Introduction et étape de départ (Vallée de la Fensch)

AAA Armor – Artois – Ardennes

Le thème du voyage de cette année aura été moins évident que certaines autres idées. Ce n’est pas un voyage de découverte d’une région comme j’ai pu le faire en Auvergne ou en Bourgogne (et comme je devrais le faire un jour en Champagne). En fait, il y a deux éléments. D’une part, l’envie de découvrir un maximum d’arrondissements que je ne connaissais pas encore (12 en l’occurrence, il en reste 27) – et certaines découvertes ont vraiment été sympathiques comme dans le Maine ou en Thiérache. Je reconnais que le Cambrésis, le Vermandois et le Santerre étaient moins excitants.

D’autre part, je voulais essayer un voyage se terminant chez moi plutôt qu’un voyage commençant chez moi, chose que j’avais déjà expérimentée. En fait, le dernier jour, on a effectivement un plaisir particulier à se rapprocher de chez soi. Le reste du voyage, cela ne m’a pas vraiment préoccupé ou motivé. Chose amusante, mon tout premier voyage avait été de Luxembourg à Vannes, donc exactement l’inverse – mais j’étais passé à l’époque par le Val de Loire.

Le trajet ne comporte pas de grandes montagnes et je ne m’étais pas entraîné particulièrement ardemment, mais j’ai été surpris de voir que j’atteignais un dénivelé de 800 m environ chaque jour du simple fait que l’on traverse beaucoup de vallées même dans des plateaux a priori monotones. Les pentes modérées me convenaient aussi parce que j’ai eu quelques problèmes avec mon câble de dérailleur (remplacé au retour).

Le temps a été orageux au début du voyage puis frais et venté pendant plusieurs jours en Artois, ce qui confirme qu’il fait moins chaud dans le Nord de la France que dans le Sud ! Rien de mal à cela, sauf que j’ai eu une crevaison à chaque fois qu’il pleuvait un peu longtemps. Je n’avais jamais eu trois crevaisons pendant le même voyage et je soupçonne donc un pneu acheté chez Cora d’avoir été peu solide.

Les hébergements méritent un commentaire. En général, je suis parvenu à trouver des chambres d’hôtes servant un repas dans les régions rurales, sauf en Mayenne où je me suis rabattu sur un café avec chambres. L’accueil était souvent plus sincère que dans le Sud de la France où l’on sent parfois que c’est une nécessité pour arrondir la retraite et pas un choix entrepreneurial librement consenti.

Par contre, dès qu’on est à moins de 150 km de Paris, il n’y a personne offrant des tables d’hôtes car les gens renvoient aux nombreux restaurants pour excursionnistes. A moins de 100 km de Paris, on ne trouve même aucune chambre d’hôtes à prix raisonnable, ce qui m’a conduit à passer quatre nuits à Paris en utilisant le train au départ des étapes concernées – heureusement que mes parents y ont un pied-à-terre.

(étape de départ d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Vendredi 30 mai

42 km

Dénivelé 198 m

Très couvert, 15°

Douane de Rumelange – Ottange – Angevillers – Fontoy – Florange – Terville – Thionville

Vallée de la Fensch

Département 57

Transfert à Paris 6 km Dénivelé 43 m

Eclaircies, 21°

Gare de l’Est – Porte Saint Martin – Arts & Métiers – Hôtel de Ville – Conciergerie – Carrefour de l’Odéon – Sénat – rue Vavin – Gare Montparnasse

Transfert à Vannes 4,5 km Dénivelé 26 m

Très beau, 25°

J’avais pris un billet pour le TGV de 13 h 10 parce qu’il était moins cher, trouvant que le supplément de 20 € pour le vélo suffisait en la matière. Du coup, une fois les bagages faits, j’ai trouvé que je n’avais plus grand chose d’utile à faire chez moi avant de partir et que je pouvais aussi bien rejoindre Thionville à vélo. Ceci permettait de s’habituer un peu au vélo chargé et le trajet est plutôt en descente. J’en connaissais déjà une partie puisque j’ai eu l’occasion d’aller à Thionville à vélo dans le passé, par exemple pour acheter des billets de train (!).

Je suis passé par Kayl, prenant jusqu’à Rumelange une piste cyclable que je n’avais jamais empruntée parce que c’est un peu un cul-de-sac quand on fait une excursion au Luxembourg. Le nouveau parc de Kayl est assez agréable, j’y avais fait quelques photos lors d’une randonnée. Par contre, le nouveau parc de Rumelange que je ne connais pas a l’air intéressant et il faudra que j’aille m’y promener un jour.

Après la frontière, on trouve les lotissements typiques construits pour les frontaliers puis à partir du centre d’Ottange les anciens logements miniers, rangées de maisons à un étage en général et quelques cages à lapins des années 60. Il y a plus de maisons en rangées identiques dans les villages français que dans la Minette, il faut supposer que les employeurs français étaient plus motivés à construire des cités ouvrières.

Je savais qu’il y aurait une bonne côte à Nondkeil pour monter sur le plateau, mais je l’ai trouvée plus facile que dans mon souvenir. C’est aussi celle où il y a moins de circulation comparée à celles d’Audun ou de Volmerange. En plus, le plateau est assez étroit, en partie boisé et vallonné à cet endroit, ce qui fait que l’on s’ennuie beaucoup moins que plus à l’ouest.

De toute façon, on commence très vite la descente vers la vallée de la Fensch. Il y en a pour 7 km en pente douce en partie dans la forêt et ce serait donc un trajet parfaitement acceptable pour remonter de la Moselle si besoin est. On arrive dans la vallée à Fontoy (où habitent les Fenschois et non les Fontoyens car Fensch était le nom allemand de Fontoy, ville qui avait attiré beaucoup d’immigrants allemands pendant l’annexion 1870-1914).

Je me suis assis dans un genre de square formé d’un anneau de beaux arbres autour d’une fontaine. Le tout est pavé et une dame promenait un petit enfant en poussette en faisant patiemment le tour de l’anneau. Quand je suis reparti après quinze minutes passées à reposer mon postérieur et à manger un gâteau, elle en était encore à faire le tour patiemment. Il faut supposer que les espaces verts sont peu nombreux à Fontoy… Je ne me suis rendu compte qu’en partant que je m’étais assis sous des tilleuls. Ils m’ont rarement rendu malade cette année, je suis arrivé en général après la floraison ou par temps frais et humide.

Après Fontoy, la route descend la vallée presque plate. Les pentes sont couvertes de forêt qui n’existait pas il y a 50 ans, ce que je sais par l’exemple du Luxembourg et les photos anciennes des régions minières. C’est plus joli et ça sent moins mauvais de nos jours ! Le fond de la vallée est occupé en alternance par des usines sidérurgiques, la plupart abandonnées, et par les cités ouvrières. Grâce aux frontaliers, les villages sont propres et vivants.

Il y a une exception, la ville principale de la vallée. Hayange est gris et un peu sale, envahi de chômeurs qui traînent dans les rues et de femmes fatiguées par les soucis d’argent. Beaucoup d’immigré(e)s alors qu’on ne les voit pas dans les rues des villages, peut-être parce qu’admirer des devantures est tout ce qu’on peut faire quand on est au chômage. Signe du niveau socio-économique de Hayange, un magasin Tati trône sur la place principale en face de la mairie.

Hayange a défrayé la chronique en 2013 car le nouveau maire est un ancien syndicaliste de la CGT reconverti au Front National. On ne devrait pas être surpris, les milieux qui se sentent rejetés par la société en place ont besoin d’un parti d’opposition et le Front National joue donc le même rôle que les communistes autrefois. Ceci ne devient un problème que quand le parti de protestation parvient à attirer suffisamment de bourgeois et de financements. C’était par exemple le cas pendant la montée du nazisme à cause de la grande crise des années 1930 et de la peur des milieux bourgeois pour leur avenir – il n’y avait pas de RMI ni d’assurance maladie universelle à l’époque.

En tous cas, quand on traverse Hayange, on voit immédiatement pourquoi les habitants ont envie de protester, mais on ne voit pas très bien la différence entre une mairie FN et une autre mairie. Par contre, les villes d’Arlon et de Diekirch qui étaient jumelées avec Hayange ont dénoncé leurs jumelages – pas grave pour les dîners fins entre conseillers municipaux, mais dommage pour les échanges entre clubs sportifs ou classes, si ceci existe dans le cas précis.

Ancien château De Wendel à Hayange

Ancien château De Wendel à Hayange

A la sortie de Hayange, on passe un grand chantier. A droite, une élégante villa dans un parc qui abrite la communauté de communes. A gauche, un grand château que l’on est en train de relier par une galerie en verre luxueuse aux anciens communs. Le tout est en grès jaune tout propre. Ce château est le futur siège de la communauté de communes.

J’ai vu la même chose dans d’autres villes: les communautés de communes rénovent de très belles propriétés assez aristocratiques pour s’y installer. C’est bien de rénover ces propriétés, mais je suis choqué par le goût du luxe des élus. Ils n’osent pas toujours installer leur mairie dans de telles conditions car les électeurs y vont souvent et leur reprocheraient leurs dépenses – mais les communautés ne sont pas élues et les bureaux sont fermés au public, ce qui rend les dépenses moins voyantes.

Les communautés de communes seraient-elles un étage supplémentaire de dépenses somptuaires illimitées au bénéfice des élus, d’autant plus que les communes ne peuvent pas s’opposer aux taxes des communautés et que celles-ci ne peuvent pas faire de dettes ? La réforme visant à interdire les communautés de moins de 20.000 habitants n’aidera que partiellement.

Pour en revenir au château, il fut construit par la famille de Wendel à partir de 1710 quand le fils cadet d’un officier en retraite acheta une forge à Hayange. La famille émigra entre 1870 et 1918, mais un des fils resta sur place, devenant allemand et assurant la continuité de l’empire industriel. La famille fut obligée de vendre les usines lors de la grande crise sidérurgique à la fin des années 1970. Le château fut abandonné et n’était qu’une ruine quand il fut racheté par la communauté d’agglomération.

En descendant la vallée, on change complètement de monde. Autant Hayange est déprimant, coincé au pied d’un viaduc d’autoroute entre une gigantesque usine Tata Steel et les pentes raides du plateau, autant le village suivant, Sérémange-Erzange, a un air de banlieue modeste mais proprette. L’indéboulonnable maire socialiste, qui a démissionné en 2013 après 30 ans de règne pour être remplacé par un communiste, a fait construire un hôtel de ville dans un style contemporain assez réussi et sans ostentation.

Rond-point à Florange

Rond-point à Florange

J’ai été plus surpris encore par la dernière ville de la vallée, Florange. L’urbanisme est assez désordonné avec des rubans de résidences et des commerces en forme de boîtes à chaussures le long d’avenues très fréquentées entre les terrains vagues… mais il y a un amusant rond-point avec une décoration de crayons d’écoliers (je crois que c’est un modèle sur catalogue car j’ai vu le même ailleurs). Et il y a surtout une mairie très élégante qui tient plus de l’orangerie pour château baroque.

 

Mairie de Florange

Mairie de Florange

En face ou presque, on a décoré le pignon aveugle d’une maison donnant sur un parking avec une fresque en trompe-l’œil évoquant efficacement le centre du village autrefois avec la « Restauration Gade », les Économats et la fanfare. Pour tout dire, Florange, si souvent citée dans la presse en 2012 suite à la fermeture de l’aciérie Arcelor-Mittal, fait une impression nettement moins sinistrée que Hayange. Le célèbre écrivain engagé luxembourgeois Jean Portante a fait référence à Florange dans ses écrits et je le comprends de s’intéresser à Florange plutôt qu’à Hayange.

 

Trompe-l'œil à Florange

Trompe-l’œil à Florange

De Florange, il ne reste plus qu’à traverser la banlieue commerciale de Terville pour entrer à Thionville. Comme il me restait 1 heure et demie avant le train, je me suis un peu promené dans la principale rue piétonne qui n’est pas très intéressante ni très vivante. Vu l’immense centre commercial de Terville à 3 km, je ne suis pas surpris. En plus, la ville est pour l’essentiel une banlieue-dortoir de Luxembourg.

La population est stable depuis 1970, ce qui est remarquable vu qu’elle a fortement baissé dans les communes sidérurgiques pendant la crise; ceci s’explique par le fait que Thionville est traditionnellement une ville de bourgeois, de commerçants et de fonctionnaires (il y a même deux sous-préfectures, Thionville-Est et Thionville-Ouest, même si Thionville fait partie de Thionville-Est et pas de Thionville-Ouest, chose particulièrement satisfaisante pour les amateurs de bureaucratie compliquée !).

 

Hôtel de ville de Thionville

Hôtel de ville de Thionville

Il ne reste que deux bâtiments historiques importants. L’hôtel de ville occupe un ancien hôtel particulier construit au début du XVIIIème siècle sur les ruines de la forteresse détruite lors de la conquête par Louis XIV. Il est bien mis en valeur par une série d’arcades en grès jaune donnant sur un petit jardin à la française.

 

Tour du château de Thionville

Tour du château de Thionville

Il reste de la forteresse une grosse tour ronde que l’on disait autrefois carolingienne puisque Charlemagne a souvent résidé à Thionville, une des grandes villes d’Austrasie, mais elle date en fait du XIème siècle et servait de donjon pour le château des comtes de Luxembourg. Il était sûrement plus haut à l’origine. Je ne suis jamais allé visiter le petit musée municipal qui se trouve à l’intérieur; le plus amusant est le nom de « tour aux puces ».

 

Marguerites à la gare de Thionville

Marguerites à la gare de Thionville

En arrivant devant la gare, j’ai admiré un grand parterre de marguerites et j’ai donc pris une photo. J’étais passé au même endroit en 2011 à la fin du voyage Lorazur mais c’était le soir et la photo était floue. Après la photo, il ne me restait plus qu’à attendre le train. J’ai donc pique-niqué sur le quai et lu un journal que j’avais emporté exprès pour cet usage.

Le train a bien voulu arriver à l’heure à Paris et n’était pas trop plein, ce qui fait que je suis sorti de la Gare de l’Est sans difficultés. J’avais consulté Internet pour me faire recommander le trajet le plus rapide vers la Gare Montparnasse, n’ayant que 1 h 20 de battement. Finalement, j’ai mis seulement 40 minutes. On peut suivre en fait un balisage pour cyclistes relativement fiable. Il utilise souvent des voies réservées aux bus moins dangereuses que les autres pour un cycliste même si l’on gêne un peu les bus au niveau des arrêts.

On suit d’abord les pancartes pour « Paris Centre » puis à partir de la Fontaine Saint-Michel les pancartes pour « Montparnasse » qui conduisent au Sénat puis rue Notre-Dame-des-Champs. Le seul endroit dangereux est le grand carrefour du Montparnasse. En plus, c’est un trajet sympathique par le nombre de grands monuments devant lesquels on passe.

Le train de Bretagne lui aussi n’était guère plein le vendredi de l’Ascension et je suis descendu sans problèmes à Vannes. Je me prépare toujours longtemps à l’avance pour Vannes car on annonce l’arrêt au dernier moment et le train repart assez vite. Je ne suis pas allé très souvent à vélo à Vannes mais je connais très bien la ville et j’ai choisi un itinéraire vraiment touristique par le quartier Saint-Paterne, les remparts et le port. C’était superbe au soleil couchant et donnait une impression très forte de vacances. Je ne vois que Narbonne qui me fasse un effet comparable.

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