Etape 18: Arrière-pays niçois

(18ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Samedi 2 juin

82 km

Dénivelé 1615 m

Très beau mais menace d’orage le soir, 23°

Roquebillière – Col de Turini – Col de l’Orme – Lucéram – Gorges du Paillon – Peille – La Turbie – Col d’Eze – Nice

Arrière-pays niçois, département 06

Etape relativement courte en kilomètres pour la même raison que deux jours avant, le dénivelé considérable imposait de rester prudent. Si l’on ne ressent pas le besoin de visiter Peille et La Turbie, on peut rester dans la vallée et ceci raccourcit le trajet de 20 km et de deux heures.

Comme mon hébergement se trouvait pratiquement au carrefour vers le col de Turini, je n’avais pas l’occasion de m’échauffer dans la vallée avant le départ. J’ai par contre regardé dans la boulangerie si je trouvais quelque chose de tentant pour une pause ultérieure et j’ai finalement acheté deux parts de pizza. Je n’avais pas besoin de pain vu que j’en avais acheté la veille et c’est dommage pour une fois que j’étais chez un boulanger.

Vallée de la Vésubie

Vallée de la Vésubie

Le col de Turini est une des ascensions les plus ambitieuses que j’ai eu l’occasion de tenter et j’en étais parfaitement conscient. Cela représente 1100 m de dénivelé à une moyenne très élevée de 7,2%. Il n’y a pas de raidillon très prononcé, juste quelques centaines de mètres à 10%, mais il y a de très longues sections à 8,5%. La route est d’ailleurs utilisée à l’occasion pour le Tour de France et c’est un des buts favoris des sportifs de la région car j’y ai rencontré des dizaines de cyclistes. Aucun n’avait de bagages comme moi et j’ai pourtant roulé presque aussi vite qu’eux.

J’ai appliqué scrupuleusement ma méthode pour les grandes ascensions en marquant une petite pause tous les 50 m de dénivelé. Je n’en ai dévié que deux ou trois fois quand un point de vue après un raidillon était trop tentant. J’ai comparé avec mon impression de 2011 dans d’autres grands cols mais le col de Vars a plusieurs sections plus raides et le col du Lautaret est rendu beaucoup plus dur par le vent très fort.

Dans le col de Turini, il n’y a pas de vent. Par contre, on est en plein soleil sur presque toute la montée malgré les pentes verdoyantes tout autour (parce que l’on roule sur le versant exposé au sud) et j’étais bien content de monter le matin quand il ne faisait pas encore chaud.

Bassin de Roquebillière

Bassin de Roquebillière

Bien que le paysage ne soit pas très excitant comparé à la plupart des cols de la région qui sont vertigineux, j’ai pris des photos pendant la première moitié de la montée. La première montre bien le relief moutonné et verdoyant de la vallée de la Vésubie tandis que l’autre est beaucoup plus belle avec le village perché de La Bollène-Vésubie à flanc de montagne et le panorama grandiose des Alpes du Mercantour en arrière-plan.

Il n’y a d’ailleurs pas de route traversant la chaîne depuis la vallée de la Vésubie, il faut d’abord passer dans la vallée de la Tinée et ce serait le col le plus haut des Alpes même avec ce détour. La plus à gauche des montagnes enneigées porte le nom délicieux de Mont Pepouiri (2874 m).

Mairie de La Bollène-Vésubie

Mairie de La Bollène-Vésubie

Fontaine à La Bollène-Vésubie

Fontaine à La Bollène-Vésubie

Le village a un certain charme, et pas seulement parce que la pente est un peu moins raide pendant 500 m. Il y a une belle place avec une très jolie mairie peinte en rose avec des volutes baroques encadrant les armoiries – on voit l’influence piémontaise puisque la vallée n’est devenue française qu’en 1860. J’ai remarqué aussi une roue de moulin ornant une fontaine et qui n’a pas d’autre fonction.

Montée du col de Turini

Montée du col de Turini

La route monte au-delà du village sur encore 200 m de dénivelé, ce qui permet la photo que j’ai prise avec les Alpes. J’avais mis une heure pour arriver jusque là et j’avais franchi 5 km sur les 15 de l’ascension. Pour monter au col, la route utilise le ravin d’un petit torrent; au début, on est très haut au-dessus du torrent et il y a même un tunnel pour franchir une barre rocheuse. C’est la partie la plus pénible car les pierres calcaires réfléchissent la chaleur du soleil alors que c’est justement la section la plus raide de la montée.

Seul passage vertigineux

Seul passage vertigineux

Après cette section, je n’ai plus pris de photos car la route n’est pas photogénique. Elle monte avec une régularité assez remarquable dans la forêt et s’offre de temps en temps une double épingle à cheveux pour gagner de la hauteur. Ce sont mes moments préférés car ils me permettent de voir un peu plus tard concrètement que j’ai gagné de l’altitude de façon significative. J’ai même une route au Luxembourg exprès pour profiter de cet effet (la côte de Kautenbach à Alscheid).

Les épingles à cheveux et la pente régulière rendent le col intéressant pour les automobilistes et on y tient presque chaque année une étape du rallye de Monte-Carlo. Il n’y avait pas d’évènement sportif lors de mon passage, mais j’ai remarqué que certains jeunes conducteurs s’entraînent sur cette route pour se donner des sensations fortes. Par un heureux hasard, je n’étais pas à proximité dans les sections avec des virages sans visibilité – ils ne semblent pas conscients qu’il pourrait y avoir un vélo derrière le virage.

Col de Turini

Col de Turini

J’ai mis au total presque 3 h pour finir l’ascension, ce qui n’aurait pas étonné mes hôtes car ils m’avaient prédit que j’arriverais en haut pour le déjeuner (effectivement à 12 h 25). Même si c’est une côte très longue et dure, je me sentais raisonnablement en forme à l’arrivée. Il y avait pas mal d’agitation en haut comme ma photo le montre; cyclistes, motards mais aussi automobilistes. Ils arrivaient de l’autre côté du col de Sospel et se faisaient prendre en photo sous une banderole; c’était un club d’amateurs de voitures « classiques ». J’ai oublié la marque, c’étaient surtout des voitures de sport des années 1960.

Pancarte au col de Turini

Pancarte au col de Turini

Les automobilistes se garaient puis disparaissaient dans l’un des deux hôtels situés sur le col et qui servent en hiver à nourrir les skieurs (on voit le modeste téléski sur la photo). Les cyclistes étaient de deux sortes. Une partie buvait deux gorgées de liquide énergétique et repartait immédiatement sur la descente. L’autre s’offrait deux minutes de pause puis s’engageait dans la route en cul-de-sac de l’Authion afin de grapiller encore 400 m de dénivelé.

Dans cette deuxième catégorie, il s’agit en général de petits groupes de gars bien entraînés qui s’encouragent mutuellement par quelques plaisanteries macho. Je n’avais aucune envie de les imiter pour le seul plaisir de monter encore un peu ! En plus, tout ce que l’on voit en haut est une collection de forts militaires en ruines: l’armée française avait construit là-haut une ligne de défense contre les Italiens car le col de Turini marquait de 1860 à 1945 la frontière.

Il y eut d’ailleurs des combats assez violents en mars 1945 sur la crête. On oublie souvent que les Français ont ressenti le besoin après la Seconde Guerre Mondiale de se venger des Italiens en leur prenant Sospel, Tende et Breil-sur-Roya. Il semble que le Général de Gaulle voulait ainsi corriger une « erreur » de Napoléon III qui avait renoncé à ces villages dépendants du Comté de Nice. Il y avait une raison pratique pour y renoncer en 1860: ils n’étaient accessibles depuis Nice que par une suite de deux cols très raides et dangereux et la Roya qui y coule a son embouchure à Vintimille qui a toujours été une ville clairement italienne.

Soit dit en passant, le Général de Gaulle eut quelques difficultés à convaincre le Président Roosevelt de le laisser faire, le président américain soupçonnant le Général de demander ensuite peut-être le Val d’Aoste ou autre chose.

Vallée de Sospel depuis le col de Turini

Vallée de Sospel depuis le col de Turini

Puisque je m’épargnais les forts de l’Authion et que je ne voulais pas redescendre immédiatement alors que je m’étais donné tant de peine pour arriver là, j’ai décidé de m’offrir un en-cas au sommet du col. Il n’y a pas de banc charmant à l’ombre avec panorama (il y a très peu de panorama de toute façon), mais la commune a construit sur la pente juste au-dessus du col trois grands chalets qui semblent servir de location saisonnière.

Ils étaient fermés vu la saison et je me suis assis sur la grande terrasse en bois du troisième chalet d’où l’on domine un peu le col. C’était très agréable et j’ai même eu quelques difficultés à repartir mais je préférais avancer avant de pique-niquer.

J’ai pris la photo habituelle du col avec l’altitude. La pancarte est d’un modèle inhabituel pour la France et rappelle plus les pancartes italiennes… On voit derrière la publicité de l’un des trois hôtels du col et il faut noter l’habileté de l’hôtelier qui demande 47 € pour la chambre en demi-pension – mais évidemment par personne. Je pense que je n’aurais pas payé plus cher chez lui que chez la dame au pied du col (85 €), mais je n’aurais évidemment pas pu monter un tel col à la fin de la journée.

Vue depuis la route de crête

Vue depuis la route de crête

Heureusement, on peut descendre pratiquement en continu du col de Turini jusqu’à Nice. On peut le faire par la vallée de la Vésubie d’où je venais mais aussi par une route plus directe qui longe à peu près la crête un peu comme la route homonyme dans les Vosges. Celle de Turini reste toujours un peu en-dessous de la crête dans une forêt de grands sapins sur le versant ouest, l’ancien versant français.

La route est très bien construite, très large avec des virages généreux. Il y a une bonne raison à cela, c’est qu’elle était destinée à desservir les forts de l’Authion sans être observé par l’ennemi italien. Comme la route est dans la forêt, elle n’offre normalement pas de vues, mais il y a plusieurs petites sections où des arbres sont tombés et ouvrent le panorama.

Sommets du Mercantour

Sommets du Mercantour

Comme on ne voit rien depuis le col (même pas la vallée de Sospel, ce que j’ai trouvé un peu frustrant), je ne m’attendais pas au spectacle depuis la route de crête un peu plus loin. On voit d’abord quelques crêtes enneigées du Mercantour apparaître au-dessus des sapins, puis il y en a de plus en plus formant une longue chaîne. C’est absolument magnifique si on a beau temps. Les montagnes sont de hauteur voisine, 2500 à 2800 m, ce qui est la hauteur de tous les grands massifs  des Alpes françaises (il n’y a que quelques petits massifs isolés comme les Ecrins et le Mont Blanc qui montent beaucoup plus haut).

Monts de l'Estéron

Monts de l’Estéron

La route des crêtes n’est fatigante qu’à un seul endroit où elle descend et remonte un peu raide sans raison apparente. Sinon, elle est pratiquement plate sur les 7 km jusqu’à Peïra-Cava qui se trouve à 1450 m d’altitude. C’était un petit village de montagne quand l’Armée décida en 1880 d’installer une grande caserne destinée à protéger la frontière contre une Italie que l’on craignait à l’époque en raison de rivalités coloniales.

Les chasseurs alpins y développèrent logiquement l’habitude du ski et c’est maintenant une station appréciée car très proche de Nice (malgré la route extrêmement difficile). J’ai appris sur Internet qu’on a signé dans ce village les « accords de Peïra-Cava » – la fondation du cartel aérien entre Air France et UAT pour se partager les lignes coloniales et garder les prix à un niveau juteux.

Peïra-Cava

Peïra-Cava

Chose amusante, les hommes politiques de la région avaient accepté en 1920 le projet d’un ingénieur qui voulait bâtir un téléphérique de Monaco jusqu’à Peïra-Cava sur 30 km ! C’est le ministre à Paris qui refusa. La station de ski ne fut pas modernisée à l’époque où l’on en construisait plusieurs dans la région comme Valberg et Isola 2000 pour une raison bassement politicienne: la commune dont dépend Peïra-Cava votait traditionnellement communiste et la majorité ultra-conservatrice du conseil général a préféré distribuer les subventions à des maires du bon parti.

L’heure m’incitait à pique-niquer et j’ai donc cherché un banc bien situé. Il n’y a pas de parking approprié sur la route de crête mais j’ai trouvé un banc à l’entrée de Peïra-Cava avec une belle vue vers l’ouest. On ne voyait pas le Mercantour enneigé de ce côté, juste les crêtes qui dominent l’Estéron et que j’avais traversées la veille, mais c’était beau quand même. On domine aussi un petit téléski dont j’ai lu plus tard qu’il est maintenant abandonné.

La commune a essayé de compenser par des sentiers de randonnée et j’ai vu quelques promeneurs vu que nous étions un samedi. Le banc avait toutefois un inconvénient dont je me suis aperçu rapidement, il se trouve dans un coin infesté de moustiques particulièrement gros. Dès que je m’en suis aperçu, j’ai mis les habits de pluie, pensant que le plastique les empêcherait de me piquer. C’était supportable car il ne faisait pas trop chaud à cette altitude et je n’ai été piqué que deux fois mais j’ai quand même un peu écourté la pause.

Crêtes du Mercantour depuis Peïra-Cava

Crêtes du Mercantour depuis Peïra-Cava

Crêtes de la Vésubie depuis Peira-Cava

Crêtes de la Vésubie depuis Peira-Cava

Au milieu du village, je suis tombé sur une terrasse entre un magasin de souvenirs et un bar que j’ai remarquée parce que j’y entendais une famille allemande. J’ai alors découvert la table d’orientation et c’est effectivement de là qu’on a la vue la plus étendue sur la vallée de la Vésubie et le Mercantour. Le temps était resté entièrement dégagé sur les montagnes et je me suis senti bien récompensé des efforts fournis dans la montée du col.

La route de crête se termine à Peïra-Cava et il ne reste plus qu’à descendre sur le village le plus proche, Lucéram, qui est 800 m plus bas. On y descend en 12 km et la pente est donc très raide. Comme c’est en même temps la fin de la chaîne montagneuse, c’est comme si on descend sur un balcon dans le précipice. Il y a une section de 5 km au milieu en particulier qui est la descente la plus impressionnante que j’ai jamais parcourue.

Route du col de l'Orme à Peïra-Cava

Route du col de l’Orme à Peïra-Cava

Pour éviter des pentes extrêmement raides et très friables, la route se contorsionne autour d’une mince aiguille de roche plus solide. Elle est évidemment très exposée au mauvais temps et le revêtement est dans un état catastrophique, ce qui fait que je n’ai pas pu profiter de la descente pour m’amuser dans les virages. Et des virages, il y en a !

Il y a parfois moins de 200 m entre deux épingles à cheveux et il y en a une vingtaine qui se suivent. A vélo, on est assez haut au-dessus du parapet et on voit très bien la profondeur du précipice, ce qui fait que j’avais vraiment un peu peur. Il y a des routes terrifiantes ailleurs en France (la Combe Laval dans le Vercors par exemple), mais sous forme de corniche presque plate et pas sous forme de descente vertigineuse pleine de nids de poule.

Nuages dans la vallée du Pô

Nuages dans la vallée du Pô

Au début de la descente, on a un panorama très étendu en direction de Sospel et de la côte ligure, celui que je n’avais pas au col de Turini. On voit sur la photo un banc de nuage bien délimité d’un côté des crêtes. Ceux de droite sont montés depuis la côte, ceux du fond correspondent aux pentes vers le Piémont en Italie.

Erosion au-dessus de Lucéram

Erosion au-dessus de Lucéram

J’ai pris deux photos dans la descente proprement dite; une montre les pentes érodées sur lesquelles les arbres morts ne tiennent plus. Je ne pense pas que l’on se fatigue à couper des arbres dans un endroit aussi difficile d’accès mais je sais qu’il est très important d’avoir des arbres sur ce genre de pentes et je ne sais donc pas ce qui s’est passé. L’autre photo donne une bonne idée du tracé de la route, mais sans pouvoir évidemment transmettre l’impression vertigineuse et l’étroitesse des virages entre falaise et précipice.

Lucéram

Lucéram

Je savais que la route de Peïra-Cava est considérée comme pittoresque, mais c’est à elle que je donnerais les trois étoiles Michelin des gorges de la Vésubie. En bas de la section spectaculaire, on continue à descendre mais on est dans la forêt et le paysage est donc plus banal. On arrive ainsi à Lucéram, un bourg perdu dans la montagne où j’espérais visiter l’église qui est un des monuments les plus importants et les plus précieux du comté de Nice, abritant pas moins de cinq retables du XVème siècle. Le village est superbement situé et on a l’impression d’en bas d’une vraie forteresse.

J’ai un peu hésité quand je me suis rendu compte qu’il faudrait monter à travers tout le village en poussant le vélo jusqu’à l’église tout au sommet, mais je m’en serais tellement voulu après que j’étais prêt quand même à faire l’effort. « Heureusement », une pancarte à l’entrée de la rue principale prévient les touristes que l’église est maintenant fermée au public. Je n’ai donc pas eu besoin de monter la côte – et j’ai raté le plus beau monument de la région.

Un peu dépité, j’ai continué à descendre la vallée par une route cette fois sans problèmes jusqu’au village suivant, L’Escarène. On voit qu’on n’est plus qu’à 20 km de Nice car c’est un gros village avec tous les commerces. Ce n’est pas un village perché comme les autres, il se tasse tout au fond de la vallée au bord du Paillon, et ceci s’explique par le fait qu’il a grandi en tant qu’étape sur la route muletière du sel que les rois de Piémont avaient mise en place entre les salins sur la côte niçoise et leur capitale à Turin.

Eglise de l'Escarène

Eglise de l’Escarène

Il y a une grande place ombragée au bord du torrent avec de gigantesques platanes superbes et un « ensemble cultuel » original. Il s’agit d’une grosse église néo-classique de 1656 qui ne manque pas de caractère et paraît même un peu curieuse. En effet, entre les colonnes et les frontons baroques, il y a même des niches avec des statues qui font irrésistiblement penser à des empereurs romains sur la scène d’un théâtre antique. Le tout est agrémenté des couleurs pastels typiques de la région. Vraiment une façade originale. Malheureusement, l’église était fermée pour rénovation.

Chapelle de pénitents à L'Escarène

Chapelle de pénitents à L’Escarène

De chaque côté de l’église, il y a deux églises miniature construites exactement sur le même modèle mais en plus modeste: colonnes par deux au lieu de trois, arcade palladienne plus basse, niches mais sans statues, fronton avec palmes mais sans niche. C’est vraiment amusant, surtout que les couleurs sont identiques. Ces églises servaient aux confréries de pénitents qui étaient très répandues en Provence et en pays niçois. Elles ne servent plus guère de nos jours et je ne sais pas si elles sont toujours entretenues.

Une des deux chapelles de L’Escarène était ouverte afin de servir d’église pour ainsi dire de remplacement pendant les travaux. Il y avait une dame à l’intérieur qui arrangeait les fleurs et je n’ai pas osé prendre des photos parce que j’aurais été obligé d’en prendre une série avec le flash. En effet, la décoration était époustouflante, les murs et les voûtes étant entièrement recouverts de fresques colorées.

J’ai vu une église de ce genre en 2011 à La Brigue dans la vallée de la Roya où j’avais pu visiter car il y avait une gardienne et parce que les fresques y sont plus anciennes. Mais j’aurais vraiment aimé avoir un souvenir de cette superbe chapelle.

Gorge du Paillon

Gorge du Paillon

Après L’Escarène, la route principale se dirige vers Nice par un petit col mais on peut aussi prendre une petite route qui continue à longer la vallée du Paillon. La vallée devient très étroite et on entre dans des gorges assez courtes mais belles avec à la fin une vraie muraille de calcaire.

Murailles dans la gorge du Paillon

Murailles dans la gorge du Paillon

J’ai pris la photo avec beaucoup de précautions car je ne voulais pas que l’on voit dessus ce qu’il y a derrière le virage: une grande carrière a évidé la muraille de calcaire par derrière et ce n’est plus qu’un mur de rochers assez fin. Tant qu’on ne le sait pas, la gorge est spectaculaire. On voit sur une deuxième photo ce qui arrive quand la carrière a mangé toute la paroi calcaire. Cela reste sauvage et minéral, mais c’est moins spectaculaire.

Rochers calcaires du Paillon

Rochers calcaires du Paillon

On peut aussi longer la gorge en train, ce que j’avais fait en 2011, mais le passage ne dure pas longtemps entre les tunnels et on en profite mieux à vélo. J’aurais aimé prendre une photo d’un autorail sur le viaduc entre les tunnels, mais il ne m’a pas fait le plaisir de passer au bon moment. J’ai suivi la vallée après la gorge jusqu’à la gare suivante puis j’ai décidé qu’il était encore une heure très raisonnable et que j’avais l’énergie suffisante pour un petit détour.

Viaduc du train de Tende près de Peille

Viaduc du train de Tende près de Peille

Un petit détour, dans la région de Nice, cela veut toujours dire 500 m de dénivelé qui prennent une heure. J’ai quand même décidé de le faire parce que ceci me permettait de visiter potentiellement deux églises intéressantes et que je trouvais dommage d’arriver en avance vu que je couchais dans une auberge de jeunesse où cela n’a aucune importance.

La montée de la gare au vieux village perché de Peille s’est avérée franchement dure, beaucoup plus en tous cas que le col de Turini le matin. La pente ne semble objectivement pas plus forte, mais la route est pratiquement en permanence en plein soleil et il faisait nettement plus chaud que le matin même si on était loin de la fournaise estivale.

Panorama depuis Peille

Panorama depuis Peille

La route en soi est motivante avec énormément de virages, quelques épingles à cheveux et un panorama toujours plus imposant, ce qui fait que je suppose que je souffrais tout simplement de fatigue banale. J’ai essayé de prendre une photo du panorama, mais les horizons étaient brumeux sur la côte et on devine tout juste la presqu’île du Cap Ferrat. On voit par contre très bien un morceau de la carrière dont je parlais.

Peille est un village qui a un avantage considérable même si c’est un village perché: la rue principale est à peu près plate à flanc de montagne. On peut donc facilement explorer le village à vélo sans fatigue déraisonnable. J’ai continué d’abord jusque tout au bout de la rue et elle donne sur une placette ravissante avec fontaine et une grande maison à arcades.

Arcade des Lascaris à Peille

Arcade des Lascaris à Peille

On peut passer sous l’arcade et monter quelques marches pour aboutir sur un genre de terrasse d’où l’on a une vue superbe sur le site mais aussi sur le village lui-même. Et on peut encore franchir un pont aérien pour rejoindre une villa située sur une avancée de rocher.

Peille était la principale ville de la région vers l’an mil mais fut obligé de céder successivement tous les territoires environnants (comme Monaco, cédé à Gênes en 1191). La ville était même si endettée que le roi de Piémont lui enleva ses libertés et en fit un comté pour le gouverneur de Nice, Jean-Baptiste Lascaris.

Peille avec la mairie dans l'église orthodoxe

Peille avec la mairie dans l’église orthodoxe

La famille Lascaris descend d’un comte de Vintimille qui avait épousé une fille de l’empereur de Byzance Théodore II Lascaris. C’est donc une famille de la haute noblesse européenne et Louis XIV deviendra ainsi parrain de deux descendants. Le dernier comte était aussi vice-roi de Sardaigne. Elle construisit à Peille vers 1650 un petit palais, la villa que j’ai été voir, et une église orthodoxe que l’on voit sur une des photos.

Arcade a Peille

Arcade a Peille

La rue principale a beaucoup d’atmosphère et m’a paru plus agréable que celle de nombreux autres villages. Elle passe devant une belle demeure gothique qui était le siège du Consulat puisque Peille était gérée par ses propres consuls jusqu’à sa faillite en 1621. J’ai bien aimé aussi une petite place à laquelle on accède par une arcade sous une maison. Un restaurant installé là montre que la rue n’est pas autorisée aux voitures.

Route de Peille à La Turbie

Route de Peille à La Turbie

Il y a évidemment une église en partie romane avec retable du 16ème siècle, mais elle était tout aussi évidemment fermée. Après ma petite visite qui servait en même temps de pause après l’ascension, je suis donc reparti vers le col de la Madeleine qui permet de franchir les montagnes côtières entre Peille et Monaco. On voit très bien sur une photo que c’est une route aérienne et pas raide, exactement ce qu’il faut pour s’amuser en fin de journée.

Site de Peille

Site de Peille

J’étais certes assez fatigué pour avoir besoin de pauses en cours de route malgré la pente douce, mais j’ai profité aussi du panorama. On voit très bien le site du village sur la photo avec une grosse maison au premier plan, le palais Lascaris. On ne voit pratiquement pas entre le gros rocher isolé de gauche et la falaise de droite un câble.

J’ai trouvé dans le village une pancarte très intéressante expliquant le trajet d’un circuit d’escalade (une via ferrata pour employer le terme consacré) qui utilise le câble en question. Ceci m’a guéri définitivement de toute envie d’essayer un jour une via ferrata.

Contre-jour

Contre-jour

Du col de la Madeleine, on a une dernière vue très étendue sur la vallée du Paillon et sur les crêtes de Païra-Cava. Côté mer, la vue est cachée au début par des crêtes mais on a des aperçus plongeants intéressants qui laissent deviner la mer dans la brume. La route continue pratiquement plate pour contourner le fond en amphithéâtre d’un grand ravin et ceci donne l’occasion de se reposer.

A mi-chemin, on passe un hameau avec une pancarte pour l’église Saint-Martin qui m’a intrigué par son clocher moderne. Bien qu’il faille descendre un peu sur une route raide que je savais devoir remonter ensuite, je me suis dit que cela valait la peine. Je ne suis pas arrivé à prendre une photo de l’extérieur en raison des arbres qui cachaient le clocher et la façade en béton a mal vieilli.

Chapelle Princesse Grâce

Chapelle Princesse Grâce

Par contre, l’intérieur est très serein avec comme des lunettes donnant sur les cimes des arbres. De grosses voitures monégasques se garaient devant la chapelle (même si les gens qui en descendent ont parfois l’air moins élégant et distingué que leur voiture ne fait croire) et j’ai vu sur une affichette que l’on préparait une messe commémorative, cette chapelle étant appelée chapelle Princesse Grâce en l’honneur de la princesse qui s’est tuée en voiture à proximité.

Comme il y a énormément de voitures monégasques sur la route entre Peille et Monaco, je suppose qu’elle faisait un trajet très classique pour les habitants de la principauté. La carte ne permet pas de deviner l’intérêt de cette route et je pense donc que Peille est probablement le lieu de résidence de nombreux frontaliers roulant en voiture de fonction, ce que l’on voit aussi souvent  dans les villages limitrophes du Luxembourg.

En raison de l’absence d’impôt sur le revenu à Monaco, ces gens prétendent que leur résidence française est une maison secondaire et installent leur personnel de maison dans leur appartement monégasque (souvent petit et mal construit en raison du coût exorbitant du terrain) où ils sont priés d’utiliser suffisamment d’électricité et d’eau pour faire croire au fisc français que les propriétaires y résident vraiment. C’est du moins ce que prétendent les journalistes.

Vue du col de la Turbie

Vue du col de la Turbie

La route finit de contourner le ravin après la chapelle et débouche de façon tout à fait inattendue sur un panorama grandiose de la Côte d’Azur. La vue est cachée vers l’ouest par le rocher de La Turbie tandis que l’on domine vers l’est la presqu’île du Cap Martin et derrière le Capo Mortola qui se trouve en Italie.

Baie de Menton depuis La Turbie

Baie de Menton depuis La Turbie

Devant soi, c’est évidemment la mer et un effet de nuage laissait croire que l’on voyait une montagne enneigée loin sur l’horizon que n’aurait pu être que la Corse (c’est impossible en fait car la pointe nord de la Corse est assez basse et donc pas enneigée en juin).

Monaco depuis La Turbie

Monaco depuis La Turbie

Directement sous ses pieds, on a une vue plongeante sur le centre de Monaco. J’ai trouvé la vue saisissante car j’étais toujours allé à Monaco par la côte, qui fait apparaître la ville comme très imposante avec son rocher impérieux et ses immeubles montant à l’assaut des pentes. Vu de haut, Monaco apparaît presque minuscule.

On comprend pourquoi certains parlent de pays d’opérette ou de verrue qui ne subsiste que parce que l’Etat français y a eu un intérêt plus ou moins inavouable dans le passé. Après de graves compromissions financières et l’occupation allemande de 1943, on peut être surpris que le Général de Gaulle reconnaisse Monaco comme pays neutre où des officiers allemands pouvaient rencontrer librement des officiers américains jusqu’en mai 1945…

Il se vengera en 1962 et forcera Monaco à appliquer les impôts français aux sociétés qui ne travaillent pas exclusivement à Monaco et aux citoyens français résidents ou non. C’est le deuxième plus petit état dans le monde (après la Cité du Vatican) et le plus densément peuplé, mais c’est plus un protectorat avec autonomie interne qu’un véritable état. Paysage mis à part, Monaco ne m’intéressait toutefois pas pour le moment.

Ruelle à La Turbie

Ruelle à La Turbie

Mon itinéraire vers Nice m’imposait de passer à La Turbie, ce que je n’ai eu aucune raison de regretter. La vieille ville comporte les rues étroites et tortueuses typiques du Midi avec aussi les impasses, courettes et façades austères habituelles. Par contre, les rues sont pavées en partie de galets qui répondent à ceux des façades et je ne sais pas si c’est la construction traditionnelle ou si La Turbie se distingue surtout par l’absence de crépi.

Vieille ville de La Turbie

Vieille ville de La Turbie

Bien qu’il y aie quelques marches dans les rues, il y en a juste assez pour empêcher les voitures de circuler sans gêner beaucoup un cycliste poussant son vélo. Il y avait autrefois des remparts autour du centre ville mais ceci se voit surtout au tracé en arc de cercle de certaines rues.

Trophée romain de La Turbie

Trophée romain de La Turbie

Au sommet de la vieille ville, un grand grillage empêche d’accéder au petit espace vert qui entoure le Trophée. On voit cependant assez bien le monument entre les arbres et on le voit d’ailleurs aussi très bien de loin sur les routes qui mènent à La Turbie.

Il y a une bonne raison à cela, le Trophée a été construit à cet endroit par l’empereur Auguste à un point culminant de la route romaine en l’an 6 avant notre ère. Il servait à marquer la frontière entre l’Italie et les « zones barbares » car celle-ci avait un rôle juridique important (un citoyen avait des droits différents selon qu’il habitait en Italie ou pas).

Une longue inscription fait la liste des 44 tribus que l’empereur avait obligé à accepter son autorité et tout particulièrement à cesser leur brigandage et leurs péages sur les routes romaines des Alpes. Louis XIV fit détruire le Trophée à l’explosif parce qu’il craignait que des rebelles ne s’en servent comme forteresse et ce n’est que vers 1920 que les archéologues ont reconstitué une partie du monument avec les restes qui n’avaient pas encore été emportés pour construire l’église paroissiale au XVIIIème siècle.

Le monument est haut maintenant de 36 m contre une hauteur initiale de 49 m avec la statue de l’empereur au sommet. On connaît extrêmement peu de trophées dans l’Empire Romain car les empereurs commémoraient rarement leurs actes ailleurs que dans la capitale. Je n’ai pas visité le monument directement, supposant qu’il est fermé à l’heure où j’y passais, mais j’ai profité de la vue depuis la terrasse du guichet.

Eglise de La Turbie

Eglise de La Turbie

J’ai traversé ensuite le centre ville dans l’idée de voir si l’église recommandée sur la carte serait par hasard ouverte contre toute attente. Effectivement, elle était ouverte et la visite a compensé la frustration de ne pas pouvoir visiter les églises de Lucéram et de Peille. L’intérieur baroque est assez nu car c’est une construction tardive de 1777, époque à laquelle on glissait déjà des excès rococo vers l’austérité néo-classique.

Un des tableaux de maitre de La Turbie

Un des tableaux de maitre de La Turbie

L’église vaut principalement par les tableaux d’autel que l’on ne voit pas trop mal. Ils forment ensemble une galerie de peinture éblouissante qui n’est égalée qu’à Breil-sur-Roya parmi les églises accessibles normalement. On voit deux excellents faux Raphaël (une copie de bonne qualité offerte par Napoléon III lors de l’annexion du Comté de Nice et un original peint par un de ses élèves), deux très beaux Van Loo, un Ribera, un Murillo, un Véronèse, un Alonso Cano et deux « primitifs niçois » du XVème siècle dans le style de Bréa. Excusez du peu !

J’ai essyé de prendre une photo mais l’effet n’est pas convaincant. Quand je vois des tableaux dans les églises, ce sont souvent des toiles peu visibles dans la pénombre et couvertes d’une patine sombre par les fumées de cierges et d’encens. Je me concentre du coup sur les sculptures ou les vitraux. Une église où les tableaux sont assez bien visibles et ont des couleurs raisonnablement fraîches incite beaucoup plus à les admirer. Certains esprits demanderont évidemment si les beaux tableaux donnent vraiment plus envie de prier, ce qui est l’intention d’origine…

Trophée de La Turbie au téléobjectif

Trophée de La Turbie au téléobjectif

Comme La Turbie est presque tout à fait sur la crête des montagnes côtières, la route qui mène à Nice descend continuellement sur 18 km pour un dénivelé de 550 m. C’était parfait pour terminer une journée très sportive et je n’avais pas besoin de me presser pour arriver, ce qui fait que je me suis arrêté souvent pour regarder le paysage.

Comme je roulais d’est en ouest et donc du côté montagne de la route, j’étais obligé de la traverser à chaque fois que je voulais admirer les pentes, mais la circulation est relativement limitée sur cette route après la rentrée des bureaux. On l’appelle la Grande Corniche et c’était le trajet initial de la N7 qui reprenait celui de la voie romaine. Le trajet était plus facile que de traverser les pentes raides en contrebas.

Vue d'ensemble de La Turbie

Vue d’ensemble de La Turbie

J’ai pris plusieurs photos depuis la corniche, en partie parce que le soleil bas de fin d’après-midi rendait les reliefs plus photogéniques. La première photo montre la ville de La Turbie autour du Trophée et en arrière-plan le majestueux Mont Agel. Il culmine à 1148 m et les constructions que l’on voit au sommet n’abritent plus depuis 2012 que des radars de détection automatisés.

Haute Corniche au niveau du Cap d'Ail

Haute Corniche au niveau du Cap d’Ail

La deuxième photo montre le ravin du Cap d’Ail qui est l’un des rares sites de la Côte d’Azur qui ne soient pas rongés par un semis de villas à mi-pente. La presqu’île au fond est celle du Cap Ferrat dont j’ai fait le tour le lendemain.

Cap d'Ail et la Moyenne Corniche

Cap d’Ail et la Moyenne Corniche

Une autre photo prise du même endroit mais en direction de l’est montre une grande route formant une grande balafre à mi-pente; il s’agit de la Moyenne Corniche. Sur la base du panorama, je l’ai empruntée le lendemain pour revenir de Menton, mais ce n’est pas une route agréable à vélo.

Baie de Beaulieu

Baie de Beaulieu

Cap Ferrat

Cap Ferrat

Quand je me suis rapproché du Cap Ferrat, j’ai pris une photo montrant mieux la presqu’île avec devant la baie bien protégée de Beaulieu (officiellement appelée le Golfe de Saint-Hospice) où l’on voit de très gros bateaux de plaisance. Derrière le cap, on voit d’abord le Mont Boron qui domine directement le port de Nice puis dans la brume la pointe plate de l’aéroport et au fond le cap d’Antibes où j’étais passé en 1998 sans m’en souvenir beaucoup à quinze ans d’intervalle.

Site d'Eze

Site d’Eze

La route descend de La Turbie vers le Col d’Eze, nettement au-dessus du village. On voit très bien le château fort et l’église sur le rocher, le château se trouvant au centre du très célèbre jardin exotique. Je comptais passer à Eze le lendemain et je me suis donc très bien contenté de la vue depuis la Grande Corniche. On voit aussi un viaduc au pied du rocher et on peut comparer la photo avec une que j’ai prise le lendemain de ce viaduc. Il est nettement plus vertigineux qu’on ne l’imagine vu d’en haut.

Cap d'Eze

Cap d’Eze

Ma plus belle photo est prise un peu après à environ 400 m d’altitude et montre le Cap d’Eze plongeant presque verticalement dans la mer. On devine un peu la Moyenne Corniche et on voit bien la Basse Corniche. J’ai été surpris de voir qu’il y a une telle différence d’altitude entre les trois corniches et c’est probablement ce qui m’a décidé à faire le trajet par les deux autres corniches le lendemain pour comparer.

Dernière vue du Mercantour

Dernière vue du Mercantour

A quatre kilomètres de Nice, on passe le Col des Quatre Chemins puis la route descend vers la ville en longeant la pente du Mont Boron qui était entièrement à l’ombre vu l’heure. La pente est relativement tortueuse et pas très large, mais aussi plutôt raide. Je n’aurais pas envie de monter par là à vélo. Même en voiture, c’est une route plus intéressante à descendre qu’à monter car on a de bien meilleures vues.

Nice avec le mont du château

Nice avec le mont du château

En haut, on a même une vue que je n’attendais pas mais que j’ai trouvé presque surréelle, un dernier adieu des Alpes enneigées avec les monts du Mercantour. Plus bas, on a une vue assez captivante de la marée urbaine de Nice (un peu comme la vue sur Marseille depuis la route de Cassis d’ailleurs). On voit très bien sur la photo la colline de l’ancien château de Nice qui abrite maintenant un parc public.

J’aurais eu envie d’y aller mais ce n’est évidemment possible que pendant la journée. On devine entre la colline et les pentes du Mont Boron à gauche la silhouette d’un « ferry » (le mot québécois « traversier » n’ayant malheureusement pas fait école) qui part vers la Corse.

Il y a une auberge de jeunesse sur les pentes du Mont Boron et je pense qu’on doit y avoir une vue absolument magnifique. Malheureusement, elle est extrêmement loin du centre ville et très difficile d’accès par les autobus municipaux qui terminent le service à 20 h et elle n’est donc utile qu’aux personnes venant en voiture ou en autocar. Il existe une seconde auberge de jeunesse dans le centre ville que j’avais essayée en 2011 et c’est là que j’avais réservé.

Quand on voit la marée urbaine de Nice sur ma photo, on comprend que je me sois demandé si ce serait difficile à trouver. En fait, j’ai un peu hésité à certains moments mais j’ai constaté après coup que j’avais quasiment trouvé l’itinéraire le plus direct. Il n’y a qu’en plein centre que j’ai hésité même si je savais qu’elle se trouve tout près de la grande avenue piétonne.

Comme j’avais réservé par Internet avec paiement d’arrhes, je n’étais pas inquiet et je savais qu’on me garderait ma place. Nice étant une ville terriblement touristique, on ne peut guère s’y loger pour un prix raisonnable et j’étais donc obligé de supporter les inconvénients d’une auberge de grande ville.

Voici une liste des points désagréables:

– il n’y a pas de garage à vélos et on est obligé de laisser le vélo dans la cour facilement visible depuis la rue (il y a une grille mais il suffit de pousser un bouton pour l’ouvrir).

– l’auberge n’a pas l’air conditionné et il y fait donc une chaleur insupportable dans les chambres (28 degrés lors de mon séjour avec 15 degrés la nuit dehors)

– le personnel remplit les chambres une par une au maximum avant d’ouvrir la suivante, ce qui leur permet de moins nettoyer de chambres si l’auberge n’est pas pleine – comme ce sont des chambres de huit lits assez exiguës, ce n’est pas agréable du tout.

Il y a quand même trois points positifs:

– l’auberge est à 10 minutes à pied de la vieille ville

– le petit déjeuner est en libre service et les produits sont d’une qualité nettement meilleure que lors de mon passage de 2011

– on peut accéder aux étages par un ascenseur (je pense que c’est un ancien hôtel transformé) et ceci est très appréciable pour un cycliste fatigué.

Ceci mis à part, on dort bien daus une auberge de jeunesse si les autres hôtes sont discrets et s’il n’y a pas trop de monde. Dans le cas précis, les gens étaient bien élevés et n’allumaient pas inutilement le plafonnier, mais il y avait dans la chambre un Américain monstrueusement obèse et fortement enrhumé, ce qui fait que sa respiration normale suffisait déjà à empêcher les gens de dormir. Cela m’arrive environ une fois sur vingt de tomber en auberge sur une personne dont les ronflements traversent les boules Quiès.

Il n’y a rien que l’on puisse faire dans ce cas et on passe alors une nuit comparable à celle que l’on passe en train quand on se réveille à chaque freinage en gare. Au demeurant, l’Américain était bien gentil et très communicatif, mais je dois malheureusement avouer que je ne suis pas arrivé à surmonter le dégoût que m’inspirait son obésité. Il y avait une autre personne qui aurait pu être intéressante dans la chambre, un Espagnol d’âge mûr qui faisait aussi un grand voyage cyclotouriste, mais il ne semblait pas parler ni français ni anglais.

Pour le dîner, je suis évidemment allé me promener dans la vieille ville. Il y a toute une marée de restaurants à touristes de style provençal ou niçois plus une série de restaurants étrangers (indien, italien, sino-japono-vietnamo-thaï, grec…). Le choix est fort difficile et le prix est partout le même, un peu trop élevé sans que l’on sache si la qualité et les portions le justifient. La plupart des restaurants ont des grandes terrasses sur les placettes devant les églises baroques de la vieille ville, que je n’ai jamais pu visiter mais qui n’ont pas une réputation extraordinaire.

Je n’ai pas été suffisamment tenté par l’un ou l’autre des restaurants et il était en plus relativement tard puisque j’avais pris tout mon temps entre La Turbie et Nice. J’avais une vague envie d’exotisme et j’ai fini par choisir un restaurant turc. En fait, il faut plutôt parler d’un bar avec petite restauration.

Le jeune homme qui faisait le service me déconseillant mon choix initial parce qu’il pensait que ce serait trop copieux, je lui ai dit de me faire un assortiment de trois entrées en partant du fait que j’aime les choses épicées. J’ai donc eu trois sauces variées avec des mini-steack hachés. Ce n’était pas cher et les sauces étaient très bonnes, ce qui fait que j’ai regretté de ne pas trouver un restaurant comparable où la viande aurait été de meilleure qualité en échange d’un prix un peu plus haut.

Je savais du voyage de 2011 qu’il y a dans la vieille ville de Nice des glaciers avec un choix superbe mais j’ai découvert en faisant un peu le tour que ce sont en fait plusieurs succursales des mêmes glaciers. Il y en a un juste à côté de la cathédrale qui sort du lot, il a plus de choix originaux. Je me suis offert une grosse glace citron vert et marron glacé à un prix plus élevé que chez un glacier allemand mais justifié par la qualité et la quantité.

Concert devant la Préfecture à Nice

Concert devant la Préfecture à Nice

En rentrant à l’auberge, je suis passé sur la corniche qui sépare la vieille ville de la plage, mais il ne faisait pas assez chaud pour que ce soit amusant de rester assis à regarder la mer. Par contre, j’ai trouvé dans la rue parallèle qu’on avait illuminé le bâtiment de la préfecture à l’occasion d’un concert gratuit et ceci m’a donné une photo intéressante très méditerrannéenne. On pourrait aussi bien imaginer que la photo soit prise en Tunisie, en Grèce ou en Espagne.

La vieille ville est séparée du centre ville moderne par une série de boulevards extrêmement larges qui constituaient à l’origine le lit du Paillon. Ce sont maintenant deux boulevards encadrant un espace qui fut longtemps un parc public agréable avec des plantations variées. On a déjà remplacé une partie du parc dans les années 1970 par un énorme palais des congrès auquel s’est ajouté plus tard un non moins volumineux musée d’art contemporain.

La ville a enlevé depuis 2011 tout le reste du parc public qui est maintenant transformé en chantier ou en terrain vague derrière des grilles. C’est très laid et j’estime que les espaces verts ne devraient pas être arrachés sur une telle surface en une seule fois. Au bout de l’ancien parc, le plus grand carrefour de Nice est celui de la grande avenue piétonne avec les boulevards et ceci produit la Place Masséna avec des bâtiments d’un néoclacissisme impeccable et parfaitement régulier où l’on voit bien la patte d’un architecte piémontais.

Place Masséna

Place Masséna

On a orné la place de statues qui valent le coup d’oeil. Côté mer, c’est un homme musclé entièrement nu et couronné. On voit aussi beaucoup d’hommes nus en marbre dans le parc du palais de Versailles, mais ils n’ont pas cette espèce de monumentalité frontale qui fait un drôle d’effet. Il est de taille nettement plus grande que nature et trône au milieu d’une fontaine avec putti et animaux en bronze qui est assez belle la nuit.

Bibliothèque de Nice

Bibliothèque de Nice

De l’autre côté de la place, on a installé des colonnes du style des ermites des premiers temps chrétiens avec au sommet des personnages en plastique translucide qui changent de couleur régulièrement. C’est un peu artificiel mais assez ludique. Je n’ai pas pris de photo cette fois-ci car je l’avais fait en 2011. Par contre, je suis passé un peu plus tard près de l’auberge dans un petit square où la bibliothèque municipale est illuminée au fond d’un joli square avec palmiers et rosiers. L’effet est charmant de nuit.

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