur la rive gauche, puis le lac se termine au niveau d’un pont très fréquenté. J’ai pris une passerelle parallèle qui traverse le Rhône naissant bien qu’encore assez calme comparé aux rapides un peu plus en aval. Les immeubles au bord du Rhône sont assez laids et sans unité.

 

Piscine dans le Rhône

Piscine dans le Rhône

Par contre, un pavillon construit sur une île artificielle au milieu du fleuve rappelle l’architecture enjouée de la Belle Epoque. J’ai pris une photo avec un cadrage recherché et la chose rouge qui flotte sur le fleuve est une piscine découverte. Je pense que c’est une piscine publique, j’ai vu de loin une ou deux personnes s’y baignant.

 

Jet d'eau et Jura

Jet d’eau et Jura

Une fois que l’on arrive rive gauche, on a une vue un peu différente de la rive droite. La promenade est beaucoup plus large, avec une bande de verdure, et nettement moins fréquentée car elle conduit seulement à la plage et à des villages au milieu des champs. On voit évidemment toujours aussi bien le jet d’eau, avec en toile de fond les crêtes du Jura, mais je trouve que les immeubles sont plus voyants depuis la rive gauche.

 

Plage rive gauche

Plage rive gauche

La vue change au bout de la promenade au niveau de la plage, on voit le paysage s’ouvrir en même temps que le lac. J’ai vu très peu de bâtiments remarquables sur la rive gauche, essentiellement un château au milieu d’un grand parc dans lequel on peut déjeuner de façon très élégante.

Je m’étais demandé où je pourrais m’offrir un en-cas pendant la traversée de Genève, qui prend bien 1 h 30 à vélo. Finalement, ne trouvant pas de banc agréable sur la rive droite, j’ai été obligé d’attendre la rive gauche et je commençais à avoir vraiment un peu faim. J’avais évidemment des provisions achetées en France, n’ayant aucune envie de changer quelques euros en francs suisses pour une simple viennoiserie – indépendamment du fait que les prix sont beaucoup plus élevés en Suisse pour l’alimentation. Le banc de la rive gauche était très agréable, avec une vue sur les sportifs qui couraient entre le centre ville et la plage.

J’ai quitté Genève par le bord du lac, ne me faisant pas d’illusions sur le fait qu’il n’y a pas de route côtière. Effectivement, peu après la plage, la route monte sur une colline et ne retrouve plus le lac sur les 10 km jusqu’à la frontière. On le voit simplement de temps en temps entre les villas. C’est une banlieue tranquille et plutôt bourgeoise, moins dense que la banlieue sud le long du Rhône et moins agitée que la banlieue nord le long de l’autoroute de Lausanne.

 

Centre de Collonge

Centre de Collonge

La première banlieue, Collonge, justifiait un court arrêt pour la place villageoise avec l’église et la mairie, une grosse maison solide avec les encadrements de fenêtres en bois et le toit en forte pente typiquement suisses. L’effet « rural préservé » est renforcé par la grange qui abrite l' »auberge communale », institution qui n’est pas sans rappeler les « Ratskeller » des villes libres allemandes. Mais tout ceci trompe un peu le visiteur puisque Collonge est également la résidence de l’Aga Khan.

 

 Vue d'Hermance

Vue d’Hermance

Une route très étroite et peu pratique pour les voitures longe la rive à flanc de colline de Collonge à Anières et Hermance, l’accès difficile expliquant certainement pourquoi la banlieue ne s’étend que sur le plateau dans cette partie du canton de Genève. Hermance fait office de charmante villégiature villageoise loin de l’agitation de la ville alors que l’on n’est qu’à 15 km. Curieusement, le club de rugby le plus titré de Suisse se trouve dans ce village de 900 habitants.

 

Le Léman depuis Chens

Le Léman depuis Chens

Après un petit pont au fond d’un ravin, on entre en France et on monte sur une colline d’où l’on a une très belle vue sur le lac. J’ai trouvé à partir de là des pancartes pour cyclotouristes, le conseil général ayant décidé de prolonger l’itinéraire suisse du tour du Léman côté français. C’est une excellente idée même s’il faudra encore quelques années pour terminer le projet. Comme en Suisse, le bord du lac est presque partout privé et on utilise donc des petites routes goudronnées dans les champs en haut des collines. On tortille beaucoup et on ne doit pas craindre les petits raidillons, comme d’ailleurs dans les itinéraires suisses ou allemands.

Ne voulant pas me retarder inutilement avant le déjeuner, j’ai longé la route principale plutôt que l’itinéraire touristique dans la traversée de Chens, ce qui m’a épargné une bonne côte mais qui m’a empêché de passer devant le beau château en partie médiéval de Beauregard avec son parc réputé. J’ai par contre accepté l’itinéraire recommandé dans Nernier, petite villégiature où la route ombragée était charmante mais fort mal revêtue. Ceci m’a permis d’arriver agréablement à la grande curiosité du jour, un « plus beau village de France ».

 

Vieux village d'Yvoire

Vieux village d’Yvoire

Comme Cordes ou La Couvertoirade, Yvoire est un village qui s’est vendu sans états d’âme au tourisme. D’innombrables autocars y déversent toutes les trois minutes des groupes d’excursionnistes. Il s’agit en partie de promenades pour retraités, mais aussi de nombreux autocars proposant aux Américains et Japonais de faire le tour du lac Léman avec visite des sites classiques, Chillon et Yvoire en particulier.

 

Port d'Yvoire

Port d’Yvoire

J’ai commencé par découvrir en poussant le vélo un peu dans le centre du village que j’avais peu de chance de trouver un banc tranquille et ombragé (on trouve plutôt d’innombrables gargotes et restaurants proposant tous de la tartiflette). Je suis donc retourné au parking de délestage au-dessus de la marina et j’ai eu un déjeuner très agréable sous de grands arbres, regardant les excursionnistes qui se promenaient le long des quais en contrebas.

J’ai aussi admiré le ballet des assez nombreuses vedettes qui desservent le lac; elles permettent aux Français de navetter vers Lausanne et Nyon et apportent les touristes amateurs de croisière (comme dans le Golfe du Morbihan). Les prix des vedettes sont typiquement suisses: un aller-retour de Lausanne à Yvoire coûte la bagatelle de 62 €.

 

 Rue du château à Yvoire

Rue du château à Yvoire

Après mon pique-nique, j’ai constaté que j’avais probablement bien le temps de visiter un peu Yvoire. On ne peut pas visiter le château qui est privé, mais les propriétaires ont aménagé un beau jardin de style simili-médiéval sur le thème des cinq sens sur une de leurs parcelles. Je ne suis pas vraiment d’humeur botanique pendant mes voyages à vélo même si j’aime bien ce genre d’attraction normalement – et je trouve le prix d’entrée trop élevé avec 12 € (c’est presque le prix du jardin botanique de Kew, la référence mondiale en la matière).

 

 Rue touristique à Yvoire

Rue touristique à Yvoire

Je me suis donc concentré sur les petites rues piétonnes où il est fort difficile de prendre des photos sans gêner environ 300 personnes dans un rayon de 10 mètres. Les maisons sont toutes dans un style traditionnel, pierres apparentes, pièces d’habitation à l’étage accessibles par un perron, toit en large avancée pour protéger de la neige l’hiver, rez-de-chaussée utilisé pour le commerce (cave à vin ou étable autrefois, magasin de souvenirs ou gargote de nos jours). L’importance du tourisme se voit au fait qu’il y a plus de chambres d’hôtel que d’habitants malgré la possibilité de navetter vers la Suisse.

 

Porte de Genève à Yvoire

Porte de Genève à Yvoire

Je crois que c’est le Maréchal Pétain qui fit classer Yvoire pour empêcher des constructions modernes de défigurer l’effet traditionnel. En fait, j’ai l’impression que les maisons du Chablais étaient plus souvent crépies autrefois quand on en avait les moyens, Yvoire rappelle plus les pauvres villages de montagne que les villages agricoles aisés. C’était à l’origine surtout un petit bourg fortifié serré autour d’un château des ducs de Savoie. Catholiques, ils s’en servaient pour menacer les Genevois calvinistes et résister aux ambitions des Bernois protestants.

 

 Château d'Yvoire

Château d’Yvoire

Après un tour dans les rues, j’ai décidé de remplir la gourde, trouvant une fontaine agréablement rafraîchissante. J’ai eu un moment de panique en constatant que je n’avais plus ma gourde et je me suis dépêché de retourner vers le banc du pique-nique, espérant que personne n’aurait récupéré la gourde pendant les 30 minutes de mon absence. Pas de gourde sur le banc, mais j’avais eu le temps de me calmer et je me suis souvenu de la situation du même genre à Ancenis en 2013. Effectivement, la gourde était simplement cachée au fond de la sacoche. Elle m’a fait le coup plusieurs fois par la suite, mais je ne me suis plus laissé avoir.

 

Clocher en zinc

Clocher en zinc

Je suis alors retourné à la fontaine remplir ma gourde et j’en ai profité pour visiter l’église qui vaut surtout par son clocher en forme d’oignon baroque bavarois. Il brille au soleil parce qu’il est curieusement recouvert d’acier zingué au lieu des ardoises ou tuiles plus classiques. Il était recouvert de fer quand il a été construit en 1856 mais il rouillait évidemment.

 

Porte de Thonon à Yvoire

Porte de Thonon à Yvoire

Après avoir bien fait le tour d’Yvoire, ce qui ne prend quand même pas très longtemps, il était temps de quitter les touristes, les pierres apparentes et les géraniums. J’ai retrouvé la sortie du village l’itinéraire cyclotouriste en direction de Thonon, qui suit en fait la route principale entre Yvoire et Sciez au fond d’une petite baie marécageuse.

 

Dent d'Oche 2222m depuis Sciez

Dent d’Oche 2222m depuis Sciez

La route domine le bord du lac et on a de très beaux aperçus sur la baie, dominée par les coteaux du Chablais et le massif imposant de la Dent d’Oche avec son altitude amusante de 2.222 m. La profonde vallée sur la droite de la photo est la vallée de la Dranse qui est le départ de la route des Grandes Alpes et qui mène au col des Gets. Je l’ai suivie plus tard, partie le soir même, partie le lendemain.

 

Plage de Séchex

Plage de Séchex

Au fond de la baie, il y a une plage typique du lac Léman: minuscule bande de sable au bout d’une petite prairie. Comme il n’y a pas de marée au bord d’un lac, la végétation pousse jusque tout près de l’eau. Il y avait quelques baigneurs endurcis, mais c’est comme en mer, l’eau ne devient agréable qu’en juillet (et même plus chaude qu’en mer d’ailleurs). Depuis la plage, on a une belle vue vers le Nord à travers l’étendue maximale du lac vers Rolle et Morges, villégiatures vaudoises dominées par les crêtes du Jura, ou vers Lausanne avec un peu plus à droite la corniche de Lavaux où j’étais passé en 2011 et les montagnes de l’Oberland bernois.

 

Vue en direction de Morges

Vue en direction de Morges

Entre la baie de Sciez et Thonon, la route principale est une voie rapide très dangereuse avec une circulation considérable, ce qui fait que je ne pouvais que suivre la petite route de l’itinéraire cyclotouriste. Elle donne peu de vue du fait des propriétés privées et a l’inconvénient de descendre de temps à autre sur les rares plages publiques, ce que l’on paye immanquablement par un fort raidillon. Il y a une section agréable quand la route devient si étroite qu’elle est à sens unique sauf pour les cyclistes. Les voitures sont évidemment rares dans cette section !

La route se termine à l’entrée de Thonon, une ville importante avec 35.000 habitants et une circulation intense digne d’une grande ville. Je ne sais pas trop où vont toutes ces voitures, ce ne pouvaient pas être des navetteurs vu l’heure. J’avais traversé Thonon en 2011 mais je n’avais pas visité, m’étant suffisamment attardé à Evian et ayant envie d’arriver à mon hébergement qui demandait une ascension significative.

Cette fois, j’avais au moins le temps de me promener un peu dans la principale rue piétonne, le prétexte étant que je cherchais une boulangerie. J’ai trouvé que les maisons de ville sont assez banales et le principal monument est un château situé en banlieue et devant lequel j’étais passé en 2011, le château de Ripaille. Dans le centre ville, on peut surtout visiter l’église avec un très bel intérieur baroque.

 

Eglise salésienne de Thonon

Eglise salésienne de Thonon

Après l’occupation bernoise pendant les guerres de religion et jusqu’en 1594, il fut nécessaire de refaire la décoration de l’église; le décor est délicieux, mélange de stucs blancs, de lunettes décorées d’amours et d’angelots et de fresques à effets illusionnistes. On retrouve ce style en Bavière un siècle après, mais l’époque rococo emploie plus de dorures et des fresques plus envahissantes qui alourdissent l’impression. Le style baroque est rare en France, on voit plus souvent les formes pesantes et solennelles du style Louis XIV, et un décor à l’italienne est donc rafraîchissant.

 

Effets baroques

Effets baroques

Le retour du catholicisme à Thonon après l’occupation bernoise se fit sans trop de douleur, ce qui peut surprendre dans l’atmosphère enflammée de l’époque, et on l’attribue à la personnalité généreuse de Saint François de Sales qui était coadjuteur d’Annecy à l’époque. On a construit à sa mémoire à la fin du XIXème siècle une basilique néo-gothique envahissante qui devait permettre de détruire l’église baroque jugée démodée, mais les paroissiens étonnèrent le clergé en insistant pour garder leur vieille église. J’ai visité à une autre occasion la basilique, qui vaut surtout par quelques peintures de Maurice Denis.

 

La Dranse à Thonon

La Dranse à Thonon

Après la visite de Thonon, il était temps de se mettre en route pour le dernier morceau de l’étape, une ascension modérée d’environ 400 m répartis sur plus de 20 km. J’avais envisagé un hébergement en table d’hôtes à Abondance, un peu plus haut dans la vallée, mais je n’avais pas pu trouver de chambre libre à un prix raisonnable et je m’étais rabattu sur un hôtel à prix avantageux dans le hameau de Vacheresse à l’entrée de la vallée.

 

 Gorges de la Dranse

Gorges de la Dranse

Si j’avais eu beaucoup de temps et le courage nécessaire, j’aurais pu monter jusqu’à Abondance et revenir ensuite à l’hôtel, ce qui est faisable puisque cela ajoute seulement 15 km. J’y ai renoncé parce que j’avais pris tout mon temps pour profiter du beau temps au bord du lac et parce que c’était un peu une journée « calme ». Je n’ai donc pas visité l’ancienne abbaye d’Abondance, qui possède un cloître intéressant avec de belles fresques gothiques.

 

14-47_600x600_100KBLes vallées d’Abondance et de Morzine sont drainées par un beau torrent de montagne, la Dranse. On ne s’en rend pas vraiment compte sur la carte mais la basse vallée est très encaissée et m’a laissé une impression d’autant plus forte que je ne m’y attendais pas. La route longe le torrent de très près tout au fond de la gorge qui est boisée et souvent très étroite avec des falaises à gauche ou à droite.

14-49_600x600_100KBC’est maintenant une route relativement large bien que tortueuse et c’est vraiment nécessaire en raison d’une circulation très intense, du moins le vendredi vers 18 h. Je suppose que c’était dû à la combinaison des navetteurs, des personnes partant pour leur chalet de weekend et des inévitables touristes, en particulier d’assez nombreux camping-cars que conduisent des retraités anxieux peu habitués aux virages de montagne. Ce qui rend la gorge agréable à vélo est qu’elle est en pente douce avec un paysage qui change après chaque méandre.

 

 Route remplacée par un tunnel

Route remplacée par un tunnel

Au bout de 10 km, j’ai atteint un petit bassin où confluent la Dranse d’Abondance, la Dranse de Morzine et le Brévon que j’avais longé en 2011. Juste avant d’atteindre le bassin, j’ai traversé le passage le plus spectaculaire de la route, un double tunnel d’une longueur désagréable mais heureusement éclairé. L’ancienne route existe encore et permet une belle photo, mais on ne pourrait plus la prendre car elle est coupée depuis si longtemps par des éboulements que des arbres poussent dessus.

 

Kayaks sur la Dranse

Kayaks sur la Dranse

La Dranse étant un torrent assez imposant au printemps, elle est appréciée des kayakistes et j’en ai vu plusieurs depuis le pont près du tunnel. Je pense que c’était une groupe avec un guide car il faisait des pauses et tournait son kayak à contre-courant pour voir si les autres suivaient. Les kayakistes sur la photo donnent une idée de l’échelle imposante du paysage.

 

Tunnel de Boëge

Tunnel de Boëge

Pour sortir du bassin, j’ai pris la route d’Abondance, sachant toutefois que je reviendrai au carrefour le lendemain pour suivre la Dranse de Morzine (il y a aussi un petit col très raide pour ceux qui tiennent absolument à ne pas revenir sur leurs pas). La Dranse d’Abondance traverse une gorge probablement encore plus étroite que celle des Dranses réunies et on la longe au début au fond de la gorge.

 

14-56_600x600_100KBC’était un de ces moments de surprise émerveillée que j’ai eu plusieurs fois pendant le voyage. Puis la route monte progressivement en s’éloignant un peu du torrent et le paysage s’ouvre maintenant que l’on a franchi le verrou rocheux. Je n’ai continué que jusqu’au deuxième hameau de la vallée, ce qui fait que je n’ai eu qu’une idée assez incomplète de la vallée d’Abondance.

J’ai eu l’occasion de passer à Abondance en décembre et j’ai constaté finalement que la vallée est assez encaissée et boisée en tous cas jusqu’au village, ce qui la fait ressembler à celle de Morzine. Abondance n’en vaut pas moins le détour pour le site au pied de belles montagnes et pour les fresques gothiques très séduisantes dans le cloître de l’ancienne abbaye – on peut avoir un aperçu à toute heure, mais on ne peut voir les fresques de près qu’entre 10 et 17 heures.

L’hôtel que j’avais commandé par internet se trouve directement au bord de la route, mais je n’ai pas trouvé cela gênant car il n’y a pas du tout de circulation la nuit. On peut ouvrir les fenêtres si on veut vraiment mais ce n’est pas conseillé en montagne: il se met à faire très frais aux aurores et surtout la proximité des troupeaux implique de nombreux insectes.

 

 Entrée de la vallée d'Abondance

Entrée de la vallée d’Abondance

La propriétaire ne fait pas restaurant le soir mais elle propose un système de demi-pension à un prix démocratique, comme on dit en Belgique. C’est un petit hôtel et il n’y avait qu’une autre chambre occupée ce soir-là hors saison, un couple de motards qui n’avaient visiblement pas besoin de faire la conversation à de tierces personnes. La propriétaire par contre est fort joviale et toute prête à faire un peu la conversation avec un bon rire communicatif.

 

 Pic de la Corne 2084 m

Pic de la Corne 2084 m

L’hôtel est bien décoré dans un style très « chalet savoyard » avec par exemple dans la chambre une jolie frise en bois ajourée avec des motifs de chamois en guise d’abat-jour. Les tissus sont évidemment à carreaux rouges et blancs. La dame m’a attribué une chambre familiale vu qu’il y avait autant de chambres libres et j’ai ainsi eu un cadre des plus spacieux avec un grand balcon donnant une vue imposante sur la Pointe de Tréchauffex à 1636 m.

 

Vue de ma chambre

Vue de ma chambre

Je n’avais guère besoin du salon à côté de la réception vu la grande chambre (à moins que j’eusse voulu regarder la télévision avec la fille de la dame), mais cela ne m’a pas empêché d’y  admirer une série de clarines. La dame m’a expliqué que c’étaient celles du troupeau de ses beaux-parents, qui n’ont maintenant plus l’âge d’avoir du bétail. Les vaches de la vallée sont évidemment des vaches élevées pour le lait qui sert à fabriquer le célèbre fromage d’Abondance, voisin du Beaufort ou du vrai Gruyère.

 

Cloches du troupeau des beaux-parents

Cloches du troupeau des beaux-parents

Les vaches sont en général des abondances, la race locale, ou des tarines, la race de Beaufort, mais les montbéliardes qui viennent du Jura où leur lait produit le comté sont autorisées dans certaines proportions. On a le droit de nourrir les vaches avec divers types de fourrage type luzerne ou foin l’hiver, mais l’éleveur a intérêt à limiter les fourrages « importés » d’autres régions car ils changent la composition du lait, ce qui lui enlève des points au moment de calculer le prix qu’il reçoit pour son lait.

 

Cloches de décoration

Cloches de décoration

Je n’ai pas été dans une ferme laitière cette année, j’avais appris cela en 2011 en couchant à Bellevaux. Cette année, j’ai plutôt appris que les clarines sont devenues plus rares car elles sont souvent volées soit par les touristes, soit par les revendeurs de métaux. Les fabricants sont cependant parvenus à convaincre les gens de la région d’offrir des clarines décorées pour les fêtes familiales et il y en a plusieurs de ce type dans la salle à manger de l’hôtel. Certaines ont de très beaux colliers brodés, d’autres des cloches moulées avec parfois une inscription en relief sur commande spéciale comme ici « Relais du Fontany 2001 ». Je pense que ce doit être assez cher.

Pour le dîner, comme la dame ne sert pas normalement le vendredi soir, elle m’a proposé un assortiment de ses réserves. Elle a offert au couple de motards, qui étaient assez conventionnels, un plat savoyard figurant sur la carte, mais elle m’a proposé autre chose, une grande assiette de charcuteries délicieuses avec une salade verte, puis une spécialité personnelle.

Pour me tenter, elle m’a dit que je pourrais lui en commander autant que je voulais sans supplément – une promesse dangereuse avec un cycliste. Au lieu de servir la tartiflette classique, invention des années 1980 destinée à écouler les invendus de reblochon, elle fait frire des briks (les galettes maghrébines très fines) qu’elle fourre de reblochon et de jambon.

Elle m’en a servi deux, ce qui aurait été une portion suffisante pour un touriste en voiture, et m’en a finalement frit deux supplémentaires puisque j’avais suffisamment faim. Sans que ce soit très raffiné, c’est bon. Je n’ai pas eu de fromage, et donc pas de fromage d’Abondance, mais il aurait évidemment fait double emploi avec les quatre briks au reblochon fondu.

En dessert, j’ai pris tout simplement une glace parce qu’il y avait des parfums intéressants, caramel et génépi. Puisque je mangeais en demi-pension, la dame m’a servi un verre de vin rouge que j’ai trouvé un peu fort. J’ai aussi eu avec ma glace au génépi un verre d’eau-de-vie parce que nous avions pas mal rigolé avec la dame.

Elle m’avait mis dans un coin de la salle à manger où j’ai été dérangé au début du repas par une invasion de mouches. Comme je n’arrivais pas à m’en débarrasser, la dame m’a prêté une tapette et je me suis entraîné entre les plats. J’ai donné libre cours à mes instincts les plus vils et les amateurs de romans policiers auraient été impressionnés de me voir en tueur en série. J’ai tué neuf mouches au total, ce qui est loin d’être aussi simple qu’on se l’imagine peut-être. Le génépi était donc une récompense pour mes instincts sanguinaires.

Il était aussi une réponse de la dame à un souvenir d’enfance, je me souvenais que l’on parlait du génépi quand j’étais en colonie de vacances à Saint-Jean-de-Sixt mais je n’en avais jamais vu depuis. Il y a une raison à cela, c’est que l’armoise (dont on tire le génépi) est maintenant une plante protégée et qu’il est donc devenu interdit de fabriquer de l’eau-de-vie avec des fleurs de la région. Je crois toutefois que l’armoise est moins protégée en vallée d’Aoste sur le versant italien. Le goût me rappelle un peu les liqueurs d’herbes aromatiques allemandes.

Entre le vin rouge un peu fort et le génépi, j’avais bu plus d’alcool que de raison et j’avais en plus besoin de faire descendre tout le fromage fondu des briks, plat peu léger. Je suis donc aller me promener une demi-heure dans le hameau qui s’est avéré assez intéressant.

 

Spécialités savoyardes

Spécialités savoyardes

Je suis passé devant une série de chalets servant soit de location soit de maison de weekend, devant une grosse ferme en activité et devant l’ancienne laiterie qui porte une inscription très ntéressante: « laiterie de la vallée d’Abondance fondée en 1910 – camemberts, bries ». J’ai ainsi découvert les problèmes des paysans vers 1900.

Le lait se vendait bien, mais était difficile à transporter à une époque où la chaîne du froid était facilement interrompue entre les laiteries de montagne et les stations de chemin de fer. Les laiteries coopératives étaient prêtes à fabriquer du fromage, mais les ouvriers étaient trop pauvres pour en acheter et les bourgeois craignaient les produits sentant fort, pensant qu’ils étaient avariés.

Quand on compare le prix du fromage d’Abondance aujourd’hui à celui du camembert de supermarché, on voit combien les habitudes alimentaires ont changé et combien le marketing est efficace pour convaincre les gens de payer un prix plus élevé pour un produit respectant certaines normes.

Accessoirement, si les paysans d’Abondance étaient obligés de transformer leur lait en imitation de camembert qu’ils devaient sûrement vendre peu cher pour compenser le coût élevé du transport, on peut imaginer qu’ils étaient souvent pauvres. Pour la plupart d’entre eux, une économie de subsistance devait être la seule issue possible et l’exode rural était la seule issue si l’on avait plusieurs fils.

Chalet typique pour locations

Chalet typique pour locations

J’étais en tous cas très satisfait de mon étape en vallée d’Abondance tant pour le paysage que j’avais traversé pendant la journée que pour l’intérêt du hameau. J’ai pris une photo d’un chalet particulièrement imposant. Il correspond au type classique avec le soubassement en pierre, le grand balcon protégeant de la neige et l’étage en bois, mais il a été transformé en location avec des volets chou et un écusson savoyard. Les maisons traditionnelles ne sont pas en pierres apparentes en fait, le rez-de-chaussée est crépi en laissant seulement les encadrements de fenêtres et les coins du bâtiment apparents. Curieusement, en Bretagne, c’est justement les encadrements de fenêtres qu’il ne fallait pas laisser apparents de peur de favoriser des infiltrations d’eau.

 

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