Etape 15: Faucigny

Samedi 20 juin

93 km, dénivelé 1175 m

Couvert puis éclaircies de plus en plus belles, frais (15°)

Fontany – Bioge – Les Gets – Taninges – aller-retour au Cirque du Fer à Cheval

Faucigny, département 74

Etape pas très dure, valant beaucoup plus par les paysages que par les monuments. Si l’on part le matin d’Abondance, ce qui rajoute quelques kilomètres, on peut les enlever le soir en couchant à Samoëns à la sortie du cirque du Fer à Cheval. Je sais bien que le cirque est un cul-de-sac, mais j’en avais lu grand bien et c’est un des sites que je ne voulais pas rater pour un dernier voyage dans les Alpes.

Gorge de la Dranse d'Abondance

Gorge de la Dranse d’Abondance

J’ai commencé la journée par une section très agréable puisque j’ai redescendu une partie de la gorge de la Dranse jusqu’au confluent avec la Dranse de Morzine. Je dois reconnaître que le paysage est un peu moins impressionnant en descente, les reliefs paraissent plus modestes. Après le confluent, j’ai commencé à remonter la vallée de la Dranse de Morzine mais l’effet est différent de la vallée d’Abondance. Le torrent traverse une série de petits bassins séparés par des gorges étroites dues à des barres calcaires plissées comme un peu partout dans les Préalpes.

 

 Environs de La Forclaz

Environs de La Forclaz

La route s’écarte du torrent pour la première gorge, montant lentement dans la forêt pour franchir la barre par le haut. Ce sont les « gorges du Pont du Diable », qui sont privées et qui ont été tranformées en attraction payante à l’intention des touristes venus de Suisse par autocars entiers. Un restaurant bien visible de la route incite aussi les très nombreux motards à une halte; j’ai constaté que la route des Grandes Alpes semble être un classique pour les motards en particulier allemands.

Ils sont très nombreux en juin (je suppose qu’ils sont suivis par les Français en juillet et surtout août) mais ne m’ont pas tellement gêné en dehors du bruit car ils roulent assez prudemment de peur de déraper dans des gravillons. Ils semblent suivre un horaire ou un découpage d’étapes assez standardisé car ils devenaient beaucoup moins nombreux l’après-midi quel que soit le col. Ils ne s’écartent pas d’un centimètre de la route principale et ne visitent que les cafés et les restaurants.

Bassin du Biot

Bassin du Biot

Le Pont du Diable se visite uniquement avec un guide, ce qui prend 50 minutes et coûtait 6,10 € en 2015. Je n’ai donc pas visité. D’après les photos, elles ressemblent aus gorges de Kakouetta dans le pays basque ou à la clue de Saint-Auban au-dessus de Grasse. Le conseil général a construit une petite salle d’exposition sur la géologie de la région à côté de l’attraction commerciale et j’ai donc pris dix minutes pour visiter l’exposition gratuite, appréciant une petite pause après la côte. On parle particulièrement du marbre qui était exploité autrefois dans la vallée.

J’ai ensuite parcouru le bassin du Biot, où le torrent s’étale dans un lit de graviers généreux. C’est un passage un peu monotone entre forêt de sapins et entrepôts le long de la route. Cette zone commerciale un peu inattendue se justifie essentiellement comme annexe de la station de ski de Morzine-Avoriaz qui est tout près.

 

Défilé des Tines

Défilé des Tines

En amont du Biot, le torrent traverse le défilé des Tines dont on ne voit qu’une partie depuis la route. Elle traverse en effet la barre calcaire par un petit tunnel. J’ai essayé de voir comment le torrent traverse, mais le passage est inaccessible. J’ai vérifié sur Internet et ce n’est pas une grotte, mais c’est très étroit.

 

Ruines de l'abbaye Notre-Dame d'Aups

Ruines de l’abbaye Notre-Dame d’Aups

Au-dessus du défilé, la route monte un peu pour atteindre le principal village de la vallée d’Aulps (on écrivait curieusement Aulph jusqu’en 1961, le mot vient de « alpage »). Il est né autour d’une abbaye prestigieuse et originale: au début, les abbés avaient inventé de grouper les moines par groupes de trois ou quatre habitant chacun dans un chalet isolé dans la montagne. Ceci facilitait le travail agraire, important dans la règle bénédictine, et permettait une certaine forme de vie érémitique alors très demandée. Saint Bernard de Clairvaux mit fin à l’expérience par un souci de contrôle centralisateur typique de l’église catholique.

L’abbaye fut supprimée par l’envahisseur français en 1799 et servit de carrière de pierre au XIXème siècle. Les ruines appartiennent au conseil général depuis 1994 et ont été consolidées, mais il ne reste que quelques pans de murs du début gothique. Pour retenir les touristes, le département a construit un imposant musée avec présentation audiovisuelle dernier cri sur la vie médiévale. Il a aussi financé la reconstitution d’un jardin de monastère, attraction particulièrement appréciée des planificateurs du patrimoine quand on n’a pas de bâtiment intéressant à montrer.

Restes de l'abbatiale

Restes de l’abbatiale

Je suis entré pour voir et j’ai récupéré quelques prospectus intéressants à la réception, mais j’ai refusé l’offre généreuse de visiter le musée, d’autant plus que la dame annonce avec enthousiasme que l’on peut y consacrer au moins une heure vu la richesse des petits films, projections, systèmes interactifs et autres. Je ne visite pas ce genre de « musée » vu que l’on n’y voit aucun objet authentique et que j’ai les mêmes effets en lisant tranquillement un ouvrage historique chez moi.

J’ai eu quelques difficultés à pousser le vélo par une pente fort raide afin de prendre une photo depuis la petite route qui domine les ruines, puis j’ai continué jusqu’au village où je suis tombé sur un petit marché hebdomadaire. J’en ai très volontiers profité pour manger un en-cas, assis sur la margelle de la fontaine en face de l’église, et j’ai surtout acheté un gros morceau de fromage d’Abondance qui s’est avéré délicieux et qui s’est bien gardé dans la poche isotherme (même si je ne la mettais pas la nuit au congélateur, elle protège bien de la chaleur et amortit aussi un peu les secousses inévitables à vélo).

Station de ski du Roc d'Enfer

Station de ski du Roc d’Enfer

On a une vue harmonieuse depuis le village qui domine le torrent d’assez haut. Sur la rive opposée, on voit des chalets et des petits immeubles montant plus haut dans la montagne. Comme on peut s’en douter, c’est une petite station de ski à caractère familial. Elle ne dérange pas l’élevage car elle se trouve sur le versant nord-est du Roc d’Enfer, où le climat froid a préservé les forêts de sapins aux dépens des alpages.

 

 Vallée de Morzine depuis Montriond

Vallée de Morzine depuis Montriond

La principale station de ski de la vallée est 5 km en amont dans le large bassin de Morzine. C’est une vallée verdoyante en été dominée par des montagnes à taille humaine (2400 m, le fond du bassin étant à 1000 m). J’avais envisagé d’aller jusque dans le centre de Morzine mais il fallait pour cela monter une côte un peu raide à l’entrée du village de Montriond et je me suis dit que ce n’était finalement pas indispensable.

Vue de Morzine

Vue de Morzine

Morzine n’a pas grand intérêt en termes de patrimoine, c’est surtout le bourg de ressource de la station de ski d’Avoriaz. Je suis donc resté sur la route des Grandes Alpes qui contourne le bourg par une grande côte avec deux beaux virages puis qui devient plus facile, courant en corniche au-dessus de la vallée et offrant une belle vue. La première photo montre en fait Essert-Romand sur la rive gauche du torrent et c’est un paysage typique des vallées d’élevage.

 

Vallée de Morzine

Vallée de Morzine

L’autre photo montre la marée des maisons secondaires dans Morzine même avec la pyramide un peu menaçante de la Pointe de Ressachaux (2172 m) directement au-dessus du bourg. Dans l’axe de la vallée, on quitte le domaine skiable et les montagnes au fond avec un peu de neige sont les « Dents Blanches » à la frontière suisse (2752 m).

 

Col des Gets

Col des Gets

La route quitte ensuite la vallée de la Dranse pour un vallon latéral où elle monte doucement dans les prairies pour atteindre Les Gets. C’est une des rares stations que j’ai traversées qui sont installées presque également sur les deux versants d’un col, mais le col est une combe assez plate qui culmine à un modeste 1163 m. Je dois malheureusement dire que la station ne m’a pas paru agréable même si on a su séparer la route principale d’une rue parallèle desservant les magasins.

 Station des Gets

Station des Gets

La commune a choisi d’imposer les constructions en bois (pour éviter le style cages à lapins en béton, ce que je peux comprendre), mais est très tolérante sur la taille des bâtiments tout en demandant un vague aspect de chalet. Le résultat est affreusement kitsch, du faux rustique savoyard haut de trois ou quatre étages. Les bâtiments un peu plus anciens ne peuvent pas cacher que ce sont des cubes en béton recouverts d’un toit en pente et d’une pellicule de bois en façade.

Les bâtiments les plus récents sont des monstruosités car les proportions en largeur ne correspondent pas du tout à la taille d’un chalet traditionnel. Ils me font penser à ce que l’on construit en Asie quand on veut imiter un style ancien pour des nouveaux riches, et la comparaison n’est pas fausse si on se souvient qu’un appartement dans une station de ski coûte presque le même prix qu’un appartement à Paris à surface comparable.

Chalet de promoteur maximisant ses profits

Chalet de promoteur maximisant ses profits

Si on fait la comparaison avec les stations de ski autrichiennes, où les hôtels sont également gigantesques, ils choquent moins parce que les façades sont souvent en plusieurs matériaux (crépi, fresques et bois) et sont ornées de nombreux pots de géraniums en été. Evidemment, il s’agit d’hôtels tandis que les stations françaises sont composées presque uniquement de résidences secondaires abandonnées le reste du temps. Les Autrichiens ne voulaient pas que les gens des villes (et encore moins les étrangers) achètent du terrain dans leurs stations, d’où le système d’hôtels bien équipés avec des prix en demi-pension comparables à ceux d’une location en France.

 

Gorge des Gets

Gorge des Gets

Comme la station des Gets ne me plaisait pas (indépendamment de l’absence d’endroit agréable pour s’asseoir), j’ai décidé de pique-niquer plus tard après la descente du col. Comme assez souvent dans les Alpes, le versant sud est plutôt plus raide que le versant nord. On n’a pas de vue depuis le col qui est de toute façon à l’altitude de la forêt de sapins, et la route descend très vite dans une gorge.

Sur ce versant, la gorge est continue, sans bassins intermédiaires, et la route s’en écarte bientôt, incapable de descendre aussi vite que le torrent. Le site n’est pas spécialement mentionné sur les cartes mais il justifie vraiment de prendre son temps et de faire des arrêts pendant la descente. J’ai bien profité d’être à vélo sur ces routes trop tortueuses et étroites pour s’arrêter en voiture.

 

Descente vers Taninges

Descente vers Taninges

La première photo montrait le fond de la gorge peu après Les Gets et pourrait aussi être prise sur le versant nord dans l’une des cluses. Par contre, la deuxième photo est spectaculaire. J’ai un peu triché avec le téléobjectif pour enlever le premier plan, ce qui n’enlève rien aux proportions majestueuses de la gorge.

 

Massif des Aravis

Massif des Aravis

La troisième photo est prise après la sortie de la gorge, quand la route est encore haut au-dessus de la vallée du Giffre. Le temps s’était un peu dégagé et je voyais donc bien les monts des Aravis de l’autre côté de la vallée. Ils ont la hauteur usuelle des Alpes françaises, autour de 2500 m. La petite crête en premier plan sépare la vallée du Giffre de celle de l’Arve, c’est un col modeste que j’ai franchi le lendemain.

Vallée de Samoëns

Vallée de Samoëns

Au niveau d’une épingle à cheveux, il y a une vue en enfilade sur la vallée du Giffre, ce qui m’a intéressé puisque j’avais l’intention de passer l’après-midi à faire un aller-retour dans le haut de la vallée. Le ciel ne m’a pas paru inquiétant, ce qui était bon à prendre, mais j’ai pensé que les sommets seraient probablement cachés dans les nuages. Comme cela m’était arrivé très fréquemment en 2011, j’étais un peu déçu mais ni surpris ni inquiet au point de renoncer à la visite de la vallée, surtout qu’il y a plusieurs villages intéressants.

La route des Grandes Alpes traverse la vallée du Giffre au bourg de Taninges et se dirige immédiatement vers le petit col de Châtillon, ce qui fait que je l’ai quittée. Pour le reste de la journée, plus de motards, de touristes étrangers ni de camping-cars, seulement des excursionnistes du weekend venus des grandes villes de la région ou de leur chalet de ski.

 

Ancienne chartreuse de Mélan

Ancienne chartreuse de Mélan

Comme le centre de Taninges ne m’impressionnait pas beaucoup, j’ai cherché si je ne pouvais pas pique-niquer plutôt à la Chartreuse de Mélan, un site que j’avais l’intention de visiter de toute façon à la sortie du bourg. Les bâtiments ne sont pas très impressionnants vus de loin car le clocher a été détruit pendant l’occupation révolutionnaire mais sont plus intéressants vus de près. Il y avait pas mal d’animation autour du site et j’hésitais un peu à entrer, mais je n’avais pas l’air de gêner grand monde et je suis allé m’asseoir sur un banc à côté de l’entrée de l’ancienne abbatiale.

 

Nef et coin pique-nique

Nef et coin pique-nique

La chartreuse servit d’orphelinat au XXème siècle mais une grande partie des bâtiments brûla dans des circonstances suspectes en 1967 et le conseil général qui était le propriétaire a fini par en faire un centre d’art contemporain. L’ancienne grange peut être utilisée comme atelier ou vestiaires et l’abbatiale sert pour les spectacles. Il y a aussi quelques sculptures contemporaines dans l’enclos autour de l’église.

 

Intérieur de l'abbatiale

Intérieur de l’abbatiale

Au début, voyant des personnes très affairées entrer et sortir de l’abbatiale, j’ai pensé que je ne pouvais pas y entrer, mais un couple d’excursionnistes qui passait a pu entrer sans problèmes et j’ai fait de même après mon pique-nique. La construction est assez austère mais les pierres ont des couleurs chaudes et variées sympathiques. A l’intérieur, puisque c’est maintenant une salle de spectacle polyvalente, il n’y a aucun mobilier et on peut juste admirer les voûtes gothiques du XIIIème siècle. Comme d’usage dans un ordre très rigoureux, il n’y a pas de chapiteaux et les arêtes sont de simples boudins.

 

 Ancien cloître

Ancien cloître

J’ai par contre bien aimé le cloître qui se trouve devant la façade ouest comme dans les églises ottoniennes d’Essen et de Maria Laach. Rarissime pour une abbaye puisque les cloîtres donnaient normalement sur un côté de la nef de façon à permettre l’accès direct des moines au chœur. Wikipedia dit que c’est un cloître typique de montagne et veut probablement dire par là que les voûtes sont basses (2 m), que les ouvertures sont modestes (guère plus de 1 m 50) et que le toit est en forte pente sans galerie. En tous cas, c’est un endroit très tranquille et presque émouvant.

 

Cloître de Mélan

Cloître de Mélan

Les artistes qui s’activaient entre l’église et la grange auraient pu donner prétexte à une analyse sociologique. Je me suis amusé pendant mon pique-nique à les classer par type. Il y avait le régisseur très occupé en polo noir à col roulé, la dame un peu pimbêche chargée de l’organisation matérielle, la jeune fille bien gentille préparant la table pour la caisse, l’artiste en grandes robes flottantes couleur pastel, le jeune ambitieux en pantalon rouge super-moulant et coiffure voyante, l’acteur un peu efféminé essayant son rôle sur ses collègues, le sculpteur d’âge mûr habitué à prendre à pleins bras des matériaux lourds… Il y avait aussi le fonctionnaire du Conseil Général en complet avec cravate mauve et petite sacoche. Pour ainsi dire, toute la panoplie du milieu artistique que l’on rencontre aussi aux vernissages, happenings et présentations.

Après la visite de la chartreuse, j’ai vérifié que j’avais le temps de faire l’aller et retour jusqu’au fond de la vallée. Ceci représente 24 km dans chaque direction avec un dénivelé modeste de 300 m environ. J’ai décidé de ne pas perdre de temps à l’aller vu qu’il est plus raisonnable de faire des arrêts en descente qu’en montée et j’ai donc longé la route principale le long de la vallée.

 

Cascade du Nant d'Ant

Cascade du Nant d’Ant

Elle est plate, ennuyeuse et rectiligne sur 15 km, ce qui m’a permis de rouler vite mais qui implique que les excursionnistes qui me doublaient roulaient très vite aussi. J’ai ignoré le bourg de Samoëns pour le moment et j’ai continué jusqu’au coude de la vallée après Les Vallons, quand la route commence à monter. Je me suis juste offert deux courts arrêts-photos en chemin, un pour une balle cascade située un peu loin sur la rive opposée mais qui donnait bien avec le téléobjectif (la cascade du Nant d’Ant) et un pour une série de canots gonflables qui permettaient à un groupe de collégiens de descendre le torrent mugissant. Pas encore de hurlements simili-effrayés, ils étaient au tout début de leur navigation.

 

Classe de rafting

Classe de rafting

Le Giffre entre Samoëns et Sixt

Le Giffre entre Samoëns et Sixt

Après 15 km assez rapides et une côte, j’étais un peu fatigué et je me suis offert un petit arrêt au niveau d’un restaurant et d’un immense parking qui sert aux randonneurs voulant visiter la Gorge des Tines. Je me suis épargné la randonnée pentue sur un chemin instable jusqu’au pied de la gorge parce que j’ai trouvé une passerelle qui traverse la gorge en amont. La vue plongeante sur les eaux du torrent est charmante même si on voit la même chose dans d’autres endroits (dans le Jura en particulier).

 

Vallée de Sixt

Vallée de Sixt

Après la gorge, la route atteint le bassin de Sixt qui n’est pas le Fer à Cheval mais qui m’a paru très harmonieux, avec de grandes montagnes calcaires en plis réguliers. Celle de droite est le Désert de Platé, celle de gauche avec le petit nuage est probablement l’imposant Mont Buet avec 3099 m. Une vallée entre les deux constitue un départ idéal pour des randonnées vers les sommets mais aussi vers de nombreuses cascades si j’en crois la carte. On voit que l’hiver a été sec et doux car il n’y a déjà plus de neige tout début juin à 3000 m. Ceci était rassurant pour mes plans concernant le col de l’Iseran.

 

 Vallée du Giffre en amont de Sixt

Vallée du Giffre en amont de Sixt

En amont de Sixt, il n’y a plus qu’une petite route d’excursion qui monte le long du Giffre entre de nombreuses fermes et granges. Après la dernière grange, on atteint un grand parking où une jeune fille encaisse le péage des voitures qui veulent continuer sur les 2 km qui restent. En fait, même le péage ne permet pas de se garer au milieu du site, la commune a construit un parking de dégagement d’une taille telle que le site doit être envahi en été.

 

 Fer à cheval depuis Nambride

Fer à cheval depuis Nambride

Seuls les bus d’excursion et les clients de l’hôtel sont autorisés à continuer jusqu’au parking central. Le parking étant presque vide en raison de l’heure (16 h 15), j’ai un peu papoté avec la jeune fille qui m’a dit qu’elle allait bientôt partir et qu’elle ne voyait pas d’inconvénient à ce que je monte à vélo sans payer le péage. La pente est méchante, elle devient de plus en plus raide alors que l’on est presque arrivé. J’ai fait de nombreuses pauses respiratoires, sachant que la distance ne pouvait pas être bien grande, et j’ai fini par atteindre le parking des autocars.

 

Combe des Dents Blanches

Combe des Dents Blanches

 Cirque du Fer à Cheval

Cirque du Fer à Cheval

J’ai poussé le vélo sur 300 m jusqu’à la table d’orientation et je me suis offert un en-cas. J’ai d’abord essayé de m’asseoir à une table de pique-nique, mais j’ai été obligé de la quitter, un groupe d’excursionnistes en autocar me faisant comprendre par un comportement envahissant que la dame qui était là toute seule au début avait réservé la table pour ses copains (mais sans oser me le dire). J’ai trouvé un tronc d’arbre à la place où je ne gênais personne.

 

Fer à cheval

Fer à cheval

C’était un endroit idéal pour admirer le paysage et le temps devenait en plus agréable. Il y avait encore pas mal de nuages quand je suis arrivé et les randonneurs qui descendaient vers leurs voitures ont probablement eu peu de vue. Le temps s’est dégagé en partie avec des rayons de soleil jouant sur les rochers calcaires et les cascades, ce qui était très joli et presque plus imposant qu’un simple beau ciel bleu.

 

Réminiscence de Gavarnie

Réminiscence de Gavarnie

Certains guides comparent le Fer à Cheval au Cirque de Gavarnie, ce qui est un peu trompeur. Comme à Gavarnie, il y a de nombreuses falaises très hautes et de superbes cascades. Mais ce n’est pas vraiment un cirque de fin de vallée, plutôt un cirque sur le côté de la vallée, et il est moins vertical que Gavarnie. Il faut simplement voir chacun des deux comme un site magnifique et l’admirer sans comparaisons artificielles.

 

Rayon de soleil sur le Tenneverge

Rayon de soleil sur le Tenneverge

Ce que j’ai le plus aimé est le pic déchiqueté qui domine directement la table d’orientation. Le Pic de Tenneverge (2985 m) entrait et sortait des nuages, parfois illuminé ici et là par un rayon de soleil qui faisait scintiller les deux grandes cascades. Plus à droite, il y a une grande falaise verticale qui fait effectivement penser à un morceau de Gavarnie. Il y a quelques petits glaciers au sommet que l’on ne voit pas mais que l’on devine puisqu’ils alimentent les cascades partant du sommet de la falaise. Ces glaciers forment la frontière avec la Suisse.

 

Vue vers l'aval

Vue vers l’aval

Bien que l’on soit seulement à 20 km du massif du Mont Blanc à vol d’oiseau et qu’il soit beaucoup plus élevé que les montagnes du Fer à Cheval (presque 2.000 m de plus !), on ne le voit pas. Je pense qu’il aurait été dans les nuages et il ne m’a donc pas manqué pendant la demi-heure que j’ai passée à admirer le paysage.

 

15-51_600x600_100KBJ’étais finalement très satisfait de ma journée et le site du Fer à Cheval n’a pas déçu mes attentes (oui, on a parfois des déceptions…). J’ai ensuite commencé la descente vers Taninges, me retournant de temps en temps pour voir si j’avais éventuellement raté quelque chose à l’aller à force de me concentrer sur l’effort physique. Pour une fois, la route est aussi belle en descente qu’en montée, les coudes de la vallée font que l’on n’a pas l’impression de quitter la montagne avant d’avoir passé Sixt.

 Cascade à Nambride

Cascade à Nambride

Une chose que j’ai remarquée à la descente mieux qu’à la montée est le bruit des cascades. Certaines étaient vraiment étonnantes, plus par la hauteur d’ailleurs que par le débit. Celle de la photo est un bon exemple, et on ne peut la voir que depuis la route. J’ai aussi une photo d’un torrent bouillonnant qui montre que l’on se fait parfois de fausses idées sur le débit quand on regarde une cascade seulement de loin.

Une fois revenu à Sixt, je me suis évidemment offert un arrêt puisque c’est un « plus beau village de France ». Je reconnais volontiers que le village n’a pas le caractère commercial décevant d’Yvoire – mais c’est aussi parce que le village n’est pas très pittoresque à mon avis. Le titre n’est donc pas vraiment justifié.

 

Eglise de Sixt

Eglise de Sixt

Le seul monument est l’ancienne abbatiale, une église modeste assez modifiée au XIXème siècle. J’ai quand même remarqué de curieux petits chapiteaux sculptés bicolores très frustes et un reliquaire-gisant prétentieux datant des années 1890. Ce dernier abrite les reliques du premier abbé, Ponce de Faucigny. Chose typique pour le XIIème siècle, son père avait réparti les fonctions entre ses trois fils: Aimon devint baron de Faucigny, Ardutius devint évêque de Faucigny et Ponce devint abbé du principal monastère du Faucigny, Abondance, avant de fonder une nouvelle abbaye à Sixt pour confirmer la présence de la famille à la frontière de la Savoie.

 

Gisant du Bienheureux Ponce

Gisant du Bienheureux Ponce

On comprend pourquoi les papes finirent par s’inquiéter de cette mainmise des barons locaux sur les fonctions ecclésiastiques, les frères cadets n’ayant pas toujours la vocation et la morale souhaitables pour devenir évêque ou abbé. Dans le cas de Ponce, toutefois, il a été béatifié et est donc au-dessus de tout reproche, alors que son frère Ardutius reçut une lettre peu amène de Saint Bernard de Clairvaux qui écrivit: « Le siège auquel, mon très cher, tu viens d’être appelé, demandait un homme de nombreux mérites. Nous regrettons de n’en voir apparaître chez toi aucun, ou du moins aucun suffisant. »

 

Gorge des Tines

Gorge des Tines

Quittant Sixt assez rapidement, j’ai été hélé par une voiture où un jeune couple habillé en estivants excursionnistes m’a demandé si je connaissais l’endroit où l’on faisait les promenades. Je ne sais pas trop ce qu’ils cherchaient, mais j’ai estimé que les chemins raides et caillouteux du Fer à Cheval correspondaient mal à la description. J’ai essayé de les envoyer à une cascade, mais la dame m’a dit qu’ils n’avaient pas d’équipement professionel et j’ai fini par les envoyer à la passerelle que j’avais vue à l’aller, ceci ne demandant vraiment pas d’effort démesuré.

Après la dernière descente à travers la moraine de Sixt, j’ai quitté la route principale pour celle qui dessert le hameau des Vallons. J’ai été surpris de voir une suite ininterrompue de maisons sur 3 km, et la plupart semblent habitées à l’année. Je soupçonne donc qu’elles sont habitées en partie par des navetteurs, Genève étant à 50km. Certaines sont des pavillons modernes bien qu’avec pas mal de bois, matériau peu cher dans la région. Evidemment, j’ai surtout regardé les fermes anciennes et les granges traditionnelles, qui ne sont pas assez exceptionnelles pour que je fasse des photos mais qui rendaient ce trajet plat intéressant et varié.

Place de Samoëns

Place de Samoëns

La petite route rejoint l’autre à l’entrée de Samoëns que j’ai pris le temps de visiter. C’est un bourg animé avec de nombreuses curiosités et un centre soigné, ce qui fait que j’imagine volontiers y loger si on trouve une adresse plaisante. Il faut ignorer une couronne de résidences modernes construites autour du centre ville et qui sont d’une grande banalité. Comme la population semble stagner, ce doivent être des appartements servant de résidences secondaires et ceci s’explique par un lien entre la modeste station de ski locale et la station beaucoup plus réputée de Flaine / Carroz d’Arrâches.

Le centre du bourg est disposé curieusement en deux places de chaque côté d’une belle maison forte qui sert maintenant de mairie. Les deux places lui font comme un parvis et la mettent efficacement en valeur. La photo montre aussi une petite halle qui n’est pas extraordinaire en soi mais qui date quand même du XVIème siècle.

 

Fontaine à Samoëns

Fontaine à Samoëns

Portail de l'église de Samoëns

Portail de l’église de Samoëns

Sur la deuxième place de l’autre côté de la mairie, où il y a une belle fontaine quadrilobée, on peut visiter l’église construite vers 1600. Elle est assez banale mais avec des détails intéressants comme le portail orné de colonnettes torsadées supposées rappeler le temple de Salomon et de symboles mignons des évangélistes, en particulier le lion qui est généralement le plus amusant des symboles vu que les sculpteurs n’en avaient jamais vu un pour de vrai.

 

Bénitier de l'église de Samoëns

Bénitier de l’église de Samoëns

A l’intérieur, j’ai remarqué un beau lavabo gothique flamboyant (ou est-ce un tabernacle) intéressant à comparer à celui de Villars-les-Dombes. Il y a aussi des fonts baptismaux étonnants en marbre noir avec un serpent autour du fût. C’est une œuvre d’un néoclacissisme discret daté de 1844 qui change du baroque habituel en Savoie.

 Entrée du jardin botanique à Samoëns

Entrée du jardin botanique à Samoëns

Derrière l’église, une maison assez XIXème siècle semble avoir été la maison des serviteurs pour une grande propriété vu les grilles solennelles. Elles donnent maintenant accès au jardin botanique alpin appelé très curieusement la « Jaÿsinia » (avec un rarissime tréma sur le Y). Madame Jaÿ, bergère native de Samoëns, était montée à Paris à l’âge de 15 ans où elle devint vendeuse dans une boutique de vêtements. Elle y rencontra un commis qu’elle épousa et avec qui elle ouvrit un magasin. Les époux étaient innovateurs et excellents commerçants, ils ouvrirent plus tard les grands magasins de la Samaritaine.

Le couple Cognacq-Jaÿ devint un des grands mécènes de la Belle Epoque et Madame offrit le jardin construit sur un pré où elle faisait paître ses chèvres enfant à sa ville natale en 1906. C’est maintenant un parc réputé de 700 hectares entretenu par le Muséum d’Histoire Naturelle. Je n’ai pas pu le visiter faute de temps et c’est une des raisons qui me font dire que coucher à Samoëns serait une bonne idée.

Quittant Samoëns, j’ai hésité entre la rive gauche et la rive droite du Giffre, mais j’ai préféré rester sur la rive droite comme à l’aller parce que je craignais des côtes sur la petite route de la rive gauche et que je voulais profiter du bon vent de vallée qui permettait de rouler à la vitesse intoxicante de 25 km/h en ignorant les prairies traversées qui sont sans intérêt particulier.

Ceci m’a permis d’arriver à Taninges à une heure raisonnable et c’était préférable vu que je craignais d’avoir à monter une longue côte jusqu’à ma chambre d’hôtes vu le numéro de la maison dans la rue. En fait, trois petites épingles à cheveux pas trop raides m’ont permis d’atteindre une grosse maison bourgeoise plus ou moins derrière le parc d’un ancien château.

Le mot château est exagéré pour Taninges, on devrait plutôt parler de maison forte puisque les grands propriétaires terriens de la vallée avaient des maisons au bourg qui était la ville de marché à proximité de la chartreuse de Mélan. Ceci mis à part, le bourg ne contient pas de monuments remarquables.

J’ai passé une excellente soirée à Taninges car les hôtes sont des personnes de bon goût et accueillantes. La maison fut achetée à l’époque par le père de Monsieur quand il partit à la retraite après une carrière comme magistrat au Maroc. Cela doit donc dater de 1960 environ. Je ne me souviens plus du métier de Monsieur, il a épousé une dame canadienne et le couple se partage entre l’été en Savoie et l’hiver à Ottawa où ils apprécient une vie culturelle nettement plus animée qu’à Samoëns.

Madame est pianiste amateur et joue probablement très bien: la partition sur le piano était d’un niveau technique ambitieux. La partition a permis de discuter un bon moment de nos compositeurs préférés, la dame avouant une petite faiblesse pour les compositeurs latino-américains comme Villa-Lobos. Ils ont décidé d’ouvrir une chambre d’hôtes pour avoir un peu d’animation pendant leur séjour l’été et refusent souvent les réservations quand ils ont d’autres projets ou ont l’impression que les clients ne les tentent pas.

Comme je parlais avec le Monsieur de mon expérience de la veille avec la liqueur de génépi un peu forte, il m’a proposé en apéritif une boisson à la gentiane qui m’a bien plu car elle a un petit goût amer dû à l’ajout de quinquina. Pour le repas, Madame a servi du jambon en gelée puis de la dinde avec des pommes de terre qui m’ont fait du bien après l’absence de féculents la veille.

Le fromage était un reblochon bien meilleur que ceux que l’on achète d’habitude et le monsieur m’a expliqué qu’il existe comme pour la plupart des AOP un reblochon laitier et un reblochon fermier, le second, plus raffiné, se reconnaissant à sa pastille verte. Le dessert était une excellente tarte au citron.

Le monsieur m’a fait l’honneur de servir un très bon vin rouge de la région; c’est un cépage local particulier, la mondeuse, qui existe aussi en Suisse et au Frioul mais pas ailleurs en France. Les vins de Savoie sont extrêmement coûteux en restaurant, j’ai donc apprécié le geste du monsieur à sa juste valeur.

 

Chambre d'hôtes à Taninges

Chambre d’hôtes à Taninges

Je n’ai pas encore mentionné que la maison est très bellement meublée avec dans une des chambres d’hôtes de magnifiques meubles traditionnels. J’ai pris la photo car j’ai rarement vu un bois de lit assorti au couronnement de l’armoire. Ma chambre était dans un style plus neutre et moderne, mais avec des objets évocateurs du Mexique, lieu de vacances fréquent pour les Canadiens.

 

Je n’ai pas pris de photo de ma chambre mais j’en ai prise une par la fenêtre car j’avais une vue magnifique sur le col de Châtillon et surtout en arrière-plan sur la chaîne de l’Aravis qui domine la vallée de l’Arve. Je les avais traversées en 2011 tandis que je suis passé cette fois à gauche des montagnes par le col de Megève qui sépare les Aravis du massif du Mont Blanc.

Vue depuis ma chambre à Taninges

Vue depuis ma chambre à Taninges

 

 

 

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