Etape 3: Basse Ariège et Razès

(3ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Jeudi 16 mai

114 km

Dénivelé environ 700 m

Petit crachin le matin, 8°, éclaircies et jusqu’à 20º l’après-midi

Loubens – Ferriès – Pamiers – Les Pujols – Vals – Mirepoix – Limoux – Saint Hilaire – Pomas – Cépie – D19 – Saint Martin de Villereglan – Montgrenier

Basse Ariège et Razès, départements 09 et 11

Trajet trop long parce que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre à la fin. Honnêtement, on n’a pas besoin de faire le détour jusqu’à Saint-Hilaire et on devrait se contenter de faire l’aller-retour de Limoux au col de Pieusse. Je suis allé jusque-là parce que j’avais eu l’impression lors de la préparation du voyage que ce serait une étape de liaison sans grandes curiosités en dehors de Mirepoix et la région est en fait plus intéressante que cela sans être un haut lieu du tourisme international.

Col de Loubens

Col de Loubens

Comme je n’avais pas envie de retourner par la nationale jusqu’au pont sur l’Ariège à Varilhes, j’ai pris à la place une route allant directement à Pamiers par le bourg de Loubens. C’est un tout petit village et je me suis dispensé de visiter l’église romane qui n’est pas recommandée par la carte pourtant plutôt généreuse en la matière. La route que j’avais choisie monte progressivement dans les prairies avec plein de virages variés et on arrive à un vrai petit col au pied du Pic de Montmioul (un joli nom avec 686 m). La pente n’est pas plus dure que dans les Ardennes luxembourgeoises et  convenait donc parfaitement le matin.

L'Ariège à Saint-Jean-du-Falga

L’Ariège à Saint-Jean-du-Falga

La route descend ensuite longtemps mais sans grande vue, passe le village au nom ronflant de Rieux-de-Pelleport dont la population a triplé en 30 ans grâce aux lotissements puis atteint l’Ariège au niveau d’un barrage hydro-électrique qui produit un déversoir assez imposant que j’ai pris en photo. C’est vraiment un torrent de montagne même s’il entre ici dans la plaine.

Comme j’avais besoin de pain et d’un en-cas, j’ai un peu longé le torrent jusqu’à Pamiers (encore une avancée de ma statistique) où la carte conseille deux églises. J’ai plutôt remarqué que la ville est située sur une île avec des bras de l’Ariège tout autour un peu comme ceux de l’Ill à Strasbourg. Inattendu. Les gens de Pamiers s’appellent des Appaméens, apparemment parce que le château qui marqua la fondation de la ville portait le nom d’Apamée, ville de Syrie, en souvenir d’un combat où le seigneur s’était illustré lors d’une croisade. Il y eut toutefois avant un village romain et une abbaye carolingienne.

Maison gothique à Pamiers

Maison gothique à Pamiers

Il ne reste aucune trace de tout cela car Pamiers, cité épiscopale très fidèle au catholicisme, fut détruite pendant les guerres de religion. On voit encore quelques maisons anciennes dont la maison gothique de la photo (sans couverts mais avec une jolie frise sous le toit). J’ai acheté le pain en face. J’ai aussi profité de l’occasion pour acheter dans une bijouterie deux piles du type nécessaire pour le compteur du vélo – même si j’aurais payé moitié moins cher dans un supermarché de banlieue.

Après la grosse pluie de la veille, le compteur semblait avoir court-circuité et je l’avais ressuscité dans des circonstances comparables dans le passé en changeant la pile. En fait, lors d’une occasion semblable dans les Maures à la fin du voyage, le compteur a ressuscité tout seul sans pile neuve et ce n’était peut-être donc pas la source du problème… Pour terminer les courses, j’ai profité du petit marché sur la place pour acheter du fromage fermier et des cerises abordables.

Maintenant que j’avais un en-cas (une part de pizza), j’ai cherché un endroit agréable pour le manger. Je suis passé devant une belle tour gothique qui fut construite en 1419 pour un atelier monétaire créé par le duc de Bourgogne qui avait des intérêts dans la région et qui espérait surtout faire des bénéfices et financer son armée en battant monnaie. Le roi de France intervint immédiatement mais la tour et la monnaie servirent finalement vers 1550 quand la monnaie de Toulouse fut fermée pendant quelques années.

Cathédrale de Pamiers

Cathédrale de Pamiers

La tour donnant sur une rue sans intérêt, j’ai continué jusqu’à la cathédrale qui est au bout de la rue et devant laquelle on peut s’asseoir dans un square. Ceci m’a permis une très belle photo qui montre seulement le clocher car c’est la seule partie ancienne. Il était fortifié pour servir au cas où contre des hérétiques mais servit surtout de tour de guet aux Protestants qui avaient détruit le reste. La nouvelle cathédrale fut construite sous Louis XIV par le neveu de Mansart et je ne sais pas si elle m’aurait plu car elle était fermée de toute façon. Je reconnais que j’ai raté le portail roman même si les chapiteaux sont apparemment très usés. La cathédrale de l’Ariège se trouve à Pamiers et non à Foix (siège de la préfecture et avant du château comtal) car Pamiers est une ville nettement plus importante.

Ayant visité un peu Pamiers sans l’avoir vraiment planifié, je suis reparti par une route remplie d’une circulation dingue et nerveuse. Je me suis dit que les sorties de villes importantes sont d’habitude plus facile à 11 h du matin et que la raison devait être un centre commercial. Bingo, c’était le cas, la route était pratiquement déserte après le carrefour. Elle est aussi plate, toute droite et ennuyeuse, mais c’est normal dans une plaine du Midi toulousain.

Clocher-porche aux Pujols

Clocher-porche aux Pujols

On grimpe finalement ce qui est probablement une terrasse alluviale et j’ai quitté la route principale en haut pour une petite route parallèle que ma carte fait courir derrière l’aérodrôme. En fait, la route s’en éloigne plus que je ne m’y attendais et franchit deux ravins pleins de verdure charmante au moyen de bons petits raidillons. Mais on arrive ainsi aux Pujols, un petit village avec une jolie église à clocher languedocien. Comme je suis arrivé pile à midi, j’ai eu droit à un beau carillon pendant cinq minutes.

Eglise rupestre de Vals

Eglise rupestre de Vals

Il était trop tôt pour déjeuner et j’ai continué sur ma petite route qui descend vers la vallée de l’Hers et le village de Vals où ma carte montre la seule église intéressante entre Pamiers et Mirepoix. De l’extérieur, elle trône sur un rocher et j’aurais hésité à y monter si je n’avais pas repéré le grand portail au pied du rocher.

Escalier dans le rocher

Escalier dans le rocher

Chose que je n’ai jamais vue ailleurs, on monte après le portail par un long escalier creusé dans une fente du rocher (du poudingue friable) et on aboutit ainsi dans un genre de crypte. Ma photo est mauvaise mais donne une petite idée de l’atmosphère curieuse qui mérite la visite à elle seule.

Fresques romanes

Fresques romanes

Quand on monte de la crypte dans le chœur de l’église principale, on est immédiatement impressionné par les très belles fresques romanes qui ont été restaurées en 2006-2008. Les fresques furent découvertes par le curé en 1952 et expertisées par un monsieur au nom délicieux de Sylvain Stym-Popper.

Détail des Apôtres

Détail des Apôtres

Elles sont très intéressantes pour les spécialistes car elles sont influencées par le roman catalan, chose extrêmement rare en France. On le reconnaît entre autres aux doigts très allongés. Plus rare encore, sur une des fresques, on voit le Christ entouré des quatre intercesseurs, sujet connu uniquement de Catalogne, et l’un des quatre porte le nom de Pantasaron qui n’apparaît sur aucune autre œuvre romane.

Original aussi: une scène montre le Christ au berceau juste après sa naissance, sujet connu dans l’église byzantine mais rarissime en Occident avant l’époque gothique. Les fresques datent d’environ 1110, c’est-à-dire juste après la première croisade. L’artiste avait donc probablement voyagé en Catalogne puis en Orient dans la suite d’un seigneur croisé. La photo que j’ai mise sur Internet montre deux des intercesseurs et les symboles de deux évangélistes.

Trois chapelles superposées

Trois chapelles superposées

On n’a pas fini la visite quand on a admiré les fresques. En effet, l’église principale est surmontée d’une seconde église aux voûtes romanes. On voit ce genre de disposition dans les châteaux forts où ceci permettait au seigneur et au bas peuple d’assister ensemble à la messe tout en restant à deux étages bien séparés (par exemple à Vianden). C’est beaucoup plus rare dans une église de village et c’est en partie un ajout du 19ème siècle quand le village avait trop d’habitants pour la petite église initiale en bas.

Rocher de Vals

Rocher de Vals

Encore au-dessus, on devine sur ma photo un escalier donnant accès à ce qui semble être une tribune. En fait, c’est une troisième église avec son propre autel qui date aussi de l’époque romane. Elle est construite en sens transversal et c’est vraiment étonnant car l’église principale ne respecte donc pas l’orientation liturgique est-ouest même si celle du haut est « dans le bon sens ».  En fait, mettre l’autel à l’est était usuel mais n’était pas une obligation au Moyen-Âge. La chapelle du haut faisait partie d’un petit château fort et était indépendante du reste.

Ancienne sablière près de Mirepoix

Ancienne sablière près de Mirepoix

On voit que cette église m’a vraiment passionné car j’y ai pris six photos, ce qui en fait le monument le plus photographié de tout le voyage. Je suis reparti ensuite à la recherche d’un endroit agréable pour déjeuner. Je voulais un endroit avec un banc à l’ombre pour le cas où le soleil sortirait vraiment des nuages mais j’ai eu un peu de peine à trouver. La sablière avec son plan d’eau était trop loin de la route, il y avait un charmant petit château à Teilhet mais pas de banc et je me suis finalement retrouvé un peu affamé au pont sur l’Hers à l’entrée de Mirepoix.

Le pont n’est pas très beau et les graffiti sur les piles ne le sont pas non plus: les piles sont très hautes à cause des crues mais ces dernières n’ont apparemment pas suffi à cacher les « œuvres » au moyen d’algues ou de boue. Par contre, il y a une table et un banc au pied du pont et ceci m’a permis de prendre enfin mon pique-nique. Le pont est plus honorable que mon commentaire ne le laisserait croire: il fut construit en 1776 sur les plans d’un architecte qui construisit plus tard le pont de la Concorde à Paris.

Maison à poutres sculptées à Mirepoix

Maison à poutres sculptées à Mirepoix

J’ai gardé la visite de Mirepoix (où habitent les Mirapiciens) pour le dessert car c’est une ville abondamment vantée par les guides touristiques. Elle fut construite en un seul jet vers 1300 après une crue de l’Hers dans un style voisin des bastides, avec donc des places rectangulaires entourées de couverts.

Soit dit en passant, la célèbre famille de Lévis-Mirepoix doit son nom au fait que le conquérant du comté de Toulouse pour le compte du roi de France avait donné Mirepoix à un certain sire de Lévis. Quelques anecdotes amusantes sur les prétentions de la famille: les ducs se disaient descendants de Clovis voire de la tribu juive de Lévy et de ce fait de la Vierge Marie qu’ils priaient ainsi: « je vous salue Marie, ma cousine, pleine de grâces… » ! Ils se laissaient aussi appeler « maréchal de la Foi ». Deux ducs furent académiciens; le second était un Pétainiste acharné qui choqua l’Académie en faisant l’éloge de Charles Maurras exclu pour faits de collaboration en 1945.

Place de Mirepoix

Place de Mirepoix

Revenons à Mirepoix. Je crois qu’il y a plusieurs centaines de maisons à colombages reposant sur des galeries ouvertes au rez-de-chaussée, ce qui doit en faire le plus grand ensemble de France. Les maisons sont toutes du même type mais diffèrent souvent par les couleurs, la forme des piliers ou la hauteur exacte et l’effet d’ensemble est donc très varié et très agréable.

Belles devantures

Belles devantures

Je cherchais une boulangerie (pour mon goûter plus tard) mais la pâtisserie au coin de la place principale me semblait inutilement luxueuse. J’y suis finalement entré faute d’alternatives et je ne l’ai pas regretté car le goûter s’est avéré excellent et pas plus cher qu’ailleurs. Ils font aussi glacier.

Détail

Détail

Après les couverts, le touriste ne doit pas manquer la plus belle maison, celle dite des consuls. C’est la seule maison dont les étages reposent sur une double rangée de poutres, signe évident de richesse car les poutres étaient le matériau le plus coûteux de la construction. Les extrémités des poutres sont souvent protégées par une planche transversale contre l’humidité, mais celles de la maison des consuls sont laissées libres et sculptées. Chacune des 104 poutres a un dessin différent, en général un monstre ou un visage. Il paraît qu’il y a aussi l’un ou l’autre détail scabreux, mais j’ai des doutes.

Cathédrale de Mirepoix

Cathédrale de Mirepoix

Un peu en retrait de la place principale, derrière une halle en fonte du 19ème siècle, on peut aussi visiter la cathédrale. Elle fut fondée en 1317 quand le pape créa les nouveaux évêchés de la région destinés à renforcer la foi des populations « contaminées » au siècle précédent par le catharisme. Mais la cathédrale fut beaucoup négligée puis reconstruite par Viollet-le-Duc.

Palais épiscopal

Palais épiscopal

L’effet est typiquement méridional, une immense nef unique très large avec peu de place pour les œuvres d’art; j’ai juste photographié un retable en bois doré. Il paraît qu’il y a une chapelle avec un carrelage exceptionnel et un labyrinthe mais elle est fermée au public. Finalement, j’ai trouvé la vue depuis l’extérieur presque plus intéressante avec le contraste du palais épiscopal qui est authentiquement gothique.

Après avoir bien visité Mirepoix et mangé le gâteau acheté, je me suis avisé de prendre la piste cyclable qui occupe l’ancienne voie ferrée vers Lavelanet. Malheureusement, c’est plutôt un sentier de randonnée avec beaucoup de pierres pointues et je l’ai quitté dès que possible pour la nationale de Limoux. Elle est assez rectiligne mais avec un peu de relief, des collines en partie boisées de chaque côté et plusieurs petits villages. Du coup, on ne s’ennuie pas autant qu’en Lauragais.

Château de Caudeval

Château de Caudeval

J’ai d’abord traversé l’Hers à Moulin-Neuf car il remonte vers Lavelanet et la haute montagne. Je suis entré dans l’Aude juste après et le premier village offre un beau manoir, le château de Caudeval. Il a une longue histoire glorieuse mais la version actuelle est un bon exemple du style des années 1700 qu’on peut trouver tristement austère. Le propriétaire avait installé deux petits musées à l’intérieur et on visitait des salons intéressants dans les années 1980 mais il est maintenant fermé au public.

Hameau dans le Razès

Hameau dans le Razès

Aptès Caudeval, on arrive assez vite au bout de la vallée et il faut monter le col de Peyrefitte, limite historique que les comtes de Foix souhaitaient pour leur domaine. La montée est tortueuse, ombragée et pas bien raide, donc aussi parfaite à vélo qu’énervante en voiture.

Vue sur les Corbières

Vue sur les Corbières

On n’a aucune vue vers le sud-ouest et les montagnes à cause d’un enchevêtrement de collines toutes de hauteur semblable. Par contre, on domine vers le nord-est une longue vallée de vignobles avec tout au fond la magnifique barrière bleutée des Hautes Corbières. Je ne m’attendais pas du tout à un panorama et j’en ai d’autant plus profité que la route fait longtemps le tour de la montagne à mi-hauteur avant de descendre dans les vignes. Sur une des photos, on voit même la pyramide caractéristique du Pic de Bugarach.

Vue vers le Pic de Bugarach

Vue vers le Pic de Bugarach

J’ai malheureusement raté le village de Loupia, ignorant que l’église a un joli portail roman et que le village a un urbanisme intéressant typiquement languedocien – ce n’est pas trop grave parce que je suis passé le lendemain à Bram qui est construit sur les mêmes principes. Je voulais aussi arriver relativement vite à Limoux si possible et la route n’est pas vraiment excitante, descendant en pente douce dans les vignobles.

Fontaine à Limoux

Fontaine à Limoux

Je confonds toujours Limoux avec Lagrasse bien que Limoux soit nettement plus gros et aussi plus célèbre (grâce à la blanquette). Les habitants sont très fiers de leurs trois mois de Carnaval qui consiste en défilés en musique les week-ends – mais je n’en avais jamais entendu parler et on n’en voit aucune trace en période hors carnaval. La ville ne m’a pas vraiment passionné et ne donne pas une impression très ancienne. Il y a une grande place à couverts qui a certainement été reconstruite à l’époque classique. La fontaine qui trône au milieu n’est pas en eau mais on la remarque du fait de la peinture bleue pétrole des statues.

Autel baroque à Limoux

Autel baroque à Limoux

Je suis quand même entré dans l’église principale qui est un bon exemple de gothique méridional sachant toutefois que les voûtes ont été refaites au XIXème siècle. Il y a un maître-autel à baldaquin baroque assez impressionnant qui ferait bien l’affaire pour une cathédrale (je ne sais pas si celle de Narbonne en a un d’aussi beau).

Orgue de Limoux

Orgue de Limoux

Buffet d'orgue sculpté

Buffet d’orgue sculpté

J’ai surtout admiré le buffet d’orgue rococo avec cartouches, vases, urnes et autres décorations assez échevelées. La grille de la tribune pourtant assez ornée se remarque à peine devant un tel monument.

Pont sur l'Aude à Limoux

Pont sur l’Aude à Limoux

Je ne suis pas resté trop longtemps à Limoux vu que je me suis décidé à faire le détour pas très raisonnable jusqu’à Saint-Hilaire – il n’était que 16 h 15. J’ai traversé l’Aude par le vieux pont de 1327 (appelé Pont Neuf car le Pont Vieux date du XIXème siècle…).

Vallée de l'Aude

Vallée de l’Aude

C’est un âge très vénérable compte tenu des crues assez violentes du fleuve et ceci montre aussi que le roi de France fit des efforts importants pour développer le commerce après la conquête de la région. D’ailleurs, le Pape avait envisagé de créer un évêché comme celui de Mirepoix car la ville était longtemps restée très accueillante envers les Cathares.

Intérieur de Notre-Dame de Marceille

Intérieur de Notre-Dame de Marceille

Après le pont, j’ai pris la déviation raide et très bruyante parce que je ne trouvais pas la route de Notre-Dame-de-Marceille recommandée par ma carte. J’ai fini par traverser un petit bout de prairie entre la déviation et l’église pour l’atteindre. Evidemment, le nom de Marceille est un peu surprenant… Il s’agit d’une basilique de pèlerinage d’origine gothique dont il reste un beau portail repeint en couleurs pastel avec une Vierge à l’enfant gracieuse. A l’intérieur, le style est baroque et croûle sous des dorures presque étouffantes mais qui valaient assurément une photo.

Il y avait évidemment une statue plus ou moins miraculeuse du XIème siècle dans le même style que les vierges noires du Puy et de Conques. Malheureusement, l’église a été mal surveillée pendant des travaux en 2007 et des voleurs ont découpé la statue à la hache, emportant la tête et le manteau. C’est vraiment un sacrilège ignoble tant du point de vue du patrimoine artistique qu’évidemment du point de vue religieux.

Route de Pieusse à Saint-Hilaire

Route de Pieusse à Saint-Hilaire

J’ai profité des arbres autour de la basilique pour prendre un goûter puisque j’avais décidé de faire encore 30 km. La route qui se dirige vers Saint-Hilaire a ceci d’intéressant que c’est tout à fait une route des Corbières comme on en trouve à Albas ou à Villerouge-Termenès bien que le paysage soit plus doux et plus habité.

La route monte en pente plutôt douce avec un grand nombre de virages jusqu’à un premier petit col, descend dans un ravin, monte à un deuxième petit col dans les vignes… C’est un relief très agréable pour le cyclotourisme. Le second col s’appelle gentiment Col d’Al Bosc et c’est l’un des rares du voyage qui a une pancarte.

Gardie

Gardie

Malheureusement, la route était barrée après le second col et je n’ai pas osé passer outre – un ancien copain le faisait généralement et avait raison, surtout quand les ouvriers sont partis en fin de journée, mais bon… J’ai donc fait un détour dans le détour et je suis passé au village de Gardie. L’avantage est que ceci m’a donné une vue lointaine vers les Pyrénées et surtout vers la crête plus proche du Roc des Trois Seigneurs.

Saint-Hilaire

Saint-Hilaire

Après une longue descente et une vallée finalement assez plate où je ne pouvais pas aller aussi vite qu’il l’aurait fallu, je suis effectivement arrivé à Saint-Hilaire dont l’abbaye est vantée dans tous les guides. C’est l’une des abbayes les plus vénérables de France car elle fut fondée sous Charlemagne, mais elle n’a jamais atteint une grande influence et connut beaucoup de problèmes financiers.

Je ne pouvais pas visiter compte tenu de l’heure mais j’aurais probablement hésité de toute façon car c’est plutôt un musée avec visites guidées. On y voit apparemment un cloître à chapiteaux assez discrets, un plafond Renaissance dans l’ancien logis abbatial et l’ancienne église.

Cest l’église qui m’aurait le plus intéressé car on y voit un sarcophage du 12ème siècle attribué au maître de Cabestany, un sculpteur du Roussillon qui est un des plus grands artistes de son époque. Je ne sais pas si l’on visite l’église indépendamment du cloître, elle était fermée de toute façon. Ceci m’a évidemment déçu, surtout que ceci rendait le long détour depuis Limoux à peu près inutile en dehors du paysage. J’ai d’ailleurs été obligé d’appeler mon hôtesse pour l’informer de mon retard car je ne voulais pas causer de malentendus ou d’inquiétudes.

J’ai fini de descendre la vallée puis j’ai remonté un peu la vallée de l’Aude par la nationale affreusement fréquentée avant de trouver une sortie au village de Cépie. A partir de là, la route devenait toujours plus petite et rurale, montant au tout petit village de Saint-Martin-de-Villereglan, descendant dans un ravin puis montant passablement raide le long d’une crête dans les vignes. Le trajet aurait été très pénible par grosse chaleur mais j’étais plus préoccupé cette fois par un gros nuage noir très menaçant.

Il a commencé à pleuvoir assez fortement à 500 m de la maison d’hôtes et j’ai donc échappé en grande partie à la pluie. La dame m’a fait découvrir son manoir que j’ai trouvé très intéressant. Elle est un peu gênée par le style défraîchi, la partie consacrée aux chambres d’hôtes étant l’ancienne maison de ses beaux-parents qui n’y avaient plus fait de travaux depuis très longtemps. L’inspecteur des Gîtes de France s’est d’ailleurs montré très critique pour la couleur du papier-peint dans le couloir…

 Jardin de la chambre d'hôtes à Montgrenier

Jardin de la chambre d’hôtes à Montgrenier

Personnellement, je suis sensible au charme de ce genre de maison de famille, surtout si c’est pour une seule nuit. Je n’ai pas pris de photos à l’intérieur mais celle du jardin donne une bonne impression.

On entre par un sas avec de grandes portes doubles en bois munies d’un système de fermeture fort raffiné puis on longe un long couloir carrelé avec diverses pièces fermées de chaque côté. Un escalier au bout du couloir monte à l’étage qui est affublé d’un tapis verdâtre assez malheureux. J’ai suggéré à la dame de mettre un tapis grenat à la place et quelques cadres colorés au mur, ceci suffirait à donner un aspect engageant car le couloir est vraiment de dimensions seigneuriales.

La chambre a été refaite par la dame avec une excellente salle de bains et c’est donc une combinaison amusante du couloir un peu impressionnant et de la chambre plus moderne. La dame a été obligée de remettre le chauffage vu qu’il ne faisait plus que 8 degrés avec la pluie et se lamentait de ce froid très inhabituel en mai.

Elle m’a servi le dîner dans la salle à manger de sa propre maison; les deux maisons sont entièrement séparées pour que les deux familles qui y habitaient ne se marchent pas sur les pieds. La dame sert ses invités mais ne mange pas avec eux car elle mange en même temps avec son mari et ses deux fils. Je n’en ai croisé qu’un, une vingtaine d’années et un physique de viticulteur qui fait du rugby.

Leur mère dit qu’ils n’ont pas fait d’études sur un ton un peu désapprobateur mais elle doit vouloir dire qu’ils n’ont pas été à l’université. Je ne pense pas que des études d’œnologie de longue durée soient indispensables pour reprendre l’exploitation de Papa avec succès – surtout si on a l’intention de vendre le raisin à la cave coopérative comme les fils de la dame. Je pense que les efforts de réorientation de l’exploitation, s’ils s’avèrent nécessaires, attendront le dynamisme des épouses. L’un des deux est déjà en couple, l’autre pas. C’est une situation qui m’a un peu rappelé une chambre d’hôtes en Touraine l’année précédente.

Bien que j’eusse donc mangé seul, la dame a passé au fur et à mesure de plus en plus de temps avec moi entre les plats. Elle est d’un naturel sympathique et enthousiaste et j’ai donc pas mal plaisanté avec elle sur diverses améliorations possibles dans la maison ou sur les travers de diverses autres chambres d’hôtes. Elle n’a pas manqué aussi de me parler du châtelain car le manoir dépendait en fait autrefois d’une maison forte située plus haut sur la crête, le château de Montgrenier. Il appartient à un monsieur qui y a apparemment dépensé des sommes considérables et on peut y louer une des dépendances à la semaine pour un prix assez conséquent (1800 € en plein hiver).

Je me dois de mentionner le menu: petite pizza maison (chose plutôt rare bien que facile à faire), salade avec pas mal de moutarde, une côte de veau avec un délicieux gratin de pommes de terre très copieux, un beau plateau de fromages et un dessert généreux composé d’un gâteau au chocolat avec de la glace à la vanille et des fraises. Elle a servi en accompagnement un vin rouge agréable que je ne connaissais pas mais qui est le vin local, AOC Malepère.

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