Etape 4: Vallée de la Mayenne

(4ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Mercredi 4 juin 104 km 519 m

Grosse pluie puis ciel de traîne avec averses

Vern-d’Anjou – Brain-sur-Longuenée – La Violette – Grez-Neuville – Champteussé-sur-Baconne – Chenillé – Chambellay – chemin de halage jusqu’après Houssay – Origné village – chemin de halage jusqu’à Laval – Changé – Saint-Jean-sur-Mayenne – Andouillé

Vallée de la Mayenne, départements 49 et 53

J’ai pu papoter un peu avec la dame au petit déjeuner, monsieur étant parti tôt le matin pour Saint-Malo. Elle a un style assez différent, légèrement péremptoire, et on sent qu’elle tenait en maîtresse femme son salon de coiffure à Angers. Elle m’a confirmé qu’elle trouvait effectivement que son mari se laissait beaucoup trop accaparer par ses petits-enfants et que le déménagement en Bretagne leur ferait certainement beaucoup de bien.

J’avais pas mal hésité sur l’itinéraire du jour. Mon idée initiale était de passer par Segré et Craon, ce qui permettait d’admirer trois châteaux et de retrouver à Craon une voie verte pour Laval. Mais j’avais lu sur Internet que cette voie verte a un revêtment particulièrement difficile et est déconseillée aux vélos (sauf aux VTT). Je ne voulais pas utiliser les routes parallèles à la voie verte car toutes les routes de la région sont des lignes droites de 10 km traversant les ravins par des côtes raides, chose très démotivante. J’ai donc choisi le chemin de halage de la Mayenne, pensant éviter les côtes raides et espérant que le revêtement ne serait pas trop mauvais.

Il avait beaucoup plu pendant la nuit et j’étais content que cela se soit arrêté au moment où je partais, mais il s’est remis à pleuvoir quand je suis sorti de la boulangerie et la pluie est devenue tellement forte que j’ai été obligé de m’abriter le long d’une maison pendant un quart d’heure.

 

Mairie de Brain-sur-Longuenée

Mairie de Brain-sur-Longuenée

Nouvelle accalmie ensuite, puis nouvelle grosse pluie m’obligeant à m’abriter, cette fois sous un large auvent en bois qui sert de salle d’attente pour les autobus et de siège pour les pétanqueux dans le village suivant, Brain-sur-Longuenée (un joli nom, je trouve). Tous ces arrêts m’ont coûté près d’une heure et ceci m’a conduit à arriver à 20 h le soir, chose que je n’aime pas faire quand on m’a prévenu que le repas est servi à 19 h.

 

Eglise de Brain-sur-Longuenée

Eglise de Brain-sur-Longuenée

Brain est un petit village assez joliment situé avec une mairie au milieu d’une grande prairie agrémentée de l’étang habituel. Il y a aussi un château peu visible dans les arbres et une église dominant le bourg depuis une petite colline. Pour tout dire, c’est un urbanisme qui rappelle assez la Bretagne. La mairie est un élégant manoir de 1762 qui était à l’origine le presbytère.

Les très beaux presbytères de la région s’expliquent probablement par le fait que les curés de l’Anjou avaient un rôle administratif important, comme les recteurs en Bretagne, et avaient les revenus permettant des constructions assez imposantes. L’église actuelle date seulement de 1894, mais elle est classée à cause de sa forme octogonale très originale. Je ne suis pas allé voir parce qu’elle est au sommet de la colline.

Sur la base des prospectus que l’on trouve normalement dans les chambres d’hôtes, j’ai choisi de rejoindre la Mayenne à Grez-Neuville plutôt qu’au Lion-d’Angers, ville célèbre surtout pour son haras dans un château assez austère du XVIIIème siècle. Maintenant que la pluie s’était arrêtée, j’ai trouvé le trajet dans le bocage jusqu’à Grez très agréable. J’ai eu des hésitations au moment de traverser une nationale rectiligne très dangereuse, mais je n’avais finalement pas besoin de la longer.

 

 Jolie maison à Grez-Neuville

Jolie maison à Grez-Neuville

Le village a reçu le label « village de charme du départment du Maine-et-Loire », ce qui montre bien que l’on peut toujours créer un nouveau label si l’on n’est pas arrivé à intégrer un label existant. En l’occurrence, le site est effectivement charmant avec un petit bourg sur chaque rive.

 

Ancien prieuré de Grez

Ancien prieuré de Neuville

Neuville sur la rive droite a un quai sur la Mayenne, quelques vieilles maisons et un magnifique prieuré du XVIIIème siècle avec un perron imposant qui donnait certainement des airs importants aux personnes sortant du bâtiment.

 

Eglise de Neuville

Eglise de Neuville

L’église est intéressante aussi avec une voûte en bois comme une coque de navire (c’était moins rare qu’on ne le pense jusqu’au XIXème siècle) et un grand retable baroque.

 

La Mayenne à Grez-Neuville

La Mayenne à Grez-Neuville

 

Site de Grez-Neuville

Site de Grez-Neuville

Grez sur la rive gauche a aussi son quai et j’ai été obligé de m’arrêter pour laisser passer un grand groupe de personnes âgées qui se dirigeaient lentement vers leur autocar après une petite promenade en bateau sur la rivière.

 

Manoir à Grez

Manoir à Grez

Sinon, on voit aussi un assez joli château classique presque au bord de la rivière et un manoir Napoléon III sur le haut du coteau. Je me suis un peu perdu dans le village en cherchant la direction mal indiquée de Thorigné, ce qui m’a valu deux raidillons au lieu d’un. On verra que c’était le jour des raidillons imprévus.

Thorigné est aussi un « village de charme » labellisé, d’où mon passage, mais ne le mérite pas vraiment. Le label semble accordé d’après le nombre de monuments classés sur le territoire du village même quand il s’agit de manoirs privés invisibles depuis la route. J’ai continué jusqu’au village suivant, Champteussé-sur-Baconne, qui bénéficie également du label et où il était l’heure de faire une pause. En guise de monuments, je veux bien reconnaître qu’il y a plusieurs maisons proprettes, une mairie en pierres apparentes en cours de rénovation et une église d’origine romane. Pour ma pause, j’ai trouvé finalement l’étang communal avec un banc pratique et une vue charmante sur l’ancien moulin.

 

Eglise de Chenillé-Changé

Eglise de Chenillé-Changé

Je me suis dirigé ensuite vers Chenillé-Changé parce que le prospectus de mes hôtes le recommandait chaudement. Le petit village a reçu le label de charme (à croire qu’on le donne à tous les villages de la région) et on y voit une église d’origine romane mais transformée en 1788 qui vaut surtout par la toiture particulièrement complexe qui a dû intéresser les couvreurs.

 

Maisons à Chenillé-Changé

Maisons à Chenillé-Changé

On voit aussi des maisons en pierres apparentes, un grand hôtel-restaurant avec un jardin dominant la Mayenne et un moulin fortifié qui se visite mais qui est une reconstruction de 1902. Un meunier y travaille et y a installé une turbine hydro-électrique, mais je pense qu’il doit vivre en partie du droit d’entrée demandé aux touristes.

 

Château des Rues

Château des Rues

Chenillé avait aussi son château, celui des Rues, où habite depuis 1375 la famille de Rougé qui était très appréciée des derniers ducs de Bretagne, ayant des fiefs des deux côtés de la frontière.

 

Moulin de Chenillé-Changé

Moulin de Chenillé-Changé

Le vicomte s’illustra en 1905 par son attitude farouchement fidèle à l’église catholique et il encouragea le meunier à poser une plaque en latin assez incendiaire sur son bâtiment reconstruit (« l’eau tourbillonnante se désole de ne pouvoir entraîner dans ses flots, ceux qui tiennent le timon du pouvoir. Puisse la machine vengeresse broyer avec le reste ceux que tu penses« ). Le château actuel date de 1858 et me semble un bon exemple du style troubadour.

 

La Mayenne à Chenillé-Changé

La Mayenne à Chenillé-Changé

Le chemin de halage de la Mayenne se trouve sur la rive droite. Je me suis demandé si ceci permettait aux ouvriers de tenir les cordages de halage du bras droit, plus fort, mais je pense que c’est plutôt dû à une falaise sur la rive gauche un peu plus loin – j’ai appris depuis que le chemin de halage de la Moselle changeait plusieurs fois de rive par des gués dangereux selon les falaises ou les marécages et il n’y a pas de raison qu’il en soit autrement pour la Mayenne.

 

Pont de Chambellay

Pont de Chambellay

Etant sur la rive gauche pour le moment, j’ai été obligé de revenir un peu en arrière jusqu’au pont de Chambellay qui m’a donné une assez jolie photo. Il était déjà 13 h 20 et j’ai donc espéré que le chemin de halage serait roulant. Malheureusement, il est en sable compacté qui était devenu assez mou avec la grosse pluie et j’ai donc avancé beaucoup plus lentement que je ne l’avais espéré.

 

La Mayenne à Chambellay

La Mayenne à Chambellay

L’heure tardive est aussi la raison pour laquelle je n’ai pas visité l’église malgré le nombre de panneaux vantant les toiles d’Adeline Neveux. J’ai regardé plus tard sur Internet et j’ai vraiment raté quelque chose car ce sont des œuvres colorées avec une touche symboliste qui m’auraient plu. Elles furent peintes autour de 1940. Quatre des toiles furent jugées tellement scandaleuses par les paroissiens qu’ils les arrachèrent en 1953 après la mort du curé qui les avait commandées – elles ont été raccrochées en 1996. L’artiste avait son atelier à Guer où la municipalité continuait à trouver les œuvres « dérangeantes » lors d’une exposition en 2012, probablement parce que l’artiste était associée à l’Opus Dei.

 

Gorge de la Mayenne

Gorge de la Mayenne

Ceci mis à part, le paysage est souvent charmant et je n’avais honnêtement aucune idée que la vallée de la Mayenne est si agréable. La rivière s’élargit souvent en un vrai petit fleuve et forme des méandres assez réguliers avec une rive abrupte boisée et une rive en pente molle consacrée aux champs et aux prairies. Sur les sections abruptes, qui sont parfois entrecoupées de quelques rochers, des bourgeois fortunés (souvent Nantais) ont construit au XIXème siècle des manoirs profitant de la vue reposante sur la vallée. Tout ceci produit un paysage varié, harmonieux et intéressant.

 

Moulin de Daon

Moulin de Daon

Gorges de la Mayenne

Gorges de la Mayenne

Un peu au nord du pont de Chambellay, j’ai quitté l’Anjou pour le Maine. Comme assez souvent, la limite des deux provinces se voit très bien sur place avec ce qui est presque une petite gorge du fleuve. J’ai pris une photo de la rive gauche avec un manoir dominant les rochers, puis une de la rive droite avec un ancien moulin. Il en reste plusieurs sur la Mayenne, en partie parce qu’ils ont été incorporés dans les installations des écluses, et certains abritent maintenant des locations saisonnières qui ont un certain charme.

 

Château près de Daon

Château près de Daon

J’ai remarqué l’élégant château du Port-Joulain qui date du XVIIème siècle mais qui était sur la mauvaise rive pour le voir de plus près. Les autres châteaux anciens de la région ne sont pas au bord du fleuve, mais on ne peut pas tout visiter de toute façon. Un peu après Daon, j’ai enfin trouvé un endroit agréable pour pique-niquer. Il y a relativement peu de bancs ou de tables sur le chemin de halage, uniquement au niveau des écluses plus faciles à atteindre.

 

Château de La Porte

Château de La Porte

Il y a eu une petite averse et je ne pouvais pas m’abriter, mais cela n’a pas duré longtemps et il était vraiment assez tard pour manger. Des gens qui se promenaient le long du fleuve me regardaient surpris parce qu’ils ne s’attendaient pas à me voir déjeuner vers 14 h 30.

 

Villa à Ménil

Villa à Ménil

Je suis encore passé près de Ménil au pied d’un manoir contemporain qui valait une photo pour ses colombages rouge sang et son socle en pierre qui lui donne un vague air oriental. La commune semble assez tolérante sur les permis de construire ou alors on trouve le style embellissant. Par certains côtés, je trouve bien que des gens aisés se fassent encore construire des manoirs; ceci crée du patrimoine pour nos descendants. Il y a des discussions épiques dans les campagnes anglaises sur les manoirs construits par les hommes d’affaires (pas en Allemagne où ce genre d’ostentation est jugé déplacé), mais ils gênent moins en France où la population est beaucoup moins dense.

 

Château-Gontier

Château-Gontier

Les principales curiosités de la vallée de la Mayenne se trouvent dans les villes, Château-Gontier et Laval. J’étais conscient que je ne pourrais pas visiter grand chose à Laval vu mon horaire, mais j’avais besoin de détente culturelle après mes efforts sur le chemin sablonneux et je me suis donc arrêté assez longtemps à Château-Gontier.

 

Vieilles maisons à Château-Gontier

Vieilles maisons à Château-Gontier

C’était la ville principale du Haut-Anjou et on y voit donc quelques hôtels particuliers et une superbe maison médiévale. Ceci lui vaut aussi un label (« un des plus beaux détours de France »).

 

 Jardin public de Château-Gontier

Jardin public de Château-Gontier

En arrivant par la rivière, on est au pied des murailles et je me suis arrêté pour admirer un très joli jardin public avec topiaires, arceaux végétaux, buissons de roses et parterres surélevés en rotin. Très réussi, j’aurais dû me donner un peu plus de peine pour des photos. Il y a d’ailleurs aussi un parc public classique dans le style du XIXème siècle en haut de la ville dont j’ai pris la fontaine élégante en photo.

 

 Arche de Noé à Château-Gontier

Arche de Noé à Château-Gontier

Le grand monument de la ville est la magnifique église, une des meilleures surprises de tout le voyage pour un amateur d’art roman. Elle fut fondée au XIème siècle et a profité de façon inattendue d’un bombardement en 1940: l’incendie n’a pas détruit les piliers romans très stables, mais il a détruit la décoration du XIXème siècle et on a découvert lors de la restauration des fresques romanes en bon état qui avaient probablement été cachées pendant 300 ans. J’ai pris en photo celle qui est la plus visible; elle montre la construction de l’arche de Noé. On devine en-dessous des chevaliers armés de lances; ils font partie d’une scène sur les Hébreux se réfugiant en Egypte et permettent de dater assez facilement la fresque à cause de leur costume.

 

Collégiale de Château-Gontier

Collégiale de Château-Gontier

La nef est d’un roman particulièrement pur, avec des arcades en plein cintre aux deux étages de fenêtres et pour l’arc du transept. De ce fait, elle me rappelle un peu les églises carolingiennes de la Reichenau. On devine sur la photo une fresque entre les fenêtres supérieures sous forme de damier rouge et blanc; avec l’expérience du Périgord, je sais maintenant que ce genre de décor était courant au XIIIème siècle et que tous les murs étaient peints du haut en bas de divers décors géométriques là où il n’y avait pas de scènes spéciales. Les colonnes cubiques n’ont pas de chapiteaux et il n’y a donc pas de sculptures au contraire du roman auvergnat.

 

Crypte de Château-Gontier

Crypte de Château-Gontier

J’ai en plus eu le plaisir de pouvoir visiter la crypte. J’aime beaucoup ces endroits généralement fermés au public et celle de Château-Gontier vaut le détour; il y a même un chapiteau orné de spirales inversées qui fait fortement penser à l’art celtique ou viking et qui montre que l’Anjou était vers 1050 très influencé par la Normandie. Cette crypte était un endroit particulièrement adapté pour quelques dévotions.

Avant de sortir de l’église, j’ai remarqué une statue de Saint Loup avec une pancarte explicative. La statue daterait du XIIème siècle d’après la pancarte, mais j’ai de la peine à y croire vu que les statues en bois aussi anciennes sont rarissimes et représentent très rarement des saints. Il s’agit ici du Loup évêque d’Angers au VIIème siècle mais on peut aussi choisir des Loup venant de Troyes, de Soissons, de Bayeux, de Limoges ou de Chalon-sur-Saône !

 

Maison gothique à Château-Gontier

Maison gothique à Château-Gontier

Même si j’ai perdu une bonne heure à visiter la ville, j’étais extrêmement content de mon arrêt. Compte tenu de l’horaire, il aurait été raisonnable de prendre la nationale pour les 26 km jusqu’à Laval puisqu’il faut 35 km par le chemin de halage qui est en plus beaucoup moins roulant. Mais j’avais trop peur des camions et j’ai donc continué par le trajet le plus pittoresque.

 

Moulin de La Roche

Moulin de La Roche

Moulin de Neuville

Moulin de Neuville

Le moulin de Neuville, où il y avait certainement un bac autrefois, est l’un des sites les plus charmants. On voit sur la photo la terrasse du moulin au-dessus de l’écluse car c’est un des moulins qui abritent un gîte. Par certains côtés, le paysage n’est pas sans rappeler certains sites bretons. On voit aussi que le temps s’était nettement amélioré.

 

Château de la Rongère

Château de la Rongère

Un peu plus loin, je suis passé au pied d’un château classique très élégant. Un château de la Rongière exista dès 1239, mais le bâtiment actuel est Louis XV. La famille de petite noblesse qui y habita se signala plusieurs fois par son sens aigu des privilèges et des droits pécuniaires, par exemple en ce qui concerne un droit de péage sur la rivière que François Ier dut limiter aux bateaux utilisant le port au pied du château.

En 1793, un garde-chasse de la région devint un des principaux chefs chouans, remportant plusieurs batailles importantes autour de Laval. Après la fin de la guerre, il fut accueilli au château car la marquise le connaissait comme garde-chasse de son père, mais elle attendit 20 ans avant de l’admettre à sa table, une fois qu’il eut reçu du futur Charles X l’ordre de Saint-Louis.

Un peu après le château, je me suis retrouvé à mon grand dépit devant un chantier qui occupait vraiment tout le chemin de halage. Un ami cycliste ignorait les barrières dans ce cas et ceci marchait presque toujours, mais on ne pouvait vraiment pas passer dans le cas présent. Un ouvrier m’a expliqué qu’il fallait revenir en arrière, monter sur le plateau et descendre un peu plus loin. Ceci m’a beaucoup retardé car la montée sur le plateau était extrêmement raide (elle m’a fait penser aux raidillons de Belle-Île ou de la Hague). Je suis parvenu à redescendre sur le fleuve un peu plus loin que ce que l’ouvrier m’avait indiqué, mais c’est le moment que mon vélo a choisi pour avoir une crevaison.

Je me suis donc assis sur un banc (c’était justement au niveau d’une écluse et il y avait donc un banc en ciment quelque peu moisi), j’ai appelé le café où j’avais réservé une chambre et j’ai convenu que je me contenterais d’une assiette froide vu le retard qui était maintenant inévitable. Puis j’ai réparé le vélo. Curieusement, c’était la roue avant, peu sujette aux crevaisons en temps normal, et le pneu paraissait intact. Je pense que de l’eau s’était introduite dans le pneu à travers la valve à cause des flaques et de la grosse pluie du matin et que ceci avait ramolli la chambre à air au point qu’elle s’était usée en frottant contre la jante ou le pneu. Heureusement, ayant deux chambres à air de réserve, ce n’était pas gênant en dehors du temps perdu.

Après cette pause involontaire mais qui m’a incité à prendre un goûter, je suis reparti le long du chemin de halage. Je suis passé en face de la Trappe de Port-du-Salut, que nous avions essayé en vain de visiter avec le copain en 2002 (nous envisagions d’acheter du Port-Salut puisqu’il y a une laiterie près de l’abbaye, mais j’ai vérifié plus tard et le fromage fabriqué par Bel ne porte pas de lieu de production sur l’étiquette). Je n’ai pas fait l’effort de traverser le pont et je n’ai pas trouvé moyen de faire une photo de bonne qualité, mais le site est superbe car la Trappe se trouve au débouché de la gorge de la Mayenne. Il y a un parc ombragé au bord de l’eau qui doit être propice à la méditation puis on voit juste en amont des rochers assez hauts.

La vallée reste très encaissée pendant quelques kilomètres bucoliques où l’on profite vraiment du chemin de halage. Puis on atteint la banlieue de Laval et on peut utiliser par moments une route le long de la rivière dont le revêtement est plus roulant que celui du chemin – mais avec une circulation bruyante et irritée qu’on lui prenne « sa » route.

 

Notre-Dame d'Avesnières à Laval

Notre-Dame d’Avesnières à Laval

Chevet de Notre-Dame d'Avesnières

Chevet de Notre-Dame d’Avesnières

A l’entrée sud de Laval, je suis passé au chevet d’une superbe église romane, Notre-Dame d’Avesnières, une ancienne abbatiale bénédictine. J’étais très pressé et je me suis donc contenté d’admirer un instant le chevet, mais j’ai lu plus tard que la nef date du XIXème siècle. J’ai par contre raté les statues, les chapiteaux du chœur et le retable qui se trouvent à l’intérieur. Le chevet date de 1140 et est fort imposant avec trois étages distincts, cinq chapelles rayonnantes en cul-de-four et une tourelle mignonne au coin du transept.

 

Château de Laval

Château de Laval

En continuant vers le centre de Laval, j’ai entrevu des maisons à pans de bois au pied de l’imposant château fort. Cela m’a donné envie de m’arrêter un jour à Laval sur le chemin de Vannes si le TGV a un horaire le permettant. Le château date en partie du XIIIème siècle et abrite un musée d’art naïf et une collection ethnographique, ce qui me paraît vraiment intéressant. Il a évidemment marqué la fondation de la ville au Xème siècle.

 

La Mayenne à Laval

La Mayenne à Laval

Laval appartenait au comte du Maine dont la résidence était au Mans. Vers l’an mil, celui-ci essayait de manœuvrer entre les puissants comtes de Blois et d’Anjou pour devenir lui aussi un grand féodal autonome, et il décida de fortifier le gué de la Mayenne en confiant un château à un fidèle nommé Guy. A partir de son petit-fils, tous les comtes de Laval pendant 400 ans s’appelèrent Guy, le dernier étant Guy XVII. On appelait Laval à l’origine Laval-Guion, c’est-à-dire « la vallée de Guy ».

J’ai quitté Laval en continuant à longer la Mayenne sur une petite route qui dessert la chapelle Notre-Dame-de-Pritz, un bâtiment fort vénérable car il est encore plus ancien que Notre-Dame-d’Avesnières et date de l’an mil. Il paraît que l’on voit à l’intérieur des tableaux gothiques et un calendrier du XIIIème siècle, mais on ne peut même pas s’approcher du bâtiment. Je ne me souviens pas si c’est à cause de travaux de rénovation. J’étais un peu déçu mais cela m’aura fait gagner un quart d’heure.

 

Mairie de Changé

Mairie de Changé

J’ai continué le long de la Mayenne d’abord jusqu’à Changé. J’y ai remarqué un hôtel de ville particulièrement majestueux pour une banlieue de 6000 habitants mais qui s’explique par l’implantation de centres commerciaux et d’usines sur le territoire communal à l’époque où la taxe professionnelle revenait aux communes et non aux communautés qui la perçurent ensuite. J’ai vu devant la mairie un arbre de mai, tradition que je n’ai pas remarquée souvent dans la région.

Après Changé, j’ai encore longé la Mayenne jusqu’au village suivant qui se trouve au confluent de l’Ernée, une rivière modeste mais qui a creusé une vallée tortueuse aux parois abruptes. Cela me fait penser à certaines vallées d’Île-de-France comme celle de l’Ourcq. Ma route monte sur la crête entre la Mayenne et l’Ernée par une côte longue mais que je n’ai pas trouvée difficile car on domine agréablement les deux rivières avec des panoramas motivants. On arrive en haut au niveau du château d’Orange à l’altitude grandiose de 120 m et on redescend presque tout ce que l’on a monté par une route parfaitement revêtue en pente douce que j’ai trouvé parfaite pour la fin d’une étape.

Je suis ainsi arrivé à Andouillé où l’on est accueilli par un panneau mentionnant que le village fait partie de l’association des communes à nom burlesque, chose qui ne m’avait pas effleuré l’esprit tant l’andouille est une charcuterie pour moi. Les Andolléens (les habitants) se sont distingués pendant la révolution française par leur acharnement républicain et l’évêque les trouvait dès 1767 difficiles à gouverner. Ils s’illustrèrent par le pillage et les massacres dans les villages réputés favorables aux Chouans et on peut se demander si leur motivation était républicaine ou bassement matérielle.

J’avais réservé par Booking.com une chambre dans le café du village car je ne voulais pas coucher dans un hôtel de zone commerciale sur la déviation de Laval. Malheureusement, la Mayenne, région très peu touristique, n’a pratiquement aucune chambre d’hôtes servant des repas. Le café lui-même ne sert qu’un plat unique à 19 h, mais avait proposé de me faire une assiette froide vue mon arrivée plus tardive. Le café aussi était fermé et il fallait appeler un numéro de téléphone pour faire venir la dame qui habite en face. Heureusement que j’ai maintenant un téléphone portable qui marche sans problèmes à l’étranger (et sans coûter les montants exorbitants qu’on me demandait en Angleterre).

La chambre m’a semblé étrangement construite, toute en longueur au point que l’on peut à peine passer entre le pied du lit et la télévision. La salle de bains est par contre très correcte. Pour l’assiette froide, j’ai dû m’asseoir sur le bord du lit car c’est le seul endroit d’où l’on peut atteindre l’étagère qui sert de table. J’ai trouvé la qualité assez banale mais c’est un peu normal pour un simple café. Surtout, je trouve le prix un peu cher comparé au repas chaud de Pannecé deux jours avant. Le patron ayant un nom hollandais, ceci explique peut-être cela. Il n’y a pas d’alternative à Andouillé de toute façon.

Après mon assiette froide, j’ai fait un petit tour du village qui ne présente pas de maisons anciennes intéressantes puis j’ai regardé la télévision et diverses brochures touristiques que la dame laisse judicieusement dans le couloir.

 

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