Etape 10: Beauvaisis

(10ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Mardi 10 juin

110 km

Dénivelé  744 m

Pluie jusqu’à 13 h, éclaircies en soirée

Dampierre-en-Bray – Beuvreuil – Saint-Quentin-des-Prés – Haincourt – château d’eau – croix de Bellefontaine – Gerberoy – Vrocourt – chemin vicinal entre Martincourt et le silo – Troissereux – Fouquenies – Beauvais – Faubourg d’Allonne – Therdonne – Villers-Saint-Sépulcre – Caillouel – Saint-Félix – Angy – Mouy – Cires-lès-Mello – Mello – Maysel – Saint-Leu – Chantilly

Beauvaisis

Départements 60 et 76

Journée un peu décevante en termes de monuments, la plupart de ceux qui figurent sur ma carte étant fermés, en particulier les églises. Compte tenu de la proximité de Paris, la situation de Verneuil-sur-Avre s’est répétée, je n’ai pas trouvé d’hébergement abordable à proximité de Chantilly et je suis allé coucher à Paris quitte à revenir en train le lendemain pour finir le trajet Chantilly-Paris.

Les propriétaires de Dampierre ne prennent pas le dîner avec les hôtes, mais la dame reçoit dans sa cuisine pour le petit déjeuner. Son mari nous a rejoint en rentrant de la traite du matin. Cela lui avait donné un solide appétit et il a pris une grande tartine avec du jambon. C’est là que j’ai eu l’occasion d’en apprendre plus sur les tuyauteurs de chez Gervais. J’ai aussi profité de l’occasion pour dire au monsieur que je trouvais étrange que mon pneu arrière se soit dégonflé sans raison pendant la nuit. Après quelques hésitations, il a posé la question toute rhétorique selon laquelle les tuyauteurs avaient pu vouloir s’amuser bêtement pendant leur soirée fréquemment bien arrosée. J’ai regonflé le pneu sans problèmes, ce n’était pas une crevaison.

Je suis retourné au village de Dampierre par la route de la veille, plus facile dans ce sens, puis je suis allé au hameau voisin de Beuvreuil que je n’avais pas remarqué sur la carte mais qui fait l’objet d’un prospectus utile chez la dame. Le hameau était une petite seigneurie et se compose de deux fermes, d’un château qui abritait l’avoué de l’abbaye de Saint-Germer-de-Fly et une chapelle.

 

Château de Beuvreuil

Château de Beuvreuil

Le château est particulièrement intéressant, avec des tourelles aux quatres coins d’un pavé rectangulaire et des petites fenêtres dans des arcades gothiques aveugles. Ce doit être un bâtiment très ancien mais il est différent des châteaux forts que l’on voit d’habitude quand on pense à des bâtiments médiévaux. Plutôt une « maison forte ». La chapelle est banale mais a un très bel auvent en bois comme on en voit en Angleterre, avec en l’occurrence un tympan élégant en briques vernissées rouges et vertes.

 

Chapelle de Beuvreuil

Chapelle de Beuvreuil

De Beuvreuil, j’ai pris de très petites routes pour rejoindre Gerberoy, un « plus beau village de France ». Il faut pour cela traverser la crête entre les vallées de l’Epte et du Thérain, ce qui m’a valu un fort raidillon à Molagnies et une côte à Haincourt. Le paysage est bocager mais le relief m’a fait un peu penser aux coteaux de Gascogne avec des crêtes tortueuses mais raides qu’il faut faire bien attention pour longer sans descendre dans des ravins inutiles.

J’ai fini par rejoindre une nationale tranquille mais rectiligne et mal revêtue avant de trouver l’accès de Gerberoy. Le village était une petite forteresse frontalière entre Normandie et domaine royal français, ce qui lui valut d’innombrables combats. L’un des plus curieux est celui entre Guillaume le Conquérant et son fils révolté qui avait obtenu l’aide du roi de France trop content de causer des problèmes au duc de Normandie.

 

Gerberoy village des roses

Gerberoy village des roses

Le village est réputé chez les autocaristes; comme les « plus beaux villages de France » d’autres régions assez peu dotées, par exemple Béhuard ou Sainte-Suzanne; on y voit donc un flot constant de retraités en excursion avec leur guide fourni par l’office de tourisme. Le village fait de la publicité en se disant partie de l' »Oise Normande », une invention artificielle car aucune zone de l’Oise n’a jamais fait partie de la Normandie. Apparemment, les touristes sont attirés par le mot Normandie…

 

Roses de Gerberoy

Roses de Gerberoy

Le village se compose de toute une série de maisons à pans de bois d’âge variable abritant pour une bonne partie des ateliers d’artistes, magasins de babioles et gargotes. Les maisons sont embellies par de superbes jardins et tout particulièrement par de nombreux rosiers gigantesques. La mode en a été lancée par un peintre, Henri Le Sidaner, qui vécut dans le village vers 1900 et se consacra un peu comme Monet à peindre des douzaines de tableaux de sa maison et de son jardin. Il adorait les fleurs et ceci a donné des idées aux gens du village. On peut d’ailleurs visiter le jardin du peintre comme celui de Giverny, sauf qu’il y a beaucoup moins de monde.

 

Puits à Gerberoy

Puits à Gerberoy

La plupart des maisons sont crépies entre les poutres apparentes, ce qui correspond au style usuel dans les régions calcaires comme le Pays de Caux voisin. J’en ai aussi vu quelques-unes avec des remplissages de briques, ce qui est plus caractéristique des régions argileuses de Normandie comme la vallée de l’Eure. L’avantage des remplissages de briques est que l’on peut développer beaucoup de fantaisie dans l’arrangement décoratif des briques.

 

Bancs dans l'église de Gerberoy

Bancs dans l’église de Gerberoy

Je suis monté à la suite d’un groupe de retraités jusqu’à l’église, une collégiale reconstruite après la guerre de Cent Ans. Elle n’est pas passionnante mais l’accès est pittoresque à travers l’ancien portail du château fort et la disposition des bancs à l’intérieur est curieuse, avec quatre blocs séparés fermés par des portillons. Certaines rangées portent les noms des familles qui les avaient louées et j’ai lu que le prix variait selon la distance de l’autel. Il n’y a pas de chaises « libres » hors des portillons, ce qui est inhabituel de nos jours.

 

Mairie de Gerberoy

Mairie de Gerberoy

En bas du village, près de la maison du peintre, je me suis arrêté sur la placette pour manger un gâteau, profitant d’un banc sous un arbre. J’ai admiré une classe de bambins que leurs deux maîtresses essayaient de faire remplir un petit livret. Ils avaient écouté l’histoire racontée par la guide et cherchaient des indices sur le puits ou sur la mairie à colonnes (avec la halle en-dessous comme à La Roche-Guyon), mais se laissaient évidemment vite distraire.

 

Haies à topiaires près de Gerberoy

Haies à topiaires près de Gerberoy

Je n’ai pas visité le jardin ni l’exposition consacrée au peintre, tout en pensant que ce serait une excursion agréable si j’habitais en région parisienne. Je suis descendu vers la vallée du Thérain par une superbe descente en courbe avec une haie taillée en topiaires par les ouvriers communaux. Ils ont travaillé de façon remarquable et rare pour une route publique.

(photo 10-11)

Moulin de Lachapelle-sous-Gerberoy

Moulin de Lachapelle-sous-Gerberoy

Dans la vallée, il ne me restait plus qu’à longer le Thérain sur 20 km pour arriver à Beauvais, mais j’ai essayé d’éviter la route principale qui remonte plusieurs fois sur le plateau pour éviter les villages et qui est monotone. Il y a une toute petite route de l’autre côté de la rivière, passant à travers une série de hameaux pas toujours bien indiqués mais avec un assortiment de maisons secondaires parfois élégantes. A Lachapelle, j’ai vu ce qui semble être un ancien moulin et qui a été rénové de façon assez fantaisiste avec arcades et remplissages de briques combinés à des tourelles en pierre. Amusant.

A Vrocourt, la carte recommande l’église, mais elle était fermée et ne m’a pas paru remarquable de l’extérieur. Internet dit qu’on y voit une statue Renaissance. A Milly, j’ai pris un moment la route principale de peur de devoir remonter sur le plateau si je passais par Herchies. Je me suis arrêté sur la place (refaite récemment avec goût) en voyant une supérette avec dépôt de pain, le seul de la matinée car je n’ai traversé aucun chef-lieu de canton qui est l’endroit fiable pour cela.

 

Calvaire à Milly-sur-Thérain

Calvaire à Milly-sur-Thérain

Il a commencé à pleuvoir nettement plus fort qu’avant et j’ai attendu un moment, mais j’ai quand même été obligé de partir sous la pluie vu que le temps ne semblait pas se dégager. En sortant du bourg, j’ai vu un calvaire entouré de superbes topiaires de formes variées qui font certainement la fierté justifiée du jardinier communal. J’ai pu quitter la grande route un peu plus loin à Troissereux où l’on peut admirer un château assez imposant.

 

Château de Tresserve

Château de Tresserve

Il est surtout connu pour les beaux arbres de son parc, mais on peut s’approcher assez près des grilles et des douves en eau et le bâtiment est imposant. Il date des années 1550 et son propriétaire en profita peu car il fut tué lors du massacre de la Saint-Barthélémy en 1572. Je n’ai pas visité le château, où il paraît que l’on peut admirer une très vieille horloge.

 

Douves sous la pluie à Tresserve

Douves sous la pluie à Tresserve

En repartant du château, mon pneu arrière s’est dégonflé subitement pour des raisons que je ne suis pas parvenu à élucider. J’ai tout de suite remarqué que le pneu avait une entaille bizarre comme si on avait essayé de l’ouvrir avec un couteau de poche, chose qui ne peut pas se produire avec un clou ou autre déchet sur la route. J’ai essayé comme toujours de voir l’effet que cela faisait de le regonfler et le trou devait être tout petit car le pneu a mis plus d’une heure à se dégonfler à nouveau.

Voyant cela, je n’ai pas changé la chambre à air le jour même puisqu’elle ne me faisait pas perdre beaucoup de temps. Je pense que la chambre à air a souffert de l’humidité et qu’elle s’est usée par frottement avec l’intérieur du pneu: après la bonne pluie du matin, de l’eau était rentré dans le pneu par l’entaille. C’est exactement le même phénomène que quelques jours avant près de Château-Gontier, mais il y avait certainement un coupable cette fois pour que le pneu soit ainsi abîmé.

De Troissereux à Beauvais, la route principale se transforme en déviation sur le plateau et j’ai donc continué par une route plus calme au fond de la vallée du Thérain. Bien que ce soit une rivière peu connue, elle draîne pas mal d’eau. Elle arrose Beauvais où elle a favorisé l’installation de nombreuses usines devant lesquelles je suis passé en cherchant le centre ville (qui est très mal indiqué vu que les avenues se terminent souvent en T – j’ai essayé d’apercevoir les tours de la cathédrale mais ce n’est pas facile).

 

Cathédrale de Beauvais

Cathédrale de Beauvais

Beauvais est une ville importante et animée qui a su bien profiter de la proximité de Paris pour attirer des usines (pièces automobiles, produits de consommation des éponges aux brosses et aux magnétophones) mais aussi des activités de services (base « parisienne » de Ryanair avec 800 emplois) et l’administration départementale. Déjà, c’était une ville riche au Moyen-Âge grâce à une industrie textile très active et son évêque devait à ses revenus importants le 10ème rang dans la noblesse de France; mais toute la ville ou presque fut détruite par un bombardement en 1940 et les friches industrielles disponibles facilitèrent l’installation d’usines modernes dans les années 1960.

 

Musée de Beauvais

Musée de Beauvais

A cause du bombardement, la ville n’a pas grand intérêt en dehors des quelques grands monuments qui ont miraculeusement survécu. Une fois que j’avais enfin trouvé la cathédrale, je me suis aperçu que l’heure était judicieuse pour un pique-nique et je n’avais pas envie de chercher un jardin public. Il y a un square derrière la cathédrale mais il était plein d’ivrognes. Par contre, le jardin du musée municipal était accessible par un grand portail largement ouvert et je suis allé m’installer sur un banc à l’ombre face à un bâtiment Renaissance en cours de rénovation. Les ouvriers et ingénieurs qui passaient de retour de leur pause de midi étaient aussi intéressés à m’observer que moi à les regarder travailler.

Un monsieur qui était moins content de me voir fut le gardien du musée, habillé d’une curieuse blouse bleue comme les charrons à la campagne autrefois. Il m’a expliqué que je n’avais pas du tout le droit de manger dans son parc parce que nous étions mardi, jour de fermeture hebdomadaire. Il a certes accepté de me laisser finir mon pique-nique parce que je ne pouvais pas connaître la fermeture vu qu’il n’y a pas de pancarte et que le portail était grand ouvert. Il paraît que ce portail était victime du comportement incivil des ouvriers ne fermant pas derrière eux… Il est venu voir toutes les cinq minutes si je n’avais vraiment pas encore fini de manger et c’était tellement énervant que je me suis un peu pressé.

Le musée est hébergé au demeurant dans le seul bâtiment médiéval qui reste à Beauvais, l’ancien palais épiscopal. Le logis dans le fameux parc est Renaissance tandis que le châtelet d’entrée a deux grosses tours rondes; elles datent d’environ 1320 et furent construites par un évêque avec l’indemnité reçue des bourgeois du lieu pour s’être révoltés contre lui en 1305.

 

Chœur de la cathédrale de Beauvais

Chœur de la cathédrale de Beauvais

Le grand monument de la ville est évidemment la célèbre cathédrale qui fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Il y a très peu de décor à l’intérieur et on entre par un portail « provisoire » car le bâtiment actuel n’est que le chœur de l’immense construction envisagée par les évêques et les bourgeois de cette ville si riche. Ils demandèrent à leur architecte de construire une église plus imposante que celle de toutes les villes de la région et il leur proposa des voûtes à 48 m 50 du sol, une hauteur jamais atteinte ailleurs avant les coupoles baroques.

 

Vitraux de la cathédrale de Beauvais

Vitraux de la cathédrale de Beauvais

Evidemment, c’était une expérience dangereuse et le premier essai de 1225 s’effondra, obligeant à reconstruire le tout en 1347. On construisit en 1569 une flèche au-dessus du transept, ce qui était risqué vu que la nef manquait; la flèche appuyée sur trois côtés du carré du transept s’effondra inévitablement dès 1573 et les fonds suffirent cette fois seulement à réparer les voûtes du chœur et du transept. On installa plus tard des barres métalliques reliant les contreforts pour améliorer la stabilité, et l’église manqua effectivement s’effondrer quand un architecte imprudent essaya de les enlever vers 1960.

 

Elevation vertigineuse

Elevation vertigineuse

Histoire aventureuse mise à part, la cathédrale de Beauvais est effectivement l’une des rares qui donnent encore de nos jours un vertige tant elle est haute et verticale (on a un peu la même impression en moins grandiose à Metz, mais pas à Amiens ou Paris par exemple). Elle est vraiment très spectaculaire.

 

Portail de la cathédrale

Portail de la cathédrale

A l’intérieur, il ne restait pas beaucoup d’argent pour des stalles ou des sculptures exceptionnelles, mais on voit un certain nombre de beaux vitraux du XIIIème siècle, de superbes vantaux de portes Renaissance et une étonnante horloge astronomique du XIXème siècle installée dans le transept et commandée en 1858 par un évêque sûrement amateur de technologie.

 

Horloge astronomique

Horloge astronomique

Le décor est un peu criard avec les couleurs fortes de son époque, mais les 52 petits cadrans différents et les 68 automates jouant la scène du Jugement Dernier en font un chef-d’œuvre dans son genre. Au contraire de Strasbourg, il faut prendre un billet et écouter une conférence de 30 minutes pour voir les automates en fonctionnement. Quant aux cadrans, ils écrasent un peu par leur nombre, ce qui est assez typique du XIXème siècle.

Comme ma carte recommande de visiter une autre église dans le centre de Beauvais, j’ai cherché de laquelle elle pouvait bien s’agir et j’ai trouvé Saint-Etienne qui mérite autant la visite que la cathédrale. Beaucoup moins spectaculaire évidemment, mais il s’agit d’un chœur gothique un peu critiqué et d’une très belle nef romane datant de 1130 environ. Les passionnés liront les 40 pages consacrés aux moindres détails de cette église sur Wikipedia…

 

 Vitrail à Saint-Etienne de Beauvais

Vitrail à Saint-Etienne de Beauvais

J’ai surtout remarqué quelques très beaux vitraux et un retable datant tous de 1525 environ, date de construction du nouveau chœur. J’aimais mieux les vitraux gothiques à l’origine, en particulier pour les couleurs et les scènes plus faciles à identifier, mais j’ai appris à aimer les vitraux Renaissance aussi pour les costumes élaborés et contemporains des personnages.

 

Retable à Saint-Etienne de Beauvais

Retable à Saint-Etienne de Beauvais

Quant au retable, ce n’est pas un « Christ aux Liens » comme je le pensais mais un retable consacré à Sainte Marthe. Les plis enlevés des vêtements et les baldaquins raffinés ne sont pas sans rappeler les chefs-d’œuvre de Tilman Riemenschneider qui sont de la même époque.

J’avais déjà passé pas mal de temps à Beauvais mais j’ai remarqué que la troisième église intéressante de ma carte était plus ou moins sur ma route de toute façon et je suis donc allé voir vers la Maladrerie Saint Lazare. Jusqu’à l’époque romane, les lépreux restaient citoyens de la ville mais devaient déménager dans des genres de béguinages que l’on appelait des maladreries. Après la Grande Peste de 1315, ils y sont enfermés.

La maladrerie de Beauvais fut transformée en ferme à la Révolution puis en caserne, mais ceci a permis de préserver les structures de quelques-uns des bâtiments médiévaux construits en 1220. C’est maintenant un centre culturel et on peut visiter avec un guide moyennant un droit d’entrée. Pour le prix, on a aussi la visite du jardin médiéval reconstitué. Tout ceci m’aurait pris trop de temps et je n’ai même pas pris de photo vu le site peu parlant derrière ses murs d’enceinte.

Passer par la maladrerie m’a permis de sortir de Beauvais par une route relativement tranquille pour une zone industrielle car il n’y a pas d’échangeur avec la déviation à cet endroit. Puis une bonne petite descente mène à Therdonne où je suis tombé par hasard sur une piste cyclable le long de la nationale. Je l’ai suivie quelques kilomètres jusqu’au carrefour de Villers-Saint-Sépulcre où ma carte annonce la première des églises de la vallée du Thérain.

 

Eglise de Villers Saint Sépulcre

Eglise de Villers Saint Sépulcre

Elle était évidemment fermée et ne méritait pas vraiment le petit raidillon que je me suis farci, mais elle a des formes un peu étranges qui m’ont amusé. En effet, la nef et le transept sud sont de la même hauteur tandis que le transept nord est plus haut que le transept sud. C’est vraiment une idée étrange et peu fréquente.

 

Le Thérain à Hermes

Le Thérain à Hermes

En me dirigeant à nouveau vers la nationale, je suis passé sur le Thérain à Hermes où j’ai trouvé le site tout à fait charmant, peut-être parce que c’était une surprise. L’église avec son clocher à jupons domine les flots agités de la rivière et les places de chaque côté de l’église lui donnent assez de recul pour dominer le point de vue avec élégance. Le clocher un peu surprenant a remplacé en 1927 celui qui s’était effondré suite à une explosion un peu trop efficace dans une carrière voisine. Les jupons sont des abat-son (pluriel sans S comme avec les abat-jour); j’ai lu qu’il y en a souvent à l’intérieur des arcades d’un clocher pour écarter l’eau de la charpente et pour rabattre le son vers les paroissiens, mais il est plus original de les répartir tout autour du clocher.

J’ai retrouvé ensuite la nationale qui est ici roulante, plate au fond de la vallée et assez tranquille. Arrivé à Angy, je suis allé voir l’église recommandée et j’ai trouvé devant un banc pratique pour manger un gâteau et regonfler la chambre à air. Par contre, l’église était évidemment fermée et je n’ai donc pas vu le bénitier roman. On sent que l’on arrive en Île-de-France car elle est construite en pierres blanches avec un gros clocher carré comme j’en ai vu beaucoup dans le Valois.

 

Eglise de Cires-lès-Mello

Eglise de Cires-lès-Mello

Continuant le long de la vallée du Thérain, j’ai quitté la nationale, mais on sent clairement que l’on est dans la grande banlieue pavillonnaire avec des lotissements presque sans interruption entre les villages d’origine. A Cires-lès-Mello, il y a une église gothique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle manque d’élégance. Certes, la place a été remblayée et l’église avait l’air moins trapu à l’origine. Mais les contreforts et tourelles partent un peu dans tous les sens, comme si on avait essayé de soutenir les murs après avoir constaté dans quelle direction ils ne tenaient pas. Selon les experts, le problème est que l’on a absolument voulu une nef à trois étages (bas-côté, triforium et fenêtres hautes), ce qui était malheureux vu la hauteur limitée.

 

Château de Mello

Château de Mello

De l’autre côté du Thérain, Cires fait pendant à Mello, commune au nom bizarre dont je ne connais pas l’origine. On y voit surtout un grand château qui domine directement les modestes maisons au bord de la rivière. Il appartenait à la puissante famille de Montmorency, d’où probablement la taille imposante, et c’est maintenant un centre de séminaires appartenant à un groupe hôtelier.

 

Immeubles de Creil depuis Cramoisy

Immeubles de Creil depuis Cramoisy

J’ai quitté la vallée du Thérain peu après par une côte raisonnable, la première ou presque depuis Gerberoy. Elle mène sur le plateau céréalier et le contraste entre les fonds de vallées pleins de lotissements, de villages, de gares de banlieue et de voitures d’une part, le plateau désert avec ses grands horizons d’autre part, donne un genre de choc. On voit de ce bout de plateau les HLM de Creil que je voulais éviter.

Ensuite, la route descend de l’autre côté sur la vallée de l’Oise à Saint-Leu-d’Esserent dont l’abbatiale est très connue. Evidemment, elle est un peu en hauteur sur le coteau et j’ai poussé le vélo sur 300 m, ceci dégourdit les jambes à la fin d’une journée. La petite ville m’a fait un effet curieux, il y a une place centrale étonnamment grande avec des résidences des années 50 autour, style rare en région parisienne. Ceci est dû à des bombardements en 1944, l’armée d’occupation allemande ayant utilisé des carrières à Saint-Leu pour stocker des fusées V1.

 

Eglise de Saint-Leu-d'Esserent

Eglise de Saint-Leu-d’Esserent

L’ancienne abbatiale a une façade relativement austère qui semble plaquée sur un mur-pignon précédent car on ne voit pratiquement pas la rose centrale, en retrait par rapport à la façade. En fait, la façade apparente est la façade originale romane de 1150 et le mur-pignon avec la rose est la version gothique de 1210. Entre les deux dates, on avait construit le chœur, puis la nef (sans transept comme d’ailleurs à Senlis qui est proche), mais on a gardé la façade romane en guise de paradis car ceci était utile pour certaines cérémonies dans une église servant en même temps d’abbatiale et d’église paroissiale.

 

Abbatiale de Saint-Leu-d'Esserent

Abbatiale de Saint-Leu-d’Esserent

Le portail extérieur du paradis est un exemple rare de roman normand aussi près de Paris avec tous les détails charactéristiques: archivoltes à chevrons, petites têtes sculptées servant de corbeaux, chapiteaux à entrelacs entre art celte et art viking.

 

Portail normand

Portail normand

Le côte gauche du portail est le plus figuratif avec de superbes animaux fantastiques qui semblent se dévorer mutuellement. Ce portail a lui seul justifierait une excursion depuis Paris.

 

Chapiteaux romans à Saint-Leu-d'Esserent

Chapiteaux romans à Saint-Leu-d’Esserent

On ne peut pas entrer à l’intérieur de l’abbatiale, comme toujours en région parisienne, mais la commune a heureusement investi dans un genre de sas en verre qui permet de voir la nef même quand les portes sont fermées. L’espace est grand et assez imposant pour son époque mais m’a paru assez nu et je ne sais pas si on y verrait des chapiteaux historiés supplémentaires. En soi, ce serait logique dans une église dépendant de Cluny, mais ce n’est déjà plus l’usage lors de la construction vers 1200.

J’aurais pu prendre le train à Saint-Leu pour Paris, mais c’est une ligne peu pratique avec changement et je ne perdais guère de temps en continuant jusqu’à la ligne principale. Je savais que le RER ne dessert que les départements d’Île-de-France parce qu’il est subventionné par la région et qu’il ne commence donc qu’à Orry-la-Ville. En fait, la région Picardie a obtenu moyennant finances que quelques RER continuent jusqu’à Chantilly et Creil, mais il faut connaître les horaires. Je pensais donc continuer jusqu’à Orry, pensant que la grève SNCF annoncée à partir de 19 h ne me dérangerait pas trop vu l’heure.

Entre Saint-Leu et Chantilly, on passe l’Oise puis on monte sur un coteau. J’aurais voulu m’arrêter dans la côte pour photographier le site de Saint-Leu avec l’abbatiale trônant au soleil au-dessus de l’Oise, mais la circulation considérable et la route étroite m’en ont empêché. C’est l’un des rares endroits où la circulation m’a vraiment gêné et ceci m’a rappelé une côte similaire deux ans avant à Maurepas. Signe qu’il y a une côte, Saint-Leu s’est appelé « Côte de la Liberté sur Oise » pendant la Révolution !

On arrive en haut à un feu où j’ai croisé mon tout premier itinéraire cyclotouriste, mais je ne m’en souvenais évidemment pas à plus de 20 ans de distance. Puis j’ai atteint Chantilly, ville dont je ne connaissais que les écuries du château. La ville présente un certain intérêt avec de superbes propriétés le long de l’accès nord dans les arbres. On descend ensuite un ravin que j’ai trouvé vraiment superflu en fin de journée. On voit du pont en bas le grand viaduc de chemin de fer à 36 arches.

Chantilly n’a jamais été une ville fortifiée même si les murs de soutènement le long de la côte qui sort du ravin m’y ont fait penser. On traverse en haut le petit centre commerçant puis on longe une avenue ombragée élégante bordée de villas spatieuses du XIXème siècle avec jardinets; c’est aussi élégant que Versailles. La gare étant au bout de cette avenue, je pouvais y consulter les horaires sans faire de détour. Quand j’ai vu que je pouvais prendre un train express pour Paris 10 minutes après plutôt que de prendre un RER à Orry 10 km plus loin qui serait beaucoup plus lent, j’ai sauté sur l’occasion car il était déjà 19 h 15.

J’en ai profité pour remarquer une affichette concernant la grève qui m’a informé qu’il serait impossible de revenir à Chantilly à une heure pratique le lendemain matin, mais qu’il serait possible de prendre le dernier RER du matin pour Orry vers 9 h, ce qui était raisonnable. La grève semblait efficace car il n’y avait plus de RER ensuite avant midi.

J’ai constaté en arrivant à l’appartement que les magasins étaient encore ouverts (à 21h, chose inimaginable chez moi) et je suis donc ressorti pour faire quelques courses, pensant qu’il serait plus rapide et moins fatigant de faire un peu de cuisine rapide que d’aller au restaurant et d’attendre le service. J’ai donc finalement mangé une soupe aux champignons des bois, un risotto aux fruits de mer et un demi-melon.

Après le dîner, j’ai examiné la roue avec la crevaison et ceci a confirmé mon impression rapide du matin, le pneu avait une entaille profonde et le caoutchouc était comme tiré vers le dehors. Ceci ne peut pas se produire avec un caillou ou même un bout de fil de fer. Je soupçonne donc les tuyauteurs de la veille au soir d’avoir tailladé le pneu avec un couteau de poche pour rigoler car ils avaient une bonne descente et avaient mon vélo dans leur salle commune. Je ne pouvais pas changer le pneu facilement et j’ai donc juste remplacé la chambre à air, ce qui a d’ailleurs suffi pour le moment.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :