Etape 9: Vexin normand

(9ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Lundi 9 juin

95 km

Dénivelé 881 m

Chaud et humide, quelques éclaircies et deux longs orages

Les Planches – Acquigny – Gaillon – Tosny – Les Andelys – Ecouis – Lisors – sources – D6 – La Bouvetière – Beauficel-en-Lyons – Bézancourt – Neuf-Marché – Saint-Germer-de-Fly – Orcimont – Gournay-en-Bray – D16 – Dampierre-en-Bray

Vexin normand

Départements 27, 60 et 76

Mon étape la plus rapide du voyage avec une moyenne de 15,6 km/h, ce qui s’explique par une longue section de plateau facile et sans grandes curiosités dans l’après-midi. J’étais déjà passé dans la région en 2002, mais nous n’avions pas été aux Andelys qui sont trop célèbres pour que je ne veuille pas y passer.

J’ai eu un petit déjeuner sympathique avec les propriétaires mais aussi la famille tchèque qui occupait la chambre familiale. Leur fille parlait bien français et leur fils bien anglais, ce qui fait que nous avons pu discuter de diverses attractions qu’ils pourraient avoir envie de visiter. Je crois qu’ils ont finalement décidé d’aller à Rouen et à Jumièges.

 

Restaurant à Acquigny

Restaurant à Acquigny

Puisque j’étais à Acquigny et que je n’avais pas pris de photos la veille en raison du mauvais temps puis de l’obscurité, j’ai pris soin cette fois de passer à nouveau devant la « chaumière », le restaurant de la veille. J’ai par contre ignoré l’église, ne sachant pas qu’elle abrite de très belles boiseries dorées baroques (mais elle était probablement fermée…).

 

Château d'Acquigny

Château d’Acquigny

Par contre, je suis allé voir le château construit en 1557 par la fille du comte de Laval qui avait épousé le seigneur de La Roche-Guyon, deux sites que j’avais vus pendant le voyage. Elle fit construire le château en forme de L symétrique, ce qui était considéré à l’époque comme une expression touchante du bonheur conjugal puisque le dessin unit le L de Monsieur au A de Madame. J’ai utilisé la même idée trois mois après pour suggérer à mon filleul un logo pour lui-même.

On ne voit le château que d’assez loin à travers les grilles. Il ne se visite pas, mais on peut visiter les dimanches après-midi en saison le parc paysager qui unit des fabriques sentimentales imitées d’Ermenonville à des spécimens botaniques remarquables. Il appartient toujours au descendant du juriste au Parlement de Rouen qui le fit aménager à la fin du XVIIIème siècle.

Comme je ne voulais pas reprendre la route suivie en 2002, j’ai quitté la vallée de l’Eure en direction du plateau de Gaillon (dont le nom géographique correct est « Madrie »), trouvant la côte assez longue et sérieuse même si elle est en partie en forêt. Je n’ai pas lu correctement la carte et je me suis retrouvé sur la N13 plutôt que sur la petite route parallèle, mais la nationale était très tranquille le matin du lundi de Pentecôte. Comme elle descend tout droit sur 3 km vers Gaillon, j’ai pu m’offrir une pointe de vitesse à plus de 50 km/h, ce que je fais rarement.

Château de Gaillon

Château de Gaillon

Gaillon est un bourg né autour d’un petit château frontalier du duc de Normandie, occupé par Philippe Auguste en 1191. Le roi y installa un chef de mercenaires qui construisit une forteresse pour protéger la frontière, mais le roi décida après 30 ans que le monsieur devenait trop encombrant, assiégea le château et mit le baron en prison en 1220. Le château Renaissance dont on voit encore les traces fut construit par un archevêque de Rouen en 1503 et fut beaucoup admiré à l’époque. Il fut vendu comme bien ecclésiastique à la Révolution et en partie démoli, en partie transformé en prison sous Napoléon.

 

Il en reste un très beau châtelet rénové par l’Etat dans lequel il y a un petit musée ouvert à la belle saison. La photo montre une grande niche au-dessus du portail d’entrée. Elle est imitée des palais italiens de l’époque (on y mettait une statue équestre du propriétaire, imitée de l’antique) et fut la première en France; elle inspira en particulier le château de Blois construit peu après.

 

Eglise de Gaillon

Eglise de Gaillon

Dans le centre de Gaillon, j’ai eu plaisir à voir aussi plusieurs belles maisons à pans de bois qui font penser que la ville n’a pas trop souffert de la Seconde Guerre Mondiale. La place principale est très pittoresque, un équivalent Île-de-France des places alsaciennes ou des bastides de Gascogne. La maison imposante de quatre niveaux avec de nombreuses têtes sculptées est un monument remarquable.

Maison sculptée à Gaillon

Maison sculptée à Gaillon

 

J’ai été un peu surpris de l’atmosphère générale de Gaillon. Vernon qui est nettement plus important est une ville commerçante et industrielle (industrie aéronautique et aérospatiale), tandis que Gaillon semble être un bourg rural. Ce lundi de Pentecôte, des messieurs désœuvrés traînaient entre les terrasses de café et il était difficile d’ignorer que presque tous ces messieurs étaient d’origine maghrébine. Je n’ai pas vu plus de HLM qu’ailleurs et je suppose que c’était un hasard.

 

Rond-point au jeune pêcheur à Aubevoye

Rond-point au jeune pêcheur à Aubevoye

Je savais que le lundi de Pentecôte est un des ces jours semi-fériés où l’on ne sait jamais quels commerces seraient ouverts. Je n’ai pas remarqué de boulangerie ouverte dans le centre mais j’ai finalement trouvé un supermarché dans la commune voisine, Aubevoye. Il y a un rond-point charmant devant le supermarché avec une représentation stylisée de jeune homme sur un pont admirant un cours d’eau avec des nénuphars. Le jeune homme est en pantacourt blanc et t-shirt violet à inscriptions et il est en train de préparer une canne à pêche. On voit très rarement une figure humaine sur les décorations de rond-point et celle-ci est particulièrement réaliste.

 

Plaine de Vernon-Gaillon

Plaine de Vernon-Gaillon

Après les courses, je suis parti vers Les Andelys par la petite route de Tosny sur la rive gauche plutôt que par la route principale de la rive droite parce que ceci me permettrait d’arriver aux Andelys par le pont au pied de la forteresse. Ce choix m’a valu une bonne côte et j’ai été obligé de m’arrêter en haut car il s’est mis à pleuvoir. Je ne me suis pas abrité sous un arbre car la pluie était modérée et parce que j’ai profité de la pause pour admirer le paysage avec des anciennes sablières remplies d’eau et une vue lointaine en direction de Vernon.

 

Falaises du méandre des Andelys

Falaises du méandre des Andelys

Je suis reparti quand la pluie s’est calmée, d’autant plus que la route passe dans un petit bois où j’étais abrité, mais il s’est remis à pleuvoir un peu quand je suis arrivé au village suivant et j’en ai profité pour faire une pause et manger un gâteau. Finalement, la pluie s’est calmée pour plusieurs heures. La photo que j’ai prise pour montrer les falaises de craie est cependant particulièrement sinistre…

 

Château Gaillard

Château Gaillard

Je suis arrivé aux Andelys par le bon côté car ma route entre en ville par un pont suspendu au pied de la forteresse. Le pont est très étroit et une pancarte interdit la traversée pour les piétons, mais je me demande si c’est réaliste vu qu’il n’y a pas de deuxième pont ni de bac. A cet endroit, la Seine est large d’environ 300 m.

La forteresse est évidemment l’attraction classique de la ville. Je ne suis pas allé voir de près parce qu’elle est en haut sur un rocher et qu’il faut faire un long détour si l’on veut y accéder par la route. Y monter à pied m’aurait pris trop de temps. On voit bien depuis le bord de la Seine (moins depuis la ville) que c’est une ruine très abîmée. Elle fut construite en seulement un an en 1196 par Richard Cœur de Lion, duc de Normandie, qui avait une peur justifiée de l’appétit du roi de France. C’était la première forteresse normande à avoir un donjon arrondi plutôt que carré, conçu pour mieux résister aux catapultes.

 

Château Gaillard depuis Les Andelys

Château Gaillard depuis Les Andelys

Dès la mort de Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste attaqua son successeur moins valeureux et prit la forteresse en 1204, les 1200 soldats qui la défendaient étant presque tous morts au combat qui avait duré 16 mois. La forteresse servit à nouveau pendant la guerre de Cent Ans (les Anglais prirent la forteresse après un siège de 16 mois…), puis Henri IV récupéra une partie des pierres pour le château de Gaillon. J’ai l’impression que les ruines valent plus par l’évocation historique et par le site que par leur intérêt architectural. On voit au moins autant à Peyrepertuse par exemple.

 

Eglise des Andelys Bas

Eglise des Andelys Bas

Au pied du château, les deux Andelys (le Grand et le Petit) ont chacun une église intéressante. Celle du Petit Andely est une grosse église gothique située près de la Seine et donc visitée par les nombreux touristes qui longent le fleuve en voiture ou en bateau de croisière. On y voit de volumineux autels baroques, un grand orgue et d’assez belles élévations en ogives.

 

Eglise des Andelys Haut

Eglise des Andelys Haut

La collégiale du Grand Andely est beaucoup plus importante, construite à l’origine en 1225 mais complétée à la Renaissance par des façades au goût du jour impressionnantes. On voit bien sur la photo le bas-côté et le portail du transept en gothique flamboyant; de par la hauteur assez réduite du bas-côté, elle me fait penser aux églises anglaises, mais les sculptures très fines des gâbles et de la rose ne sont pas du tout anglaises. L’architecture est sinon assez banale.

 

Vitrail flamboyant

Vitrail flamboyant

A l’intérieur, j’ai eu le plaisir de découvrir toute une série de vitraux Renaissance qui ont survécu aux bombardements de 1944 (seule la tour a disparu). J’en ai pris un en photo pour les rinceaux dorés élégants qui entourent les scènes historiées – sans être absolument certain que ce n’est pas une imitation XIXème siècle de bonne qualité.

 

 Vitraux Renaissance

Vitraux Renaissance

L’autre photo est de moins bonne qualité mais je suis sûr que c’est un vitrail du XVIème siècle où je trouvais les postures des saints, chacun sur son piédestal dans une niche à colonnes, très Renaissance. Je pense que la grande verrière au fond du chœur, qui vaut celles de la Sainte Chapelle par la hauteur, est une création d’après la Seconde Guerre Mondiale.

 

Buffet d'orgue aux Andelys

Buffet d’orgue aux Andelys

Il y a aussi un magnifique buffet d’orgue avec des anges musiciens et des panneaux allégoriques sculptés avec une grande finesse. Il date de 1573 comme une partie des vitraux.

Il était l’heure de pique-niquer, mais je n’avais pas envie de m’asseoir sur la place devant la collégiale qui est un jardin public à topiaires un peu nu et qui est en plus longé par la principale avenue de la ville. Je suis donc parti sur le plateau par une côte longue mais assez facile et j’ai continué jusqu’au prochain village important, Ecouis. Le village fut la résidence d’une personnalité très controversée, Enguerrand de Marigny, le principal ministre de Philippe le Bel. Il était détesté pour avoir dévalué la monnaie et augmenté les impôts et il fut condamné pour sorcellerie par son propre frère après la mort de son protecteur. Il faut dire que le frère craignait fort pour son juteux diocèse.

Le ministre fonda une grande collégiale en 1313 qui ne m’a pas paru spectaculaire de l’extérieur. Elle était malheureusement fermée, ce qui m’a empêché de voir les stalles, parmi les plus anciennes de France, la chaire du XIIème siècle ou les statues gothique tardif. A défaut, j’ai profité du grand mail qui s’étend devant l’église et d’un banc ombragé pour mon pique-nique. Une grande place vide (gazon entouré d’une rangée de tilleuls) fait toujours un peu bizarre dans un petit village, on aurait presque peur de s’asseoir au milieu dans l’herbe ! Malheureusement, une nationale assez fréquentée passe au coin de la place, mais j’ai ignoré le bruit parce que j’avais faim.

 

Eglise de Lisors

Eglise de Lisors

S’il avait été moins tard, il aurait été plus judicieux de continuer 10 km pour déjeuner car ceci m’aurait permis de descendre dans une petite vallée en bordure de la grande forêt de Lyons. Le village de Lisors a en effet un coin tout à fait charmant avec un étang bordé du château et de la chapelle en silex normands.

 

Idylle à Lisors

Idylle à Lisors

Deux familles y étaient venu passer un lundi de Pentecôte bucolique et cela aurait été un endroit parfait pour faire une pause. J’ai essayé d’entrer dans la chapelle qui abrite une statue de Sainte Vierge gothique mais elle était évidemment fermée. La première photo est ravissante avec les rosiers au bord de l’étang, mais la seconde est intéressante aussi avec une vue sur une partie du château.

 

Ruines de l'abbaye de Mortemer

Ruines de l’abbaye de Mortemer

Après Lisors, j’ai remonté la petite vallée verdoyante et tranquille sur quelques kilomètres pour passer devant les ruines de l’abbaye de Mortemer, fondée en 1135 mais vendue comme carrière à la Révolution. Il en reste quelques pans de murs que je pouvais voir par-dessus le mur d’enceinte, et un logis abbatial transformé en attraction touristique par la propriétaire (un musée des légendes et des fantômes).

Le site Wikipedia commente méchamment que le site est très connu de nos jours pour ses histoires de ruines hantées, jusqu’à figurer dans des émissions de télévision sur les phénomènes paranormaux (une journaliste fit même circuler des photos de fantôme qui étaient une interprétation commerciale d’un effet de projecteur habile), mais que personne n’avait jamais entendu parler de fantômes avant l’ouverture de l’attraction touristique en 1985. Il a plu un peu pendant un quart d’heure et je me suis réfugié sous des arbres d’où je pouvais voir les ruines, ce qui fait que je n’ai pas trop perdu mon temps. Et je n’ai pas vu de fantômes.

A partir de l’abbaye, j’ai pu traverser une partie de la forêt de Lyons, connue des spécialistes pour ses hêtres datant en grande partie des années 1850. Elle ressemble effectivement à certaines forêts luxembourgeoises. Je suis passé au niveau de sources mentionnées en gros sur ma carte comme curiosité, mais je dois avouer que je suis blasé à ce niveau et qu’il y a suffisamment de sources pittoresques dans l’Ösling et le Mullerthal.

Eglise de Beauficel-en-Lyons

Eglise de Beauficel-en-Lyons

Au bout de la route, ma carte montre un accès direct à Beauficel, mais il s’agit d’un chemin de terre inutilisable à vélo et j’ai donc été obligé de faire un petit détour par la route normale. La côte n’était pas trop dure et il ne pleuvait plus quand je suis sorti de la forêt sur le plateau céréalier en haut. J’ai rejoint à Beauficel une route empruntée dix ans avant. Evidemment, je ne me souvenais pas des détails de la route, mais nous avions pris quelques photos et j’ai retrouvé les monuments concernés.

 

Comme un nuage semblait vouloir éclater, j’ai cherché un abri à Beauficel, constatant finalement que le temps restait sec. J’y ai retrouvé la très belle église de 1570 remarquée en 2002; elle est construite en bandes alternées de briques et de silex, ce qui est une spécialité de la région. Je connais mieux les murs en damier, la méthode en bandes me fait penser aux constructions romaines.

 

Saint Jacques à Beauficel

Saint Jacques à Beauficel

L’église est précédée d’un porche imposant en bois avec une banquette en demi-cercle à l’intérieur et des statuettes naïves sous le toit à l’extérieur. Je n’avais pas remarqué le Saint Jacques et je me suis demandé si Beauficel était sur le chemin de Compostelle pour les pèlerins anglais débarquant à Boulogne.

 

Château de Fleury-la-Forêt

Château de Fleury-la-Forêt

Le village suivant, Fleury-la-Forêt, possède un grand château construit en 1643 et agrandi vers 1700 en gardant le style Louis XIII, les angles étant marqués par des corniches de briques. Le château est habité et les propriétaires essayent de le rentabiliser à la façon combinée des châtelains anglais (attraction touristique, ici un musée de poupées) et français (chambres d’hôtes de luxe). Il appartient à la même famille que l’abbaye de Mortemer, où l’on retrouve le même bon sens commercial.

Avec le copain, nous avions pique-niqué en 2002 sur le mail de Fleury, attirant l’attention discrète des résidents si nous en jugions par les mouvements suspects des petits rideaux des fenêtres autour de la place. Je ne me suis pas arrêté aussi longtemps cette fois mais j’ai pris une photo du mail parce les tilleuls taillés, les petits bancs et le gazon central sont vraiment typiques des mails normands – que l’on retrouve en Angleterre d’ailleurs sous forme des « greens » communaux.

 

Mail de village à Fleury

Mail de village à Fleury

Après Fleury, je savais que je n’aurais plus de curiosité remarquable sur le reste du plateau entre Andelle et Epte. J’espérais que ceci me permettrait de gagner un peu de temps et de faire l’important détour permettant de visiter Saint-Germer-de-Fly sur lequel le guide Michelin avait attiré mon attention. Effectivement, même si le plateau n’est pas du tout plat, il s’est avéré très roulant.

 

Eglise de Bézancourt

Eglise de Bézancourt

En particulier, la descente sur Bézancourt était rapide tandis que la montée était en pente très douce et me permettait de rouler à presque 20 km/h. J’ai retrouvé à Bézancourt l’église en briques et pierres et l’étang usuel dans la région, cette fois avec un if énorme.

A la fin, je suis descendu du plateau par une descente de presque 5 km que l’on n’attend vraiment pas en Normandie. Ceci représente un dénivelé de 100 m pourtant pas considérable. Je suis tombé sur un morceau de piste cyclable au fond de la vallée, mais elle ne m’aurait pas conduit là où je voulais et j’ai pris la route raide par endroits qui longe le pied du Vexin Français jusqu’à Saint-Germer. Au sommet d’une des ondulations, on a installé un parking avec un panneau explicatif qui m’a permis de comprendre pourquoi j’avais eu la si belle descente.

 

Vue du pays de Bray

Vue du pays de Bray

Ce n’est pas comme dans l’Est du Bassin Parisien où le paysage est formé d’une succession de plateaux en pente douce (plus bas vers le centre) et dominant le plateau suivant par un escarpement de côte (de Moselle, de Meuse ou de Champagne). L’escarpement résulte ici d’une érosion au sommet d’un anticlinal, formant comme une poche entourée du rebord plus haut de ce qui reste des couches d’origine.

Le mot technique est une « boutonnière » et je venais d’entrer dans celle du pays de Bray, phénomène géologique célèbre. Elle s’étend sur pas loin de 80 km, creusée dans le calcaire du pays de Caux et du Vexin. Au contraire des plateaux calcaires céréaliers, le fond érodé de la boutonnière est beaucoup plus humide et donc pays de prairies et de vergers.

 

Saint-Germer-de-Fly

Saint-Germer-de-Fly

Après ma découverte géologique, j’ai continué jusqu’au tout petit village de Saint-Germer dans lequel j’ai trouvé une église gigantesque tout à fait hors de proportion avec le village. C’était l’abbatiale d’un grand monastère fondé en 1036 et entièrement détruit en 1790 sauf l’église. Il s’agit en fait d’une église double; la partie romane a de superbes absidioles en cul-de-four et le chœur semble hors de proportion parce que la nef fut en grande partie détruite pendant la guerre de Cent Ans et jamais reconstruite.

On a simplement fermé la nef par un mur composite qui m’a étonné au départ. J’avais le temps de l’admirer parce que cette partie de l’église donne sur une cour-mail où je m’étais assis sur un banc pour manger un goûter. La cour est bordée de divers bâtiments qui servaient à l’abbaye comme la réserve à grains, mais ils ne sont pas spectaculaires.

Malheureusement, l’église romane est maintenant entièrement abandonnée, on ne peut pas y entrer en raison des chutes possibles de pierres et il n’y a plus de mobilier. C’est un cas intéressant de bâtiment certes grandiose mais dont on voit difficilement comment l’utiliser dans un si petit village.

 

Entrée de la Sainte Chapelle de Saint-Germer

Entrée de la Sainte Chapelle de Saint-Germer

On entre maintenant dans l’église par une portière qui donne sur le couloir de liaison entre le chœur roman et la chapelle ajoutée vers 1250. L’entrée dans la chapelle est pour le moins théâtrale avec un rideau rouge presque digne d’un opéra-comique au sommet d’un large escalier.

 

Sainte-Chapelle de Saint-Germer

Sainte-Chapelle de Saint-Germer

La chapelle est un des meilleurs exemples d’un type de construction qui fut apparemment très populaire à l’époque, mais que je n’avais vu qu’à Riom, une Sainte Chapelle. Elle imite celle de Paris, terminée en 1246, mais sans étage inférieur. C’est intéressant de voir que la prestigieuse chapelle presque privée de Saint Louis crée aussi vite autant d’imitations.

 

Détail des vitraux

Détail des vitraux

Comme l’original, la chapelle de Saint-Germer est tout en lignes verticales typiques du gothique rayonnant, sans chapiteaux pour couper l’élan des colonnes. Les vitraux sont datés des années 1280 par une inscription et sont d’autant plus agréables à admirer que l’on peut s’en approcher, qu’il n’y a que très peu de touristes et que certains sont à peine au-dessus de la tête (les vitraux, pas les touristes). Les scènes sont chacune dans un petit médaillon circulaire avec une variété surprenante de tons verts. Superbe et finalement peu connu.

A Saint-Germer-de-Fly, j’ai vu des pancartes concernant l’itinéraire cyclotouriste Paris-Londres dont je savais par un prospectus qu’il allait dans la bonne direction pour moi. Mais je ne voyais pas sur la carte comment il pourrait aller à Gournay-en-Bray sans prendre ou la nationale ou la voie ferrée. Comme la voie ferrée n’a pas encore été transformée en voie verte (c’est en projet mais le budget manque), j’ai constaté que les pancartes prévoient un grand détour par le sommet d’une haute colline alors que la nationale parvient à Gournay en la moitié des kilomètres. Elle est rectiligne et ennuyeuse, mais il n’y avait pas de poids lourds compte tenu du jour férié et la route est suffisamment large pour avoir un bas-côté goudronné.

Il y a une gare à Gournay devant laquelle passe la nationale, mais je ne voyais pas quels trains pourraient bien passer par là. Vérification faite, il y a deux trains chaque matin et chaque soir de semaine reliant Serqueux à Gisors…Mon hôtesse du soir m’a dit que l’on avait rénové la ligne à grands frais; comme c’est une ligne non électrifiée, je pense que son usage principal prévu est pour les trains de marchandises entre le port du Havre et les entrepôts de la région parisienne, cette ligne permettant d’éviter la vallée de la Seine et la ligne de grande ceinture de Sartrouville que l’on envisage de rouvrir au trafic voyageurs.

 

Eglise de Gournay-en-Bray

Eglise de Gournay-en-Bray

Après quelques hésitations, j’ai trouvé la rue qui se dirige vers le centre ville puis celle qui passe devant la collégiale. C’est une église romane imposante avec de belles arcades en berceau et des voûtes en croisée d’ogives. Il y a une grande verrière au fond du chœur dans une dominante de tons bleus qui donne de la couleur a défaut d’être ancienne. Les chapiteaux historiés sont extrêmement intéressants, pratiquement les seuls du voyage de cette année avec Château-Gontier.

 

Chapiteau roman à Gournay

Chapiteau roman à Gournay

Le style est assez naïf mais vivant, la première photo montre un bonhomme moustachu comme cela se faisait au début de l’époque romane (et dans un pays de Vikings…) et un deuxième dont on se demande s’il est aux toilettes ou a un tablier. L’autre photo montre des entrelacs un peu celtiques mêlés à des feuilles plus latines. Je n’avais jamais entendu parler de cette collégiale mais elle justifie vraiment un arrêt.

 

Chapiteau à entrelacs

Chapiteau à entrelacs

Après la visite, j’ai quitté Gournay sans autre regret car la ville a été en grande partie détruite en 1940. J’ai ensuite suivi par moments le fameux itinéraire cyclorouriste, mais il se donnait à nouveau la peine de monter sur toutes les collines raides si cela permettait d’éviter quelques mètres de route passante et je trouve que c’est excessif. De toute façon, je me suis vite retrouvé sur une toute petite route traversant le village au nom charmant de Cuy-Saint-Fiacre (nombreux lotissements récents).

Je suis arrivé sans difficultés à Dampierre-en-Bray où j’avais réservé mon hébergement, mais il n’y avait aucun signe de chambres d’hôtes sur la place de l’église et il n’y a vraiment pas beaucoup de maisons. Finalement, j’ai vu une petite pancarte mise à la main et j’ai pris une route de campagne en essayant de garder la direction à chacun des carrefours non indiqués. Tout ceci était nécessaire parce que l’adresse notée par le GPS des Gîtes de France sur Internet ne correspond pas aux réalités du terrain.

Finalement, au bout de 2 km, j’ai effectivement atteint une ferme qui pouvait légitimement s’appeler ‘les Peupliers ». C’est vraiment un ensemble de bâtiments traditionnel avec le logis, l’ancienne écurie et le poulailler en face, les hangars à gauche et le gîte saisonnier à droite qui a dû remplacer l’écurie ou la porcherie. La cour est en partie pavée à l’ancienne avec ce genre de gros pavés disjoints sur lesquels on doit marcher prudemment.

Quand je suis arrivé, je me suis d’abord dirigé vers la porte moderne avec le macaron des Gîtes de France, mais six types qui prenaient l’apéritif en rigolant à l’intérieur m’ont dit que la propriétaire est accessible par la porte suivante. La dame m’a installé dans une des chambres du gîte saisonnier. Il y a une autre chambre à l’étage, une salle de douche moderne et au rez-de-chaussée (accessible uniquement par un escalier extérieur en pierre glissante mais avec un superbe auvent) une grande salle commune plus apparemment une chambre ou une remise. Le décor de la salle commune est dans un style campagnard soigné avec une télévision haute-définition géante et un imposant buffet de famille. Par contraste, la chambre du haut est un genre de loft sous charpente dans des tons gris et mauve clair extrêmement chics.

Je savais que la dame ne sert pas de repas le soir, comme tout le monde à moins de 200 km de Paris, mais elle propose des assiettes froides pour les personnes comme moi qui circulent à vélo ou à pied. Son assiette froide était très correcte avec de la charcuterie, un délicieux Neuchâtel à point que j’ai mangé tout entier et une salade de fruit maison.

Elle m’a proposé une boisson et je lui ai demandé si elle aurait par hasard une bouteille de cidre, pensant que ce serait assez logique dans la région. Son mari m’a apporté plus tard après la traite (c’est une ferme laitière) une bouteille de cidre maison qui était beaucoup plus fort que le cidre du commerce. Bien meilleur aussi, avec un vrai goût de pommes, mais qui m’a peut-être tenu en éveil un peu plus longtemps que d’habitude le soir.

Les personnes que j’avais vu prendre l’apéritif sont parties dîner en ville, j’ai appris le lendemain par la dame que ce sont des ouvriers spécialisés employés par l’usine locale de Gervais pour des réparations ponctuelles. Les chambres d’hôtes rurales avec atmosphère un peu familiale vivent de ces clients très réguliers qui viennent en toute saison, tandis que les chambres d’hôtes qui se destinent avant tout aux touristes sont souvent luxueuses, chères et en rajoutent dans le décor simili-romantique avec baldaquin ou statues exotiques.

Comme la dame se plaignait que les Gîtes de France semblent trop fixés sur les chambres de luxe et leur clientèle spécifique, je lui ai dit que j’avais constaté la même chose et que je lui recommandais de se renseigner auprès de l’antenne régionale d’Accueil Paysan qui correspond mieux. Leur exploitation n’est pas bio et je ne sais donc pas si Accueil Paysan les accepterait, mais je sais que leur ferme avec 50 vaches, 100 brebis à viande, des canards, des oies, des poules etc, le tout avec une cour sécurisée à l’écart de la route, correspondrait à la clientèle familiale d’Accueil Paysan.

Je n’ai pas discuté avec les ouvriers, dont la dame m’a dit qu’ils sont tuyauteurs et qu’ils reviennent à chaque fois que Gervais change son système de production pour de nouveaux modèles de yaourts, ce qui a l’air assez fréquent et prend six mois à chaque fois. Bonne clientèle à raison des nuits du lundi au vendredi pendant la moitié d’une année ! Je suppose qu’elle leur fait un bon prix et ils ne prennent pas les repas, ce qui diminue le travail pour elle.

Un des six qui vient moins souvent était logé dans mon gîte et j’ai été surpris de le voir se promener sans pantalon (en t-shirt quand même) pour fumer sur le perron extérieur de l’escalier. La dame m’a dit qu’il avait certainement téléphoné à sa femme (tous « ses » ouvriers ont une famille, dont ils lui montrent occasionnellement des photos), mais j’ai faire rire son mari quand je lui ai raconté la scène.

Je pense que le type n’avait pas envie de rester en jean parce qu’il faisait très lourd le soir. Il y a eu plusieurs grosses averses pendant que je mangeais ou que je regardais un moment la télévision. Rien de vraiment intéressant, mais on est occupé un moment quand on passe en revue chacune des 30 chaînes ne serait-ce que deux minutes. J’ai fini par suivre un morceau d’une série brésilienne qui se passait pendant le carnaval parce que les acteurs portaient par moments des costumes fantastiques.

Le « jeune premier » était en soldat romain et ceci mettait beaucoup en valeur son pouvoir de séduction et ses habits déjà succincts étaient peints en doré, ce qui en rajoutait quand même un peu. Quand on sait que ces séries visent avant tout les ménagères entre 30 et 40 ans (la clientèle la plus attirante pour les spots publicitaires), on comprend mieux.

Après la séance « beau garçon va au Carnaval », j’ai admiré l’un des orages les plus violents que j’ai jamais vus. Au début, les vaches se regroupaient sous les arbres là où elles sentaient moins le coup de vent et les moutons traversaient dignement leur pré en direction d’un autre abri. Un peu plus tard, j’ai vu les vaches terrorisées courir dans tous les sens à travers leur prairie, ce qui est vraiment exceptionnel.

 

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