Etape 8: Mantois

(8ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Dimanche 8 juin

76 km plus 6 km dans Paris

Dénivelé 460 m

Très beau et chaud, petite pluie orageuse le soir

Train pour Mantes Station

– Vétheuil – La Roche-Guyon – Gonnecourt – Limetz – Vernon – Le Goulet – Villez – La Chapelle-Réanville – Chambray – La Croix-Saint-Leufroy – Cailly – La Borde – Acquigny (les Planches)

Mantois

Départements 78, 95 et 27

Si j’avais voulu reprendre le voyage à Verneuil-sur-Avre, il aurait fallu prendre le train tôt le matin et traverser le plateau un peu ennuyeux d’Evreux. J’ai préféré repartir de Paris puisqu’un voyage continu comme le serait un pèlerinage n’avait rien d’indispensable cette année.

J’ai hésité entre trois solutions:

– partir directement de Paris pour rejoindre mon hébergement près de Louviers est faisable en une journée, mais le trajet est peu culturel et il aurait fallu traverser la banlieue ouest que j’ai déjà visitée plusieurs fois.

– partir de Poissy me permettait de prendre un RER directement quoique pas avant 9 h 30. Mais la carte montre un trajet assez urbanisé voire industriel qui ne me tentait pas beaucoup

– je me suis alors souvenu qu’il existe un train de banlieue fréquent entre la Gare Saint Lazare et Mantes, solution qui me permettait en plus de visiter une partie de la vallée de la Seine que je ne connaissais pas.

Après le petit déjeuner, je me suis décidé à examiner le dérailleur et j’ai passé une heure à essayer de le régler. J’ai même eu envie de changer le câble par prudence, mais j’ai découvert que le système d’accrochage dans le changement de vitesse est trop compliqué pour moi.

Je me suis donc contenté de retendre le câble autant que je le pouvais sans pince adaptée et j’ai un peu remis en place le dérailleur. Je n’y croyais pas vraiment mais cela a suffi pour le reste du voyage, il n’y a que deux pignons sur huit que je ne pouvais pas utiliser. Je savais que c’était dû à l’usure et que c’est une pièce à faire changer par un professionnel. La chose m’a quand même pris une heure.

Comme je n’avais pas en plus insisté pour me lever à l’aube, je ne suis parti que vers 10 h 30. J’ai constaté que je pouvais avoir un train avec moins de dix minutes d’attente, ce dont je n’avais pas été certain un dimanche, et je n’ai pas eu de difficultés à prendre le billet, indépendamment du fait qu’il n’y a pas de portillons à Saint-Lazare. J’ai pris Mantes-la-Ville car la gare semble sur la carte un peu plus près de la collégiale qui est le principal monument de la ville.

Le train met une heure à faire les 55 km, la raison étant surtout qu’il s’arrête longtemps dans chaque gare. C’est un peu irritant un dimanche même si c’est indispensable aux heures de pointe. Le public dans le train était très différent du RER de Cergy, beaucoup de personnes modestes ou issues de l’immigration, ce qui se comprend quand on passe devant les HLM et les usines des Mureaux et de Flins. Je n’ai pas raté grand chose en prenant le train sur cette section.

Arrivé à Mantes-Station, je me suis retrouvé en bas d’une passerelle métallique fort raide. Heureusement, un jeune musclé m’a proposé de m’aider à porter le vélo, ce qui était très gentil et très inattendu. Est-ce que j’ai l’air entre-temps d’un monsieur âgé qui mérite de l’aide, ou est-ce que c’est un jeune homme serviable et bien élevé ?

J’aurais pu avoir le problème suivant au portillon de contrôle, mais il est heureusement débranché le dimanche. C’est aussi le cas à Londres, mais pas toujours à Paris; je me souviens avoir eu une fois des grosses difficultés parce que le sas pour poussettes et vélos ne voulait plus me laisser ressortir !

Une fois sorti, j’ai trouvé facilement la route de la collégiale, Mantes étant une ville importante mais facile à naviguer. La ville fut fondée par les rois de France autour d’un château-fort frontalier avec la Normandie après l’installation des Vikings de Rollon en 911. Guillaume le Conquérant détruisit la ville en 1087, mais ne put pas prendre le château et mourut d’une chute dans les rues de la ville – les mauvaises langues rapportent que le roi de France aurait répondu à un de ses ultimatums que le duc de Normandie était déjà si gros qu’il n’avait pas besoin de territoires supplémentaires.

 

Professions de foi à Mantes

Professions de foi à Mantes

Une grande partie de la ville a été détruite en 1944 mais la collégiale a survécu. Quand je suis arrivé, j’étais conscient qu’une visite ne serait peut-être pas possible le dimanche vers midi. Effectivement, c’était justement le moment de la sortie des jeunes ayant effectué leur profession de foi. J’ai trouvé que c’était un bon moment pour prendre les portails en photo pour une fois qu’une église est le centre de l’animation. On remarque facilement que toutes les statues ont été décapitées à la Révolution. Ceci mis à part, les portails rappellent Notre-Dame de Paris.

 

Tympan prégothique à Mantes

Tympan prégothique à Mantes

Le portail qui m’a le plus intéressé date de 1175 et est un peu archaïque pour son époque: figures très allongées et robes pleines de plis compliqués comme à Moissac, représentation gentiment malhabile des soldats en train de dormir, l’un les genoux repliés, l’autre les jambes croisées comme sur les gisants de l’époque.

 

Sculpure ajourée

Sculpure ajourée

Un petit détail a attiré mon attention au coin de la façade, une très curieuse représentation d’un pape tout nu mais avec sa tiare que des putti (des angelots ?) sont en train de délier d’une croix de Saint André. En avant de la sculpture, une rosace de pierre à claire-voie lui donne un cadre un peu comme un vitrail. Je ne me souviens pas avoir vu ce genre de technique dans une église gothique avant.

 

Chevet transition à Mantes

Chevet transition à Mantes

Je n’ai donc pas pu entrer à l’intérieur, surtout que je ne me voyais pas laisser le vélo avec les bagages au milieu d’une telle foule. Je suis allé voir à l’arrière de l’église pour l’architecture et le chœur vaut tout à fait le détour. Il serait dans la droite ligne de la cathédrale de Laon, la première cathédrale gothique, et ceci se voit à la combinaison très intéressante d’arcs-boutants encore assez petits et plats avec des contreforts sans gargouilles.

Au contraire des grands chœurs gothiques, il n’y a que deux étages de fenêtres assez basses avec entre les deux un étage d’oculi tout à fait roman. Au total, un exemple remarquable de transition entre deux styles et d’expérimentation de la part des architectes. La nef était extrêmement osée pour l’époque, seulement 2 m plus basse que celle de Notre-Dame de Paris, mais c’est compensé par la masse et la largeur.

 

Vue de Mantes-la-Jolie

Vue de Mantes-la-Jolie

J’ai eu une dernière très belle vue de la cathédrale depuis le pont sur la Seine. Vue de ce côté, elle trône vraiment presque au bord du fleuve comme elle le faisait probablement pour les voyageurs du Moyen Âge. Le toit en tuiles vernissées, que l’on attendrait plutôt en Bourgogne, a été refait en 2001 et je ne sais pas à quelle époque on a choisi cette décoration.

 

VIeux pont sur la Seine à Mantes

VIeux pont sur la Seine à Mantes

Du pont sur la Seine, on a aussi une vue inattendue sur un pont en ruines qui fait évidemment penser au pont d’Avignon. Celui de Mantes est presque aussi beau mais il lui manque de faire partie d’une chanson. Il date du XIIème siècle mais on a récupéré les pierres des arches manquantes pour un nouveau pont au XVIIIème siècle. Le vieux pont a quand même l’honneur d’avoir été peint par Corot dans un tableau célèbre.

