Etape 6: Alpes Mancelles

(6ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Vendredi 6 juin

96 km

Dénivelé 1125 m

Très beau avec brise fraîche le matin, un peu voilé et moins venté ensuite, 26°

Vassé – vallée de la Vègre – D4 – Sillé-le-Guillaume – Ségrie – Fresnay-sur-Sarthe – Saint-Léonard-des-Bois – D270 – Saint-Céneri-le-Gerei – Moulins-le-Carbonnel – Alençon – Croix de Médavy – Les Choux – Beauvais près Sées

Alpes Mancelles, départements 72, 53 (sur 3 km) et 61

Cette fois aussi, j’aurais pu épargner une bonne partie des kilomètres et du dénivelé en passant par un autre itinéraire. J’ai choisi d’une part pour passer dans la région la plus pittoresque et d’autre part de façon à atteindre la distance souhaitée. Je n’en ai toutefois pas pleinement profité.

Le petit déjeuner a été servi dans la salle commune du gîte-hébergement et non chez la dame. Chose intéressante, il a été préparé par son voisin même si elle nous a rejoint ensuite pendant quelques minutes. En fait, une des anciennes fermes du château, qui se compose de cinq bâtiments de grande taille, a été rachetée par deux familles qui se connaissent depuis très longtemps et qui se partagent la gestion de l’hébergement. Ils ne sont pas agriculteurs et je suppose donc que c’est la femme du voisin qui travaille à l’extérieur puisqu’il n’aurait pas pu me servir à 8 h 30 sinon. Ceci ne me regarde pas, mais j’ai l’impression qu’une propriété avec autant de bâtiments ne doit pas être facile à rentabiliser.

 

 Vallée de la Vègre

Vallée de la Vègre

Pour commencer l’étape, je suis allé à Sillé-le-Guillaume par une petite route que mon hôtesse m’avait signalé comme un petit détour plus tranquille. Le détour est un peu plus conséquent que cela mais la petite route le long de la Vègre est tout à fait charmante et la partie sur le plateau jusqu’à Sillé était tranquille bien que ce soit la direction de l’autoroute.

Sillé était l’un des points d’ancrage lors de la préparation du voyage parce que je passe devant le château à chaque fois en TGV et que c’est le plus beau dans son genre sur tout le trajet après Vitré. J’ai commencé par m’arrêter au supermarché puis je suis allé voir dans le centre ville. En fait, c’est un assez petit bourg (moins de 3.000 habitants) alors qu’il fait un effet conséquent en train. Le nom ne provient pas de Guillaume le Conquérant malgré la proximité de l’Anjou et de la Normandie mais du premier seigneur, un autre Guillaume qui construisit le château justement pour faire face aux Bretons et aux Normands.

 

 Eglise de Sillé-le-Guillaume

Eglise de Sillé-le-Guillaume

Avant de monter au château, on passe devant la collégiale qui était visiblement une église fondée par le seigneur car le clocher est moins haut que les tours du château. Je ne me souviens pas de l’intérieur probablement refait au XIXème siècle mais le portail fin gothique justifie une photo. L’iconographie est on ne peut plus banale, ce sont les encadrements des portes qui sont curieux et annoncent la Renaissance.

 

Château de Sillé

Château de Sillé

Quant au château, il fut reconstruit au XVème siècle après la Guerre de Cent Ans et on y voit des grosses tours rondes à la française. Je ne sais pas trop pourquoi je l’ai finalement trouvé assez banal, les photos sont pourtant imposantes. Vers 1800, il était en très mauvais état. Je ne me souviens plus exactement des explications données sur place, mais je crois que c’est Napoléon qui le fit transformer en lycée car c’était la condition posée par la propriétaire pour le léguer à la ville.

 

Tour à Sillé-le-Guillaume

Tour à Sillé-le-Guillaume

Il abrite maintenant des salles municipales et un musée. On y expose entre autres une collection consacrée aux publicités avec le célèbre Bébé Cadum car ce bébé fut dessiné par un peintre qui est né à Sillé. D’innombrables personnes se sont manifestées pour argumenter que c’était eux qui avaient servi de modèle…

Il y a une dernière attraction à Sillé qui est beaucoup plus importante que l’église et le château réunis dans l’esprit des gens de la région, un lac de barrage en bordure de forêt connu depuis les années 1960 sous le nom irrésistible de « Coco-Plage ». Attractions mises à part, Sillé est une commune qui périclite un peu et qui n’a pas d’industrie importante au contraire d’Evron situé à 20 km.

J’ai quitté Sillé en direction de Saint-Rémy dans l’espoir d’y trouver une église intéressante en vertu de la carte – et parce que ceci m’épargnait une bonne côte sur une route rectiligne ennuyeuse. Finalement, l’église étant fermée et d’intérêt modeste vue de l’extérieur, j’ai simplement profité d’un banc ombragé pour manger un petit en-cas car il était déjà assez tard pour cela même si je n’avais pas encore avancé beaucoup.

J’ai roulé nettement plus vite ensuite sur une route en faux plat descendant dans la campagne bocagère jusqu’au village de Ségrie où l’église vaut un coup d’œil même si la carte ne la met pas en valeur. Elle était fermée parce que l’on était en train de la rénover, mais on voit de l’extérieur que c’est une église romane assez imposante pour un petit village.

 

Eglise de Ségrie

Eglise de Ségrie

Le clocher est curieusement posé au milieu et je suppose donc que le chœur et la nef doivent être de même longueur; ceci fait penser à une abbatiale servant d’église paroissiale dès le moyen âge. Les contreforts réguliers sont très purs, les fenêtres sont remarquablement hautes pour des fenêtres en plein cintre du XIIème siècle, le crépi contraste agréablement avec la pierre gris-jaune des contreforts et une frise de style saintongeais court juste sous le toit.

Le fond du chœur est tout à fait intéressant, c’est un mur plat avec un oculus, solution rare: d’une part, les oculi gothiques, devenus des rosaces, sont au bout du transept ou sur la façade, mais pas dans le chœur et d’autre part, il n’y a aucune trace d’abside en cul-de-four ou de chapelle axiale comme on s’y attendrait si c’est vraiment une ancienne abbatiale.

 

Saint-Christophe du Jambet

Saint-Christophe du Jambet

Après une courte halte finalement très intéressante, il était temps de se diriger vers le nord et la haute vallée de la Sarthe. J’ai eu droit à deux belles côtes de chaque côté du petit village de Saint-Christophe-du-Jambet. Le panorama était franchement brumeux mais l’église mérite un petit arrêt. Les gens de la région la connaissent comme étant le siège d’un pèlerinage avec bénédiction des attelages et des voitures. Saint Christophe est en effet le saint patron des voyageurs.

 

Portail à Saint-Christophe-du-Jambet

Portail à Saint-Christophe-du-Jambet

Comme mon vélo est sous sa protection du fait d’une médaille héritée d’une grand-tante, je suis entré pour une petite prière et j’ai ainsi admiré une belle statue du saint. Il m’a semblé particulièrement massif, surtout avec le tout petit Jésus perché sur son épaule. Curieusement, le saint s’appuie sur un tronc de palmier et non sur le bâton usuel. L’église est gothique mais le portail m’a semblé très archaïque, un exemple rare pendant ce voyage du premier art roman normand avec ses chevrons caractéristiques.

 

Reste des murailles de Fresnay-sur-Sarthe

Reste des murailles de Fresnay-sur-Sarthe

Puisque j’étais bien monté jusqu’au village, j’ai bien profité de la descente ensuite dans la vallée de la Sarthe même si les reliefs sont assez limités. Le principal bourg sur la haute Sarthe est Fresnay, petit bourg qui fut une forteresse importante de la frontière carolingienne contre les Vikings et les Bretons. Il ne reste du château que le portail d’entrée, mais il est évocateur et me plaît plus que les tours de Sillé. Il paraît que ce châtelet est très intéressant pour les réalisateurs de films ayant besoin de coulisses médiévales car il y a une grande place devant où l’on peut déployer le matériel.

 

Portail à Fresnay-sur-Sarthe

Portail à Fresnay-sur-Sarthe

Au contraire de Sillé, Fresnay possède aussi quelques maisons anciennes en pierres ou à pans de bois, probablement parce que ce fut un des principaux bourgs d’une baronnie importante qui s’étendait jusqu’à Sainte-Suzanne.

Je n’ai pas pu visiter l’église, mais les portes datent de 1549 et portent de superbes sculptures Renaissance; celle de gauche sur la photo est un peu surprenante avec un roi biblique qui semble sortir d’une corolle de fleur comme dans un conte de fée romantique.

 

Détail du portail

Détail du portail

Du côté droit, on admirera la tenue irréalistement pudique de Saint Christophe car je me demande bien comment il fait pour retenir son volumineux pagne tout en laissant le bord traîner dans l’eau alors qu’il est supposé traverser un gué dangereux ! Son bâton ressemble à une pelle, mais il y a en fait une petite figure sur un rocher et c’est donc trompeur.. Pour la pudeur, les deux larrons de chaque côté du Christ en croix, eux, sont vraiment nus.

J’ai lu plus tard qu’il y eut des combats entre Prussiens et Français en 1871 près de Fresnay, ce qui m’a surpris car je me souviens toujours plus de Sedan que du siège de Paris. En fait, j’avais déjà été confronté à ces souvenirs de guerre dans la Beauce où je ne m’y attendais pas non plus.

De Fresnay, il me restait 10 km jusqu’à l’entrée des Alpes Mancelles, ce qui fait que j’ai pensé bien faire en faisant encore ce trajet avant mon pique-nique. Malheureusement, c’est une route en montagnes russes fatigante et sans ombre que j’ai trouvée assez pénible, d’autant plus que les lignes droites donnent des tentations aux conducteurs.

 

Ancien prieuré pour pèlerins à Sougé-le-Ganelon

Ancien prieuré pour pèlerins à Sougé-le-Ganelon

La route permet de couper un long méandre de la Sarthe que l’on ne peut pas longer de près de toute façon; on traverse le village de Sougé-le-Ganelon où j’ai vu un beau manoir. C’était en fait un prieuré, ce qui explique les coquilles de Saint-Jacques au-dessus des fenêtres hautes, indiquant aux pèlerins de Compostelle qu’ils étaient les bienvenus ici.

 

La Sarthe à Saint-Léonard-des-Bois

La Sarthe à Saint-Léonard-des-Bois

La route descend ensuite agréablement vers la Sarthe que l’on rejoint juste avant Saint-Léonard-des-Bois à la sortie d’une vraie gorge. Elle coule ici en torrent sur les pierres alors qu’elle devient juste après le petit fleuve particulièrement placide que l’on traverse au Mans. Le paysage m’a rappelé les Ardennes belges. Je me suis arrêté juste avant le village; les quelques bancs étaient tous occupés par des excursionnistes mais je me suis assis sans problèmes dans l’herbe au bord de la rivière. Il faisait chaud et même lourd, ce qui fait que l’ombre et le glouglou de l’eau étaient bien agréables.

 

Mise au tombeau à Saint-Léonard

Mise au tombeau à Saint-Léonard

Après une heure de relaxation, je suis allé voir la petite église du village où j’ai trouvé une très belle mise Dormition de la Vierge de 1626. Elle était difficile à photographier parce qu’elle est derrière une vitre pour la protéger des voleurs. J’ai admiré les couleurs étonnamment fraîches, mais Internet dit qu’elles ont été rénovées en 1995 et que l’on ne connaît pas les couleurs d’origine.

 

Chapiteau peint à Saint-Léonard

Chapiteau peint à Saint-Léonard

Il y a aussi d’autres traces de polychromie dans l’église sur les chapiteaux et les voûtes, mais je me suis demandé si c’est un embellissement du XIXème siècle vu que les couleurs sont vraiment très fortes. Les motifs de personnages dans des rinceaux avec des « hommes verts » aux coins peuvent tout à fait être d’origine: les « hommes verts » étaient courants dans l’art roman où ils symbolisaient les forces de la nature primordiale que l’on pouvait dompter grâce à la foi.

 

La Sarthe dans les Alpes Mancelles

La Sarthe dans les Alpes Mancelles

En dehors de l’église, Saint-Léonard est un tout petit village composé essentiellement de maisons secondaires et de restaurants / magasins de souvenirs / galeries d’art. Je suis donc parti sans grand regret. J’avais hésité à prendre la route directe, mais la carte montre une forte côte et j’ai donc pensé qu’il valait mieux prendre une petite route qui semblait sur la carte longer la Sarthe sans pente raide. La carte était tout à fait trompeuse, il y a d’abord une grande côte modérée puis une grande descente puis une immense côte raide… J’aurais dû m’en douter vu que la carte mentionne un panorama.

 

Eglise de Saint-Céneri

Eglise de Saint-Céneri

A la fin de la deuxième descente, j’étais parvenu à franchir 5 km à vol d’oiseau et à atteindre un « plus beau village de France », Saint-Céneri-le-Gerei. Fatigué et irrité par les côtes et par le temps perdu, je dois avouer que je ne me suis pas attardé très longtemps. J’ai juste pris le temps d’admirer la vue pittoresque depuis le pont sur la rivière avec les rochers et la petite église en haut.

 

La Sarthe à Saint-Céneri

La Sarthe à Saint-Céneri

J’ai assurément eu tort de ne pas aller jusqu’à l’église car elle date de 1089 et contient une abside en cul-de-four ornée de fresques gothiques dans le style de celles de la vallée du Loir. Si j’avais pris la route directe, j’aurais pu les voir sans craindre pour mon horaire et en me fatigant moins. A défaut, j’ai noté que le pont sur la Sarthe est certainement très ancien, peut-être gothique.

Une autre curiosité qui attire les touristes est un restaurant comportant une salle dans laquelle des peintres venant en villégiature ont peint au XIXème siècle leurs portraits. On appelle cette pièce la « salle des décapités » puisque les peintres n’ont peint que les têtes. Autant je regrette pour l’église (même si je ne sais pas si elle aurait été ouverte), autant je peux me consoler d’avoir raté les décapités.

Après Saint-Céneri, il suffit de remonter encore 10 km la Sarthe pour atteindre Alençon, mais les falaises obligent à monter une côte extrêmement raide. J’ai probablement abîmé quelque chose en forçant au début de la côte parce que la chaîne ne voulait plus tenir sur un des pignons. Ceci ne m’empêchait pas d’utiliser les autres pignons, mais c’est avec ce genre de fausses manœuvres que j’avais cassé une chaîne en Bourgogne et je ne voulais pas recommencer l’expérience. Je savais aussi que c’était un signe qu’il faudrait remplacer ou au moins régler le câble du dérailleur, mais ceci pouvait attendre un ou deux jours. J’ai donc poussé le vélo dans la côte, ce qui n’était pas honteux vu la chaleur et la faible distance.

Arrivé en haut, j’ai constaté que le vélo roulait très bien sur les autres pignons et j’ai atteint Alençon sans problèmes par une route rapide et confortable qui domine la Sarthe et d’où l’on voit de l’autre côté de la vallée les hautes collines de la forêt d’Ecouves. C’est là que se trouve le point culminant de l’Ouest de la France avec 417 m.

Alençon est une ville à la fois assez grande et animée et en même temps un peu endormie et provinciale: la ville s’étale dans la vallée avec beaucoup de circulation (la route Paris – Mont Saint- Michel utilise une déviation, mais il faut traverser le centre quand on vient du Mans). Dans la vieille ville, les magasins ne sont pas tellement nombreux et laissent penser que la ville ne draine pas un bassin très étendu. C’est probablement aggravé par l’autoroute Caen – Le Mans ou par une politique malheureuse en termes de centres commerciaux en banlieue, mais ce sont de simples hypothèses. En tous cas, la ville n’ayant que 26.000 habitants, le potentiel est limité.

 

Musée à Alençon

Musée à Alençon

D’après Wikipedia, la ville a beaucoup souffert de la décision du gouvernement en 1848 de faire passer le train de Bretagne par Le Mans (le maire du Mans était devenu ministre des finances…) plutôt que par Alençon, d’autant plus que même le train de Granville passe par Argentan plutôt que par Alençon. Les industriels ont donc évité cette région mal desservie. La ville connut quelques bonnes années autour de 1971 grâce à Moulinex, mais le poids du Mans est devenu écrasant avec le TGV et l’autoroute et Moulinex a fermé en 2002.

 

 Vieille maison à Alençon

Vieille maison à Alençon

En plus la ville n’a qu’un intérêt touristique limité car c’était une ville farouchement protestante qui fut presque entièrement désertée quand Louis XIV révoqua l’édit de Nantes. Je n’ai pas vu les modestes restes du château qui est maintenant une ancienne prison laissée à l’abandon. Par contre, j’ai remarqué quelques belles maisons à pans de bois et hôtels particuliers dans les rues pavées.

 

Portail à Alençon

Portail à Alençon

Le centre ville est dominé par une basilique en partie refaite au XVIIIème siècle – je ne suis pas allé voir dedans par manque de temps – avec un magnifique portail en gothique flamboyant de 1520 environ. Il est intéressant car la partie la plus ornée forme presque un genre de baldaquin séparé du corps de l’église et dont on voit donc immédiatement la fonction purement décorative. La basilique attire des pèlerinages car c’est là qu’a été baptisée la future Sainte Thérèse de Lisieux. Ce n’est pas une cathédrale, laquelle a toujours été 20 km plus loin à Sées.

Comme je n’avais pas perdu beaucoup de temps à Alençon, qui est le genre de ville que l’on peut visiter soit en une heure soit en deux jours, mais avec rien entre les deux, je me suis offert un trajet légèrement plus long par la forêt d’Ecouves. J’avais hésité vu qu’il faut monter jusqu’à près de 400 m d’altitude, hésitation pusillanime si je pense au col de Turini l’année précédente…

J’ai eu pas mal de peine à m’orienter dans Alençon pour trouver la bonne sortie, c’est un problème que j’ai eu assez souvent cette année. Les indications sur les pancartes sont toutes faites pour conduire les voitures vers l’accès le plus proche de la déviation tandis que les routes reliant les villages voisins, qui n’intéressent que les gens de la région, leur sont tellement connues qu’ils n’ont pas besoin de pancartes. On peut essayer de deviner sur la carte Michelin, mais au risque de se trouver devant un sens interdit ou une déviation difficile à traverser de temps en temps.

 

En forêt d'Ecouves

En forêt d’Ecouves

La route qui monte dans la forêt est un peu trop large et donc en plein soleil, mais il faisait nettement plus couvert entre-temps et la montée est en pente assez douce presque tout le temps. Beaucoup plus facile que les pentes sur lesquelles je m’entraîne avant les vacances au Luxembourg. J’ai eu presque 15 km de montée et ceci permet de franchir le dénivelé sans effort excessif. Vers le haut, on commence à avoir quelques rares aperçus sur le moutonnement des collines couvertes de forêt jusqu’à l’horizon, c’est vraiment une grande forêt. Elle recouvre en fait les sommets difficiles à cultiver car le sol en granit est une continuation du Massif Armoricain.

 

Croix de Médavy

Croix de Médavy

La crête est marquée par un gigantesque carrefour orné d’un char et de plusieurs panneaux explicatifs. Il y eut en effet un combat important à cet endroit en 1944 quand les chars du général Leclerc venant d’Alençon tombèrent sur des chars allemands embusqués qui cherchaient à protéger leurs lignes d’évacuation après avoir perdu la bataille d’Avranches.

Je ne suis pas monté au point culminant de la forêt, le signal d’Ecouves, parce qu’il est dans la forêt et n’offre donc pas de vue. Il est à 413 m et je suis monté à 391 m, donc je n’étais pas loin et je n’ai pas besoin d’avoir honte.

 

Plateau d'Argentan

Plateau d’Argentan

J’ai alors pris une route forestière pour sortir de la forêt en direction de Sées. La route était typique, parfaitement rectiligne sur plusieurs kilomètres, franchissant les ravins par des montagnes russes mais suivant si possible la crête. Comme je descendais du sommet, ce n’était pas fatigant et j’ai même roulé assez vite. Je me suis quand même arrêté juste avant de quitter la forêt car on avait une belle vue sur le rebord des collines et sur le bassin de l’Orne à leurs pieds.

J’ai eu quelques hésitations dans les petites routes non indiquées du bocage -il y en a toujours qui ne sont pas marquées sur la carte parce que ce sont simplement des impasses desservant des fermes, mais ce n’est pas toujours facile de deviner sur place quelle route continue ! Heureusement, la ferme que je cherchais se trouvait effectivement à l’endroit indiqué par les coordonnées GPS des Gîtes de France, c’était donc mieux qu’à Langon.

C’est une très grosse ferme et j’ai bien mis 10 minutes à trouver une personne susceptible de trouver la patronne. J’avais certes trouvé des personnes dans un atelier sur le côté de la cour, mais il s’agissait d’un couple de cavaliers revenant d’une promenade et admirant un boucher qui travaillait les boyaux du porc qu’il venait de tuer. Aucune de ces personnes ne relevait de la gestion de la ferme.

Pendant que je me promenais un peu dans la cour parce que la dame allait chercher les clefs de la chambre, j’ai eu une scène amusante. J’ai entendu une voix très décidée commander: « Vincent, va servir Madame Gasset ! » puis comme Vincent avait l’air de protester: « Vincent, je m’en fiche de ce que tu es en train de faire, tu laisses tout tomber et tu vas tout de suite servir Madame Gasset ! ».

Le Vincent en question m’a semblé avoir entre 25 et 30 ans, comme d’ailleurs Madame Gasset. Le Vincent en question est assez bien de sa personne (plus le soir que le lendemain matin toutefois, les habits y font beaucoup) et on avait envie de s’imaginer que sa mère trouvait qu’il serait temps qu’il se case et que Madame Gasset ferait une bonne bru. Fantaisies évidemment mais c’était amusant.

La dame m’avait prévenu lors de ma réservation qu’elle ne servait pas à dîner (c’est quasiment normal à moins de 200 km de Paris), mais elle pouvait proposer une assiette froide. Comparée à celle d’Andouillé deux jours avant, la qualité était nettement meilleure et correspondait au prix demandé. J’ai noté en particulier le jambon fumé (pas du jambon sec ni du jambon cuit).

Comme je passais chez la dame le jour où son mari fait le marché de produits régionaux d’Alençon qui se tient le soir, elle avait un peu de temps avant son arrivée et est venu papoter quelques minutes par intermittences, probablement entre deux instructions au cher Vincent. Elle a même proposé de me faire un petit plat de pâtes chaudes pour accompagner la charcuterie, ce qui était très gentil et utile pour un cycliste. Son meilleur produit était le dessert, un yaourt au miel absolument délicieux. Ils fabriquent sur la ferme de la charcuterie mais aussi des laitages. Par contre, ils ne font pas de fromage, ce qui m’aurait plus tenté que des yaourts intransportables dans leurs pots en verre.

Nous avons eu le temps de parler un peu du lycée agricole de Sées car je lui ai raconté mes activités au service des coopératives paysannes en Afrique, sujet toujours pratique quand on est chez des agriculteurs, et elle m’a expliqué que le lycée envoie chaque année plusieurs étudiants en stage au Bénin pour y apprendre la gestion des élevages. Comme nous avons un partenaire important qui s’occupe justement d’élevage au Bénin….

Si on n’insiste pas pour avoir un repas chaud, c’est une bonne adresse, la chambre étant confortable et calme. Toutefois, j’ai trouvé que la pression de la douche aurait pu être plus forte, même si je sais que c’est un problème fréquent dans les maisons anciennes.

 

 

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