Etape 18: Vanoise

Mardi 23 juin

78 km, dénivelé 2055 m

Crachin puis progressivement assez beau et doux (10° au col). Vent de vallée très froid allant vers l’amont sur les deux versants

Séez – Bonneval sur Arc – Bessans village – Lanslevillard

Vanoise, département 73

Il n’y a pas d’alternative au trajet que j’ai pris. Par contre, il est techniquement possible de diminuer le dénivelé en couchant la veille à Tignes ou Val d’Isère. Ceci imposerait l’ascension la plus dure en fin de journée la veille et il y a peu de choix pour les hébergements hors saison, ce qui fait que je ne trouve pas que ce soit une meilleure solution.

Compte tenu du dénivelé et de l’altitude, il faut prendre tout son temps pour la montée (j’ai mis 6 heures plus deux pauses) et prévoir des réserves d’alimentation et de vêtements. Le gros problème sera en général le mauvais temps imprévisible. J’avais choisi exprès fin juin pour franchir le col, il est parfois ouvert dès début juin mais sans garantie. Je préfèrerais éviter cette route en juillet ou août à cause de la circulation touristique. Outre le choix de fin juin, j’ai aussi fait en sorte de passer le col spécifiquement le 23 juin, jour de la fête nationale luxembourgeoise.

J’ai commencé mon petit déjeuner après le jeune chômeur mais avant les motards allemands. C’était un petit déjeuner très simple comme toujours en auberge de jeunesse, je pense que j’apporterais ma confiture préférée si j’allais souvent dans des auberges. Je suis particulièrement peu impressionné par les compotes premier prix, faites avec des Golden dont tout le monde sait qu’elles sont grosses, juteuses et sans aucun goût.

Les Allemands ont fini par apparaître. La veille, ils étaient en habits de moto et avaient juste enlevé leurs blousons. Le matin, ils étaient en civil. Pour le fils, l’effet était particulièrement saisissant car son idée de civil était un petit bermuda flottant et un t-shirt. J’ai trouvé que cela faisait plus tenue de nuit… Soit dit en passant, il avait le physique de son âge, mais faisait un effet assez fade.

Effectivement, l’idée d’accompagner ses parents à moto quand on a 30 ans surprend un peu. C’est Madame Mère qui a la personnalité de loin la plus expansive, c’est elle qui choisit les trajets et guide ses hommes. J’ai donc discuté un peu avec elle de mes impressions dans plusieurs des cols qui pouvaient les intéresser comme la différence entre le col d’Allos et celui de la Cayolle. Reste que je n’arrive pas bien à imaginer si un motard a la même sensation que moi après avoir monté un grand col.

Après avoir pris congé des motards, j’ai récupéré mon sac pique-nique (appelé « panier-repas ») qui contenait un grand sandwich jambon-fromage, une petite compote, une barre de céréales et une petite bouteille d’eau. Ne vaut pas le détour même si cela avait l’avantage que je n’avais pas eu besoin de m’arrêter dans un supermarché la veille.

Tarentaise après la pluie de la nuit

Tarentaise après la pluie de la nuit

Il pleuvait encore assez abondamment quand je me suis levé et il avait déjà plu toute la nuit, mais la pluie a un peu faibli au moment du départ et je me suis même demandé si j’aurais une chance qu’elle s’arrête de tomber. Je n’avais évidemment aucune envie de passer un grand col sous une pluie froide toute la journée, mais j’étais un peu coincé puisque je ne pouvais pas prendre un train de remplacement sans descendre toute la vallée jusqu’à Moûtiers.

La photo que j’ai prise au moment du départ pour montrer le paysage au bas du col à 900 m d’altitude montre des volutes de vapeur s’élevant des arbres. C’est en soi un bon signe, il faut que la pluie diminue nettement pour que la vapeur commence à s’élever. Effectivement, j’ai hésité très vite à enlever le k-way, surtout que l’on a vite chaud en montant une côte.

 

Pour se faire peur

Pour se faire peur

Le col de l’Iseran est certainement une référence en matière de cols et c’était évidemment ma motivation. Ce n’est pas la plus longue ascension ininterrompue en France ni le plus fort dénivelé, ces records appartenant au versant sud du col de Restefond dans le Mercantour, mais le col de l’Iseran vient juste derrière et c’est le plus haut col d’Europe. Il y a quelques routes qui montent plus haut, comme celle de la cime de la Bonette, mais ce sont des routes d’excursion et non des cols logiques et utiles.

Des grands cols que j’ai eu l’occasion de franchir au cours des années, l’Iseran est l’un des plus variés et intéressants. Il y a toutefois des cols plus spectaculaires comme le col d’Allos dans le sens Sud-Nord ou le col d’Agnès dans le sens Nord-Sud et il y a des cols plus harmonieux comme le versant Nord du col de la Cayolle. Cela prouve probablement qu’il faut franchir suffisamment de cols pour avoir des points de comparaison.

La première partie de la montée de Séez à Tignes-Lac est une vallée boisée étroite avec des vues superbes depuis la route en corniche et de nombreuses cascades. La seconde partie est une section presque plate inattendue le long d’un lac de barrage puis à travers la station de Val d’Isère dans les alpages avec de belles vues sur les montagnes.

La troisième partie est une ascension un peu vertigineuse au-dessus de la station et la quatrième partie est un vallon d’altitude austère sur le bord du parc national de la Vanoise. La pente ne dépasse 8% que sur de courtes distances dans la première partie, c’est donc un col objectivement faisable avec des bagages. La route de 1937 n’a pas été redressée au-dessus de Val d’Isère et ceci la rend plus motivante à vélo que la route du col du Lautaret qui est maintenant assez rectiligne et raide.

 

Cascade dans la rampe de Sainte-Foy

Cascade dans la rampe de Sainte-Foy

Pour en revenir à la première partie du trajet, la route est d’abord presque plate un petit moment, ce qui me fournissait une bonne manière de m’échauffer un peu, puis elle monte une belle rampe avec une double épingle à cheveux pour éviter une petite gorge et atteindre le village de Sainte-Foy-Tarentaise. Au passage, j’ai remarqué une jolie cascade alimentée par les pluies de la nuit et qui était facile à prendre en photo en garant le vélo sur un terre-plein. Autant avouer dès maintenant que j’ai vu mieux par la suite.

J’ai atteint Sainte-Foy après 40 minutes d’efforts, ce qui est très raisonnable pour environ 200 m de dénivelé sur 8 km. Comme c’était en plus l’une des deux seules sections mentionnées comme raides sur ma carte et que je l’avais franchie sans la trouver particulièrement dure, j’étais assez content de moi. Il y a un superbe pilier peint en rouge pour faire peur aux cyclistes sur la place du village et on y apprend qu’il reste 36 km et 1800 m de dénivelé jusqu’au col.

 

Retable à Sainte-Foy-Tarentaise

Retable à Sainte-Foy-Tarentaise

Le village est tout petit et la plupart des habitants se répartissent sur des hameaux dans la montagne et sur une petite station de ski. Mais il y a quand même une église un peu inattendue: elle a été reconstruite en 1975 avec un mur en béton appuyé contre le rocher et un mur en verre transparent qui permet de voir les retables baroques récupérés de l’église précédente. L’église était fermée et j’ai donc trouvé le mur transparent pratique pour voir l’intérieur.

 

Chalet à Sainte-Foy-Tarentaise

Chalet à Sainte-Foy-Tarentaise

Ceci mis à part, Sainte-Foy est surtout recommandée pour les beaux chalets dans les divers hameaux. J’en ai même trouvé un directement le long de la route qui m’a semblé valoir une photo. Si l’on regarde les deux étages supérieurs, on peut voir qu’ils sont en partie à claire-voie, le toit étant porté par des colonnes (ici de simples étais). C’est une architecture du Val d’Aoste qui permettait de faire circuler l’air dans le grenier pour mieux sécher le foin et le bois de chauffage.

 

 Environs de Villaroger

Environs de Villaroger

Après Sainte-Foy, la route continue de monter assez raide d’après ma carte jusqu’au hameau de la Thuile. Là aussi, je n’en ai pas tellement souffert, soit parce que j’avais encore l’énergie du petit déjeuner, soit parce que j’étais motivé par les vues croissantes et le temps. En effet, j’avais pu enlever les habits de pluie à Sainte-Foy, il ne pleuvait plus du tout depuis un moment.

 

Cascades près de La Thuile

Cascades près de La Thuile

Au niveau de La Thuile, on a la récompense après avoir bien monté car la route est haut au-dessus de la vallée et donne des vues impressionnantes sur les cascades de la montagne en face. En continuant, on voit bientôt l’explication pour la côte, il faut franchir un verrou rocheux qui forme une gorge étroite et profonde. Au niveau de ce verrou, la pente est si raide que la route passe dans un pare-avalanches. Il y a un restaurant juste avant pour admirer le spectacle l’hiver.

 

 L'Isère à La Raie

L’Isère à La Raie

Après cette gorge, la vallée devient très étroite et profonde, la route offrant un panorama superbe aux cyclistes qui sont les seuls à pouvoir s’arrêter presque n’importe où. A ce niveau-là, on ne voit encore rien du bout de la vallée, du col de l’Iseran ou même des montagnes de la Vanoise.

 

Haute vallée de l'Isère

Haute vallée de l’Isère

Comme cela faisait 1h45 que je montais, tout en respectant d’ailleurs ma technique habituelle d’une petite pause respiratoire tous les 50 m de dénivelé, je me suis offert une pause plus longue au niveau d’un carrefour avec une route secondaire en profitant du banc d’un arrêt de bus. J’ai été surpris de voir plusieurs véhicules entrer ou sortir de la petite route, c’étaient toutes des camionnettes, soit des ouvriers du bâtiment, soit des livreurs.

 

La Gurraz

La Gurraz

J’avais choisi le lieu de la pause non seulement pour le siège mais aussi parce que je voyais qu’il y avait ensuite une certaine distance en pente douce pour se remettre en jambes. J’ai pris deux photos dont une qui montre le hameau de La Gurraz. On voit les résidences secondaires qui s’étalent un peu partout sur l’alpage.

 

 Aperçu du Mont Pourri 3779 m

Aperçu du Mont Pourri 3779 m

L’autre photo était irrésistible parce que les nuages ont commencé à se déchirer, laissant apparaître de l’autre côté de la vallée une montage très haute avec un saupoudrage de neige tombée pendant la nuit. Compte tenu de mes observations ultérieures au col, il faut que la montagne dépasse les 3.000 m et je pense donc que c’est l’un des grands sommets de la Vanoise, le Mont Pourri à 3.779 m. Il domine l’endroit de ma pause de 2.400 m sur une distance de tout juste 3 km à vol d’oiseau, c’est vraiment grandiose.

 

Environs de Piperon

Environs de Piperon

J’ai d’autant mieux profité de la petite section en pente douce qui suit que le soleil a commencé à envoyer de timides rayons à travers les nuages restants, donnant une belle lumière. La photo prise près de Piperon à 27 km du col donne l’effet d’un alpage de haute montagne; on ne serait pas surpris d’une photo semblable prise au sommet d’un grand col des Pyrénees et c’est à cela que je peux reconnaître combien le col de l’Iseran est spécial.

 

Tignes depuis Le Villaret

Tignes depuis Le Villaret

J’ai atteint peu après un carrefour important avec l’ancienne route de Tignes qui traverse l’Isère et monte au sommet du verrou rocheux par des épingles à cheveux. Je pense que ce serait un bel itinéraire si on couche à Tignes, mais il ajoute quelques kilomètres pas très utiles quand on va directement vers le col. Il y a un parking gigantesque juste au-dessus du carrefour qui sert à la fois de terrain de manœuvres pour l’entrée du centre de recyclage et de parking pour mettre les chaînes en hiver. Malheureusement, l’aménagement du parking a imposé de couper deux virages et c’est la seule section vraiment raide de l’ascension (11 % je pense).

 

Site de Tignes-Lac

Site de Tignes-Lac

Cela ne dure pas longtemps même si la route continue de monter sérieusement sur presque 3 km entre le carrefour et le sommet du verrou rocheux de Tignes. Je pense que je commençais à avoir épuisé l’énergie du petit déjeuner parce que j’ai trouvé cette section franchement fatigante. Elle est relativement motivante quand même parce que la pente s’adoucit progressivement et parce que l’on voit en permanence devant soi le mur du barrage de Tignes qui est l’objectif du moment.

Après un échangeur qui semble excessif mais qui est sûrement indispensable en hiver, la route atteint le haut du barrage. Un bras de la route traverse le barrage, dessert Tignes-Lac puis monte dans le lointain vers la station de Tignes dans une combe que l’on ne voit pas depuis le barrage. L’autre bras dessert un petit parking EDF où j’ai posé mon vélo le temps de monter sur le toit d’un petit bâtiment, toit qui sert de table d’orientation. J’ai suivi en cela l’exemple d’un couple de motards et j’ai trouvé qu’ils avaient eu tout à fait raison de s’arrêter un peu plus longtemps à cet endroit.

 

Panorama du barrage de Tignes

Panorama du barrage de Tignes

La vue est très intéressante sur plus de 180°. On voit vers l’aval le hameau des Brevières qui est une annexe du village de Tignes où l’on trouve un camping et des locations. Puis la voûte du barrage qui a englouti l’ancien village de Tignes en 1952. C’était un des grands projets les plus emblématiques de l’après-guerre, fierté des ingénieurs du ministère, car c’était le plus haut barrage en voûte du monde à l’époque (il ne détient plus que le record de France avec 180 m). Dans les années 1980, on avait peint sur la voûte la plus grande fresque du monde, dont je n’ai vu aucune trace.

Le barrage a aussi l’honneur moins connu d’avoir été l’un des premiers sites de résistance citoyenne à un grand projet de l’Etat, il fallut envoyer l’armée et dynamiter l’église pour se débarrasser des habitants qui voulaient rester dans leur village tant qu’on ne leur donnait pas d’assurances suffisantes sur les indemnités annoncées. L’Etat a finalement financé la construction de la station de ski dès 1956.

Le village de Tignes-Lac qui a succédé au village englouti a une situation attrayante sur un mamelon dominant la gorge d’un côté et le lac de l’autre. J’avais envisagé éventuellement d’y passer la nuit pour couper l’ascension mais l’auberge de jeunesse qui s’y trouvait a fermé et il n’y a plus que quelques hôtels un peu chers vu que les touristes préfèrent de loin séjourner directement dans les stations de ski.

 

Lac du Chevril

Lac du Chevril

Depuis le point de vue, on voit évidemment aussi l’enfilade du lac qui n’est curieusement pas entouré de montagnes spectaculaires. La croupe molle au milieu de la photo ne dépasse guère 2.800 m, ce qui est l’altitude du col Le col est toujours invisible, il est plus à gauche après le coude de la haute vallée.

 

Série de tunnels

Série de tunnels

On voit bien sur la photo la route qui longe le lac. Elle est considérée sur la plupart des sites Internet comme l’une des grandes terreurs pour cyclistes en France car c’est une galerie pare-avalanches presque ininterrompue sur 5 km avec plusieurs tunnels. Les cyclistes se plaignent souvent d’une circulation insensée et d’être forcé contre la paroi des galeries par des automobilistes imprudents. En fait, je pense que ce problème concerne avant tout les cyclistes qui descendent du col en plein été. Il peut y avoir aussi un problème si on circule en même temps que les camions de construction, donc vers 9 h le matin ou 16 h 30 le soir.

Je me suis trouvé à longer le lac vers 13 h et la circulation était très modérée, juste quelques motards et voitures particulières, très peu de camions ou de livreurs. La route est presque plate le long du lac et on garde donc facilement sa droite à vélo, les tunnels ne sont pas très longs et bien éclairés, le pare-avalanches est très aéré et comporte plusieurs refuges bien protégés d’où l’on peut admirer le paysage sans problèmes.

 

Vue vers la station de Tignes

Vue vers la station de Tignes

Deux de mes photos donnent une impression de ces refuges. Sur la première, on voit une petite pointe blanche tout au fond de la vallée. C’est probablement la pointe de Méan Martin qui porte un petit glacier car elle culmine à 3.330 m. L’autre photo montre la combe qui abrite la station de ski de Tignes . Elle est dominée par des montagnes modérées de moins de 3.000 m; les grands sommets de la Vanoise dépassent 3.800 m mais sont invisibles derrière la montagne à gauche.

 

Noter le lâcher d'eau

Noter le lâcher d’eau

Après avoir franchi confortablement la zone plate le long du lac, je me suis offert un dernier arrêt-panorama qui permet d’admirer les fleurs sauvages. J’ai surtout remarqué alors une énorme cascade sur la droite que je n’avais pas pu voir depuis la route parce qu’il y a un tunnel à cet endroit pour des raisons que je comprenais maintenant mieux. En fait, vu la quantité d’eau, je pense que c’était plutôt un lâcher de barrage décidé par EDF pour profiter de la pluie de la nuit et remplir un peu le lac. Celui-ci a été vidangé en 2014 et était donc encore assez vide en 2015.

 

Lâcher de barrage

Lâcher de barrage

Gorge de La Daille

Gorge de La Daille

On quitte le lac sur une route toujours en pente très douce, mais qui traverse maintenant une petite gorge. Le paysage du fond de la gorge est un peu triste et gris et je n’ai donc pas trop protesté contre les deux tunnels. Je dois toutefois reconnaître que l’un des deux est un peu désagréable à vélo, il est en montée avec un virage assez raide, ce qui fait que l’on a un peu peur d’être vu trop tard par les automobilistes.

Ce n’est pas la seule route des Alpes où les cyclistes doivent traverser une série de tunnels déplaisants, l’une des routes qui inquiètent le plus étant celle des gorges de la Romanche sur le versant ouest du Lautaret. Comme pour le versant nord de l’Iseran, les tunnels se font relativement bien dans le sens de la montée car on est du bon côté des galeries et il y a un seul tunnel désagréable.

 

 Entrée à Val d'Isère

Entrée à Val d’Isère

Après la gorge un peu triste, la route débouche dans les anciens alpages (il en reste quelques belles fleurs sauvages) et atteint la grande station de Val d’Isère. Assez curieusement pour un village situé à 1.800 m d’altitude et très difficile d’accès autrefois, ce fut une paroisse dès le XVIIème siècle et ceci explique que la station a commencé à se développer longtemps avant la plupart des concurrents, autour de 1930.

Comme les autres stations construites à cette époque, Megève en tête, elle s’adressait à l’époque à une clientèle mondaine, la seule qui s’intéressait au ski. Sa longue histoire explique qu’elle a pas moins de 1.600 habitants toute l’année outre les 33.000 lits pour skieurs. Comme l’altitude élevée garantit plus ou moins un bon enneigement, les prix des hébergements sont particulièrement élevés et toutes les statistiques suivent: le plus grand nombre de restaurants étoilés et d’hôtels de luxe, les appartements les plus luxueux, la dépense moyenne par jour la plus élevée, le chômage le plus bas de France (moins de 2%) et par corollaire un des taux de retraités les plus faibles de France (moins de 7%).

Centre commercial à Val d'Isère

Centre commercial à Val d’Isère

Tout ceci se traduit quand on passe en juin par une pléthore de camions de chantier dans la rue principale, comme d’ailleurs dans toutes les grandes stations de ski. Val d’Isère est intéressante car la commune s’est vite écartée des grands immeubles en béton des années 1960. La plupart des immeubles, en particulier le long de la rue principale le long de laquelle sont presque tous les hébergements, sont tenus de combiner la pierre et le bois pour cacher la structure en béton.

Les proportions sont parfois assez ridicules comme sur le centre commercial de ma photo, qui cite le style traditionnel avec tympan de chalet et colonnes mais sur cinq étages. La plupart des bâtiments sont un peu plus modestes et plus réussis. Sur une autre photo, on voit que la taille normale est plutôt de trois ou quatre étages avec un pignon en pierres et des balcons en bois sombre.

 

 Centre de Val d'Isère

Centre de Val d’Isère

J’ai trouvé la comparaison particulièrement intéressante avec l’architecture bizarre et mal proportionnée de la station des Gets. Comparé à Megève, toutefois, Val d’Isère fait un peu plus artificiel parce que les magasins sont tous le long de la route principale et pas sur une rue semi-piétonne parallèle.

 

Lupins à Val d'Isère

Lupins à Val d’Isère

J’avais besoin de pique-niquer avant ou à Val-d’Isère car la route monte ensuite sans interruption jusqu’au col. Puisque je n’avais pas trouvé de banc au bord du lac, j’ai cherché dans la station et j’ai fini par trouver sur la place centrale au bout de 2 km un assez joli aménagement paysager avec des parterres fleuris, une fontaine et des bancs en escalier au pied de petits immeubles abritant presque tous des agences immobilières.

Chalets neufs à Val d'Isère

Chalets neufs à Val d’Isère

Je me suis d’ailleurs amusé à regarder les prix, qui sont à peu près les mêmes qu’au Luxembourg. Un peu cher pour un appartement de vacances… Certaines annonces sont en russe, ce qui montre bien la clientèle visée. Si on regarde la photo de chalets qui viennent d’être terminés, on a de la peine à dire si c’est à l’intention d’une seule famille mais cela ne me surprendrait pas et explique les prix.

Je ne me suis pas trop pressé pour pique-niquer, soucieux de laisser le temps à mes jambes de se reposer, mais il faisait un peu trop frais pour s’éterniser. Le pique-nique de l’auberge était un petit peu inégal et j’ai déjà dit que je ne suis vraiment pas partisan de la compote de pommes premier prix (faite certainement avec les pommes golden des vergers de la vallée du Buëch vus deux semaines avant). Par contre, je reconnais que le sandwich était bien garni et suffisamment gros pour un cycliste.

Je me suis décidé à repartir un peu avant 14 h. Psychologiquement, Val d’Isère était un endroit assez étonnant. C’est la moitié du dénivelé total (il me restait donc 2 h 30 d’efforts) mais on ne pense pas vraiment à un col avant d’atteindre la station. C’est un beau paysage de montagne mais on se sent vraiment dans une vallée. Dès que l’on quitte la station, par contre, on est clairement dans les alpages dénudés comme on s’y attend dans une montée de col.

 

 Vallon du Fornet

Vallon du Fornet

La route commence par suivre la vallée qui fait un coude brusque vers l’Est en direction de la frontière italienne. La pente n’est pas très raide mais le paysage assez ouvert trompe un peu et je me demandais pourquoi je n’avançais pas plus facilement. La première photo montre le hameau du Fornet qui est le plus haut de la station. Elle montre aussi des motards même si je n’en ai pas eu énormément dans ce col comparé à la route des Grandes Alpes vers Thonon et Megève. Il y a peut-être un lien avec des ponts en Allemagne, pays d’origine de la majorité des motards en juin. C’est peut-être aussi l’heure, les gens s’attaquant rarement à un grand col l’après-midi. Pratiquement aucune voiture pour la même raison.

 

Panorama vers le col

Panorama vers le col

J’étais bien content que le ciel se soit déjà pas mal dégagé, il n’y avait pas assez de soleil pour me faire transpirer mais suffisamment pour compenser le vent froid qui me poussait sur cette section. Je crois que j’ai mis simplement le blouson par-dessus le t-shirt. Un peu après le hameau du Fornet, la vue devient plus imposante. Je voyais très bien un petit bâtiment à la limite supérieure des sapins et je savais que c’était ma prochaine destination, la carte montrant clairement que la route passe devant. Cela représente environ 300 m de dénivelé si je me souviens bien. On voit presque le col qui se trouve juste à droite de la petite pointe enneigée au-dessus du bâtiment, mais c’était un peu trop tôt pour s’en occuper.

 Montée vers le Pont Saint Charles

Montée vers le Pont Saint Charles

Pour monter au sommet du télésiège, la route continue régulièrement dans le fond de la vallée dans de jolis alpages fleuris où l’on est presque un peu étonné de ne voir presque aucune vache. Puis la route franchit une dernière fois l’Isère au pont Saint-Charles, s’offre deux épingles à cheveux puis monte vers la croupe du télésiège. J’ai trouvé cette section nettement plus dure même si j’ai fini par me rendre compte que ce n’était pas vraiment un problème de fatigue. C’est simplement que j’avais maintenant le vent de vallée contre moi. Il était même franchement fort.

 

 Vallon du Pont Saint-Charles

Vallon du Pont Saint-Charles

J’ai été un peu surpris de voir le paysage se dégager aussi rapidement après le pont Saint-Charles alors que l’on ne monte pas extrêmement raide. Une immense montagne apparaît au-dessus de la vallée de l’autre côté, c’est le pic frontalier de la Tsanteleina qui culmine à pas moins de 3605 m. La photo donne l’impression que je suis presque à la même hauteur mais je suis en fait 1500 m sous ce sommet. J’ai pris deux fois le même motif à environ 2 km de distance et c’est intéressant de voir la différence que font 100 m de dénivelé. La seconde photo donne nettement moins l’impression de grandeur que la première.

 

Tsanteleina 3605 m

Tsanteleina 3605 m

Val d'Isère et le Rocher de Bellevarde 2825 m

Val d’Isère et le Rocher de Bellevarde 2825 m

Une fois que j’étais arrivé au sommet du télésiège, je pouvais bien mieux voir Val d’Isère loin sous mes pieds. A cet endroit, la route part dans un vallon latéral un peu bizarre et rocailleux où il y avait plusieurs traces de pelleteuses. Je pense que c’est l’accès estival à un restaurant d’altitude et à un petit lac qui figure sur la carte mais que je n’ai pas vu. Le ravin est un cul-de-sac et la route en ressort par une série de petites épingles à cheveux assez raides qui sont peut-être le moment le plus frustrant si l’on ne s’y attend pas.

La récompense au bout des épingles est un virage avec un parking et même un abri (il y en a d’ailleurs un autre un peu plus bas, chose rare sur les routes de montagne françaises – il ressemble à un abribus). Il y avait aussi un monsieur qui prenait des photos- mais pas des photos du paysage pourtant si impressionnant que le site s’appelle le « belvédère de Tarentaise ».

Il photographiait les motards ou les cyclistes en tenue lycra flashante. Je suis le seul cycliste qu’il n’a pas photographié, il me trouvait sûrement indigne de ses attentions avec mon vélo lourd et mes bagages de touriste. J’ai fini par comprendre que c’était probablement le photographe qui faisait de la publicité sur plusieurs panneaux dans la vallée pour son site Internet où l’on peut acheter les photos de soi-même en plein effort. C’est peut-être une activité rentable hors saison même s’il a sûrement beaucoup plus de clientèle lors des remises de médailles des cours de ski en hiver.

J’avais trouvé la série d’épingles à cheveux assez fatigante. D’abord, le vent était vraiment froid à cette altitude (2.526 m, à peu près 500 m au-dessus de la station donc). Ensuite, je n’avais pas fait de pause depuis le début de la montée et il était vraiment temps après 2 h d’efforts. Enfin, le paysage est moins intéressant momentanément dans le petit ravin.

Belvédère de la Tarentaise

Belvédère de la Tarentaise

Je me suis donc offert dix minutes de pause au belvédère, ayant trop froid pour rester plus longtemps. J’ai mis un maillot à manches longues sous le blouson, ce qui a d’ailleurs parfaitement suffi ensuite car j’ai été en partie à l’abri du vent et il faisait quand même 10°. Je me suis aussi offert les barres de céréales de l’auberge de jeunesse et deux bonbons au miel.

Et j’ai évidemment admiré la vue, mais surtout à travers l’ouverture de l’abri à cause du vent. La photo-panorama est parfaite, elle montre toute la chaîne de la Vanoise avec de nombreux sommets entre 3.200 et 3.600 m. Il y a une chose que l’on ne peut comprendre qu’intellectuellement, c’est que la station au pied des montagnes sur la photo est déjà à près de 2.000 m. On ne voit donc pas ce que représente vraiment une altitude de plus de 3.000 m.

 

 Vallon du col de l'Iseran

Vallon du col de l’Iseran

Après le belvédère, il reste environ 3 km jusqu’au col. Pour beaucoup de cyclistes, c’est très frustrant parce qu’ils sont déjà au sommet en pensée et qu’ils ont déjà eu le panorama. Effectivement, le vallon qui mène au col est une combe assez triste avec des névés et des croupes assez modestes tandis que la pente reste sensible (6% je crois).

Grâce à ma pause et à l’énergie prise, mais aussi grâce à l’absence de vent maintenant bloqué par une petite montagne bien placée, je n’ai pas trouvé la fin de l’ascension trop dure ni trop longue. J’avais eu le même genre de combe triste à la fin de la côte dans le col de Vars ou dans le col de la Cayolle et j’en avais plus souffert que cette fois-ci, ce qui tient cependant aussi au temps bien meilleur.

Congère avec motard

Congère avec motard

Continuant mes pauses respiratoires fréquentes pour répartir l’effort, je me suis retrouvé un peu en-dessous du sommet au niveau d’une congère. Il paraît qu’elles étaient bien plus importantes il y a une trentaine d’années (les sapins poussaient aussi nettement moins haut en altitude) tandis que c’est resté la seule congère de mon ascension.

Je me suis demandé comment la prendre en photo de façon intéressante et j’ai profité de ce qu’un motard s’était arrêté au milieu. Il avait posé son appareil photo sur le rebord de la neige et essayait de se prendre en photo, mais cela n’avait pas l’air très facile. Après avoir pris ma propre photo, je suis donc monté jusqu’à lui et je lui ai proposé de le prendre en photo avec son appareil. Je pense qu’il n’avait pas osé me demander parce qu’il ne parlait qu’anglais.

 

 Lac pour la neige artificielle du ski d'été

Lac pour la neige artificielle du ski d’été

Juste après la congère, j’ai pris une dernière photo pour le versant nord du col. Elle montre le vallon austère et un petit lac artificiel qui sert à accumuler l’eau pour les canons à neige. Il ne s’agit évidemment pas d’alimenter les canons en hiver, c’est plutôt qu’il y a une petite station de ski ouverte l’été au sommet, un télésiège permettant de rejoindre un glacier.

J’ai lu que l’Etat avait accepté d’enlever 1000 hectares de la réserve naturelle de la Vanoise pour permettre la création de la station, ajoutant 500 hectares dans un autre endroit en compensation. Ceci pose évidemment de graves questions sur la pérennité des parcs nationaux et sur les critères posés lors de la délimitation initiale. Et ce cadeau aux intérêts commerciaux est récent, il date de 2000 et est donc une décision commune d’un président de droite et d’un premier ministre de gauche.

Je suis arrivé au sommet à 2.764 m d’altitude à 16 h 45, ce qui peut paraître bien tard compte tenu de la distance jusqu’à l’hébergement (33 km). Je pensais que ce serait assez facile puisqu’en descente et je n’étais donc pas tellement inquiet. Je reconnais que j’aurais pu regretter mon horaire s’il avait fait nettement plus froid – il avait neigé au col de la Cayolle en 2011 et j’avais été bien content de le passer à midi.

Photo classique

Photo classique

J’ai tout de suite mis un pantalon coupe-vent et un pull, j’ai fait la photo classique de la pancarte puis je me suis demandé si j’avais une raison de m’attarder. Afin de ne pas descendre tout de suite et de profiter encore un peu du sentiment exaltant d’être au plus haut col de France, j’ai laissé lé vélo et je suis allé à pied jusqu’à la chapelle légèrement en contrebas.

 

Chapelle du col et Pointe des Lessières 3041 m

Chapelle du col et Pointe des Lessières 3041 m

C’est une œuvre de Novarina comme celle du Fayet, mais le style est beaucoup plus classique et se fond dans le désert de pierraille grise. L’église était d’ailleurs fermée et je ne sais pas si elle contient quelque chose d’intéressant. La photo a plutôt bien rendu avec les dents acérées de la montagne derrière, la modeste Pointe des Lessières (3.041m). Pendant tout le temps que j’ai passé au sommet, je n’ai vu que deux motards, les touristes étant déjà depuis longtemps sur la route de leur hôtel.

 

 Panorama du col côté Maurienne

Panorama du col côté Maurienne

J’ai fini par me décider à descendre du côté Maurienne, non sans prendre un panorama. Comme du côté Tarentaise, on ne voit pas vraiment la vallée depuis le col, mais j’ai trouvé les montagnes particulièrement spectaculaires puisque j’avais la chance qu’elles étaient bien dégagées. Elles sont aussi presque toutes couvertes de divers névés avec même un vrai glacier sur la haute montagne du fond. Je pense qu’il est dû à l’exposition plein ouest même s’il est en train de disparaître comme presque tous ceux des Alpes.

 

Congère

Congère

D’ailleurs, j’ai trouvé une congère nettement plus belle sur le versant sud que sur le versant nord. J’ai eu de la chance, une voiture est passée pour donner une idée des proportions.

La route descend très raide sur le versant sud dans une vallée que j’ai trouvée assez banale au début. En combinant la pente nettement plus raide et la vue peu excitante, je pense que monter par le versant sud doit être assez pénible.

 

Parc National de la Vanoise

Parc National de la Vanoise

La vallée fait partie du parc national de la Vanoise et c’est donc un des très rares endroits en France où l’on peut traverser un parc national par une route. J’avais vu une marmotte géante sur le versant nord, mais elle était un peu trop loin pour que je la prenne en photo. Sur le versant sud, j’en ai vu deux plus proches mais elles ont eu peur de moi. Je suis un peu surpris d’avoir vu seulement trois animaux, j’en avais vu beaucoup plus dans le col de Vars quoique par mauvais temps.

 

Sources de la Lenta

Sources de la Lenta

On devine sur la photo de la vallée un verrou rocheux noir. Il marque le début de la gorge de la Lenta, la petite rivière bondissant rapidement vers l’aval tandis que la route est obligée de faire un long détour à flanc de montagne pour récupérer la différence d’altitude. Le verrou rocheux figure sur ma carte comme « belvédère de Maurienne » mais la vue est bien plus modeste. On voit simplement au bout d’un moment des alpages verdoyants avec cependant la muraille de l’Albaron en arrière-plan (3.600 m).

 

Belvédère de Maurienne avec glaciers de l'Albaron

Belvédère de Maurienne avec glaciers de l’Albaron

Même panorama un peu plus bas

Même panorama un peu plus bas

Puisque le paysage se répète assez, je ne me suis pas arrêté beaucoup, plutôt pour empêcher les freins de trop chauffer que pour autre chose. Il faut en fait descendre vers 2.300 m pour retrouver un paysage vraiment imposant, ce qui est d’ailleurs un peu le cas sur le versant nord aussi. A un endroit, on est presque dans l’axe de la vallée de l’Arc et j’ai été assez impressionné par l’enfilade des montagnes de la Vanoise.

 

 Haute Maurienne et Vanoise

Haute Maurienne et Vanoise

On repart ensuite dans les alpages vers une maison isolée qui semble un peu trop moderne et trop grosse pour être un habitat traditionnel . La maison marque à peu de choses près la sortie du parc national. La route traverse ensuite les alpages; comme elle descend évidemment en permanence, je commençais à avoir les doigts un peu crispés par les freins. Mais je n’avais pas vraiment froid et ceci m’a vraiment soulagé comparé à la descente très pénible du col de la Cayolle en 2011.

 

Alpages de Lenta

Alpages de Lenta

Vallée de l'Arc

Vallée de l’Arc

A la fin des alpages, la rivière descend brusquement dans la vallée de l’Arc 300 m plus bas par une gorge que l’on ne voit pas depuis la route. A défaut, la route devant faire un long trajet à flanc de montagne pour franchir un tel dénivelé, on a une vue plongeante sur la vallée pendant des kilomètres. La photo prise vers l’aval donne l’impression d’une vallée profonde et régulière, beaucoup plus que la vallée de l’Isère coupée par des verrous rocheux et très encaissée la plupart du temps.

 

Vue sur Bonneval-sur-Arc

Vue sur Bonneval-sur-Arc

Vers l’amont, on voit une combe qui semble assez inoffensive avec au fond le village de Bonneval-sur-Arc. La montagne blanche tout au fond est sur la frontière italienne et porte effectivement un petit glacier d’où provient l’Arc. On a l’impression que la vallée permet un col assez modeste sur la gauche après un coude, mais c’est curieusement trompeur, il n’y a en fait pas vraiment de col à moins de 3.100 m d’altitude.

 

Bonneval-sur-Arc

Bonneval-sur-Arc

Bonneval-sur-Arc était l’endroit que je m’étais fixé pour prendre un goûter au bout de la grande descente. J’étais cependant un peu ennuyé par l’horaire et je me suis dit qu’il serait plus prudent de se contenter d’un goûter rapide, d’autant plus qu’un nuage à projeté quelques petites gouttes. J’ai compensé le repos limité par une visite à pied du village en poussant le vélo, mais je pense que j’aurais dû idéalement prendre vraiment le temps de me reposer car je me suis senti après très fatigué.

 

Rues pittoresques

Rues pittoresques

Bonneval est un village bien connu car un maire dynamique a convaincu les habitants dans les années 1980 de conserver l’habitat traditionnel et d’éviter tout ajout malheureux. Ceci a permis au village de faire partie des « plus beaux villages de France » et c’est maintenant une destination touristique importante. J’ai même été un peu choqué par le nombre de personnes se promenant dans le village à 17 h en semaine, du moins jusqu’à ce que j’aie l’impression que c’était en fait un club de randonnée qui se détendait dans le village avant de rentrer à Grenoble ou Chambéry.

 

Ferme ancienne avec balcon typique

Ferme ancienne avec balcon typique

Le village est indubitablement très soigné, il existe d’ailleurs un village moderne à une distance convenable qui a été construit pour la petite station de ski et qui n’a pas besoin de respecter les critères du vieux centre. Les maisons sont larges avec des toits en pente douce qui changent beaucoup des toits raides du Faucigny et du Chablais. Certaines maisons ont des galeries extérieures mais ce n’est pas aussi systématique que plus au nord.

 

Maison moins rénovée

Maison moins rénovée

Ce qui est frappant aussi, c’est que le bois est visiblement plus rare à Bonneval car les étages sont en pierre et le toit est en lauzes. L’effet esthétique est évidemment d’autant plus grand. Les maisons ne donnent pas sur la rue, au contraire des chalets classiques; elles donnent sur des ruelles et des courettes qui forment un labyrinthe compliqué et encombré de toutes sortes de matériel.

 

 Construction moderne d'un chalet style ancien

Construction moderne d’un chalet style ancien

Je n’ai pas résisté à une photo d’une maison en construction pour montrer que le style traditionnel est en fait une simple couverture en pierre de taille sur de la tôle ondulée qui retient probablement la laine de verre.

 

Vue de carte postale

Vue de carte postale

J’ai aussi visité l’église qui est l’un des douze monuments religieux de la commune classés aux monuments historiques (il y a apparemment beaucoup de petites chapelles dans les alpages !), mais elle a été reconstruite en 1871 et seul le clocher est ancien. Je ne sais pas où se trouvent les oratoires et chapelles, je n’en ai pas vus le long de mon trajet.

 

Pointe de Charbonne 3750 m

Pointe de Charbonne 3750 m

Après Bonneval, il ne me restait en principe qu’à descendre la vallée de l’Arc, qui est une vallée en auge glaciaire en pente très douce. J’ai été un peu gêné par le vent qui remontait la vallée et on m’a expliqué le soir que c’est presque toujours le cas en Maurienne et qu’il se lève l’après-midi. C’est aussi le cas dans la vallée de la Durance ou de l’Isère mais la direction est moins régulière.

 

Haute Maurienne

Haute Maurienne

Je me suis arrêté plusieurs fois en cours de route pour prendre des photos du paysage, en partie parce que cela fournissait un bon prétexte pour se reposer du vent. Les photos sont majestueuses et me rappellent parfois même celles des Montagnes Rocheuses au Canada. On a rarement en France cette impression d’une toute petite route perdue dans l’immensité du paysage.

 

 Vallée d'Avérole

Vallée d’Avérole

L’Arc coule dans cette région entre des montagnes qui sont toutes entre 3100 et 3600 m, ce qui fait un dénivelé de jusqu’à 2000 m, un peu plus qu’en Tarentaise. Le beau soleil qui était maintenant complètement sorti ajoutait encore au spectacle. Un endroit qui donnait vraiment envie d’aller visiter est la vallée latérale sur la dernière photo de la série, le vallon d’Avérole.

 

Chapelle Notre-Dame-des-Grâces

Chapelle Notre-Dame-des-Grâces

Un peu avant le village de Bessans, j’ai remarqué une petite chapelle au bord de la route et je suis allé voir. Notre-Dame-des-Grâces n’est pas mentionnée sur la carte comme d’un intérêt particulier mais elle m’a semblé intéressante. Le toit large en lauzes et les murs chaulés sont dans la pure tradition régionale, le petit clocher à toit sans flèche est classique et on peut jeter un coup d’œil à l’intérieur à travers une porte vitrée. La chapelle est entièrement peinte dans les couleurs vives du baroque piémontais, un peu comme dans le Comté de Nice.

 

Intérieur de Notre-Dame des Grâces

Intérieur de Notre-Dame des Grâces

Je suis d’autant plus content d’avoir pu la voir que je ne me suis pas arrêté au bourg de Bessans. La carte y mentionne deux églises ou chapelles intéressantes mais j’étais presque certain qu’elles seraient fermées vu l’heure tardive – en tous cas, celles des villages en aval se sont avérées fermées le lendemain en pleine journée et j’ai donc probablement eu raison de ne pas m’attarder. C’est le même problème que dans le Comté de Nice, les statues baroques et la proximité d’une frontière internationale rendent les églises irrésistibles pour les revendeurs d’objets volés et elles sont donc fermées sauf à prendre rendez-vous avec la mairie.

 

 Massif du Mont-Cenis

Massif du Mont-Cenis

Bessans est à 11 km de mon hébergement, l’auberge de jeunesse de Lanslevillard, mais il y a un obstacle fort déplaisant. La carte mentionne honnêtement que la route passe le « col de la Madeleine » et que la côte est assez sensible. On peut trouver étonnant que la route doive franchir un col pour continuer à descendre la vallée; effectivement, il y a à cet endroit une grosse moraine qui bloquait d’ailleurs un grand lac; l’Arc traverse la moraine par une gorge assez profonde et érodée. Le lac n’existe donc plus, mais le fond se traduit par un bassin presque plat tout autour de Bessans qui a permis au village de se positionner en tant que l’un des meilleurs endroits de France pour le ski de fond.

 

Gorge de Chantelouve

Gorge de Chantelouve

Quand je suis arrivé au pied de la moraine, je me suis vite rendu compte que la côte ne pouvait pas être très longue, mais elle est méchante car elle devient plus raide sur la fin. Je me suis arrêté tous les 300 m, ce qui était vraiment embarrassant et me montrait que j’étais sérieusement fatigué. Je dois reconnaître par contre que la récompense était au rendez-vous. Le col domine directement la gorge très ravinée et on a aussi une vue magnifique sur le petit bassin de Lanslevillard où l’on retrouve la vallée large et en pente douce. Les montagnes de chaque côté deviennent aussi moins raides même si elles sont toujours à 3300 m.

 

Site de Lanslevillard

Site de Lanslevillard

Lanslevillard est un village reconstruit après des combats pendant la Seconde Guerre Mondiale mais on y trouve plus d’une douzaine de chapelles baroques, une ornée de fresques gothiques et une église connue pour son retable. Malheureusement, tous les édifices étaient fermés compte tenu de l’heure et de la saison (je suppose qu’on en ouvre certains en juillet et août, comme ailleurs en France). Je dois dire que j’ai été très frustré de ne pas pouvoir visiter les monuments dans presque toute la Maurienne.

L’auberge de jeunesse est bien indiquée sur une petite route séparée de la route principale par l’Arc. On peut se promener dans un petit jardin en terrasse qui domine directement le torrent, finalement assez modeste quand on voit la taille du lit de crue.

Vue depuis l'auberge de jeunesse

Vue depuis l’auberge de jeunesse

Les bâtiments modernes en face sur ma photo sont ceux de la station de ski, qui est un peu plus importante que Bessans et Bonneval et qui accueille aussi une clientèle italienne venant par le tunnel du Fréjus. Le groupe des immeubles de gauche tente de garder une vague apparence de chalet traditionnel de la région avec trois étages en trop, le groupe de droite est d’un style peu définissable en dehors du fait que les étages supérieurs ont un bardage en bois.

J’ai tout de suite remarqué en arrivant à l’auberge qu’il y avait beaucoup d’agitation. Des jeunes (12 ans environ) entraient et sortaient en permanence de diverses pièces et l’accueil m’a fait patienter un bon moment avant de pouvoir me montrer un endroit pour mettre le vélo. C’était assez amusant, je l’ai entreposé dans le local utilisé pour les vêtements de ski, qui est relié à la réception par un couloir avec une étagère contenant plus de 100 paires de chaussures de ski. Les skis sont dans un sous-sol où je suis allé voir par curiosité le soir et où il y a tout un atelier d’entretien et de réparation où j’aurais probablement même pu reconstruire mon vélo si j’avais su le faire.

Comme les jeunes étaient animés mais pas si nombreux (une bonne douzaine), la gérante les a mis dans une aile et m’a mis dans l’autre avec deux couples de retraités en voyage de randonnée et un jeune motard. J’avais réservé une chambre individuelle et je suis bien content d’avoir payé le supplément, je savais qu’une nuit calme me ferait du bien après une étape dure.

J’ai mis un certain temps avant de trouver la salle où l’on dîne, j’avais simplement repéré un genre de salon en avancée qui donne sur la terrasse et l’Arc et où j’ai d’ailleurs trouvé un très bon choix de prospectus sur la région. La communauté de communes fait des efforts particulièrement méritoires pour attirer les cyclotouristes, il faudrait simplement régler le problème des monuments tous fermés.

Je me suis installé un moment dans le salon en attendant l’heure du dîner, ce qui était amusant car les jeunes qui passaient sans arrêt ne manquaient pas de dire aimablement « bonjour Monsieur » à chaque fois. Les quatre retraités étaient beaucoup moins communicatifs, ils m’ont ignoré comme si j’étais un veau ou un mouton. Heureusement, la gérante qui avait prévu la situation avait laissé les retraités à une table séparée et m’a fait asseoir avec le motard et le personnel.

Evidemment, le personnel se lève souvent pendant le repas et je n’ai donc pas eu de conversation suivie avec eux. Une des jeunes filles était végétarienne et on voyait bien que ses collègues la respectaient gentiment tout en trouvant cela un peu excentrique. C’est la réaction usuelle en France.

A défaut de parler avec le personnel, j’ai parlé avec deux jeunes gens qui étaient en fait des professeurs de sport et qui doivent donc avoir entre 25 et 30 ans. Ils encadraient les jeunes qui font partie d’une classe « sport-études » et qui doivent donc skier plusieurs fois par semaine en toute saison. Je leur ai fait des compliments sur la politesse des jeunes et sur la façon doit ils débarrassaient et nettoyaient très correctement leur table.

Les deux professeurs avaient l’air peu convaincus et j’ai effectivement entendu un peu plus tard un jeune casser une poignée de porte par accident et mentir au professeur sur ce qui s’était passé. J’ai demandé aux professeurs si ces classes spéciales ont pour objectif de découvrir le prochain Jean-Claude Killy mais j’ai eu l’impression que faire référence à cette personne de la plus haute antiquité, située quelque part entre Vercingétorix et Socrate, ne leur disait pas grand chose.

Pourtant, je trouve que c’est une bonne figure pour inspirer des jeunes: non seulement il a été un sportif de très haut niveau, mais il a aussi été un homme d’affaires très habile, il a joué un grand rôle dans la promotion de la région qu’il avait choisie et il a été un fonctionnaire international influent.

En soi, les professeurs avaient plus envie de parler au personnel qui était presque de leur âge qu’à un vieux croûton comme moi et je me suis rabattu sur le motard qui s’est avéré un cas assez pitoyable. Il est cuisinier en Suisse et avait décidé de partir à moto pour deux jours dans les Alpes: une journée pour faire Lausanne-Nice et retour le lendemain. Mais un automobiliste lui avait coupé la priorité et l’avait envoyé dans le fossé, ce qui fait qu’il avait été obligé d’appeler un dépanneur qui lui avait coûté fort cher. En plus, il n’avait encore aucune idée comment il pourrait rentrer le lendemain de Lanslevillard chez lui pour retourner travailler.

La cuisinière de l’auberge de jeunesse est habituée aux jeunes qui ont très faim et prévoit donc des portions conséquentes. Je me suis resservi de certains plats, j’avais effectivement fait beaucoup de sport ! Evidemment, les ingrédients ne peuvent pas être trop coûteux en auberge de jeunesse et la dame avait préparé un potage de légumes, un plat de jambon sec, une omelette aux pommes de terre (le principe de la tortilla espagnole), une salade verte et une tarte aux pommes – je n’ai pas pu me resservir de la tarte parce qu’elle était tellement bonne qu’elle a disparu très vite. On remarquera que la seule viande était servie à part, ce qui était bien pratique pour la dame végétarienne.

 

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