Etape 18: Thiérache

(18ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en 2014)

Jeudi 19 juin

97 km

Dénivelé 1113 m

Très nuageux le matin devenant très beau et chaud, vent du Nord modéré

Chigny – Englancourt – Marly – Etréaupont – La Hourbe – Plomion – Jeantes – Dugny – Cuisy-lès-Iviers – Archon – La Garde-de-Dieux – Mont-Saint-Jean – Rumigny – D27 – Launois-sur-Vence – Jandun

Thiérache

Départements 02 et 08

J’ai été un peu déçu au petit déjeuner, les dames ont une table dans la salle à manger couverte de confitures artisanales mais on ne peut goûter qu’un pot ouvert à l’avance et les autres pots sont uniquement pour ceux qui les achètent et les emportent chez eux. J’ai vu des hôtesses plus généreuses, mais surtout dans le sud de la France curieusement.

J’ai essayé de planifier la journée à l’aide d’une brochure sur les églises fortifiées de Thiérache, qui sont assez nombreuses mais que l’on ne peut pas visiter toutes si l’on ne fait que traverser la région, la plupart se trouvant dans une de deux vallées parallèles. A l’expérience, comme elles sont presque toutes fermées et qu’elles valent plus par l’impression d’ensemble que par les détails de l’architecture, on n’est pas obligé d’en voir un maximum.

 

Eglise de Marly-sur-Oise

Eglise de Marly-sur-Oise

Le premier village intéressant n’était qu’à 2 km, mais je n’avais pas prévu qu’il faudrait descendre dans la vallée et remonter ensuite. Du coup, j’ai été un peu déçu et je me suis méfié pour la suite du trajet, essayant de rester dans la vallée si possible. Le premier village de la vallée, Marly, a effectivement son église fortifiée.

 

Pierre tombale à Marly

Pierre tombale à Marly

C’est l’une des plus anciennes de la région car les tourelles sont octogonales et rappellent les châteaux forts du XIVème siècle, mais la nef fut en fait rehaussée en 1633. Il y a une pierre tombale curieuse dans le sol du parvis: la forme est typique de la tombe d’un curé, mais il est rare que celle-ci soit sur le parvis plutôt que dans l’église ou dans le cimetière.

La plupart des églises fortifiées de Thiérache furent construites pendant les guerres franco-espagnoles vers 1600 parce que les seigneurs locaux étaient peu influents et ne protégeaient pas beaucoup leurs terres. Les paysans construisirent donc au-dessus des églises des salles de refuge dépourvues d’ouvertures où leurs familles pouvaient se réfugier. Le bétail était enfermé en bas dans la nef.

Faute d’ouverture, les soldats (ou les pillards, qui étaient la plupart du temps des soldats démobilisés ou mal encadrés) ne pouvaient pas mettre le feu. L’accès des salles de refuge se faisait par les tourelles avec des portes cachées dans les boiseries de la nef que des pillards pressés et menacés par des objets lancés d’en haut renonçaient à identifier.

Il existe peu d’églises fortifiées ailleurs en France et Louis XIII ne les aurait d’ailleurs pas autorisées de peur que des Protestants ne s’y cachent. Par contre, il en existe dans d’autres pays peu sûrs comme la Transylvanie où elles sont même entourées de vrais murs avec chemins de ronde. En Thiérache, les paysans essayaient aussi de se protéger en se répartissant dans des petits villages cachés dans la verdure et difficiles d’accès; les chemins creux étaient peu entretenus de façon à ce que des attaquants munis de canons s’enfoncent dans les fondrières.

 

Eglise de Saint-Algis

Eglise de Saint-Algis

Après Marly (un petit village où j’ai eu la surprise de voir une boulangerie toute neuve bien achalandée, ce qui est courageux de la part du jeune couple qui s’y est installé), on passe en remontant l’Oise à Saint-Algis avec un clocher particulièrement massif. Les murs sont décorés par des alternances géométriques de briques, ce qui est fréquent aussi en Belgique. J’ai remarqué une voie verte à Saint-Algis qui fait partie d’un futur itinéraire cyclotouriste Bruxelles-Paris (sur la même idée que l’itinéraire Londres-Paris vu dans le pays de Bray). Mais la voie verte qui utilise une ancienne voie ferrée est en sable enrobé et je ne pouvais donc pas y rouler facilement.

 

Eglise d'Autreppes

Eglise d’Autreppes

A Autreppes, l’église date de 1632 et il ne faut pas se laisser tromper par les fenêtres de la nef ajoutées comme souvent dans la région au XIXème siècle pour donner plus de lumière pendant les offices. Cette fois, le clocher est moins dominant qu’à Saint-Algis mais les tourelles sont particulièrement élégantes. Autreppes est la dernière église de la vallée de l’Oise, le village d’Etréaupont qui a été le dernier dans la vallée étant né autour d’un relais de poste et n’ayant donc pas de monument remarquable.

 

Vallée de l'Oise près d'Etréaupont

Vallée de l’Oise près d’Etréaupont

J’ai quitté la vallée après Etréaupont par une longue côte raisonnable qui m’a donné un panorama intéressant. On se rend compte que l’Oise pénètre à cet endroit à travers un massif de collines abruptes qui dominent les plateaux boisés du Hainaut belge. La rupture géographique est frappante et correspond probablement au même escarpement que celui qui sépare la Flandre de l’Artois d’Arras jusqu’à Calais. Entre Arras et la Thiérache, l’escarpement semble noyé sous le limon du Cambrésis et la vallée large et plate de l’Escaut. En continuant après la Thiérache, on arrive vite dans les Ardennes et il y a là aussi un escarpement très marqué qui se prolonge directement plus au sud dans la Côte de Meuse. J’ai longé cet escarpement par le haut ou par le bas pendant presque tout le reste du voyage.

Si on remonte loin dans le temps, on constate que cette frontière naturelle était déjà la frontière entre le royaume franc et le royaume germanique lors du Traité de Verdun en 843. La France du XVIIIème siècle a donc conquis avec la Franche-Comté, la Lorraine et la Flandre des terres qui étaient d’obédience germanique tant par la culture que par la géographie. Ceci ne se sent plus après 120 ans d’école obligatoire à programme imposé de Paris qui a gommé toutes les cultures régionales.

 

Eglise de La Bouteille

Eglise de La Bouteille

Pour le moment, j’étais donc monté au sommet de l’escarpement où j’ai trouvé le village au nom amusant de La Bouteille avec son église assez semblable à celle d’Autreppes. J’ai profité du banc en face de la façade pour un en-cas avec cadre architectural. Le nom du village provient d’une fabrique de bouteilles ouverte en 1540 dans une région où le sable du sous-sol est favorable à la fabrication du verre.

L’église fut construite en même temps pour les nouveaux habitants puisqu’elle date de 1547. Sa particularité est que le plan au sol est un rectangle banal sans transept ni chœur, avec des tourelles à chaque coin. Ce serait la première église construite dans la région spécifiquement comme lieu de refuge et ceci se comprend parce que c’est le seul village situé sur un plateau dégagé facile d’accès.

 

Belle porte à Plomion

Belle porte à Plomion

J’ai ensuite traversé un ravin puis je suis remonté sur le plateau avant d’atteindre la vallée du Thon avec le village de Plomion. Les montagnes russes de Thiérache ne m’ont pas tellement gêné: les arbres rendent le paysage varié, on a des panoramas étendus depuis les crêtes et chaque village mérite un petit arrêt qui repose. Plomion est un ancien chef-lieu de canton très déchu mais avec un urbanisme intéressant datant d’une époque plus riche.

 

Place dite des Templiers à Plomion

Place dite des Templiers à Plomion

Au milieu du village, une grande place qui a la taille d’un foirail est occupée en partie par un grand bâtiment bas à pans de bois (le premier pour moi depuis plusieurs jours, on voit la proximité des forêts ardennaises). On a l’impression d’une ancienne halle indépendamment du fait que la place s’appelle « des Templiers ». D’autres anciens magasins autour de la place témoignent de l’époque disparue à laquelle les villages avaient des commerces, d’autant plus qu’ils n’ont pas été transformés en garages de résidences secondaires comme dans des régions plus proches de Paris.

 

Eglise de Plomion

Eglise de Plomion

L’église est réputée et c’est l’une des rares que l’on peut visiter sans rendez-vous. La façade classique à deux tourelles est complétée par un chœur à quatre tourelles et on voit encore dans les parties supérieures les traces d’une décoration en briques particulièrement élaborée. Le mobilier n’est pas remarquable (Wikipedia parle de façon amusante d' »une toile fort médiocre » avec « un vague paysage »).

 

Intérieur de l'église de Plomion

Intérieur de l’église de Plomion

Mais il faut remarquer le plafond plat alors que l’église a un toit haut et pentu. Les combles cachent évidemment le refuge et on voit la porte dérobée qui y menait. A titre anecdotique, l’église contient plusieurs statues offertes par un chirurgien en retraite qui s’est intéressé à la sculpture sur bois en utilisant des outils de chirurgie. Le résultat est original.

 

Entrée de ferme à Bancigny

Entrée de ferme à Bancigny

Eglise de Bancigny

Eglise de Bancigny

Après Plomion, un ravin et un raidillon mènent à Bancigny où l’église fortifiée a perdu une partie de sa tour droite. Par contre, on peut admirer en face une magnifique entrée de ferme fortifiée. Ce qui semble être une salle de guet au-dessus du portail est en fait un colombier puisque la Thiérache faisait partie des régions où les pigeons n’étaient pas un privilège noble.

 

Fonds baptismaux romans à Jeantes

Fonds baptismaux romans à Jeantes

La dernière église fortifiée de la vallée se trouve à Jeantes et c’est celle que j’ai trouvée la plus intéressante. On y trouve des fonds baptismaux romans dont j’ai lu qu’ils sont en pierre de Tournai, ornés de petits visages stylisés surprenants. L’église est entièrement couverte de fresques datées de 1962, ce qui est dû à la rencontre du curé originaire des Pays-Bas avec un compatriote peintre, Charles Eyck.

 

Eglise de Jeantes

Eglise de Jeantes

Il a proposé au peintre de décorer l’église d’un village qui allait mourir faute d’habitants et l’idée a fonctionné: les touristes néerlandais s’y arrêtent au passage, permettant à un café de rouvrir, et plusieurs maisons ont été achetées par des Hollandais comme maisons secondaires. Les fresques rappellent qu’une proportion importante des Néerlandais est catholique (40% je crois, particulièrement au Limbourg), ce que l’on oublie toujours en pensant aux calvinistes de Hollande stricto sensu.

Le style est influencé par les mouvements artistiques de l’époque de Matisse à Cocteau en passant par Modigliani et le peintre a un bon sens des couleurs. J’ai pris en photo les disciples à Emmaüs,

 

Fresque de la Pentecôte à Jeantes

Fresque de la Pentecôte à Jeantes

la Pentecôte,

 

Lapidation de Saint Etienne à Jeantes

Lapidation de Saint Etienne à Jeantes

la lapidation de Saint Etienne,

 

Nativité à Jeantes

Nativité à Jeantes

la Nativité,

 

Jesus marche sur les eaux

Jesus marche sur les eaux

la pêche miraculeuse sur le lac de Tibériade et en arrière-plan des fonts baptismaux les mignons petits poissons du lac. J’ai trouvé cette œuvre d’art tout à fait intéressante et je suis toujours heureux de voir des chapelles décorées ainsi au XXème siècle, ce qui est malheureusement trop rare. Il y en a par exemple à Sous-Parsat près de Guéret, à Arnac-Pompadour près de Brive et à Saint-Hughes en Chartreuse.

 

Ferme avec colombier

Ferme avec colombier

Après Jeantes, j’ai voulu me diriger vers le seul « plus beau village de France » du département de l’Aisne, Parfondeval. Dans l’idée de longer un peu un bout de vallée, je suis passé par Dagny, où il y a une autre belle ferme fortifiée avec colombier au-dessus du portail, et à Morgny, où l’on admire un lavoir néo-classique fort élégant.

 

Lavoir à Morgny

Lavoir à Morgny

Je sais depuis un voyage dans le Morvan que l’on construisit beaucoup de lavoirs vers 1850 sur la base d’une loi qui subventionnait ces constructions hygiéniques dans les villages qui n’en avaient pas. L’effet de la loi fut très variable selon les efforts du préfet pour informer les maires, mais celui de Morgny n’a pas raté l’occasion.

 

Eglise de Morgny

Eglise de Morgny

Morgny a aussi son église fortifiée, un peu moins massive que celles que j’avais vues précédemment. Le chœur soutenu par des contreforts me fait penser qu’elle n’a pas été construite vers 1550 mais qu’elle existait déjà avant et qu’on l’a simplement renforcée par des tourelles.

 

Eglise de Cuiry-lès-Iviers

Eglise de Cuiry-lès-Iviers

C’est l’église du village suivant, Cuiry-lès-Iviers, qui est de loin la plus intéressante de la vallée de la Brune. Les volumes sont particulièrement compliqués avec un chœur assez haut aveugle et flanqué de tourelles, une nef plus modeste et une énorme tour de défense unique au coin du portail de la façade. La charpente octogonale appliquée directement à la tour ronde est un beau travail de couvreur.

 

Granges à Archon

Granges à Archon

J’ai eu la bonne côte habituelle après le village pour sortir de la vallée et j’ai vu dans le village suivant sur la crête que je me rapprochais vraiment des Ardennes car j’y ai vu de grandes granges à pans de bois que l’on ne voit nulle part en Artois ou dans les grands plateaux limoneux du Cambrésis et du Vermandois.

 

Eglise d'Archon

Eglise d’Archon

Le village d’Archon a aussi son église fortifiée, cette fois avec un genre de galerie-balcon au-dessus de la façade (une bretèche pour employer le mot technique) qui fait un effet étrange.

 

Château de Louvet

Château de Louvet

Archon est le premier village de Thiérache où j’ai vu un château de plaisance, signe que l’on s’éloigne de la zone frontalière.

 

Mare à Parfondeval

Mare à Parfondeval

Parfondeval, dernier village ancien de Thiérache vers l’est, ne m’a pas paru mériter son titre de « plus beau village » du fait des maisons car on voit des maisons de briques comparables dans beaucoup d’autres villages. Il faut toutefois reconnaître que le centre du village est une mare charmante entourée de maisons restaurées avec soin.

C’est là que je me suis arrêté pour mon pique-nique, profitant d’un concert de coassements. On n’entend plus guère de crapaux de nos jours même dans les régions rurales, je pense qu’ils sont en partie victime des pesticides, insecticides et surcharges de nitrate. C’était donc réjouissant d’entendre les crapaux et même de les voir sauter de temps à autre au bord de la mare.

 

Eglise de Parfondeval

Eglise de Parfondeval

Il y a une église fortifiée à Parfondeval, défendue par un portail et des maisons qui font écran, chose que l’on voit souvent dans le sud de la France.

 

Portail à Parfondeval

Portail à Parfondeval

C’était la troisième église que je trouvais ouverte et on entre par un élégant portail Renaissance plutôt rare dans la région. Les statues qui l’ornaient ont toutefois disparu.

 

Murs en torchis dans l'église de Parfondeval

Murs en torchis dans l’église de Parfondeval

L’intérieur de plan très simple surprend par une combinaison de briques et de pans de bois, les bas-côtés ayant été rajoutés au XIXème siècle avec des plafonds plats. L’effet est original.

 

Mairie de Brunehamel

Mairie de Brunehamel

Le dernier village du département de l’Aisne est Brunehamel, qui n’a jamais eu plus de 1000 habitants (il y en a la moitié de nos jours) mais qui est muni d’une mairie imposante qui ne ferait pas honte à une sous-préfecture industrielle animée. Je ne vois pas très bien ce qui a pu justifier un tel investissement, à moins que le village n’ait été autrefois le siège d’une industrie très importante.

J’avais hésité sur le meilleur chemin entre Brunehamel et mon hébergement à Jandun. Je pouvais passer par le haut de l’escarpement, ce qui me ferait passer dans l’arrondissement de Rethel où je n’avais jamais été à vélo. L’inconvénient était le manque de curiosités sur le trajet. Finalement, j’ai choisi de passer par le bas de l’escarpement puisqu’un prospectus m’avait laissé espérer quelques églises fortifiées.

 

Vallée du Thon à Rumigny

Vallée du Thon à Rumigny

Aucune des deux routes n’est mentionnée sur la carte comme particulièrement pittoresque, ce qui est un peu sévère. En effet, cette partie des Ardennes est très boisée avec des reliefs et les routes complètement désertes ajoutent au charme. Je crois que j’ai rarement vu plus d’une camionnette ou voiture toutes les dix minutes pour le reste de la journée, ce qui est vraiment rare sur une départementale jaune sur la carte.

 

Château de Rumigny

Château de Rumigny

La descente de l’escarpement permet de sentir immédiatement le changement de paysage car on descend longtemps dans la forêt de sapins jusqu’au petit bourg de Rumigny caché au fond d’un vallon assez secret. Le chef-lieu de canton n’a que 389 habitants et les commerces sont donc assez modestes… L’église n’est pas passionnante mais il y a le petit château de la Cour des Prés dans un cadre bucolique; les deux tours rondes construites en 1546 se reflètent dans les douves, mais on ne s’en rend pas bien compte depuis la route.

 

Eglise d'Aouste

Eglise d’Aouste

La petite route tranquille remonte la vallée le long du chemin de fer Charleville-Valenciennes qui est pratiquement abandonné maintenant mais qui fut la première ligne électrifiée de France et l’une des liaisons marchandises les plus importanten entre le bassin houiller du Nord et les mines de fer de Lorraine. Je suis passé ainsi au petit village d’Aouste qui possède une grosse église fortifiée avec un donjon qui est séparé de la nef et relié uniquement par la tour d’escalier.

 

Voûtes gothiques à Aouste

Voûtes gothiques à Aouste

Contrairement à la plupart des églises fortifiées de Thiérache, celle d’Aouste a aussi un joli portail gothique et un superbe hourd à mâchicoulis au-dessus de l’entrée. L’église était importante et avait même un puits pour pouvoir résister à un siège. A l’intérieur, j’ai trouvé les voûtes gothiques assez belles avec des piliers sans chapiteaux plutôt élégants.

Le village suivant de la vallée, Liart, a aussi son église fortifiée. Le village s’étale le long d’une côte et l’église est évidemment tout en haut, ce que j’ai trouvé pénible maintenant qu’il faisait très beau. Du coup, je me suis assis sur un banc devant la mairie en face de l’église pour manger un gâteau. L’endroit n’était évidemment pas particulièrement discret et j’ai eu beaucoup de « bon appétit » de la part des passants.

 

Eglise de Liart

Eglise de Liart

L’église fut reconstruite comme église fortifiée vers 1550 sous une forme intéressante: l’abbaye responsable pour la paroisse construisit le nouveau chœur et les habitants construisirent le nouveau porche fortifié avec l’étage de refuge reconnaissable à ses meurtrières. C’est un des plus beaux porches du genre et on retrouve la même bretêche à machicoulis qu’à Aouste. Par contre, les six clochetons de formes irrégulières autour de la tour sont plutôt étranges. Quant à la nef entre le chœur et le portail, on fit du remplissage bon marché et il fallut la reconstruire au XIXème siècle. C’est pourquoi l’église est fermée faute de mobilier justifiant la visite.

Il ne me servait pas à grand chose d’avoir monté jusqu’à l’église car la route de la vallée continue en bas. On est en fait au bout de la vallée et on a une bonne petite côte régulière jusqu’à la crête de Marlemont qui est presque au niveau du sommet de l’escarpement que je longeais. La descente dans la vallée suivante de l’autre côté est assez raide et fort longue, ce qui fait que j’ai beaucoup apprécié. On arrive ainsi à Signy-l’Abbaye qui était un village important car une vallée entaillant l’escarpement permettait un passage plus facile.

 

Mairie de Signy-l'Abbaye

Mairie de Signy-l’Abbaye

Le village est animé avec une supérette très utile pour moi où j’ai trouvé un fromage de la région qui s’est avéré délicieux en pique-nique bien que rapidement assez corsé vu le lait cru et le beau temps. La rue principale très large relie plusieurs beaux bâtiments que je n’aurais pas attendu dans un petit bourg aussi isolé àcommencer par un hôtel de ville majestueux d’un style néo-classique distingué reposant sur une halle à piliers.

 

Maison à Signy-l'Abbaye

Maison à Signy-l’Abbaye

J’ai vu aussi une très belle maison de ville avec toit à la Mansard et mascarons baroques au-dessus des fenêtres. L’église XIXème siècle est banale tandis que le monument aux morts d’inspiration art déco est assez réussi.

 

Monument aux morts de Signy-l'Abbaye

Monument aux morts de Signy-l’Abbaye

Le soldat mort est évoqué par un trophée d’armes de forme triangulaire auquel fait face la veuve dans un grand manteau digne accompagné d’un petit garçon potelé quasiment nu, les deux personnages formant aussi un triangle. Pour une fois, l’inspiration va plus vers les Vierges à l’enfant de Léonard de Vinci que vers les pietà. La scène est surmontée d’un ange en plein vol qui rappelle assez les publicités des années 30 pour les compagnies aériennes ou les voitures de luxe.

 

Château et ferme près de Signy

Château et ferme près de Signy

Après la traversée du ruisseau tout en bas de la place, on remonte un vallon puis il faut quitter les tréfonds par une superbe côte qui m’a fait transpirer. Une ferme apparaît sur la crête d’une façon presque impérieuse dominant l’horizon et le résultat est que le château de Montaubois qui se cache derrière est écrasé par les bâtiments de ferme.

 

Eglise de Dommery

Eglise de Dommery

Tout en haut sur la crête, il y a aussi un petit village avec la dernière église fortifiée de Thiérache. L’église ressemble à une simple salle rectangulaire avec une grosse tour au coin et on pense que c’était peut-être à l’origine une maison forte avec deux tours convertie plus tard en église (l’inverse de l’évolution habituelle d’une église munie ensuite d’un donjon ou d’une salle de refuge).

 

Eglise de Launois-sur-Vence

Eglise de Launois-sur-Vence

Une nouvelle magnifique descente mène à Launois qui était un important relais de poste sur la route entre la Bourgogne et les Pays-Bas au XVIème siècle. On voit encore une rangée de maisons basses qui sont les anciens bâtiments et écuries du relais. L’église un peu surdimensionnée a une façade aveugle, mais ce n’est pas vraiment une église fortifiée et le chœur est une belle construction gothique avec des grandes verrières et une abside à huit nervures.

J’avais réservé un hébergement au village voisin de Jandun où le plan du GPS sur Internet induit en erreur mais où l’on ne peut guère se tromper vu la taille de la maison qui abrite les chambres d’hôtes. Une bonne douzaine de pancartes de tous les guides possibles et imaginables montre que la propriétaire prend au sérieux la nécessité de faire de la publicité (coûteuse dans la mesure où il faut payer pour être repris dans le Guide du Routard par exemple, ce dont je n’étais pas certain avant d’en parler avec elle).

Quand je suis arrivé, personne ne répondait et je suis allé voir dans la cour derrière, suivant les pancartes pour le parking. J’ai fini par remarquer des personnes en train de ramasser des groseilles au fond du jardin et je suis allé voir, n’osant pas goûter les framboises tentantes sur les buissons. Vu la taille de la maison, la dame a pu me donner une chambre dans l’annexe avec couloir pour ranger le vélo pendant que d’autres hôtes étaient dans le bâtiment principal. En effet, cette dame si bien référencée fait maison pleine quasiment chaque soir, d’autant plus que ses prix sont raisonnables.

Vu l’animation, elle n’a pas besoin de manger avec les hôtes et n’en aurait de toute façon pas le temps puisqu’elle cuisine pour six à huit personnes. Quand je suis arrivé, un couple de mon âge s’entretenait de problèmes de santé avec une dame munie d’une canne et je suis resté discret. Quand j’ai vu que j’étais assis en face de la dame avec la canne, dont j’avais déjà remarqué la voix puissante et la conversation à sens unique, j’ai eu quelques craintes, mais ceci s’est curieusement arrangé très rapidement une fois que tout le monde était assis.

La dame avec la grosse voix était une dame de la région qui habite entre-temps à Orthez et qui faisait le tour des lieux de son enfance avant une opération au genou délicate de peur d’être trop handicapée par la suite. Comme sa conversation n’allait guère au-delà, elle a plutôt écouté le reste du repas.

A côté d’elle, le couple de mon âge était formé d’un monsieur assez sûr de lui venant du Mans. Il vient souvent dans la région pour affaires, je suppose donc qu’il est actif dans le domaine agro-alimentaire ou dans la vente de machines. Comme il avait souvent vanté à sa femme l’accueil de la chambre d’hôtes à Jandun et qu’elle commençait à se poser quelques questions, elle avait décidé de l’accompagner cette fois.

La dame était charmante mais m’a semblé un peu naïve dans son enthousiasme pour divers sujets de la macrobiotique aux légumes bio. Quand j’ai commencé à parler de SOS Faim, la dame a eu la gentillesse de trouver cela passionnant et le monsieur a posé des questions sensées comme les donateurs en posent souvent, ce qui nous a valu une conversation satisfaisante pour tout le monde. La dame m’a même gentiment dit le lendemain matin qu’elle avait été très encouragée d’entendre le bon travail que font certaines ONG et que l’on pouvait ainsi avoir un métier aussi « positif » que le mien.

Il y avait encore un autre couple à table et il est demeuré discret au début, tout en écoutant fort attentivement mes commentaires sur les problèmes des agriculteurs en Afrique. Le monsieur un peu sûr de lui les a très intelligemment amenés dans la conversation et nous avons appris que le couple possède une exploitation laitière dans la région de Maubeuge (70 bêtes). Entre SOS Faim et leur métier, la conversation a porté sur toutes sortes de choses très intéressantes comme les critères de qualité du lait, le système de fixation des prix aux fermiers ou les traitements vétérinaires.

L’exploitant laitier m’a dit à la fin du repas qu’il hésitait souvent à se mêler des conversations, ayant l’impression que son horizon en tant qu’agriculteur ne lui permet pas de faire des causeries avec des gens ayant beaucoup voyagé, et qu’il avait donc passé une soirée d’autant plus agréable cette fois. J’ai remarqué à d’autres occasions que certains agriculteurs sont trop modestes et ne se rendent pas compte que leurs expériences sont très intéressantes pour d’autres personnes.

Il est toujours difficile de prévoir les portions pour six personnes mais la propriétaire a beaucoup d’expérience et avait prévu des plats copieux, ce qui m’a bien arrangé. Elle sert des plats simples qui correspondent aux prix raisonnables: une salade composée au thon, du poulet fermier, du fromage et les fruits du jardin que j’avais vu cueillir. Le seul inconvénient de cet hébergement est que je dors mal dans les lits un peu mous, ce qui était le cas. C’est devenu rare de nos jours vu que c’est un investissement assez modeste et j’étais donc un peu surpris.

 

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