Etape 3: Anjou

(3ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Mardi 3 juin

102 km

Dénivelé 523 m

Averses le matin, éclaircies timides l’après-midi

Pannecé – Mésangers – Ancenis – voie verte de la Loire – gare de Varades

Train pour gare de Champtocé

– Le Rouet – Chalonnes – Rochefort – Béhuard – D106 – Saint-Jean-de-Linières – Saint-Lambert-la-Potherie – La Chaussée – Saint-Clément-de-la-Place – La Pouëze – Vern-d’Anjou

Anjou, départements 44 et 49

J’aurais pu trouver un trajet beaucoup plus court mais j’avais envie de longer un petit peu la Loire, en partie parce que c’était le seul moyen de visiter quelque chose d’intéressant au passage. Je m’attendais à devoir prendre le train pour que le détour ne prenne pas trop de temps, mais j’aurais peut-être pris le train sur une autre section si les horaires me l’avaient permis.

La route de Pannecé vers la Loire est exactement comme celle de la veille, elle passe plusieurs vallées transversales pas tellement raides où le bétail broûte paisiblement entre quelques morceaux de haies. Par contre, une fois qu’elle atteint la crête au-dessus de la Loire, le paysage change, devenant plus plat et plus céréalier sur les 8 km de descente vers Ancenis.

 

Rond-point viticole à Ancenis

Rond-point viticole à Ancenis

Je n’avais pas une idée très exacte de la taille d’Ancenis (un peu plus petit que Redon avec 7500 habitants finalement) et je suis content d’être tombé par hasard sur un supermarché directement sur ma route parce que j’avais besoin de fruits et que je n’ai ainsi pas perdu trop de temps. Le supermarché Super U fait partie d’une chaîne assez répandue dans l’Ouest de la France et dont j’ai trouvé le rapport qualité-prix plutôt bon sur les produits qui m’intéressent en voyage (fruits et fromages).

 

Autel en plein air à Ancenis

Autel en plein air à Ancenis

Comme je passais ensuite devant la gare, j’ai regardé les horaires et j’ai constaté qu’Ancenis est finalement peu desservi, il aurait fallu attendre deux heures. Je suis donc allé visiter la ville puisqu’il était l’heure de faire une petite pause. Je n’ai pas été très impressionné par les monuments à l’exception d’une chapelle curieuse. La façade est entièrement recouverte de sculptures, un peu comme une cathédrale médiévale, mais dans un style art déco rare pour une église. Au pied des sculptures, il n’y a pas de portail mais un autel qui servait probablement pour les pèlerinages. Sur le moment, j’ai pensé à un genre de calvaire comme en Léon car on voit rarement un autel au bord de la route sur la façade d’une chapelle.

 

Forteresse d'Ancenis

Forteresse d’Ancenis

Le monument historique le plus important est l’ancienne forteresse, construite vers 980 pour défendre une partie nouvellement annexée à la Bretagne contre le puissant et belliqueux comte d’Anjou. La forteresse fut en grande partie détruite par Richelieu et abrite maintenant un petit musée et des bureaux administratifs. Comme à Châteaubriant, mais en beaucoup moins beau.

 

La Loire près d'Ancenis

La Loire près d’Ancenis

Pour ma pause, je me suis assis sur un banc du mail car la commune a installé un joli jardin avec parterres de fleurs dominant la Loire au débouché du pont suspendu. Malheureusement, il pleuvotait et il faisait très gris. Ceci n’empêchait pas les touristes de circuler car j’ai vu plusieurs couples avec des vélos chargés pendant que je faisais ma pause. Ils sont tous des retraités dynamiques avec beaucoup de bagages et sont en général anglais ou allemands. Les Anglais ont une tente, les Allemands un livre-guide plastifié et des paniers rouges. En ce qui concerne les Allemands en tous cas, je sais que la descente d’un fleuve en suivant un itinéraire balisé fait partie des grands classiques; ils « font » la Loire ou le Rhône en général quand ils ont épuisé les itinéraires allemands classiques (Danube, Rhin, Elbe et Weser).

 

Pont d'Ancenis

Pont d’Ancenis

Le pont sur la Loire est assez imposant à Ancenis mais ma photo triche un peu en jouant avec la lumière. Les nombreux petits piliers sous le tablier sont des soutiens provisoires car on était en train de remplacer les câbles. J’ai trouvé qu’il y avait énormément de circulation sur le pont, en particulier beaucoup de poids lourds chargés. Ceci s’explique en partie par la présence de deux grosses entreprises à Ancenis, une coopérative agricole gigantesque et un fabricant d’engins agricoles.

A cause des travaux sur le pont, les piétons devaient emprunter une passerelle en ferraille étroite. Comme j’avais peur des gros camions, j’ai voulu prendre la passerelle, mais on demande aux cyclistes de descendre de leur monture, ce qui est un peu énervant sur un pont de plus de 400 m de long. Je l’ai fait parce que je voyais que je croiserais au milieu une dame qui m’a effectivement dit quand elle m’a rejoint qu’elle était bien contente de voir enfin un cycliste respectant le code de la route !

 

La Loire à Ancenis

La Loire à Ancenis

Une fois arrivé de l’autre côté du pont, je me suis empressé de faire une photo de la ville avec le fleuve en premier plan, photo qui montre d’ailleurs assez bien que ce n’est pas le panorama le plus pittoresque du voyage. En rangeant l’appareil photo, je me suis aperçu que j’avais égaré mes gants. Je n’ai pas mis longtemps à me rendre compte que je les avais probablement laissés sur le banc de l’autre côté du pont. Cette fois, sachant que je perdais du temps, j’ai roulé sur la passerelle au lieu de pousser le vélo, profitant de ce que la dame n’était plus en vue. Les gants attendaient bien sur le banc, mais aussi la gourde, qui m’aurait beaucoup plus ennuyé selon le moment où je me serais aperçu de l’oubli.

Une fois les articles récupérés, j’ai traversé le pont pour la troisième fois… Sur la rive gauche, j’ai trouvé le balisage de Loire utilisé par les Allemands et j’ai donc pris la piste cyclable créée en utilisant des petites routes dans la plaine inondable. De façon typique pour ce genre d’itinéraire, il offre un parcours charmant et verdoyant entre pâtures, granges, terrains de camping et étangs de pêche, mais reste près du fleuve et ne permet donc pas de visiter les monuments invariablement perchés sur le coteau.

 

Saint-Florent-le-Vieil

Saint-Florent-le-Vieil

Je ne voulais pas perdre de temps et je ne suis donc pas passé au joli château de La Bourgonnière avec sa chapelle gothique et son donjon – toutefois, il est privé, fermé hors saison, et je ne sais pas si on le voit depuis la route.

 

Pont de Varades

Pont de Varades

Arrivé au pont suivant sur la Loire, j’ai hésité entre visiter Saint-Florent-le-Vieil sur le coteau ou traverser la Loire pour prendre un train à la gare de Varades et raccourcir le trajet. Comme Saint-Florent vaut plus par le point de vue que par l’église du XVIIème siècle, je me suis pressé un peu pour atteindre la gare et je me suis contenté de deux photos un peu rapides mais qui donnent une impression fidèle de la douceur angevine.

Varades a un quai de gare dans chaque sens, mais des pancartes indiquent qu’il faut prendre le pont de la route pour passer de l’un à l’autre et ce pont est ainsi construit qu’il faut faire un bon kilomètre de détour sur la route avant de pouvoir traverser un fossé gênant. J’avais très peur de rater le train vu la longueur du détour ! Finalement, il y a bien une passerelle pour piétons à la gare, mais je pense qu’elle aurait été difficile avec le vélo chargé qui est très lourd.

 

La Loire à Montjean

La Loire à Montjean

Une fois arrivé sur le bon quai, j’avais bien calculé avec le train noté à Ancenis car je n’ai attendu que 10 minutes. J’ai pris le train sur 14 km, ce qui me faisait gagner un peu moins d’une heure, et je suis descendu à Champtocé. Comme il était l’heure de déjeuner, j’ai cherché un coin pique-nique et il m’a fallu presque une demi-heure avant de trouver un banc au pont de Montjean.

 

Pont de Montjean

Pont de Montjean

L’endroit était un peu bruyant avec les voitures faisant vibrer la structure métallique, mais je pouvais m’asseoir et je n’avais rien trouvé avant. Il n’y a logiquement pas beaucoup de bancs hors des villages… En compensation pour le bruit, c’était un très beau site avec un vrai grand fleuve lent et majestueux, un petit village dans un site pittoresque sur le coteau de l’autre rive et un pont aux formes élégantes peint en couleur crème.

 

Montjean-sur-Loire

Montjean-sur-Loire

Il n’y pas de monument historique dans le village pour la même raison que partout dans la région: on est au cœur du conflit entre les Chouans, venus des campagnes de Vendée et des Mauges, et les ouvriers mariniers de la vallée, partisans des idées nouvelles. De ce fait, il y eut beaucoup de massacres et de destructions. Ce fut aussi le cas en 1940 puis en 1944 quand on bombarda ou fit sauter les ponts pour retarder les armées adverses. Un morceau de val de Loire sans monuments est un peu contraire aux clichés…

 

La Loire à La Corvée

La Loire à La Corvée

J’ai continué à remonter la Loire de Montjean à Chalonnes en profitant de la digue qui est ici juste au bord du fleuve et qui offre donc des vues agréables. Je suis finalement passé sur la rive gauche à Chalonnes, ville animée au confluent du Layon (connu pour son vignoble) et de la Loire. La ville marque le début du Val de Loire touristique et inscrit au patrimoine de l’Unesco (il continue jusqu’à Sully en amont d’Orléans).

 

Chalonnes

Chalonnes

C’est un bourg commerçant desservant le vignoble mais l’augmentation rapide de la population (15% entre 2004 et 2011, soit une famille par semaine) tient probablement à la proximité du TGV permettant à des Parisiens de venir habiter au calme tout en retournant travailler trois jours par semaine à Paris. Toutes les communes dans un rayon de 20 km autour d’Angers ont connu la même croissance rapide.

 

Fable illustrée à Chalonnes

Fable illustrée à Chalonnes

Je n’ai rien visité à Chalonnes mais j’ai remarqué un parterre tout à fait mignon sur le sujet de la cigale et de la fourmi et je me suis aussi arrêté pour regarder les flots particulièrement sages du Layon.

 

Le Layon à Chalonnes

Le Layon à Chalonnes

Chalonnes est le début du Val de Loire touristique parce que c’est l’extrémité de la « Corniche Angevine », une courte chaîne de coteaux raides qui domine la Loire et qui correspond à la continuation du Massif Armoricain en direction du Massif Central (même si les coteaux disparaissent plus au sud sous des plateaux calcaires). Les roches sont très anciennes et très dures et on y a exploité longtemps des carrières de houille pour fabriquer de la chaux que l’on envoyait en Bretagne par le canal de Nantes à Brest.

La Corniche Angevine était ma seule côte sérieuse du jour avec un dénivelé de 60 m environ qui semblait épuiser les touristes du style « je longe le fleuve en suivant mon livre-guide » dont je parlais tout à l’heure. L’avantage de monter la côte est que l’on arrive à un point de vue que l’Etat a bien voulu inscrire comme « Grand Paysage Classé » (on adore ce genre de label en France, au lieu de dire tout simplement comme on le ferait en Amérique « the most beautiful Val de Loire panorama in the World »).

 

 Manoir à La Haie-Longue

Manoir à La Haie-Longue

Non loin du sommet, on passe devant plusieurs très belles villas et manoirs probablement construits par les industriels des houillères. On passe aussi devant une chapelle du XIXème siècle qui souffrit beaucoup en 1945, mais pas pour les raisons que l’on imagine: un soldat français qui s’ennuyait à garder des prisonniers allemands avait pris l’habitude d’utiliser les statues et décorations de la façade comme cibles pour s’entraîner. Il paraît qu’il avait particulièrement plaisir à décapiter Sainte Barbe. Ce n’est pas gentil !

 

Vue depuis la Corniche Angevine

Vue depuis la Corniche Angevine

On finit la corniche par le point de vue – la photo montre que ce n’est quand même pas terriblement excitant. Puis on a une belle descente tortueuse sur Rochefort et on traverse la Loire divisée en trois bras.

 

La Loire à Béhuard

La Loire à Béhuard

Le deuxième pont donnait une perspective amusante sur la photo mais est impressionnant en vélo car très étroit. Il permet d’accéder à l’île de Béhuard, que je n’avais apparemment pas visitée quand je suis passé là en 1992.

Pont de Rochefort_

Pont de Rochefort_

 

Rue à Béhuard

Rue à Béhuard

C’est un « plus beau village de France » avec trois rues un peu léchées pleines de touristes, mais il faut reconnaître que les maisons en pierre blanche de Touraine et la verdure abondante (hortensias entre autres) sont très jolies. Le centre du village est un rocher sur lequel on a construit l’église pour la protéger des inondations fréquentes.

 

Autel des pardons à Béhuard

Autel des pardons à Béhuard

Faute de place, il y a en plus au pied de l’église une prairie avec une scène fixe et un calvaire volumineux qui fut érigé par l’évêque au XIXème siècle dans l’espoir de relancer les pèlerinages. Le calvaire en imitation gothique fait un peu penser à un kiosque dans un parc municipal, mais il est bien réussi pour une construction en béton.

 

Eglise de Béhuard

Eglise de Béhuard

L’église fut fondée par le roi Louis XI vers 1470 pour remercier la Sainte Vierge de l’avoir protégé lorsque le navire qui le transportait chez son oncle à Angers avait coulé. J’ai eu un peu de peine à trouver l’entrée: le portail le plus logique, donnant sur l’escalier d’accès du rocher, est fermé. On entre par un portail latéral au haut d’un escalier prenant dans une courette entre deux maisons (où l’on peut se fournir en souvenirs et en pieusetés, ce qui est peut-être l’idée).

 

 Vitrail Renaissance à Béhuard

Vitrail Renaissance à Béhuard

L’église en soi est très intéressante avec une bizarre construction en L. Le bras principal est orné de quelques vitraux Renaissance à fleurs de lys montrant le roi de France en prière.

 

Fers d'esclave des Maures

Fers d’esclave des Maures

Au-dessus de l’autel, on voit évidemment la statue de la Vierge, mais aussi des fers de galériens qui auraient été offerts en ex-voto par un esclave des pirates barbaresques. Le lien entre l’Anjou et les pirates venus d’Algérie est que le duc d’Anjou au moment de la construction de l’église était aussi roi de Provence et que la Provence était souvent victime des attaques des pirates.

 

Stalles à Béhuard

Stalles à Béhuard

Le petit bras du L est occupé par une tribune avec de belles miséricordes, ma photo montrant probablement deux chiens rongeant un os. J’ai lu que les sculptures étaient rarement sur des sujets religieux car il aurait été inconvenant de s’asseoir sur une image de saint. Par contre, les images étaient toutes différentes car ceci permettait aux moines de reconnaître leur place même avec la lumière très limitée des cierges.

 

Vue depuis l'escalier de l'église

Vue depuis l’escalier de l’église

Après avoir pris le temps de bien visiter Béhuard, j’ai cherché un banc pour prendre un goûter mais je trouvais qu’il y avait trop d’agitation, en particulier un couple venu se faire photographier avant son mariage et entouré d’un nombre excessif de photographes, d’assistants et de parents cherchant dans le village les meilleurs coins.

 

Je suis donc parti en traversant le troisième bras de la Loire et je suis allé m’asseoir sur un banc derrière l’église de Savennières sur la rive droite. C’était à peu près le point le plus au sud de toutes les vacances.

 

Eglise en partie mérovingienne de Savennières

Eglise en partie mérovingienne de Savennières

Savennières vaut aussi un arrêt pour l’église particulièrement vénérable. Les connaisseurs remarqueront sur la photo de la façade les encadrements de fenêtres avec briques et pierres alternées. Ceci reviendra à la mode sous Louis XIII mais les pleins cintres montrent qu’il s’agit d’un original carolingien du Xème siècle. L’appareil des murs avec des bandes de briques est inspiré des monuments romains et ne sera plus utilisé à l’époque romane quand on préfère la pierre.

 

Détail d'antependium à Savennières

Détail d’antependium à Savennières

J’ai remarqué à l’intérieur un détail intéressant sur un devant d’autel gothique. La photo montre la sculpture incroyablement détaillée avec un Christ en croix, mais je me suis aperçu une fois revenu chez moi que la sculpture dessine en plus deux initiales M et S. On voit ceci dans les décorations des châteaux de la Loire, souvent avec les initiales du roi et de la reine, mais je ne l’avais jamais remarqué dans une église.

Après Savennières, j’étais obligé d’accélérer un peu pour faire les 35 km restants avant 19 h, heure d’arrivée annoncée. J’ai donc renoncé au détour par le célèbre château de Serrant. C’est apparemment un des plus beaux châteaux de la Loire, comparable par certains aspects aux grands châteaux anglais car il est comporte un parc réputé et un mobilier de grande valeur tout en restant la résidence d’une famille de la très haute noblesse (un prince de Mérode qui a épousé une princesse de Ligne).

 

Château de La Chaussée

Château de La Chaussée

A défaut, j’ai traversé un bocage vallonné charmant et verdoyant puis un morceau très propret de la banlieue d’Angers avant de passer devant un château, celui de la Chaussée. C’est en fait une construction XIXème siècle mais dans un style élégant qui reprend assez fidèlement les proportions de Mansart. Le château sert à des séminaires et à des réceptions; il appartient à un IME, c’est-à-dire un établissement d’accueil pour enfants et adolescents handicapés mentaux.

Le bocage autour d’Angers est plein de manoirs et de châteaux dont la plupart datent du XIXème siècle; mon hôte du soir m’a expliqué qu’ils ont été construits par les riches marchands de Nantes pour loger leurs familles loin de l’agitation plébéienne d’une ville portuaire. La plupart sont toujours utilisés de nos jours, généralement par de riches Parisiens qui y viennent soit pour chasser et recevoir le weekend, soit pour y loger avec leur famille quand leur travail ne leur impose pas d’être au bureau cinq jours par semaine.

 

Château de la Villenière à  La Pouëze

Château de la Villenière à La Pouëze

Il y a un château de ce genre au village suivant, Saint-Clément-de-la-Place, puis un à La Pouëze et un dans un bois un peu plus loin. Le seul qui était facile à prendre en photo était celui de La Pouëze, situé comme tous les autres au bout d’une allée défendue par un fossé et une grille. Le château de la Villenière, pour employer son nom correct, fut construit en 1810 mais appartient depuis 1979 à la commune qui y a installé un HLM. Sic transit gloria mundi…

 

Mairie de La Pouëze

Mairie de La Pouëze

J’ai aussi remarqué à La Pouëze la mairie installée dans l’ancien presbytère daté de 1627. Le curé était aussi seigneur du lieu et sa résidence était entourée de douves et accompagnée d’une longue liste de dépendances qui ont disparu, mais cela reste une belle mairie. Les encadrements de fenêtres en pierre sont typiquement Louis XIII.

Après La Pouëze, il ne me restait qu’une côte un peu énervante car en ligne droite, mais qui avait l’avantage de culminer à 79 m et d’offrir ensuite plus de 3 km de descente en pente douce jusqu’à Vern-d’Anjou où j’ai trouvé la chambre d’hôtes sans trop de difficultés. Le temps qui était menaçant depuis longtemps a tourné à l’averse sur les derniers 500 m mais ce n’était pas trop grave.

Vern fait l’impression d’un petit bourg agricole actif et la population a augmenté très rapidement depuis 10 ans comme dans tous les villages situés à moins de 30 km de la gare TGV d’Angers. Les commerces suivent l’installation de familles avec des petits enfants dans les lotissements et les villages renaissent ainsi alors qu’ils avaient décliné entre 1900 et 1980 du fait de la fermeture des petites usines de campagne et de l’exode vers les banlieues ouvrières des grandes villes. Reste à voir ce qui se passera quand les petits enfants seront partis faire leurs études.

La dame n’a pas pu me recevoir à proprement parler car elle devait se rendre à sa chorale à 30 km. Par contre, elle avait préparé les plats et le monsieur m’a donc tenu compagnie. L’absence de sa femme lui permettait peut-être de parler un peu plus librement de sa vie intéressante: issu d’un milieu très modeste de petits paysans, il a embauché à l’usine dès 16 ans, mais il a eu la chance de pouvoir entrer chez Gaz de France où il a courageusement suivi les offres de formation en interne jusqu’à avoir un poste de responsabilité au moment où l’on a introduit les conduites de gaz partout en France pour remplacer les bonnes vieilles bonbonnes par le gaz de Lacq.

Toutefois, quand le réseau a été terminé, on lui a proposé de partir très jeune en préretraite et il s’est beaucoup consacré à des activités caritatives, plus particulièrement à conduire des camions de vivres et de vêtements dans une commune de Roumanie. Je me souviens effectivement bien de l’élan de solidarité en faveur de la Roumanie pendant quelques années après la révolution contre Ceaucescu. Il avait une attitude très intéressante et ambivalente sur la mentalité d’assistanat que ces convois bien intentionnés faisaient parfois naître.

Il a arrêté de se rendre en Roumanie en partie à cause de cela, mais aussi parce qu’il est très demandé par ses petits-enfants et surtout parce qu’il essaye de s’occuper de sa mère âgée de 92 ans. Elle habite toujours chez elle mais a besoin d’assistance et il lui rend donc visite une fois par semaine près de Saint-Malo. Ceci irrite quelque peu sa femme qui trouve qu’il se laisse trop capturer par sa famille et elle l’a donc poussé à acheter une bicoque près de Dol-de-Bretagne directement au pied de la digue des prés salés. Il est en train de la retaper et ils comptent y emménager en 2016. Il verra moins ses petits-enfants mais pourra s’occuper plus facilement de sa mère et aura moins de discussions déplaisantes avec sa femme.

Nous avons donc parlé de la pauvreté dans les pays en voie de développement, des avantages des maisons de retraite, de la façon dont on choisit un métier… Très intéressant. Il m’a servi du confit de canard provenant de la région car c’est une production agricole que l’on commence à trouver dans toutes les régions de France maintenant du moment que le maïs à gaver y pousse bien. Le dessert était intéressant: il avait l’apparence de la couronne de colin mayonnaise alors que c’était un genre de mousse au chocolat refroidie comme une glace. La consistance est un peu surprenante mais c’est bon. Le monsieur m’a tenté avec un vin doux pour l’apéritif et nous en avons aussi pris avec le dessert; j’ai ainsi découvert un Coteaux du Layon qui rappelait un peu le Pacherenc ou le Sauternes.

 

 

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