Introduction et visite de Cherbourg

Je n’ai pas eu de doutes cette année sur l’opportunité de retourner en France en vélo. A posteriori, comme j’ai traversé des régions dont les paysages sont rarement spectaculaires, je trouve que deux semaines suffiraient pour un voyage avant tout culturel, surtout qu’il est de plus en plus difficile de trouver des tables d’hôtes dans lesquelles on a de la compagnie pour le dîner.

A moins de trouver par hasard d’autres hôtes, chose peu fréquente hors saison, on se retrouve de plus en plus souvent seul car la plupart des maîtresses de maison confondent « table d’hôte » avec « servir un repas ». Il faut aller chez les adhérents du réseau « accueil paysan » pour retrouver une vraie table d’hôtes, mais ils ne sont pas très nombreux dans la plupart des régions. Cette impression est toutefois à nuancer si on compare avec le voyage de 2011 et concerne peut-être plus les régions touristiques puisqu’il s’est posé en Touraine et en Périgord mais pas en Normandie.

Le problème des dîners seul devant son assiette excepté, je dois reconnaître que presque toutes les chambres d’hôtes se sont avérées confortables, propres et joliment décorées. Le confort laissait parfois à désirer il y a une dizaine d’années, mais les propriétaires ont compris qu’ils ne peuvent pas demander 50 € pour une chambre sans offrir un lit confortable et une salle de douche en bon état. J’ai aussi été agréablement surpris par les deux auberges de jeunesse que j’ai utilisées.

J’ai conçu l’itinéraire pour visiter un certain nombres de régions (le Périgord et la Hague) et de villes (Vendôme et Loches) que j’avais envie de découvrir depuis longtemps. Il se trouve que j’ai suivi ainsi plus ou moins la frontière entre les territoires anglais et français pendant la Guerre de Cent Ans, ce qui m’a donné le titre du voyage mais qui est un hasard.

Au passage, je me suis amusé à faire quelques modestes détours quand ceci permettait de passer dans un arrondissement où je n’étais jamais passé -il n’en manque maintenant qu’une trentaine et ceci fournit donc un but amusant. Je n’ai pas eu de montagnes à traverser sur cet itinéraire et j’étais obligé d’éviter les routes vraiment raides, surtout au début, car le printemps très changeant m’avait empêché de m’entraîner autant que cela aurait été souhaitable.

Si j’utilise les mêmes critères pour des itinéraires dans l’avenir, je voudrais bien voir la Corniche de l’Estérel, Noirmoutier, le plateau de Millevaches ou la côte des Abers, j’aimerais passer au Mas d’Azil, à Laon, à Dijon, à Guérande… La plupart des arrondissements qui manquent sont en Champagne et dans les Pays de la Loire, mais il y a aussi Pamiers, Toulon, Albertville, Beauvais, Pau ou Redon. De quoi s’occuper plusieurs années sans problèmes.

Il me reste à expliquer pourquoi je me suis donné la peine de passer par Paris entre Cherbourg et Toulouse. Outre une raison familiale, ceci me permettait de visiter un peu l’Île-de-France que je connaissais finalement assez peu. J’ai même été agréablement surpris par certaines proches banlieues de Paris dont je n’attendais pas grand chose.

(Etape de départ d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Mardi 22 mai

21 km, dénivelé 30 m

Très couvert, beau en soirée

Schifflange – Paris en TGV

Paris Gare de l’Est – Canal de l’Ourcq – Bobigny – St Denis – St Ouen – Paris St Lazare

Paris – Cherbourg en train

Seine-Saint-Denis, départements 75 et 93

J’avais lu que l’on peut prendre son vélo avec soi dans certains TGV à condition de réserver pour 10 €, mais j’ai été agréablement surpris quand j’ai appris que c’est effectivement possible depuis Luxembourg et que l’on peut acheter le billet au guichet de la gare. On ne profite pas des prix moins élevés réservés à Internet, mais c’est rapide et plus simple que d’aller à Thionville comme j’avais cru être obligé de le faire en 2011. J’ai pris une correspondance me laissant 3 h entre les deux gares à Paris pour le cas où le TGV aurait un retard. Ce n’est pas très fréquent mais plus qu’on ne le voudrait.

Dans le TGV Luxembourg-Paris

J’ai donc découvert avec surprise que l’on peut effectivement mettre son vélo dans un TGV, plus exactement tout à fait en tête dans le petit compartiment de seconde classe entre la motrice et la première classe. On rabat les strapontins et on a la place. J’ai même pris une photo parce que c’était une nouveauté pour moi. On bloque par contre les strapontins pour les personnes qui prennent le TGV sans réservation et espèrent les utiliser -un problème qui ne se présente pas tellement sur le TGV Est nettement moins chargé que ceux de Bretagne ou vers le sud de la France. La seule chose désagréable est que le siège pour le voyageur est dans un carré face à face où l’on ne peut pas étendre les jambes. On a aussi une vue plus limitée par la fenêtre qui est plus petite que dans les autres voitures.

Square Villette à Paris

Le TGV est arrivé parfaitement à l’heure à Paris et mon compartiment spécial était tout en tête, ce qui fait que j’avais plein de temps pour le trajet de la Gare de l’Est à la Gare Saint-Lazare. J’aurais pu pique-niquer mais je n’avais pas faim et je me suis contenté de manger une pomme dans un joli square verdoyant qui donne directement sur le coin de la Gare de l’Est et borde de l’autre côté le Canal Saint-Martin (le Square Villette). Il y a en plus un beau rhododendron.

Square Villette

Les mères de famille gardant leurs petits et les messieurs immigrés entre deux àges qui attendent le passage du temps dans le square me jetaient des regars un peu étonnés. Il y a aussi un certain nombre de jeunes chômeurs désœuvrés essayant de s’occuper entre tchatche, cigarettes et foot, mais qui avaient l’air suffisamment inoffensif. Chose intéressante, on a plus tendance à se méfier en France des jeunes « issus de l’immigration » (presque toujours à tort évidemment) tandis qu’on se méfie plus à Londres des jeunes Blancs issus de milieux modestes (le contrôle social de leurs familles fonctionnant moins que pour les Noirs et les Asiatiques).

Canal Saint-Martin au niveau de la rue de Crimée

Puisque j’avais le temps, j’ai décidé de faire 20 km, ce qui demande 2 h en région parisienne à cause des très nombreux feux (sinon, 1 heure 30 suffiraient). J’ai quitté le square par le bord du Canal Saint-Martin où j’ai trouvé la piste cyclable qui le longe sur le chemin de halage. On passe le long du canal plusieurs ponts métalliques de genres différents et un port allongé au pied de la station de métro aérien Stalingrad.

Le canal Saint-Martin se divise au parc de la Villette entre le Canal Saint-Denis et le canal de l’Ourcq, les deux ayant une piste cyclable relativement bien indiquée. Celle du canal de l’Ourcq traverse le parc de la Villette près de la Géode, ce qui m’a remis en mémoire que j’aime mieux le parc de Bercy ou le parc André Citroën que celui de la Villette, puis il passe sous le large pont du périphérique et un pont filigrane assez curieux utilisé par le tramway du boulevard des maréchaux.

Grand moulin de Pantin

On arrive ainsi à Pantin où j’ai été impressionné par le gigantesque complexe des anciens moulins à farine, transformé en appartements chics. On a gardé l’ancienne passerelle de chargement des péniches, qui fait un effet un peu curieux. On se croirait presque dans un quartier spéculatif de Londres genre Canary Wharf.

Au premier pont routier, les pancartes pour les vélos recommandent de traverser le canal et j’ai admiré au passage le bâtiment 3ème République assez imposant de la mairie de Pantin. Puis le canal atteint une zone industrielle en reconstruction, mais on peut suivre un trajet bien indiqué et sans danger le long de l’immense centre d’entretien de la SNCF avant de retrouver le canal. On sent déjà à 3km de Paris les espaces plus généreux de moyenne banlieue, ce à quoi je ne m’attendais pas – le paysage est par contre aussi laid qu’on s’y attend en Seine-Saint-Denis.

Je suis resté le long de ce canal rectiligne et un peu zone jusqu’au pont de Bobigny. Ce n’est pas la première fois que je trouve que longer un canal est monotone. Et je ne suivrais certainement pas le chemin de grande randonnée qui longe ce canal même s’il a le mérite d’exister. Bobigny est le siège d’un arrondissement et je me suis réjoui de voir que 30 minutes le long du canal suffisaient à avancer ma statistique. Ceci mis à part, Bobigny rappelle fâcheusement les grands ensembles des années soixante.

Pour la suite, j’ai jugé plus simple de suivre l’ancienne N186 et la ligne de tram, la circulation étant raisonnable puisqu’il y a une autoroute parallèle. On traverse des banlieues excitantes et réputées comme Drancy et La Courneuve, mais je n’ai pas regretté puisque ceci m’a permis de voir des quartiers desservis par le métro mais où l’on ne va jamais en touriste.

C’est animé, avec plein de magasins en particulier au Carrefour des 4 Chemins qui est sur Aubervilliers. Un peu comme Argenteuil, beaucoup d’immigrés et une atmosphère populaire, mais pas vraiment zone. Il y a un bâtiment impressionnant au passage, l’hôpital Avicenne dont l’entrée est dans un style mauresque pittoresque et qui est inscrit comme monument historique depuis 2006. Je n’ai pas pris de photo de peur d’offenser les dames musulmanes qui passaient.

L’hôpital a été inauguré en 1935 sous le nom assez colonial d’Hôpital franco-musulman, ce qui peut sembler une bonne idée pour mieux respecter les convictions religieuses -par exemple, on pourrait penser qu’une femme musulmane y trouve plus facilement une doctoresse consciente de ses convictions. Un cimetière musulman jouxte l’hôpital, ce qui est sensé puisque le Coran exige que l’enterrement aie lieu dans les 24 h du décès.

Ce qui était moins bien en 1935, c’est qu’on interdit aux musulmans malades de fréquenter tout autre hôpital de la région parisienne et qu’on y transféra de force les malades en traitement ailleurs (en fourgon cellulaire, pas en ambulance !). On peut interpéter ceci au choix comme colonialisme raciste ou comme bureaucratie aveugle et inhumaine.

Mieux encore, l’hôpital était une dépendance d’une administration au nom chaleureux et encourageant de « Service de Surveillance et de Protection des Indigènes Nord-Africains », en fait un service de la Préfecture de Police créé en 1923 suite à une agitation de presse sur un fait divers, un meurtre commis par un Algérien. Ceci faisait des malades juridiquement l’équivalent de criminels en traitement temporaire hors de leur prison. D’ailleurs, les policiers du SSPINA ont été mêlés à de nombreuses activités illégales et le service fut supprimé en 1945 car la plupart de ses membres s’étaient illustrés en tant qu’auxiliaires de la Gestapo !

L’hôpital est repris par les Hôpitaux de Paris en 1961 et ne diffère plus maintenant des autres hôpitaux. Lors de fouilles en 2003 liées à un agrandissement, on découvrit dans le parc la plus grande nécropole gauloise connue, exceptionnelle car la plupart des Gaulois incinéraient leurs morts. On découvrit à cette occasion que les Gaulois étaient en nettement meilleure santé que les gens du Moyen-Âge.

En dehors de l’hôpital, mon itinéraire m’a fait passer un bâtiment municipal de La Courneuve qui est un exemple typique de brutalisme stalinien tel qu’on en voit plus souvent en Allemagne de l’Est ou à Moscou. Il faut dire que La Courneuve est une des principales villes communistes qui restent encore et que c’est là que se tient la « Fête de l’Huma ».

La ville suivante, Saint-Denis, est un mélange bizarre. Je mentionne au passage que le département Seine-Saint-Denis n’a pas Saint-Denis comme préfecture comme j’en étais persuadé, celle-ci se trouvant à Bobigny. En 2007, j’avais poussé jusqu’à la célèbre basilique et j’avais trouvé le centre ville franchement zone, beaucoup plus qu’Argenteuil.

Cette fois, je n’avais pas le temps de faire un grand détour et je me suis contenté de longer le grand parc de la Maison d’Education de la Légion d’Honneur (les anciens bâtiments abbatiaux), qui est ouvert au public et que je pourrais aller voir facilement depuis Paris en métro.

Mentionnons en passant que la Maison d’Education est en fait un lycée, probablement le plus exclusif et le plus privilégié de France (personnel d’encadrement très nombreux, équipement dernier cri, résultats scolaires éblouissants, le tout pour un prix modéré – il faut simplement avoir un parent ou aïeul qui a reçu une décoration). Les élèves sont internes en semaine et retournent dans leurs familles le week-end.

Curieusement, c’est un lycée pour filles uniquement et on y porte l’uniforme. Pour tout dire, c’est presque un internat élitiste à l’anglaise, ce qui est un peu bizarre en France – à moins que les élites au pouvoir ne trouvent un intérêt particulier et personnel à conserver ce système ? Il y en a d’ailleurs un du même genre à Saint-Cyr.

Passant le gigantesque chantier de la Place de Paris, qui était déjà en chantier quand je passais par là en voiture dans les années 90, j’ai rejoint la route de Saint-Ouen. Je craignais cette section car elle sert d’accès à l’A86, mais il y a une piste cyclable sur le trottoir (même si je me suis aperçu trop tard qu’elle permet même de contourner l’échangeur) et il y a moins de circulation dangereuse depuis que la jonction A1-A86 est en fonctionnement.

En traversant Saint-Ouen, j’ai vu des pancartes pour le vieux quartier et le château; je n’avais pas le temps de faire le détour, mais j’ai vu après sur Wikipedia que les monuments sont en fait du XIXème siècle. Louis XVIII aimait bien Saint-Ouen car c’est là qu’il coucha avant d’entrer dans Paris en 1814. Il y fit donc reconstruire le château vétuste et l’offrit à son égérie, la comtesse Zoé de Baschi du Cayla.

Cette dame avait une grande influence sur lui, même si l’embonpoint et l’âge du roi excluaient une relation amoureuse, et s’est illustrée par l’élevage de moutons et diverses intrigues ultra-royalistes. Elle devait l’amitié du roi à une sombre affaire datant de 1790: son père avait été l’avocat d’un aventurier condamné pour avoir prétendument comploté avec le futur Louis XVIII l’enlèvement de Louis XVI. Louis XVIII avait donc été fort aise d’entendre que certains dossiers de l’avocat avaient été brûlés « par mégarde ».

Quittant Saint-Ouen, j’ai constaté qu’il y a une bonne petite côte jusqu’à la Place de Clichy, la seule de la journée. Le contraste entre les deux villes est frappant: on passe des rues étroites et encombrées de la proche banlieue aux boulevards réguliers plus larges de Paris. Comme ailleurs aux environs de Paris, on voit aussi que la couronne immédiate de Paris est modeste, mais commence à s’embourgeoiser (supermarchés bios, belles voitures garées, cafés stylés) – les gens vraiment modestes sont dans la deuxième couronne vers Argenteuil, St Denis, Bobigny, Créteil, Vitry…

Je me suis rendu directement à la Gare Saint-Lazare par prudence, mais j’avais calculé large et il me restait 40 minutes, ce qui fait que j’ai pu acheter un goûter et surtout du pain à proximité, prévoyant de le manger au pique-nique le lendemain.

La Gare Saint-Lazare me restait en mémoire comme un endroit gigantesque et noir de monde, probablement un souvenir de jeunesse aux heures de pointe. Vers 15 h 30, elle est assez tranquille, en partie parce qu’elle dessert très peu de grandes lignes. J’aurais probablement eu le temps de monter à la Place de l’Europe pour faire une photo des voies et des verrières, mais je pense avoir d’autres occasions de me promener dans Paris.

Sur le moment, j’aurais aimé trouver une passerelle comme dans les gares londoniennes de Paddington et de Liverpool Street, d’où l’on domine les quais de façon pittoresque. Pendant que j’attendais, un appel anonyme a insisté pour m’avoir sur mon téléphone portable et j’ai fini par accepter la communication bien qu’une gare soit un endroit bruyant. Finalement, c’était simplement le Conservatoire de Luxembourg me félicitant pour avoir gagné un livre à une tombola.

Le train de Cherbourg n’était pas spécialement plein, ce qui tient en partie au nombre étonnant et un peu excessif de voitures (14 !). Je suis allé tout en tête, ce qui prenait bien 400 m, parce que je savais que Cherbourg est un terminus où l’on sort en tête. Le trajet est confortable et surtout plutôt agréable car le train traverse jusqu’à Caen une série de vallées transversales avec descente en corniche puis remontée de l’autre côté: la Seine, l’Eure, l’Iton, la Risle, la Touques, la Dives. C’était intéressant car je savais repasser par ces vallées les jours suivants et elles font le charme d’un voyage en Basse-Normandie. Après Caen, le train traverse des plaines moins intéressantes.

J’ai eu le plaisir d’arriver à Cherbourg par un temps magnifique. Je suis allé tout de suite à l’auberge de jeunesse pour confirmer ma réservation; elle n’est pas tout près de la gare, mais juste en bordure du centre ville (autrement dit, c’est la gare qui n’est pas très centrale). Les bâtiments ont certainement été refaits récemment par la commune; tout est impeccable avec des lits confortables (seulement trois par chambre) et une salle de douche spacieuse dans chaque chambre. Il y a aussi un local à vélos et évidemment deux salles communes (une pour les repas et une pour la télévision). Le rapport qualité-prix est donc digne de louange. La gérante est en plus charmante.

Rhododendron dans le parc Liais

Puisque je voulais me promener un peu en ville avant d’y choisir un restaurant, je suis reparti très vite. Ceci s’est avéré judicieux car j’ai ainsi pu passer un quart d’heure dans le petit parc Liais, qui ferme à 19 h et qui est une des principales curiosités de la ville. J’y ai vu diverses plantes d’Amérique du Sud mais surtout deux superbes rhododendrons, dont j’avais un peu oublié que c’est la plante idéale dans un climat doux et pluvieux comme celui du Cotentin. Vu la saison, ils étaient évidemment magnifiques.

Parc Liais à Cherbourg

Le parc contient aussi deux serres déjà fermées et une tour d’où Monsieur Liais pouvait admirer son jardin mais aussi sa ville puisqu’il en était le maire dans les années 1890. Il avait été avant directeur du jardin botanique de Rio de Janeiro, d’où ses collections. Sa maison abrite un musée que l’on dit sentir bon la naphtaline et la muséographie de Bon-Papa.

Après le parc, je suis allé voir le port, du moins le quai le plus proche du centre ville. Le port date pour l’essentiel de Louis XVI, quand on commencé à construire la gigantesque digue de mer. On estimait que le port serait utile pour abriter la flotte de guerre en cas de nouveau conflit contre l’Angleterre distante de seulement 120 km et qui avait profité de l’absence de port en 1742 pour détruire trois vaisseaux.

Port de Cherbourg et Fort du Roule

La population de Cherbourg a atteint son maximum en 1840 et n’a jamais progressé depuis, ce qui est exceptionnel pour une ville portuaire en France. Ceci s’explique en partie par l’absence quasiment totale d’industrie depuis les années 1990, tandis que les emplois créés par l’usine nucléaire de la Hague profitent plus aux communes rurales accueillant des nouveaux lotissements. Le taux de chômage est aussi élevé qu’en Grèce et le seul gros employeur est l’Arsenal de la Marine.

Hôtel Art Nouveau à Cherbourg

La ville essaye de se reconvertir dans le tourisme avec la Cité de la Mer, un genre de parc d’attractions éducatives (musée est un peu exagéré) qui occupe l’ancienne gare maritime, un monument historique Art Déco que je n’ai pas pu visiter car il est trop loin du centre à pied. La ville fait aussi une publicité monstre autour des rares visites de navires de croisière, mais le problème est probablement que la Manche n’a pas le même climat que la Méditerrannée ou les Caraïbes.

Drakkar dans le port de Cherbourg

Le port de commerce est pratiquement mort, le port de pêche décline et les car-ferries avec l’Angleterre se limitent à un voyage par jour en plein été n’acceptant pas les camions. Reste un grand port de plaisance et divers quais bien propres. Le plus amusant pour moi a été la découverte inattendue d’un drakkar rutilant. Comme le nom de Cherbourg vient d’un mot scandinave (kyrk pour église ou kjarr pour marais; on ne sait pas trop)…

En fait, comme l’indique une pancarte sur place, le drakkar appartient à une association dont les fondateurs avaient été fascinés par un voyage en Scandinavie. Le navire est un assemblage de diverses sections copiées de navires conservés dans les musées danois et norvégiens et on peut le louer pour des promenades en mer. Je ne sais pas si les clients ou les membres de l’association se déguisent alors en Vikings et pillent des couvents 😉

Ariel nudiste au cinéma de Cherbourg

Après avoir admiré le calme olympien dans le port et le drakkar, je suis retourné en ville pour chercher un restaurant mais je n’ai pas manqué d’admirer au passage le théàtre de 1880 (jugé un peu petit pour le public contemporain amateur de shows rock et moins de vaudeville). Il y a aussi un ancien cinéma avec deux amusantes fresques très 1950. On remarquera que le monsieur ailé de gauche est tout nu, ce qui surprend un peu dans un endroit aussi public. La salle ne sert plus guère qu’à des cérémonies communales occasionnelles.

Porche de l’église de Cherbourg

Enfin, il y a quand même une église, mais pas immense pour une ville aussi importante. Je n’ai pas pu la visiter compte tenu de l’heure et je me suis contenté de regarder le portail latéral qui comporte un dais avec une clef de voûte en style flamboyant. Je ne sais pas si elle est authentique car l’église a été fortement restaurée au 19ème siècle.

Pour le dîner, j’ai été impressionné par le nombre de kebabs, dont quatre dans la même rue. Après réflexion, je pense qu’ils servent surtout la clientèle de marins en permission de la Marine Nationale. Il y a quelques brasseries traditionnelles et j’ai pris la plus animée même si elle fait partie d’une petite chaîne qui copie le style d’Amarine, une chaîne de restaurants de poisson pour centres commerciaux (il y en a un au Kirchberg). On y mange correctement pour un prix acceptable. C’est simplement un peu bruyant, le décor croûle trop sous les objets kitsch vaguement maritimes et la faconde des serveuses est un peu artificielle. Genre Hollywood-en-Cotentin.

Théâtre de Cherbourg

En revenant à l’auberge de jeunesse, j’espérais trouver quelqu’un avec qui faire la conversation. Il n’y avait que deux hôtes qui semblaient passionnés par le poste de télévision. On y passait un téléfilm ou une série sur un professeur de lycée dans une banlieue difficile et ses aventures avec ses étudiants. Il était plein de bonnes intentions mais les étudiants détournaient l’un ou l’autre mot mal choisi pour l’accuser de racisme et il se mettait en colère. Cela ne m’intéressait pas beaucoup et j’ai donc passé le reste de ma soirée entre mes cartes et les prospectus.

Un des deux hôtes, qui devait avoir tout juste 18 ans,  partageait ma chambre. Je me suis couché avant lui et j’aurais pu être dérangé par ses mouvements ultérieurs mais il s’est comporté de façon très bien élevée. Une chose qui l’a aidé est qu’il n’avait pas besoin d’allumer le plafonnier à cette saison et aussi loin à l’Ouest. J’ai apprécié en tous-cas vu le sans-gêne des hôtes en 2011 à Grenoble et à Nice.

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