La rive droite appartient à la ville de Limay qui est la contrepartie communiste de la ville bourgeoise de Mantes. Mantes a toutefois aussi des zones de HLM très problématiques depuis les années 1960 et des émeutes en 1991 ont même conduit à l’un des premiers programmes en France d’amélioration des cités. La délinquance resta un problème puisque le gouvernement a choisi Mantes pour un plan expérimental de lutte anti-délinquance en 2011.

Je n’ai pas eu le courage de traverser Limay jusqu’à l’église, ce qui est dommage car elle semble contenir des œuvres d’art intéressantes comme un gisant de 1384 et une pierre tombale juive de 1243 – une chose unique tant par son âge très vénérable que par le fait que l’église catholique n’a jamais accepté nulle part une tombe juive à l’intérieur d’une église.

De Mantes, je voulais longer la Seine sur la rive droite, plus tranquille. J’ai mal lu la carte et je me suis retrouvé à utiliser la route principale qui évite le village de Follainville. C’était stupide de ma part car elle est beaucoup plus passante et monte raide une colline tout à fait superflue pour retrouver la route d’origine dans la vallée à l’autre bout du village.

 

Falaises de la Seine depuis Saint-Martin-la-Garenne

Falaises de la Seine depuis Saint-Martin-la-Garenne

La côte suivante, tout aussi longue et assez fatigante avec la chaleur (le seul jour où j’en ai souffert un peu, bien que moins que dans le sud de la France), était utile car elle coupe un assez long méandre. On a en plus une vue étendue depuis le sommet. Elle ne rend pas beaucoup sur la photo, mais on domine d’un côté le bassin de Mantes et de l’autre le méandre de Bonnières avec sur la rive concave une série de petites falaises calcaires.

 

Vallée de la Seine

Vallée de la Seine

On retrouve ces falaises sur chaque méandre, mais uniquement sur la rive droite où elles forment l’extrémité du Vexin et du Pays de Caux. J’étais très content de les voir car je ne m’y attendais pas particulièrement alors que j’avais été frustré lors d’un voyage en Normandie des années auparavant de ne rien voir des falaises en raison d’une pluie abondante.

 

Trompe-l'œil à Vétheuil

Trompe-l’œil à Vétheuil

Par contre, j’ai eu pas mal de difficultés à trouver un endroit où elles seraient suffisamment photogéniques pour être photographiées. Pas sur le moment en tous cas. Sur ma photo prise à Vétheuil, on voit une vue romancée du même site, mais sous forme de fresque sur un mur. Très réussi. Il faut aussi remarquer le trompe-l’œil admirable entre le panneau « épicerie générale » et les vitrines bien réelles qui sont en-dessous.

 

Façade de l'église de Vétheuil

Façade de l’église de Vétheuil

Comme ma carte mentionne une église intéressante à Saint-Martin-la-Garenne, je m’y suis arrêté, mais elle vaut surtout par son clocher roman car le reste a été refait au XIXème siècle. La pause était toutefois la bienvenue après les côtes. De Saint-Martin, la route descend agréablement sur Vétheuil, un gros village qui doit sa renommée principalement à un séjour de Claude Monet – qui fut expulsé de sa location pour ne pas avoir payé le loyer.

 

Eglise de Vétheuil

Eglise de Vétheuil

On est tout de suite impressionné par l’église qui trône au sommet d’un grand escalier. Hormis le clocher roman, le reste date des années 1550 et c’est un exemble assez réussi de transition entre le gothique flamboyant (frise au pied du toit ou pointes des pignons) et la Renaissance (arcs surbaissés, motifs en losange). Le traitement de la façade n’est plus du tout gothique, il est scandé par des rangées de balustres horizontales et même le tympan est aplati et n’attire pas le regard vers le haut.

 

Portail de Vétheuil

Portail de Vétheuil

Les vantaux du portail sont superbes avec des scènes d’un dessin un peu naïf mais plein de vie. A droite, on voit Caïn tuant Abel et le péché originel (Adam est bizarrement contorsionné sur son tabouret, comme embarrassé de la beauté d’Eve ?). A gauche, on voit le sacrifice d’Isaac et (probablement) le buisson ardent.

Je n’ai pas pu entrer dans l’église car elle n’ouvre que trois heures par semaine. Un groupe de randonneurs était bien content d’être arrivé à l’église pour sa pause et je leur ai indiqué grâce à une affichette qu’il leur faudrait une bonne heure de pause s’ils voulaient aussi visiter l’église. En tous cas, je suis reparti.

 

Falaises à Haute-Isle

Falaises à Haute-Isle

La route passe un peu plus loin au pied des falaises blanches que j’avais vues de loin, mais je ne sais pas si l’on peut dire que la photo est réussie. Elle est tout au plus explicite. Je roulais derrière une voiture anglaise qui s’est arrêtée brusquement au niveau du mur de soutènement d’un cimetière. Curieux de voir ce qui les attirait, j’ai constaté qu’il y a à Haute-Isle une petite église troglodyte creusée en 1670.

 

Eglise troglodyte de Haute-Isle

Eglise troglodyte de Haute-Isle

Comme presque toujours, on ne peut pas entrer à l’intérieur mais on voit bien à travers les grilles. Depuis le cimetière, le clocher est particulièrement amusant, sortant d’une pente herbue de façon un peu saugrenue. Presque tout le village était troglodyte, habité par des vignerons qui avaient besoin des caves. Il paraît que l’église dut être fermée en 1999 de peur d’éboulements et qu’on a renoncé à la consolider car il aurait fallu trop modifier le site. Apparemment, elle est à nouveau utilisée sans travaux de consolidation…

En suivant le méandre, on arrive vite au principal bourg, La Roche-Guyon, qui était autrefois une place forte marquant la frontière avec la Normandie (correspondant à l’Epte). J’y suis passé un peu par hasard du fait que j’avais décidé de commencer la journée à Mantes plutôt qu’à Poissy, mais le village est un « plus beau village de France », le seul d’Île-de-France. On imagine aisément qu’il est pris d’assaut par les excursionnistes un dimanche de Pentecôte par très beau temps…

 

Donjon de La Roche-Guyon

Donjon de La Roche-Guyon

Curieusement, La Roche-Guyon tire son nom de la même origine que Laval (autrefois Laval-Guyon), le château appartenant à un chevalier nommé Guy; il était tellement important pour le roi de France que Philippe Auguste lui accorda en 1185 le droit de péage sur la Seine. A l’origine, il y avait un donjon au sommet de la crête entre Seine et Epte, combiné à quelques salles troglodytes au pied des falaises.

 

Entrée du château de La Roche-Guyon

Entrée du château de La Roche-Guyon

Ceci fut remplacé progressivement par le magnifique palais que l’on contemple aujourd’hui, construit vers 1740 par le duc de la Rochefoucauld. Le tout Paris littéraire et philosophique s’y rendait. Un descendant de la famille vendit tout l’intérieur aux enchères après la Seconde Guerre Mondiale et abandonna le bâtiment au vandalisme jusqu’à ce que le Conseil Général le prenne à bail en 1994. C’est maintenant un genre de musée dont l’escalier troglodyte d’accès à l’ancien donjon est probablement le reste le plus intéressant.

 

Vue d'ensemble à La Roche-Guyon

Vue d’ensemble à La Roche-Guyon

Au pied du château, de l’autre côté des anciennes douves, un très haut mur cache un « potager » qui a été reconstitué en 2004. Les nobles les plus éclairés souhaitaient au XVIIIème siècle combiner l’agrément d’un jardin géométrique de promenade avec des expériences agricoles utiles, imitant le mouvement physiocrate qui avait énormément enrichi les nobles en Angleterre. On n’est plus guère sensible de nos jours aux allées sablonnées strictes entre des espaliers espacés et le potager sert maintenant de chantier d’expérimentation en agriculture biologique occupant une poignée de chômeurs. On peut visiter même si je ne l’ai pas fait avec le vélo.

 

Château de La Roche-Guyon

Château de La Roche-Guyon

Je cherchais un banc à l’ombre pour un déjeuner tardif et j’ai eu la très bonne surprise d’en trouver un libre malgré l’affluence face à l’entrée du château. Je me suis donc distrait à regarder l’habillement et le comportement des touristes: enfants mécontents d’avoir à grimper une côte, jeunes couples cherchant comment donner un biberon à Bébé sans l’exposer au soleil, groupes se comptant six fois pour être sûr de ne pas avoir oublié Mariette ou Ernest aux toilettes, touristes en sandalettes dorées à talons sur les pavés, couples homosexuels venant du Marais en chemisette vert pomme ajustée avec Médor, messieurs d’âge mûr jonglant entre le guide Michelin et le gros appareil photo, membres du RIF du groupe A5 retrouvant à grand renfort de plaisanteries celles du groupe B8…

 

Mairie et halle de La Roche-Guyon

Mairie et halle de La Roche-Guyon

Après mon déjeuner – spectacle théâtral, je suis descendu sur la place principale où se tenait un marché de produits régionaux. Le marché ne présentait aucun intérêt (mêmes produits que dans les épiceries fines du Marais au même prix), mais le bâtiment de la mairie est intéressant: construit en 1847, il a ceci d’étonnant que tout le rez-de-chaussée est une halle de marché avec de magnifiques piliers en pierre de taille avec arcades néoclassiques impeccables tandis que les salles de la mairie sont à l’étage. J’ai déjà vu le même concept ici et là, par exemple à Revel ou au Bugue, mais rarement avec d’aussi beaux piliers.

 

La Seine au méandre de Bonnières

La Seine au méandre de Bonnières

Après un long arrêt à La Roche-Guyon, j’ai hésité à longer le bord de Seine en faisant le tour du méandre de Bonnières, mais j’ai estimé que je pouvais prendre le risque de couper le méandre pour gagner quelques kilomètres. Il faut reconnaître que la côte est franchement raide (curieusement, sans que mon dérailleur ne proteste, ce qui était très rassurant sur mes réglages du matin), mais on a une belle vue en haut.

De l’autre côté de la crête, je suis descendu par des petits villages à lotissements jusqu’au dernier pont de l’Epte qui m’a permis d’arriver directement dans le centre de Giverny sans prendre la nationale pleine d’autocars et de touristes. Chacun sait que Giverny est l’un des tous premiers sites touristiques de France et la taille des parkings est aussi impressionnante que le nombre de gargotes.

Je n’avais pas l’intention de visiter la maison ni le jardin de Claude Monet, ceci prenant trop de temps. Quand j’ai vu la queue d’environ 200 personnes devant le petit guichet à l’entrée du jardin, je me suis dit que j’aurais été découragé de toute façon. La maison accueille pas moins de 1.500 personnes par jour toute l’année, ce qui est considérable, en particulier des Japonais qui suivent l’exemple de l’empereur qui y vint en 2007.

 Jardin Monet à Giverny

Jardin Monet à Giverny

La maison est d’origine mais avait été très peu entretenue. Quant au jardin, il avait complètement disparu et c’est une reconstitution financée par des mécènes américains qui ont d’ailleurs ouvert à proximité un musée de tableaux impressionnistes puisque la maison en contient très peu (le legs de Monet est au Musée Marmottan). A ma stupéfaction la plus intense, une partie du jardin donne sur la route par des charmilles assez ténues et non par un mur.

Jardin de Claude Monet

Jardin de Claude Monet

J’ai donc pu voir facilement la partie en question avec rosiers, lupins et aulx (et on admirera ma capacité à prendre une photo sans personne dessus dans un tel endroit un dimanche de Pentecôte !). La seule partie que l’on ne voit pas de la route est l’étang aux nymphéas. En fait, j’ai lu après qu’il se trouve de l’autre côté de la route où je n’ai pas pensé à vérifier.

 

Chambres d'hôtes de luxe à Giverny

Chambres d’hôtes de luxe à Giverny

Compte tenu des nombreux touristes, une industrie d’hébergement et de restauration importante occupe tout Giverny. J’ai pris une photo à titre d’illustration avec un genre de construction volumineuse qui abrite des chambres d’hôtes dans le style « Normandie romantique pour Américains ». Je pense que le bâtiment d’origine était un moulin qui a grandi depuis.

Giverny se trouve dans le département de l’Eure qui a fait un effort louable pour transformer d’anciennes lignes de chemin de fer en voies vertes – et elles sont goudronnées et donc utilisables avec des poussettes et des vélos de route au contraire des voies vertes en sable de Mayenne. En l’occurrence, un petit morceau de voie ferrée a été transformé ainsi pour fournir un trajet protégé entre Giverny et l’entrée de Vernon, ce qui m’a permis d’éviter le trafic des autocars sur la route normale.

 

La Seine à Vernon

La Seine à Vernon

Dans mon esprit, Vernon n’était guère plus qu’une sortie d’autoroute et je savais simplement qu’il y a un beau château en banlieue que j’ai visité il y a des années. J’ai donc été très agréablement surpris par une petite ville animée avec toute une série de beaux bâtiments anciens qui ont survécu aux bombardements de 1940 et 1944.

 

Office de tourisme de Vernon

Office de tourisme de Vernon

J’ai remarqué évidemment les maisons à pans de bois qui datent pour la plupart des années 1600; celle qui abrite l’office du tourisme et qui s’appelle joliment la « maison du temps jadis » est exceptionnellement ancienne et date de 1450, ce que je ne peux pas vraiment reconnaître en tant que spectateur ignare.

 

Vieille maison à Vernon

Vieille maison à Vernon

Une autre maison qui lui ressemble, située près du château, est ornée d’une jolie statue en bois – probablement refaite car je pense qu’elle aurait souffert sinon des gaz d’échappement.

 

Donjon de Vernon

Donjon de Vernon

Le château était le poste-frontière normand qui faisait face à Mantes. Il n’en reste qu’une grosse tour ronde construite par Philippe Auguste après la conquête de la Normandie pour remplacer le donjon rectangulaire précédent, trop normand à son goût (et plus exposé aux boulets de canons à cause des angles aigus). La tour est entourée de bâtiments bas à pans de bois qui améliorent nettement le panorama.

 

Eglise de Vernon avec statues sur les piliers

Eglise de Vernon avec statues sur les piliers

Le grand monument de Vernon en dehors du château de Bizy est la collégiale en grande partie gothique. La façade que je n’ai pas prise en photo a une très belle rosace en gothique flamboyant mais les vitraux ont malheureusement été soufflés par les bombardements.

 

Piliers du chœur à Vernon

Piliers du chœur à Vernon

Le chœur roman est assez particulier, avec de gros piliers cylindriques et des arcades en plein cintre reposant sur des chapiteaux à sommet plat. Le plus bizarre est un gros pilier portant la voûte du chœur rajouté au milieu d’une arcade de façon très désordonnée.

 

Retable flamand dans l'église de Vernon

Retable flamand dans l’église de Vernon

L’eglise abrite aussi un très beau retable flamand qui a dû être installé récemment dans sa chapelle car Wikipedia qui consacre un article extrêmement détaillé à cette église ne le mentionne pas.

Après avoir bien profité de Vernon qui était une surprise, je me suis demandé comment accéder de la meilleure façon à la vallée de l’Eure. Je ne voulais pas prendre la nationale de Pacy à cause de la circulation dans la côte de Bizy et j’ai donc préféré longer un peu la Seine jusqu’à une route indiquée comme pittoresque sur la carte. Par paresse, je suis resté sur la N13 jusqu’au carrefour avec cette petite route, ce que j’aurais pu éviter en traversant la banlieue malheureusement assez mal indiquée. Ce n’était pas trop grave un dimanche (pas de poids lourds) mais c’est une ligne droite de 6 km un peu monotone.

 

Vallée de Bailleul près de Vernon

Vallée de Bailleul près de Vernon

J’ai trouvé facilement la petite route vers La Chapelle et elle monte doucement dans un vallon verdoyant encaissé et même boisé par endroits qui me changeait de la vallée de la Seine. Par contre, je me suis retrouvé à un carrefour non indiqué un peu plus loin. La route de gauche, indiquée comme plate sur la carte, commençait par une grande côte, et j’ai donc pris la route de droite qui commençait en fait également par une grande côte à travers un village. Ayant pensé trop tard à changer de vitesse, je me suis retrouvé à pousser le vélo sur la fin de la côte.

J’ai traversé ensuite un petit morceau du plateau parcouru par l’autoroute puis j’ai décidé de m’arrêter pour prendre un goûter. Faute de mieux, j’ai choisi un arrêt de bus à Sainte-Colombe: il me fallait un abri car il s’était mis à pleuvoter momentanément et le ciel était menaçant. J’ai bien profité après la pause d’une très belle descente vers Chambray dont je ne me souvenais pas – nous prenions la route de Gaillon qui est la parallèle.

 

Vallée de l'Eure à Autheuil

Vallée de l’Eure à Autheuil

J’ai vite constaté que je me souvenais très peu des détails de la vallée de l’Eure malgré les fréquents passages dans mon enfance. En passant à Autheuil, je n’ai pas reconnu l’endroit où je m’étais ouvert le genou en faisant du vélo à 7 ans, accident qui m’avait efficacement dégoûté de ce sport jusqu’à ce que je m’y remette à 27 ans avec le succès que l’on sait.

Il était temps que je me dirige vers mon hébergement du soir, réservé à Acquigny où j’avais trouvé le plus abordable de la région. Le trajet par La Croix et Cailly ne m’a rappelé que des petites vignettes, particulièrement la falaise calcaire près de Heudreville.

 

Place de La Croix-Saint-Leufroy

Place de La Croix-Saint-Leufroy

Par contre, je ne me souvenais pas de La Croix et je n’ai d’ailleurs pas pu visiter l’église vu l’heure. En fait, c’était une abbatiale et Internet semble dire que le bâtiment le plus intéressant est le château de l’abbé, que ne l’on voit pas derrière ses hauts murs. Une photo se justifiait quand même pour les beaux communs en briques et pierres dorées.

 

Moulin à Cailly-sur-Eure

Moulin à Cailly-sur-Eure

Quant à Cailly, c’était surtout dans mon souvenir un pont sur l’Eure avec des grands saules et un moulin, mais je ne suis pas sûr que c’est celui que j’ai finalement pris en photo.

 

Cressonnière à Heudreville

Cressonnière à Heudreville

Un peu en aval, je suis passé à Heudreville devant une superbe cressonnière qui vaut bien celle dont on fait un tel plat dans le sud de l’Essonne.

Il y a beaucoup de chambres d’hôtes dans la vallée de l’Eure, probablement parce que beaucoup de gens s’y installent à la retraite dans leur ancienne maison secondaire et cherchent soit une occupation, soit un revenu complémentaire. Mais aucune ne fait table d’hôtes aussi près de Paris et la plupart des chambres sont un peu chichi et assez chères. Quand nous étions passés dans la région avec un copain en 2002, nous avions eu de la chance avec une table d’hôtes chez une dame un peu fantasque sur le plateau du Neubourg au-dessus de Louviers. Comme à l’époque, je me suis fait saucer par une pluie d’orage sur les dernières 15 minutes du trajet.

L’adresse donnée par la fonction GPS du site Internet des Gîtes de France était complètement fausse, le propriétaire m’ayant indiqué que le problème se pose même en voiture car le GPS ne connaît pas le nom de son hameau. J’ai donc appelé depuis l’ancienne gare pour me faire indiquer le trajet. Les chambres sont à l’étage d’un grand pavillon; l’une était occupée par une famille tchèque de passage avec qui j’ai parlé au petit déjeuner, l’autre est spacieuse et très bien construite.

Comme le monsieur a fait installer des sanitaires après coup, il a été obligé de respecter les murs porteurs. On fait le tour du morceau de mur porteur par la gauche ou par la droite pour trouver les sanitaires; ceux-ci sont ainsi optiquement séparés de la chambre et ceci évite l’aspect « cabine en plastique dans un coin » que l’on voit parfois, mais la solution de continuité évite les histoires de clefs et les problèmes d’aération. Je peux recommander cette chambre d’hôtes confortable, à prix raisonnable et avec un accueil sympathique.

Comme les propriétaires ne servent pas le dîner, qui demanderait trop de travail et de contraintes, le monsieur m’a suggéré comme il me l’avait proposé au téléphone l’un des quatre restaurants du village, un beau nombre pour un village de 1500 habitants. On y trouve une hôtellerie de charme, une pizzeria dans une maison de maître, un restaurant marocain dans une ancienne ferme et un établissement gastronomique de luxe.

Malheureusement, trois sur les quatre sont fermés le dimanche soir et il ne restait que l’hôtellerie de charme. Le monsieur a téléphoné pour m’y réserver une table vu qu’il est très couru (ce soir-là, les gens sont arrivés vers 21 h en raison du beau temps, mais c’est vrai que cela devenait plein). Puis le monsieur m’a même conduit en voiture, me disant que cela lui faisait prendre un peu l’air.

Le restaurant fait assez penser à un pub anglais avec beaucoup de poutres apparentes, des murs couverts d’objets hétéroclites comme des outils agricoles, des gravures, des vieilles enseignes, des bouteilles de calvados etc. Il y a aussi une terrasse fleurie donnant sur la rue, mais j’ai facilement froid le soir après le vélo et je suis resté à l’intérieur. Comme j’étais seul, le patron m’a mis à l’une des deux tables en bois massif en face du comptoir du pub.

J’ai été un peu ennuyé de constater que ce restaurant ne propose que des plats à la carte à des prix « environs de Paris » et pas un menu du jour. J’ai pensé bien faire en prenant une salade composée et du faux-filet, mais je dois malheureusement dire que ce n’était pas vraiment ce qui me convenait. La salade se composait de laitue et de trois champignons de Paris délicieusement frais et assaisonnés de façon très discrète – on sentait le goût des bonnes crudités, mais on n’en était guère nourri.

Quant au faux-filet, c’était de la viande de mauvaise qualité pleine de nerfs et de couenne que j’aurais plutôt appelée entrecôte. Elle était servie dans une très bonne sauce au roquefort et accompagnée d’un légume intéressant, une délicieuse purée de pommes de terre affinée au beurre et aux petits oignons de printemps. Le patron m’a dit que c’est du cally, une spécialité traditionnelle irlandaise que sa femme aime faire car elle est irlandaise. Je n’ai pas pris de dessert en raison des prix élevés.

Après le dîner, je suis reparti, décidant de ne pas appeler mon hôte et de revenir à pied vu qu’on peut faire le trajet par une petite route tranquille en 30 minutes.

 

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