Etape 1: Bro-Ereg (pays de Vannes)

(1ère étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Dimanche 1er juin

106 km

Dénivelé 804 m

Brumeux puis éclaircies, 15 puis 21°

Séné – Theix – D7 – Le Plessis Josso – Trémohar – Lauzach – Ambon – Noyal-Muzillac – Péaule – Béganne – Tréfin – Rieux – Redon – chemin de halage – La Porte – La Goussinais – Lezin – chemin de halage – D59 – D55

Bro-Ereg (Vannetais), départements 56 et 35

Notice historique: Le Bro-Ereg (originellement Bro-Waroch d’après son premier roi) était un royaume fondé au VIème siècle dans le sud de la Bretagne. La capitale était à Auray, Vannes étant une ville en partie francophone gérée par son évêque. Le Bro-Ereg fut conquis en 753 par Pépin le Bref et fut annexé à la Bretagne en 819.

 

Lagune de Cantizac à Séné

Lagune de Cantizac à Séné

Je suis d’abord passé au bourg de Séné parce que je n’avais pas acheté de baguette la veille puis j’ai pris la poste cyclable pour rejoindre Le Poulfanc. Elle est vraiment très bien faite, sans faire de gros détours puisqu’elle est parallèle à la route mais avec des petits virages derrière les jardins pour donner de la variété.

Au Poulfanc, on peut rejoindre la piste cyclable installée sur l’ancienne voie ferrée de la presqu’île de Rhuys, mais je ne l’ai longée que jusqu’à Sincé. Elle n’est d’ailleurs pas idéale, étant comme la plupart des voies vertes françaises en sable compact et pas en goudron, ce qui est bien pour les VTT du dimanche et moins fatigant pour les piétons, mais déplaisant pour les cyclistes avec bagages.

 

Beau jardin à Theix

Beau jardin à Theix

Une piste cyclable longe la route jusqu’à Theix qui est un village étonnamment gros (2.000 habitants en 1975 mais 6.700 maintenant) avec des lotissements étendus. Il y a de belles maisons avec jardins soignés près du centre et quelques magasins animés, puis on traverse la voie rapide de Nantes et on est en pleine campagne bocagère. Les reliefs sont modérés, on reste au sud des Landes de Lanvaux.

Je voulais passer au manoir du Plessis-Josso pour voir ce que c’est. Le petit château typiquement breton domine un étang artificiel et sert apparemment souvent pour des réceptions. De dehors, il n’est pas très orné et déçoit un peu même s’il y a encore un mur médiéval autour de la cour et une grosse tour. L’enceinte fut construite vers 1330 et le logis vers 1650. J’ai pris une photo mais elle est floue.

 

Chapelle du Gorvello

Chapelle du Gorvello

Par contre, le hameau le plus proche, Le Gorvello, est ravissant. Les habitants ont planté beaucoup de fleurs, les façades de granit ont été rafraîchies et il y a une assez belle chapelle au milieu. Le clocher et l’auvent du portail principal sont très soignés et j’ai pris une photo en gros plan du clocher qui montre une belle gargouille et une curieuse tête sculptée. Ceci se faisait beaucoup à l’époque romane mais surprend un peu au 16ème siècle (la chapelle date de 1523, quand l’évêque de Vannes décida de remplacer une vieille chapelle de Templiers). L’église a une forme bizarre avec un transept gigantesque comparé à une petite nef plus basse.

 

Clocher du Gorvello

Clocher du Gorvello

Je suis passé au Gorvello le jour de la fête paroissiale mais la grand-messe était encore en cours. Des retardataires endimmanchés sont passés à côté de moi en me regardant de l’air un peu supérieur qu’ont les personnes certaines de leur statut moral plus élevé prouvé par leur participation aux offices dominicaux.

 

Fontaine près de Trémohar

Fontaine près de Trémohar

Après la bonne surprise du Gorvello, j’ai continué jusqu’au château de Trémohar mentionné comme intéressant sur la carte. Je suis passé devant un très joli calvaire avec colonettes rondouillardes qui est une version délicieusement provinciale de l’art de la Renaissance.

 

Château de Trémohar

Château de Trémohar

Malheureusement, le château n’est plus ouvert à la visite et on ne le voit donc que d’assez loin. Il a l’air plus amusant que celui du Plessis-Josso à cause des grosses tours qui sont en fait celles de la ferme ou des pigeonniers et qui datent de la même époque que l’enceinte fortifiée du Plessis-Josso. A l’époque, les petits nobles ont les moyens de construire de nouveaux châteaux mais craignent les bandes de soldats de la guerre de succession de Bretagne qui est un épisode de la guerre de Cent Ans. Le logis de Trémohar est quant à lui un bâtiment plus classique de 1750 qu’on ne voit pas bien à cause des arbres.Le château appartenait encore en 1879 à une baronne de Quilfiste de Bazlavan, un beau nom.

 

Nécropole de la guerre d'Indochine à Lauzach

Nécropole de la guerre d’Indochine à Lauzach

Un petit trajet dans la campagne suffit pour arriver à Lauzach, un village sans intérêt particulier. Le nom du village a un faux air breton que j’ai trouvé à juste titre suspect: on écrivait Lauza (nom gallo) puis on a trouvé nécessaire de bretoniser le nom vers 1800 pour faire penser à Loc-Jacq (paroisse Saint Jacques). J’y ai découvert un monument inattendu. On a transformé un champ marécageux en « mémorial d’Indochine et de Corée » avec plantation de bambous (qui poussent très bien) et plusieurs pavillons en forme de pagode stylisée.

A l’origine, c’est l’idée d’un ancien militaire qui voulait honorer trois camarades originaires du village en érigeant une plaque en béton en forme de carte d’Indochine sur un socle. J’étais un peu préoccupé par mon horaire et je ne me suis pas arrêté mais ce serait un endroit curieux à visiter plus en détail. Internet dit qu’il y a une proportion importante de Morbihannais parmi les militaires tués en Indochine, probablement à cause du RIMA de Vannes.

Une route « améliorée » pour les voitures, donc rectiligne, en plein soleil et un peu raide, permet de rejoindre Ambon en traversant la voie rapide à un endroit où les deux sens de circulation sont curieusement séparés par un espace verdoyant de quelques centaines de mètres. J’ai vu cela sur des autoroutes en montagne mais c’est un peu étonnant dans le cas présent. Ambon est un village très breton en ce qu’il est au sommet de la plus haute colline des environs.

 

Eglise d'Ambon

Eglise d’Ambon

Il y avait marché et donc beaucoup de circulation désordonnée, et il y avait en plus un flot continu de camping-cars allant aux plages de Damgan ou en revenant. Pénible pour un village sûrement assez morne en semaine. Je voulais visiter l’église recommandée par la carte mais la messe n’était pas encore terminée et j’ai donc commencé par manger un morceau de far sur un banc au chevet de l’église dominant le marché.

 

Fresque gothique à Ambon

Fresque gothique à Ambon

Après la messe, j’ai certes dû faire la causette à Monsieur le Curé qui se tenait sur le pas de l’église pour dire au revoir à ses paroissiens plutôt que de disparaître dans la sacristie – c’est une chose que j’ai vue plus souvent chez les Protestants. L’église n’est pas extraordinairement intéressante quoi qu’en dise ma carte. Elle est certes d’origine romaine (un cartulaire de 458 en parle) mais ceci ne se voit pas. Il y a juste une chapelle latérale intéressante avec une jolie niche Renaissance. A l’intérieur, on voit des petits morceaux de fresques gothiques assez effacés.

Après Ambon, on est obligé de passer à Muzillac qui est au fond d’un estuaire. La route est dangereuse, 4 km en ligne droite avec des montagnes russes où les voitures foncent bien que la route ne soit pas très large. Il y a en plus pas mal de camionnettes de livraisons encore plus téméraires qui se dirigent vers les stations balnéaires. A éviter à vélo.

 

Place de Noyal-Muzillac

Place de Noyal-Muzillac

Muzillac est un gros bourg avec grande zone commerciale grâce à la voie rapide, mais les maisons sont modernes et je pense que c’était à l’origine simplement un hameau de pêcheurs dépendant de Noyal-Muzillac. En tous cas, il y a une série de maisons en pierre solides du 17ème siècle autour de l’église de Noyal; elles valent surtout par des détails d’architecture comme les encadrements des fenêtres hautes.

 

Détail à Noyal-Muzillac

Détail à Noyal-Muzillac

Celle que j’ai prise en photo a un décor très curieux qui représente probablement les instruments de la Passion du Christ mais qui pourrait aussi servir d’enseigne pour un bar-café.

 

Eglise du Guerno

Eglise du Guerno

A quelques kilomètres de Noyal, je suis passé à l’église de pèlerinage du Guerno que j’avais déjà visitée lors du voyage de 2002. Cette fois, j’en ai profité pour pique-niquer dans la grande prairie qui s’étend derrière l’église. Il y a des bancs mais ils étaient occupés, l’un par un couple âgé assez contemplatif, l’autre par deux familles avec des bébés. Quand un monsieur est passé devant eux en voiture, il s’est arrêté pour papoter 20 minutes avec eux en laissant son moteur allumé. Je suppose qu’il roule au carburant agricole qui échappe aux taxes… C’est amusant de regarder les petits enfants jouer et c’est intéressant aussi de regarder les pères quand ils ne sont pas trop gras.

 

Chaire de pardon au Guerno

Chaire de pardon au Guerno

Pour le pique-nique, j’avais acheté la veille au marché de Vannes de l’andouille (qui s’est bien gardée vu le temps pas trop chaud) et quelques galettes. Ceci m’avait évité de perdre du temps à faire des courses au Poulfanc au moment du départ. Après avoir mangé, j’ai quand même décidé de visiter l’église du Guerno. Comme je l’avais déjà remarqué en 2002, le plus intéressant à l’extérieur est une chaire donnant sur le parvis, chose rare.

 

Tribune sculptée au Guerno

Tribune sculptée au Guerno

Je me souvenais moins de l’intérieur, qui vaut surtout par une très belle tribune Renaissance puisque l’église fut construite en 1590. Ma photo de la tribune était ratée en 2002 et j’ai donc fait un effort particulier cette fois-ci.

En sortant de l’église, je suis tombé sur un panneau des sentiers de randonnée – j’ai remarqué d’ailleurs que presque tous les villages français ont maintenant des sentiers de petite randonnée marqués en jaune d’une durée de 10 km environ. Ceci correspond aux sentiers auto-pédestres luxembourgeois et je trouve que c’est une excellente idée car on est sûr de pouvoir se promener où que l’on aille en excursion.

 

Fontaine Sainte Anne au Guerno

Fontaine Sainte Anne au Guerno

Celui du Guerno mène entre autres à deux fontaines classées que j’ai vues parce qu’elles sont au bord de la route. La plus jolie est la chapelle Sainte-Anne datée de 1784. La fontaine proprement dite est surmontée par un très joli baldaquin à colonnes et coupole.

Il y a une curiosité connue que je n’ai pas visitée au Guerno, c’est le zoo du château de Branféré. A la place, je suis parti vers la Vilaine. Il faut pour cela traverser le ravin fort raide du ruisseau de Trévelo qui m’a valu une côte à deux chevrons. Je pense que la côte serait moins raide s’il ne fallait pas contourner les terres du château de Léhélec. Je voulais y passer mais on y accède par une route qui descend dans la forêt sur une distance imprévisible et je ne voulais pas faire ce détour fatigant sans savoir combien de temps il me prendrait.

Sur Internet, c’est un manoir assez austère et je pense que j’aurais été déçu sans visiter l’intérieur. Il appartient depuis 1578 à l’une des plus vénérables familles de la noblesse bretonne, les Le Mintier. On dit que l’expression « cousin à la mode de Bretagne » s’applique bien à cette famille citée dès 1090 et connue pour ses nombreuses branches.

Peu après le château, j’ai eu le choix entre la route principale et la route touristique, la seconde étant plus proche de la Vilaine qu’elle domine au niveau de divers hameaux, offrant des jolis panoramas. Il faut malheureusement franchir des ravins profonds (heureusement pas trop raides) entre chaque hameau… Dans la côte la plus longue, j’ai dépassé un couple d’âge mûr dont Madame avait décidé de pousser son vélo.

 

Manoir de Trégouët

Manoir de Trégouët

On passe ainsi devant le manoir de Trégouët qui me semble assez typique pour remplacer Léhélec – j’ai lu plus tard qu’il a en fait été reconstruit après la Seconde Guerre Mondiale ! Peu après, on arrive à un joli point de vue d’où l’on voit bien la transition entre la plaine de Redon et le verrou de La Roche-Bernard.

C’est un endroit d’intérêt géologique: le sud de la Bretagne est marqué par un grand anticlinal qui forme les Landes de Lanvaux, mais le milieu de l’anticlinal a été érodé par l’Oust et l’anticlinal se divise donc en deux branches que la Vilaine traverse séparément, une vers Messac (on la voit bien en TGV) et une vers La Roche-Bernard. Entre les deux, l’Oust et la Vilaine (aidée de trois affluents importants sur la rive gauche, la Chère, le Don et l’Isac) ont créé ensemble une plaine marécageuse d’ailleurs souvent inondée en hiver.

 

La Vilaine à Bocquereux

La Vilaine à Bocquereux

Le confluent de l’Oust et de la Vilaine représente un verrou stratégique important entre les deux chaînes de collines raides et boisées. Les Romains y avaient donc construit une forteresse au niveau du gué de la route Vannes-Blain, Duroritum. C’est ici que réside au IXème siècle le comte de Bro-Ereg qui deviendra roi de Bretagne en 898 après avoir battu les Vikings à Questembert. Ses héritiers ne parviennent pas à garder la couronne mais la famille qui se fait ensuite appeler ‘de Rieux’ garde le premier rang de toute la noblesse bretonne jusqu’à son extinction en 1793.

 

Eglise de Rieux

Eglise de Rieux

Rieux est maintenant un village dortoir de Redon avec une église étonnamment moderne. Je n’ai malheureusement pas pu visiter à l’intérieur (c’est de plus en plus difficile quelle que soit la région…), mais je sais que c’est dû aux soldats allemands qui détruisirent le clocher en 1944 au moment où les Américains menaçaient leur base de Saint-Nazaire.

 

Ancien lavoir à Rieux

Ancien lavoir à Rieux

Près de l’église, j’ai remarqué dans la cour du presbytère une construction intéressante. Elle sert maintenant de décoration florale mais je pense que c’était autrefois le lavoir car on voit encore la pompe et les plaques de granit pour battre le linge. Je ne sais pas à quoi servaient les autres éléments de construction.

Un cycliste est venu me demander les choses usuelles (où allez-vous ? combien de kilomètres par jour ? etc). J’avais vaguement reconnu son habillement et c’était effectivement le monsiuer doublé dans une côte un peu avant. Il m’avait rattrappé du fait de ma pause. De peur que je ne me méprenne, il a tenu à m’expliquer ses exploits cyclistes et qu’il n’avait été aussi lent dans la côte que parce que sa femme avait un problème aux articulations la forçant à pousser le vélo…

Entre Rieux et Redon, j’ai eu quelques hésitations et j’ai fini par longer la route principale en pensant gagner du temps. Evidemment, c’est une déviation assez laide. Au niveau du pont sur l’Oust, j’ai repéré un itinéraire cyclable et il m’a fait effectivement traverser une passerelle plutôt que le pont dangereux de la nationale, mais il ne sert sinon pas à grand chose à cet endroit.

Redon, sous-préfecture de la même taille que mon modeste village luxembourgeois avec 9500 habitants, m’était bien connu par la gare du TGV. La ville fut fondée vers 850 par Nominoë, alors comte de Bretagne, qui voulait ainsi assurer son pouvoir à la limite des territoires nantais et rennais. Cela n’alla pas sans peine, l’évêque de Vannes craignant le concurrent potentiel et une baisse de ses revenus. En fait, Nominoë construisit une abbaye et lui accorda le droit de péage sur la Vilaine, ce qui permettait d’étouffer le commerce de Rieux, la ville romaine plus ancienne juste en aval, laquelle appartenait à une famille noble susceptible de lui causer des ennuis.

 

Port de Redon

Port de Redon

La grande époque de Redon commence au XVIème siècle quand la Vilaine est canalisée et les maisons de commerçants du centre ville datent de cette époque. Il en reste même un port maintenant occupé par les plaisanciers et auquel je ne m’attendais pas du tout, probablement parce qu’on ne le voit pas du train.

La création du canal de Nantes à Brest en 1836 amène des industries, surtout après l’arrivée des chemins de fer vers Vannes, Nantes et Rennes. Il en reste encore dans l’éléectronique, les matières plastiques et la sous-traitance automobile, ce qui est remarquable. Je sais cela par l’article dans Wikipedia dont le ton un peu bizarre fait penser à un prospectus du bureau municipal de promotion économique.

Soit dit en passant, on trouve de tout dans les articles Wikipedia sur les communes, certaines dans le Val d’Oise par exemple sont des monographies de 50 pages se complaisant dans les activités efficaces et bienfaisantes de l’équipe municipale et dans la description détaillée du nombre de dents de chaque gargouille dans la chapelle Saint-Machin reconstruite au XIXème siècle. Ailleurs, les articles sont pondus par des enthousiastes plus soucieux de donner leur opinion que des renseignements sur le patrimoine.

 

Clocher de Redon

Clocher de Redon

Le principal monument de Redon est l’ancienne abbatiale, ou plutôt la moitié qui reste après un incendie en 1780. Le clocher gothique est maintenant complètement séparé du chœur roman qui est surmonté d’une petite tour curieuse, pataude et massive mais avec deux rangées de très jolies arcades.

 

Nef à Redon

Nef à Redon

A l’intérieur, l’atmosphère de la nef est sombre et massive, un peu comme on s’imagine les églises de l’an mil (elle date en fait de 1180). Les arcades à colonnes engagées sans chapiteaux paraissent presque archaïques. On a affublé le chœur gothique plus tard d’un autel baroque qu’il vaut mieux ignorer.

 

Basilique de Redon

Basilique de Redon

Vu depuis l’autre côté de la ligne de chemin de fer, j’ai trouvé le chœur gothique intéressant pour la transparence des vitraux. Par contre, l’effet des voûtes aussi hautes que la tour du transept est un peu malheureux.

 

Hôtel de ville de Redon

Hôtel de ville de Redon

Depuis la promenade où j’ai pris la photo, on voit aussi très bien l’hôtel de ville qui est surprenant, un genre de château de la Loire avec les volumes d’une mairie flamande. Cela change du faux Mansart tant à la mode à la fin du XIXème siècle.

 

Tribunal de Redon

Tribunal de Redon

En face de l’hôtel de ville, on voit le tribunal dans un petit bâtiment néo-classique à colonnade grecque tout aussi surprenant.

La ville s’est donné de la peine pour relier les deux parties séparées par le chemin de fer, la vieille ville au pied de l’abbaye d’une part et la place commerçante où passent les axes routiers d’autre part. Entre les deux, un grand passage en gradins un peu minéral donne des perspectives curieuses sur les bâtiments. Il faut avouer que le train, passant 15 m au-dessus de la Vilaine à cause des crues, coupe vraiment la ville en deux.

 

La Vilaine à Redon

La Vilaine à Redon

A l’origine, j’avais envisagé de prendre une petite route parallèle à la Vilaine, mais j’ai trouvé une pancarte pour cyclotouristes mentionnant Rennes et j’ai ainsi découvert que l’ancien chemin de halage de la Vilaine a effectivement été aménagé en piste cyclable. Il n’est pas goudronné (j’ai déjà mentionné que c’est très rare pour une voie verte en France), mais il est bien entretenu sans trop de sable compacté qui devient collant par temps humide.

 

La Vilaine en amont de Redon

La Vilaine en amont de Redon

La Vilaine est une rivière assez calme à Redon, c’est en aval du confluent avec l’Oust qu’elle deviendrait plus imposante. Le calme est trompeur, la rivière ayant tendance à déborder facilement car les hautes terres du pays de Rennes sont en argile imperméable et des pluies abondantes conduisent immanquablement à des crues des rivières. Une photo prise dans la plaine marécageuse en amont de Redon donne une image assez fidèle avec une épave échouée.

Comme il était relativement tard et que la plaine marécageuse ne présente pas d’intérêt particulier, je n’ai plus fait d’arrêts. J’ai même pu couper un méandre en suivant un petit canal construit sous Louis XIV et le chemin de halage était remplacé à cet endroit par une petite route nettement plus roulante. Le bout de méandre coupé est maintenant une réserve naturelle munie par le département d’une abondance de panneaux explicatifs.

Je ne me suis pas arrêté au petit village de Brain mais le site est mignon car l’église est presque au bord de la rivière. J’ai quitté juste après le chemin de halage pour une côte étonnamment longue et assez sensible qui me permettait d’arriver à Langon par le haut du village, sachant que la chambre d’hôtes réservée était de ce côté. Elle se trouve d’ailleurs nettement plus loin du village que le site Internet des Gîtes de France, qui utilise des coordonnées GPS, ne me l’avait fait croire.

C’était une bonne chose en l’occurrence car j’arrivais du bon côté. Par contre, vu les problèmes rencontrés à d’autres endroits plus tard, je sais maintenant qu’il ne faut pas faire confiance au site Internet pour l’endroit exact. Il vaut mieux se faire décrire le chemin au téléphone au moment de la réservation, ce que je faisais les années précédentes.

La maison est une construction contemporaine toute en verre et en acier au milieu d’une pinède qui se transforme en prairie derrière la maison. Il y avait des traces de chantier au milieu du L formé par la maison et on voyait l’ébauche d’une piscine. Les chambres sont dans un bras du L et la partie privée dans l’autre, ce qui correspond à l’usage d’origine du bâtiment dans lequel un architecte avait établi ses bureaux.

 

Chambre zen à Langon

Chambre zen à Langon

La dame s’est bien amusée à décorer les chambres dans des styles tous différents, ce qui est une des grandes motivations pour les propriétaires de chambres d’hôtes. J’ai aussi visité une chambre romantique avec lit à baldaquin et fleurettes roses, mais ma chambre était très zen dans une harmonie de tons vert bronze avec un futon, des tentures d’inspiration bouddhiste et des meubles vaguement asiatiques. La salle de douche moderne et spacieuse est par contre dans un style européen normal. La beauté de la chambre est reflétée correctement dans le prix qui n’est pas exagéré mais pas bon marché non plus.

J’ai passé une soirée très intéressante car les propriétaires sont des gens qui ont pas mal vécu et qui éduquent leurs enfants (10 et 6 ans) de façon moderne et un peu alternative. Le monsieur a suivi une formation pour être technicien dans un zoo mais il n’a pas trouvé d’emploi et s’est découvert une vocation dans la rénovation de bâtiments.

Il a un excellent sens des affaires et s’est peut-être inspiré d’un type d’entrepreneurs courant en Angleterre: il achète des maisons abandonnées, les rénove, mais ne les revend pas. Il les garde et les loue, le loyer permettant de rembourser le prêt bancaire d’origine qui était modeste en raison de l’état de la maison. Je ne me souviens plus du nombre de maisons qu’il a déjà, juste qu’il y a dans le lot une grande villa à la Guadeloupe.

Seul inconvénient de son modèle commercial: il fait une grande partie des travaux lui-même (du terrassement au toit en passant par l’électricité et la plomberie puisque la loi française n’exige pas que ces travaux soient faits par des professionnels inscrits), évite ainsi de payer du personnel, mais en était à son douzième lumbago.

Comme le monsieur avait voulu à l’origine travailler dans un zoo, il a installé divers animaux sur sa propriété. Les animaux exotiques exigent une autorisation du préfet, mais ce n’est pas un problème vu son diplôme. Il avait ainsi des paons et des oies, mais ils ont tous été tués par les renards. Quant au lama, il a abandonné parce que celui-ci s’enfuyait régulièrement, causant des sueurs froides aux gens du voisinage.

Il envisage d’installer en 2015 des wallabies (des petits kangourous), des moutons d’Ouessant, un dromadaire et des cochons vietnamiens. Il a déjà une mare à bêbêtes qui passionne son plus jeune. Il espère que ce mini-zoo attirera des familles restant une semaine, clientèle plus intéressante que les gens de passage comme moi.

J’ai moins parlé avec Madame qui était aux fourneaux même si elle a fait installer un îlot de cuisine sur un côté de son gigantesque living pour participer à la conversation. Elle a servi des bons plats mais les portions auraient pu être plus généreuses pour un cycliste: une petite part de feuilleté aux champignons, du filet mignon avec du riz et une sauce teriyaki (à base de miel) et une crêpe au chocolat fondu.

J’ai passé une bonne partie du dîner à discuter avec son garçon de 10 ans qui a trouvé passionnant de savoir que j’écris des histoires. Il a beaucoup d’imagination mais il a l’habitude de parler à des gens de passage et articule donc très bien ses propres idées. Il y avait ainsi une histoire de ville souterraine où une aventure combine un château fort et un zoo…

Je l’ai encouragé en lui parlant un peu de ce que j’écris et sa mère m’a dit après qu’il fut allé se coucher qu’elle ne serait pas surprise qu’il prenne l’affaire à cœur et qu’elle trouvait cela très bien car cela lui donnerait l’occasion de parler grammaire et orthographe sans alourdir le côté scolaire. Effectivement, le lendemain matin, Nolan (le garçon) avait une pile de papiers blancs sur la table et avait déjà écrit le titre de son roman auquel il avait mûrement réfléchi !

 

 

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