Etape 2: Volvestre et Plantaurel

(2ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mercredi 15 mai

94 km

Dénivelé 535 m

Pluie, 10°, juste une heure d’accalmie

Palaminy – Gensac – Berbaux – Montesquieu Volvestre – Fornex – Montbrun Bocage – Daumazan – Le Mas d’Azil – Durban – voie verte – Labouiche – Vernajoul – Loubens

Volvestre et Plantaurel, départements 31 et 09

Etape de longueur normale sans trop de dénivelé, donc un bon entraînement. Il n’a pas fait beau, mais c’est normal au printemps au pied des Pyrénées même si j’avais eu de la chance certaines années dans la région. D’ailleurs, s’il avait fait très mauvais, j’aurais pu raccourcir l’étape à seulement 55 km tout en visitant quand même Le Mas d’Azil qui était la grande attraction et un des principaux objectifs du voyage.

Château de Palaminy

Château de Palaminy

J’avais été surpris en arrivant la veille à Palaminy de découvrir un impressionnant rempart qui enjambe la rue principale. Mon hôtesse m’a signalé qu’il y a en plus un château appuyé sur le rempart et je me suis donc offert un petit détour pour commencer la journée. Le temps étant à des averses pour le moment, je ne pensais pas qu’il fallait me presser. Le premier château a été construit vers 1250 par le sénéchal du dernier comte de Toulouse, l’idée étant de renforcer ainsi la frontière envers le Comminges qui appartenait au comte de Foix fort indépendant et ombrageux.

Cour du château de Palaminy

Cour du château de Palaminy

Les bâtiments de la cour sont certainement anciens et probablement Renaissance; c’est l’un des rares châteaux que je connaisse dont une partie importante soit bâtie en galets (peu résistants à l’artillerie par la suite et donc souvent détruits). Le corps de logis est un pavé imposant et assez austère malgré des rangées de briques et une tour de coin charmante.

En fait, c’est probablement une version un peu plus chic des tours de défense que l’on voit dans le nord de la Gascogne. On peut y louer des chambres d’hôtes et un gîte que le propriétaire vante sur un site en anglais comme « occasion de faire l’expérience de la vie des aristocrates français », description sûrement tentante pour des industriels américains en quête de romantisme.

Vieille maison à Palaminy

Vieille maison à Palaminy

Le château ne se visite pas mais il mérite un petit arrêt-photo quand on passe dans la région et c’est amusant de penser qu’il y a tant de sites méconnus en France. En face du château, j’ai aussi photographié deux maisons anciennes qui ne semblent plus entretenues. L’une des deux est une maison à colombages avec premier étage en avancée (donc probablement XVIème siècle) mais avec un remplissage inhabituel en galets. L’autre est sans doute gothique avec des encadrements de fenêtres sculptés et les traces de l’étal.

Fort content de mon passage à Palaminy, je suis retourné jusqu’à Cazères où j’ai traversé une dernière fois la Garonne. J’ai pensé bien faire en prenant une petite route par les coteaux afin de rejoindre la vallée de l’Arize et la seule montée sérieuse n’était pas trop raide. Par contre, je me suis perdu à un carrefour de petites routes non indiqué et ceci m’aura causé un peu de montée supplémentaire. La petite route a fini par me conduire au bourg de Montesquieu-Volvestre, une ancienne bastide fondée en 1238 en même temps que le château de Palaminy.

Avant cela, Montesquieu avait appartenu à un vassal du comte de Comminges tout en restant fief du comte de Toulouse. Le comte de Comminges de l’époque s’était illustrè par des manœuvres matrimoniales éhontées: il avait épousé l’héritière de la Bigorre puis l’avait renvoyée en gardant le comté, puis il avait épousé une autre dame le temps qu’elle lui donne un héritier, mais la renvoya pour épouser l’héritière du comté de Montpellier. Il échangea cette troisième femme et le comté correspondant contre le val d’Aran et avait ainsi triplé son comté par ses trois mariages. On peut comprendre que le comte de Toulouse estimait nécessaire de réagir en fondant une bastide quitte à spolier l’héritière de Montesquieu.

Comme presque toutes les bastides toulousaines, Montesquieu n’a pas de traces visibles de remparts tandis que le réseau des rues se croisant à angle droit converge vers la place du marché. En pays toulousain, l’église est souvent dans un coin de la place alors que ce n’est pas le cas dans le Périgord où les seigneurs s’estimaient moins obligés de montrer leur foi catholique de façon voyante.

L'Arize à Montesquieu-Volvestre

L’Arize à Montesquieu-Volvestre

Il s’est mis à pleuvoir momentanément plus fort quand je suis arrivé à Montesquieu. Comme je n’avais pas vu de boulangerie en passant à Cazères (il y en a évidemment, mais pas sur le boulevard que j’ai longé), j’ai acheté un en-cas et je suis allé me réfugier sous les couverts pour manger au sec. J’ai quand même pris le temps avant de photographier le pont sur l’Arize pour donner une idée du site harmonieux.

Halle de Montesquieu

Halle de Montesquieu

La halle est excetionnellement munie de 16 piliers et non de douze, probablement parce qu’elle est carrée (douze piliers extérieurs pour les apôtres et quatre au milieu portant le lanternon pour les évangélistes ?). Les piliers sont un peu difformes avec d’énormes socles en brique et la partie supérieure en pierre de taille beaucoup plus mince. Je n’ai pas pris les couverts en photo parce que l’on voit plus beau en Gascogne.

Façade de l'église de Montesquieu

Façade de l’église de Montesquieu

L’église est plutôt imposante avec une tour de guet fortifiée à mâchicoulis et un clocher en briques inspiré du style toulousain mais plus complexe car il a seize pans au lieu des huit usuels. C’est un modèle rare mais on ne sait pas si le donneur d’œuvre y voyait une symbolique spéciale. Comme toujours pour les églises en briques, pas de portail sculpté, mais il y a ici un genre de fronton sculpté Renaissance fort élégant.

Mise au tombeau

Mise au tombeau

On peut rentrer dans l’église (ô merveille) et j’y ai surtout remarqué une belle Mise au tombeau gothique. J’ai pris les visages des Saintes Femmes en gros plan car ils sont particulièrement expressifs. Le haut-relief a encore ses couleurs et vaut donc vraiment une visite.

Visages émouvants

Visages émouvants

Il ne pleuvait plus très fort quand je suis sorti de l’église et j’ai pensé que je pouvais me permettre le détour jusqu’à Montbrun-Bocage, petit village recommandé comme pittoresque. Malheureusement, la carte Michelin n’indique pas une petite côte affreusement raide sur la route que j’ai choisie (je pense que j’ai poussé le vélo sur 200 m). Elle indique la seconde côte, nettement plus raisonnable, mais le mal était fait.

Halle de Montbrun-Bocage

Halle de Montbrun-Bocage

Le village se trouve au pied d’un château-fort en ruines qui serait sûrement amusant à explorer avec des enfants. Il y a évidemment une église et une halle sur la place principale; l’église êtait fermée comme d’habitude et je n’ai donc pas vu les fresques gothiques. La photo présente à défaut le clocher-porche qui montre clairement que l’on a quitté le Midi toulousain. On voit aussi la halle qui est charmante sans être exceptionnelle.

Rue en galets à Montbrun-Bocage

Rue en galets à Montbrun-Bocage

Le village n’est pas bien grand et j’ai volontiers fait le tour à la recherche de maisons anciennes. Il n’en reste qu’une seule rangée le long d’une ruelle joliment pavée en galets à l’ancienne. La photo montre aussi une machine à laver disgracieuse qui interpelle: s’agit-il de déchets encombrants à évacuer, par exemple suite à une rénovation ? Internet dit que le village attire de plus en plus de personnes « alternatives » et celles-ci préfèrent peut-être le lavage écologique au lavoir ?

En descendant la petite vallée de Montbrun, je suis arrivé très vite à Daumazan, premier village ariégeois. Il a eu une certaine importance mais il a été gâché par la route très large qui coupe le centre en deux. J’ai ignoré les quelques maisons anciennes et la halle (« magnifique », dit Internet, mais le texte est sûrement écrit par un enthousiaste du village).

Eglise de Daumazan-sur-Arize

Eglise de Daumazan-sur-Arize

L’église m’intéressait car c’est l’une des rares églises romanes de mon trajet de cette année mais elle était évidemment fermée. Je me suis contenté du chevet avec quelques modestes arcs en plein cintre et colonettes engagées. En prenant la photo, j’ai fait tomber les piles de rechange et cela m’a valu un moment d’inquiétude mais je les ai retrouvées dans l’herbe.

L'Arize à Daumazan

L’Arize à Daumazan

J’avais pensé pique-niquer à Daumazan mais il n’y a pas de banc sous la halle et je ne voulais pas rester assis sous la pluie. Il y a des bancs sur le mail près du pont et la vue n’est pas laide mais ceci ne protège pas. Finalement, j’ai continué à remonter la vallée jusqu’au village suivant, Campagne-sur-Arize. Il paraît qu’il s’agit d’une bastide même si on en voit peu de traces.

Par contre, il ne pleuvait plus et j’ai trouvé un banc près de l’église au bout du village. Au cas où il se remettrait à pleuvoir, il y a aussi un bâtiment public avec un auvent généreux où j’aurais pu me réfugier. Finalement, le temps est resté sec pendant 45 minutes, exactement le temps dont j’avais besoin pour manger tranquillement.

Quand les gros nuages sont revenus, je suis reparti. Vu le flou artistique qui cachait la montagne sur ma droite, j’avais de fortes craintes quant à une violente averse et j’ai donc essayé d’arriver avant la pluie au village de Sabarat où j’espérais me réfugier. Curieusement, c’en est resté à du crachin dans la vallée de l’Arize que je longeais.

Je suis passé en cours de route aux Bordes-sur-Arize, où une abbaye fut fondée vers 1300 suite à une histoire assez croustillante: le comte de Foix était marié mais tomba amoureux d’une jeunette lors d’une visite à Paris. Le pape refusa un divorce mais le roi de France força son chapelain à remarier le comte de Foix qui se retrouvait donc bigame. Il offrit à sa femme d’origine une forteresse en apanage et semble avoir continué à lui rendre visite car elle tomba enceinte. Le comte bigame lui construisit une abbaye quand elle prit sa retraite après avoir éduqué le nouvel héritier.

Eglise de Saraman

Eglise de Saraman

L’église ne m’a passionné, il y a un clocher-porche mais il est moins beau qu’à Monbrun. Internet dit qu’elle est classée en raison de son antiquité (12ème siècle) et du site charmant avec des vieux cyprès. Je n’ai pas visité le reste du village qui a été reconstruit sous Louis XIII: les habitants protestants avaient incendié et évacué le village en voyant arriver les soldats. L’armée ne parvint d’ailleurs pas à prendre le village fortifié voisin du Mas-d’Azil où les habitants s’étaient réfugiés malgré un mois de siège sanglant. Curieusement, les habitants n’étaient pas belliqueux et se seraient rendus si le général du roi n’avait pas exigé une rançon dépassant leurs moyens financiers.

L'Arize dans les gorges du Mas d'Azil

L’Arize dans les gorges du Mas d’Azil

La basse vallée de l’Arize est parallèle aux monts du Plantaurel qui forment une barrière haute de 300 mètres mais l’Arize vient de nettement plus loin au sud et parvient donc à traverser la chaîne. Il y a un relief très comparable dans le Jura où les rivières creusent des cluses ou de courtes gorges.

Sortie de la grotte du Mas-d'Azil

Sortie de la grotte du Mas-d’Azil

L’Arize est beaucoup plus originale car elle a creusé une grotte à travers la montagne. Ce n’est pas une galerie profonde inaccessible, c’est un passage tellement grand que l’on a pu y construire une route confortable. Je suis tenté de dire que c’est l’un des spectacles naturels les plus étonnants de France et c’est d’ailleurs la seule grotte naturelle d’Europe que l’on peut traverser en voiture.

Route dans la grotte

Route dans la grotte

Je sais que j’y suis passé jeune avec mes parents mais je n’en avais aucun souvenir. J’ai donc pris des photos, ce qui est loin d’être facile vu qu’il fait évidemment sombre dans une grotte. La sortie est plus facile et fait penser à une résurgence comme la source du Doubs ou la Fontaine de Vaucluse – en fait, c’est un barrage artificiel.L’entrée côté amont est un gouffre beaucoup plus grand avec 50 m de hauteur. Entre les deux, la galerie est relativement haute et large et on voit très bien le torrent cascadant.

Entrée de la grotte du Mas d'Azil

Entrée de la grotte du Mas d’Azil

Presque au milieu de la grotte, je suis tombé sur un chantier au niveau de l’entrée du musée. Des techniciens avaient plongé la caverne dans une lumière bleue presque un peu fantomatique. On visite maintenant un musée qui évoque le site archéologique car les experts ont trouvé lors de la construction de la route une série de vestiges datant d’environ -12000, en particulier des galets peints à l’ocre rouge assez exceptionnels.

Intérieur de la grotte du Mas-d'Azil

Intérieur de la grotte du Mas-d’Azil

On a aussi trouvé plusieurs gravures sur les murs et des figurines en os particulièrement fines. Le musée n’en expose que des copies, les originaux se trouvant évidemment à Paris, et on visite une salle de cinéma pour ne pas abîmer les gravures originales. Je n’aime pas payer une entrée souvent chère pour voir pratiquement la même chose que sur le site Internet du musée et je m’en suis donc dispensé.

Côté sud de la grotte et donc de la chaîne du Plantaurel, on est en plein piémont pyrénéen au milieu d’une végétation verdoyante. Les pluies sont très abondantes, tout particulièrement au printemps, et je n’ai pas échappé à cette règle. Cependant, la vallée de l’Arize étant encaissée et ne donnant pas de panoramas, je n’ai pas raté grand chose.

Notre-Dame de Reynaude à Rieubach

Notre-Dame de Reynaude à Rieubach

Le premier hameau en amont de la grotte porte le nom étrange de Rieubach (je pense que c’est un nom gascon). Il fut fondé par des protestants sous Louis XIV pour échapper aux conversions forcées en se réfugiant dans un lieu très difficile d’accès et parvinrent effectivement à garder leur foi. Ceci inquiétait les évêques et un prédicateur essaya de fonder un pèlerinage catholique en 1865 au moyen d’une statue de la Vierge.

L’atmosphère s »envenima au point que le maire du Mas d’Azil restreignit les processions catholiques sur la voie publique en 1883 comme susceptibles de constituer des provocations attirant la violence ! Les catholiques construisirent alors en 1895 un chemin de croix et une église voyants, mais sans jamais attirer les foules qui fréquentaient le temple ragaillardi par le renouveau évangélique protestant de l’époque. Une situation plutôt rare en France en dehors des Cévennes et de l’Alsace.

Je n’ai pas pris de photos en continuant à remonter la vallée de l’Arize, un itinéraire verdoyant et sinueux qui finit par arriver à Durban. Puis la vallée s’élargit et se divise et on atteint la nationale de Foix à Saint-Girons. J’avais besoin de faire une pause alimentaire et je me suis réfugié sous l’auvent des toilettes au bord de la nationale. Comme le bâtiment semble pratiquement inutilisé et est entouré de confortables murets carrelés, ce n’était pas gênant.

Je me suis demandé ensuite si je pouvais emprunter la piste cyclable de Saint-Girons à Foix qui ne figure pas sur ma carte un peu ancienne. Finalement, j’ai essayé parce que la route était trop pénible sous la pluie. Malheureusement, comme la plupart des voies vertes françaises, l’ancienne ligne de chemin de fer a été remplacée par un revêtement en sable compacté qui ralentit beaucoup et devient lourd par temps pluvieux. Je suis resté dessus parce qu’il rejoint La Bastide-de-Sérou par un passage tranquille entre deux petites collines loin de la route bruyante.

Une fois arrivé à La Bastide, j’ai pensé qu’il serait dommage de ne pas visiter l’église recommandée par la carte, s’agissant de la seule curiosité culturelle de l’après-midi. Evidemment, l’église était fermée et ne paie pas de mine de l’extérieur. Je me suis arrêté cinq minutes sous la halle où j’ai été interpellé par quelques jeunes qui ne savaient pas quoi faire sous la pluie. Ils avaient l’air de me trouver pas très raisonnable de faire du vélo sous la pluie mais étaient gentils.

Un peu déçu par La Bastide ou par le temps, je suis reparti rapidement. Cette fois, je suis resté sur la piste cyclable parce que la route semble assez large et rectiligne sur la carte. On monte lentement jusqu’à Cadarcet puis on franchit une petite crête qui sert de col entre les bassins de l’Arize et de l’Ariège. On ne s’en rend pas compte sur la piste qui franchit simplement une tranchée sans que le paysage change. J’ai par contre quitté la piste quand j’ai croisé une route parce que je pensais que c’était le meilleur moyen d’atteindre le site de Labouiche (effectivement, la piste passe plus loin et j’aurais été obligé de revenir en arrière).

Labouiche se compose des seuls bâtiments d’exploitation de la rivière souterraine, une attraction touristique importante. C’était désert, ce qui est normal en semaine hors saison. J’avais l’impression qu’il n’était pas trop tard et j’avais besoin d’une pause après avoir longé la piste cyclable si longtemps – monter une côte en pente douce pendant 10 km sur du sable compacté est assez fatigant. Je suis donc descendu du bureau de la grotte jusqu’à l’entrée; j’ai poussé le vélo par prudence jusqu’en bas puis ensuite jusqu’en haut mais je pense que j’aurais pu le laisser en haut sans problèmes.

Rivière de Labouiche entrant dans la grotte

Rivière de Labouiche entrant dans la grotte

J’ai toujours eu envie de visiter des grottes mais je ne peux pas le faire facilement puisque personne ne me garderait les bagages pendant deux heures. Labouiche me tenterait beaucoup parce que c’est une promenade en bateau sur 1,5 km (en trois morceaux séparés) pour un prix raisonnable. On se promène aussi en bateau à Saint-Pé et à Han-sur-Lesse, mais moins longtemps. Sur le moment, j’ai trouvé l’entrée de la grotte assez étonnant. Le ruisseau qui y entre semblait fort modeste mais les barques étaient juste sous le plafond et je suppose donc que la rivière souterraine est alimentée autrement que par le ruisseau. Le détour m’a retardé mais c’était une bonne pause.

Vu l’heure, j’ai ensuite cherché le trajet le plus rapide jusqu’à mon hébergement. Au début, c’était facile le long de la route qui descend doucement vers Vernajoul puis plus raide jusqu’au bord de l’Ariège. Je suis passé à un moment au-dessus d’une tranchée assez impressionnante puis plus tard sous un beau viaduc. Les deux sont utilisés par la piste cyclable, mais je ne le savais pas et j’ai donc raté une occasion – même si j’aurais de toute façon hésité à cause de l’heure.

Du bord de l’Ariège à mon hébergement près de Loubens, la seule possibilité est une nationale pas trop fréquentée mais désespérément rectiligne et en montée douce mais constante. On se décourage facilement et je me suis attendu à arriver plus tard que les 19 h annoncées. Heureusement, la pluie s’est arrêtée au niveau de Labouiche (je pense que la vallée de l’Ariège est moins soumise au climat pyrénéen et donc moins sujette aux pluies de printemps).

Je n’ai pas trouvé l’entrée de la maison facilement mais un adolescent a fini par me héler depuis un balcon quand il s’est aperçu de ma présence. Il y a certes une sonnette, mais celle que j’avais essayée ne dessert pas la maison d’habitation. La dame m’a proposé de mettre mes chaussures de vélo devant sa cheminée, ce que j’ai beaucoup apprécié car ce sont les seuls de mes vêtements qui mettent vraiment longtemps à sécher.

La maison est une grande ferme reconstruite avec l’aide d’un bon architecte. Les chambres d’hôtes donnent au rez-de-chaussée avec un accès direct au parking, un peu comme dans un motel. La dame recevait ce soir-là aussi un couple maltais (non sans problèmes car ils ne parlaient qu’anglais et elle qu’espagnol) et ils ont garé leur bolide de sport devant leur porte-fenêtre. Je ne les ai pas revus après. Mon vélo a eu l’honneur du local à vélo de la dame où il a trouvé la compagnie des vélos de ses enfants.

J’ai passé à nouveau une excellente soirée, très différente de la veille. Tout le premier étage de la maison sert à la famille avec une gigantesque salle de séjour / cuisine ouverte / salle à manger. Les trois sections sont séparées optiquement par une cheminée monumentale au centre qui se présente de façon très originale comme un foyer surmonté d’une hotte entièrement suspendue au plafond. Impressionnant.

Il y avait d’autres hôtes au dîner, un couple de jeunes retraités de l’Ouest de la France tout à fait charmant. La famille a quand même dîné avec nous, ce qui est l’esprit des tables d’hôtes mais qui est devenu rare quand il y a plusieurs hôtes. Si je me souviens bien, leurs enfants ont 8 et 15 ans environ et ne s’ennuient donc pas trop entre les plats. Nous avons évidemment parlé de l’exploitation et de mes expériences lors de nuits dans des fermes comparables dans d’autres régions.

Le monsieur a un troupeau de vaches gasconnes, les plus adaptées au climat. Il a essayé les Limousines, espèce recommandée pour sa qualité et très répandue au Luxembourg aussi, mais il a trouvé qu’elles souffrent un peu plus en cas de grosse chaleur l’été. Puisque nous étions à la mi-mai, il avait déjà envoyé ses bêtes sur l’estive (« alpage » dans les Alpes) mais il était un peu inquiet du retard de la végétation. En effet, l’herbe n’avait pas eu le temps de pousser beaucoup et il y avait donc un risque qu’elle s’épuise avant la fin de l’été.

J’ai appris une chose intéressante sur les viandes de bœuf: le goût est voisin et est plus influencé par la préparation que par la race de l’animal. Par contre, la consistance se distingue facilement si on a l’habitude: le Charolais est une viande grasse et fondante appréciée par les consommateurs en ville qui n’ont plus l’habitude des goûts forts. Les races de montagne ont une viande qui se tient mieux dans la poële par exemple. En matière de bœuf, je reconnais que je n’achète plus que de la viande luxembourgeoise de race limousine, effectivement meilleure que la viande importée d’outre-mer ou que la viande anonyme des hypermarchés.

J’ai évidemment noté le menu pour le plaisir: un verre de muscat en apéritif, puis un produit maison assez peu fréquent, du pâté de vache. La dame mélange moitié de viande et moitié de foie, ce qui donne une consistance plus fondante tout en gardant un goût différent. Délicieux. Le plat principal était aussi maison, une tranche de veau avec des « petits légumes ».

Pour le dessert, elle a servi une compote de poires avec du yaourt et du miel. Nous n’avons pas seulement parlé de cuisine pendant le repas, la présence du couple a conduit à parler aussi un peu du Luxembourg et surtout de l’usage des langues, chose qui préoccupe logiquement les parents dont les enfants sont supposés apprendre les langues étrangères à l’école et ne sont généralement pas très motivés. A mon avis, plus un enfant séjourne dans des familles sympathiques  à l’étranger, plus il est motivé à apprendre leur langue car il en voit l’utilité.

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