Etape 19: Argonne ardennaise

(19ème étape d’un voyage cyclotouriste de Vannes à Luxembourg en juin 2014)

Vendredi 20 juin

104 km

Dénivelé 857 m

Trés nuageux puis belles éclaircies, vent du Nord modéré

Jandun – Raillicourt – Poix-Terron – Singly – Villers-la-Montagne – Elan – Flize – Sedan – Bazeilles – Remilly – Mouzon – Beaumont-en-Argonne – Stenay – Wiseppe – Montigny-devant-Sassey – Sassey – Doucon – Dun-sur-Meuse

Argonne ardennaise

Départements 08 et 55

A l’origine, j’avais envisagé un trajet plus au sud, mais je me suis rendu compte que j’étais obligé de passer dans une ville importante pour retirer de l’argent à un distributeur de la seule banque française où je peux le faire, la BNP. Ceci m’imposait de passer par Sedan, chose que je n’ai finalement pas regrettée. Les environs de Sedan sont le seul moment de la journée où j’ai eu l’impression d’être dans une région animée car les petites routes des Ardennes sont incroyablement vides, reliant de tous petits villages isolés loin les uns des autres dans des vallons perdus entre des forêts immenses.

Même dans la vallée de la Meuse, on arrive très vite en amont de Sedan dans des grands espaces très vides comme je n’en avais pas encore ressentis pendant le voyage de cette année. Pour les personnes qui ont peur de se retrouver en plein air sur une route déserte pendant des heures, les Ardennes et la Meuse ne sont pas les départements les plus rassurants. Pour ceux qui apprécient les grands espaces et le calme à une distance raisonnable de la civilisation urbaine, c’est un endroit impressionnant dans un sens très positif.

 

Château de Jandun

Château de Jandun

En quittant Jandun, j’ai constaté un peu par hasard qu’il y a un château au pied du village au bord de la rivière. Peut-être faut-il simplement parler de maison forte, un corps de logis avec deux tours en pierre grise des Ardennes et une aile en retour sans ornementation. Le village est dans une petite vallée que l’on peut remonter jusqu’à une crête peu marquée pour passer à Poix-Terron, village où je suis passé souvent à l’époque où j’allais en voiture à Paris car je trouvais la route par Sedan et Rethel plus agréable que celle de Stenay et moins chère que l’autoroute par Verdun.

 

Forêt d'Elan

Forêt d’Elan

De là, par contre, il y a une côté sérieuse qui se termine au sommet de l’escarpement longé la veille. On entre dans la forêt, on tourne sur les hauteurs en montant toujours un peu plus haut, on passe deux hameaux, on descend une superbe route déserte, on remonte longtemps dans la forêt, on passe un col digne des contreforts des Pyrénées… puis on descend très longtemps à toute vitesse dans la forêt toujours aussi profonde avant de sortir dans le ravin isolé où se cache l’ancienne abbaye d’Elan. Une abbaye fut fondée en 1148 ici dans l’espoir de défricher la forêt et d’attirer progressivement des paysans, mais l’effet resta limité.

 

Site de l'ancienne abbaye d'Elan

Site de l’ancienne abbaye d’Elan

Il reste un site sauvage et calme avec quelques bâtiments plus ou moins anciens. Le plus remarquable est l’austère palais abbatial, une grosse maison forte avec une bonne grosse tour ronde à chaque coin.

 

Logis abbatial à Elan

Logis abbatial à Elan

Le toit est très large et haut et j’ai lu qu’il comporte une très belle charpente carénée que l’on peut visiter lors des journées du patrimoine. Il ne reste plus qu’une petite partie de l’église abbatiale avec un portail Renaissance qui me semble très rénové. Je me suis assis à l’arrêt de bus en face de l’église pour manger un en-cas, mais ce n’était pas parfait car la camionnette de la communauté de communes avait justement décidé d’arroser les fleurs au moyen d’une citerne et surtout d’une pompe très bruyante.

Alors que j’avais trouvé une route particulièrement sauvage et déserte pour atteindre Elan, j »ai constaté qu’il suffisait de descendre le vallon pendant 2 km pour atteindre le petit bourg industriel de Flize. Je m’étais demandé s’il serait mieux de prendre la rive droite ou la rive gauche de la Meuse pour rejoindre Sedan, la rive gauche étant une nationale, mais il faut faire le tour d’un grand méandre si on prend la rive droite et je suis donc resté sur ma rive. La nationale est en fait pratiquement déserte depuis qu’il y a une autoroute gratuite parallèle, en tous cas jusqu’à Pont-à-Bar.

J’ai été très étonné de traverser là le Canal des Ardennes, pensant qu’il s’agit d »un canal parallèle à la Meuse. En fait, c’est le Canal de l’Est qui longe la Meuse et le Canal des Ardennes rejoint l’Aisne. A ce titre, c’est un canal très apprécié des plaisanciers venant de Liège ou de Maastricht et qui désirent se rendre en région parisienne; il est beaucoup plus lent que le canal du Nord, mais beaucoup plus beau et sans navigation commerciale.

Il emprunte au début la vallée de la Bar (on dit « la » Bar et non le Bar comme je l’aurais imaginé). C’est une toute petite rivière dans une vallée aussi large que celle de la Meuse et ceci s’explique par un phénomène géologique intéressant: à l’origine, la Marne et l’Aisne coulaient du sud vers le nord comme la Meuse et la rejoignaient par ce qui est maintenant la vallée de la Bar. C’est l’érosion dans le Bassin Parisien qui a dévié plus tard les deux fleuves vers la Seine.

 

Vallée de la Meuse à Donchery

Vallée de la Meuse à Donchery

La Bar n’a pas donné son nom au Barrois, région frontalière au Moyen Âge entre la Champagne et le Luxembourg, car le duché de Bar allait de Longuyon à Bar-le-Duc et prenait son nom de sa capitale. Après Pont-à-Bar, la route de la vallée de la Meuse monte progressivement pour couper un méandre et on finit par avoir une assez jolie vue. Quand on regarde la photo, il faut garder en mémoire que l’on se trouve au milieu de la zone la plus industrielle et urbanisée du département.

La Meuse entre Sedan et Charleville

La Meuse entre Sedan et Charleville

Après la crête du méandre et l’échangeur de l’autoroute, j’ai eu à supporter 2 km d’avenue à grande circulation entre entrepôts, supermarchés et pompes à essence, ce qui montre bien pourquoi je n’aime pas les routes principales pour entrer dans une ville. Heureusement, la route descend tout le temps jusqu’au pont sur la Meuse.

Sedan est objectivement une petite ville avec moins de 20.000 habitants, mais c’est une ville d’apparence très urbaine avec des immeubles assez hauts dans le centre ville qui font qu’on lui donnerait bien trois fois la taille qu’elle a. La ville a beaucoup décliné sur les 30 dernières années (elle a perdu un habitant sur cinq) car elle a perdu vers 1980 ses industries traditionnelles, le textile et la bière. Je n’ai pas trouvé d’indicateurs comme le taux de chômage ou le revenu moyen par ménage, que j’aurais volontiers comparés à ceux de Béthune ou de Lens.

 

Mairie de Sedan

Mairie de Sedan

La ville a été en bonne partie détruite trois fois en 70 ans, en 1870, en 1914 et en 1940. Malheureusement, l’architecte chargé de la reconstruction dans les années 1950 était amateur de tours en béton (même si c’est aussi lui qui a construit le CNIT à La Défense) et le résultat est triste. Entre les bâtiments sans âme de l’après-guerre, il reste toutefois l’un ou l’autre bâtiment ancien comme un élégant hôtel de ville construit en 1613 par Salomon de Brosse, grand architecte classique qui a construit la façade du Parlement de Bretagne à Rennes et le Sénat à Paris.

 

Forteresse de Sedan

Forteresse de Sedan

Le grand monument de Sedan est la gigantesque citadelle qui fut la plus grande d’Europe. A l’origine, Sedan n’était qu’un village dépendant du château royal français de Mouzon, mais le roi de France désira en 1547 échanger Sedan contre des villages plus proches de Mouzon et le nouveau seigneur de Sedan n’était autre qu’un seigneur allemand devenu par conquête militaire comte de Bouillon, château-fort tout proche maintenant en Belgique.

 

Rampe d'accès

Ramper d’accès

Très habilement, un de ses descendants acquit une petite seigneurie jouissant d’un titre princier ronflant et se déclara prince souverain de Sedan et Bouillon. C’est Louis XIII qui confisquera Sedan en 1642 car le prince qui était aussi seigneur titré en France avait comploté plusieurs fois contre lui, mais peut-être aussi parce que Sedan était un état neutre religieusement avec une maison régnante protestante qui dérangeait beaucoup Richelieu pour des raisons de principe.

 

Plus grand fort d'Europe

Plus grand fort d’Europe

La citadelle de Sedan resta une caserne jusqu’en 1962 et comporte donc un mélange de bâtiments datant de toutes les époques du XVème au XIXème siècles. Ce qui la rend intéressante est l’apparence extraordinairement massive et tout particulièrement une rampe d’accès franchement impressionnante. Vu l’usage ultérieur, il n’y a rien d’ancien à l’intérieur et la commune y a installé un musée avec des mannequins de cire pour mettre un peu d’animation. Quand j’y suis passé, on y tenait visiblement des animations pour scolaires.

 

Château neuf de Sedan

Château neuf de Sedan

Outre la citadelle, il existe aussi un château bas de Sedan, construit par Salomon de Brosse en 1613 comme logis à la mode pour les princes souverains. Il a également servi de caserne plus tard et son emplacement au pied des énormes murs de la citadelle donne faussement l’impression d’un bâtiment annexe négligeable.

Pour les Français qui connaissent bien l’histoire, Sedan évoque évidemment la capitulation de Napoléon III le 2 septembre 1870, qui permit aux Prussiens d’envahir la France et de faire le siège de Paris. Les Allemands fêtèrent d’ailleurs le Sedantag de 1873 à 1918 comme symbole de l’unification de l’Allemagne autour d’une victoire commune. L’un des épisodes de la bataille de Sedan fut à l’origine d’un mythe nationaliste français puissant, le combat de Bazeilles où l’infanterie de marine fut écrasée par les Allemands malgré une résistance tenace illustrée par un célèbre tableau pompier, « Les dernières cartouches ».

 

Château d'Orival à Bazeilles

Château d’Orival à Bazeilles

Je suis passé à Bazeilles en quittant Sedan. Ce n’est plus qu’une banlieue assez triste qui a dû être un quartier populaire logeant les ouvriers des usines, mais je suis passé devant l’élégant château d’Orival construit vers 1750 dans un style complètement démodé (Louis XIV) pour un parvenu qui avait monté une manufacture textile à proximité. Le château a brûlé en 1989 et les travaux sur la photo montrent qu’il n’a pas été suffisamment rénové à l’époque. Il semble abriter un restaurant.

 

Canal de l'Est à Bazeilles

Canal de l’Est à Bazeilles

J’ai quitté la partie urbanisée et économiquement active des Ardennes en traversant la Meuse après Bazeilles. Pour le pique-nique, je me suis assis dans l’herbe au bord du fleuve devant un restaurant visiblement abandonné. Une voiture s’est garée plus tard devant, mais les occupants étaient un monsieur qui venait pêcher et son fils. Le monsieur avait un sérieux problème d’obésité, le fils qui devait avoir 13 ans heureusement pas.

Après le pique-nique, j’ai commencé à remonter la Meuse sur la rive gauche suivant une route qui s’en éloigne parfois un peu dans le lit assez large du fleuve. J’ai retraversé le fleuve à Mouzon parce que je voyais que j’avais le temps de faire un petit détour. Le bourg se trouve dans une situation stratégique très importante et fut jusqu’en 1642 la forteresse-frontière du roi de France face aux territoires du Saint-Empire Romain Germanique. C’était déjà un oppidum à la frontière entre les Gaulois et les Trévires, c’est dire combien le site est important. Le rôle stratégique provient du fait que c’est l’endroit où la Meuse traverse l’escarpement de la côte de Meuse par un défilé boisé que ne longe aucune route.

 

 

Clocher de l'ancienne abbatiale de Mouzon

Clocher de l’ancienne abbatiale de Mouzon

Il ne reste pas grand chose des fortifications et la ville décline rapidement, perdant un tiers de ses 3000 habitants depuis 1980 quand l’industrie du feutre a disparu. J’ai toutefois été fort agréablement surpris par le très beau complexe de l’ancienne abbaye. L’abbatiale est une des plus belles églises gothiques de la région et date de 1212; elle fut épargnée par les guerres successives qui se déroulaient plus au nord au débouché des Ardennes belges.

 

Portail de l'abbatiale de Mouzon

Portail de l’abbatiale de Mouzon

On entre dans l’église par un portail classique pour le XIIIème siècle avec la dormition et le couronnement de la Vierge.

 

Nef de l'abbatiale de Mouzon

Nef de l’abbatiale de Mouzon

L’intérieur est un vaisseau très pur à croisées d’ogives avec tribune et triforium qui serait presque digne d’une cathédrale.

 

Buffet d'orgues de Mouzon

Buffet d’orgues de Mouzon

Il n’y a pas beaucoup de mobilier mais j’ai évidemment remarqué le buffet d’orgues de 1725 avec en particulier des vases et des fleurs sculptées en bois de façon assez virtuose. J’aime bien les anges aux deux coins avec leurs trompettes rutilantes.

 

Cour de l'ancienne abbaye de Mouzon

Cour de l’ancienne abbaye de Mouzon

Sur le côté de l’abbatiale, il reste une partie des bâtiments abbatiaux utilisés entre autres par des services municipaux. On a restauré un jardin à l’emplacement de l’ancien cloître selon un dessin assez simple et facile à entretenir mais d’une élégance retenue à base de buis et de fontaines. J’ai trouvé tout cet ensemble très intéressant, d’autant plus que je ne m’y attendais pas du tout alors que je suis passé plusieurs fois dans la région en voiture et que le département est toujours présent aux foires touristiques de Luxembourg. La commune vante principalement le musée du feutre et je trouve qu’elle pourrait mettre plus en avance son patrimoine bâti.

 

Maisons espagnoles à Mouzon

Maisons espagnoles à Mouzon

Les experts recommandent aussi de regarder la forme des maisons dans la rue principale. On voit sur la photo qu’elles ont une forme cubique avec deux fenêtres sur deux étages, un rez-de-chaussée légèrement en retrait et un toit assez plat faisant un petit auvent. Ceci est une architecture tout à fait inhabituelle en France et est inspiré directement par l’architecture des plateaux castillans: l’essor économique de la ville date de l’époque où les Pays-Bas et le Luxembourg étaient espagnols. On voit bien sur ma photo le contraste entre ces maisons espagnoles de la rue et le gros bâtiment de coin qui est de style français avec un morceau de toit à la Mansard.

 

Vallée de la Meuse à Mouzon

Vallée de la Meuse à Mouzon

J’ai quitté Mouzon très satisfait de ma découverte et je suis revenu sur la rive gauche de la Meuse pour continuer vers Stenay. La route est plus courte sur la rive droite mais c’est une nationale monotone. Mouzon étant au pied de l’escarpement de Meuse, ma route était obligée de monter sur la colline par une grande côte heureusement en partie en forêt où ceci est moins ennuyeux. On descend de l’autre côté presque au niveau du fleuve pour passer à Beaumont-en-Argonne.

Quand je suis arrivé, un groupe de sportifs anglais reconnaissables à un je ne sais quoi dans leur apparence et leur comportement avait trusté le carrefour avec leurs bicyclettes. Ils consultaient leurs cartes avec l’air un peu perdu qu’ont souvent les Anglais faute de pouvoir demander leur route aux passants et je dois avouer que je ne me suis pas proposé pour les aider, trouvant qu’il n’y a pas de raison pourquoi un Anglais ne fait presque jamais l’effort d’apprendre quelques mots de français alors que les Néerlandais et les Allemands le font.

 

 Arcades à Beaumont-en-Argonne

Arcades à Beaumont-en-Argonne

Les Anglais m’ont observé de l’air discrètement condescendant qu’ils ont souvent parce qu’ils estimaient apparemment que mes bagages et mon t-shirt me mettaient dans une catégorie inférieure à celle d’un sportif en nylon dernier cri. Ceci ne m’a pas empêché de faire le tour de la place car je trouvais les maisons à arcades intéressantes. C’étaient les premières que je voyais dans ce style pendant le voyage et elles sont rares dans le nord de la France, faisant plus penser aux bastides de Gascogne.

Les arcades sont peut-être liées à une histoire brillante que le village actuel laisse peu deviner. Il s’agissait d’une petite ville fortifiée à qui le suzerain, l’archevêque de Reims, accorda en 1182 une charte remarquablement progressiste pour l’époque et peut-être inspirée de l’Italie: il accordait aux bourgeois le droit de se gouverner eux-mêmes et d’élire leurs magistrats en échange d’impôts fixés avec précision. C’était une innovation stupéfiante dans la région et les seigneurs voisins furent vite obligés d’accorder des chartes à leurs propres villes pour éviter l’exode de leurs bourgeois. Ce fut le cas par exemple à Stenay en Duché de Lorraine ou à Luxembourg vers 1220.

 

Eglise de Beaumont-en-Argonne

Eglise de Beaumont-en-Argonne

Ma carte mentionne une église intéressante à Beaumont, je parlerais plutôt d’une église un peu bizarre avec un clocher couronné par une tétine et une façade très géométrique entre Renaissance et classique – mais il semble y avoir une galerie vitrée au troisième étage comme sur la Tour Eiffel dont je ne comprends pas l’origine ni l’usage. Cette galerie remplace le tympan triangulaire plus habituel.

J’ai constaté à mon corps défendant que la route entre Beaumont et Stenay, au lieu de suivre la Meuse tranquillement, est rectiligne comme une voie romaine quitte à franchir une série de ravins dont certains passablement raides. Après la crête de départ qui est presque un col, la seule chose qui console est que chaque crête est un peu plus basse que la précédente, donnant un effet de montagnes russes comparable à un grand 8 dans un parc d’attractions.

On arrive ainsi dans le bassin que la Meuse a accumulé en amont du défilé de Mouzon. Je faisais souvent halte à Stenay quand j’allais en voiture à Paris parce que je faisais le trajet en sortant du bureau et que Stenay représentait une heure de trajet et une bonne occasion de se dégourdir les jambes pour commencer à se sentir en weekend. Je connaissais donc un peu le centre ville et je savais que c’est un endroit agréable pour s’arrêter bien même si on n’y trouve pas une église superbe comme à Mouzon.

J’ai surtout cherché une boulangerie pour acheter un goûter vu que je ne m’étais plus encombré de provisions en prévision de l’arrivée chez moi le lendemain soir. J’ai cherché un bout de temps car la seule boulangerie que j’ai trouvé appétissante était finalement dans une petite rue discrète en bas de la ville et pas sous les arcades de la place principale.

 

Arcades à Stenay

Arcades à Stenay

Les arcades rappellent un peu celles de Beaumont mais il y en a beaucoup plus et ce serait vraiment comme une bastide si elles faisaient le tour de la place de la mairie. Les maisons au-dessus des arcades sont cependant peu intéressantes, sans unité de style ni de matériaux, allant du crépi grisâtre aux pierres de taille et aux volets « bleu Bretagne » sur fond blanc.

 

Sur la place de la mairie à Stenay

Sur la place de la mairie à Stenay

Stenay est une ville en déclin rapide depuis les années 1970 (elle a perdu plus de 1200 habitants sur 4000) à cause de la disparition des industries et des communications très médiocres, il ne reste qu’une petite usine de papeterie et des entrepôts de logistique. Il y a aussi un musée de la bière que j’ai visité avec des copains dans les années vers l’an 2000 et qui était une rareté à l’époque.

La commune fait pas mal d’efforts et a aménagé un joli petit port de plaisance au bord du canal de la Meuse pour les touristes qui louent une péniche ou qui passent un bateau entre le Benelux et la Méditerrannée. Je me suis donc reposé assis sur un banc au soleil pour manger mon gâteau en admirant les pénichettes blanches et le courant tranquille.

 

Château de Laneuville-sur-Meuse

Château de Laneuville-sur-Meuse

Je suis revenu ensuite sur la rive gauche pour le reste du trajet puisque la nationale continue sur la rive droite. Je suis passé par hasard devant un petit château à Laneuville-sur-Meuse, un vrai petit château avec tourelles, grille, douves et logis. Il date du XVIIème siècle, donc avant la conquête française. Sinon, le site le plus intéressant sur la rive gauche est Mont-devant-Sassey, un petit village au pied des hautes collines de l’Argonne.

 

Eglise de Mont-devant-Sassey

Eglise de Mont-devant-Sassey

Le petit village est dominé par une église de taille assez considérable qui trône dans le paysage depuis le flanc de la colline. On y monte d’ailleurs par une pente si raide que j’ai poussé le vélo. J’ai ignoré la barrière interdisant l’accès car celle-ci se référait à un concert ayant lieu deux jours après. Malheureusement, les artistes étaient en train de préparer le spectacle et discutaient des éclairages dans l’église, ce qui fait que les touristes comme moi n’étaient pas autorisés à entrer. De toute façon, elle ne se visite que sur rendez-vous.

 

Détail du portail à Mont-devant- Sassey

Détail du portail à Mont-devant- Sassey

L’église est une des plus anciennes de la région car elle fut commencée au XIème siècle. Le chœur surmonté de deux petits clochers carrés est d’un roman assez simple et on a ajouté 200 ans plus tard un grand transept et une tour avec une flèche gothique.

Le portail date de cette époque et c’est la partie que j’ai vraiment admirée. Il est curieusement incorporé dans un demi-octogone rajouté au bout du transept à la Renaissance dont on ne voit pas bien l’utilité.

 

Statues à Mont-devant-Sassey

Statues à Mont-devant-Sassey

Le portail n’a pas d’équivalent à moins de 100 km à la ronde, avec en particulier d’admirables statues en pied que les experts comparent à celles de Reims.

 

Tympan à Mont-devant-Sassey

Tympan à Mont-devant-Sassey

Le tympan est assez abîmé mais la scène de la fuite en Egypte est charmante avec un petit agneau suivant l’ânesse de la Vierge et la Nativité surprend avec un essai de draperies volumineux et original.

 

Côte de Meuse vers Dun

Côte de Meuse vers Dun

Entre Mouzon et Mont-devant-Sassey, je dois reconnaître que l’est du département des Ardennes a largement dépassé mes attentes. La route jusqu’à Dun-sur-Meuse où j’avais réservé un hébergement est ensuite courte et facile, longeant une colline raide au bord du fleuve dans un cadre verdoyant charmant. Le coteau d’en face est surmonté de l’ancienne église de Dun-sur-Meuse qui fut construite en 1346 avec un air d’église fortifiée car elle était intégrée dans la forteresse.

 

Eglise de Dun-sur-Meuse

Eglise de Dun-sur-Meuse

Le bourg actuel au pied de la colline est sans grand intérêt, il a été reconstruit après les combats de 1917 puisqu’il faisait partie des champs de bataille de Verdun. Il y a curieusement pas moins de 4 restaurants, ce qui me semble beaucoup pour 700 habitants, mais je n’en avais pas besoin de toute façon car j’avais réservé le dîner (ou plutôt j’avais commandé le repas sur Internet sans avoir reçu à temps la réponse de la propriétaire).

 

La Meuse à Dun

La Meuse à Dun

J’étais prévenu par les critiques du site Booking.com que l’hébergement n’avait pas plu à tous les clients et que la propriétaire, qui est néerlandaise, parle peu français. A priori, ceci ne me gêne pas tellement. Au niveau confort, la chambre est jolie et bien propre, avec une belle vue sur la Meuse car le bâtiment est juste à côté d’un ancien moulin. Le matelas est d’excellente qualité, ce qui m’a changé du matelas trop mou de la veille.

 

Site de Dun-sur-Meuse

Site de Dun-sur-Meuse

Le problème vient des sanitaires qui sont tout simplement inadaptés pour des chambres d’hôtes. La salle d’eau est un genre de cube entièrement carrelé en jaune moutarde avec cinq douches comme dans un vestiaire de stade, bien que j’imagine difficilement les hôtes des différentes chambres prenant une douche en même temps. La dame a aussi un dortoir comme un gîte d’étape, destiné entre autres aux pèlerins de Compostelle, mais je ne pense pas qu’eux non plus apprécient les douches collectives. Et surtout, chose inadmissible, il n’y a pas d’eau chaude le matin (il y en a à l’évier de la chambre, mais pas dans les douches, et j’aime prendre une douche le matin). Je pense que c’est une mesure d’économie.

Le dortoir de la dame était occupé par neuf motards néerlandais qui avaient également commandé à dîner, ce qui m’a valu un repas inhabituel car je ne parle pas leur langue et la comprend très peu. La propriétaire a échangé quelques mots avec moi en anglais pendant le repas mais se concentrait évidemment sur la majorité des hôtes. Les motards étaient au demeurant très corrects, je pense à un club de copains âgés d’environ 40 ans car ils parlaient un peu de leurs enfants. Les Hollandais sont souvent très grands et très carrés avec des visages coupés à la hache, mais ceux-ci provenaient peut-être du Limbourg car ils étaient plutôt fluets pour des Bataves.

Ce qui était par contre intéressant, c’était de se trouver dans une oasis de Hollande pour un soir. Le repas mais aussi les petits gestes automatiques sont différents des habitudes françaises. Par exemple, à mon arrivée, chacun m’a tendu la main en se présentant par son prénom (sans se lever). Pour le repas, la dame avait fait un grand plat de goulach servi avec des légumes verts et une sauce au tsatsiki (on mélange rarement en France un râgout avec une sauce à la crème…). Comme d’usage aux Pays-Bas, pas d’entrée puisqu’il y a des légumes verts en plus des pommes de terre. Le dessert était une crème chocolat-café. Le prix demandé correspondant à ce qu’un petit restaurant de village demanderait pour un menu (20 €), c’est honnête.

La dame m’a expliqué qu’elle a acheté la maison avec son mari il y a plusieurs années par envie d’habiter dans une région calme avec des beaux paysages, mais qu’ils avaient des moyens très limités et qu’ils ont encore beaucoup de travaux à faire eux-mêmes. Je pouvais constater par moi-même que les chambres ont été refaites mais que les parties communes en auraient également besoin. En dehors des hébergements, la dame essaye de vivre de bijoux qu’elle fabrique elle-même et je lui ai donc conseillé de se renseigner sur un stand au marché de Noël d’Obercorn où l’on trouve pas mal d’artistes dans son genre. Je n’ai pas su ce que fait son mari, un monsieur assez ample qui doit être proche de 55 ans. Ils sont quatre enfants, un contremaître dans le bâtiment, un mécanicien, un cuisinier et un acteur.

Comme je ne pouvais pas faire la conversation avec les motards et que je m’attendais à ce qu’ils discutent encore un bon moment autour d’une bière, je suis sorti de table après le dessert et je suis allé faire un petit tour dans le village, mais il est franchement un peu gris et morne, sauf autour du moulin à cause des remous du déversoir. J’ai ressenti une forte douleur à la jambe au bout d’un moment et je suis revenu lentement à l’hébergement, et je ne sais toujours pas de quoi il s’agissait vu que je n’ai pas de crampes normalement.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :