Etape 16: Artois et Ostrevent

(16ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Mardi 17 juin

130 km

Dénivelé 942 m

Couvert avec vent du Nord assez froid

Ecquedecques – Lillers – Marles – Bruay-la-Buissière – Houdain – Olhain – Servins – Souchez – Angres – mémorial canadien – Arras – Saint-Laurent-Blangy rive droite – Athies – Rœux – Sailly-en-Ostrevent – Arleux – Palluel – Aubigny-au-Bac – Wasnes – Bouchain – Villers-en-Cauchies

Artois et Ostrevent

Départements 62 et 59

Je ne peux pas recommander de faire la même étape que moi, le trajet est beaucoup trop long et je m’étais senti obligé parce que je n’avais pas pu trouver la moindre chambre d’hôtes abordable autour d’Arras ou de Douai qui seraient la fin logique de l’étape. Douai serait aussi une ville étape intéressante du point de vue du patrimoine bâti. On verra aussi que je suis obligé de recommander d’éviter l’hébergement de Villers-en-Cauchies.

La région entre Bruay et la frontière belge à Valenciennes est une bande presque continue de cités ouvrières et de zones industrielles avec des villes importantes comme Béthune, Lens, Douai et Denain. J’étais passé plus au Nord dans la plaine de Flandre lors d’un autre voyage il y a des années et j’ai décidé de passer plus au Sud dans l’Artois, mais avec quelques incursions dans le bassin minier quand même pour des questions de statistique (arrondissement de Lens).

 

Eglise de Lillers

Eglise de Lillers

A Ecquedecques, on n’est pas encore dans le bassin minier, et le bourg voisin de Lillers rappelle encore plutôt les villes de Flandre. Comme Aire-sur-la-Lys, la ville a été détruite de nombreuses fois pendant diverses guerres jusqu’à la conquête française en 1713, mais la ville profita de la conquête car son industrie principale était celle de la chaussure, pour laquelle il y avait un grand marché en France. De nos jours, c’est une petite ville dynamique spécialisée dans l’agro-alimentaire.

 

Vieille maison à Lillers

Vieille maison à Lillers

Les rues commerçantes font toutefois un effet assez modeste et je n’ai pas repéré de boulangerie appétissante, ce qui m’a surpris pour une ville de 10.000 habitants. La ville était nettement plus petite autrefois et il n’y a donc pas d’hôtel communal imposant, juste une collégiale avec une jolie façade romane et une maison très ancienne tout à fait flamande. Elle a en particulier une jolie niche gothique avec un saint un peu usé par les gaz d’échappement.

 

Terrils de Lozinghem

Terrils de Lozinghem

Pour éviter la grande ville de Béthune et la circulation, je suis passé un peu plus au sud par Bruay. Dès 5 km après Lillers, les premiers terrils apparaissent car c’est l’extrémité ouest du bassin houiller. Je me suis rendu compte que les mines sont implantées plus ou moins sur le rebord d’un escarpement naturel qui sépare le plateau de l’Artois de la plaine de Flandre; de nombreuses petites rivières coulent vers la Flandre en creusant des ravins plus ou moins profonds. Je ne sais pas si c’est un relief de cuesta comme la Côte de Meuse, mais l’effet est semblable.

Evidemment, qui dit ravins dit un jeu de montagnes russes quand on roule parallèlement à l’escarpement mais en haut plutôt qu’en bas (je voulais éviter les villes et les autoroutes qui sont en bas). A Marles, des corons et des terrains abandonnés jonchent le ravin tandis que le plateau est dégagé. A Bruay, les corons débordent largement sur le plateau. Ils ne ressemblent pas à ceux du bassin minier lorrain, les rangées de maisons sont plus aérées et j’ai l’impression qu’on les a rénovées. Ce serait logique vu que 75% des corons avaient été construits à une époque où une salle de bain et des WC dans la maison paraissaient presque fantaisistes.

Je cherchais toujours une boulangerie et j’ai donc fait un petit détour dans le centre de Bruay qui est une ville pleine de magasins. Curieusement, je n’ai trouvé aucune boulangerie. J’ai même envisagé de m’arrêter dans un supermarché faute de mieux, mais les pancartes du magasin m’ont dissuadé d’y laisser le vélo sans surveillance: l’accès aux toilettes n’est permis que sur dépôt des clefs de la voiture à la réception. Il y aussi une procédure compliquée du même genre si on veut prendre de l’essence.

Bruay s’appelle Bruay-la-Buissière depuis 1987 suite à une fusion de communes, mais mon atlas de 1992 note encore Bruay-en-Artois. La population a baissé de 31.000 à 23.000 habitants après la fermeture des houillères, ce qui explique la largeur un peu excessive des rues pour une ville relativement calme. Je n’ai pas trouvé de chiffres récents, mais ceux de 2008 sont parlants: c’était à peu de choses près la commune la plus pauvre de France (le revenu moyen par ménage était de 1100 € par mois en 2008) et le taux de chômage approchait déjà à l’époque les 20%. Les seuls employeurs sont des centrales de logistique des chaînes de supermarchés et les administrations. Le maire est toutefois PS et non Front National.

 

Hôtel de ville de Bruay

Hôtel de ville de Bruay

Quand on passe à travers la ville, on a une impression étrange, un peu comme dans un film des années 50 avec des figurants en costumes actuels. On a un peu la même impression dans les petites villes minières lorraines comme Villerupt et Hayange, mais Bruay est beaucoup plus grand. Il y a très peu de bâtiments modernes ou même simplement repeints, les bâtiments publics ont l’air surdimensionnés comme l’hôtel de ville majestueux qui fait penser à celui de Calais. Les rues sont grises, les pavés un peu disjoints, les places de parking faciles à trouver et bon marché, les magasins un peu fatigués et vides.

 

Vallée de la Lawe à Houdain

Vallée de la Lawe à Houdain

Là où l’Etat est compétent, comme pour construire des déviations et des autoroutes, on voit que l’on a investi dans les infrastructures même si ceci n’a finalement pas apporté beaucoup d’emplois durables. J’ai été très surpris de voir le changement dans le paysage entre Bruay et Houdain à 3 km. On passe sans prévenir du bassin houiller décati à un petit bourg agricole de l’Artois. Je ne me suis pas fatigué à aller jusqu’à l’église qui est en hauteur, ne voulant pas perdre de temps sur une étape aussi longue, mais j’ai été très heureux de trouver enfin une boulangerie.

La jeune fille m’a dit qu’il y a 3 ou 4 boulangeries à Bruay, mais qu’elles sont effectivement toutes près du lycée et qu’il n’y en a plus dans la rue principale. Etrange. Elle avait des gâteaux appétissants mais elle avait aussi une de ces machines étranges qui se répandent de plus en plus et qui servent à rendre la monnaie. Comme elles existent surtout dans les régions sujettes à la criminalité (j’en ai vu à Marseille et dans certains quartiers de Paris, et donc ici dans le bassin minier du Nord), je me demande si c’est un investissement consenti par les boulangers pour rassurer leurs employées ou une exigence des assurances. Ou peut-être un nouveau système pour faire en plus automatiquement la comptabilité et pour contrôler l’honnêteté du personnel ?

Au demeurant, j’ai de la peine à imaginer de telles machines en Allemagne. Une autre machine très française est la caisse de supermarché en libre-service, que je n’ai vu ni en Allemagne ni en Angleterre. Dans ces deux pays, le personnel est si bon marché que l’investissement n’en vaut pas la peine pour le moment.

Pour manger mon en-cas, je me suis assis sur un petit banc en pierre un peu dur au bord du ruisseau (la Lawe, un nom bien flamand). L’endroit était tranquille sur une place du village à l’écart de la route et j’avais vraiment l’impression d’être sorti du bassin minier alors que Houdain eut ses mines autrefois.

 

Château de Ranchicourt

Château de Ranchicourt

En remontant la vallée, je suis passé devant deux châteaux. Celui de Ranchicourt est un bâtiment solennel construit en 1778 et qui abrite maintenant un restaurant de luxe. Les ailes en briques et pierre ont un petit air Louis XIII tandis que le pavillon central a un toit bombé assez XIXème siècle.

 

Château d'Olhain

Château d’Olhain

L’autre château à Olhain est malheureusement peu visible depuis la route à cause des murs et d’un grand pré privé entre la route et les douves. Le château se visite en été mais il est vide à l’intérieur et appartient à une ferme attenante. Il vaut surtout par les beaux volumes et il est assez rare pour la région car il a survécu à toutes les guerres, au point que l’on a retrouvé des pans de murs du VIIème siècle.

 

Dolmen de Fresnicourt

Dolmen de Fresnicourt

Plutôt que de rejoindre la nationale (une ancienne voie romaine terriblement rectiligne), j’ai remonté un ravin latéral par une côte particulièrement sérieuse pour arriver sur le plateau à Fresnicourt-le-Dolmen. Un tel nom ne pouvait que m’inciter à un petit détour. Le dolmen en question me semble un reste d’allée couverte et on voit évidemment mieux en Bretagne. C’est toutefois une rareté dans la région et j’ai croisé deux voitures de touristes anglais sans arriver à déterminer si ce qui les intéressait était le dolmen ou plutôt le petit bois derrière propice à leur pique-nique.

 

Traces de tumulus à Fresnicourt

Traces de tumulus à Fresnicourt

Dans un pré clôturé en face du dolmen, j’ai immédiatement remarqué des bosses suspectes. Il n’y a pas de panneaux sur place, mais j’ai immédiatement pensé que ce pourrait tout à fait être les restes d’un grand tumulus. Vu le diamètre, le dolmen aurait même pu être la chambre funéraire au centre.

J’ai fait une expérience désagréable un peu plus loin, la route directe pour Servins était barrée et il fallait faire un détour de 1 km contre le vent (puis 1 km avec le vent dans le dos pour être honnête). Je me suis aperçu après coup que la route était en fait parfaitement accessible, mais qu’on l’avait mise en sens unique pour éviter que les voitures n’aient des problèmes à croiser des tracteurs; On aurait mieux fait de mettre « sens unique » plutôt que « route barrée » !

De Servins, la route descend rapidement vers le village tout en longueur d’Ablain-Saint-Nazaire qui a installé des panneaux tout neufs en l’honneur de la guerre de 1914-18. Le village fut entièrement détruit en 1914 car il se trouve au pied d’une colline qui domine tout le bassin minier. Cette colline fit l’objet de combats acharnés, les Allemands cherchant à empêcher les Français de s’y installer durablement et de les menacer de haut. C’était à peu près l’extrémité de l’avance allemande vers l’Ouest. Les Français sacrifient 100.000 soldats en mai 1915 pour s’en emparer et les Allemands qui ont perdu 88.000 soldats se retranchent de l’autre côté du vallon d’Ablain sur la crête de Vimy qui est aussi haute.

 

Mairie de Ablain-Saint-Nazaire

Mairie de Ablain-Saint-Nazaire

La colline en question fut choisie dans les années 1920 pour construire le principal mémorial français du front du Nord, la basilique Notre-Dame-de-Lorette. Je n’y suis pas allé, craignant les effets un peu grandiloquents qu’affectionnent les organes du patrimoine en l’année du centenaire du début de la Première Guerre Mondiale. Ablain est intéressant à visiter en soi car on s’est donné pas mal de la peine lors de la reconstruction. La mairie en style « faux régional » nettement trop grande pour un petit village rural abritait en réalité aussi les écoles et les logements des maîtres. On admirera la taille du parvis digne d’une grande ville.

 

Nouvelle église d'Ablain

Nouvelle église d’Ablain

En face, on peut admirer la façade art déco de l’église. Les arcades néo-romanes rappellent fâcheusement le style impérial allemand des années 1890, mais la rosace en forme d’amande et les fresques aux coins sont typiquement Art déco.

 

Ancienne église d'Ablain

Ancienne église d’Ablain

Il reste au demeurant quelques murs de l’église d’origine de style Renaissance, que l’on était en train de consolider lors de mon passage en prévision des nombreuses commémorations à attendre entre 2014 et 2018 au mémorial. Comme on ne voit pas la différence entre une ruine due aux obus de 1914 et une ruine due à l’abandon d’une abbatiale après la Révolution, je ne sais pas si je me serais donné la peine.

Pour rejoindre Arras, je voulais passer par Vimy et le mémorial canadien. Je me suis engagé d’abord sur une route prêtant à confusion, mais elle s’est transformée en chemin creux et montait raide vers une autoroute, ce qui fait que j’ai estimé préférable d’accepter les 5 km de détour et de suivre une vraie route. Ceci avait aussi l’avantage de me faire traverser deux communes de l’arrondissement encore vierge de Lens sans pour autant entrer vraiment dans le bassin houiller.

 

La Flandre depuis Givenchy

La Flandre depuis Givenchy

J’ai suivi un itinéraire pour cyclotouristes qui avait l’avantage d’éviter les routes principales mais je me suis demandé si j’aurais pu trouver une pente moins raide. A la fin, on rejoint de toute façon à Givenchy (oui, comme le parfum) la route normale qui est assez large car elle doit permettre la circulation des autocars de vétérans.

 

Vue depuis le mémorial de Vimy

Vue depuis le mémorial de Vimy

La route mène en effet au mémorial canadien de Vimy, qui est un endroit intéressant et moins grandiloquent que les mémoriaux français. Comme je l’ai dit à propos d’Ablain, les Allemands forcés d’évacuer la colline de Lorette s’étaient retranchés à Vimy et les Français aidés de soldats anglais essayèrent pendant deux ans en vain de prendre la colline de Vimy, perdant 150.000 soldats. Quand on regarde mes deux photos du paysage, on comprend d’ailleurs pourquoi les Allemands voulaient à tout prix empêcher les Français de s’y installer et de bombarder leurs positions et tout particulièrement les houillères de Lens dont ils avaient grand besoin.

C’est une attaque canadienne en avril 1917 qui obtint le résultat voulu. Elle coûta 4.000 morts, ce qui est nettement moins en comparaison que les efforts précédents, et reposa sur une tactique innovante et sur de gros efforts d’explications préliminaires à l’intention des sous-officiers. Les leçons de Vimy débloquèrent virtuellement la guerre de tranchées. Pour les Canadiens, Vimy est une grande victoire face au pouvoir colonial anglais inefficace pendant deux ans et permet au pays d’être reconnu internationalement. Alors que les Australiens garderont encore longtemps des complexes de colonisés, les Canadiens les ont évacués à Vimy.

 

Mémorial canadien de Vimy

Mémorial canadien de Vimy

On se rend compte de tout ceci quand on voit la simplicité hautaine du monument. Un mémorial américain croûle généralement sous les drapeaux et le triomphalisme patriotique. Un mémorial français a un côté entre pédagogie et attraction touristique un peu embarrassant. Un mémorial allemand est austère et discret. Un mémorial anglais est un cimetière surtout remarquable à ce que l’entretien est facile et peu coûteux.

 

Champ de bataille de Vimy

Champ de bataille de Vimy

Quand on a vu le monument, on peut visiter 1 km plus loin un genre de musée. Entre les deux, la route passe un bois de beaux pins avec d’innombrables petits monticules et effondrements qui sont le souvenir herbu des trous d’obus. Je n’ai évidement pas visité le musée faute de temps mais je sais que l’on peut y voir des tranchées, des tunnels et diverses autres reconstitutions. On semble y amener souvent des classes scolaires car le site est plus parlant que les simples cimetières.

J’ai enfin trouvé là un banc adapté pour mon pique-nique (il était 14 h 30 !) et j’ai donc pu observer tout à loisirs un groupe de scolaires en excursion historique de fin d’année. Le spectacle en valait la peine. Les jeunes étaient accompagnés de leurs enseignants mais ceux-ci se tenaient prudemment à grande distance près des autobus et les jeunes gens couraient dans tous les sens en poussant des hurlements (rends-moi mon I-pad !). Les jeunes filles se montraient leurs SMS en gloussant.

Le bruit était tel qu’il a fini par attirer deux gardiens canadiens (le site de Vimy, comme les autres mémoriaux de la Première Guerre Mondiale, est un site extraterritorial comparable à une ambassade). Ils ont expliqué aux jeunes calmement pourquoi un peu de retenue serait souhaitable et j’ai été surpris de voir que les jeunes se sont légèrement calmés après cinq minutes passées à faire mine de ne pas avoir entendu les guides. Les enseignants se sont alors approchés à leur tour pour faire les photos d’excursion classiques puis tout le monde a envisagé de réfléchir à l’idée que l’on pourrait avoir l’intention de s’imaginer pouvoir monter dans les autocars.

Le parking était d’un calme olympien après leur départ, les arrivants subséquents se signalant plutôt par des petits roquets adaptés aux camping-cars. Je suis content d’avoir vu les deux états du site, agité puis calme; je dois cependant dire que je n’ai pas ressenti le moindre recueillement comme on pourrait l’avoir dans un cimetière militaire désert.

Je suis reparti de Vimy par une route descendant fort agréablement sur 10 km jusqu’à l’entrée d’Arras où l’on traverse la Scarpe. J’ai eu un peu de peine à trouver l’accès du centre ville au début et j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de circulation, mais je n’allais pas rater l’occasion de passer sur la grand-place qui est la principale attraction de la ville.

La grande époque d’Arras fut le XIIème siècle, quand on y fabriquait des tapisseries très renommées. La ville fut entièrement dépeuplée pendant les guerres franco-espagnoles; elle n’a pas plus d’habitants de nos jours qu’il y a 800 ans et c’est une ville de fonctionnaires. La ville fut en plus rasée pendant la Première Guerre Mondiale, étant à seulement 10 km des tranchées, même si l’on a tout reconstruit à l’identique.

 

Fontaine à Arras

Fontaine à Arras

L’entrée du centre ville se fait par une très belle fontaine baroque.

 

Art déco à Arras

Art déco à Arras

On trouve dans les rues quelques exemples intéressants d’art déco construits par des commerçants à l’esprit moderniste dans les années 20 (on trouve ceci aussi dans d’autres villes de la région comme Cambrai et Saint-Quentin). Mais l’inscription au registre de l’Unesco se justifie par l’immense place principale à arcades.

 

Grand-place d'Arras

Grand-place d’Arras

C’est encore l’urbanisme flamand typique, mais la place d’Arras a été construite au XVIIème siècle par la municipalité avec des maisons toutes identiques (utilisant un modèle du XVème siècle), ce qui donne à la place un aspect solennel que n’ont pas les grands-places des autres villes où les propriétaires rivalisaient pour construire une maison se distinguant de celle des voisins par une décoration encore plus riche et recherchée.

 

Hôtel de ville d'Arras

Hôtel de ville d’Arras

Au bout de la place, on trouve comme dans toutes les villes flamandes l’hôtel de ville avec son beffroi. C’est évidemment une reconstruction reprenant les plans d’origine des années 1500. Il en va de même du bâtiment du musée municipal, qui utilise le palais abbatial froid et solennel construit vers 1770 pour les abbés de Saint-Vaast.

 

Ancien palais abbatial à Arras

Ancien palais abbatial à Arras

J’ai essayé de ne pas m’attarder à Arras, sachant qu’il me restait 40 km à parcourir et que la ville est de toute façon une reconstitution. Le trajet m’a été facilité par le fait qu’Arras est à l’entrée de la plaine de Flandre et que le trajet a donc été en grande partie plat le long de la Scarpe puis d’une rivière parallèle, la Sensée. Les deux vallées sont assez verdoyantes et presque bocagères et ma seule irritation a été causée par une route barrée qui était en fait un sens unique comme j’en avais eu un le matin.

 

Rond-point à Saint-Laurent-Blangy

Rond-point à Saint-Laurent-Blangy

Les nombreux villages de la région ne présentent pas grand intérêt, ils ont tous été reconstruits après la guerre. Je me suis juste amusé à prendre en photo deux ronds-points dans la banlieue d’Arras, l’un avec un coureur cycliste en plantes vertes et l’autre avec une grenouille trônant dans une mare de verre pilé bleu roi.

 

Rond-point à la grenouille à Feuchy

Rond-point à la grenouille à Feuchy

Après Wasnes, j’ai coupé le méandre du confluent avec le canal du Nord et c’est évidemment là que j’ai eu des côtes et du vent contraire pendant quelques kilomètres.

 

Etang de la Sensée près de Palluel

Etang de la Sensée près de Palluel

Bouchain où la Sensée rejoint le canal est un bourg industriel triste qui est surtout connu dans la région pour avoir eu la plus grande centrale éléctrique au charbon du bassin minier avec toute la pollution que ceci impliquait. J’ai été surpris de constater que le paysage change complètement sur la rive droite du canal: on passe de la vallée verdoyante de la Sensée à un plateau céréalier particulièrement monotone avec très peu d’arbres. Comme la montée sur le plateau est en pente très douce et que j’étais poussé efficacement par le vent, je ne me suis guère posé de questions.

Je suis finalement arrivé à Villers-en-Cauchies où j’avais réservé mon hébergement un peu tard, peu avant 20 h. J’avais pris la précaution d’envoyer un SMS dans l’après-midi pour prévenir les propriétaires pour le cas où ils avaient prévu un horaire un peu juste pour le dîner. Je n’avais pas de craintes cependant car j’avais payé à l’avance la chambre et le repas. Comme il avait été complètement impossible d’atteindre le propriétaire au téléphone, j’avais fini par utiliser le système de réservation du site Gîtes de France. Dans certains départements, on peut obtenir une réservation confirmée en payant à l’avance, ce que j’avais préféré faire vu le peu de choix dans la région et le problème du dîner.

J’ai trouvé sans trop de problèmes la pancarte indiquant les chambres, mais le bâtiment est assez peu entretenu et il n’y avait personne. Heureusement, il y avait un numéro de portable indiqué sur la porte et j’ai ainsi atteint le monsieur qui habite de l’autre côté de la rue. Il m’a expliqué qu’il était très surpris de me voir arriver, l’explication étant que les Gîtes de France lui confirment les réservations par Internet et que ce monsieur n’ouvre jamais sa messagerie Internet qu’il trouve énervante.

Je me suis alors enquis poliment du dîner et il a semblé tomber des nues, n’étant pas du tout prévenu (encore une fois, il n’avait pas lu le message de réservation, ni mon propre message de confirmation, ni mon SMS du jour même…). Et il a tout simplement refusé de me faire à dîner, proposant généreusement de me rembourser le montant payé à l’avance.

Puisque je n’avais pas de provisions, il a fini par condescendre à me recommander au bout d’un quart d’heure de palabres insolentes un snack au bout du village. Quand j’y suis allé, il était fermé et j’ai encore appelé le monsieur pour me plaindre de son conseil donné visiblement en totale méconnaissance des horaires du snack. Je ne sais pas trop si le monsieur avait eu le temps de vérifier ses messages entre-temps, mais il était un peu gêné et m’a offert de me conduire à Cambrai à 20 km vu que c’était le seul endroit où il y aurait certainement un restaurant ouvert. Il paierait l’addition jusqu’au montant que j’avais versé à l’avance et je paierais le reste.

C’était un peu la solution que j’avais été obligé de prendre quelques jours avant à Acquigny puis dans la Somme et ce n’est pas dramatique, mais c’est déplaisant quand on a eu une étape particulièrement longue et que le monsieur commence par faire des difficultés pendant une heure et à se comporter comme s’il était parfaitement innocent du problème causé par sa propre incapacité à lire ses messages.

Une fois décidé à me conduire (dans une voiture dont je ne pense pas qu’elle survivrait au contrôle technique luxembourgeois), le monsieur a semblé prendre son parti de l’affaire et m’a finalement tenu compagnie au restaurant. Il n’a rien mangé, ayant probablement dîné avec sa femme à la maison, mais il a un peu papoté. J’ai eu l’impression que l’histoire ou les monuments de Cambrai ne l’intéressent pas tellement.

Par contre, j’ai eu droit à des explications détaillées et répétées plusieurs fois sur ses démêlés avec les autorités régionales qui ne veulent pas lui donner les moyens de lancer son projet favori, une exploitation agricole démontrant les bienfaits de certaines méthodes de culture des anciens Incas. Il se serait bien vu le faire sur les 500 hectares d’une ancienne base militaire et trouve déraisonnable et persécuteur que le Conseil Général et la Chambre de Commerce ne soient pas prêts à lui donner un crédit pour acheter les hectares (d’une des terres les plus fertiles de France, soit dit en passant).

On rencontre parfois des personnes animées par des idées fixes un peu irréalistes, mais c’est dommage quand ceci conduit à devenir amer et agressif alors qu’il n’a que 70 ans. Après avoir vendu sa petite exploitation (24 hectares, ce qui ne suffit pas de nos jours pour en vivre), il s’est essayé aux repas paysans puis aux chambres d’hôtes.

J’ai cru comprendre que Madame subit les lubies de Monsieur en faisant au mieux, et ceci se sent clairement. Madame prend soin des chambres qui sont mignonnes et propres, mais le bâtiment est ancien et bruyant car il est mitoyen avec des chambres d’enfants où il y a pas mal d’agitation. Et surtout, j’ai été déçu de l’accueil extrêmement froid de Madame le lendemain matin et du petit déjeuner particulièrement quelconque. Pour tout dire, si j’avais su, je serais resté dans un hôtel banal de Cambrai où j’aurais payé plus cher mais où j’aurais été accueilli correctement.

 

 

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