Etape 15: Estérel

(15ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mercredi 30 mai

95 km

Dénivelé  1025 m

Grand soleil avec fort vent d’ouest, jusqu’à 23 º mais vent froid

Fréjus – Saint Raphaël – Corniche de l’Estérel – La Napoule – Pégomas – Tanneron – Les Marjoris – Les Adrets de l’Estérel – Fréjus

Estérel, départements 06 et 83

Mon itinéraire longe la côte de l’ouest vers l’est, ce qui est indispensable pour bien profiter du paysage. Il vaut mieux partir pas trop tôt le matin pour ne pas avoir le soleil en face qui écrase les reliefs et les couleurs. Je suis revenu par l’intérieur par une route très belle mais très dure; un cyclotouriste moins ambitieux pourrait rester sur la nationale 7 qui n’est pas tellement fréquentée. On peut aussi revenir facilement en train.

Pour le petit déjeuner, je n’ai pas eu de choix inhabituel comme l’œuf reçu à Nîmes. Par contre, j’ai eu de la distraction avec les autres hôtes. Une table était occupée par une douzaine de pompiers qui venaient de région parisienne (une banlieue assez ouvrière, je crois). Ils s’amusaient bien à se charrier mutuellement mais il ne faut pas s’imaginer que tous les pompiers ont une prestance impressionnante. Ils ne sont pas trop gros parce qu’ils font du sport mais c’est à peu près tout. Il n’y en a que deux sur la douzaine que l’on aurait pu imaginer en moniteur de piscine essayant de séduire les jeunes nageuses.

Je ne sais pas pourquoi des pompiers d’Île-de-France ont besoin de s’entraîner à Fréjus – je pense que c’est en fait une façon déguisée de leur offrir un séjour dans un climat sympa pour les remercier de leur engagement et de leurs efforts (indépendamment du fait qu’ils soient professionnels ou amateurs, ce que je ne sais pas en l’occurrence). Et ils s’entraînent effectivement avec un matériel lourd et encombrant, dans le cas précis pour monter aux arbres.

Une autre table était occupée par une dizaine d’enfants d’âge varié avec trois adultes. J’ai vite compris que les enfants sont des handicapés mentaux légers et ils sont en soi très gentils, mais ils ont la force physique de leur âge et sont aussi taquins ou joueurs que d’autres enfants. Il faut donc effectivement les surveiller ou les aider presque sans arrêt, ce qui est loin d’être facile avec aussi peu d’animateurs. Je respecte beaucoup les personnes qui ont accepté cette vocation.

Il y avait un monsieur et une dame de 45 ans environ, peut-être les parents d’accueil, et un homme de 25 ans environ qui avait eu de sérieuses difficultés avec un des enfants pendant la nuit et qui était visiblement fatigué. J’ai donc ignoré volontiers divers petits incidents que j’aurais trouvé embarrassant avec une famille plus habituelle. Les pompiers aussi semblaient très tolérants tandis que les hôtes non français semblaient parfois très gênés. A la réflexion, on voit effectivement très rarement des handicapés mentaux dans un lieu public en Allemagne alors qu’on voit régulièrement des handicapés physiques.

Après mes observations simili-sociologiques, je suis parti vers le centre de Fréjus. J’ai remarqué en passant que la route de l’auberge longe dans la pinède les traces d’un aqueduc romain et je me suis dit que je ferais le détour le soir en allant dîner vu que le vélo m’encombrait un peu dans la pinède. J’ai quand même vu au passage quelques piliers de l’aqueduc qui restent dans un terrain vague directement le long de la route après la pinède.

Le centre de Fréjus est assez étendu et très méditerrannéen avec plein de petites rues étroites plus ou moins réservées aux piétons qui suivent des trajets pleins de coins et de courettes. Pour le moment, je me suis concentré sur la curiosité principale, la cathédrale.

Le marché hebdomadaire se tenait sur la place devant le bâtiment et j’en ai profité pour faire quelques courses mais je reconnais que mon vélo encombrait un peu. Depuis une discussion déplaisante dans un marché à Londres, j’essaye de ne pas m’y promener en poussant un vélo, mais c’était relativement facile cette fois car les étals sont suffisamment écartés et il n’y avait pas encore beaucoup de monde puisque les estivants se lèvent tard.

Par contre, la cathédrale était loin d’être vide. Une messe s’y tenait et je n’ai donc pas pu visiter quand je suis arrivé. J’ai supposé que cela prendrait une heure environ et je suis donc allé voir pour commencer les arènes romaines qui sont en bordure du centre ville et où je n’aurais pas l’occasion de revenir. J’ai eu un peu de peine à trouver et une partie donne sur un terrain vague laid mais la partie « présentable » est entourée d’un petit parc verdoyant agréable.

Arènes romaines de Fréjus

Arènes romaines de Fréjus

L’amphithéâtre date de l’an 100 environ et pouvait contenir 10.000 spectateurs, soit la population totale de la ville qui était alors le plus grand port militaire de Méditerrannée après Ostie, le port de Rome. Fréjus était une déjà une ville avec une histoire respectable car elle fut fondée par César pour faire concurrence à Marseille où habitaient surtout des descendants de commerçants grecs. Auguste installa en l’an 27 une colonie de vétérans pour accélérer la croissance de la ville.

Les arènes sont loin d’être comparables aux extraordinaires monuments de Nîmes et d’Arles. En fait, il s’agissait d’une ruine à demi enterrée jusqu’en 1957, quand la rupture du barrage de Malplaquet, la plus grande catastrophe du genre en France, mit à jour les vestiges. Pour pouvoir utiliser l’espace en respectant les normes de sécurité actuelles, on a construit en 2007 un genre d’arènes en béton nu à l’intérieur du squelette antique, ce que beaucoup d’habitants ont trouvé très laid. L’effet est un peu étrange mais pas forcément pire que des ruines abandonnées. On peut visiter mais il n’y a pas grand chose à voir.

Bâtiment abbatial à Fréjus

Bâtiment abbatial à Fréjus

Je suis ensuite revenu à la cathédrale et j’ai commencé par faire un tour à l’extérieur, ce qui vaut la peine car le bâtiment est assez surprenant et hétéroclite. Vers le haut de la place, c’est en fait l’ancien palais épiscopal qui était construit autour d’un cloître comme une abbaye. On voit de la place une fenêtre tout à fait remarquable.

Elle m’a un peu rappelé le palais comtal de Vianden et serait du 12ème siècle avec deux petites arcades encadrées par une plus grande. Des sculptures grotesques en pierre blanche marquent l’encadrement; je pense qu’elles ont été refaites ou en tous cas nettoyées récemment. Le bâtiment auquel appartient cette fenêtre contient le cloître avec un plafond dont la charpente date du 14ème et une galerie ornée de fresques médiévales. Malheureusement, elles se visitent comme un musée et c’était trop compliqué pour moi.

Cathédrale et baptistère de Fréjus

Cathédrale et baptistère de Fréjus

Fréjus fut le second évêché créé en France après la Primature des Gaules créée à Lyon, mais la cathédrale actuelle est une juxtaposition d’éléments successifs. Il y a une nef romane très simple du 12ème, un narthex du 13ème avec un portail gothique très orné du 14ème et une construction octogonale sur un socle cubique, le baptistère, qui était la motivation principale de mon arrêt à Fréjus.

Quand j’ai vu qu’un groupe entrait dans la cathédrale derrière sa guide d’un pas fort decidé, j’ai supposé que la messe inscrite sur l’écriteau devait être terminée. En fait, le groupe est resté un bon moment dans le narthex (l’espace entre la nef et le baptistère) à écouter les explications et il occupait tellement de place que j’ai attendu dehors.

Le narthex est très surprenant: derriere un portail gothique surmonté d’une fenêtre à meneaux Renaissance qui pourrait faire partie de n’importe quel château, on descend une longue volée de marches car le sol de la cathédrale est au moins 3 m sous celui de la place. En face des marches qui descendent, d’autres marches montent vers le cloître du palais épiscopal même si cet accès est maintenant fermé au profit d’un guichet à l’extérieur.

Baptistère de l'an 480 à Fréjus

Baptistère de l’an 480 à Fréjus

Du bas des marches dans le narthex, soit on tourne à droite pour entrer dans la cathédrale, soit on tourne à gauche pour entrer dans le baptistère (en fait, on n’y entre plus car il est protégé par une grille). Cette disposition remonte aux premiers temps du christianisme quand les personnes non baptisées n’étaient pas admises à observer le mystère de la Transfiguration – mesure de prudence permettant d’éviter qu’un espion païen ne se mêle à l’assistance pour noter les chrétiens présents que l’on pourrait dénoncer, mais aussi souci de bien montrer l’importance des mystères divins. Les catéchumènes restaient dans le narthex.

Colonnes romaines du baptistère

Colonnes romaines du baptistère

Le baptistère ne faisait pas partie de la cathédrale aussi pour des raisons pratiques puisque l’on était baptisé par immersion dans une grande cuve, chose qui exigeait une adduction et une évacuation d’eau comme je l’avais vu à Portbail et en Aix-en-Provence.

Le baptistère de Fréjus est particulièrement vénérable et c’est un monument rarissime des temps les plus obscurs de l’histoire de France puisqu’il fut construit vers 450 à la toute fin de l’Empire romain. A cette époque, une grande partie de la Gaule est occupée par les Visigoths (dont la capitale est Toulouse) ou dévastée par les Huns mais Fréjus comme d’ailleurs Aix-en-Provence dépend de ce qui reste de l’Empire et qui est administré depuis Ravenne. Quand Clovis devient roi des Francs et unifie la Gaule à partir de 481, la Provence reste d’ailleurs administrée depuis Ravenne où les Ostrogoths ont succédé aux derniers empereurs romains.

Briques et pierres du baptistère

Briques et pierres du baptistère

On voit très bien à travers la grille de protection la cuve baptismale autrefois entourée de petites colonnes servant comme à Aix à accrocher les tentures protégeant la discrétion des catéchumènes plongés dans l’eau. Les murs du baptistère sont en petit appareil de pierres qui n’est pas immédiatement reconnaissable comme romain. Par contre, on voit très bien au sommet des niches et le long de la coupole les bordures de briques à la romaine. Je pense que c’est la seule coupole romaine existant encore en France et la Provence est d’ailleurs bien plus romaine que gauloise à l’époque.

Les colonnes qui marquent les huit côtés du baptistère me semblent visiblement récupérées de constructions de l’époque imperiale. Dernier détail intéressant, la façon dont les côtés de l’octogone sont rattrapés pour former une coupole – c’est un problème toujours passionnant pour les architectes et il y a des expériences curieuses avec les coupoles romanes au Périgord et en Saintonge.

Le baptistère est très intéressant du point de vue architecture ou histoire mais c’est aussi un endroit émouvant car le fait de le construire est un acte de foi impressionnant à une époque où tout s’effondrait. Après le baptistère, la cathédrale ne présente qu’un intérêt assez modeste et n’est d’ailleurs pas très grande. L’évêque a même déménagé officiellement à Toulon en 1958.

Cathédrale de Fréjus

Cathédrale de Fréjus

J’aime bien l’abside centrale en cul-de-four et la voûte d’ogives très pure. L’abside est bordée de stalles un peu inhabituelles, il est d’ailleurs fort rare que le chœur d’une cathédrale se réduise à une petite abside. Les deux ou trois chapelles latérales sont agrémentées des gros autels baroques usuels dans la région.

Après ma visite de Fréjus, il était temps de partir pour la Corniche de l’Estérel. Il faut pour cela longer un peu la longue plage de Saint-Raphaël qui est un croissant de sable à l’embouchure de la plaine de l’Argens. La route principale reste 200 m en arrière de la plage, ce qui a l’avantage que la promenade de la plage n’est pas bordée des gargotes, bars, magasins de souvenirs et entrepôts que d’autres stations n’ont pas pu ou su repousser.

Plage de Saint-Raphaël

Plage de Saint-Raphaël

Le revers de la médaille, si l’on veut, c’est que la promenade est une rangée de palmiers aussi élégante qu’un peu morne. Une photo prise depuis la plage montre la presqu’île de Saint-Tropez avec une superbe lumière méditerrannéenne que j’avais ratée la veille sur la Corniche des Maures. J’ai trouvé toutefois que le vent était assez fort et froid avec des petites vagues hachées sur la baie.

Côte à Boulouris

Côte à Boulouris

Sur les 10 km qui s’allongent de Saint-Raphaël au Cap du Dramont, la côte est relativement plate et couverte de villas mais la route est assez agréable, alternant entre petites criques et petites pointes rocheuses. J’ai pris une première photo charmante où l’on voit toutefois très bien qu’il n’y a pas de sentier côtier. A pied, il faut longer la route qui est quand même assez passante et c’est un peu l’inconvénient de passer ses vacances dans une de ces villas côtières. Il y a un service de bus mais je ne sais pas s’il est suffisamment fréquent et pratique pour faire les courses par exemple. A vélo, par contre, la route est agréable, surtout dans le sens ouest-est.

Réfection des plages à Boulouris

Réfection des plages à Boulouris

La deuxième photo prise à Boulouris montre une des plages avec des traces suspectes de pneus: de grosses pelles mécaniques répartissaient des tonnes de sable et je soupçonne donc que ces plagettes sont donc en grande partie artificielles. A noter d’ailleurs que chaque plagette n’a que peu de places de parking et je ne sais donc pas de quelle façon elles sont utilisées en saison.

Les plagettes en toc m’ont laissé un peu rêveur; par certains côtés; la ville se comporte à l’image de ses habitants: plus de 30% sont des retraités aisés qui préfèrent cacher leur âge par un maquillage habile quoique coûteux.

Fort du Dramont

Fort du Dramont

La côte assez plate et tortueuse se termine au cap du Dramont qui est enfin libre de villas pieds dans l’eau. Le site surprend un peu du simple fait qu’il y a une pinède au-dessus de la plage. Je pense que c’est en partie dû au fait que c’est un lieu historique, l’endroit où commença le débarquement en Provence de 1944. Les Américains avaient d’ailleurs abondamment bombardé les environs, détruisant les stations balnéaires sans arriver à interrompre la ligne de train.

Il y a un grand espace goudronné en bordure de la route au-dessus de la pinède et de la plage, mais il semble barré par des chaînes et les bâtiments qui pourraient avoir été là ont disparu aussi. L’effet est un peu étrange. Depuis le parking, on voit une petite île avec une tour pittoresque à défaut d’être ancienne.

Carrière inondée à la gare du Dramont

Carrière inondée à la gare du Dramont

Comme la plage était trop loin, j’ai cherché un autre endroit agréable pour faire une pause et je suis tombé par hasard sur un site curieux du côté montagne de la voie ferrée. Je pense qu’il s’agit d’une ancienne carrière qui a été remplie par les eaux de pluie et cela forme un beau lac tout calme. Il y a plusieurs autres carrières dans les environs car on y trouve une roche particulière à teinte bleue alors que les roches de la région sont normalement rouges.

Le petit lac est dominé logiquement par les falaises de la carrière mais j’ai remarqué que l’on construit au sommet presque au bord du précipice toute une rangée de villas. On en voit une sur la photo. Je ne trouve pas cela très prudent ! J’ai remarqué pendant ma pause que la gare du Dramont se trouve aussi à cet endroit car des gens sont descendus d’un train pour se diriger vers la plage. Effectivement, je pense que ce sont la plage et la pinède les plus agréables si on désire utiliser un train, ce qui n’est pas idiot du tout en saison.

Baie d'Agay

Baie d’Agay

La baie située après le Cap du Dramont abrite une petite station balnéaire, Agay, mais manque d’une promenade ombragée. On y voit des bateaux de plaisance attachés à des bouées, chose rare sur la côte varoise où ils sont normalement abrités dans des ports modernes. La baie est très bien abritée des vents du large et les négociants grecs qui ont fondé Marseille y avaient établi un petit village où ils pouvaient attendre la fin d’une tempête, Agathon. Le village fut détruit par les Sarrasins et la station moderne s’est développée vers 1930 quand le gouvernement améliora la route côtière.

Anthéor

Anthéor

Viaduc d'Anthéor

Viaduc d’Anthéor

Après un petit cap, la route passe Anthéor qui est dominée par un superbe viaduc de chemin de fer en brique que les Américains ne sont pas parvenus à atteindre avec leurs bombardiers en 1944. Après le hameau, la route devient la célèbre Corniche de l’Estérel qui longe sur 5 km les pentes très raides du Cap Roux par une série de ponts et de tranchées. La route domine de nombreuses petites criques dans lesquelles on peut descendre par de longs escaliers un peu vertigineux.

Criques du Cap Roux

Criques du Cap Roux

Les criques sont souvent occupées par un amas d’algues séchées, apparemment un phénomène naturel qu’il faut combattre activement sur les plages officielles. J’ai aussi remarqué plusieurs criques où le sable paraît noir (je pense en fait gris bleuté vu de près); ce n’est pas de l’obsidienne mais c’est probablement la roche que l’on exploite au Dramont.

Ile des Vieilles

Ile des Vieilles

Certaines criques servent aussi visiblement de plage nudiste, ce que l’on voit à l’œil nu car la hauteur est autour de 30 à 50 m selon les endroits. On m’a d’ailleurs dit qu’une des plages est connue pour attirer des messieurs en quête de rencontres pas si innocentes. On ne peut pas toujours se garer au niveau des escaliers d’accès, mais il y a souvent un bas-côté suffisamment large à une distance raisonnable et le nombre des voitures garées reste modeste hors saison.

1527 Corniche du Cap Roux_600x600_100KBJ’ai évidemment bien profité de la vue et j’ai pris plusieurs photos qui montrent le célèbre contraste de couleurs entre les rochers rouges et la mer bleue. Il paraît que le spectacle est encore plus beau au coucher du soleil, mais j’ai un doute car il se couche derrière la montagne. Il est évident que le spectacle est rendu bien plus grandiose par les pentes raides de la montagne et par l’absence des villas qui tapissent la côte presque partout ailleurs.

Après le décor sauvage et préservé du Cap Roux, on découvre au loin la silhouette de la Côte d’Azur et des Alpes frontalières puis la route descend un peu vers Le Trayas, dernière station varoise. Les Alliés avaient tenté d’y débarquer en 1944 mais la plage avait été minée et ce fut un échec heureusement compensé par le débarquement réussi sur la plage du Dramont.

Le Trayas ressemble assez à Agay sauf que les villas s’accrochent à des pentes plus raides et que la route reste relativement haut au-dessus de la plage. Je suis passé dans la station en 1998 car j’avais couché à l’époque dans l’auberge de jeunesse qui s’y trouve. J’ai retrouvé la route d’accès affreusement raide que j’avais été obligé de monter à l’époque et que j’étais bien content de pouvoir ignorer cette fois. Mes notes de 1998 mentionnent par ailleurs que l’auberge est très agréable, joliment décorée et avec une vue superbe, mais son emplacement n’est guère adapté pour les cyclotouristes.

Pointe de l'Esquilon avec la baie de Cannes

Pointe de l’Esquilon avec la baie de Cannes

Curieusement, la côte est nettement plus raide après Le Trayas sur une section recouverte de villas et de résidences que sur la section sauvage du Cap Roux pourtant nettement moins accidentée. On passe un premier cap pour descendre sur la plage de Miramar puis un deuxième cap beaucoup plus haut (environ 100 m d’altitude) avant d’atteindre Théoule-sur-Mer dans une crique bien protégée.

Baie de Cannes

Baie de Cannes

Miramar est un hameau plus qu’une station tandis que Théoule est une ville balnéaire réputée avec commerces et promenade au bord de l’eau. Il était l’heure de déjeuner et je me suis offert une pause dans ce site superbe; en longeant la rue jusqu’au parking au bout au pied des falaises, j’ai trouvé un banc orienté vers l’est et donc avec vue sur la baie de Cannes et les îles de Lérins qui sont au large. Je n’y suis jamais allé tandis que je suis passé à Cannes en 1998.

Mon banc était aussi remarquablement choisi parce que je me suis rendu compte au bout d’un certain temps que la douzaine de personnes qui prenaient l’apéritif à la terrasse d’un bar à 20 m parlaient luxembourgeois ! Comme ces rencontres sont rarissimes en France, ceci m’a confirmé que les Luxembourgeois qui vont en vacances en France sont des personnes fortunées se rendant sur la Côte (il n’est pas nécessaire de compléter « Côte d’Azur » en luxembourgeois tant c’est évident) ou sur l’île de Ré (où le premier ministre a une résidence secondaire).

Les luxembourgeois moyens choisissent sur des catalogues destinés avant tout à la clientèle allemande et préfèrent donc les Canaries, les Baléares, la Mer Rouge et la Mer Egée. S’ils refusent de prendre l’avion, ils vont à Blankenberge ou à Ostende. Les luxembourgeois modestes vont dans le pays de leurs ancêtres en Italie ou au Portugal.

Viaduc de Théoule

Viaduc de Théoule

Les enfants des buveurs d’apéritif, trois garçons d’une douzaine d’années, sautaient d’un ponton et nageaient près de la plage, ce qui montre bien qu’un Luxembourgeois est moins frileux qu’un Français.

Après m’être bien amusé à écouter les touristes, je suis reparti pour le reste de la Corniche de l’Estérel. On passe sous un joli viaduc de chemin de fer puis il faut franchir un nouveau cap par une côte franchement raide avant de descendre sur la première station de la Côte d’Azur, La Napoule. La côte devient plus plate à cet endroit à cause de l’embouchure de la Siagne.

Château de La Napoule

Château de La Napoule

J’étais évidemment passé à La Napoule en 1998 et je n’avais pas pu rater le château fort dominant la route. Je me suis arrêté pour voir et j’ai constaté que c’est en fait un genre de musée. On peut visiter la résidence du graphiste américain Clews qui l’avait acheté et il y a souvent aussi des expositions d’art contemporain organisées par la fondation de promotion des arts établie par Madame Clews.

Détail du portail

Détail du portail

Il paraît que la visite du château est amusante à cause de nombreuses sculptures fantaisistes que Monsieur Clews avait fait installer; j’en ai eu une petite idée en regardant le portail extérieur qui est un pastiche de portail roman avec des claveaux sculptés de façon très variée et très inattendue. Je suis bien content d’avoir pris la photo. En 1998, j’avais remarqué les cyprès de la cour intérieure mais pas le portail…

La Napoule est une ville importante en croissance rapide grâce à ses zones industrielles qui proposent plus d’emplois que la ville n’a d’actifs. Les habitants sont donc pour une bonne partie des gens qui travaillent et qui doivent se contenter d’un appartement dans une grande résidence moderne sans vue sur la mer, ce qui change nettement de l’urbanisme pour retraités riches de la côte varoise.

Ceci mis à part, je ne me suis pas attardé vu qu’il fallait encore rentrer à Fréjus et que je voulais pour cela passer par l’intérieur montagneux plutôt que refaire le trajet de l’aller. J’ai traversé la Siagne puis j’ai utilisé une piste cyclable qui semblait très pratique le long de la rivière. En fait, elle la quitte rapidement, mais elle permet de traverser agréablement le terrain de golf à l’ombre des palmiers.

J’avais noté en 1998 que c’est le terrain le plus huppé de la Côte, ce que je savais probablement par certains collègues fréquentant des milieux appropriés. Evidemment, on rejoint assez rapidement la route normale de La Napoule à Grasse. Elle est fréquentée et traverse principalement des zones de hangars agricoles, d’entrepôts et d’ateliers industriels, mais elle est suffisamment large pour ne pas être dangereuse.

Je l’ai quittée pour ainsi dire à la première route permettant de monter dans l’intérieur de l’Estérel. La carte était parfaitement claire sur le fait qu’il faut monter 300 m de dénivelé du carrefour au premier col et je me suis donc mis dans l’état d’esprit approprié pour les grandes ascensions.

Grasse depuis Tanneron

Grasse depuis Tanneron

La côte est constamment dure mais ne dépasse nulle part les bornes du raisonnable; si on s’y prend avec une sage lenteur, on monte progressivement sans trop de problème et on est motivé par un panorama devenant rapidement plus étendu sur la vallée de la Siagne et la crête de Mougins puis sur le bassin de Grasse au pied de montagnes sérieuses (1300 m).

La vue est évidemment presque garantie vu le climat méditerrannéen et l’inconvénient est évidemment la chaleur. J’avais une chance insigne de pouvoir traverser l’Estérel par une température modérée et avec un bon vent d’ouest qui rafraîchissait efficacement dès que j’avais monté les cinq ou six premières épingles à cheveux. La route est d’ailleurs très amusante à vélo vu les nombreux virages serrés.

Après le premier col, j’ai constaté qu’il fallait encore monter pendant 2 km, ce que je n’avais pas prévu, mais la pente était nettement moins raide. Je suis arrivé ainsi au village de Tanneron. En fait, comme la plupart des maisons se trouvent dans des hameaux plus bas sur les pentes (et pus près des emplois dans la vallée), le village se réduit à quelques maisons autour d’une mairie volumineuse et assez récente sur une grande place goudronnée. J’ai été très étonné de trouver ainsi un genre de petit plateau dans un paysage aussi raviné. Il y avait de gros travaux routiers aux entrées du village et les voitures attendaient longtemps mais je pouvais passer plus facilement à vélo.

Intérieur de l'Estérel

Intérieur de l’Estérel

Je ne suis pas resté à Tanneron, ayant déjà bien profité du paysage et du panorama pendant les 8 km de montée qui m’avaient pris plus d’une heure. La seule route qui permet de rejoindre Fréjus est indiquée très correctement sur la carte: on plonge dans un ravin extrêmement profond par une grande descente très amusante, on remonte par une longue côte dans une forêt finalement agréable, on redescend dans un deuxième ravin aussi profond que le premier, on remonte par une autre longue côte et on descend enfin pour rejoindre la route plus importante qui traverse le Lac de Saint-Cassien.

Barrage de Saint-Cassien

Barrage de Saint-Cassien

Pendant tout ce trajet, la route est en partie ombragée et n’est pas trop raide. A cause de la forêt, les panoramas sont rares et je suis content d’avoir vu à un endroit la digue de barrage du lac. Les montagnes tout au fond sur la photo sont les crêtes que j’avais l’intention de passer le lendemain.

Au fond la Montagne de l'Audibergue

Au fond la Montagne de l’Audibergue

Quand je suis enfin arrivé au bord du lac, il était l’heure de prendre un goûter. J’ai eu quelques difficultés à trouver un endroit agréable avec vue sur le lac. En effet, si on ne veut pas descendre au complexe touristique privé, il faut se contenter de parkings non goudronnés pleins de pierres pointues et de poussière. Finalement, je me suis assis sur un remblai peu confortable pour avoir la vue que je voulais. Deux voitures ont fini par m’imiter et j’ai constaté sans vraie surprise que c’étaient des Allemands.

Crêtes de l'Estérel

Crêtes de l’Estérel

Après le goûter, il ne restait que 24 km jusqu’à Fréjus mais je ne me doutais pas de ce qu’ils représentent comme effort. Pour commencer, la route qui longe le lac et rejoint l’autoroute a été redressée jusqu’à en faire une voie rapide affreuse dans ce paysage tellement beau sur les petites routes. Comme toutes les routes modernes, elle est rectiligne, en plein soleil, et elle franchit la moindre colline par une côte raide plutôt que par un virage.

Je pense qu’une route aussi large et laide dans une région presque inhabitée s’explique avant tout par un ingénieur qui voulait se faire plaisir au moment de la conception du barrage. Pour ne pas faillir à son style, la route se termine par une longue côte franchement raide et totalement rectiligne jusqu’à l’échangeur de l’autoroute.

De l’autre côté, je m’attendais à trouver une route plus agréable dans le style de celle de Tanneron. Certes, la route devient nettement plus étroite et plus tortueuse, mais elle est aussi beaucoup plus raide que la carte ne permet de le deviner avec environ 3 km à 11%, ce qui est considérable pour moi. Deux adolescents qui revenaient probablement de pêcher dans le lac ont essayé de monter mais ont fini la côte à pied.

Je suis arrivé à rester sur le vélo, mais en faisant des petites pauses tous les 200 m dans certaines sections. Cette côte est la principale raison pour laquelle je ne peux pas conseiller mon itinéraire à d’autres cyclotouristes.  Dans mon cas, le trajet était aussi nettement plus pénible à cause de l’heure. C’était l’heure à laquelle les gens rentrent des courses ou de certains emplois et les conducteurs me trouvaient très gênants sur cette route difficile, ce qu’ils font volontiers savoir dans la région.

Estérel près des Adrets

Estérel près des Adrets

Une fois arrivé au village des Adrets, la route devient tout d’un coup parfaitement plate sur 2 km. Comme le paysage est toujours aussi accidenté, ceci implique que la route fait des détours tortueux assez amusants autour de deux collines. Ceci m’a rappelé des routes du même genre dans la Creuse. Le trajet se termine à un carrefour important où l’on rejoint la nationale 7 au col des Adrets. Grâce à l’autoroute, la nationale est maintenant pratiquement abandonnée et donc parfaite à vélo.

Elle longe d’abord le flanc du Mont Vinaigre, point culminant de l’Estérel avec 618 m, en restant pratiquement plate. On est dans le cœur de la très belle forêt de pins et de chênes-liège jusqu’au col suivant. J’ai croisé plusieurs cyclistes sur cette route qui est effectivement à recommander.

Après un carrefour dans la forêt, la nationale descend vers Fréjus sur pas loin de 10 km. Le paysage est moins excitant, on descend en partie dans un vallon un peu pelé sans panorama dégagé; monter de ce côté en vélo par temps chaud serait pénible bien que la pente ne soit pas raide. En descendant, c’est évidemment peu gênant et je me suis amusé à quelques pointes à 45 km/h, d’autant plus que la plupart des virages sont assez larges avec une bonne visibilité.

La fin de la descente se fait dans une zone de ravins calcaires avec des hameaux et des vignes moins intéressantes. Je suis passé près d’une chapelle recommandée par la carte, Notre-Dame-de-Jérusalem, mais je n’ai pas fait le détour. L’histoire de la chapelle est intéressante: un spéculateur niçois avait acheté un grand terrain pour construire ici un genre de cité privée qu’il imaginait accueillant des artistes et des créateurs. Elle accueille surtout des riches retraités à tendances à la limite du populisme réactionnaire comme une bonne partie des villes côtières du Var, mais ce n’est pas sa faute.

Au milieu du quartier, le spéculateur avait décidé d’installer un petit parc public avec une chapelle décorée par Cocteau (en fait, sur les dessins de Cocteau qui mourut avant la fin de la construction). Je trouve intéressant que les grands bourgeois conservateurs de la Côte d’Azur aimassent tant s’intéresser aux œuvres de Cocteau dont personne ne pouvait vraiment ignorer les amitiés particulières.

En continuant sur la nationale 7, j’ai atteint juste à l’entrée de la ville la pagode figurant sur toutes les cartes. Il s’agit d’un authentique temple bouddhique construit en 1917 pour les soldats indochinois casernés pendant la Première Guerre Mondiale à Fréjus. La pagode fut abandonnée plus tard mais rénovée depuis 1973 par des réfugiés vietnamiens qui y proposent régulièrement des exercices spirituels et qui assurent son entretien.

Pagode de Fréjus

Pagode de Fréjus

Conformément à l’interprétation asiatique, ceci veut dire que le temple est repeint en couleurs presque violentes pour avoir l’air toujours presque neuf (on fait la même chose dans les temples japonais, mais ceci ne se voit pas autant avec des constructions en bois verni). Je me suis contenté de regarder un moment depuis l’extérieur puisque j’étais encombré de mon vélo et dans une tenue convenant peu à un édifice religieux.

Aqueduc romain de Fréjus

Aqueduc romain de Fréjus

Par un heureux effet assez rare, la nationale 7 est justement la route qui donne accès à l’auberge de jeunesse et je n’ai donc pas eu autant de côte à monter que le soir précédent; le temps était de toute façon bien meilleur. Je suis reparti en ville pour dîner, ayant constaté le matin que ce n’est qu’à 2 km et que le trajet est assez varié, traversant la pinède puis longeant ensuite plusieurs vestiges de l’ancien aqueduc romain.

Come j’avais le temps et qu’il faisait encore clair, j’ai sauté le muret du parc et je suis allé voir l’aqueduc de près. Le parc appartenait autrefois au « Château Aurélien », une grande villa néo-Renaissance de 1880 qui sert maintenant de lieu de réception et d’exposition à la ville de Fréjus mais que je ne suis pas allé voir de près.

Rigole de l'aqueduc

Rigole de l’aqueduc

L’aqueduc m’a d’autant plus intéressé que je n’avais pas pu visiter le Pont du Gard. Certes, celui de Fréjus a perdu la plupart de ses arches même s’il reste un bon nombre de piliers. Mais c’est un endroit exceptionnel pour voir la transition où la canalisation romaine sort de la colline et se transforme en aqueduc. Je ne sais pas si on voit le haut de l’aqueduc, là où coulait l’eau, au Pont du Gard.

Donjon de Fréjus

Donjon de Fréjus

Laissant l’aqueduc derrière moi, j’ai atteint le centre ville par l’arrière de la cathédrale, ce qui m’a donné une vue du donjon assez rébarbatif des évêques qui date du 14ème siècle. En examinant les cartes des différents restaurants de la ville, je suis aussi passé devant l’un des seuls portails ornés de la ville, celui d’un hôtel particulier Renaissance imposant.

Il y a un bon choix de restaurants dans le centre ville et il y a plus de variété que dans les stations balnéaires. Comme j’avais été très économe avec la pizza commandée la veille, je me suis accordé un budget un peu plus généreux que d’habitude et je me suis offert un menu à 25 €. J’ai été attiré irrésistiblement par un restaurant réunionnais: c’est une cuisine finalement très rare et j’ai eu envie de me rappeler des vacances là-bas que j’avais trouvées très intéressantes.

Hôtel particulier à Fréjus

Hôtel particulier à Fréjus

Le cuisinier qui fait aussi le service de ce petit restaurant dans une arrière-cour est tout à fait réunionnais, ce qui est très différent d’un Créole des Caraïbes. Le menu comportait en entrée un assortiment de beignets et d’achards qui m’a rappelé les camionettes servant à vendre ces en-cas à la Réunion où je les avais trouvés très appétissants. Les achards sont des légumes coupés en petits morceaux, blanchis et macérés dans une sauce légèrement épicée. Les beignets sont également inspirés de la cuisine indienne (samossa) mais contiennent souvent du poisson.

Le plat principal était le même que celui que j’ai mangé dans plusieurs tables d’hôtes à la Réunion, du rougail saucisse avec du riz (j’ai noté le soir « enfin du bon riz »). Le rougail est une sauce épaisse avec des tomates, des oignons et des épices. Le dessert était copieux, du gâteau à l’ananas avec de la glace et un peu de caramel. Pour tout dire, un vrai repas gastronomique pour un prix honnête – à condition de vouloir découvrir cette cuisine.

Un couple qui mangeait à la table voisine semblait moins familier de la cuisine réunionnaise et avait une opinion assez partagée. J’ai échangé quelques mots avec le cuisinier qui est apparemment venu en France parce qu’il était un bon joueur de football (ou peut-être suite à son service militaire?). Il a entraîné un club de Fréjus pendant plusieurs années avec pas mal de succès. Les Réunionnais sont souvent assez discrets sur eux-mêmes et je n’ai donc pas insisté pour avoir des détails.

J’ai constaté plus tard en revenant à l’auberge de jeunesse qu’il y avait maintenant deux personnes en plus de moi dans la chambre, mais une était déjà couchée et l’autre a eu la délicatesse trop rare de ne pas allumer la lumière quand il est arrivé nettement après moi.

Je reconnais que l’on dort nettement moins bien dans une auberge que dans une chambre d’hôtes, même quand les gens se comportent très bien. J’ai choisi cette solution aussi souvent cette année (une nuit sur trois en moyenne) parce que j’étais dans des régions où les autres hébergements sont tellement plus chers que le confort supplémentaire ne suffit pas à justifier le prix. Je veux bien payer 50 € pour une chambre si le petit déjeuner est inclus. Je ne veux pas payer 95 € qui est le premier prix en Provence ou sur la côte varoise.

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