Etape 16: Haute-Provence

(16ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Jeudi 31 mai

76 km

Dénivelé 1785 m

Très beau le matin avec 24º , couvert en montagne avec 10º , violent orage de grêle avec 2° à l’arrivée

Fréjus – Bagnols en Forêt – Fayence – Col de Valferrière – Caille – Andon – Cazaux

Haute-Provence, départements 06 et 83

On notera une distance assez faible et un dénivelé considérable. C’est inévitable dès que l’on quitte la côte et que l’on entre dans les Alpes. Ceci dit, le parcours est très motivant car on traverse différentes zones de végétation successivement et on a presque en permanence des beaux panoramas.

Je suis sorti de Fréjus par la déviation que je n’avais pas aimée deux jours avant, mais c’était plus facile en descente. Je peux ainsi dire que je suis parti virtuellement de l’altitude 0 au bord de l’Argens. La route de Fayence monte d’abord sur une crête basse couverte de maquis qui fait partie d’un gigantesque camp militaire. Juste avant d’arriver au camp, je suis passé devant une structure curieuse, la mosquée dite Missiri.

Fausse mosquée de Missiri à Fréjus

Fausse mosquée de Missiri à Fréjus

En fait, je crois que ce n’a jamais été une mosquée au sens religieux du terme, plutôt un lieu de recueillement mis à la disposition des soldats musulmans un peu comme un oratoire. C’est un certain capitaine Abdel Kader Mademba qui en eut l’idée en voyant le succès de la pagode indochinoise.

Pour vendre le projet, il envoya à ses supérieurs un texte d’un colonialisme pénétrant dont on a honte de nos jours – je ne sais pas si c’est son propre opinion en tant qu’officier apparemment originaire d’Algérie méprisant peut-être les « tirailleurs noirs » ou s’il s’est adapté au style à la mode au ministère pour les besoins de la cause. Il parle de « palabres interminables» et des « échos du « tam-tam »» .

Style soudanais

Style soudanais

La « mosquée » est particulièrement frappante parce qu’elle est construite dans le style des mosquées du Mali. Par contre, au lieu d’être en pisé sur une armature de bois (les bouts des troncs utilisés ressortant des murs pour servir un peu de gouttière), elle est en ciment avec des protubérances phalliques au coin remplaçant les minarets.

Elle est inspirée directement du pavillon malien à l’exposition coloniale de 1931. La mosquée n’a jamais eu de toit et les fresques des murs n’ont jamais été terminées; elle  est abandonnée depuis longtemps vu que les Musulmans de Fréjus ont une vraie mosquée pour le culte et le bâtiment pittoresque menace ruine. Il est enclos de grillages et on ne peut plus le visiter.

Fausse pagode à Fréjus

Fausse pagode à Fréjus

En face de la mosquée mais à l’intérieur du camp militaire (il n’y a pas de grillages mais il y a des pancartes très claires), on voit un autre bâtiment très curieux qui ressemble beaucoup à un temple vaguement asiatique avec des colonnes, une petite statue de bouddha et des lions gardant les arcades d’entrée. Le bâtiment est utilisé puisqu’il y a des portes vitrées modernes mais je ne sais pas si c’est un lieu de culte et il ne figure pas sur les guides puisqu’il est inaccessible.

Après avoir contourné les baraquements du camp, la route finit de longer la crête de la colline jusqu’au pied d’une première chaîne de petites montagnes et entre à cet endroit dans une pinède clairsemée mais agréable pour les yeux. Au pied de la montagne, il y a un genre de carrière où des policiers étaient en train de suivre un entraînement de tir au pistolet donné par des militaires en uniforme. Les cibles étaient des silhouettes quasiment humaines.

J’ignorais que l’armée entraîne les policiers en France; ceci serait inimaginable en Allemagne où une telle coopération est strictement interdite par la loi en souvenir du régime totalitaire hitlérien. Par contre, à Luxembourg, il est difficile de devenir policier sans avoir été engagé volontaire quelques années dans l’armée au préalable. A chacun son opinion.

Baie de Saint-Tropez depuis le col de la Gardiette

Baie de Saint-Tropez depuis le col de la Gardiette

Après le champ de tir où des policiers veillaient à ce que les touristes ne s’arrêtent pas pour prendre des photos compromettantes, la route monte le premier col. Il faut chaud aussi près de la côte et il n’y a pas beaucoup d’ombre, mais la route n’est pas trop raide et la vue sur le golfe de Fréjus est charmante. Sur la photo, on voit bien la mer et à droite les collines des Maures qui atteignent environ 400 m d’altitude.

De l’autre côté du col, le paysage change fortement parce qu’on est sur un versant orienté au nord, donc beaucoup plus frais et plus humide que le versant précédent. La forêt est ici composée pour bonne partie de chênes-liège et couvre entièrement les ravins. La route délicieusement ombragée descend jusqu’à un pont 50 m plus bas que le col puis monte progressivement jusqu’au village de Bagnols-en-Forêt qui est à 285 m, nettement plus haut que le col.

Panorama depuis Bagnols-en-Forêt

Panorama depuis Bagnols-en-Forêt

Il n’y a pas de vue du fait de la forêt mais le trajet est particulièrement agréable à vélo avec plein de virages raides dans la forêt. Le bourg est petit mais il est au centre d’une zone étendue de villas cachées parmi les arbres et on construit énormément dans la région où les prix sont nettement plus bas que sur la côte qui n’est qu’à 20 km. Comme j’avais déjà bien monté depuis Fréjus, je me suis offert une pause pour un en-cas.

Il n’y a pas de bancs sur un parking avec panorama, mais j’ai trouvé assez facilement un chemin creux entrant dans la forêt et ce n’était pas gênant de s’asseoir par terre et de profiter de la nature verdoyante (j’ai bien regardé s’il y avait des fourmis rouges à cause d’une expérience cuisante dans le passé, mais les fourmis semblent devenues bien plus rares de nos jours, probablement à cause des produits chimiques agricoles).

Je suis reparti par une première descente, suivie d’une petite côte, puis une seconde descente plus longue et plus amusante jusqu’au pont sur l’Endre, un petit ruisseau qui marque une dépression régulière entre les petites montagnes côtières et la chaîne principale. La plupart des villages historiques de l’intérieur du Var se trouvent au flanc de cette dépression et ce serait un trajet intéressant à faire un jour de Grasse à Saint-Maximin par Fayence, Châteaudouble, Salernes et Barjols.

J’avais hésité pour le trajet entre la route de Fayence et celle de Saint-Césaire qui semblent de longueur comparable. J’ai finalement choisi Fayence parce que la route semblait monter l’essentiel du dénivelé en une seule fois plutôt qu’avec des ravins intermédiaires. Fayence est un bourg perché assez haut sur sa colline et la montée est plutôt raide.

Mairie de Fayence

Mairie de Fayence

Je l’ai trouvée presque amusante parce qu’il y a des épingles à cheveux et un panorama progressif, mais j’ai été obligé de marquer quelques pauses techniques car les 80 m de dénivelé sont assez durs. L’arrivée sur la place centrale du bourg est très curieuse: on passe en tunnel sous une grosse maison et on découvre de l’autre côté que l’on est en fait passé droit sous la mairie dont la façade est tout à fait charmante avec un mélange de pierres de taille, de crépi ocre, de volets bleus et de texte décoratif.

Sur la place, j’ai trouvé le marché hebdomadaire où je n’ai cependant rien eu besoin d’acheter. J’ai fini par décider que la côte méritait bien un petit arrêt et je me suis offert la visite de l’église qui était ouverte, chose très rare en Provence et bien appréciable. Bien que cette église baroque ne fasse pas l’objet de commentaires très détaillés dans les guides, je l’ai trouvée représentative et assez belle.

Eglise de Fayence

Eglise de Fayence

Le chœur en particulier est peint dans des couleurs suaves qui vont très bien avec les formes néo-classiques simples de l’abside. Des effets de perspective, godrons, rinceaux, frises et bordures peintes pour imiter le marbre déploient toute la panoplie baroque avec une retenue délicate.

Baldaquin baroque

Baldaquin baroque

J’ai remarqué un élément de mobilier étrange, un baldaquin de pierre peint en rose avec plein de guirlandes et de rinceaux blancs. Le tout surmonte la cuve baptismale. J’en vois plus souvent sur des autels ou alors il y en a en Bretagne qui servaient à abriter les cercueils dans l’enclos paroissial.

Autel en trompe-l'œil

Autel en trompe-l’œil

J’ai ausis pris une photo de l’autel principal pour le charmant effet de perspective d’un illusionnisme raffiné que l’on voit plus souvent en Bavière qu’en France.

Après la visite de l’église, je me suis attardé un peu dehors sur la place qui domine la vallée et qui offre une belle vue tant vers l’Estérel que vers les montagnes de l’arrière-pays. Les commerçants commençaient à remballer et j’en ai entendu un se lamenter sur le temps froid qui l’obligeait à porter un pull alors qu’il avait normalement besoin de changer trois fois de t-shirt dans la matinée à cette saison. Cela ne l’a pas empêché de se changer et de mettre un short et un t-shirt plutôt que le jean et le pull, ce qui m’a fait penser qu’il a sa base sur la côte.

Estérel depuis Fayence

Estérel depuis Fayence

C’est amusant, je n’avais jamais réfléchi à la garde-robe dont on a besoin quand on tient un stand sur un marché, ni au besoin de se changer après (et en public, peut-être pour le bénéfice des assez nombreuses jeunes allemandes qui fréquentent volontiers les marchés de l’arrière-pays en Provence – j’avais rencontré en Ecosse un policier qui se changeait en public pour les mêmes raisons et qui était très content du nombre de jeunes Allemandes qu’il rencontrait de cette façon !).

Après Fayence, les choses sérieuses commençaient pour la journée car la carte montre une montée quasiment continue sur 26 km pour un dénivelé de 850 m. Ceci serait une pente assez douce mais c’est trompeur. En fait, on monte déjà de 450 m sur les 8,5 km à la sortie de Fayence, ce qui représente une bonne montée de col normale.

 Vallée du Fil depuis la route de Mons

Vallée du Fil depuis la route de Mons

La montée est relativement agréable, passant souvent des petits bois, des vergers et des villas dans les arbres. C’est une route tortueuse très peu fréquentée, chose préférable, mais il faut nettement plus d’une heure à ma vitesse et on finit par surveiller avec un peu d’anxiété quand on atteindra enfin telle épingle à cheveux ou telle bifurcation.

Vers le 6ème kilomètre, la route devient pittoresque à flanc d’un profond ravin boisé, mais elle passe malheureusement juste au-dessous d’une grande carrière laide et bruyante qu’il est difficile d’ignorer. Grâce à l’heure de midi, j’ai croisé très peu de camions que j’aurais trouvé très gênants. Après la carrière, on est presque en haut dans un paysage de lande partiellement boisée qui sert de pâturage à moutons du côté droit et de camp militaire du côté gauche.

Vallée de la Siagne depuis la route de Mons

Vallée de la Siagne depuis la route de Mons

Maintenant que j’étais arrivé en haut, j’ai décidé de pique-niquer dans le pâturage à moutons où il y a des grosses pierres calcaires en partie ombragées et j’en ai choisi une pas trop visible de la route car il y a des pancartes interdisant l’accès. Je pense qu’elles sont surtout destinées aux touristes en été car il y a très peu de circulation fin mai. En tous cas, j’ai passé un bon moment dans ce paysage qui changeait du bord de mer.

Je savais que la crête est à peu près à la même altitude que le village de Mons où je comptais passer 5 km plus loin, mais je ne savais pas la profondeur du ravin qui m’en séparait. Je pense autour de 100 m, il y a une longue descente puis une longue remontée mais ce n’est pas trop raide. Par contre, la remontée est très impressionnante car la route est à mi-hauteur d’une falaise vertigineuse 300 m au-dessus du ravin de la Siagnole. C’est dans ce ravin à 600 m d’altitude que les Romains avaient capté la source destinée à alimenter l’aqueduc de Fréjus situé à 40 km.

Rocher de Mons

Rocher de Mons

La falaise est le dernier endroit où j’ai vu la mer ce jour-là et la vue est intéressante car on est dans l’axe de la vallée de la Siagne. Les pentes sont couvertes d’un tapis vert ininterrompu et on ne s’attend pas vraiment à une région aussi inhabitée alors qu’on est si près de la côte très urbanisée.  Sur la photo avec la falaise (la route passe tout à fait à gauche au sommet et le parapet est presque inexistant), on voit une route qui monte en lacets du fond du ravin. C’est la route de Saint-Césaire que j’avais délaisssée au profit de celle de Fayence et j’ai estimé que j’avais pris la bonne décision.

J’ai croisé au sommet de la falaise une famille allemande à vélo avec deux enfants qui n’avaient pas l’air très grands. Je me suis demandé s’ils avaient une location à Mons ou un camping-car. En effet, j’imagine mal des enfants montant l’immense côte depuis Fayence. La famille a descendu vers le fond du ravin et je me suis demandé où ils avaient l’intention d’aller.  Ce sont les seuls cyclistes que j’ai croisé pendant la journée.

Site de Mons

Site de Mons

Après le sommet de la falaise, la route reste un moment à flanc de montagne pour atteindre Mons dans un site spectaculaire. Il ne fait aucun doute que c’était un endroit de refuge contre les attaques des pirates sarrasins.  Pourtant, le village souffrit tellement des attaques qu’il fallut demander à des étrangers de le repeupler en 1260 et en 1468. Ils venaient de Ligurie et ont répandu la culture des figues, ce qui fait que les gens de Mons les appelaient des « figouns ».

Château de Mons

Château de Mons

Le village est tout petit (moins de 900 habitants, même si ceci a triplé depuis les années 1960), mais la municipalité semble très dynamique. Je me suis promené dans les rues car, exception pour un village provençal, elles sont à peu près plates au sommet du rocher. A vrai dire, il n’y a pas de monument spectaculaire, juste un château en forme de gros pavé avec des tours austères qui est en fait récent. Il ne reste du château d’origine médiéval que des traces de portes et de fenêtres incorporées dans les maisons du village.

L'Estérel depuis Mons

L’Estérel depuis Mons

Par contre, il y a une grande place en partie ombragée au bout du village dominant la vallée comme un balcon vertigineux et la vue est si imposante qu’on y a mis à juste titre une table d’orientation. La vue est confirmée par le fait que les habitants allumaient autrefois un feu sur la place de temps en temps pour servir d’amer aux bateaux essayant de rentrer au port de Saint-Raphaël pourtant situé loin.

Pour les amateurs, l’article Wikipedia sur Mons est orné de plus d’une centaine de très bonnes photos, en particulier sur les canalisations romaines que je n’ai pas visitées. Je suis reparti de Mons assez content de mon trajet et motivé pour le modeste dénivelé restant, 370 m en 10 km environ. Ce n’est pas très raide et j’ai même été surpris à un moment d’arriver déjà à un point de repère que je pensais plus difficile à atteindre.

La route remonte le « vallon du Fil », une vallée verdoyante modérément encaissée entre des montagnes hautes de 1300 m environ. Les pentes ne sont pas raides et la route ne longe pas non plus le torrent, ce qui fait que c’est harmonieux mais pas spectaculaire. On arrive ainsi à un col dans les sapins. Je me suis reposé un moment au col, ayant atteint l’altitude maximale du jour, mais il faisait un peu froid et je suis reparti assez vite après avoir mangé mon goûter.

Montagne de l'Audibergue 1642 m

Montagne de l’Audibergue 1642 m

La route peu spectaculaire avant ce petit col devient très différente après. Au lieu de descendre au fond d’une vallée, elle reste parfaitement plate au flanc de la montagne, dominant bientôt des pentes très raides avec 200 m plus bas un plateau enfermé dans les montagnes. C’est très étrange et inattendu. On voit le même plateau depuis la route Napoléon, mais elle est pentue à cet endroit et on se concentre donc moins sur le paysage. Le petit plateau est dominé par les formes massives et nues de la montagne de l’Audibergue qui se dresse abruptement au-dessus de Grasse et atteint 1642 m.

Plateau de Valferrière

Plateau de Valferrière

On voit sur la photo que des nuages gris un peu sinistres stationnaient au-dessus des montagnes à gauche tandis qu’un rayon de soleil perçait les nuages sur la droite côté Côte d’Azur. Une montagne aussi haute aussi près de la mer ne peut pas manquer de causer des contrastes de temps. Je trouvais difficile de juger d’où venait le vent en altitude et je ne pouvais donc pas vraiment deviner si les nuages étaient menaçants pour moi.

Sommet du col

Sommet du col

Je savais simplement que mon hébergement se trouvait exactement derrière l’Audibergue. Ne voulant pas perdre les kilomètres gagnés, je l’ai contournée par la gauche plutôt que par la droite. Il n’y a pas besoin de monter très haut si on passe à gauche de la montagne. Pour commencer, on atteint l’extrémité du petit plateau au col de Valferrière à 1169 m dont je n’ai pas manqué de prendre une photo pour une fois qu’il y avait un panneau avec l’altitude.

Le col est un passage très important entre la Côte d’Azur et la vallée du Verdon, ce qui explique pourquoi il est emprunté par la route Napoléon. L’empereur y passa le 2 mars 1815 après avoir débarqué à Vallauris en venant de l’Île d’Elbe, mais ce n’était qu’un chemin muletier à l’époque.

Après le col, je n’ai longé la nationale que 2 km avant de continuer mon tour de la montagne. Je savais d’après la carte que j’aurais là ma dernière côte du jour, mais je n’étais plus très motivé par l’idée de monter une côte et elle m’a montré que j’avais vraiment atteint mes limites pour la journée. Elle n’est pas extrêmement raide et ne dure que 2 km, mais j’étais vraiment fatigué.

Plaine de Caille

Plaine de Caille

Arrivé en haut, j’ai découvert un paysage très curieux, le petit plateau de Caille. J’imaginais que les montagnes de Haute-Provence sont comme partout ailleurs: des vallées encaissées et tortueuses entre des pentes raides. En fait, dans un petit secteur au nord de Grasse, il y a une série de petits plateaux entourés de chaînes de petites montagnes assez faciles à franchir. Il y a même près du village de Caille le « col Bas »!

Ces petits plateaux m’ont conduit à me renseigner plus tard sur leur géologie. On les appelle des « polje », mot slave, et ils ont une nature bien spécifique. Il s’agit de petites plaines entourées de hautes montagnes calcaires souvent très raides et résultent de l’effondrement puis du comblement de cavernes creusées par des eaux à l’origine glaciaires.

Il n’y a pas de rivières sortant des polje car les ruisseaux se perdent dans le calcaire sous-terrain pour ressortir sur d’autres versants du massif de montagne où ils forment des résurgences. Les plus beaux polje français se trouvent autour du Massif de la Sainte-Baume où je ne suis jamais passé mais il y en plusieurs dans la région au nord de Grasse qui sont suffisamment petits pour donner une excellente illustration du phénomène.

Il faisait 10° quand je suis arrivé à Caille et la température avait nettement baissé depuis que j’avais franchi le col de Valferrière, ce qui fait que j’espérais qu’elle se stabiliserait. Les nuages inquiétants que j’avais vu au col semblaient rester à peu près sages, j’ai même eu quelques rayons de soleil pendant la traversée du polje entre Caille et Andon, le village qui se trouve de l’autre côté.

Bauroux 1644 m

Bauroux 1644 m

La route est logiquement plate, ce qui me convenait parfaitement. J’ai pris une très belle photo du polje en cours de route et on voit Caille dominé par la forme imposante du Bauroux qui atteint 1644 m  J’ai toutefois constaté que la température continuait à baisser, chose vraiment rare avec une telle rapidité, et il faisait 8° à Andon.

Plaine de Caille depuis Andon

Plaine de Caille depuis Andon

Comme je sentais quelques gouttes de crachin, j’ai mis des habits de pluie parce que je savais qu’il fallait que je redescende un peu pour me diriger vers mon hébergement. J’ai hésité un bon moment à Andon quand à l’attitude à prendre. Fallait-il attendre que le crachin se transforme en grosse pluie orageuse, chose qui était fort possible en montagne, puis repartir après la pluie ? Ceci pourrait prendre une demi-heure et je trouvais qu’il serait agréable d’arriver vu qu’il était déjà 18 h 30.

Andon n’a pas de banc abrité et confortable mais c’est surtout un village assez laid avec une route extrêmement large et les maisons tassées dans un coin au pied de la montagne. Cette disposition est typique des petites stations de ski et il y en a effectivement plusieurs sur la commune d’Andon dont une au village même. J’aurais pensé qu’il n’y a pas beaucoup de neige à 1100 m d’altitude à 30 km de la mer, mais je me trompais.

Haute vallée du Loup

Haute vallée du Loup

Je m’attendais à avoir un peu froid en descendant depuis Andon sur les quelques kilomètres jusqu’au pont sur le Loup, mais je ne m’attendais pas à ce que la température de l’air continue à baisser et il ne faisait que 5° au pont. Il m’est rarement arrivé de rouler par une température aussi froide et je me suis demandé presque par jeu si la température baisserait même jusqu’à zéro, chose qui ne m’est arrivé qu’une seule fois (à La Chaux-de-Fonds dans le Jura suisse).

Après le pont, il fallait que je remonte légèrement parce que la route a besoin de sortir de la vallée du Loup même si elle est suffisamment haut pour éviter un vrai col. C’est une route large et en pente assez douce, sauf que le ciel était maintenant complètement noir presque comme pendant une éclipse de soleil côté ouest alors que le soleil dansait entre les nuages sur la vallée du Loup plus en aval.

La température continuait à baisser rapidement mais la pluie en est heureusement resté à un crachin plus ou moins fort. Bientôt, j’ai atteint des traînées blanches sur la route. Je me suis arrêté pour vérifier et c’était bien de la neige. J’ai continué à monter prudemment mais c’était faisable car quelques voitures avaient suffi à faire fondre la neige là où leurs pneus avaient roulé.

Il fallait simplement rouler bien droit dans leurs traces et ne pas hésiter à rester au milieu de la route. J’ai atteint la crête sans encombres mais il pleuvait un peu trop fort pour prendre une photo de la route en partie blanche qui aurait été amusante. Il ne faisait plus que 2°.

Il fallait que je quitte la route principale et finisse le trajet par une petite route desservant uniquement le hameau de Cazaux au fond de son petit plateau (encore un, aussi charmant et isolé du monde que les autres). Cette route est en descente en pente douce sur 3 km. Cette fois, elle n’était pas dégagée et j’ai été obliger de rouler très doucement sur la route entièrement recouverte de grêlons. C’était une expérience très spectaculaire et j’aurais trouvé cela vraiment excitant, mais il s’est mis à pleuvoir très fort juste au moment où j’arrivais.

La dame m’a ouvert le garage en se dépêchant de s’abriter de la pluie glaciale qui a d’ailleurs fait fondre les grêlons de la route, mais qui a laissé le fond du polje tout blanc pendant la soirée. La chambre d’hôtes se trouve dans un manoir vénérable et la dame descend effectivement des châtelains, mais ce n’est plus qu’une grosse ferme depuis des années et le village d’origine fut abandonné après une épidémie de peste au Moyen-Âge et il n’y eut plus qu’un petit hameau après.

Salon des hôtes à Cazaux

Salon des hôtes à Cazaux

Reste que le manoir est très vénérable à l’intérieur avec un escalier en colimaçon, des chambres très soignées et un salon chaleureux pour les hôtes. Après tout, les murs datent du 15ème siècle, ce qui est vraiment historique même si on ne s’en rend pas tellement compte.

Le salon sert surtout en été quand les gens restent plusieurs jours mais vaut la photo pour le superbe sol en dalles de pierre, la cheminée et l’impressionnant vaisselier. Les chambres sont confortables avec de très beaux meubles rustiques anciens et j’ai pris une photo de la chambre « pour jeunes couples » avec son lit à baldaquin et ses poutres apparentes, et de ma chambre avec une très belle tête de lit et une intéressante armoire encastrée.

Chambre avec armoire encastrée

Chambre avec armoire encastrée

J’ai passé une soirée animée et amusante qui était la bienvenue après cinq soirées au restaurant passées seul devant mon assiette. Il y avait d’autres hôtes, une troupe de trois ouvriers terrassiers qui installaient une cave dans un village voisin. Le patron avait préféré rester près du chantier parce que le temps très changeant leur permettait de se rendre sur le chantier à chaque fois que le temps était stable et d’en revenir pour quelques heures si besoin était. Ils avaient eu beaucoup de difficultés à garder leur planning, l’eau gelant plusieurs fois dans les tuyaux le matin.

Les trois gars du bâtiment étaient plutôt sympas et la dame m’a raconté le lendemain qu’ils n’étaient pas très rentables pour elle à cause de leur gros appétit mais qu’ils mettaient de l’animation qu’elle trouvait bien agréable dans ce hameau isolé. Elle avait perdu son mari plusieurs années avant mais se sentait trop attachée au manoir de famille pour déménager dans un climat plus doux et y passer une retraite oisive. Les chambres étaient destinées à contribuer à l’entretien du manoir, mais l’emplacement isolé impose des prix assez modestes et la contribution est donc modeste aussi.

Comme toujours avec des gars du bâtiment, il y a d’abord eu un long apéritif, surtout que la dame leur avait permis d’allumer la cheminée. Le chef était affalé dans un fauteuil mollasson tout près du feu, le deuxième gars avait droit à une chaise et le troisième, un petit mince dont les deux autres se moquaient sans arrêt pour se venger du fait qu’il passait la journée au chaud à conduire le camion et la pelleteuse, devait rester tout au bord.

Mon arrivée leur a causé des difficultés et on s’est finalement décidé à me laisser installer une chaise entre le fauteuil et le second type vu que j’avais sûrement souffert de la grêle. Elle était tombée avec violence pendant deux heures et ils étaient très surpris que j’eusse encore eu un rayon de soleil à moins de 10 km.

Quand j’ai dit que j’aimerais mieux un vin d’oranges qu’un pastis, le patron qui connaissait visiblement bien le bar de la dame est allé voir et la dame a confirmé la nature de la bouteille. Le vin d’oranges amères était délicieux et j’ai donc été triste d’apprendre qu’il est de plus en plus difficile d’en faire parce que l’on ne trouve plus d’oranges amères dans le commerce.

Il y avait des petites boules vertes dans une soucoupe sur le bar et je me suis servi d’olives pendant que les ouvriers préféraient des chips. Malheureusement, les choses vertes n’avaient rien d’olives, c’étaient des cerises à l’eau de vie qui étaient restées à traîner après le dîner de la veille ! Tout le monde a bien ri.

Nous sommes passés ensuite à table et la dame a servi une soupe de légumes qui était parfaitement adaptée après mon arrivée rafraîchissante. Le plat principal était vraiment original pour une chambre d’hôtes mais tout à fait dans les traditions régionales, un lapin sauce provençale avec de la polenta. La dame s’est désolée de sa polenta pas assez mœlleuse, mais je l’ai trouvé très bonne et c’était la première fois que je mangeais de la farine de maïs dans une chambre d’hôtes.

Les ouvriers ayant aussi bon appétit que moi, il n’est pas resté beaucoup de polenta et rien du lapin. La dame a servi un plateau de fromages et un far aux pêches en dessert, ce qui est très honorable et correspond au prix demandé.

Les ouvriers se sont racontés plein d’histoires de chantier pendant le dîner et c’était assez amusant. Je ne me souviens plus des détails, mais le patron m’a aussi un peu raconté comment il en était arrivé à fonder sa propre entreprise quand son patron précédent l’y avait encouragé. Dans la région, il y a énormément de chantiers, particulièrement pour des maisons secondaires, mais il faut être bien introduit pour profiter des contrats intéressants.

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