Etape 8: Cévennes et piémont

(8ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mardi 21 mai

100 km

Dénivelé 1160 m

Menaçant en montagne avec 11° , beau en plaine avec 21°

Valleraugue – Notre Dame de la Rouvière – Col de l’Asclié – Millérines – Saint Jean du Gard – Mialet – Anduze – Lézan – Lédignan – Montagnac – Nîmes par l’ancienne route d’Anduze

Cévennes et piémont languedocien, département 30

Encore un temps heureusement doux dans une région où il fait souvent affreusement chaud en mai. La fin de l’étape est vraiment sans intérêt mais je voulais passer par Nîmes à cause de l’étape du lendemain et il y a peu d’hébergements dans le piémont. Si on visite la région pour la première fois, autant passer par Uzès et Remoulins comme je l’avais fait en 2002.

Mont Aigoual depuis Valleraugue

Mont Aigoual depuis Valleraugue

Puisque je n’avais pas visité Valleraugue la veille de crainte d’arriver trop en retard à mon hébergement, je me suis rattrapé le matin. Il ne faisait pas très beau et on voit sur la photo une grosse averse au niveau du col dans l’axe de la vallée – comme quoi j’avais eu de la chance la veille. Le village a beaucoup souffert des soldats de Louis XIV et l’église qui était d’ailleurs fermée semble sans intérêt particulier.

Temple de Valleraugue

Temple de Valleraugue

Il y a aussi un temple assez spacieux construit au début du 19ème siècle dans un site beaucoup plus beau que l’église, directement au confluent de l’Hérault et d’un affluent. On voit mal sur la photo un arbre à fleurs violettes dont je me demande si c’est un jacaranda.

Comme Valleraugue se trouve dans la vallée de l’Hérault qui se dirige vers Agde et pas du tout vers Nîmes, il faut passer un col pour aller dans la bonne direction. La route principale passe dans le piémont où le col est facile à seulement 200 m, mais la distance raisonnable me permettait de prendre un col plus haut dans l’espoir de retrouver les panoramas très particuliers et les forêts de châtaigniers que j’aime beaucoup dans les Cévennes.

J’ai choisi le col de l’Asclier dont l’ascension est moins raide que celle du col du Pas. La plupart des cols qui relient les vallées des Cévennes entre elles sont situés sur de toutes petites routes extrêmement tortueuses et pas tellement raides où l’on ne croise pratiquement aucune circulation.

Montée du Col de la Triballe

Montée du Col de la Triballe

Dès que j’ai quitté la vallée de l’Hérault, c’est effectivement l’impression que j’ai eue. La route traverse d’abord un petit village à flanc de montagne, Notre-Dame-de-la-Rouvière, avec des placettes suspendues sur le ravin et de belles maisons anciennes, puis s’enfonce tout au fond d’une petite vallée avant de commencer la montée. On monte d’abord au col de la Triballe, d’où l’on a une vue plongeante sur deux affluents de l’Hérault dans un paysage de châtaigneraies pentues typiquement cévenoles.

Puis on longe la crête jusqu’au col de Bès où il s’est finalement mis à pleuvoir suffisamment pour que je mette des habits imperméables. Pendant toute cette montée, j’ai croisé peut-être trois voitures en une heure. J’ai aussi passé un camion de travaux qui réparait un pont et j’ai hélé un cycliste au sommet du col: comme il avait un très beau vélo de course et un casque, je l’ai soupçonné de descendre à très grande vitesse et je lui ai donc conseillé de se méfier du camion.

Menhir

Menhir

Le col de Bès était plus intéressant que je ne m’y attendais car on y voit un beau menhir. Même si on est proche du Rouergue où ils sont assez fréquents, je ne savais pas qu’il y en a dans les Cévennes alors que c’était la troisième fois que je passais dans la région. Le menhir est situé sur un tertre isolé avec une vue étendue dans toutes les directions, ce qui correspond assez à la situation de beaucoup de menhirs bretons. J’en ai donc conclu que c’est bien un menhir même s’il n’y a pas de plaque explicative.

Vue du col de l'Asclié vers Valleraugue

Vue du col de l’Asclié vers Valleraugue

Après le col de Bès, il faut encore monter 3 km à pente très raisonnable (5%) que l’on parcourt en corniche au pied de la Montagne du Fageas avec une belle vue verdoyante sur les pentes du Mont Aigoual. Au bout d’un kilomètre, je transpirais beaucoup trop dans les habits imperméables et il ne pleuvait presque plus, ce qui fait que je ne m’en pas suis pas servi longtemps ce jour-là. Malheureusement, j’ai mal accroché la toile de protection des bagages et elle s’est envolée. Ce n’est pas trop grave car j’ai constaté lors des grosses averses dans les Maures une semaine plus tard que les bagages ne prennent pas l’eau même sans protection spéciale.

Pont à transhumance

Pont à transhumance

Le col de l’Asclier est un site mineur mais assez curieux avec un tunnel de crête bien qu’une petite tranchée aurait suffi. La raison d’être du tunnel est qu’il permet de faire passer au-dessus de la route un chemin de transhumance très important, parallèle à celui plus connu de la Corniche des Cévennes. Côté Hérault, le col ne permet qu’une vue assez médiocre sur une petite vallée verdoyante. Un couple qui prenait des photos m’a souhaité bon courage gentiment, mais je n’étais plus qu’à 200 m du sommet et je n’avais donc plus grande inquiétude.

Vallée du Gardon depuis le col de l'Asclié

Vallée du Gardon depuis le col de l’Asclié

Côté Gard (ou plutôt Gardon car on ne parle du Gard, nom « administratif », qu’en aval d’Uzès), il faut monter quelques mètres sur le chemin d’accès au trajet de transhumance pour avoir la vue. Elle est beaucoup plus étendue car on voit dans l’axe de la petite vallée plusieurs chaînes transversales des Cévennes. Comme j’avais déjà bien travaillé avec une ascension de 500 m environ de dénivelé, je me suis offert un en-cas que j’avais acheté le matin à la boulangerie de Valleraugue.

Crêtes des Cévennes

Crêtes des Cévennes

Un couple hollandais est venu se garer à proximité mais j’ai eu l’impression que les touristes ne savaient pas trop quoi faire vu le temps maussade et le manque de véritable attraction sur cette toute petite route. Dix minutes après, j’ai vu passer tout un groupe de randonneurs d’âge mûr avec équipement de baroudeur comme des cartes plastifiées, des bâtons ferrés, des grosses chaussures et des sacs à dos. Je suppose que c’était un groupe venant d’une des grandes villes de la région.

Vue depuis le col de l'Asclié

Vue depuis le col de l’Asclié

Après ma pause, j’ai commencé la descente vers la vallée du Gardon. Je me suis arrêté au bout de seulement 500 m car j’ai trouvé une vue encore plus spectaculaire que depuis le col. On voit particulièrement bien les longues crêtes boisées parallèles typiques des Cévennes; il n’y a pas de plateau en haut ni de place pour des estives.

J’avais hésité pour la descente entre la route des Plantiers et celle de l’Estréchure qui atteignent la vallée du Gard au bout de la même distance mais la première était barrée. La deuxième est une descente qui paraît à vélo durer éternellement tout en étant relativement raide (7%) et avec des pentes abruptes. Mais on est presque partout dans la forêt et les vues intéressantes sont donc peu nombreuses. J’ai croisé plusieurs cyclistes qui montaient au col, effectivement un très bel effort sportif dans un environnement agréablement ombragé.

Vue sur Millérines

Vue sur Millérines

Au niveau du hameau de Millérines, la route traverse un petit chaos rocheux par une vraie gorge avec épingles à cheveux mais j’avais trop de plaisir à descendre la pente et je ne me suis pas arrêté pour une photo. Comme on le voit sur la photo, une fois que l’on est au fond de la vallée, la route descend très sagement dans la forêt. Elle rejoint à l’Estréchure une route extrêmement large et parfaitement revêtue que j’ai d’abord prise pour une nationale importante comme Nîmes – Clermont Ferrand.

Vallée du Gardon

Vallée du Gardon

En fait, c’est une route très secondaire selon la carte et je me suis demandé pourquoi on a investi autant d’argent dans la réfection. Elle mène certes à des alpages mais pas à une station de ski ni à une attraction touristique de premier ordre et elle n’est pas particulièrement fréquentée. C’est peut-être simplement un effort de désenclavement d’une région de montagne aux frais de l’Union Européenne, ou alors un ministre a une maison de vacances à proximité.

Largeur de la route mise à part, elle mérite le détour car la vallée du Gardon est assez impressionnante avec une très belle gorge. Ce n’est pas très haut mais le torrent cascade pendant des kilomètres entre les rochers dans un cadre très sauvage. La carte ne la mentionne pas spécifiquement et je m’attendais donc à une vallée typique des Cévennes, où le torrent est le plus souvent caché dans les arbres ou coule entre des bandeaux de petites prairies.

Pont de Peyroles

Pont de Peyroles

La gorge du Gardon est bien plus belle que cela et il y a même un tunnel pour se donner un petit frisson. J’ai pris l’entrée du tunnel en photo à cause du superbe pont de pierres en premier plan. Il ne dessert qu’une maison particulière mais donne une idéee de la violence des crues. Effectivement, c’est dans un village voisin (à Valleraugue) qu’a été enregistré le record de France de pluies diluviennes, presque 1 m en 10 h en septembre 1900.

J’ai atteint le village principal de la vallée, Saint-Jean-du-Gard, peu après le tunnel. Le soleil commençait à sortir, probablement parce que je sortais des montagnes, et j’ai cherché un endroit ombragé pour mon pique-nique. Les placettes du centre ville n’ont pas d’ombre ni de bancs mais il y a un grand mail dominant le Gardon avec plein de platanes vénérables. Le mail sert surtout à se garer mais il y a suffisamment de place pour s’asseoir et il n’y avait pas trop de circulation vu l’heure et la saison.

C’est apparemment autre chose en été, quand la population passe de 2.700 à plus de 10.000 habitants. Le village est extrêmement connu des guides touristiques car on peut s’y rendre au moyen d’un petit train à vapeur. Je l’ai entendu siffler mais je ne l’ai pas vu, ce qui est dommage. Grâce au tourisme, le chômage qui frappait 21% de la population aussi récemment que 1990 est devenu inférieur à la moyenne française à moins de 10%.

Saint-Jean-du-Gard est aussi un bourg avec une histoire vénérable même si les bâtiments ne m’ont pas beaucoup impressionné. Il n’y a par exemple que peu de traces des anciens remparts, construits par Louis XIV pour défendre les habitants contre les Protestants (ou plus probablement pour empêcher les habitants de prêter assistance aux Protestants). Louis XIV a aussi fait construire une nouvelle église en prenant les pierres du temps protestant qu’il avait fait raser. Il ne reste du Moyen Âge qu’une tour romane qui ne m’a pas frappé.

Pont de Saint-Jean-du-Gard

Pont de Saint-Jean-du-Gard

Par contre, j’ai pris en photo le superbe pont à cinq arches. Il est muni de rambardes étonnamment hautes car on ne voit presque pas les voitures quand elles traversent; je pense que leur hauteur est adaptée à des gens à cheval ou peut-être à des carrioles chargées. En fait, le pont n’est pas très ancien et date du 18ème siècle. L’arche centrale fut reconstruite en 1958 car une crue l’avait emportée, ce qui donne une idée du débit du fleuve.

Plutôt que de longer la vallée devenant relativement large du Gardon entre Saint-Jean et Anduze, j’ai préféré prendre la petite vallée parallèle de Mialet. Il faut certes passer un petit col entre les deux vallées, mais il n’y a que 2 km de montée raide sans être terrible. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs jeunes s’attaquer à la même côte sur des vélos « standard » en revenant probablement d’un entraînement de sport et ils ne le feraient pas si c’était trop dur.

Gardon de Mialet

Gardon de Mialet

La vallée du Gardon de Mialet est à nouveau une petite vallée cévenole presque déserte. On passe un petit morceau de gorge sur un pont légèrement vertigineux, le Pont des Abarines, qui intéressa les ingénieurs lors de la construction en 1900 car il y eut une dispute entre les partisans d’un pont en fer et ceux d’un pont en pierre. Finalement, il y eut assez peu de ponts en fer portant des routes en France, ils portent surtout des chemins de fer.

La vallée ne comporte qu’un seul village, le tout petit village de Mialet. L’absence de village plus important est dû aux circonstances historiques: quand Louis XIV révoqua l’Edit de Nantes en 1685, les Protestants des Cévennes se révoltèrent plutôt que de se convertir (ils furent appelés les Camisards) et les vallées les plus isolées comme celle de Mialet devinrent des lieux de ferveur particulière. Le roi fit déporter les habitants de la vallée en 1703 et incendier les villages. Ceci explique que l’on est passé de 2000 habitants vers 1600 à moins de 600 aujourd’hui.

Gardon à Paussan

Gardon à Paussan

Preuve que la ferveur protestante était attisée plutôt qu’étouffée par les persécutions, le roi finit par négocier en 1704. Sans accorder la liberté de culte, le roi accepta de tolérer tacitement les Protestants, qui ne retrouvèrent cependant leurs droits de citoyens normaux qu’en 1787 (entre les deux dates, ils vivaient en « union libre » et leurs enfants n’étaient pas reconnus comme baptisés, seules les cérémonies catholiques étant valables pour l’état-civil royal).

En aval de Mialet, on passe au hameau du Mas Soubeyran où habitait Pierre Laporte, l’un des principaux chefs des Camisards. Sa maison a été transformée en « musée du Désert », appellation qui désigne le Protestantisme clandestin autour de 1700. C’est aussi le lieu du plus grand pèlerinage protestant en France avec plus de 15.000 fidèles qui se réunissent en septembre chaque année pour un culte solennel et des débats.

Je reconnais que je n’ai pas vu grand chose de tout cela, les musées étant difficiles et trop longs à visiter avec le vélo.  Un joli pont en pierre traverse le Gardon à proximité; il est appelé Pont des Camisards en référence au musée mais il n’y a pas d’autre lien.

Porte des Cévennes vue de l'amont

Porte des Cévennes vue de l’amont

La route monte après le Mas Soubeyran pour franchir un verrou rocheux et on a une belle vue sur la vallée du Gardon. La photo montre que le fleuve franchit ensuite une barre calcaire, c’est la Porte des Cévénnes qui se trouve à Anduze. Il y a une belle descente après le verrou rocheux et j’ai admiré le couple hollandais qui montait en sens inverse parce qu’il faisait relativement chaud. C’est au point que j’ai profité d’une fontaine à Générargues pour remplir ma gourde, chose que je n’avais pas eu besoin de faire depuis le début du voyage puisque le temps frais ne me donnait pas soif.

Bambouseraie de Prafrance

Bambouseraie de Prafrance

Après la descente, on passe au bord du torrent une célèbre attraction touristique, la bambouseraie de Prafrance. On peut même s’y rendre en train à vapeur depuis Anduze ou Saint-Jean-du-Gard car il y a une gare exprès. Je n’ai vu que la grande allée près du pavillon d’entrée mais ce serait sûrement un lieu d’excursion agréable même si l’entrée n’est pas donnée (8€, prix habituel en France). On y visite outre les bambous de ma photo une allée de palmiers, une reconstitution de cases laotiennes, un petit pavillon de style chinois et un jardin japonais moderne.

Porte des Cévennes

Porte des Cévennes

En longeant un peu le Gardon en aval de la bambouseraie, on arrive tout de suite à Anduze, marqué par les falaises calcaires de chaque côté du torrent et qui forment ce que l’on appelle la Porte des Cévennes. Il n’y a rien de comparable sur le Gardon d’Alès, l’autre grande vallée de la région, et il faut reconnaître que les falaises d’Anduze forment vraiment une barrière naturelle. On admirera aussi les beaux plissements de la rive gauche en particulier.

Anduze est un gros bourg extrêmement animé et surtout envahi de touristes. C’était la première fois pour le voyage de cette année et c’est vraiment frappant après les régions désertes des Causses ou des Cévennes. Comme si les touristes s’arrêtent automatiquement dès qu’il s’agit de s’éloigner un peu des plages ou du soleil torride de Provence. Il y a une certaine proportion de touristes anglais (plutôt que des retraités anglais comme c’est le cas en Dordogne ou en Normandie), un certain nombre de Néerlandais mais surtout une grande majorité d’Allemands et de Suisses alémaniques.

Plissements

Plissements

Il y a une fascination étonnante chez les Allemands pour la vallée du Rhône, sachant que l’Ardèche, les Baronnies ou Nîmes font partie pour eux de la Provence. Quand je travaillais pour une banque allemande, je trouvais cela irritant car cela me faisait retrouver la langue du bureau. J’ai tendance à être plutôt amusé qu’autre chose maintenant. Les Allemands « provençophiles » y contribuent en étant plutôt bien élevés et intéressés culturellement, le populo plage-bière-disco (on dit en luxembourgeois: « les prols ») allant plutôt aux Baléares ou aux Canaries.

Fontaine à Anduze

Fontaine à Anduze

Je me suis un peu promené dans Anduze car j’aurais aimé m’arrêter dans un endroit calme, ombragé et avec une jolie vue pour prendre un goûter. Mais il n’y a pas d’endroits adaptés dans un bourg aussi touristique et je me suis contenté d’admirer la fontaine assez amusante avec son petit toit multicolore. Elle a un air exotique et les gens du pays l’appellent la fontaine de la pagode. Apparemment, elle est inspirée par ce qu’un commerçant du lieu avait vu en Chine dont il avait importé des cocons de vers à soie.

Place à Anduze

Place à Anduze

J’ai aussi pris des photos de deux autres des fontaines qui sont les principales attractions du bourg. La fontaine avec la grande vasque date du début du 19ème siècle tandis que la fontaine avec les trois petites colonnes est certainement symbolique car elle a été conçue par un Compagnon du Tour. Les trois colonnes représentent au choix les trois personnes de Dieu (ceci est aussi reconnu par les Protestants) ou les trois ordres architecturaux et maçonniques (dorique, ionien et corinthien). Le fait qu’une colonne soit brisée n’est certainement pas innocent non plus.

Tour de l'horloge à Anduze

Tour de l’horloge à Anduze

J’ai mentionné les Protestants car Anduze est un autre haut-lieu du protestantisme français: c’est là que fut ouvert le premier temple de France en 1567 (dixit Wikipedia). Il fut remplacé par un plus grand, détruit par Louis XIV, puis par une énorme construction néoclassique ouverte en 1823. Il était évidemment fermé lors de mon passage, ce qui est normal pour un temple protestant, tout particulièrement pour un temple calviniste.

Je n’ai donc pas pris de photo du temple; la photo de la troisième fontaine montre à la place la tour de l’horloge, une ancienne tour des remparts qui ne fut pas détruite sous Louis XIII à cause de son horloge. La tour date de 1320 et ressemble beaucoup à une tour des remparts d’Aigues-Mortes que j’ai vue le lendemain.

Puisque je n’avais pas trouvé de coin propice à Anduze, je suis parti vers Nîmes. J’ai eu beaucoup de circulation jusqu’à l’embranchement de la voie rapide tandis que la route de Lézan devenait ensuite beaucoup plus tranquille avec une belle allée de platanes. Je roulais vers le Sud-Est et ceci avait l’avantage que j’avais le vent dans le dos car il descend souvent de la montagne quand il fait nettement plus chaud en plaine. J’avais eu le même effet dans les Alpes par beau temps et je pense que c’est l’explication principale pour la puissance du mistral.

J’ai eu l’heureuse surprise à Lézan de trouver un beau village ancien avec la tour d’horloge habituelle qui enjambe ici aussi l’ancienne rue principale et qui est couronnée d’une petite construction cubique avec cloche. On croirait facilement que ces tours sont des clochers d’église mais ce n’est presque jamais le cas.

Château de Lézan

Château de Lézan

Il y aussi à Lézan un très joli jardin public devant la façade majestueuse d’un château. Je n’ai pas pris le jardin en photo malgré les palmiers et les arbustes exotiques, mais j’en ai bien profité pour manger mon goûter à l’ombre. Le château fort élégant a de beaux encadrements de fenêtres en pierre de taille, un fronton décoratif au centre de la façade et un énorme escalier d’accès par-dessus la rue qui permettait aux habitants de se rendre dans leur parc sans traverser la rue publique.

J’ai vu le même système plusieurs fois à Londres, mais rarement avec une si belle arche. Comme le château n’est mentionné ni sur la carte, ni dans les guides, c’est sûrement une propriété privée, mais j’étais très content de ma découverte.

Les Cévennes depuis Montagnac

Les Cévennes depuis Montagnac

On quitte Lézan par une petite côte qui aboutit sur le coteau dominant le Gardon. Comme la route longe la crête du coteau en ligne droite pendant plusieurs kilomètres, les voitures y foncent de façon dangereuse, mais on a une vue superbe sur la vallée et sur toute la chaîne des Cévennes de l’autre côté. Très motivant vu que la route en soi est en plein soleil et un peu monotone. A Lédignan, on redescend un peu dans une large vallée remplie de vignobles pas très excitante, puis on atteint Montagnac avec une redoutable côte à 12% où il faisait vraiment chaud.

Vue vers le Pic Saint-Loup

Vue vers le Pic Saint-Loup

Le village est sans intérêt mais on a une vue superbe depuis le sommet, surtout en arrière vers les Cévennes. Dans la descente de la crête de l’autre côté, il y a des virages dans la garrigue avec des aperçus du Pic Saint Loup. Jusque là, la route d’Anduze à Nîmes était bien plus agréable et variée que je ne le craignais.

Il y a ensuite encore une large dépression avec des vignes monotones puis on remonte un peu et il y a une affreuse ligne droite en plein soleil pendant 10 km. Heureusement, il ne faisait pas trop chaud le soir et je n’ai pas souffert du vent, mais c’est vraiment une section ennuyeuse. La plupart des routes qui mènent à Nîmes sont très peu motivantes, sauf la route d’Uzès

J’avais élaboré un itinéraire savant à travers l’entrée de Nîmes pour me rendre à l’auberge de jeunesse sans descendre au centre ville parce que je savais que l’auberge est sur un coteau particulièrement raide. J’ai bien trouvé l’ancienne route d’Anduze qui descend doucement dans des plantations ombragées, mais je me suis retrouvé ensuite à un carrefour au niveau d’un pont de chemin de fer avec des rues qui ne correspondaient pas à l’itinéraire que j’avais noté et je me suis finalement résigné à rejoindre la route principale pour les derniers kilomètres.

Comme prévu, l’auberge de jeunesse est effectivement tout en haut d’un coteau en banlieue et j’ai été obligé de pousser le vélo quelques centaines de mètres car la rue a une pente de 15%.  J’avais choisi l’auberge parce qu’il n’y a aucune table d’hôtes abordable dans la région de Nîmes et j’avais d’autant moins de scrupules que l’auberge a des chambres à deux lits que l’on peut louer pour une seule personne (il suffit de payer les deux lits, ce qui revient alors au prix d’une chambre d’hôtes modeste).

L’auberge a beaucoup de caractère, c’est une série de pavillons bas construits sur un grand terrain paysagé un peu « biotope sauvage ». Le terrain est un legs d’une grande famille nîmoise qui voulait qu’une auberge soit construite dans sa ville. Le gérant que j’ai rencontré le lendemain et l’assistant qui m’a accueilli sont tous les deux très détendus et ont visiblement plaisir à accueillir les gens. Ils ont décoré la salle commune avec tout pleins de photos, de cartes et de billets de banque offerts par les hôtes au fur et à mesure. Le confort de l’auberge est très correct avec des lavabos dans les chambres.

J’ai trouvé les douches très bien construites: elles ont deux portes avec un espace de 20 cm entre les deux. La porte extérieure a un verrou pour se laver tranquille et la porte intérieure permet de suspendre ses affaires dans le sas entre les portes sans les mouiller pendant que l’on se lave. Cela fonctionne très bien. En Allemagne, où l’on est moins pudibond, les gens laissent les affaires à des crochets à l’extérieur de la cabine, mais les Français utilisent souvent des crochets à l’intérieur de la cabine où l’on évite difficilement de tout mouiller.

Comme on ne peut pas dîner dans les auberges de jeunesse à moins de réserver à l’avance et d’arriver assez tôt, il fallait que j’aille au centre ville chercher un restaurant. C’est à un peu plus de 2 km, rien de dramatique en soi sauf que les muscles tirent un peu après le vélo. En fait, j’ai profité d’un excellent prospectus imprimé par l’auberge pour passer par le parc municipal plutôt que de longer la route principale.

Le parc ne fermant qu’à la nuit tombée vers 21 h 30, j’avais le temps de le visiter. On monte une autre colline entre les murs aveugles des villas des notables pendant un bon moment puis on arrive un peu par surprise dans le parc qui est un des plus réputés de France (à l’instar peut-être du Parc de la Pépinière à Nancy).

Rocaille du Jardin de Nîmes

Rocaille du Jardin de Nîmes

Les « Jardins de la Fontaine » furent construits au 18ème siècle par les consuls éclairés sur les traces de la ville romaine et furent conçus au goût du jour avec statues à l’antique, balustrades et grand jet d’eau. On ajouta au 19ème siècle toute une série de terrasses plantées de façon variée et les arbres maintenant vénérables donnent une ombre très méditerrannéenne.

Perspective du Jardin de Nîmes

Perspective du Jardin de Nîmes

Au-dessus d’un bassin avec rocaille au flanc de la colline, il y a comme aux Buttes-Chaumont parisiennes un point de vue dans l’axe exact d’une avenue qui traverse toute la ville. On voit de là au-delà de la banlieue tentaculaire qui longe l’autoroute jusqu’aux petites collines boisées qui séparent Nîmes de la vallée du Rhône. La grande avenue (maintenant les Allées Jean Jaurès) a été refaite récemment par le célèbre urbaniste Wilmotte, mais reste un peu à l’écart du centre ville comme si la ville n’avait finalement jamais grandi dans la direction espérée.

Tour Magne à Nîmes

Tour Magne à Nîmes

Encore au-dessus du point de vue, on traverse un bout de pinède pour aller admirer la Tour Magne, dont j’ai découvert plus tard que c’est un reste de l’enceinte romaine construite sous l’empereur Auguste. Il n’en reste que deux des trois étages d’origine et cette tour a donc dû être incroyablement massive. On peut y monter dans la journée mais évidemment pas le soir. En comparant à des tours romaines comme celles de Carcassonne ou de Trêves, la Tour Magne est assez stupéfiante.

Bassin romain

Bassin romain

En-dessous du point de vue et de la rocaille, des arrangements savants de terrasses à balustrades (y compris une fausse grotte très Napoléon III) permettent de descendre au bord d’un bassin très curieux. C’est appremment une résurgence puissante qui alimente deux canaux, mais la combinaison recherchée de statues, terrasses et colonnades est vraiment très curieuse. On a un peu l’impression de bains romains comme à Bath, mais on ne peut pas accéder aux colonnades baignant dans l’eau et je suppose qu’elles sont donc purement décoratives.

Temple de Diane à Nîmes

Temple de Diane à Nîmes

Le parc a une petite annexe avec un monument intéressant, le « Temple de Diane ». Il servit d’église au Moyen-Âge puis fut incendié suite à une dispute relative à l’héritage du terrain et reste un peu ignoré des touristes. C’est un tort car c’est l’une des rares constructions romaines en France qui sont encore debout sans restauration léchée ni ajouts postérieurs. On peut se promener dans les vieilles pierres et admirer divers décors sculptés.

Temple de Diane

Temple de Diane

Il reste une petite partie de la voûte en berceau, ce que j’ai trouvé particulièrement parlant. A cause des niches que l’on voit sur la photo, on pense que ce pourrait avoir été une bibliothèque. Comme il n’y a pratiquement pas de fenêtres dans les bâtiments romains, je suppose qu’on essayait de lire avec des lampes à huile ou que l’on sortait dehors avec les documents. Les niches m’ont intéressé aussi pour l’alternance de frontons triangulaires et en arc de cercle – c’est exactement le décor néo-palladien qui orne des milliers de bâtiments publics et privés en Angleterre.

Maison Carrée de Nîmes

Maison Carrée de Nîmes

Détail du temple romain

Détail du temple romain

Après toute cette visite très intéressante des jardins et du temple, je n’avais toujours par dîné et il était 20 h 30. J’ai longé le canal qui mène rapidement au centre ville et je suis passé devant la célébrissime Maison Carrée, un vrai temple romain inauguré en l’an 5 mais restauré plusieurs fois, en particulier sous Louis-Philippe. C’est le seul temple bien conservé en France avec celui de Vienne près de Lyon et il est pris d’assaut par les visites scolaires dans la journée. Le soir, il est vide au point d’avoir l’air d’un corps étranger. Le fronton et les colonnes sont visiblement assez inspirées de l’architecture grecque. J’ai un peu examiné les détails des frises car elles ressortaient bien au soleil couchant.

Maison romane à Nîmes

Maison romane à Nîmes

L’intérieur de la vieille ville est un lacis de ruelles étroites avec les bâtiments presque aveugles typiques du Midi. Il y a certes une série d’hôtels particuliers mais ils ont assez peu de décoration extérieure. Une exception est une maison d’origine romane presque en face de la cathédrale avec une très belle frise et des traces d’arcatures. Elle a cependant été beaucoup transformée par la suite.

Frise romane à la cathédrale

Frise romane à la cathédrale

La cathédrale n’est pas passionnante avec une façade typiquement méridionale assez nue. Elle fut détruite pendant les guerres de religion et refaite au 19ème siècle, d’où son aspect un peu hétéroclite. Le seul détail qui intéresse vraiment les experts est une petite frise romane à gauche de la rosace qui date du 12ème siècle. J’ai pris un détail de la frise en photo mais je crois qu’il ne fait pas partie de la section authentiquement romane.

Il y a une belle placette derrière la cathédrale avec un escalier d’eau mais le seul restaurant en vue était une pizzeria de taille industrielle. Je suis quand même tombé un peu plus loin sur une autre placette avec des restaurants. La plupart sont sur le grand boulevard en direction de la gare ou sur une rue parallèle, je m’en suis aperçu en passant à vélo le lendemain matin.

Le restaurant que j’ai choisi avait une carte appétissante mais était aussi vide que les autres. Je me suis fait expliquer que c’était le lendemain de la clôture de la Feria, la grande fête annuelle où toute la ville est sens dessus dessous avec des dizaines de milliers de touristes. C’est pourquoi la ville était si morne et déserte, les gens se remettaient de l’alcool et des nuits blanches.

Intérieur d'un restaurant à Nîmes

Intérieur d’un restaurant à Nîmes

La dame a un peu hésité à me servir vu l’heure et vu que j’étais son seul client, mais elle a fini par accepter si je prenais ce qu’elle trouvait dans sa cuisine. J’ai trouvé cela un peu surprenant mais le décor du restaurant est très amusant et la cuisine s’est avérée très fine. Un peu légère pour un cycliste, mais j’aurais pu m’en douter en ville. Elle a servi des tranches de blanc de poulet mariné dans une sauce recherchée au citron et aux épices, un petit morceau de rouget assaisonné avec de la tapenade (bonne idée) et un brownie. Je ne voulais pas de vin et j’ai donc bu une bière ambrée qui est une production nîmoise, chose un peu inattendue dans cette région.

Puisque j’étais le seul client, j’ai eu l’occasion de converser avec la dame qui est assez intéressante. Elle a été conseillère patrimoniale dans une banque (vendeuse de SICAVs, pour utiliser des mots plus transparents), puis a tenu une agence immobilière. Effectivement, elle a le sens commerçant et un vrai esprit d’entreprise.

Elle avait inauguré son restaurant pour la Feria et j’étais donc un de ses premiers clients. Elle réfléchit déjà à changer le concept, trouvant qu’il y a trop de restaurants à Nîmes et qu’elle a peu de chances d’attirer le touriste de passage sur sa placette. Elle pense donc se spécialiser dans les réceptions sur commande et servir des petits plats comme un salon de thé plutôt que des repas classiques. Le décor un peu précieux et baroque me semble effectivement convenir à ce concept.

Jet d'au de Nîmes en soirée

Jet d’au de Nîmes en soirée

Maison Carrée de nuit

Maison Carrée de nuit

Une fois avoir mangé (un peu légèrement, mais l’appétit avait diminué vu l’heure tardive), je suis revenu à l’auberge en traversant Nîmes de nuit. Jusque 22 h 30, la ville illumine la Maison Carrée et aussi le grand jet d’eau, ce qui fait que la promenade est agréable. Après le jet d’eau, il reste 1 km de route sans intérêt avant d’atteindre le coteau de l’auberge de jeunesse, mais ce n’est pas grave si l’on sait à quoi s’attendre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :