Etape 17: Estéron – Vésubie

(17ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Vendredi 1er juin

96 km

Dénivelé 1095 m (dénivelé probablement un peu surestimé du fait de la hausse de la pression atmosphérique pendant la journée)

Très beau avec quelques petits nuages, 17 à 21°

Cazaux – Col du Castellaras – Le Haut Thorenc – Gréolières – Bézaudun les Alpes – Bouyon – Carros Village – Clos Martel – Pont Charles Albert – Roquebillière

Estéron-Vésubie, département 06

Je voulais passer dans les Gorges de la Vésubie parce que je n’avais pas pu y passer en 1998 suite à des problèmes avec le vélo. Pour rejoindre la Vésubie, j’ai évité de repasser par les trajets de 1998 ou de 2011. Toutefois, si on visite la région pour la première fois, je conseillerais de passer par les clues de Saint-Auban et du Riolan (pour le paysage) ou par Gourdon et Vence (pour les visites culturelles possibles).

Plaine de Cazaux

Plaine de Cazaux

C’était vraiment étonnant de voir le matin le beau ciel bleu et le plateau paisible ne laissant aucunement deviner le temps impressionnant de la veille. J’ai évidemment regretté de ne pas avoir pris de photos tant qu’il y avait de la neige par terre. Quand je suis apparu dans la salle du petit déjeuner, j’ai été surpris de ne trouver personne. Je savais par les conversations de la veille que les ouvriers partaient très tôt et que la dame leur laissait donc préparer eux-mêmes leur café. Evidemment, elle aurait dû être là pour moi à 8 h 30.

Après avoir attendu un peu et élevé la voix au cas où elle serait dans une arrière-cuisine, j’ai supposé qu’elle avait l’intention de me laisser faire comme les ouvriers puisque le pain et la confiture étaient déjà sur la table. J’ai découvert sans difficultés la bouilloire électrique et j’ai trouvé dans le placard au-dessus du thé vert (pas de thé noir curieusement). Le pain qui restait des ouvriers n’était pas très copieux mais on fait avec ce qu’on a.

J’avais commencé mon déjeuner quand la dame est apparue un peu endormie. Elle avait oublié de mettre son réveil et avait eu besoin de se reposer après la soirée animée par les ouvriers. Je n’avais jamais été dans une chambre d’hôtes où la maîtresse de maison oublie de se lever le matin et j’ai trouvé cela très amusant, d’autant plus que je n’avais pas souffert de l’attente.

La dame a remarqué le thé que j’utilisais et m’a expliqué que c’était en fait un très bon thé qu’elle se gardait pour elle et que les thés pour les hôtes se trouvent dans un présentoir au fond d’un placard et que je n’avais donc pas trouvé. Elle m’a trouvé un peu plus de pain et surtout un genre de brioche, puis elle a apporté plusieurs confitures, un hôte dans mon genre recevant apparemment d’autres égards que les ouvriers qui restaient cinq jours. Sa confiture d’oranges était particulièrement délicieuse et j’ai oublié de lui demander si c’étaient des oranges confites.

Je suis parti par la route d’accès que j’avais empruntée la veille mais il faisait doux sans aucune trace de mauvais temps. J’ai pris une jolie photo du plateau de Cazaux puis j’ai repassé le petit col de la veille et je suis descendu à flanc de montagne vers le pont sur le Loup. C’est une belle vue de montagne qui semble inhabitée avec dans l’alignement de la vallée Jérusalem – c’est le nom de la montagne qui culmine à 1768 m.

Comme j’avais l’intention de passer juste à droite de (ou du) Jérusalem, j’aurais pu tout simplement suivre la vallée du Loup par une route facile. Comme je n’avais pas une distance trop longue, j’ai décidé toutefois de faire un petit détour derrière la crête rocheuse de gauche car ceci permettait selon la carte de passer par une clue et j’avais gardé un souvenir émerveillé de la clue de Saint-Auban deux ans avant dans la même région.

Haute vallée du Loup

Haute vallée du Loup

J’ai donc traversé le Loup puis je suis monté jusqu’à un col assez modeste. La pente est régulière et sensible mais ne dépasse pas 6% et le temps était parfait, encore assez frais pour ne pas transpirer. Le col du Castellaras ne donne pas une vue très impressionnante, on domine simplement la vallée du Loup et de l’autre côté un plateau de montagne (encore un polje) caché par la forêt.

Une pancarte indique un chemin raviné qui monte à un oppidum ligure (pas gaulois, ce qui montre bien que l’on n’est pas en France historiquement), un « Castellaras ». Les Gaulois sont des envahisseurs celtes à l’origine tandis que les Ligures existaient déjà à l’époque des voyages d »exploration grecs. A cette époque, ils habitaient jusque dans les Pyrénées car les noms de lieux en « asque » comme Tarascon et Huesca sont ligures.

Neige a Thorenc-Haut

Neige a Thorenc-Haut

La route descend du col sur seulement 2 km et le plateau de Thorenc (le Plan du Peyron) est donc à environ 1000 m d’altitude comme celui de Caille traversé la veille. Il est plus allongé entre deux chaînes de montagne couvertes de sapins et les sapinières descendent à un endroit jusqu’à recouvrir le plateau. C’est assez amusant de voir les vaches (et les chevaux d’un centre de vacances) se promener parmi les sapins comme en Suisse.

Il faisait toujours doux au soleil mais j’ai vu en continuant l’une ou l’autre plaque de givre que je me suis empressé de prendre en photo. La route passe une bosse puis descend ensuite progressivement le long d’un petit torrent, ce qui fait que l’on passe du plateau à une vallée plus classique. La région semble très touristique, il y a une importante station de ski à proximité (Gréolières-les-Neiges) et on passe devant une série de centres touristiques dont il est un peu difficile de deviner la nature exacte hors saison.

Centre touristique sous la neige à Thorenc

Centre touristique sous la neige à Thorenc

J’ai pris une photo parce que je ne résistais pas au scintillement de la neige sur le sol, un spectacle très inattendu à cette saison aussi près de la mer et par temps plutôt beau et doux. On voit sur la photo un genre de fortin en rondins et une terrasse de bar, mais on devine difficilement ce qui attire ici les touristes en été.

Gorge de Gréolières

Gorge de Gréolières

A force de descendre le vallon, on atteint la crête que j’avais traversée précédemment par le petit col car le torrent cherche à rejoindre la vallée du Loup. On traverse pour ceci une gorge charmante et boisée mais relativement large, ce qui fait que j’ai trouvé le mot « clue » figurant sur ma carte un peu généreux. A la sortie de la gorge, le torrent plonge vers le Loup mais la route reste en hauteur afin de desservir le vieux village de Gréolières.

Début de la Clue de Gréolières

Début de la Clue de Gréolières

Clue de Gréolières

Clue de Gréolières

On profite donc d’une très belle section en corniche qui serpente entre des aiguilles calcaires à flanc de montagne. Plus loin, la pente devient nettement plus raide et la route est vraiment creusée à flanc de falaise, ce qui impose une série de courts tunnels. C’est charmant en voiture et c’est extrêmement impressionnant à vélo car on est 300 m au-dessus du vide avec juste des éboulis pelés très raides entre le parapet et le fond du précipice.

Rocher percé de Gréolières

Rocher percé de Gréolières

Le couronnement de l’aventure est atteint au dernier tunnel avec un extraordinaire rocher percé. Sur toute la section, il est évidemment strictement interdit d’arrêter sa voiture et je crois même qu’il n’y a pas de parking proche d’où l’on puisse venir admirer le panorama à pieds. A vélo, on s’arrête dans tous les endroits vertigineux et on fait des photos superbes…

Gréolières dominant le Loup

Gréolières dominant le Loup

Après le passage de la falaise, la route descend assez fortement et longtemps jusqu’au village de Gréolières qui n’est plus qu’à 620 m d’altitude. Il était l’heure de faire une pause et j’ai cherché un coin agréable; comme souvent en Provence, c’est un lacis de ruelles qui ne laissent pas de place à des bancs ombragés ou à des jardins publics.

Il y a une placette au milieu du village où stationnaient deux camionettes de commerçants et j’ai presque été tenté par l’étalage de charcuterie, mais le premier client de la queue avait juste commencé une longue conversation avec le vendeur et je n’avais pas envie d’attendre longtemps.

Finalement, j’ai trouvé un petit mail près de l’église et je me suis assis sur un banc qui sert normalenent à observer les joueurs de pétanque. Le banc tourne le dos à la vallée et la vue est donc plutôt vers la montagne et vers la route que j’avais descendue, mais c’est logique car on a ainsi le soleil dans le dos.

Il y avait deux châteaux forts et deux églises à Gréolières car le château situé à l’intérieur du village n’était pas assez bien protégé contre des attaques à flanc de montagne. On peut monter sur un morceau de rempart qui domine la profonde vallée du Loup et on voit en face sur la rive opposée, à la fois proche et quasiment inaccessible, le village de Cipières.

Quant à l’église, j’aurais aimé y entrer pour admirer le retable du XVème siècle. Malheureusement, depuis une vingtaine d’années, presque toutes les églises de la région restent fermées en raison des vols.

Vallée de Gréolières

Vallée de Gréolières

Après Gréolières, j’ai été obligé de remonter presque tout ce que j’avais descendu afin de pouvoir quitter à nouveau la vallée du Loup. La route est très agréable, presque en permanence ombragée, et on traverse une forêt plutôt inhabituelle pour la région de feuillus et de genêts. Il n’y a que très peu d’aperçus et la deuxième moitié est dans une vallée encaissée mais la pente est raisonnable. J’ai croisé plusieurs cyclistes en montant ce col et je suppose que c’est un de ceux auxquels on peut accéder facilement quand on vient des villes de la côte.

Coursegoules

Coursegoules

Après le col, nouveau petit plateau, mais ce n’est pas cette fois un polje, juste la haute vallée d’un torrent. Le modeste village de Coursegoules s’étale en terrasse au pied de la montagne pelée et les maisons cubiques à fenêtres régulières font presque penser à des photos du Tibet. Je ne suis pas allé jusqu’au village car la route reste au pied de la colline et continue vers le petit col suivant sans monter au village.

Le site est austère et on a l’impression d’un endroit perdu loin de la civilisation moderne alors que la ville extraordinairement touristique de Vence n’est qu’à 16 km. La vue dans l’axe du ravin reste également austère car elle est dominée par l’imposante falaise du Baou de Saint-Jeannet. Je le connaissais d’autres voyages car on le voit très bien quand on longe la côte.

Baou de Saint-Jeannet

Baou de Saint-Jeannet

Il marque en fait la fin du grand bandeau calcaire de Haute-Provence qui court de la Fontaine de Vaucluse par les gorges du Verdon et les clues de l’Estéron jusqu’à l’entaille de la vallée du Var. De l’autre côté du Var, on est au pied du Mercantour dans une géologie complexe typiquement alpine. Le Baou de Saint-Jeannet est très célèbre dans la région comme lieu d’escalade avec ses 300 m presque verticaux, mais aussi comme lieu de lancement de parapente avec une vue imprenable sur la côte d’Azur et la baie de Nice.

Je n’avais pas l’intention de rejoindre la côte et j’ai donc franchi un col facile en direction de la vallée du Var. Descendre au fond de la vallée n’a cependant rien d’aisé car il y a un dénivelé de 1000 m sur une distance de 5 km à vol d’oiseau. Une route de corniche que j’avais empruntée en 2011 court à une altitude d’environ 400 m et dessert quelques petits villages perchés. J’en ai gardé un souvenir émerveillé pour ce qui est de la qualité de la route et des panoramas, mais il y a au moins un passage qui est vraiment terrifiant à vélo avec une falaise presque verticale sur 600 m de dénivelé.

Cette fois, je voulais vraiment descendre au fond de la vallée et ceci se fait par une série de paliers. On descend 200 m plus ou moins raide puis il y a un village ou une section en corniche pour reposer les freins et on continue après. Assez recherché. Le premier palier est le petit village de Bézaudun-les-Alpes. C’est vraiment un tout petit village auquel on accède par une route à peine plus large qu’une voiture.

Sommets du Mercantour depuis Bézaudun-les-Alpes

Sommets du Mercantour depuis Bézaudun-les-Alpes

Je pensais que la descente serait le plaisir principal de l’itinéraire et je n’étais donc pas du tout préparé à la vision grandiose qui s’ouvre en arrivant sur le promontoire de Bézaudun. Au-delà des vallées du Var et de l’Estéron, tellement profondes qu’on n’en voit pas le fond, on est presque exactement en face de la vallée de la Vésubie entre le Brec d’Utelle à gauche (1606 m) et la Cime de Rocca Serra à droite (1504 m).

En arrière-plan, c’est la barrière majestueuse des grandes Alpes du Mercantour enneigées grâce au printemps frais et humide (environ 2600 m). Je me suis arrêté dix minutes rien qu’à admirer le panorama.

Site de Bouyon

Site de Bouyon

Sur la photo, on voit aussi en contrebas la route qui descend de Bézaudun (800 m) à l’étage suivant, Bouyon (630 m). Il faut s’imaginer que j’ai eu cinq descentes successives de ce genre !

J’étais déjà passé à Bouyon en 2011 et j’en avais gardé le souvenir qu’il y avait un petit jardin public au bout du village presque au-dessus du vide. J’ai traversé le village qui n’est pas très différent des autres et je n’ai évidemment pas pu admirer le retable  du XVème siècle conservé dans l’église fermée. Le jardin public était bien là où je pensais et il y avait des bancs ombragés, mais il n’est pas très entretenu (l’herbe y pousse très haut) et surtout on y accède par un escalier assez haut.

Vallon de Bouyon

Vallon de Bouyon

Après quelques hésitations, je me suis dit que j’avais peu de chances de trouver un endroit avec un banc ombragé ailleurs et je me suis donné la peine nécessaire pour y accéder avec le vélo. Bouyon est surtout connu dans la région pour sa « procession aux limaces », Il s’agit d’une tradition très ancienne, la procession s’éclairant avec des petits lumignons qui sont en fait des coquilles d’escargots remplies d’huile. L’huile en donne la clef, c’était à l’origine une procession destinée à garantir une bonne récolte d’olives.

Basse vallée du Var

Basse vallée du Var

Après la pause, je me suis attaqué à la descente suivante qui est interrompue par une remontée temporaire en raison d’une falaise. On ne voit plus les cimes enneigées du Mercantour à cet endroit mais il y a une vue pittoresque sur le village que l’on a quitté puis sur la basse vallée du Var que l’on domine maintenant directement.

On ne se rend pas compte d’en haut du trafic insupportable de la voie rapide; la vallée sert en réalité d’annexe industrielle pour Nice et c’est là que se concentrent les entrepôts et les centres de logistique. Ceci laisse peu de place aux habitrations (à part quelques HLM à Carros connus pour abriter une population mal vue des bourgeois qui habitent plus haut…) et on imagine les problèmes de circulation sur les petites routes tortueuses qui relient les lieux de travail aux villages perchés sur la montagne.

On voit aussi sur la photo que le Var semble être un fleuve très important. En fait, il coule dans un lit très large plein de bancs de sable la plupart du temps mais il est célèbre pour ses crues. Le débit passe de 50 à 1000 mètres cubes certains hivers et il a atteint 3700 mètres cubes en 1994, soit 650 fois le débit normal !

Fontaine au Broc

Fontaine au Broc

Ma troisième descente m’a amené au bourg du Broc (450 m d’altitude) qui est nettement plus animé que les précédents car il est beaucoup plus proche de Nice et du fond de la vallée. J’y avais déjà fait une petite halte en 2011 pour me dégourdir les jambes et j’en avais gardé un bon souvenir. Certes, il est plein de petites rues en pente avec de grandes maisons presque aveugles, mais il y a des traces d’anciens remparts et une très jolie petite place à arcades avec une fontaine.

Confluent du Var et de l'Estéron depuis Le Broc

Confluent du Var et de l’Estéron depuis Le Broc

Les voitures doivent se garer sur un parking couvert accroché dans la pente et ceci a permis d’installer au-dessus un genre d’espace de promenade. On a de là une vue fantastique sur le confluent du Var et de l’Estéron. La grande étendue bleu outremer sur la photo n’est pas l’Estéron mais un lac artificiel servant de trop-plein en cas de crue.

Plan de Levens

Plan de Levens

On voit bien aussi sur l’autre rive du Var les maisons modernes au fond de la vallée tandis que le petit village ancien de La Roquette est sur un piton où l’on pouvait mieux se défendre contre les pirates, sarrasins, corsaires, gênois et autres méchantes gens.

Il y a normalement une route qui descend directement de Bouyon au confluent, mais j’ai constaté quand j’ai essayé de la prendre qu’elle était barrée suite à un important glissement de terrain et j’ai été obligé de remonter une section raide en poussant le vélo. Une fois revenu en haut du village sur la route de corniche de 2011, je l’ai reprise pour 3 km supplémentaires jusqu’au village de Carros qui est lui aussi sur un piton dominant de haut la vallée.

Je n’ai pas essayé de m’y promener et je n’ai même pas pris de photo du château qui date en partie du XIIème siècle parce que j’étais un peu inquiet de mon horaire et que je ne voulais pas me retarder. Carros est d’ailleurs surtout connu pour sa zone industrielle, la plus grande du département (bâtiment, mécanique, dsitribution, avec 7500 emplois répartis sur 550 entreprises), et pas pour le vieux village situé 300 m au-dessus mais comme dans un autre monde.

J’ai eu un peu de peine à trouver la route dont j’avais besoin car elle démarre un peu après le village dans une épingle à cheveux et passe en fait sous le piton du village grâce à un petit tunnel. Très curieux. Je reconnais que je me suis bien amusé dans cette cinquième partie de la descente, il y en a pour 7 km pas trop raides mais extrêmement tortueux sur une petite route presque déserte.

Sur une route raide, on ne peut pas rouler aussi vite car il faut combattre l’accélération et épargner les freins. Et sur une route sans virages, on ne peut pas s’amuser à se pencher comme un motard. Cette fois, c’était vraiment parfait. Une fois tout en bas, j’ai traversé l’Estéron puis je l’ai longé vers le confluent avec le Var car on a transformé la digue en piste cyclable qui évite une route sans intérêt.

Il y a un vent plutôt brutal qui descend de la montagne (du froid vers le chaud, phénomène classique) et il faut travailler un peu pour remonter la vallée. Quand j’ai repéré un banc, je me suis même arrêté cinq minutes pour me reposer du vent. La digue donne une vue intéressante: d’un côté, le fleuve (bleu pour l’Estéron, gris perle pour le Var qui arrache beaucoup de sédiments à la fonte des neiges), de l’autre une forêt qui a poussé sur les gravières abandonnées et qui est l’une des rares réserves ornithologiques de la région. Par contre, on se doute très peu depuis le fond de la vallée de la hauteur réelle des montagnes de chaque côté.

L'Estéron

L’Estéron

En seulement 3 km, le Var reçoit sur la rive gauche la Vésubie puis sur la rive droite l’Estéron. Les trois fleuves coulent au fond de gorges très profondes; celles de l’Estéron sont inaccessibles (la route monte largement au-dessus des falaises) tandis que je connaissais celles du Var par le voyage de 1998. Je ne m’en souviens pratiquement plus 15 ans après mais j’avais noté à l’époque « spectaculaire » et « superbe » et je ne semble pas m’être plaint de la circulation.

Le Var au Pont Charles-Albert

Le Var au Pont Charles-Albert

J’étais un peu tenté à l’origine de m’offrir un aller-retour du confluent de la Vésubie jusqu’au pont de la Mescla qui est l’endroit le plus beau, mais je me suis abstenu parce que je trouvais que j’avais assez d’efforts à faire la veille et le lendemain et qu’il était préférable de rester prudent. Le détour aurait pris 15 km, soit une bonne heure avec les pauses-photos.

Entrée aval des Gorges de la Vésubie

Entrée aval des Gorges de la Vésubie

La troisième gorge est celle de la Vésubie, une curiosité à trois étoiles sur le guide Michelin. Je suis un peu dubitatif, elles sont longues, étroites et profondes, mais on trouve plus long (les gorges de l’Ardèche ou du Guil), plus profond (les gorges du Verdon) ou plus étroit (les Goulets du Vercors et les gorges du Cians).

1735_600x600_100KBL’avantage de la Vésubie est que la route est au fond de la gorge au bord du torrent sur 15 km alors que la plupart des gorges de ce type ne sont visibles que du plateau qui les domine (comme celles de l’Ardèche et du Verdon). Le mot « gorge » est d’ailleurs galvaudé dans certaines régions, celles du Tarn et du Lot par exemple relèvent plus de simples vallées encaissées.

La Vésubie

La Vésubie

Comme les gorges ne sont pas extrêmement étroites, la végétation y pousse facilement et elles sont donc verdoyantes. Je me suis arrêté aussi souvent que je voulais pour admirer le torrent grondant sur les rochers et j’ai pris des photos sans être vraiment très impressionné. La section la plus pittoresque se trouve au milieu de part et d’autre d’un hameau où l’on franchit un pont assez aérien.

1743_600x600_100KB1746_600x600_100KBIl y a même un parking pour voitures très pratique à un endroit particulièrement sauvage tandis que l’on ne peut pas s’arrêter ailleurs. La route est d’ailleurs assez fréquentée pour une vallée de montagne mais je pense que c’était dû aux navetteurs vu la vitesse parfois suicidaire et que ce serait assez tranquille à une heure creuse. Au niveau du pont, une route se détache en direction de Levens; elle doit être particulièrement belle, dominant les gorges à mi-hauteur de la montagne.

La Vésubie à Lantosque

La Vésubie à Lantosque

En amont des gorges, on est dans une vallée alpine verdoyante qui s’élargit rapidement au niveau du village de Lantosque. Je voulais acheter du pain parce que je ne savais pas si j’en trouverais le lendemain matin avant l’ascension du col prévu. Il ne restait qu’une petite boule fantaisie mais je l’ai achetée quand même par prudence. Elle n’était d’ailleurs pas si mauvaise. Le village est drapé autour d’un piton et je n’ai pas eu le courage de pousser le vélo dans les ruelles. J’ai supposé que l’église serait baroque et fermée comme d’habitude.

Lantosque

Lantosque

J’ai constaté que j’avais bien fait de rester prudent en ce qui concerne un détour dans les gorges du Var car je suis arrivé à l’hébergement réservé exactement à 19 h comme annoncé lors de la réservation. Par contre, les gens avaient l’air très étonnés de me voir arriver et il s’est avéré que la dame était persuadée que j’arriverais le lendemain. Elle a mis plusieurs heures à avouer qu’elle avait noté le bon jour mais retenu le mauvais en mémoire !

Heureusement, elle avait suffisamment de réserves pour faire un peu de cuisine, mais elle m’a demandé de me contenter de plats rapides à préparer. Ils ont une belle maison que j’ai prise en photo le lendemain matin, on voit que c’est une ancienne ferme et il y a pas mal de bazar entreposé sous la terrasse.

Bassin de Roquebillière

Bassin de Roquebillière

J’avais eu beaucoup de difficultés à trouver un hébergement abordable dans la région de la Vésubie. Comme dans toute la région de Nice, les prix sont visiblement influencés par la clientèle riche venant de Monaco ou des villas de la côte. D’après Internet, il y a aussi des cas de malhonnêteté flagrante avec des hôteliers refusant d’honorer une réservation malgré une confirmation écrite à moins que les arrivants consentent à payer un supplément de 20 ou 30 €.

Il n’y a que très peu de chambres d’hôtes servant à dîner et celles des Gîtes de France sont hors de prix. J’avais finalement pris une liste de l’office de tourisme pour trouver et le prix m’a quand même semblé beaucoup plus haut que dans une autre région à même niveau de confort.

Lantosque vu de l'amont

Lantosque vu de l’amont

J’avais fait une expérience comparable dans le Val de Loire, autre région où les hébergements sont trop gâtés par des touristes ne regardant pas à la dépense. Comme je ne pense pas retourner rapidement dans la région de Nice maintenant que j’ai visité la moitié des communes du département, ce sont des lamentations un peu inutiles.

Le prix mis à part, les chambres offrent le confort moderne et se trouvent dans une belle ferme ancienne que les propriétaires ont transformé pour y installer leur four à pain. Le monsieur est en effet boulanger de formation. Quand il est arrivé dans la région avec sa femme pour s’y installer après en être tombé amoureux, il n’avait pas l’intention de travailler comme boulanger en raison des horaires épuisants qu’il avait subis pendant des années. Il a donc essayé de travailler dans une scierie mais ne s’y plaisait pas beaucoup et a fini par la quitter quand elle a changé de propriétaire.

Maison des chambres d'hôtes

Maison des chambres d’hôtes

Faute d’alternative, il s’est remis à la boulangerie tout en étant conscient qu’il y a déjà beaucoup de concurrence dans la vallée (il y a des régions rurales où l’on manque désespérément de commerces comme une boulangerie artisanale, mais ce n’est pas le cas dans les régions touristiques !). Il s’est donc spécialisé dans le pain biologique, peu proposé dans la région, et s’est ainsi constitué une clientèle de gens qui s’arrêtent chez lui au retour d’une journée dans le Mercantour. Des nonnes monégasques (probablement en liaison avec la célèbre Madone d’Utelle) passent aussi chez eux.

Je ne suis pas fanatique du pain bio qui est souvent proposé en miches granuleuses formant beaucoup de miettes. S’il est proposé sous forme de baguette craquante, le goût n’est finalement pas si différent d’un pain artisanal non bio (je ne compare évidemment pas avec les baguettes premier prix de Carrefour).

Je n’ai pas dit cela à mes hôtes mais nous avons parlé de toute façon d’autres choses. Ils pensaient que j’étais venu par la route des Grandes Alpes et le col de la Bonette puisque je leur avais dit que je comptais monter le col de Turini. En fait, je n’ose pas la majorité des cols de cette route qui sont trop raides pour moi avec un vélo chargé (que ce soit l’Iseran, le Galibier, l’Izoard ou donc la Bonette). Les gens sont plein d’humour et ceci rend une soirée toujours plus agréable.

La dame m’a servi une salade composée, du rôti de veau avec une sauce basquaise et des champignons puis du fromage et un flan. Le fromage n’était pas exceptionnel et j’ai appris qu’il y a peu de bovins ou de chèvres dans la région. Il y a des moutons, mais ils sont surtout élevés pour la viande. C’est intéressant car on trouve souvent des fromages de brebis dans d’autres pays méditerrannéens et évidemment dans les Causses et dans les Pyrénées.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :