Etape 12: Valois et Goële

(12ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Vendredi 13 juin

125 km

Dénivelé 846 m

Très beau et chaud avec un peu de brise de Nord

Train pour Villers-Cotterêts

– Vez – Orrouy – Rocquemont – Beaurain – La Montagne – Fontaine-Chaâlis – Othis – Messy – La Poterie – canal de l’Ourcq – cèdre de Livry-Gargan – Clichy-sous-Bois – Le Plateau – Le Raincy – D116 – D117 – Porte des Lilas

Valois et Goële

Départements 60, 77, 93 et 75

Le trajet aurait logiquement consisté à partir de Paris et à revenir le soir de Villers-Cotterêts, mais ceci était trop risqué à cause de la grève et j’ai donc fait le trajet en sens inverse en utilisant le train que j’étais sûr de pouvoir prendre. Quant à coucher à Villers-Cotterêts, les chambres d’hôtes sont peu nombreuses et trop chères aussi près de Paris.

La longueur tout à fait excessive de l’étape ne se justifiait que parce que je tenais à faire tout le trajet à vélo et parce que j’ai été obligé de passer Gare du Nord au retour pour noter les trains circulant le lendemain. Sans ces contraintes, je suggère de terminer l’étape au Raincy, le reste du trajet étant sans grand intérêt.

J’ai été obligé de me lever tôt (heureusement vu la longueur et donc la durée imprévues de l’étape !) parce que le seul train disponible partait à 8 h 30. Comme le distributeur ne voulait pas me donner le billet, je l’ai acheté au guichet et j’ai payé 14,20 €, ce que je trouve un peu cher pour une distance de 78 km. Je conprends pourquoi deux personnes voyageant ensemble prendraient la voiture sur une telle distance, les frais variables de la voiture revenant en gros à 4 € par personne.

Ceci mis à part, la région du Valois est très riche en monuments et ceci justifiait que j’y passe aussi le lendemain. Villers-Cotterêts n’est pas la ville la plus intéressante de la région, le bourg est né plus ou moins pour desservir un château de chasse reconstruit par François Ier. Le château fut abandonné plus tard et devint après la Révolution un asile de la ville de Paris pour vieillards indigents. On en fit vers 1900 une maison de retraite à la pointe du progrès hygiénique et c’est toujours un mouroir pour sans-abri parisiens.

Je ne sais pas si le triomphe du Front National aux élections municipales (conduit par un militaire d’active, ce qui donne à réfléchir) a un lien avec cette situation. En tous cas, fidèle au style de son parti, le maire a fait parler de lui en refusant de participer à l’hommage annuel à l’abolition de l’esclavage rendu par le préfet à la statue du Général Dumas, un ancien esclave qui habita dans la ville où son fils, le célèbre romancier, naquit. Le maire dit que commémorer l’abolition de l’esclavage revient à une « autoculpabilisation permanente », mais j’espère que c’est plus pour faire parler de lui que par souhait de rétablir l’esclavage dans les banlieues difficiles.

 

 

Château de Villers-Cotterêts

Château de Villers-Cotterêts

Compte tenu de l’affectation du château, les bâtiments restants ne sont pas vraiment représentatifs sauf un pavillon d’angle orné du monogramme HK pour Henri et Katherine – j’ignorais que l’on écrivait Catherine de Médicis avec un K pour les besoins du monogramme.

 

Villa à Villers-Cotterêts

Villa à Villers-Cotterêts

Je suis passé à proximité devant un bâtiment que l’on pourrait aussi appeler un château, une imposante villa du XIXème siècle dans le style pittoresque. On ne sera pas surpris que la plus belle villa de la ville abrite la communauté de communes.

 

Mairie de Villers-Cotterêts

Mairie de Villers-Cotterêts

L’un des plus jolis bâtiments du centre ville est un ravissant hôtel particulier à façade incurvée presque rococo sur une cour fleurie protégée par une grande grille et d’anciens pavillons de gardes. On a un peu l’impression d’un pavillon de jardin d’époque Louis XV, mais je n’ai pas trouvé d’informations sur le bâtiment. C’est maintenant l’hôtel de ville.

 

Moulin de Largny-sur-Automne

Moulin de Largny-sur-Automne

Villers est situé sur le plateau du Valois, mais à seulement 3 km de la source d’une rivière importante, l’Automne. En me dirigeant vers la vallée, j’ai remarqué sur le plateau un beau moulin à vent qui a évidemment été rénové mais qui date des années 1700. Ceci m’a rappelé les moulins vus dans le sud de la Beauce, où ce sont des monuments bien adaptés pour rythmer le paysage.

 

Donjon de Vez

Donjon de Vez

Une belle descente ombragée conduit au premier village de la vallée, Largny, puis au village particulièrement vénérable de Vez qui donna son nom au Valois (le pagus valensis). Les comtes de Valois y construisirent une puissante forteresse dont il reste le « donjon de Vez » (logis plus donjon proprement dit) utilisé maintenant comme salle d’exposition. C’est une propriété privée et on ne peut pas se rapprocher du château sans payer le droit d’entrée et marcher à pied à travers le parc, qui n’est de toute façon ouvert que le dimanche. Je n’ai vu le donjon que de loin à travers les arbres mais j’ai lu que c’est de toute façon une reconstitution assez radicale de 1904 vu qu’il était en très mauvais état.

A faible distance du château, le comte avait installé en 1131 une petite abbaye de prémontrés (petite car les prémontrés qui sont avant tout actifs comme curés de paroisses n’y résidaient pas tous en permanence). Elle fut reconstruite vers 1540 mais devint une carrière puis une ferme après la Révolution.

 

Abbaye de Lieu-Restauré

Abbaye de Lieu-Restauré

Une association de sauvegarde du patrimoine y travaille depuis 1964 et on voit depuis la grille la seule partie restante, la nef de l’abbatiale avec une rosace en gothique flamboyant. Plus surprenant, on voit aussi toute une série de drapeaux à prière de style tibétain et je ne sais pas si c’est un ornement durable ou si un groupe bouddhique y effectuait une retraite au moment de mon passage.

 

Manoir de Pontdron

Manoir de Pontdron

Vu la proximité de Paris et le cadre bucolique, la vallée a toujours attiré les résidences secondaires et ceci voulait dire au XIXème siècle des petits châteaux dans des grands parcs arborés. Je suis passé devant un très bel exemple à Pondron qui sert comme beaucoup de ces châteaux de lieu de réceptions et de séminaires. La commune compétente est Fresnoy et je suis allé voir un instant si l’église était intéressante, mais j’ai réfléchi que je repasserais à Fresnoy le lendemain et que je n’avais pas besoin de m’arrêter sur le moment. Elle était en réfection et donc peu visible, mais j’ai eu l’impression que c’est une église gothique francilienne assez « normale ».

 

Château d'Orrouy

Château d’Orrouy

Je suis passé devant le château suivant un peu plus bas dans la vallée, celui d’Orrouy. Je ne pouvais le voir que de loin à travers le parc et Internet n’en dit pas grand chose, mais je serais enclin à y voir un beau château Renaissance avec des traces médiévales comme les contreforts. Comme j’avais l’impression d’être confortable avec mon horaire et que j’avais envie de faire une pause pour un en-cas, je suis monté au-dessus du château dans le centre du village qui est soigné et exsude un sens agréable de quiétude provinciale. Je me suis assis sur un banc en face de l’église, profitant de l’ombre des tilleuls, et j’ai admiré les difficultés qu’avaient les gens à garer leur voiture dans l’impasse en pente quand ils voulaient aller à la mairie.

 

Eglise d'Orrouy

Eglise d’Orrouy

L’église est évidemment fermée et le toit m’a paru un peu trop moussu pour être vraiment en bon état mais le clocher méritait le détour. C’est un beau clocher roman avec un petit toit à deux pans plutôt qu’une flèche. Il a exactement les proportions qu’il faut pour l’église et on le voit bien depuis le cimetière qui est situé à flanc de coteau au-dessus de l’église.

Après mon arrêt satisfaisant à Orrouy, j’ai quitté la vallée de l’Automne pour me diriger vers Paris. J’ai remonté la vallée d’un affluent sur 2 km jusqu’à Glaignes où je me suis dispensé de la côte qui accède à l’église. Je n’ai par contre pas pu éviter la côte sérieuse mais pas très longue qui monte sur le plateau céréalier. Grâce au vent du Nord, j’ai trouvé la traversée du plateau facile et agréable alors que l’on monte lentement vers une crête atteinte à Trumilly.

 

Eglise de Trumilly

Eglise de Trumilly

La carte y recommande l’église et je n’étais pas encore blasé par cet excès de recommandations. Dans le Valois, la carte voit des églises intéressantes partout et c’est vrai que ce sont toutes de charmantes églises plus ou moins gothiques en pierre blanche, mais elles se ressemblent assez et on n’est pas obligé de s’arrêter à chaque fois. Dans le cas de Trumilly, le détour jusqu’au centre du village valait la peine car l’église a gardé un portail roman des années 1080 particulièrement ancien pour la région. Pas beaucoup de décoration et pas de chapiteaux mais de beaux chevrons normands.

Certes, j’étais sur une crête, mais il y en a une seconde plus haute 5 km plus loin et on passe effectivement à Fresnoy-la-Montagne. On a cette fois une vue étendue que l’on a d’ailleurs aussi du TGV Nord, sauf que le train va trop vite pour que l’on s’en rende compte. La vue porte au-delà de la vallée boisée de la Nonette vers les crêtes de Goële qui forment la limite sud du Valois.

 

Eglise de Baron

Eglise de Baron

En descendant vers la Nonette, je suis passé à Baron où j’ai hésité à pique-niquer mais où je n’ai pas trouvé de banc agréable. A défaut, j’y ai remarqué une imposante église gothique flamboyant qui semble beaucoup plus grande qu’un village de 800 habitants ne l’exige. Il n’y a pratiquement pas de décor mais les proportions sont remarquablement équilibrées et il y a une jolie flèche ajourée comme à Plailly.

Après 4 km énervants sur une route très passante dans la chaleur, j’ai pu tourner vers le fond de la vallée où j’ai trouvé une route forestière qui longe une petite rivière jusqu’au site de l’abbaye de Châalis où j’ai commencé par m’asseoir sous de très beaux chênes pour mon pique-nique. Il y avait quelques saletés par terre en raison du grand parking de l’abbaye qui sert de point de départ aux promeneurs le dimanche, problème assez francilien de nos jours.

 

Ruines de l'abbaye de Châalis

Ruines de l’abbaye de Châalis

De mon banc, j’avais aussi une bonne vue sur l’abbaye ou plutôt sur les ruines et le château. L’abbaye fut assez importante autour de 1250 et eut des abbés dynamiques jusqu’à la Révolution, mais les derniers avaient des goûts excessivement luxueux et l’abbaye fit faillite en 1783, chose assez rare. A la Révolution, un spéculateur acheta le complexe, finançant son installation dans l’ancien château abbatial par les pierres des autres bâtiments et de l’église. Il ne reste donc que des ruines fort romantiques mais assez succinctes.

 

Vue d'ensemble à Chaâlis

Vue d’ensemble à Chaâlis

Le château passa plus tard à une dame de la grande bourgeoisie parisienne puis à sa nièce, l’artiste peintre Nellie Jacquemart, épouse du banquier Edouard André. Le couple légua à l’Institut de France son hôtel particulier parisien, maintenant le musée Jacquemart-André, et le château de Châalis avec une collection d’art célèbre et assez éclectique. On visite aussi dans la propriété la chapelle ornée de fresques du Primatice de 1545 et une roseraie réputée – pour tout dire, ce serait un bon but d’excursion depuis Paris, mais il faut une voiture car il n’y a pas de gare à proximité.

 

Douves du château de Châalis

Douves du château de Châalis

Depuis la grille, je voyais assez bien les ruines de l’abbaye mais à peine les autres bâtiments. Par contre, je pouvais facilement profiter de la vue charmante des pavillons se reflétant dans les douves. Un sentier de randonnée part du parking vers Ermenonville à quelques kilomètres tandis que j’ai été obligé de prendre la route étroite et très passante.

 

Parc d'attractions de la Mer de Sable

Parc d’attractions de la Mer de Sable

En face du parking de l’abbaye et de ses immenses chênes, on voit l’entrée de la Mer de Sable, lieu dont le nom excitait mon imagination depuis des années. J’imaginais un genre de lande sablonneuse comme la Lande de Lunebourg, trouvant un vrai désert avec des dunes peu probable, et je ne m’attendais pas du tout à la réalité, un parc d’attractions pour jeunes enfants sur le thème du Far West.

La photo prise de l’entrée en profitant de ce que le parc n’avait pas encore ouvert pour la saison est donc trompeuse car on devine des palmiers et une mosquée en plastique. Le parc fut fondé par un homme exceptionnel, Jean Richard, qui alliait un talent reconnu d’acteur de cinéma et de télévision à un excellent sens commercial comme le prouve le succès de son cirque.

Au demeurant, la mer de sable était effectivement une lande sablonneuse qui provient du fait que l’on a enlevé toute la terre qui était au-dessus du sable pour la vendre comme terre de bruyère aux jardineries parisiennes. En continuant vers Ermenonville par la route dangereuse, j’ai effectivement vu une zone où des pins et des fougères poussent sur des collines de sable.

 

Château-hôtel à Ermenonville

Château-hôtel à Ermenonville

Ermenonville est un tout petit village, mais c’est aussi un site important et un haut-lieu du culte des hommes célèbres puisque c’est ici que Jean-Jacques Rousseau souhaita être enterré dans le parc du château. Ce château fut construit en 1725 et a été transformé en hôtel de luxe tandis que le parc situé de l’autre côté de la petite route d’accès au village appartient en grande partie au département.

 

Plaques commémoratives à Ermenonville

Plaques commémoratives à Ermenonville

Il y a aussi un restaurant dans les communs du château qui m’a amusé car on voit sur le mur deux plaques visiblement anciennes célébrant en des termes assez Ancien Régime les visites de Gustave III de Suède et de Joseph II d’Autriche, montrant l’importance du lieu.

Un officier au service du duc de Lorraine, héritier du domaine, fit aménager le parc vers 1770 dans le style alors tout nouveau et excitant des parcs à l’anglaise. Il fit donc construire diverses fabriques symboliques dans un cadre faussement naturel. Très cultivé, il admirait beaucoup Jean-Jacques Rousseau, l’un de ces philosophes dont la bonne société du XVIIIème siècle était fort friande; le penseur était déjà très malade et mourut peu de temps après son installation dans ce qui était pensé comme un lieu de séjour plus sain que Paris.

Après le rachat du parc abandonné, le département a restauré une partie des fabriques (il s’agit parfois d’un simple banc) et installé une exposition afin de justifier le droit d’entrée. Je ne pouvais évidemment pas visiter avec mon vélo et pour des raisons de temps, mais je ne sais pas si j’aurais été impressionné après avoir vu Stourhead et Wörlitz.

Eglise d'Othis

Eglise d’Othis

J’ai continué plein sud après Ermenonville sur une route où la circulation montrait que je me rapprochais de la banlieue parisienne. Je ne me suis pas arrêté à Ver-sur-Launette, étant un peu blasé pour les églises, mais je me suis arrêté volontiers au village suivant, Othis, parce que j’avais de la peine à me repérer sur ma carte et que j’étais un peu essouflé par une côte.

 

J’ai bien fait car ceci m’a permis de noter le remarquable portail Renaissance de l’église, attribué à nul autre que le célèbre sculpteur Jean Goujon. C’est une réinterprétation intelligente et originale des formes classiques du tympan et de la rosace, combinées à des références antiques comme les statues dans les niches et les colonnes cannelées. Il date de 1573.

 

Vue depuis Dammartin-en-Goële

Vue depuis Dammartin-en-Goële

Depuis Othis, on peut descendre de la crête de Goële vers Paris, mais ceci implique de traverser la zone de l’aéroport de Roissy qui ne m’a pas semblé recommandée pour un cycliste. J’ai donc continué un moment le long de la crête jusqu’au point culminant, le bourg de Dammartin-en-Goële. Ceci m’a valu une côte particulièrement raide. Le bourg ne m’a pas paru vraiment passionnant, c’est un long village-rue avec une église relativement banale, mais on a une vue très étendue depuis le bourg en direction de la vallée de la Marne. J’ai essayé une photo en direction de Roissy et du plateau de France mais le temps était très brumeux. La vue était meilleure vers le Valois au Nord mais moins intéressante.

 

Gare de Dammartin

Gare de Dammartin

Je suis descendu de Dammartin vers le plateau en passant devant la gare qui m’a étonné par une marée impressionnante de rosiers, à tel point que l’on ne voit presque plus le bâtiment SNCF en haut à droite sur la photo. On peut prendre le train pour la Gare du Nord ici, mais il était encore bien trop tôt pour que cela se justifie. En continuant sur le plateau, je suis passé dans le gros village de Juilly puis dans le petit village de Nantouillet qui est beancoup plus intéressant. J’y ai découvert avec plaisir un château fort que je n’attendais pas. Il date de 1525 avec des restes imposants même si ce ne sont que des ruines.

 

Château de Nantouillet

Château de Nantouillet

La statue au-dessus de l’entrée ne représentait ni Hercule, ni le maître des lieux, mais Jupiter tonnant. Le propriétaire ne brillait pas par sa modestie: chancelier de France et de Bretagne, régent occulte pendant la captivité de François Ier, il se décida pour une carrière ecclésiastique après le décès de son épouse et devint évêque successivement de Valence, Die, Sens, Albi et Meaux. Ses fils et son frère seront aussi évêques. Il paraît qu’il ambitionnait de devenir pape mais le roi de France l’aurait trouvé trop vieux et aurait refusé de l’aider à acheter les voix des cardinaux électeurs.

Comme à Juilly, Nantouillet est dans un ravin avec une bonne petite côte à la sortie, et on répète l’opération à Saint-Mesmes (où habitent les Maximois). Arrivé à Messy, j’ai cherché à rejoindre le canal de l’Ourcq que je savais doté d’une piste cyclable jusqu’à l’entrée de Paris. Je me suis surpris moi-même en trouvant effectivement tout seul la petite route non indiquée qui va de Gressy à l’écluse de la Rosée. Le dernier obstacle a été la traversée de la départementale où il y a une circulation considérable parce que c’est l’un des principaux axes entre l’aéroport de Roissy et la banlieue est de Paris.

 

Canal de l'Ourcq à Sevran

Canal de l’Ourcq à Sevran

Le canal de l’Ourcq est un peu ennuyeux comme tous les canaux, avec de longues lignes droites et très peu de vue de chaque côté à cause des rangées d’arbres et de buissons qui poussent bien près de l’eau. La piste cyclable est par contre goudronnée, ce qui est bien agréable et évite de perdre du temps. La section jusqu’au pont de Tremblay est vraiment monotone mais tranquille.

Au pont de Tremblay, on traverse le canal et on entre dans le parc de Sevran qui est un endroit curieux. Il a l’apparence d’une forêt assez sauvage, la proximité des banlieues se voyant aux nombreux sentiers inofficiels du sous-bois et aux déchets occasionnels. Mais c’était en fait un terrain industriel jusqu’en 1960 et il en reste quelques arcades ou morceaux de murs en souvenir. C’était même un terrain très secret car il abrita la poudrerie de l’armée de 1873 à 1973.

Je n’avais trouvé aucun banc au bord du canal de l’Ourcq (je pense que ce n’est pas souhaité par la régie de gestion des canaux car c’est le cas presque partout en France) et j’ai donc utilisé un gros tronc d’arbre pour manger un goûter confortablement assis. Vu les banlieues denses tout autour du parc, il y a énormément de passage et j’avais l’impression d’être très intéressant. Certaines des personnes n’inspirent pas vraiment confiance car les banlieues avoisinantes sont très populaires et un grand parc forestier peut tenter certains trafiquants. Une jeune femme y fut d’ailleurs assassinée deux mois après, faisant les gros titres de la presse pendant le trou estival. La seule chose que je n’ai pas vue dans le bois est les préservatifs que l’on trouve dans certains coins due Bois de Vincennes, le bois de Sevran étant fermé par des grilles la nuit.

Juste après la sortie du parc forestier, j’ai quitté la piste cyclable du canal qui m’aurait conduit via Bobigny à la porte de Pantin. J’ai pris au sud vers Livry-Gargan où un feu permet de croiser la nationale 3 non loin d’un gigantesque cèdre du Liban planté en 1650. De l’autre côté de la nationale, j’ai eu quelques difficultés à m’y retrouver car je n’ai pas vu de pancarte pour Clichy-sous-Bois.

 

Notre-Dame-des-Anges à Clichy-sous-Bois

Notre-Dame-des-Anges à Clichy-sous-Bois

Dans l’ensemble, j’ai eu beaucoup de peine à m’orienter dans la banlieue nord-est tant à cause des reliefs que du manque de pancartes claires. Je trouve que c’est plus facile dans les Hauts-de-Seine, mais c’est peut-être parce que je suis plus familier avec la région et parce que la Seine permet de se répérer plus facilement. Dans le cas présent, je me suis retrouvé à monter une côte tellement raide que j’ai fini à pied et je n’avais aucune idée arrivé en haut près d’un cimetière s’il fallait que je tourne à gauche ou à droite pour trouver Notre-Dame-des-Anges, église recommandée sur ma carte.

Finalement, j’ai tourné à gauche, j’ai à nouveau hésité plus tard parce que je ne voulais pas descendre pour rien de la colline si raide et j’ai essayé de me retrouver à l’aide des plans sur les arrêts de bus. Je suis tombé sur une pancarte pour l’église tout à fait par hasard et j’ai été très soulagé ! C’est en fait une petite chapelle au bout d’une allée ombragée avec une coupole très étrange qui date de 1868. Je ne sais pas pourquoi la carte et le guide Michelin trouvent cette chapelle intéressante.

 

Soucoupe volantei à Clichy-sous-Bois

Soucoupe volantei à Clichy-sous-Bois

Je suis remonté en poussant le vélo au sommet de la colline où je suis tombé sur un carrefour de proportions soviétiques certainement conçu à l’époque où Clichy-sous-Bois avait un maire communiste. J’ai remarqué un bâtiment dans un style futuriste intéressant au bord du carrefour, peut-être un stade ou une piscine. On dirait un peu un OVNI et il fait très années 50.

Clichy est une ville un peu étrange, du moins la petite partie que j’en ai vue. Les passants donnent l’impression d’une ville populaire avec une forte proportion d’immigrés, ce qui est aussi le cas à Sarcelles ou à Elancourt, mais les avenues si larges rendent le lieu vide et froid. J’ai lu ensuite que c’est la ville la plus jeune de France avec 39% de la population en-dessous de 20 ans, dont les 3/4 sont d’origine étrangère. Près du tiers des habitants habitent dans des logements sociaux qui sont à Clichy des grandes cités en barres des années 60. Je serais curieux de connaître le taux de chômage.

A la réalité statistique s’ajoute le fait que Clichy est particulièrement mal desservi avec aucune gare ni aucune voie rapide dans un rayon de 5 km. Ceci ne peut que renforcer les risques de ghetto et c’est de Clichy (et non de Sarcelles) que sont parties les émeutes de fin 2008 qui ont permis au président Sarkozy d’essayer l’état d’urgence pendant deux mois.

Malgré tous ces facteurs de risque, j’ai trouvé que la ville est très propre et je ne me suis pas du tout senti en danger – mais je roulais sur des grandes avenues à l’écart des cités. Alors qu’il m’est souvent arrivé à Londres de traverser des cités parce qu’elles sont petites et qu’il y en a partout, les ghettos français sont assez coupés des axes de circulation.

J’ai quitté Clichy par une longue descente en direction du Raincy, suivant les pancartes qui ne correspondaient pas vraiment à ma carte à cause des sens uniques. Par un heureux hasard, je me suis retrouvé dans une rue très commerçante à passer devant une église moderne curieuse et j’ai constaté que c’était justement l’église du Raincy que je voulais visiter. Monsieur le Curé était en train d’instruire les catéchumènes sur le parvis et se préparait à entrer avec eux dans l’église, mais j’ai eu juste le temps de faire deux petites photos à l’intérieur.

 

Notre-Dame du Raincy

Notre-Dame du Raincy

Notre-Dame du Raincy est un monument célèbre dans le monde entier parmi les spécialistes car ce fut la première église construite en béton armé et c’est un des chefs-d’œuvre du grand architecte Auguste Perret (il a aussi construit le Mobilier National à Paris, bâtiment emblématique, et sa reconstruction du Havre après la seconde guerre mondiale figure au patrimoine mondial de l’Unesco).

 

Notre-Dame au Raincy

Notre-Dame au Raincy

La paroisse avait peu d’argent et fut donc prête à accepter un projet dans le matériau le moins cher possible. Perret l’aida en standardisant les sections de construction et les vitraux sont peints plutôt que coulés. L’esthétique est révolutionnaire pour l’époque avec des matériaux à l’état brut et un vaisseau aérien qui paraît immense. J’ai pris deux photos, une pour la structure en béton, l’autre pour la couleur merveilleuse du gigantesque mur-vitrail du chœur.

 

Clocher de Notre-Dame du Raincy

Clocher de Notre-Dame du Raincy

Le Corbusier, grand amateur de béton, critiqua l’église du Raincy pour sa façade trop tarabiscotée qui cacherait la pureté des formes à l’intérieur. On comprend mieux ce qu’il veut dire quand on compare avec son propre chef-d’œuvre, l’église de Ronchamp, toute en lignes pures à l’extérieur. Il n’aimait probablement pas non plus le clocher du Raincy qui est assez influencé par l’art déco (le sommet en particulier rappelle certaines tours de New-York).

Je trouve amusant de penser que Le Raincy avec son église ultra-moderniste est en fait une des villes les plus bourgeoises de la banlieue parisienne, ce que l’on voit entre autres aux magasins nombreux et bien achalandés, aux voitures comfortables et aux belles villas dans des avenues ombragées. Le maire se distingue par des efforts intensifs pour filmer les rues et poursuivre les délinquants éventuels, ce qui est payant en l’occurrence.

En fait, Le Raincy était jusque vers 1850 rien d’autre qu’un grand parc de chasse royal avec un palais construit sous Louis XIII pour rivaliser avec Versailles (qui était encore le petit château d’origine). Le château fut détruit lors d’une émeute contre Louis-Philippe et le parc fut vendu par lots à des personnes de la haute société désireuses de se construire des maisons de campagne.

Tout en bas du Raincy, je suis passé devant la gare que je connais par le TGV Est et qui ferait une fin raisonnable pour l’étape. Je tenais à finir le trajet à vélo et j’ai donc continué vers Paris, mais je me suis complètement perdu dans les échangeurs très compliqués de Noisy-le-Sec qui mélangent trois nationales et quatre autoroutes. Finalement, je me suis retrouvé sur une grande avenue en direction de Pantin au lieu de Montreuil.

J’ai essayé de corriger dès que possible sans pour autant me perdre dans une grande cité HLM qui domine l’échangeur et je me suis ainsi retrouvé à la mairie de Noisy-le-Sec où j’ai enfin trouvé une pancarte pour Paris-Porte des Lilas, ce qui représentait un bon compromis si je ne pouvais pas atteindre la Porte de Montreuil. J’ai un peu souffert d’une longue côte assez raide pour monter aux Lilas, petite commune de proche banlieue où j’ai trouvé la rue bien étroite pour faire circuler autant de voitures (un peu comme à Levallois).

Dans Paris, j’ai été obligé de faire un grand détour puisqu’il fallait que je passe Gare du Nord pour avoir les horaires de train du lendemain tels qu’adaptés à la grève. J’ai pris la rue de Belleville puis l’avenue Bolivar, trouvant qu’il était finalement bien agréable de descendre tout du long jusqu’à Stalingrad. En plus, c’est un quartier que je ne connaissais pratiquement pas en dehors des parcs.

Il n’était pas excessivement tard pour une étape aussi longue, ceci grâce à mon lever matinal. Par contre, j’étais vraiment fatigué et j’étais content de ne pas avoir à ressortir et de pouvoir faire la cuisine dans l’appartement avec les mêmes ingrédients que trois jours avant puisque j’avais acheté les portions en double: soupe de champignons, risotto aux fruits de mer et demi-melon.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :