Etape 16: Aravis

Dimanche 21 juin

72 km, dénivelé 1628 m

Nuageux puis beau et très doux (21°)

Taninges – Cluses – Oêx – Luzier – Passy- Chedde – Saint-Gervais – Flumet village – Les Saisies

Aravis, départements 74 et 73

Etape étrange, peut-être la plus difficile du voyage dans mon souvenir avec une arrivée en altitude qui oblige à bien prévoir son emploi du temps et à limiter strictement la distance totale. Les personnes plus sportives que moi devraient pouvoir ajouter 30 km et faire un aller et retour à Chamonix pour voir les glaciers du Mont Blanc. Les personnes craignant le dénivelé auront une étape légèrement plus facile en évitant les détours par Passy et par Flumet-village.

 Vallée du Giffre le matin

Vallée du Giffre le matin

Comme toujours quand la soirée est intéressante, le petit déjeuner ne m’a pas laissé de souvenir particulier. J’ai demandé au monsieur un conseil pour choisir une boulangerie et j’ai eu un peu de peine à trouver celle qu’il m’a recommandée, mais elle avait effectivement de très bons produits. Je suis aussi passé au supermarché parce que j’avais besoin de fruits et je ne suis donc parti de Taninges qu’à 9 h 30, ce qui n’est cependant pas une heure déraisonnable.

Cette fois, je n’avais qu’à traverser la vallée du Giffre au lieu de la longer comme la veille. J’ai pris une photo de la vallée en enfilade et on voit que le temps s’est un peu éclairci depuis la veille, mais que les sommets restaient dans l’ombre des nuages. Je suivais toujours la route des Grandes Alpes, mais c’était la première fois qu’il y avait peu de circulation grâce au dimanche matin et cela changeait agréablement du trafic de la veille.

 Cluses et le val d'Arly

Cluses et le val d’Arly

Le col de Châtillon est une crête modeste entre les vallées de la Giffre et de l’Arve et on y monte facilement en deux épingles à cheveux. Dans la descente du col vers le sud, j’ai apprécié la vue magnifique sur le bassin de Cluses. Le versant sud du col est beaucoup plus haut que le versant nord (300 m contre 100 m) parce que la vallée de l’Arve est à une altitude beaucoup plus basse que celle du Giffre. Le Giffre finit par se jeter dans l’Arve après une gorge raide, mais il a choisi une autre faille rocheuse que la colline de Châtillon pour une quelconque raison.

 

Cluses et la chaîne du Bargy

Cluses et la chaîne du Bargy

La ville de Cluses occupe toute la vallée de l’Arve qui est large de quelques kilomètres; Comme la plupart des grandes vallées des Alpes du Nord (Giffre, Isère, Arc), c’est une superbe vallée glaciaire en U. Elle paraît presque plate sur des kilomètres entre Le Fayet et Bonneville, séparant les monts du Faucigny de ceux des Aravis, mais elle suit une forme en S à cause de chaînons calcaires. Le nom de Cluses vient d’un passage étroit juste en amont de la ville même si c’est bien moins spectaculaire qu’à Sisteron.

 

Vieux pont de Cluses

Vieux pont de Cluses

Fontaine à Cluses

Fontaine à Cluses

Cluses est une ville animée et importante avec près de 20.000 habitants mais c’est une ville très récente. Après l’incendie du village d’origine en 1844, la vallée est restée presque inhabitée jusque dans les années 1950 avec l’installation d’un grand nombre d’usines de mécanique, sous-traitantes de l’industrie horlogère. C’est une ville ouvrière avec beaucoup d’immigrés (20% de la population), mais qui vote curieusement divers droite.

 

Parterre avec vélo à Cluses

Parterre avec vélo à Cluses

Evidemment, dans une ville aussi récente, il n’y a pas de monuments notables. Ceci ne m’a pas empêché de m’arrêter quelques minutes sur les places autour de la mairie, car on a fait quelques efforts pour embellir le site avec des parterres de fleurs (dont un amusant avec un vélo géant en ferraille bleue pour rappeler les passages de coureurs) et une grande fontaine. En face de l’église, j’ai vu une belle villa tandis que l’église elle-même paraît assez triste. Je ne l’ai pas visitée en raison de l’office mais je pouvais voir à travers la vitre un beau calvaire dans l’entrée.

 

 Villa dans le centre de Cluses

Villa dans le centre de Cluses

Cluse du Reposoir

Cluse du Reposoir

Je suis reparti de Cluses en longeant l’Arve par l’ancienne nationale, maintenant assez tranquille le dimanche grâce à l’autoroute parallèle. En semaine, ce doit être beaucoup moins agréable parce que l’on traverse la zone industrielle sur une assez longue distance.

 

Chaîne du Reposoir depuis Magland

Chaîne du Reposoir depuis Magland

Le paysage est beau quand on regarde vers le haut plutôt que vers le fond de la vallée: sur la droite, c’est la ligne calcaire de la chaîne du Reposoir 1500 m au-dessus de la rivière. Sur la gauche, on passe plusieurs grandes cascades. Pour bien les voir, il faudrait monter un morceau à pied le long des torrents; je me suis contenté de photos au téléobjectif avec la très belle géologie en arrière-plan.

 

Cascade d'Arpenaz

Cascade d’Arpenaz

 Lac de Passy

Lac de Passy

Après le hameau d’Oëx, la route prncipale traverse l’Arve, mais je suis resté sur la rive droite parce qu’il y a une petite route qui la longe sans monter inutilement à flanc de montagne. Sur cette rive, on atteint bientôt un petit lac qui est probablement une ancienne sablière et qui sert maintenant de centre de loisirs assez apprécié le weekend. J’étais un peu irrité des insectes que j’avais déjà repérés à chaque fois que je m’arrêtais près d’un torrent pour prendre une photo mais j’ai trouvé un banc pas trop près de l’eau pour un petit en-cas.

 

Vallée de Chamonix depuis le pont de Sallanches

Vallée de Chamonix depuis le pont de Sallanches

On arrive peu après le lac au pont de Sallanches où il faut prendre une décision. Si on est un peu pressé ou si on veut rester raisonnable avec les dénivelés, il faut traverser le pont et prendre la route directe de Megève par Combloux (550 m en 13 km, ce qui est très faisable). Si on a plus de temps et de courage, on peut remonter encore un peu la vallée de l’Arve et monter vers Megève par Saint-Gervais, route avec une section raide.

 

Aperçu du Mont Blanc

Aperçu du Mont Blanc

Et si on a beaucoup de temps et de courage, on peut monter à flanc de coteau sur la rive droite vers Passy et Servoz, ce qui permet d’atteindre le début de la vallée de Chamonix. Il était midi quand je suis arrivé au pont et j’ai estimé que je pouvais me permettre un morceau de la vallée de l’Arve même si je pensais irréaliste de monter jusqu’à Chamonix. A moins de passer en Suisse, c’est un cul de sac. J’espérais voir un petit morceau de Mont Blanc malgré les nuages en altitude…

 

 Vallée de Saint-Gervais depuis Passy

Vallée de Saint-Gervais depuis Passy

J’ai donc pris la route de Passy, qui est la seule permettant de remonter l’Arve sans prendre la voie rapide. Celle-ci est apparemment autorisée aux cyclistes mais très dangereuse et impressionnante car elle court sur un viaduc de plusieurs kilomètres de long. Je ne pensais pas que Passy serait aussi haut à flanc de montagne, peut-être 150 m au-dessus du fond de la vallée. Heureusement, la pente est régulière et modérée.

Arrivé à Passy, je me suis retrouvé coincé parce que la route de Servoz était fermée pour travaux. La fermeture de la route m’a forcé à revenir au plan un peu moins ambitieux consistant à passer par Saint-Gervais – et je peux dire en voyant le déroulement du reste de la journée que j’aurais eu un problème d’horaire assez ennuyeux si j’avais été jusqu’à Servoz.

 

Eglise de Passy

Eglise de Passy

Puisque j’étais à Passy, j’en ai profité pour visiter l’église qui n’est pas mentionnée spécialement sur ma carte mais qui est très belle et très peu connue. L’armoire de bénitier baroque est un monument classé mais c’est surtout la peinture des murs et des voûtes que j’ai admirée. Les frises blanches sur fond bleu me rappellent le néo-clacissisme anglais style Wedgwood mais c’est ici du vrai stuc baroque et pas du biscuit appliqué sur le mur.

 

Baroque sarde

Baroque sarde

C’est surtout la voûte qui est belle avec de ravissantes guirlandes de fleurs. Ce serait typique du baroque savoyard, pour qui les scènes avec des personnages sont moins importantes que dans le baroque bavarois ou autrichien. En tous cas, c’est charmant et d’une fraîcheur de ton apaisante.

 

 Le Fayet depuis Passy

Le Fayet depuis Passy

Tous comptes faits, même si j’avais monté une côte pas vraiment indispensable et que j’avais été frustré de mon itinéraire initial, je suis assez content d’être monté à Passy. On a en plus une belle vue sur le fond de la vallée où les champs ont été pratiquement entièrement remplacés par des pavillons. C’est en partie dû à une importante zone industrielle qui date de l’époque où Péchiney avait construit une usine d’explosifs maintenant reconvertie dans la mécanique.

Il y a une chose que je n’ai pas visitée à Passy, c’est la chapelle du Plateau d’Assy. C’est un cul-de-sac haut au-dessus du village (environ 250 m) et c’est pourquoi le détour aurait été trop dur pour moi. L’église fut construit dans les années 1940 par le même architecte que la chapelle de Vongy visitée près de Thonon en 2011, mais est célèbre pour abriter un concentré de chefs-d’œuvres de l’art religieux du XXème siècle de Rouault à Chagall en passant par Braque et Lurçat.

Il y eut quelques critiques envers l’effet « musée » d’approches artistiques non coordonnées; à partir des années 1970, on tendit d’ailleurs à confier tout le programme architectural et décoratif au même artiste, comme avec Le Corbusier à Ronchamp. Comme je ne sais pas si l’on peut visiter l’église en dehors des offices, je ne peux pas dire si la côte supplémentaire vaut le détour pour un cycliste.

Je suis en tous cas descendu dans la vallée plutôt que de monter sur le plateau. J’ai traversé une longue zone d’immeubles et d’entrepôts en ciment assez fatigués, je me suis perdu autour de l’échangeur de la voie rapide à cause des pancartes pour cyclistes peu claires et j’ai fini par atteindre le Fayet qui est le terminus des trains de Paris. Cela m’aurait amusé de voir les différentes garnitures de trains car on y prend aussi le funiculaire de Saint-Gervais ou le train à voie étroite de Chamonix. Mais la gare était un peu loin de mon trajet et je commençais à chercher un endroit de pique-nique.

Eglise du Fayet

Eglise du Fayet

J’ai d’abord cherché dans le parc thermal, mais j’ai été déçu car la plupart de ces établissements sont maintenant un genre d’hôtels de luxe dont les parcs ne sont plus vraiment prévus pour permettre au public normal de s’y promener. J’ai perdu vingt minutes dans le parc puis je me suis décidé à continuer ma route en espérant trouver un meilleur endroit un peu plus loin.

En fait, la petite côte raide que j’ai entamée n’a pas duré longtemps car je me suis vite arrêté en voyant une église curieuse. La chapelle du Fayet (où habitent les Fayerandes) est judicieusement recommandée par ma carte et s’est avérée une halte intéressante à défaut du Plateau d’Assy. Elle date effectivement de la même période (1938) et est l’œuvre du même architecte (Novarina), grand spécialiste des voûtes en berceau retombant presque jusqu’au sol.

 

Nef de l'église du Fayet

Nef de l’église du Fayet

La forme en triangle est évidemment un symbole religieux respectable, mais l’architecte voulait aussi faire référence aux toits larges et en forte pente des fermes d’altitude.

 

Frise art déco au Fayet

Frise art déco au Fayet

Sans qu’il y ait une grande collection d’œuvres d’art à l’intérieur, j’ai apprécié la frise sculptée sur la façade: elle utilise les formes Art Déco avec un sens du mouvement et une multiplication des figures qui proviennent d’autres traditions. L’église abrite aussi un programme de vitraux remarquable, conçu par un célèbre artiste romand de l’époque, Cingria.

 

Vitraux au Fayet

Vitraux au Fayet

La rose des façades gothiques est remplacée par un admirable vitrail en triangle d’un chromatisme abstrait extrêmement élaboré et une bonne partie des petits vitraux des murs ont également des jeux de couleurs très réussis. La technique du vitrail était innovante pour l’époque et participe à l’effet de mosaïque: les morceaux de verre sont sertis dans des fils de béton et non de métal.

Le petit parvis de l’église étant peu attirant pour un pique-nique, j’ai continué courageusement à monter la côte qui est finalement nettement plus longue que je ne m’y attendais et assez raide à au moins deux endroits. Il était l’heure de midi et la circulation sur cette route pas très large et très tortueuse était juste supportable. Au total, il y a environ 250 m de dénivelé entre la vallée de l’Arve et le centre du village de Saint-Gervais où j’ai trouvé un banc pratique derrière l’église.

 

 Anciens hôtels de cure à Saint-Gervais

Anciens hôtels de cure à Saint-Gervais

Saint-Gervais (où habitent les Gervoliennes plutôt que les Gervasiennes) est une villégiature pleine de résidences secondaires en raison de la station de ski des Contamines-Montjoie. Les anciens palaces pour curistes des années 1900 ont eux aussi été lotis en appartements. Le centre ville est assez curieux, il hésite entre le style station de ski (parkings en épi, magasins ouverts à la saison sans aucun souci de décoration extérieure, immeubles d’appartements avec balcons en bois au-dessus des magasins) et le style excursion estivale (terrasses de café envahissantes, objets urbains destinés à empêcher les voitures de se garer, nombreux panneaux essayant d’attirer les touristes vers les randonnées, attractions et stands de produits régionaux).

Il était 13 h 30 quand je suis arrivé au Fayet et j’y suis resté presque une heure, ce qui est un peu plus long que mes pauses de midi habituelles. Je pense que j’étais un peu fatigué après avoir franchi deux côtes successives depuis mon en-cas, une pour monter à Passy et une pour monter à Saint-Gervais.

 

Eglise de Saint-Gervais

Eglise de Saint-Gervais

Je ne suis pas arrivé à visiter l’église, qui semble baroque et qui date de la même époque que celle de Passy. La carte n’en fait pas un plat particulier. La façade est pourtant un peu bizarre avec trois médaillons peints sous l’auvent en bois et non sur la façade elle-même. On voit aussi des peintures sur les façades de quelques églises du Comté de Nice, mais plutôt pour souligner les colonnes et niches de l’architecture.

 

Site de Saint-Gervais

Site de Saint-Gervais

A défaut de monuments, j’ai pu apprécier le site assez vertigineux car l’église et une partie des maisons sont directement au-dessus d’une gorge étroite et assez profonde. Il y a deux ponts à travers le ravin, un en aval emprunté par la route moderne mais que je trouve un peu vertigineux et un plus ancien en amont qui me suffisait.

 

Cluse du Reposoir depuis la route de Megève

Cluse du Reposoir depuis la route de Megève

Après le pont, on quitte très vite Saint-Gervais par une route en corniche qui monte doucement mais sans interruption jusqu’à Megève à 11 km. La pente est assez raisonnable, le dénivelé ne dépassant guère 300 m. C’est une bonne chose car cela permet de s’arrêter souvent sans problèmes de rythme de montée, et les arrêts sont tentants car la vue plongeante sur la vallée de l’Arve devient vite spectaculaire.

 

 Panorama en direction du Mont Blanc

Panorama en direction du Mont Blanc

 Le Mont Blanc depuis la route de Megève

Le Mont Blanc depuis la route de Megève

En regardant vers l’arrière, j’ai eu le plaisir de constater que le Mont Blanc perçait les nuages et que je pouvais donc voir le sommet. Vu depuis cette route, il écrase les montagnes environnantes d’une façon beaucoup plus impressionnante que depuis Passy. On est un peu plus près mais surtout le premier plan est plus modeste. Comme je pensais que ce serait ma seule occasion de voir la montagne, je me suis arrêté à plusieurs reprises pour l’admirer. C’est le seul endroit pendant mes voyages en vélo où j’ai vraiment eu l’impression d’une montagne écrasant le reste du paysage.

 

Autre vue du Mont Blanc

Autre vue du Mont Blanc

Le reste des Alpes est à 2800 m et domine les vallées de 1500 m environ. Le massif des Ecrins monte à plus de 4000 m, mais il y a toujours un premier plan qui enlève l’effet de majesté. Le Mont Blanc domine la route de Megève de plus de 3500 m et la montagne du premier plan de plus de 2000 m, d’où cette impression de flotter au-dessus du paysage. Je me demande un peu quel effet le Mont Blanc fait depuis Chamonix, mais je ne pense pas que j’aurai l’occasion de revenir à vélo.

Le trajet en corniche spectaculaire se transforme sur les derniers kilomètres en remontée d’une combe plus banale puis on arrive à Megève, une station de ski connue pour son origine huppée car elle fut fondée par la famille Rothschild en 1921 parce que la baronne avait été froissée de devoir partager les pistes avec des Allemands lors d’un séjour dans la station suisse de Sankt Moritz. Au contraire de la plupart des stations françaises, la population a baissé presque de moitié depuis les années 1980, probablement à cause de la flambée des prix de l’immobilier.

Megève (on dit bien MEUUUH-Gève) est l’une des très rares stations qui sont à la fois une vraie station de ski (bien que l’enneigement soit incertain à 1100 m d’altitude en bas) et un bourg commerçant sur une route nationale très fréquentée (la route Grenoble – Chamonix). Le résultat est un genre de village-rue plein de commerces actifs en toute saison et pas spécialisés uniquement dans la location de skis et le grog réconfortant. La commune a les moyens de se payer une grande zone piétonne; je ne peux pas parfaitement comparer aux Gets parce qu’il ne faut pas comparer un jour de semaine et un dimanche par beau temps, mais je pense que Megève est plus riche économiquement.

 

Centre de Megève

Centre de Megève

Il y a un bâtiment ancien au milieu du village avec une tour circulaire qui étonne dans une station de ski. Effectivement, il existait une seigneurie de Megève dès le Moyen-Âge et les derniers seigneurs avaient construit une résidence à hauteur de leur rang (Président de la Chambre des Comptes du Duché de Savoie). Le bâtiment avec la tour sert de mairie à la petite commune de Demi-Quartier, qui est voisine de Megève mais qui n’a pas sa mairie sur son propre territoire, chose rarissime. J’ignore l’origine du nom très étrange de cette commune.

 

Porte de l'église de Megève

Porte de l’église de Megève

Le principal monument de Megève est l’église paroissiale, fondée en tant qu’abbatiale pour des moines arrivés en 1202 mais reconstruite plusieurs fois. J’ai d’abord admiré la très belle porte en bois ornée de reliefs Renaissance et datée de 1692. Elle est surmontée d’une grille en fer forgé élégante qui protège un tympan en vitrail et non le tympan en pierre que l’on attendrait peut-être.

 

 Eglise de Megève

Eglise de Megève

A l’intérieur, on est évidemment impressionné par les couleurs riches et les moulures dorées, mais on finit par se rendre compte que toute cette pompe n’a pas la fraîcheur élégante du baroque authentique. C’est en fait la version néoclassique de 1827 et c’est un peu lourd. Par contre, les différentes fresques gardent des tons pastels agréables, tout à fait dans le style des Préraphaélites. Je ne pense pas que le peintre italien était grand expert en matière de figures, mais il était excellent peintre de paysages et d’architectures en perspective pour les arrière-plans.

 

 Chapelle de Megève

Chapelle de Megève

Comme dans le Comté de Nice, il y avait à côté de l’église paroissiale une chapelle de pénitents. Elle est également décorée dans le style néoclassique bien que de façon beaucoup plus retenue. Ce qui est très amusant, c’est un balcon à grande hauteur dans la nef construit avec une envolée courbe très baroque. Le balcon pourrait avoir servi de chaire et il a un usage très amusant de nos jours, il abrite les statues des saints. On a l’impression qu’elles se tiennent à leur balcon et papotent en médisant sur les fidèles.

 

Saints au balcon

Saints au balcon

Après la visite de Megève, je me sentais un peu reposé de mes ascensions du jour et il était temps de rejoindre le col des Saisies, ce qui impose de descendre à Flumet à 900 m d’altitude puis de monter au col à 1633 m. Un dénivelé de 700 m en fin de journée n’est pas très agréable, mais je pensais que ce serait faisable après mon entraînement dans le Massif Central et dans le Bugey. Je préférais aussi coucher au col plutôt qu’à Albertville qui n’est pas un endroit d’un grand intérêt touristique et qui a très peu de chambres d’hôtes.

La descente de Megève à Flumet est assez raide et on a peu de vue parce que l’on longe un torrent dans la forêt de sapins. C’est un peu comme le versant sud du col des Gets. J’en ai eu pour 15 minutes, ce qui montre que je ne trouvais pas le paysage digne d’arrêts notables. Flumet étant le pied du col, je me suis arrêté deux minutes pour changer de rythme.

 

Flumet

Flumet

Je suis allé voir si l’église était ouverte, ayant lu qu’elle abrite des fresques, mais elle était fermée. Flumet est un petit village dans un site très encaissé entre deux ravins et cela donne une vue assez impressionnante depuis le pont sur la gorge. On imagine facilement pourquoi les comtes de Faucigny en avaient fait une petite forteresse pour défendre leur frontière contre les ambitieux comtes de Savoie au XIIIème siècle. Le Faucigny faisait partie du Dauphiné vers 1290 mais devint savoyard en 1355.

 

Site de Flumet

Site de Flumet

De Flumet, je pensais que deux heures me suffiraient largement pour atteindre le col 700 m plus haut vu que la pente moyenne est de 5% sur 14 km. En fait, c’est le col le plus dur que j’ai franchi de tout le voyage parce qu’il est très irrégulier. La sortie de Flumet est presque amusante, ce qui compense la pente très raide. En effet, on monte par une douzaine d’épingles à cheveux extrêmement serrées (plus encore qu’à Alscheid pour les connaisseurs du Luxembourg).

 

Notre-Dame-de-Bellecombe

Notre-Dame-de-Bellecombe

Puis on rejoint une route un peu moins raide qui évite le centre de Flumet et que l’on peut prendre directement quand on vient de Megève. Cette route monte à une pente normale sur une courte distance jusqu’au village de Notre-Dame-de-Bellecombe.

Malheureusement, elle devient à nouveau très raide (10%) pendant deux kilomètres avant de s’offrir un long détour plat dans une combe latérale. Au lieu de monter à travers la combe, elle attend d’être au bout pour reprendre son ascension, à nouveau sur 3 km à 9%. Puis nouveau détour plat dans une deuxième combe et enfin l’ascension finale à nouveau très raide. Je n’avais pas du tout eu l’intention de monter 700 m de dénivelé à 10%, même séparé en quatre sections !

Combe d'Arcanière

Combe d’Arcanière

 

Le seul avantage de ce profil particulièrement pénible mais certainement attirant pour les vrais sportifs est que l’on a très vite une belle vue soit sur la vallée de Flumet soit sur les combes latérales. La vallée de Flumet ou plus correctement de l’Arly est étroite et profondément encaissée au pied de la chaîne principale des Aravis qui la domine de 1400 m. Les combes quant à elles sont de charmants alpages couverts de fleurs sauvages entre les bosquets de sapins avec l’une ou l’autre grange d’altitude perdue dans le paysage. Si seulement c’était moins raide…

 

Montée du Col des Saisies côté Fliumet

Montée du Col des Saisies côté Fliumet

Massif des Aravis depuis le col des Saisies

Massif des Aravis depuis le col des Saisies

Le col des Saisies est un endroit un peu surprenant quand on arrive par le versant de Flumet. On sort de la forêt pour longer un parking gigantesque et on arrive au centre de la station de ski presque sans signe avant-coureur. En fait, le centre commercial et l’église (où je n’ai pas pu entrer en raison d’un office) sont tout à fait au bout de la station, et au col plutôt que dans un endroit abrité plus bas. Je me suis arrêté trois minutes au sommet, mais la vue côté Flumet était à peu près celle que j’avais déjà eue pendant la montée. Côté Hauteluce, la vue depuis le col est limitée parce que le haut du vallon est encaissé.

 

Pancarte du col des Saisies

Pancarte du col des Saisies

Je suis donc descendu presque tout de suite dans la rue principale de la station à la recherche de l’hôtel dans lequel j’avais réservé. Le prix n’était pas très avantageux, mais j’étais conscient que les prix sont plus élevés en altitude et j’espérais une offre de demi-pension intéressante. Pendant que je roulais lentement le long de la rue à la recherche des numéros pas très visibles sur les grands immeubles en bois, j’ai été hélé par une voiture et la conductrice m’a expliqué qu’elle me cherchait et qu’elle se demandait si elle allait rentrer chez elle maintenant qu’il était 19 h.

J’ai eu l’impression que la dame ne tenait pas à s’occuper beaucoup des hôtes, mais j’ai eu l’explication au fur et à mesure. En fait, c’est une résidence de location pour l’hiver même si la dame propose quelques chambres à prix raisonnable hors saison pour payer les frais fixes. Il y avait d’ailleurs des travaux dans l’immeuble le lendemain matin, chose qui ne m’a pas gêné vu que le vélo était dans le garage souterrain (avec d’ailleurs un système de code qui m’a demandé un bon moment de réfléxion).

La chambre était un genre de cagibi donnant sur le toit du garage souterrain sous l’escalier de secours, ce qui explique le prix raisonnable. Toutefois, bien qu’elle soit petite et sans vue, la chambre était fonctionnelle, bien propre et munie d’un lit particulièrement confortable.

J’ai aussi pu faire fonctionner le chauffage électrique sans problème, ce qui était appréciable dans un immeuble où les ouvriers laissaient l’air froid circuler pendant la journée (mais j’ai trouvé l’air après très sec, comme d’ailleurs plusieurs fois cette année quand j’ai couché dans des bâtiments en bois – un effet de l’isolation moderne plus efficace, je suppose). J’ai remarqué un détail curieux dans la chambre: le sol était couvert d’une matière imitant le parquet mais qui n’était ni du linoléum ni de la moquette. On aurait dit un genre de moquette très ras.

Puisque c’est une résidence hôtelière, la dame ne sert pas de repas, elle envoie les gens dans un restaurant dans l’immeuble voisin et il n’y a pas de réduction possible pour la demi-pension. Je dois cependant reconnaître que le décor du restaurant est dans un style rustique agréable, que la cuisine est simple et bonne et que le petit déjeuner est un buffet copieux à un prix justifié.

Pour le dîner qui m’est revenu à 25 € (sans vin), j’ai eu le potage aux légumes du jour, du sauté de veau avec des pâtes et un petit fondant au chocolat. Les pâtes étaient servies avec deux sauces différentes délicieuses toutes les deux, ce qui est un style peu fréquent en France. J’étais évidemment seul à table et il n’y avait d’ailleurs pas grand monde dans aucun des trois restaurants ouverts ce dimanche soir, mais j’ai quand même échangé deux mots avec le couple âgé de la table voisine, lesquels ont un appartement de ski dans la station et viennent de temps en temps pour quelques jours au calme de la montagne hors saison.

 

Beaufortain depuis le col des Saisies

Beaufortain depuis le col des Saisies

Après le dîner, qui se termine plus tôt au restaurant qu’en table d’hôtes, je me suis promené un petit peu le long de la rue principale jusqu’au col à 500 m de mon immeuble. Il ne faisait pas tellement froid. La station est plutôt plus jolie que beaucoup d’autres, les chalets se répartissent au flanc de la combe dans les sapins et les immeubles le long de la route ne sont pas beaucoup plus hauts que les arbres. On a aussi mis les immeubles uniquement côté montagne et des bâtiments bas abritant les commerces côté vallée, ce qui adoucit l’effet optique.

Au milieu de la station, j’ai dûment admiré la grande curiosité, un tapis roulant dans une chenille en plastique transparent qui semble remplacer les téléskis pour les personnes qui ne peuvent pas s’en servir facilement comme les skieurs de fond ou les petits enfants. Je n’avais pas encore vu cela ailleurs.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :