Etape 7: Dourbie et Mont Aigoual

(7ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Lundi 20 mai

95 km

Dénivelé 1285 m

Belles éclaircies, 8 à 13° selon l’altitude

Millau – La Roque Sainte Marguerite – Cantobre – Gorges du Trévezel – D157 – Col de la Séreyrède – Mont Aigoual – Valleraugue

Canyon de la Dourbie et Mont Aigoual, départements 12 et 30

Etape de longueur normale avec un fort dénivelé que j’avais abordée avec prudence mais qui s’est avérée très faisable car la pente n’est jamais très raide et le paysage est varié. Par contre, je ne sais pas si cela se serait aussi bien passé par grosse chaleur estivale.

Il y a quatre gorges qui permettent de traverser les Causses en direction des Cévennes: celles du Tarn, de la Jonte, du Trévezel et de la Dourbie. Comme j’ai parcouru les gorges du Tarn en 2002 et celles de la Dourbie en 1997, j’ai choisi celles du Trévezel. Elles ont chacune un caractère différent et je ne sais pas si l’on peut vraiment en conseiller une plus que les autres.

Je n’ai pas pris le petit déjeuner au bar, estimant que la corbeille avec un petit pain ne me suffirait pas et que le rapport quantité-prix n’était pas correct (comme le plus souvent dans les hôtels – celui de Lacrouzette était une exception parce que j’avais un peu sympathisé avec les propriétaires et qu’ils m’ont laissé prendre autant de pain que je voulais). J’ai donc traversé la rue et acheté dans un supermarché ATAC (une enseigne devenue peu fréquente) du yaourt à boire et des viennoiseries. J’ai mangé le tout dans la chambre. On ne peut évidemment faire ceci qu’en ville !

Fontaine à Millau

Fontaine à Millau

Comme je n’avais pas pu prendre une photo du beffroi la veille parce qu’il faisait déjà nuit, je suis retourné avec le vélo au centre ville. Les petites rues du centre sont assez agréables, avec des façades bien propres et pas trop de vitrines modernes clinquantes. L’entrée de la ville est marquée par un superbe rond-point-fontaine qui n’est pas mal du tout comparé à celui bien plus connu d’Aix-en-Provence.

Beffroi de Millau

Beffroi de Millau

Le beffroi que je voulais atteindre est au milieu de la vieille ville; c’était à l’origine le donjon du château comtal (la partie carrée) et il fut surmonté après les guerres de religion d’une tour octogonale avec un petit escalier en colimaçon dans une tour latérale amusante. Il n’y a pas de vraies fenêtres dans le beffroi parce qu’il servait de prison.

Mairie bien rénovée à Millau

Mairie bien rénovée à Millau

L’hôtel de ville en face du beffroi est un bâtiment composite mais que j’ai trouvé vraiment intéressant. Les architectes ont su intégrer des morceaux d’un hôtel particulier dans la construction moderne de façon harmonieuse. Ils ont surtout évité deux écueils: étouffer le bâtiment ancien par une annexe moderne trop volumineuse, ou jouer à l’excès sur le contraste entre la façade ancienne et une façade moderne en acier rouillé ou en pierres noires (chose que l’on fait souvent au Luxembourg).

Puech d'Agast dans les nuages

Puech d’Agast dans les nuages

Une fois que l’on a vu le beffroi, on peut quitter Millau qui a certes une longue histoire de ville industrielle (fabrication de gants en peau de mouton puisque les brebis ne manquaient pas du fait de l’industrie fromagère de Roquefort) mais où ne résidaient ni évêques, ni abbés, ni beaucoup de riches consuls. Le grand moment de cette histoire industrielle est la grève générale de 1935 qui dura 6 mois; les ouvriers protestèrent contre la baisse des salaires de 40% décrétée par les patrons pour améliorer leurs bénéfices pendant la grande dépression des années 30. Après plusieurs morts de faim, les ouvriers furent obligés d’accepter les nouveaux salaires.

Confluent du Tarn et de la Dourbie

Confluent du Tarn et de la Dourbie

La ville est au confluent du Tarn et de la Dourbie; sur ma photo, les eaux du Tarn sont brunes et celles de la Dourbie bleues. La vallée de la Dourbie est profondément encaissée entre le Causse Noir et le Causse du Larzac et les deux plateaux calcaires dominent la vallée par des fronts de falaises blanches continues. Vues d’en bas, elles sont belles, mais je reconnais qu’on ne se fait pas une très bonne idée de la hauteur et des formes érodées étonnantes. On a une meilleure idée en effectuant une randonnée directement en bordure du Causse.

Gorges de la Dourbie

Gorges de la Dourbie

Sur les premiers 15 km, on peut parler de vallée plutôt que de gorge et la route monte doucement au bord du torrent avec des pentes boisées au pied des falaises. C’est beau et j’ai pris pas mal de photos qui se ressemblent toutes un peu.

(photo 713)

Maisons anciennes à La Roque

Maisons anciennes à La Roque

La vallée forme un coude raide au niveau du petit village de La Roque-Sainte-Marguerite qui est un important centre touristique à cause de la proximité du célèbre chaos rocheux de Montpellier-le-Vieux où j’aimerais bien aller un jour si je voyageais en voiture dans la région. Au village lui-même, il y a une petite église romane et un manoir Renaissance, mais je ne me suis pas fatigué à monter la ruelle à escaliers car j’étais trop concentré sur une journée paysage.

Pont et moulin de Corps

Pont et moulin de Corps

Au-dessus de La Roque, on remonte le Canyon de la Dourbie (et plus la vallée), expression un peu surprenante. Je suppose que l’on veut dire par là que les pentes sont moins hautes (en apparence) et que quelques barres rocheuses arrivent jusqu’au torrent. Un des plus beaux sites est celui du moulin de Corps qui figure dans nombre d’albums photographiques sur Internet grâce à son joli petit pont en une seule arche. Il marque le début d’une petite section où les falaises atteignent le torrent et forment un décor pittoresque.

Canyon de la Dourbie

Canyon de la Dourbie

Un peu plus en amont, la route passe au pied d’un petit village perché tout en haut d’une colline isolée, Saint-Véran. Je ne sais pas si l’église située au bord du torrent loin en-dessous du village était l’église paroissiale ou si elle a une autre histoire. Le village était à l’origine surtout constitué d’un château-fort qui eut des épisodes intéressants. Il appartenait à partir de 1425 (donc après la fin de la guerre de Cent Ans) à la famille écossaise de Montcalm qui en fit sa résidence quand elle émigra d’Écosse. Le Montcalm le plus connu est le général qui fut tué lors de la prise de Québec par les Anglais.

Saint-Véran

Saint-Véran

Pendant quelques années, un « squatteur » s’installa au château en 1470. Membre de la famille d’Armagnac qui était en très mauvaises relations avec le roi Louis XI, le monsieur se vit accuser de battre de la fausse monnaie et de pratiquer l’alchimie et fut enfermé à la Bastille après quelques mois de siège.

J’étais un peu fatigué à Saint-Véran et je me suis offert un en-cas assis sur la rambarde dans un virage de la route un peu plus loin au carrefour de Revens. Ceci permettait un peu de profiter du paysage sans se concentrer en même temps sur les muscles des mollets.

Vallée de la Dourbie à Cantobre

Vallée de la Dourbie à Cantobre

A partir de Saint-Véran, la végétation change car les pentes moins raides permettent une plus grande influence du climat méditerrannéen. Les arbres se limitent de plus en plus au fond de la vallée et les grandes falaises calcaires deviennent plus modestes, cachées en partie comme dans les Corbières par du maquis.

Vue de Cantobre

Vue de Cantobre

Le principal village dans cette section est Cantobre, dont je n’avais jamais entendu parler mais qui est assez étonnant. C’est plutôt un site touristique qu’un hameau habité mais je n’ai pas vérifié en détail si on y voit autre chose que des galeries d’artisanat, des cafés pour touristes et des maisons secondaires fermées hors saison.

Site de Cantobre

Site de Cantobre

J’ai quitté la vallée de la Dourbie pour celle du Trévezel à Cantobre. En effet, la vallée de la Dourbie atteindrait très vite Nant (prononcé Nante) où je suis passé en 1997. Ma carte prévient qu’il y a une côte raide pour monter du pont sur la Dourbie au village de Cantobre et c’est effectivement la principale section raide de toute l’étape. Ce n’est qu’un bon kilomètre à 9% rendu motivant par les virages et la vue sur le village.

Rocher en surplomb

Rocher en surplomb

Cantobre occupe comme Saint-Véran le sommet d’une colline isolée et on se rend compte quand on s’approche que les maisons sont vraiment coincées au-dessus des rochers. Ceci permet aussi de remettre en perspective la taille imposante des rochers qui apparaissaient avant si petits depuis le fond de la vallée de la Dourbie. La partie du village qui domine le Trévezel est particulièrement spectaculaire, semblant appuyée sur un énorme rocher en surplomb.

Cantobre depuis la vallée du Trévezel

Cantobre depuis la vallée du Trévezel

Comme on a déjà bien monté pour atteindre Cantobre, la route reste ensuite plate un bon moment jusqu’à ce qu’elle se rapproche du Trévezel à force de remonter la vallée. On a donc au début une vue plongeante sur le torrent et un panorama étendu de la vallée qui ressemble encore beaucoup à celle de la Dourbie. On voit sur la première photo au fond un genre d’éperon avec la route passant au pied. J’ai pris la seconde photo depuis cet éperon en direction de Cantobre d’où je venais et on voit ainsi bien le paysage verdoyant au printemps mais parsemé de pierriers et de rochers.

Rebord du Causse Noir

Rebord du Causse Noir

Juste après l’éperon, on descend au niveau du torrent et on entre dans le département du Gard alors qu’on attendrait la frontière sur la ligne de crête des Cévennes. Mais la frontière correspond comme souvent à une vraie frontière naturelle, la vallée change en deux kilomètres d’une gorge un peu pelée à travers les Causses à une petite vallée de montagne avec des hautes pentes boisées.

Effondrement mais route non barrée

Effondrement mais route non barrée

A ma grande surprise, je suis arrivé à un endroit difficile à passer avec un mât électrique à moitié couché en travers de la route et de gros rochers bloquant une bonne partie de la chaussée. Il n’y a pas beaucoup de circulation mais j’ai vu deux voitures passer et c’était très juste.

Je suis très surpris que la route ne soit pas barrée dans ces conditions. Soit l’éboulement s’était produit pendant la nuit et on n’avait pas encore averti les Ponts et Chaussées, soit on est plus pragmatique dans la région que dans d’autres. J’ai déjà été bloqué dans le passé par des routes fermées au printemps (dans le Vercors et en Haute-Provence en particulier), mais c’est la première fois que j’arrivais sur les lieux avant qu’on me l’interdise.

Haute vallée du Trévezel

Haute vallée du Trévezel

En continuant à remonter la vallée maintenant très montagnarde, on atteint le petit village de Trèves, un minuscule chef-lieu de canton dont la moitié des 112 habitants relève apparemment des familles des gendarmes vu la taille de la station avec terrain pour hélicoptères et antennes gigantesques.

Soit dit en passant, elles sont nécessaires là où le téléphone portable ne passe pas et j’ai eu de nombreux cas cette année où le téléphone ne recevait pas de réseau en montagne -ceci m’a même causé un sérieux problème car le téléphone éteint m’a demandé un code d’initialisation que je n’avais pas sur moi, m’empêchant de m’en servir une partie du voyage.

Pas de l'Ase

Pas de l’Ase

En amont de Trèves, la route passe le « Pas de l’Ase », une courte section de gorge particulièrement étroite, mais je suis un peu blasé en la matière et je me suis contenté d’une photo d’ensemble du site. La gorge est si courte que je l’ai à peine remarquée – et j’étais probablement concentré sur la pente un peu plus dure à cet endroit.

Canyon du Trévezel

Canyon du Trévezel

La haute vallée du Trévezel a beaucoup de charme et je l’aime mieux que celle de la Dourbie (que la route domine de très haut dans les arbres, offrant peu de vue) ou du Tarn (vallée beaucoup plus sèche et route très fréquentée). On traverse trois bassins successifs séparés par des verrous rocheux; la route monte plus raide au niveau de chaque verrou, avec virages serrés et panoramas occasionnels, puis devient plus droite et plus plate dans chaque bassin. C’est un peu le système des vallées alpines mais en miniature et en très boisé.

Rebord du causse

Rebord du causse

Le bassin inférieur au-dessus du Pas de l’Ase rappelle presque les gorges des Pyrénées comme un Ordesa mignature. Le bassin médian avec l’ancienne mine de La Mouline est un peu plus pelé et je n’ai pas pris de photo parce que les pentes nues au-dessus de la mine sont laides. Une société anglaise y exploitait du plomb et du zinc jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. La route monte au-dessus de la mine par un ensemble de virages particulièrement motivant parce que le paysage dégagé montre que l’on gagne efficacement en altitude.

Le Trévezel près de Villemagne

Le Trévezel près de Villemagne

Le bassin supérieur est celui de Villemagne, un hameau verdoyant, puis on monte régulièrement dans la forêt. J’aurais été prêt à prendre un pique-nique à Villemagne mais il n’y a pas d’endroit pratique dans le hameau et j’ai finalement été obligé de monter encore un bon dénivelé avant de trouver un embranchement pour une route forestière avec une grosse borne sur laquelle je pouvais m’asseoir à peu près confortablement. Je n’ai pas regretté l’emplacement parce que j’avais un peu plus de vue et que j’étais ainsi arrivé presque en haut du troisième verrou rocheux marqué par une jolie petite cascade.

Malbosc

Malbosc

Après le déjeuner, j’ai fini la montée dans une forêt de sapins entrecoupée de genêts pour atteindre le village de Camprieu qui est une station de sports d’hiver sur un plateau. Je pense qu’on doit pouvoir y faire du ski de fond et il y a une petite station de ski de piste à 10 km. Une partie du village eut une histoire particulière que j’ai découverte plus tard sur Internet et dont je n’avais jamais entendu parler: quand les Français évacuèrent l’Algérie en 1962, les « indigènes » qui avaient servi dans la police ou l’armée françaises, les Harkis, furent obligés de s’exiler en France pour échapper aux massacres.

La France, soucieuse de les écarter des autres immigrés algériens par crainte de violences, en dispersa une bonne partie dans des camps en pleine forêt où les hommes, généralement peu formés, furent employés à des travaux de reboisement. Les camps étaient presque des prisons où les familles logeaient dans des préfabriqués en ciment non isolés, chauffés par des petits poëles à bois et avec sanitaires dans la cour. Le règlement intérieur sévère était surveillé par des anciens des forces spéciales (les fameuses SAS qui combinaient un rôle d’animation rurale et de services secrets).

On comprend aisément qu’il y eut plusieurs révoltes et les associations humanitaires finirent par obtenir la régularisation des contrats de travail et la fermeture des camps en 1975. C’est le genre de choses dont l’école républicaine ne parle évidemment pas, l’histoire s’arrêtant pour elle en 1945 avec la glorieuse résistance de Jean Moulin et la glorieuse reconquéte du glorieux  territoire par le glorieux Général de Gaulle.

Camprieu fait un drôle d’effet après toute la montée depuis Millau, on se croirait presque dans les Vosges. Il y a un site célèbre à proximité que je ne suis pas allé voir parce que je ne voulais pas faire trop de détours et parce que je pensais qu’on ne peut l’atteindre que par une petite randonnée, l’abîme de Bramabiau. Je regrette un peu vu les photos spectaculaires sur Internet. Il s’agit du parcours souterrain d’une petite rivière (le Bonheur) dont on visite une partie des galeries, mais j’aurais surtout aimé voir les falaises autour de l’entrée de la grotte et je suis apparemment passé tout près du point de vue.

Vallée du Bonheur

Vallée du Bonheur

Camprieu est 200 m en-dessous de la ligne de partage des eaux et du col qui permet de traverser les Cévennes. La pente moyenne est de 4%, ce qui n’a rien de dramatique, mais je devais être fatigué car j’ai trouvé la montée un peu dure. Je m’en étais tenu scrupuleusement à ma règle de faire une pause tous les 50 m de dénivelé et j’avais eu l’impression de monter les 650 m de Cantobre à Camprieu sans problèmes mais le trajet de la veille avait été fatigant.

Ligne de partage des eaux

Ligne de partage des eaux

J’ai donc été très soulagé d’arriver au Col de la Séreyrède où il n’y a pas de beau panneau de col mais où le panneau de la ligne de partage des eaux est superbe. Il y a un centre d’information du parc naturel régional mais on a peu de vue, ce qui est un peu frustrant. Lors du voyage de 1997, je n’avais pas de vue du tout car il pleuvait.

L'Espérou et Montagne du Lingas

L’Espérou et Montagne du Lingas

Il n’était pas tard cette fois, 15 h 30, et je n’avais vraiment pas besoin de repartir tout de suite vu que mon hébergement était à 20 km en bas d’une immense descente. Après une pause et quelques hésitations, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas profiter du beau temps et de remonter un peu par la route du Mont Aigoual d’où l’on a plus de vues.

Haute vallée de l'Hérault avec Valleraugue

Haute vallée de l’Hérault avec Valleraugue

Il suffit de monter 500 m avec une pente raisonnable pour atteindre le principal point de vue et cela aurait été dommage de le rater. On domine de façon assez vertigineuse la source de l’Hérault et on voit toute l’enfilade de la vallée. Derrière une chaîne de montagnes transversales (Montagnes du Liron et de la Fage, environ 1000 m mais donc 300 m sous le point de vue), je voyais bien le bleu plus intense de la mer.

Route de l'Aigoual

Route de l’Aigoual

C’était si beau et si bien visible que je me suis senti encouragé à monter encore un peu sur la route de crête. Elle reste en fait longtemps dans la forêt, mais la pente est douce et je n’ai donc eu aucun problème à monter jusqu’à la limite de la forêt. Comme en 1997, j’ai préféré prendre la route panoramique qui fait le tour au pied du Mont Aigoual plutôt que la route directe qui traverse la petite station de ski alpin.

Vue vers le Mont Lozère

Vue vers le Mont Lozère

La route est très étroite et le goudron n’est pas en bon état mais la pente est modérée et on arrive au-dessus des arbres avec une vue très étendue vers la plaine du Languedoc. 0n devine une petite montagne isolée en forme de cône asymétrique, c’est le Pic Saint-Loup bien connu des habitants de Montpellier. La route panoramique arrive ensuite sur le flanc nord du Mont Aigoual d’où l’on voit les hautes Cévennes avec en toile de fond la chaîne du Mont Lozère, nettement plus haute avec 1650 m.

Crêtes des Cévennes

Crêtes des Cévennes

Sur le flanc nord, il y avait un vent froid très fort de nord-ouest (raison probablement pourquoi je n’avais rien remarqué dans la vallée où il me poussait). Il y a toujours un vent très fort au sommet du Mont Aigoual et il est souvent froid… Je n’ai pas eu le courage de lutter contre le vent, surtout que le Mont Aigoual était un genre de supplément au programme du jour, et je n’ai donc pas eu de scrupules à pousser le vélo sur un bon kilomètre jusqu’au sommet.

Il y a un grand observatoire au sommet avec sur le côté une tour d’observation. On peut monter sur la tour par un petit escalier et une table d’orientation précise que l’on peut voir par temps exceptionnellement clair le Mont Blanc, le Puy de Sancy et le Canigou. J’ai vu le Mont Ventoux, le Mont Lozère et les Cévennes, mais aussi la mer qui était un peu le but logique en partant de Toulouse.

J’ai même pris un petit film panoramique où l’on entend le vent hurler. J’avais peur d’utiliser beaucoup de capacité sur la carte de l’appareil mais ce n’est pas terrible si le film est court et c’est plus efficace qu’une série de photos formant panorama. La dernière photo prise du sommet montre la route et au fond un village sur un col. C’est L’Espérou où j’avais couché en 1997 et j’ai trouvé amusant de relire mes notes de l’époque qui donnent une impression assez différente. Il faisait très gris et je n’avais pris aucune photo (j’en prenais beaucoup moins à l’époque des photos argentiques).

Il était 16 h 45 quand je suis reparti du sommet et ceci montre que j’avais eu raison de monter. D’une part pour le panorama que je n’avais pas pu voir en 1997 (même si je ne m’en souvenais pas vraiment) et d’autre part pour le temps finalement raisonnable que ceci m’a pris. La route descend avec modération jusqu’au col de la Séreyrède et je me suis arrêté en cours de route pour un petit goûter devant une stèle consacrée à un forestier local et construite avec de beaux émaux.

Cascade de l'Hérault

Cascade de l’Hérault

Après le col, la route descend vertigineusement car Valleraugue se trouve 850 m plus bas mais à seulement 8 km à vol d’oiseau. La route est un peu trop large pour être motivante en montée, même s’il y a quelques épingles à cheveux, mais ce n’est pas gênant en descente, au contraire. Je me suis forcé à faire quelques pauses pour refroidir les freins et j’ai pris quelques photos au passage.

Vallée de Valleraugue

Vallée de Valleraugue

On voit sur la première la cascade de l’Hérault. Curieusement, je ne l’ai pas remarquée du point de vue ni de la route qui passe juste au-dessus alors que je l’avais repérée en 1997. Soit les arbres ont poussé, soit j’étais distrait. La deuxième photo montre bien la pente que franchit la route et la troisième prise presque du bas montre tout en haut les antennes du Mont Aigoual.

L'Aigoual depuis la vallée de l'Hérault

L’Aigoual depuis la vallée de l’Hérault

Il y a un chemin de randonnée célèbre qui monte de Valleraugue au sommet, mais il est ambitieux et fatigant. On l’appelle le « chemin des 4000 marches », nom fantaisiste résultant d’un simple calcul de dénivelé (1220 m à raison de 30 cm environ par marche). Le monsieur m’avait indiqué que son hébergement est proche du centre du village mais j’ai eu un petit peu de peine à trouver. Ceci m’a conduit à faire le tour même si j’ai mieux visité le lendemain matin.

Finalement, sa maison est presque à l’entrée supérieure du village mais surtout au-dessus de la route, ce qui fait qu’on la voit peu si on ne fait pas attention. J’avais trouvé ses réferences par Internet, mais pas sur le site des Gîtes de France qui ont peu d’adhérents faisant table d’hôtes à un prix raisonnable dans les Cévennes. Il figure sur une liste de chambres d’hôtes établie par le parc naturel régional, si je me souviens bien, et il a en plus un lien sur une page personnelle où l’on voit un peu mieux à quoi s’attendre.

Dans ces conditions, il peut se dispenser du catalogue des Gîtes de France et surtout de la cotisation élevée. En montagne, les critères de classement ne sont d’ailleurs pas toujours très sensés vu que le site et la beauté du bâtiment peuvent compenser en partie un confort plus simple.

Le monsieur a racheté il y a quelques années une grosse maison ancienne construite comme de tradition dans la région sur quatre étages. Il a transformé le rez-de-chaussée en salles communes, habite au premier et a des chambres au second. Elles sont très correctes et les gros murs donnent sûrement de la fraîcheur en été. Il y avait toute une décoration marine dans ma chambre avec des photos de Philippe Plisson.

Le monsieur m’a expliqué qu’il avait à l’origine une entreprise artisanale en Bretagne (je ne sais pas s’il est exactement maçon, électricien ou plombier) mais qu’il se laissait un peu envahir par les demandes des clients et surtout de la famille et de la belle-famille et des amis des cousins de la belle-famille, ce qui fait qu’il avait cherché un cadre plus calme dans une autre région où ses filles sont d’ailleurs tout aussi satisfaites à l’école qu’en Bretagne. Il s’est fait entre-temps tout un réseau de copains dans la région et il m’a avoué qu’il commençait à se faire envahir à nouveau par les demandes – il ne sait apparemment pas dire non très longtemps.

Il avait d’autres hôtes quand je suis arrivé, un groupe de jeunes étudiants qui prenaient l’apéritif sur la terrasse et qui s’amusaient beaucoup. Pendant qu’on essayait de déterminer où le monsieur se trouvait, j’ai pu papoter un moment avec eux et ils m’ont offert un verre de pastis –  un peu raide à jeun. Ceci ne m’a pas empêché de prendre un second apéritif ensuite à table, du vin d’oranges qui est une boisson que j’aime bien. Je n’ai pas pris de vin ensuite pour limiter l’alccol.

Comme tous les étudiants, ils étaient très sympas et rigolaient bien. Il s’agissait entre autres de charrier deux des garçons qui avaient disparu, probablement pour téléphoner à leurs copines. L’un d’entre eux ayant la réputation d’avoir des mœurs fort légères voire de ne pas être fermé à des expériences originales, il avaient de quoi plaisanter.

Pour le dîner, j’ai occupé une place à la table d’hôtes avec un monsieur fraîchement retraité et une dame vraiment âgée mais très vive d’esprit qui était sa mère. Le propriétaire nous a servi mais a mangé avec sa famille en haut – en descendant les plats par son escalier qui est raide avec des marches très hautes et inégales…

Derrière nous, les étudiants étaient assis à une grande table et partageaient le plat usuel de nouilles sauce tomate. Ils parlaient tellement forts que j’ai été obligé de leur demander de diminuer un tout petit peu le volume parce que je ne comprenais pas bien la dame âgée. Elle avait un accent assez fort, mais avait bien l’intention de monopoliser mon attention et je l’ai donc écouté parler de ses nombreux voyages.

Le repas était plus simple que certains autres soirs mais en accord avec une maison ancienne en montagne. En entrée, nous avons eu des crudités et une préparation simple mais intelligente, du thon réduit en purée et mélangé à du Saint-Moret, ce qui en fait un genre de rillettes légères (j’ai découvert plus tard dans un Carrefour à Paris que l’on peut acheter ces rillettes toutes faites, mais je n’en avais jamais mangées).

Le plat principal était une escalope de porc panée avec de la semoule de couscous, des courgettes et des carottes dans une sauce au curry. J’ai taquiné le monsieur sur son choix de légumes très « bretons ». Nous avons eu un fromage élaboré, du pain grillé avec un petit chèvre frais, du cumin et du miel. Le dessert était moins à mon goût, une pomme cuite avec de la confiture – si on veut absolument cuire les pommes, autant en faire une compote et ajouter de la cannelle.

Comme les étudiants m’avaient proposé de regarder leurs travaux de classe, j’ai constaté qu’ils sont étudiants en Brevet Professionel de Sport au CREPS de Montpellier. Leurs travaux de classe portaient par exemple sur la création d’un sentier de randonnée avec tous les détails (négociations avec les propriétaires, travaux de débroussaillage, frais et techniques pour construire un ponceau, balisage, insertion dans les prospectus communaux, cadastre, description pour les touristes, panneaux d’information,…).

Un autre projet devait créer des itinéraires sportifs à l’échelle d’une communauté de communes: longueur des différents chemins de randonnées, itinéraires VTT etc. Assez instructif. Je ne les ai pas vus le lendemain matin parce que leur professeur avait prévu de les faire monter à pied au Mont Aigoual et qu’ils se sont donc levés tôt.

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