Etape 17: Tarentaise

Lundi 22 juin

96 km, dénivelé 1001 m (dont 80 m à pied)

Très beau et chaud, vent de vallée se calmant

Les Saisies – Hauteluce – D70 – Beaufort – Albertville – Conflans – La Bâthie – Rognaix – Notre-Dame-de-Briançon – route de la rive droite – La Léchère – Moûtiers – Pomblière – N90 – Aime – voie verte – Bourg-Saint-Maurice – Séez

Tarentaise, département 73

Etape très raisonnable par la distance, le dénivelé et les curiosités. Je me dois de mentionner qu’il y a une section impressionnante et dangereuse sur la N90, mais elle est malheureusement inévitable tant que la voie ferrée n’a pas été réparée. Les personnes très sportives préfèreront rester sur la route des Grandes Alpes et franchir le Cormet de Roselend, mais c’est un col trop dur pour moi, surtout la veille d’une étape ambitieuse.

 

Station des Saisies

Station des Saisies

Pour une fois, je pouvais commencer la journée par une grande descente. Sur le versant sud, la route du col des Saisies descend d’abord un petit vallon sans grande vue mais qui m’a permis de prendre une bonne photo de la station. On remarque peu les immeubles du centre, relativement bien cachés par le paysage. Evidemment, vu l’altitude modérée, ce n’est pas une station pour professionnels de haut niveau et la clientèle plutôt familiale doit préférer les chalets.

 

Massif du Mont Blanc

Massif du Mont Blanc

Comme le vallon devient un ravin trop raide, la route tourne dans la vallée principale dans laquelle elle descend en corniche vers le principal village, Hauteluce. J’ai été très impressionné parce que je ne m’attendais pas du tout au panorama. Quand j’avais dit au couple âgé la veille au soir que je trouvais le nom « rue du Mont Blanc » un peu exagéré, ils ne voyaient pas pourquoi et j’ai compris le matin car on voit très bien dans l’alignement de la vallée de Hauteluce le massif du Mont Blanc.

 

Gros plan sur le Mont Blanc

Gros plan sur le Mont Blanc

Le temps était magnifique et on voyait donc la montagne presque entièrement dégagée. Comme j’étais nettement plus loin du sommet que la veille en montant à Megève, j’ai moins eu l’impression d’une montagne flottant loin au-dessus des autres. Par contre, la neige brillait au soleil et cette immense meringue blanche apparaissant derrière les alpages était une vision assez étonnante.

 

Panorama du Beaufortin

Panorama du Beaufortin

Pour mieux montrer l’effet, j’ai pris un panorama qui montre aussi la vallée de Hauteluce; les montagnes qui la dominent directement sont les monts du Beaufortin qui ont l’altitude typique des Alpes, environ 2500 m.

 

 Vallée de Hauteluce

Vallée de Hauteluce

Si on descend vers Hauteluce, on profite beaucoup mieux de la vue puisqu’on l’a devant soi. Je me suis amusé avec le téléobjectif pour montrer plus de détails neigeux, mais on n’a évidemment pas cet effet avec ses yeux. Une autre photo montre que la vallée est profondément encaissée, c’est clairement une vallée en V et non une vallée glaciaire en U. A vélo, la route est très amusante, on descend régulièrement avec de nombreux virages et elle est plutôt bien revêtue. La vallée semble très peuplée sur la photo mais ce sont des chalets reliés à la station de ski par un télésiège.

 

 Eglise de Hauteluce

Eglise de Hauteluce

La route des Grandes Alpes descend dans le fond de la vallée par des lacets raides en évitant le village. On gagne fortement au change à vélo en passant par le centre du village pour admirer l’église. La façade propose un superbe décor peint en imitation d’architecture néo-classique avec colonnes et niches pour des statues, mais tient aussi un peu du décor de théâtre avec des draperies reliant les colonnes et des fausses plantes en pots. C’est vraiment très baroque.

 

 Chœur de l'église à Hauteluce

Chœur de l’église à Hauteluce

Comme souvent dans les églises baroques, l’architecture de l’intérieur est assez simple, ceci étant compensé par une décoration particulièrement riche. Le maître-autel et son baldaquin offrent une débauche de colonnes torsadées et de volutes dorées. Je me suis amusé à prendre en photo les détails du sommet du baldaquin; on peut admirer les angelots dont les petites draperies pudiques sont dorées. Le dais est bordé de pompons comme un tissu de lit; vu que les pompons sont en bois doré, il faut vraiment admirer l’habileté du sculpteur certainement italien.

 

Baldaquin baroque

Baldaquin baroque

Pour quitter Hauteluce, on peut revenir sur la route des Grandes Alpes, mais je conseille plutôt de continuer derrière l’église par une petite route sans indication particulière. Après 400 m, on peut tourner à droite dans une autre route qui descend rapidement tout au fond de la vallée et traverse le torrent. Sur l’autre rive, on rejoint la petite D70 qui mène (toujours sans pancarte) vers Beaufort. Contrairement à ce que je craignais, la petite route se maintient en corniche sans raidillons particuliers. Elle domine donc de plus en plus haut le fond de la vallée même si on voit rarement le torrent à cause de la forêt de sapins continue.

 

Château fort de Beaufort

Château fort de Beaufort

Une fois arrivé au-dessus du confluent du Doron et du Dorinet, on peut s’arrêter pour la vue car on domine aussi une colline isolée au milieu de la vallée et au sommet de laquelle on devine les ruines du château fort de Beaufort, siège d’une seigneurie féodale du Xème au XIIIème siècle. Après le point de vue, la route descend très vite sur le petit bourg de Beaufort (ou Beaufort-sur-Doron comme les gens du pays aiment dire).

 

 Vallée de Beaufort

Vallée de Beaufort

Beaufort ne m’a pas semblé très impressionnant. Il y a nettement plus de circulation qu’à Hauteluce parce que le bourg est directement sur la route des Grandes Alpes. J’ai donc vu de nombreux touristes se diriger vers le col de Roselend et cela allait des cyclistes (dont même deux avec des bagages comme moi) aux motards, aux amateurs de belles voitures décapotables et aux nombreux camping-cars. C’est dommage que le col soit trop dur pour moi (une grande partie est au-delà de 7% de pente, et je ne peux tenir une telle pente que sur une petite distance), le paysage semble superbe sur les photos.

 

Pont couvert à Beaufort

Pont couvert à Beaufort

Au carrefour avec la route principale, une décapotable allemande s’est arrêtée et le conducteur m’a demandé dans un anglais très hésitant si je savais l’emplacement de la prochaine pompe à essence. Il a eu l’air très soulagé que je puisse lui répondre en allemand que la pompe serait probablement à Bourg-Saint-Maurice à 40 km (75 km pour moi via la vallée, ce qui montre à quoi sert un col). Après ma bonne action, j’ai commencé à descendre la vallée à travers le bourg. Je suis passé devant un joli pont couvert mais j’ai surtout admiré un peu plus loin un admirable modèle réduit de chalet traditionnel avec plein de détails. C’est probablement un menuisier à la retraite !

 

Chalet miniature

Chalet miniature

Curieusement, je ne me suis guère préoccupé du fromage de Beaufort, pourtant aussi célèbre, coûteux et goûtu que le fromage d’Abondance. Evidemment, les vaches sont sur les alpages l’été et je ne pouvais donc pas en voir. Le fromage est l’un des plus anciens des Alpes car il était déjà connu comme « le meilleur gruyère » vers 1800, mais l’échec d’une coopérative fondée en 1939 rendit les agriculteurs dépendants d’usines qui leur dictaient des prix si bas que la plupart des fermes disparurent.

L’introduction d’une AOC en 1968 permit une amélioration même si la plupart des éleveurs se contentent maintenant d’une petite production l’été, combinant avec l’embouche en étable l’hiver car ceci leur permet de se libérer pour les emplois bien mieux payés dans les stations de ski. L’AOC couvre toute la zone montagnarde du département de la Savoie (en Haute-Savoie, c’est l’AOC Abondance).

Par contre, le cahier des charges est exceptionnellement sévère et permet aux éleveurs d’obtenir le meilleur prix de France pour leur lait: vaches uniquement des deux races locales, production maximale de 5000 kg par vache et par an (sur la moyenne du troupeau), pas de foin importé d’autres régions, interdiction de travailler d’autres laits dans les ateliers de fromage afin d’éviter toute contamination. Ceci explique donc le prix élevé du Beaufort en magasin.

J’ai appris tout ceci sur Internet plus tard car je ne me suis pas arrêté à la cave coopérative, ayant encore suffisamment du gros morceau d’Abondance acheté deux jours avant. J’ai découvert une autre spécialité gastronomique locale un peu plus loin au bord de la route grâce à la pancarte amusante d’un restaurant ventant des « cuisses à volonté ». Avant que vous ne vous lanciez dans des gloussements de lycéens en pleine puberté, il convient d’ajouter le dessin d’une grenouille sur la pancarte.

 Gorge de Venthon

Gorge de Venthon

La vallée du Doron est en pente très douce sur une bonne partie du trajet, mais la rivière disparait tout d’un coup dans une gorge très étroite et la route reste momentanément en haut jusqu’a ce que la pente de la montagne permettre une descente en corniche. J’ai vu ce genre de gorge régulièrement dans les Alpes (comme au-dessus de Taninges deux jours avant) et cela se traduit presque toujours par un panorama impressionnant au débouché de la section en corniche.

Il y a un petit village à cet endroit dans la vallée du Doron, Venthon, d’où l’on a une vue spectaculaire. Pour une raison quelconque, je n’ai fait qu’un court arrêt photo, mais on pourrait admirer un peu plus longtemps. Je ne m’attendais pas au paysage, la carte ne mentionnant pas de descente raide sur cette route. J’ai pris deux photos, la première pour montrer la gorge avec quelques chalets suspendus de façon aventureuse au-dessus du précipice. On voit dans le fond la chaîne des Aravis que j’avais pu admirer la veille dans la montée du col des Saisies.

 

Vue vers le Grésivaudan

Vue vers le Grésivaudan

La deuxième photo prise dans l’axe de la vallée montre que le Doron rejoint bientôt la vallée beaucoup plus large de l’Isère. Je suis descendu de Venthon jusqu’à Albertville où le Doron rejoint l’Isère, mais j’ai remonté ensuite la haute vallée de l’Isère. Ce n’est que trois jours après que je suis revenu dans la vallée principale un peu plus au sud.

A l’entrée d’Albertville, j’ai décidé qu’il était l’heure de prendre un en-cas et j’ai pensé que le petit village de Conflans serait l’endroit approprié. C’est le village qui s’est formé autour du château fort initial au-dessus du confluent et il est donc en haut d’une colline raide. La rue était si raide que j’ai poussé le vélo, en transpirant d’ailleurs pas mal car il faisait chaud au soleil.

 

Maison forte à Conflans

Maison forte à Conflans

Conflans est un vrai village médiéval avec des petites rues pavées, des maisons fortes, les restes du château fort d’origine et évidemment l’église paroissiale. La maison que j’ai prise en photo avec une tourelle dominant le carrefour de façon menaçante n’est pas très ancienne mais il en existe plusieurs de la fin du XIVème siècle, en particulier une grosse maison en briques rouges avec fenêtres géminées et grandes arcades au rez-de-chaussée sur la place du village. Par certains côtés, elle me fait penser au Danzelt d’Echternach, mais la maison de Conflans était une simple maison privée.

 

 Maison à arcades à Conflans

Maison à arcades à Conflans

Place de Conflans

Place de Conflans

Pour mon en-cas, je me suis assis sur un banc presque en face de la maison et j’ai admiré la clientèle des cafés autour de la place, pour moitié des indigènes s’offrant une pause et pour moitié des touristes. Presque toutes les maisons de la place abritent soit une gargote, soit un café, soit un magasin d’art pour touristes. L’effet n’est quand même pas trop pesant parce que le village est difficile d’accès pour les autocars. Les maisons en face de l’église forment un bandeau unique régulier qui m’a fait penser à la Provence: mêmes auvents étroits sous des toits en apparence assez plats, même crépi dans des couleurs pastel, mais pas d’arcades.

 

Vieille rue à Conflans

Vieille rue à Conflans

Je me suis aussi promené dans le reste du village, ne laissant de côté que le donjon. Certaines rues en pente sont pittoresques, en particulier la ruelle qui longe l’église et où l’on s’attend presque à voir une caravane de mulets transportant du sel ou des fromages. L’église en haut d’un escalier imposant est un bâtiment baroque moins esthétique que Hauteluce mais intéressant.

 

Eglise de Conflans

Eglise de Conflans

La voûte banale, peinte dans un ton caramel et marron assez bizarre, repose sur des piliers particulièrement recherchés à moulures fort complexes. Dans le chœur, plus que le grand retable en bois doré, c’est le trompe-l’œil qui est amusant. L’église s’appuie contre la colline de ce côté et on ne pouvait pas ouvrir des fenêtres, d’ôù sûrement la peinture choisie par volonté de symétrie. J’ai aussi remarqué une chaire très travaillée, surtout pour les plis des vêtements des apôtres.

 

Chœur avec trompe-l'œil

Chœur avec trompe-l’œil

Chaire à Conflans

Chaire à Conflans

 Château de Conflans

Château de Conflans

Après avoir bien pris le temps de me promener, non sans pester contre les pentes raides, je suis revenu au bord de la rivière dans la vallée. J’ai traversé le pont pour voir si la vue sur Conflans était meilleure depuis la grande place au bord du Doron, on voit effectivement un peu mieux le château. Conflans fait partie de la même commune que l’ancien faubourg au bord du torrent où la ville a grandi ensuite; le nom d’Albertville a été donné en toute modestie par le duc de Savoie Charles-Albert en 1836.

 

Centre d'Albertville

Centre d’Albertville

Je ne me suis pas attardé dans le centre d’Albertville qui n’a pas grand intérêt et j’ai pris tout de suite une route rejoignant la nationale de Tarentaise. Heureusement, la nationale est doublée sur les 15 premiers kilomètres par une petite route desservant les villages et qui est d’ailleurs indiquée sur place comme itinéraire cyclotouriste. La vallée est une vallée glaciaire en U typique dans cette section et le trajet est donc facile.

Entrée de la Tarentaise

Entrée de la Tarentaise

On a un peu de vue sur les montagnes de chaque côté de la vallée, mais on manque évidemment de recul et on se rend mal compte du dénivelé de 1500 m entre les sommets et la vallée. J’ai eu assez chaud dans ce morceau de vallée, ce qui ne semble pas exceptionnel car Albertville reçoit beaucoup plus de soleil que la moyenne de la France.

 

 Tarentaise vers La Bâthie

Tarentaise vers La Bâthie

Les deux villages de la vallée, La Bâthie et Feissons, avaient chacun un petit château fort, mais il n’en reste pas grand chose. A Feissons, la vallée est barrée par une moraine que l’Isère franchit par un étroit. La nationale étant une voie rapide à cet endroit, j’ai continué sur la petite route pour cyclistes qui a toutefois l’inconvénient de s’offrir un superbe raidillon pour franchir la moraine.

Compte tenu de l’heure et du temps chaud, j’ai décidé en arrivant en haut du raidillon de m’offrir ma pause de midi. L’endroit est très apprécié et cela se voit malheureusement aux restes d’emballages, mais je n’avais pas envie de continuer et on arrivait à ignorer les quelques saletés en faisant un effort. J’avais trouvé le raidillon nettement plus fatigant qu’il n’aurait dû être d’après ma carte et d’après l’apparence optique. J’ai attribué cela à la fatigue de la veille ou à la chaleur mais j’ai constaté que plusieurs autres cyclistes passant devant moi souffraient également. Ce doit être une pente trompeuse.

 

 Site du Pas de Briançon

Site du Pas de Briançon

Il y avait pas mal de passage à vélo (beaucoup plus qu’en voiture), dont certains qui m’ont aimablement salué ou souhaité bon appétit. La plupart étaient des messieurs qui profitaient d’un jour de très beau temps pour s’offrir le redoutable Col de la Madeleine, qui commence au carrefour de mon pique-nique. Il n’allait pas dans ma direction et le paysage ne semble pas vraiment justifier l’effort.

 

Falaise à Notre-Dame-de-Briançon

Falaise à Notre-Dame-de-Briançon

Après le pique-nique, je suis descendu par un autre raidillon jusqu’au petit village de Notre-Dame-de-Briançon au pied d’un château fort qui contrôlait la vallée et qui fut pris par une coalition de seigneurs de la région qui en avaient assez de payer le péage au châtelain du lieu. Le petit village fait maintenant partie de la commune de La Léchère où il y a une grande usine (Carbonne Savoie, filiale de Péchiney et maintenant de Rio Tinto, qui fabrique des cathodes pour l’industrie de l’aluminium).

 

Chapelle à Notre-Dame-de-Briançon

Chapelle à Notre-Dame-de-Briançon

Je pense que l’usine s’est installée au milieu de la gorge de l’Isère parce que c’était le meilleur endroit en termes d’énergie hydraulique, mais cela gâche assez le paysage marqué par quelques grandes falaises. J’ai remarqué une chapelle moderne au bord de la route en face de l’usine et j’aurais été curieux d’y entrer mais elle était fermée. D’après le style du bâtiment, elle a dû être construite peu après l’usine dans les années 1970.

 

 Maison forte à Aigueblanche

Maison forte à Aigueblanche

Pour continuer à remonter la vallée sans prendre la voie rapide, j’ai été obligé de suivre l’ancienne route pas toujours très évidente et qui traverse plusieurs fois l’Isère. On traverse ainsi la petite station thermale de La Léchère qui surprend un peu entre la grande usine et le petit village médiéval d’Aigueblanche. La route passe juste devant une maison forte assez impressionnante avec ses petites fenêtres et sa tour crénelée. Elle date de la fin du XIIIème siècle, quand l’extinction des comtes de Faucigny provoqua des guerres entre la Savoie et le Dauphiné.

 

 Défilé d'Aigueblanche

Défilé d’Aigueblanche

Aigueblanche marque la fin de la vallée médiane de l’Isère et le passage vers la haute vallée se fait par un défilé. Il n’y a plus la place pour une route sur chaque rive mais le conseil général a investi une somme importante dans une voie cyclable créée tout du long de la voie rapide. On est parfaitement isolé des camions par des barrières solides et rassurantes et on peut faire des pauses pour admirer le paysage, par exemple en direction de la vallée du Morel.

 

 Vallée de Valmorel

Vallée de Valmorel

Je n’avais pas fait le lien mais Valmorel est évidemment la station de ski créée au fond de cette vallée. La station fut créée par les deux communes compétentes (la commune communiste de La Léchère et la commune sans étiquette d’Aigueblanche) pour canaliser les recettes fiscales provenant de l’usine de cathodes dans un développement touristique permettant aux jeunes de la vallée de trouver des emplois sur place.

Valmorel est considéré comme un exemple typique des stations planifiées dans les années 1970-1980 en réaction aux stations gigantesques et bétonnées des années 1960: les immeubles sont beaucoup plus bas et recouverts de bois pour donner un air plus proche de la tradition savoyarde.

 

L'Isère à Moûtiers

L’Isère à Moûtiers

Après trois kilomètres dans le défilé sur la voie cyclable, on contourne une falaise et on arrive tout d’un coup dans la capitale de la Tarentaise, Moûtiers. En fait, c’est un très petit bourg, mais il a sa cathédrale et une gare importante car desservant de nombreuses stations de ski comme Courchevel et Méribel. Historiquement, c’est une ville très ancienne car c’était déjà une étape sur la voie romaine entre Lyon et Milan. Ceci lui valut de devenir le siège d’un archevêque dont dépendaient Sion et Aoste. Mais les ducs de Savoie allèrent s’installer à Turin et l’annexion de la Savoie par la France en 1870 mit fin au rôle économique de la ville. La sous-préfecture ferma en 1926 et l’évêque est à Chambéry depuis 1966.

 

Pont de Moûtiers et palais épiscopal

Pont de Moûtiers et palais épiscopal

Il reste du passé glorieux des archevêques-comtes de Tarentaise un pont sur l’Isère ouvert en 1785, une cathédrale et l’ancien palais épiscopal transformé en musée. Le plus bel élément est le portail baroque qui donne accès au parvis de la cathédrale, en fait une reconstitution de 1825 car le commissaire révolutionnaire avait causé l’effondrement de toute la cathédrale quand il fit abattre les clochers comme contraires au principe d’égalité.

 

Cathédrale de Moûtiers

Cathédrale de Moûtiers

Poutre de gloire

Poutre de gloire

L’architecture m’a donc semblé sans grand intérêt. Par contre, il y a quelques jolies statues dont une poutre de gloire posée curieusement par terre à l’entrée du chœur (et pas en hauteur comme d’usage par exemple en Bretagne). Il y a aussi une assez belle mise au tombeau du XVIème siècle qui rappelle l’art bourguignon.

 

 Hôtel de ville art déco

Hôtel de ville art déco

Un monument de Moûtiers auquel les prospectus ne font pas allusion reste à découvrir hors du complexe épiscopal: la mairie est un bel exemple de bâtiment Art Déco avec sa façade combinant délicatement le rose pastel et le vert d’eau. La fontaine qui orne la place, mais qui est malheureusement un peu trop loin de la mairie pour faire vraiment son effet, est un autre exemple tout à fait délicieux avec ses cannelures en rayons de soleil et deux figures nues aux formes arrondies et généreuses.

 

 La Tarentaise à Pomblière

La Tarentaise à Pomblière

Je ne me suis finalement pas attardé longtemps dans un bourg qui était beaucoup plus modeste que je ne m’y attendais. Pour continuer à remonter l’Isère, il faut franchir une deuxième gorge. La route est bruyante et pas très jolie, mais il y a ici aussi une piste parallèle pour les vélos, du moins jusqu’au petit bassin de Pomblière.

Là, j’ai quitté la voie rapide pour l’ancienne route, ce qui ne fait gagner que 4 km de tranquillité mais qui permet de monter sur la moraine par une route calme. La route est même assez inattendue, elle monte d’abord en S autour du terrain de sports en donnant un aperçu sur la gorge, puis elle s’enfonce entre la voie ferrée et la voie rapide dans un étroit un peu sombre et surprenant. On en ressort au bord de la voie rapide et il n’y a plus de solution de rechange cette fois, il faut prendre la nationale.

 

Etroit du Siaix

Etroit du Siaix

Grâce à la moraine, on est nettement plus haut que l’Isère et cela donne une belle vue plongeante sur une gorge très étroite, l’Etroit du Siaix. La route la franchissait autrefois par un passage en corniche et un petit tunnel, puis on a construit pour la nationale un grand tunnel de 1600 m évitant toute la gorge. En vertu de ma carte, je pensais pouvoir prendre l’ancienne route plus tranquille, mais elle est maintenant interdite en raison des chutes de pierre éventuelles et on est obligé^à vélo de prendre le tunnel.

 

Plus long tunnel du voyage

Plus long tunnel du voyage

C’est le tunnel le plus long du voyage de cette année et je crois que c’est aussi le tunnel le plus long que j’ai jamais pris à vélo. Il est heureusement à peu près plat (il me semble même descendre un peu vers l’amont, ce qui était avantageux pour moi) et il est bien éclairé. Mais les véhicules impressionnés par les phares des camions en face d’eux ont tendance à raser les murs et laissent très peu de place aux cyclistes tout en roulant très vite. C’est donc impressionnant (surtout le bruit causé par le déplacement de l’air sur les parois en béton) et un peu dangereux.

On pourrait conseiller de prendre le train entre Moûtiers et la gare d’Aime pour éviter ce tunnel, mais la ligne était fermée en 2015 suite à un effondrement et les gens de la région semblaient avoir des doutes qu’elle soit rouverte un jour puisqu’elle dessert surtout des stations de ski que rien n’interdit de desservir en autocar depuis Moûtiers.

 

Etroit du Siaix vu de l'amont

Etroit du Siaix vu de l’amont

Je conseille vivement à la sortie amont du tunnel de faire quelque chose qui est interdit mais beaucoup plus prudent pour les cyclistes: il faut traverser la route et rejoindre la bretelle vers Centron. Cette bretelle n’est pas accessible normalement en venant de Moûtiers car les voitures tournant à gauche gêneraient la circulation sortant du tunnel, mais c’est sans danger à vélo.

Si on ne prend pas la bretelle de Centron, on se retrouve sur un viaduc vertigineux long de plusieurs centaines de mètres. Le viaduc est en forte descente et il y a le plus souvent un violent vent de travers, ce qui fait que l’on peut avoir des craintes justifiées de se retrouver plaqué contre la rambarde. Je comprends mal que l’on demande aux cyclistes de prendre ce viaduc. En sens inverse (vers l’aval), on peut l’éviter facilement de toute façon en prenant l’ancienne route à travers Centron jusqu’à l’entrée du tunnel, il y a simplement une côte dure et assez longue.

Une fois que j’ai franchi le tunnel (plus énervant que dangereux) et le viaduc (beau mais franchement dangereux), la route m’a mené au fond de la vallée et j’ai eu beaucoup moins de difficultés ensuite. Je trouve simplement que ces grandes routes modernes avec leurs côtes raides toutes droites sont très démotivantes. En l’occurrence, il y a une côte de ce genre pour atteindre une corniche au-dessus de l’étroit suivant. Heureusement, la route devient après la côte plus tortueuse et presque plate, ce qui fait que les voitures se conduisent de façon un peu moins dangereuse.

 

Gorge de Villette

Gorge de Villette

La vue depuis la corniche est superbe, l’Isère se cache tout au fond de la vallée entre des petites falaises et des rives boisées abruptes. Après la section en corniche, la route entre à Aime, un bourg de la taille de Moûtiers et tout aussi antique. Auguste en fit même la capitale d’une petite province alpine. Il ne reste pas de traces notables de l’époque romaine, mais on voit facilement la basilique préromane, l’une des plus anciennes églises de France.

 

 Ancienne église d'Aime

Ancienne église d’Aime

Elle ne se visite malheureusement qu’en juillet et août, ce qui fait que je n’ai vu ni la célèbre crypte carolingienne ni les fresques particulièrement antiques du XIIème siècle influencées par l’art byzantin. J’ai été obligé de me contenter de l’extérieur, des murs en petit appareil, des arcades aveugles et une frise lombarde sur les absides. Puisque je ne pouvais pas visiter, j’avais plus de temps pour autre chose et j’ai mangé un en-cas tranquillement en regrettant (surtout les fresques) mais sans être surpris. On verra que j’ai eu la même déception en Maurienne.

 

Chevet lombard

Chevet lombard

J’ai remarqué sur un panneau de l’office de tourisme que l’on annonçait une voie verte entre Aime et Bourg-Saint-Maurice. Ce n’est pas une ancienne voie ferrée puisque celle-ci existe encore, et c’est probablement pourquoi j’ai eu un peu de peine à trouver l’accès, en fait tout simplement en contrebas du pont de la route qui va à La Plagne. La voie verte est en réalité un genre de chemin de halage le long de l’Isère qui est ici un torrent glaciaire plein de remous imposants.

 

Voie verte le long de l'Isère

Voie verte le long de l’Isère

C’est un très beau trajet qui a évidemment l’avantage d’être bien plus tranquille que la route nationale. Du fait des arbres, il n’y a pas de vue vers les montagnes au début, ce qui ne m’a pas gêné vu l’animation fournie par le torrent. Il y a pas mal de gens qui se promènent sur la voie verte, soit pour faire faire de l’exercice à Médor, soit pour faire du sport eux-mêmes à vélo ou sous forme de course à pied. Je suppose qu’il doit aussi y avoir des pêcheurs.

 

 Lancebranlette 2958 m

Lancebranlette 2958 m

La voie verte est une façon très agréable de franchir une dizaine de kilomètres. Ce n’est pas une voie ferrée et elle remonte donc le torrent avec une pente sensible, probablement 3% de moyenne. Sur la deuxième moitié du trajet, on sort des arbres et on a de belles vues sur la montagne qui domine Bourg-Saint-Maurice à la frontière italienne et qui a le nom charmant de Lancebranlette (2.928 m, soit 2.000 m au-dessus du bourg).

 

Bassin de Bourg-Saint-Maurice

Bassin de Bourg-Saint-Maurice

La voie verte se termine au niveau du stade de kayak de Bourg, mais il ne faut pas s’imaginer que l’on est arrivé car le village est situé assez haut au-dessus du torrent en raison des risques d’inondation et la route qui y monte depuis le stade de kayak est désagréablement raide. D’ailleurs, la plupart des promeneurs garent leur voiture au pont et je les comprends.

Une fois arrivé au bourg, j’ai constaté que c’est une petite ville animée et qui grandit d’ailleurs très vite avec l’essor du tourisme depuis les années 1960. C’est en fait la ville de ressource où l’on trouve par exemple les entreprises de construction, très actives dans les stations de ski, et les grandes surfaces spécialisées. Il n’y a pas de monuments marquants et je cherchais de toute façon surtout une boulangerie parce que je pensais que j’aurais des difficultés à faire des provisions le lendemain sur la route du col de l’Iseran. J’ai un peu hésité vu la devanture un peu clinquante mais la dame était charmante et avait un bon choix.

Il ne me restait que 5 km entre Bourg et l’auberge de jeunesse, mais je ne me suis pas attardé car je préfère arriver à l’heure dans ces hébergements collectifs de peur que la réception ne ferme pour une pause-dîner désagréablement longue (cela m’était arrivé à Aix-en-Provence où j’avais attendu presque une heure). La route monte entre Bourg et Séez, mais j’ai été surpris de trouver la côte facile, le vent s’était calmé et la pente est douce.

 

Montagnes italiennes au-dessus de Séez

Montagnes italiennes au-dessus de Séez

Séez est au carrefour de la route du Petit Saint-Bernard qu’empruntait déjà la voie romaine et de la route du col de l’Iseran construite en 1937. Le nom du village vient du six romain, c’était la borne milliaire VI, et c’était la capitale de la Haute-Tarentaise. Les comtes de Savoie soignaient les habitants, qui furent exemptés de tout impôt dès 1259 en échange d’entretenir la route du col. Les occupants français ont centralisé l’entretien des routes en 1792… et introduit les impôts et le service militaire. Je n’ai pas eu le temps de visiter Séez, où il semble y avoir des restes du château des vicomtes et une église baroque.

Une petite route descend du village vers l’auberge de jeunesse qui est juste au-dessus d’un pont sur l’Isère dans une forêt de sapins particulièrement profonde et sombre. J’avais réservé un lit mais aussi un dîner à l’avance par Internet, craignant que ce soit un problème dans une auberge de montagne. J’ai même été obligé de commander en même temps un panier pique-nique pour le lendemain, le site Internet ne faisant pas de différence entre pension complète et demi-pension.

Quand je suis arrivé, le temps était devenu un peu menaçant de façon très inattendue et les nuages avaient dû se cacher habilement derrière une montagne pour mieux me surprendre. J’ai constaté que le parking était entièrement vide et je me suis même demandé si l’auberge était fermée, mais elle m’avait confirmé la réservation par courriel et c’était donc peu probable.

La réception était évidemment fermée, ce que l’on peut comprendre vu l’animation, mais il y avait un petit papier disant qu’il fallait chercher le gérant, ce qui m’a pris un bon moment car je n’avais aucune idée de l’endroit où il pourrait être dans ce genre de grand bâtiment. J’ai fini par essayer de l’appeler sur le portable ! Finalement, il est apparu sortant d’une pièce de rangement deux étages plus bas où je ne pouvais pas deviner qu’il serait.

J’étais effectivement la seule personne de passage et il m’a demandé si cela m’ennuirait d’utiliser l’une des chambres d’accompagnateurs dans l’annexe plutôt qu’un dortoir entier dans le bâtiment principal. J’ai donc eu ma petite chambre privée avec une douche très efficace au bout du couloir. Il y avait une autre personne dans cette annexe, un jeune homme qui logeait quelques jours en attendant de convenir d’un emploi saisonnier dans une station de montagne, mais je ne l’ai pas vu avant le lendemain matin.

Pour le dîner, je suis revenu dans le bâtiment principal où le monsieur avait effectivement fait un peu de cuisine. C’est un homme jovial avec un tour de taille généreux qui doit être un gérant sympathique pour les touristes. Il m’a expliqué qu’il avait maison pleine l’hiver évidemment, mais aussi souvent au printemps à cause du centre de kayak de Bourg. EDF était en train de remplir le barrage de Tignes après l’avoir nettoyé et ne laissait passer que le minimum d’eau en 2015, ce qui fait que les sportifs avaient annulé leurs séjours habituels.

Comme nous avions une conversation intéressante, il m’a même gentiment offert une petite bière du bar de l’auberge. Pour le dîner, il m’a servi un repas bien plus élaboré que ce que l’on peut attendre en auberge vu les prix démocratiques: une assiette de charcuterie, des diots aux crozets avec des cèpes, un plateau de fromage… et un modeste yaourt.

L’explication de ce repas presque luxueux est que le préfet de Savoie était venu la veille déjeuner à l’auberge pour discuter avec les stations touristiques de la région et qu’il restait une bonne quantité de produits non consommés par les hautes autorités. Evidemment, le repas servi avait été à base de spécialités régionales et je reconnais volontiers que la charcuterie locale est délicieuse et que les fromages (reblochon et beaufort) étaient parfaits.

C’était amusant d’avoir des diots aux crozets car je n’ai pas beaucoup été en table d’hôtes cette année – en plus, des pâtes et des saucisses la veille d’un grand col étaient parfaits. Les cèpes étaient le seul ingrédient étranger à la région, il s’agit d’un produit surgelé importé car il est interdit de servir des champignons de la forêt dans un hébergement officiel pour des raisons de traçabilité.

Vers la fin du dîner, le monsieur semblait tout disposé à ouvrir le bar pour continuer la conversation avec son seul hôte; les auberges de montagne ont rarement des bars mais c’est une bonne idée en Savoie où le temps est incertain – il s’était mis entre-temps à pleuvoir abondamment. J’ai vu des bars agréables dans d’autres auberges de jeunesse comme à Cancale, à Nîmes ou à Annecy. Le temps que le monsieur aille vers son bar, il a été dérangé par trois nouveaux arrivants à moto, un couple d’âge mûr et leur fils.

Il s’est vite avéré que leur français était assez hésitant, ce qui m’a permis de me rendre utile en tant que luxembourgeois capable de traduire entre l’allemand et le français. Ils n’avaient pas eu l’intention de faire étape à Séez ni surtout d’arriver à 21 h, mais ils avaient eu des ennuis mécaniques (cela semble plus fréquent à moto qu’en voiture ou à vélo) et ils avaient été obligés de raccourcir l’étape quand la pluie leur a montré qu’il n’était pas raisonnable de continuer au crépuscule.

Il y a eu diverses complications jusqu’à ce qu’ils arrivent à s’entendre avec le monsieur et ils ont été obligés de combiner quelques restes dans leurs bagages avec ce que le monsieur avait encore comme fromage. C’était surtout le pain qui manquait, ce qui m’a confirmé que j’avais bien fait de commander mon repas. La bière par contre, aliment indispensable aux motards, était facilement disponible même si c’était la lavette industrielle française usuelle (de la 1664).

Comme les Allemands étaient fatigués par leur voyage, je les ai laissé dîner tranquilles. Une fois qu’ils étaient prêts à passer à l’étape bar et bière beaucoup plus importante pour eux, c’est moi qui étais fatigué et pensais déjà à l’effort intense qui m’attendait le lendemain, ce qui fait que je les ai laissés tout en leur indiquant que j’aurais plaisir à les retrouver au petit déjeuner. Ils étaient quand même bien contents que j’aie pu servir d’interprète pour quelques questions techniques utiles.

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