Etape 7: Hurepoix et Vallée de Chevreuse

(7ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Mercredi 30 mai

109 km, dénivelé 595 m

Soleil voilé puis temps couvert, 25°

Pont d’Austerlitz – Denfert Rochereau – Gaîté – coulée verte – Massy – Palaiseau – Orsay – rive de l’Yvette – Gif – Cressely – Magny les Hameaux – Port Royal – Notre-Dame de la Roche – Dampierre – Vaux de Cernay – Cote 165 – Bullion – Rochefort – Dourdan – Roinville – Marchais – St Sulpice de Favières – Mauchamps

Hurepoix, départements 75, 78, 91 et 92

J’aurais pu faire le trajet en beaucoup moins de kilomètres, mais je voulais profiter de l’occasion pour visiter un maximum d’attractions en grande banlieue, tout particulièrement en vallée de Chevreuse dont les Parisiens parlent toujours avec émotion mais qui ne me disait rien. On peut aller à Chevreuse en train, mais j’étais puriste cette année et j’ai donc plus ou moins longé la ligne de train dès Paris. Il faut dire que je savais par Internet qu’une coulée verte longe une partie de la ligne.

La voie verte commence juste derrière la Gare Montparnasse et j’ai donc pris le chemin le plus court jusque-là par la Gare d’Austerlitz. On passe ainsi quand même devant le Jardin des Plantes, la Salpêtrière, la prison de la Santé et le lion de Denfert, ce qui n’est pas mal. Je connaissais l’itinéraire du voyage de 2003 mais on a peint depuis sur la chaussée des voies cyclables qui sont assez bien respectées par les voitures quand il y a peu de circulation. Il n’y a que le débouché du Pont d’Austerlitz, la place Denfert-Rochereau et surtout la traversée du Boulevard du Maine qui soient un peu dangereux.

Début de la coulée verte à Montparnasse

La voie verte n’est pas marquée dans Paris et je n’aurais pas pu la trouver si je n’avais pas su à l’avance car c’est une ouverture sous le portique d’un immeuble. J’espère que ma photo aidera d’autres cyclistes, il faut repérer le panneau avec le petit carré bleu. Ceci fait, l’itinéraire est assez évident puisqu’on longe directement les voies de chemin de fer; je l’avais d’ailleurs repéré sans le reconnaître depuis les fenêtres du TGV de Bretagne. On traverse le boulevard des Maréchaux par une passerelle bien utile, mais on utilise l’échangeur normal pour traverser le Périphérique.

A peine entre-t-on à Malakoff que l’on trouve une signalisation excellente qui conduit sur 12 km jusqu’à Massy (je pense qu’il faut remercier pour cela le Conseil Général des Hauts-de-Seine). Il y a souvent deux cheminements parallèles, un pour les piétons qui utilise occasionnellement des marches et qui est emprunté par un chemin de grande randonnée tentant (le GR655 de Belgique à Saint Jacques de Compostelle), l’autre pour les cyclistes. La voie verte alterne entre des sections sur des trottoirs en contrebas de la ligne de train, des passages avec des rangées d’arbres et de rosiers et enfin des morceaux de parc. C’est très varié et relativement tortueux bien que ce soit en fait la dalle de couverture de la ligne de TGV.

Coulée verte à Fontenay-aux-Roses

Comme la banlieue est vallonnée, il y a aussi un peu de sport, en particulier un passage très réussi à Fontenay où le chemin piéton descend presque tout droit dans un fossé avec des marches tandis que le chemin cycliste oscille de chaque côté en traversant son alter ego par des passerelles en bois toutes différentes. Certaines communes se donnent aussi de la peine pour les rosiers, en particulier Malakoff et Fontenay. La partie la plus pittoresque se termine par un point de vue d’où l’on domine le parc de Sceaux.

Parc de Sceaux

Je ne me suis pas rendu compte qu’il y a une grande pièce d’eau au fond du vallon et la façade du château était cachée derrière des échafaudages, mais la taille du parc boisé suffit à donner envie de s’y promener un jour. Sceaux est un château qui n’a pas eu de chance: le premier tomba en ruine parce que les trois héritières en indivision ne s’entendaient pas et le deuxième, construit pour Colbert vers 1670, fut démoli en 1803 par un spéculateur qui voulait en vendre les matériaux. Le château actuel date de 1862 et appartient au Conseil Général depuis 1971.

Le parc de Colbert disparut plus tard et le parc actuel est plus petit car on vendit un tiers du terrain à des promoteurs pour financer la reconstitution du reste dans le style du XVIIème siècle. Les plans furent dressés en 1920 et accordent une grande importance à un entretien facile et bon marché, ce qui explique probablement pourquoi il semble assez nu et peut servir à des concerts pop. Je ne regrette donc pas trop d’en être resté au point de vue, d’où l’on est quand même impressionné.

Dinosaure à Massy

La fin de la voie verte du parc de Sceaux à Massy est facile mais plus ennuyeuse car on traverse des banlieues sans âme avec les grands immeubles d’Antony avant de longer simplement le remblai du chemin de fer. Les panneaux indicateurs disparaissent au niveau d’un rond-point où j’ai tenu à m’arrêter parce que les ouvriers de la ville de Massy étaient en train de construire des dinosaures en ferraille pour servir d’ossature à des plantations (comme on fait dans les jardins quelquefois).

Tyrannosaure en construction à Massy

Le tricératops était terminé et commençait à verdir tandis que le tyrannosaure  n’avait pas encore toute sa couverture de terre. On admirera aussi les palmiers autour du tyrannosaure. Je sais que les palmiers poussent assez bien en Béarn, en Provence et dans le Cotentin, mais j’étais surpris à Massy. Je ne sais pas non plus si les dinosaures sont simplement une fantaisie décorative qui change tous les ans ou si Massy a un lien particulier avec cette période géologique.

Ma carte ne montre pas de façon détaillée les rues de Massy et j’ai donc été obligé de me contenter de la grande avenue le long de la gare où les voitures vont un peu vite. Heureusement, ceci change très vite dès que l’on entre à Palaiseau où la route devient étroite et passe entre des maisons à un ou deux étages d’apparence villageoise. La petite place au milieu de village est très mignonne avec des bancs et j’en ai profité pour acheter un en-cas que j’ai mangé tout de suite. D’après Internet, plusieurs bâtiments un peu solennels sur cette place datent effectivement du XVIIème siècle et furent construits pour les seigneurs du lieu.

Je ne m’attendais pas du tout à trouver des bâtiments intéressants à Palaiseau, imaginant à tort que ce serait une ville de grands immeubles et de zones industrielles comme Antony et Massy. Même si une visite détaillée ne s’impose pas, c’était très agréable de sentir que je quittais la métropole. La ville se trouve presque au confluent de la Bièvre et de l’Yvette, qui sont encaissées d’environ 80 m dans le plateau comme presque toutes les vallées d’Île-de-France.

Je n’avais pas envie de monter immédiatement sur le plateau: même s’il y a quelques pistes cyclables, les routes sont rectilignes entre les champs de céréales et c’est monotone. J’avais envisagé la vallée de la Bièvre, mais il n’y a pas de route en amont de Jouy-en-Josas. Reste la vallée de l’Yvette, très peuplée mais où j’espérais trouver un cheminement cyclable le long de la rivière bien que ce ne soit pas très clair sur Internet.

Je suis donc descendu à la première occasion jusqu’à l’Yvette et j’y ai effectivement trouvé un sentier de petite randonnée suffisamment carossable et autorisé aux vélos qui longe la rivière. Un peu comme à Londres, on alterne entre un simple chemin le long des grillages des jardins et des sections de parc ombragé. Il y a aussi une interruption d’un kilomètre et j’ai suivi les marques pédestres dans les rues de Villebon.

Au bout d’Orsay, les bords de l’Yvette sont occupés par des instituts universitaires et des laboratoires scientifiques, mais on peut traverser le campus à vélo sans problèmes. Je n’ai pas cherché à visiter des monuments dans la vallée, je voulais être sûr d’avoir le temps pour les curiosités importantes prévues plus tard dans la journée et j’avais peur que les monuments ne soient dans les vieux centres nettement au-dessus de la rivière que je longeais.

J’ai fini par quitter la vallée de l’Yvette pour une vallée latérale dont la route est bordée d’un liseré vert prometteur sur la carte. C’était charmant bien que pas très différent de la Normandie et cela ne dure que deux kilomètres avant une bonne petite côte pour atteindre le plateau à Magny-les-Hameaux. Je n’ai pas eu le courage de faire le détour jusqu’à l’église qui est gothique et qui abrite des pierres tombales célèbres.

Magny est en effet la commune compétente pour le site de l’ancienne abbaye de Port-Royal-des-Champs. Je savais que l’on ne visite pas grand chose et que le site vaut principalement pour ses évocations historiques et intellectuelles, ce qui fait que je n’ai pas été trop déçu quand j’ai constaté que le site de l’abbaye est difficile d’accès et que l’on peut visiter seulement un musée dans un bâtiment sans intérêt apparent -il est gros et date de 1652, mais il est très austère.

Le monastère d’origine fut abandonné par les religieuses suite à une épidémie de paludisme en 1625 (elles se réfugièrent à Paris, d’où le nom du quartier de Port-Royal) et récupéré par un groupe de messieurs pieux qui y installèrent des ermitages en 1639. Leur réputation conduisit au retour des religieuses en 1648 et à la fondation d’un établissement d’enseignement (les « Petites Ecoles ») où la pédagogie innovante et le très haut niveau des maîtres comme Pascal incitèrent les parents à placer leurs enfants (comme le jeune Racine).

Lors de la guerre civile de 1652 (la Fronde), certains perdants se réfugièrent à Port-Royal et le jeune Louis XIV victorieux décida immédiatement de mettre au pas l’abbaye. Les religieuses comme les ermites commirent en plus l’erreur de relancer une discussion théologique sur les thèses de Jansenius que le pape avait condamnées. Après des années de controverse et de compromis provisoires, l’intransigeance des religieuses conduisit le Pape à supprimer l’abbaye et les religieuses furent transférées de force dans des couvents-prisons en 1709. Le roi décida en 1713 de faire raser les bâtiments dont il ne reste donc que les fondations.

Un point de théologie assez approximatif: Jansenius estimait que le péché originel est inhérent à l’homme et qu’il ne peut en sortir que par la Grâce, et il critiquait le concept inventé par les Jésuites selon lequel il fallait obéir aveuglément au Pape et châtier sans merci les hérétiques. Sur le premier point, il s’exposait à être confondu avec certaines thèses protestantes sur la prédestination.

Sur le second point, il pouvait être récupéré par des ecclésiastiques à l’esprit intrigant qui ne voulaient pas trop obéir au Pape, et il semblait en plus justifier une certaine tolérance envers les Huguenots que ni le roi de France, soucieux d’éviter tout contrepouvoir potentiel, ni le Pape qui sortait du Concile de Trente tout orienté sur la lutte contre les Protestants ne pouvaient accepter.

On peut être tenté de prendre le parti des perdants, mais il faut avouer en l’occurrence que les victimes l’avaient un peu cherché par leur intransigeance. Par contre, il faut regretter que les expériences pédagogiques n’aient pas eu de suite alors qu’elles anticipaient sur des réformes qui viendront un siècle plus tard. La raison principale pour laquelle Port-Royal garde une aura romantique est que de nombreux auteurs des années 1820 y accouraient pour ressentir des frissons sentimentaux dans les ruines et publièrent de nombreux opuscules sur leurs impressions.

Je n’ai donc pas vu grand-chose de Port-Royal, mais j’ai apprécié à sa juste valeur la superbe descente tortueuse du plateau dans le vallon. On remonte de l’autre côté, mais dans la forêt et pas trop raide. Je cherchais depuis un moment un endroit de pique-nique et les interdictions autour du site m’avaient ennuyé, mais j’ai trouvé une grande aire de pique-nique très bien équipée par le Conseil Général au bout de la côte en bord de forêt et j’en ai gardé le souvenir d’une pause très agréable malgré quelques insectes.

Mairie du Mesnil-Saint-Denis

Sur ce nouveau morceau de plateau, quelques kilomètres suffisent pour atteindre le Mesnil-Saint-Denis, où j’ai constaté avec un peu d’étonnement que j’étais à nouveau sur le territoire de la ville nouvelle de Saint-Quentin. Il y a un joli château du XVIIIème siècle devant lequel on peut passer car il abrite maintenant la mairie et j’ai pris la photo car je trouve que l’on ressent bien combien la politique peut éloigner les élus du peuple si l’on se réfère à ce bâtiment.

Ancienne abbaye Notre-Dame-de-la-Roche

Mon véritable était en fait l’ancienne abbaye Notre-Dame de la Roche. Le guide Michelin prétend  en effet que l’on y voit les stalles de chœur les plus anciennes et les plus belles de la région. J’ai certes trouvé le site, mais c’est maintenant une école d’horticulture et la chapelle ne se visite que sur inscription préalable à l’office de tourisme. J’ai trouvé la chose fort frustrante…En plus, ni la cour de l’école ni les bâtiments ne semblent particulièrement beaux.

Je n’ai pas remarqué l’emplacement de l’église du village suivant, Lévis-Saint-Nom, parce que je profitais trop de la grande descente dans la vallée de l’Yvette. Elle est plus rectiligne que celle de Port-Royal mais amusante quand même. Il paraît que l’église en question est gothique. Je n’ai pas remarqué non plus les nombreux manoirs des environs. La route descend un peu la vallée verdoyante et on est presque surpris de trouver aussi peu de lotissements dans ce cadre charmant. Je suppose que les règlements d’urbanisme du parc naturel régional y sont pour quelque chose.

Château de Dampierre

La vallée s’élargit à Dampierre où il y a un très beau château. Le maître d’œuvre était le gendre de Colbert et avait donc les moyens de faire appel en 1685 aux meilleurs talents de son temps, Mansart et Le Nôtre, qui avaient à peine commencé leur carrière à Versailles. En fait, le château est une extension du château d’origine, comme d’ailleurs Versailles, mais ceci ne se voit pas. Il y eut des transformations au XIXème siècle mais elles ne touchent pas l’extérieur qui est solennel et chaleureux en même temps grâce au recours à une pierre dorée.

Dampierre-en-Yvelines

Les doubles bandeaux de briques qui contrastent si joliment avec la pierre sont un peu démodés au moment de la construction: les briques sont plus typiques de l’époque de Louis XIII et les doubles bandeaux sont fréquents au XVIème siècle. Louis XIV visita plusieurs fois Dampierre et il convenait de montrer que l’on n’avait pas l’intention de faire concurrence à Versailles. Colbert fit de même à Sceaux. Le château est toujours resté dans la famille depuis 1663.

J’aurais pu me rendre depuis Dampierre à Chevreuse où l’on peut voir une église romane et un château fort médiéval, mais j’avais envie de nature et j’ai donc préféré passer par les Vaux de Cernay, un vallon dans la forêt qui semble extrêmement couru si j’en juge par la taille des parkings et des édicules de restauration rapide. C’est aussi un itinéraire très apprécié des cyclistes car j’en ai vus plusieurs là alors que je n’en ai pas vus le reste de la journée. On passe par Senlisse où il y a un château, mais celui-ci est invisible depuis la route.

Vaux de Cernay

Je n’ai pas osé laisser le vélo sans surveillance aux Bouillons de Cernay et je n’ai donc vu les cascades que depuis le bord de la route nettement plus haut. Pour être honnête, c’est peut-être excitant quand on habite en banlieue parisienne, mais on voit mieux dans la Petite Suisse Luxembourgeoise. Un ruisseau coule avec des petits rapides entre des blocs de rocher au fond du vallon et le mot cascade est un peu exagéré. En amont, on retrouve des étangs de barrage qui rendent le tout un peu artificiel comparé à la vallée du Hallerbach par exemple.

La Celle-les-Bordes

Je suis monté sur le plateau par une côte assez facile en forêt puis je suis descendu rapidement dans le vallon suivant vers La Celle-les-Bordes, petit village provincial en bordure de la forêt de Rambouillet. La principale attraction du village est un château qui ressemble assez à celui de Dampierre par les couleurs mais qui date de 1610, ce qui montre combien Dampierre est démodé pour son époque. On devine un peu le château sur ma photo, mais il est peu visible de la route.

Entre La Celle et Dourdan, j’ai hésité entre passer par Saint-Arnoult (église et moulin du XIIème siècle) ou par Rochefort. La deuxième solution paraissait un peu moins fatigante mais j’hésite à la conseiller car il y a beaucoup de circulation en raison d’une sortie d’autoroute. Tous comptes faits, la route qui mène à Rochefort est charmante et ombragée, mais Rochefort n’est pas passionnant.

Eglise de Rochefort-en-Yvelines

Comme j’avais envie de m’arrêter pour un en-cas, je suis monté à l’église qui se trouve en haut d’un grand escalier très peu pratique – l’accès par derrière pour les voitures fait un grand détour et est mal indiqué. L’église était fermée, comme souvent en région parisienne, et je me suis contenté de l’extérieur avec des contreforts du XIème siècle massifs et des fenêtres particulièrement petites. On a cependant une assez jolie vue depuis le parvis sur le village et la vallée.

Portail à chevaliers à Rochefort

J’ai aussi vu un détail amusant sur une entrée de propriété donnant sur le parvis: le portail est tenu par deux chevaliers stylisés avec armure et écu. Cela m’a rappelé un décor dans le film du « Seigneur des Anneaux ». Je suis ensuite redescendu sur la place du village puisque je n’avais pas trouvé de banc sur le parvis. Rochefort est un site classé et les maisons sont toutes en pierre, ce qui est mieux que le béton crépi, mais elles ne semblent pas très anciennes et les façades sont banales.

Forteresse de Dourdan

Après Rochefort, je suis remonté sur un petit morceau du plateau qui porte la forêt de Rambouillet, mais je n’ai pas vraiment profité de la verdure à cause d’une circulation incessante, probablement des navetteurs rentrant du travail par l’autoroute vu l’heure. Après la forêt, une descente modérée conduit directement dans le centre de Dourdan où j’ai tout de suite été impressionné par la grande forteresse en pierre blanche. Le site est très urbain comme à Brie-Comte-Robert, mais la forteresse est beaucoup plus grande.

Berceau des Capétiens à Dourdan

A la fin de la dynastie des Carolingiens, Dourdan est la résidence de l’une des deux familles les plus puissantes de Neustrie (l’autre résidence est Laon, siège de la famille de Vermandois). Le comte Robert parvient à se faire nommer duc des Francs par l’empereur et son fils Hughes Capet deviendra roi du nouveau royaume de France en 987. J’ignorais que Dourdan est donc le véritable berceau de la dynastie et non Paris. La ville fit toujours partie du domaine royal mais fut souvent donnée en apanage à des princes de sang qui en percevaient ainsi les revenus mais qui ne pouvaient pas la léguer à leurs descendants.

Entrée de la forteresse à Dourdan

Le château actuel date de Philippe-Auguste pour les remparts et de Sully en 1610 pour le corps de logis; il fut racheté par la commune en 1961 et abrite maintenant l’office de tourisme et un petit musée. Le plan simple en carré avec des tours rondes aux angles serait fortement inspirée de la forteresse du Louvre dont on ne voit plus que les fondations en sous-sol de la Cour Carrée. On date facilement la forteresse d’après le donjon qui est séparé du reste du château par un fossé supplémentaire; c’est un souvenir de l’époque des mottes féodales en bois et devient rare après l’an 1200.

Halle de Dourdan

La forteresse donne sur une grande place en pente avec une halle assez curieuse à l’autre bout qui date de 1836. La halle donne d’un côté sur un portail solennel et de l’autre côté sur une rotonde à trois pans, les deux bâtiments étant contemporains mais  relevant de styles complètement différents. On visite aussi à Dourdan l’église qui est d’origine gothique et très grande mais qui a été beaucoup remaniée plus tard. J’y ai particulièrement admiré une pietà contemporaine avec une représentation du corps du Christ très anatomique.

Big Ben à Dourdan

J’ai quitté Dourdan par la route de Paris qui passe un rond-point orné d’une tour fleurie. Ceci n’aurait rien de remarquable si n’était le fait que les ouvriers municipaux ont ajouté des cadrans d’horloge factices avec la mention « BigBen London ». C’est plutôt amusant et je suppose que c’est une allusion aux jeux olympiques se tenant à Londres en 2012. Ma photo n’est pas excellente mais on voit les fleurs et au fond les tilleuls taillés fort élégants de chaque côté de la route.

Vallée de l’Orge à Roinville

J’ai quitté la route à Roinville où je suis monté sur le plateau par une côte raisonnable qui donne une jolie vue sur la vallée calme et verdoyante de l’Orge. Le hameau au sommet de la côte s’appelle Marchais, ce qui rappellera aux gens de ma génération un secrétaire général inamovible du parti communiste français.

Château de Villeconin

On peut descendre très peu après dans le vallon de la Renarde pour passer à Villeconin, un village tranquille avec une église mignonne du XVème siècle fermée. Le porche est intéressant car il annonce ceux que l’on voit dans l’Orléanais. Le clocher a des ouvertures munies de choses que l’on appelle des abat-son et dont j’ai appris le nom à cette occasion. Il y a aussi dans le village un beau château vénérable car construit en 1388 par un des plus grands seigneurs de la cour de Charles VI, le roi atteint de folie pendant la guerre de Cent Ans. Le château est privé et ne se visite pas.

Vitrail médiéval à Saint-Sulpice-de-Favières

En descendant la vallée, je suis arrivé à la dernière curiosité d’une journée riche en monuments, la basilique de Saint-Sulpice-de-Favières. Le village est tout petit mais il y eut un pèlerinage extrêmement couru au Moyen-Âge et ceci permit la construction d’une somptueuse basilique gothique dans le style de la Sainte-Chapelle de Paris. Elle fut commencée sous le règne de Saint Louis qui encourageait vivement la dévotion populaire.

Stalles à Saint-Sulpice-de-Favières

L’église est particulièrement réputée pour ses très beaux vitraux du XIIIème siècle et c’est dommage qu’ils soient placés comme presque toujours tellement haut que l’on ne voit pas bien les détails. Par contre, on voit très bien les stalles du XVIème siècle et j’ai toujours beaucoup de plaisir à les admirer car c’est l’un des endroits dans une église où les sculpteurs peuvent le plus faire jouer leur créativité.

Miséricordes à Saint-Sulpice-de-Favières

Après tout, en dehors des sujets religieux qui ornaient les extrémités, il fallait aussi des motifs tous différents pour les miséricordes: il fallait que chaque moine reconnaisse facilement sa place et le motif devait être assez grand pour le deviner dans la semi-obscurité et pour fournir un appui suffisant pendant les offices souvent longs. Sur ma photo, l’appui de droite montre un moine mais celui de gauche montre un personnage plus modeste. La miséricorde est très Renaissance et joliment travaillée.

Tableautins à Saint-Sulpice-de-Favières

Ma troisième photo montre une série de petits tableaux dont je ne connais pas l’usage; je ne pense pas que ce soit une prédelle du fait des piliers latéraux et de la charnière au milieu. Les tableaux montrent évidemment la légende de Saint-Sulpice tandis que je suis incapable de donner l’époque. Soit c’est médiéval en supposant que l’on a repeint les couleurs, soit c’est une imitation particulièrement réussie. Je n’ai pas trouvé de référence à ces tableaux sur Internet.

De Saint-Sulpice, il ne me restait qu’une longue côte en pente douce dans le vallon d’un affluent pour atteindre Mauchamps où j’avais réservé une chambre d’hôtes. Le monsieur m’avait prévenu au téléphone qu’ils ne servent pas de repas et qu’il n’y a pas de restaurant à proximité, ce qui fait que j’avais apporté dans mes bagages deux plats préparés à réchauffer au micro-ondes achetés au supermarché de Daumesnil. Je ne dirais pas que c’était aussi bon que de cuisiner soi-même, mais on peut les utiliser en dépannage si on n’a pas besoin d’une portion copieuse.

Deux autres hôtes sont arrivés au moment où je finissais de dîner, un monsieur qui est parti rapidement dans sa chambre et un autre qui est resté dans la salle commune. Il a senti que je n’avais pas envie d’allumer le poste de télévision et nous avons commencé à papoter. Finalement, la conversation était tellement sympathique et intéressante que nous avons passé toute la soirée en bas, interrompus seulement un instant par un appel de sa fille.

Le monsieur (comme son collègue) travaille dans un centre de logistique à proximité, mais sa femme et sa fille sont restées en Normandie où il habitait avant de devoir changer de travail. Sa fille a seulement 6 ans et demi et c’est sûrement assez dur de passer toute la semaine loin de la famille. C’était amusant d’entendre le monsieur parler castillan à sa fille: il est d’origine espagnole et est arrivé enfant avec ses parents qui fuyaient la pauvreté dans l’Espagne franquiste.

Ses parents ont su le pousser à faire des études (il dit qu’ils ont beaucoup sacrifié pour rendre ceci possible) et on ne s’attend pas forcément à le voir dans la logistique quand on parle avec lui. Comme nous parlions de musique, il a commencé par me dire qu’il avait un goût un peu spécial et je m’attendais à le voir parler de technofunk ou de chants bouddhiques, mais il s’est avéré que nous sommes tous les deux grands amateurs de Schubert et d’opéra. Il m’a aussi dit qu’il avait longtemps fait partie d’une chorale et que l’un des chanteurs les plus difficiles est Jacques Brel car il ne respecte pas l’échelle des notes dans ses chansons, ce qui fait que la partition ne permet pas forcément de savoir comment chanter correctement dans ce cas.

Nous avons aussi parlé d’éducation des enfants en comparant mes neveux et sa fille. Il l’a incité à faire du poney, ce qui est intéressant car ma nièce a commencé un mois plus tard avec autant d’enthousiasme que sa fille en montrait. Nous avons enfin parlé de littérature, ce qui était amusant car il était un peu gêné de m’avouer lire Montesquieu, ce à quoi j’ai pu répondre que je lisais La Bruyère.

Si ce monsieur habitait au Luxembourg, je pense que je le rencontrerais souvent dans des concerts, au théâtre ou dans des expositions d’art puisque nous avons les mêmes goûts dans beaucoup de domaines. Il doit avoir une douzaine d’années de moins que moi, mais ce n’est pas gênant pour papoter à l’entracte les jours où mon copain ne peux pas m’accompagner. Je me demande s’il y a une petite chance que la famille déménage un jour au Luxembourg car l’employeur de Madame semble réduire ses activités tandis que leurs deux métiers sont tous les deux très demandés au Luxembourg.

Je n’ai pas pensé sur le moment à lui demander son adresse e-mail, mais j’ai laissé la mienne à la propriétaire le lendemain matin et elle le lui a transmis puisqu’il a repris contact un mois plus tard pour savoir quand je mentionnerais la soirée à Mauvières sur mon blog. C’est en tous cas l’une des soirées les plus sympathiques que j’ai eues dans une chambre d’hôtes depuis des années. La dame m’a dit le lendemain matin quand j’ai pris congé qu’elle avait vu le monsieur pour le petit déjeuner et qu’il avait également trouvé la soirée particulièrement agréable. Ceci m’a évidemment fait très plaisir.

Ceci mis à part, si on est en voiture et que l’on n’a pas besoin de dîner, la chambre d’hôtes est d’excellente qualité et mérite mes recommandations. Elle offre tout le confort dans un cadre soigné avec meubles anciens – les personnes sensibles prendront simplement la précaution d’un aérosol contre les moustiques car tous les hameaux de la région ont des mares d’eau stagnante avec les conséquences que l’on imagine.

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