Etape 8: Beauce

(8ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Jeudi 31 mai

98 km, dénivelé 355 m

Nuageux avec éclaircies, 21°

Mauchamps – Lardy – Janville – Gillevoisin – Chamarande – Etréchy – Champigny – Etampes – D21 – Chalou – Saclas – Méréville – Juines – Autruy – Erceville – Outarville – Poinville – Santilly – Château Gaillard

Beauce, départements 28, 45 et 91

La journée a aussi bien commencé que la soirée avait été agréable. La dame sert un petit déjeuner de très grande qualité avec plusieurs pâtisseries maison et j’ai en plus eu le plaisir de papoter avec un jeune couple néerlandais intéressant. Le jeune homme parle parfaitement français pour la bonne raison que sa mère s’est installée en France quand il était enfant pour reprendre un camping dans le pays basque près de Mauléon. Il avait tenu à retourner aux Pays-Bas après son bac mais m’a expliqué qu’il n’y resterait pas longtemps car il avait été déçu par le climat mais aussi par les relations entre les gens.

C’est intéressant car ceci rejoint ce que disait ma sœur quand elle étudiait à Groningen il y a une quinzaine d’années. Les parents de mon filleul ont un souvenir beaucoup plus positif de leur séjour de plusieurs années à Amsterdam, mais ils sont originaires du nord de l’Allemagne et c’est un environnement culturel très différent du sud de la France.

Le jeune couple circulait dans un minibus avec remorque chargé à en craquer car il transportait de nombreux équipements pour la nouvelle saison d’été du camping. Physiquement, le monsieur avait tout l’air d’un pilier de rugby béarnais et je peux facilement imaginer qu’il n’a aucun problème à maintenir l’ordre dans le camping même quand les vacanciers ont trop bu et font du tapage nocturne (chose qui semble poser des problèmes assez souvent dans les campings). J’aurais aimé le comparer avec l’ancien officier écossais rencontré en 2011 à Méolans, qui avait lui aussi des muscles et une présence impressionnants.

Boiseries de l’église de Mauchamps

Sur la recommandation de la dame, je suis encore allé voir l’église de Mauchamps (où habitant les Campusiens !) avant de quitter le village, profitant de ce qu’elle était ouverte. La visite est tout-à-fait intéressante car cette petite église romane est entièrement couverte de boiseries Louis XV surmontées d’urnes décoratives. Les bancs et la chaire semblent dans le même bois et c’est rare de voir un tel ensemble parfait.

J’étais tellement distrait par l’église ou par le couple néerlandais que j’ai oublié ma montre sur la table de nuit, mais je m’en suis rendu compte avant de quitter le village (parce que je la range à côté de l’appareil photo, que j’avais sorti dans l’église). Je suis donc revenu chez les gens, ce qui prend juste trois minutes dans un aussi petit village, et ai récupéré ma montre.

Je suis passé à la sortie du village devant un grand centre de logistique (Intermarché je crois) et j’ai donc su où travaille le monsieur si sympathique rencontré la veille au soir. L’entrepôt est directement au bord de la N20 où il y a une circulation de camions considérable car c’est l’itinéraire gratuit pour rejoindre Toulouse ou le Languedoc. Heureusement, il y a un pont au-dessus de la voie rapide.

De l’autre côté, je me suis retrouvé le long d’un terrain militaire où des troufions simulaient l’assaut d’un hélicoptère pendant qu’un autre engin s’approchait en rase-mottes au-dessus des champs de céréales et de ma route, le tout accompagné des claquements secs de balles à blanc. C’était assez curieux à regarder et une photo était tentante mais je me suis dit que je risquais fort de me faire arrêter si je m’attardais. Curieusement, le champ de manœuvres est directement visible depuis la route, ce qui est rare.

Mare de village à Torfou

La route passe ensuite le hameau mignon de Torfou avec sa mare à moustiques typique de la région (il y en a aussi dans les hameaux du plateau du Neubourg, qui ressemble beaucoup géologiquement, tandis que ce n’est pas le cas en Champagne Crayeuse par exemple). La photo montre aussi une très grosse ferme avec mur d’enceinte, un style traditionnel dans les régions subissant des invasions (Artois, Bessin ou donc Hurepoix). La route descend ensuite à travers bois jusqu’à Lardy où je voulais retrouver la vallée de la Juine qui propose de nombreux châteaux.

Jardin art déco à Lardy

Lardy (où habitent les Larziacois) était autrefois un bourg viticole assez riche mais ce que je voulais visiter d’abord était le jardin Boussard dont j’avais vu les références dans un prospectus de la chambre d’hôtes. Le jardin appartenait à un médecin qui y fit aménager en 1927 un décor à la mode. C’est un exemple rare de jardin art déco et il est inscrit comme monument historique; une suite de petites terraces ornées de rosiers nains donne sur une grande pelouse coupée par un petit canal en briques.

Jardin Boussard à Lardy

Le canal coupé de petits bassins ronds se termine sur une cascatelle ornée de mosaïque. Les mêmes mosaïques et les cascatelles se retrouvent sur les petites terrasses et on devine facilement que le paysagiste s’est inspiré des jardins du Generalife à Grenade. Soit dit en passant, le jardin est très difficile à trouver si on n’a pas un plan de ville mais je suis passé devant par hasard.

Mairie de Lardy

Lardy possède aussi une mairie très joliment installée dans un manoir avec douves, communs, terrasse et grand parc arboré au bord de la Juine. Un endroit parfait pour prendre un en-cas si cela avait été l’heure. J’ai fait avant un petit détour recommandé par la carte jusqu’à un  château sur l’autre rive de la Juine, celui de Mesnil-Voisin qui fut construit à partir de 1630. La première construction fur érigée pour un aristocrate par Michel Villedo, un simple ouvrier maçon de la Creuse (c’était un métier typique pour les paysans creusois si leur terre peu fertile ne suffisait pas à assurer la subsistance de la famille pendant l’hiver).

Château de Mesnil-Voisin

Le jeune homme venait d’une famille un peu aisée et savait donc lire, mais il avait aussi de l’entregent car il se vit confier la construction d’un château pour un conseiller au Parlement avant même de passer maître maçon en 1629. Il donna son premier emploi à Louis Le Vau, fils d’un tailleur de pierre, et le forma si bien que Le Vau devenu architecte célèbre confia à Villedo la direction des travaux de maçonnerie à Vaux-le-Vicomte. Entrepreneur dynamique, c’est Villedo qui lotit et construisit le quartier du Palais Royal à Paris.

Le château de Mesnil-Voisin semble avoir été dessiné par Mansart puis agrandi par Robert de Cotte. C’est donc une œuvre majeure de style Louis XIV, d’autant plus qu’il y a peu de châteaux construits par Mansart en dehors du palais de Versailles (principalement Balleroy et Maisons-Laffitte). Le château tomba en ruines après la seconde guerre mondiale mais un acheteur privé l’a racheté et la restauration est presque terminée.

Communs du château de Mesnil-Voisin

C’est un magnifique château avec un parc au bord de la Juine et des douves alimentées par un canal. Plus que le logis principal en U et les pavillons des gardes, j’ai beaucoup admiré les communs, séparés de la cour d’honneur par un grand mur peint en jaune avec colonnade en pierre grise et urnes au sommet. Un gigantesque pigeonnier trône au milieu de la cour des communs; les experts admirent ses 3500 boulins, sa toiture en poivrière et son escalier intérieur mobile, mais je n’ai évidemment rien vu de tout cela. En tous cas, le détour jusqu’au château était amplement justifié.

Château de Gillevoisin

Après m’être un peu attardé à Lardy, je suis arrivé en remontant la vallée de la Juine devant un autre château, mais qui ne figure pas clairement sur la carte car c’est une école hôtelière. J’ai bien fait de descendre dans la cour car le château de Gillevoisin est très élégant. Le bâtiment principal fut construit pour un des propriétaires de la Manufacture des Gobelins vers 1640 mais il faut l’imaginer sans la tour peinte en rose pour imiter le style Louis XIII qui date de 1898 et qui fut construite pour un ancien président du conseil de la 3ème république.

Ecole hôtelière de Gillevoisin

Les communs sont plus anciens et la légende y fait séjourner Henri IV vers 1585. La seule chose qui se visite est la chapelle mais je ne l’ai pas remarquée, ce qui est dommage car elle est ornée de fresques bibliques d’un artiste contemporain (1998). Le château fut récupéré par l’Etat en 1950 et abrite une école pour adolescents en difficulté financée par une fondation.

On les y forme aux métiers de l’hôtellerie et il y a d’ailleurs un restaurant d’application ouvert au public – les menus sont assez simples mais bon marché, la vocation des élèves étant plus les cuisines collectives que les grands restaurants. Je suis passé le long du château en poussant le vélo puis j’ai découvert que l’on peut traverser la Juine sur un petit pont en bois et ressortir du domaine sur l’autre rive, chose très pratique car le prochain château est justement de ce côté.

Ce troisième château est celui de Chamarande, qui se trouve au milieu d’un grand parc plus ou moins forestier avec quelques allées de platanes gigantesques. On peut apparemment y voir aussi quelques fabriques de jardin, mais je n’ai pas fait le détour faute de temps. Le château fut construit vers 1660 pour un haut fonctionnaire de Louis XIV dans un style un peu démodé pour son temps qui le revendit au Premier Valet de Chambre du Roi en 1685 -les personnes qui faisaient construire des châteaux sous Louis XIV, particulièrement les parvenus, avaient souvent les yeux plus gros que le ventre et revendaient le château à peine achevé pour payer leurs dettes. Louis XIV encourageait ce comportement qui garantissait que les riches ne consacrent pas leur argent à comploter contre lui.

Château départemental de Chamarande

Le château servit dans les années de 1950 de centre de formation des scouts puis fut vendu en 1978 au conseil général qui s’en sert pour les archives départementales et comme galerie d’art contemporain. C’est un usage raisonnable pour les châteaux qui ont été habités pendant des siècles et revendus fréquemment, l’intérieur ne contenant plus dans ces cas de décors ou de meubles historiques. Quand je suis passé, on installait dans la cour des communs une scène, des hauts-parleurs et des guéridons de réception, peut-être pour un concert ou un mariage.

Le château est considéré comme un très bel exemple du style Louis XIII avec ses murs en briques coupés par les encadrements en pierre de taille des fenêtres. Les ouvertures du rez-de-chaussée sont presque aussi grandes que celles du premier étage, ce qui n’aurait pas été le cas à la Renaissance, et il y a simplement un fin bandeau de pierre pour souligner les étages alors qu’il y a un bandeau double plus épais à Dampierre, construit dans un style plus ancien. A Mesnil-Voisin et à Gillevoisin qui sont plus tardifs de 30 ans, les fenêtres du rez-de-chaussée sont nettement plus grandes que les autres et il y a un étage semi-enterré avec simples lucarnes pour le service.

Puisque le château de Chamarande n’est pas historique, je me suis contenté de le regarder de l’extérieur, je suis sorti du parc par une petite côte imposée par le pont sur la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse (qui m’a amusé car je la connais bien) puis j’ai traversé la Juine pour éviter la N20 de la rive gauche. Sur la rive droite, je suis passé à Morigny qui a deux grands monuments historiques.

Le château de Jeurre est malheureusement invisible derrière de hauts murs et il faudrait le visiter séparément car il est surtout connu pour une demi-douzaine de fabriques de parcs récupérées en partie à Méréville et à Saint-Cloud. Je ne pouvais de toute façon pas y accéder car l’entrée est sur la N20 que je préférais éviter.

Restes de l’abbatiale de Morigny

L’autre monument est le reste de l’abbatiale de Morigny, fondée au XIème siècle, qui fut protégée et très encouragée par les rois de France car elle se trouvait directement sur une de leurs principales routes entre Paris et le Val de Loire. Elle déclina plus tard comme la plupart des abbayes françaises et la nef de l’abbatiale s’effondra en 1585, conduisant la paroisse à boucher le trou au moyen d’un grand mur aveugne franchement laid. L’église a été rénovée mais est normalement fermée; elle vaut donc surtout par l’évocation historique.

J’ai retraversé la Juine pour entrer dans Etampes, la principale ville de la région, où j’étais attiré par pas moins de quatre églises intéressantes sur la carte. A noter qu’il y a pas mal de circulation dans Etampes et que les églises sont réparties sur plusieurs kilomètres. La ville est historique car c’était un point s’appui très important pour les premiers rois de France capétiens, dont la famille venait de Dourdan mais qui avaient besoin d’Etampes pour contrôler la route Paris-Orléans.

En 1079, le roi Philippe Ier y passa ainsi tout un hiver; il tenta de déloger le seigneur du Puiset, un guerrier pillard qui terrorisait la Beauce, mais son armée fut écrasée et ceci montre le peu de pouvoir d’un roi de France cent ans après l’élection d’Hugues Capet. Ces problèmes se résoudront pour une bonne partie par les Croisades, qui attirent les aventuriers en Orient et affaiblissent les familles féodales les plus turbulentes. Etampes est l’une des seulement douze « bonnes villes » du royaume de France vers 1200, ce titre s’appliquant aux villes indépendantes des seigneurs féodaux et dotées d’institutions locales.

Portail d’église à Etampes

Des quatre églises, la première est l’ancienne église des bourgeois, Saint-Basile, qui date en partie de 1145. Les voûtes sont début gothique mais l’église était fermée lors de mon passage et je me suis contenté du portail. Il est malheureusement assez abîmé par les gaz d’échappement car la N20 passait juste devant, mais c’est un mélange intéressant d’influences normandes (les chevrons) et méridionales (les personnages allongés dans la courbure). J’ai aussi admiré les ferrures de la porte.

Chevet fortifié de la collégiale d’Etampes

La deuxième église était la seule que j’ai trouvée ouverte. C’était celle du chapître, la collégiale Notre-Dame-du-Fort, qui est une église fortifiée entourée d’un mur aveugle à créneaux assez impressionnant. Les chanoines avaient des revenus très importants et se sentaient induits à montrer leur influence et leur primauté par une église dûment imposante.

Portail de la collégiale d’Etampes

L’entrée principale est un somptueux portail d’environ 1140 qui est clairement influencé par les plus grandes constructions de l’époque comme Chartres (les statues-colonnes et le tympan). Les anges en ronde-bosse dans les coins au-dessus des voussures sont exceptionnels. Les sculptures ont malheureusement été abîmées pendant les guerres de religion, mais sont extraordinairement détaillées. Ma photo semble montrer la fuite en Egypte et la Sainte Cène.

Portail intérieur peint dans la collégiale d’Etampes

A l’intérieur, c’est un grand vaisseau gothique austère mais très lumineux et représentatif du style. Il y a quelque chose de très étrange et de très rare dans une des nefs latérales, une fresque formant l’encadrement d’une porte. La fresque est très colorée avec des carrés unis alternés et des armoiries, ce qui me fait penser aux costumes du XIVème siècle. En fait, c’est une fresque du XVIème siècle qui montre l’Ecce Homo. Je n’ai jamais vu ce genre de décor dans une église mais je sais que les églises médiévales étaient peintes de couleurs vives, ce qui fait que c’est peut-être plus authentique que les grands murs en pierre nue habituels.

La troisième église, l’église du faubourg, était fermée. C’est une église romane connue surtout pour son plafond en bois peint à la Renaissance qui m’aurait sûrement vivement intéressé. La quatrième église, fermée elle aussi, est Saint-Martin, une collégiale qui dépendait de l’abbaye de Morigny et qui fut construite vers 1200. C’est donc une église gothique.

Clocher penché de Saint-Martin-d’Etampes

Son intérêt principal est la tour, qui est séparée de la nef et qui est fortement penchée. On ignore donc souvent qu’il y a une « tour de Pise » à Etampes ! En fait, le terrain s’affessa alors qu’on avait construit le niveau inférieur de la tour et les maçons s’y adaptèrent en construisant le reste selon une autre verticale. On se rend très bien compte sur la photo que la tour forme une courbe un peu comme un concombre. Il y a une place devant la collégiale avec des bancs sous de grands tilleurs et j’en ai profité pour pique-niquer.

J’avais toutefois visité avant non seulement les églises mais aussi quelques-uns des hôtels particuliers, Etampes en ayant plusieurs grâce à la richesse des terres de la région qui permettaient quelques fantaisies aux propriétaires terriens. Ce sont des hôtels Renaissance ou classiques pour la plupart, construits en pierres et crépi, et ils sont plus intéressants que pittoresques.

Maison Renaissance à Etampes

Les deux qui valaient le plus une photo sont celui du syndicat d’initiative et celui de l’hôtel de ville. Le premier est aussi appelé hôtel d’Anne de Pisseleu et date de 1538 pour rappeler le fait qu’Anne, favorite du roi François Ier, fut duchesse d’Etampes. Détestée pour ses intrigues politiques, elle prit sa retraite en 1547 à la mort du roi et se fit protestante comme pas mal de hautes dames de la cour, fâchées du machisme des nobles catholiques.

Même la sœur de François Ier, très cultivée, était fortement tentée par le protestantisme et protégea de nombreux artistes de la religion réformée. C’est le roi lui-même qui décida de combattre le protestantisme pour des raisons politiques, préférant s’allier à la Papauté dans l’espoir d’avantages territoriaux en Italie plutôt que d’améliorer sa situation financière en nationalisant les biens de l’Eglise comme Henri VIII le fit en Angleterre.

Mairie d’Etampes en style troubadour

La maison appartenait en fait à un fonctionnaire, Monsieur Lamoureux, contrôleur des tailles. C’est la plus jolie de la ville grâce à sa tourelle en briques. La seule qui fasse concurrence fait maintenant partie de l’hôtel de ville, mais l’effet est faussé dans ce cas par trois mini-tourelles ajoutées au XIXème siècle.

J’avais réservé une chambre d’hôtes directement sur la N20 à 30 km d’Etampes, mais j’ai estimé que j’avais largement le temps de faire quelques détours d’abord plus à l’ouest puis plus à l’est. J’ai commencé par longer la petite vallée de la Chalouette, qui est verdoyante et calme et qui ne faisait pas un grand détour. Ce n’est toutefois pas un endroit très excitant et il faut quand même monter au bout sur le plateau de Beauce par une grande côte toute droite.

J’espérais trouver au village de Chalou-Moulineux une église intéressante mais la carte exagère car la petite église romane est assez banale et fermée. Il faut en plus redescendre dans le ravin pour franchir la Chalouette au niveau de sa source et remonter de l’autre côté.

Je suis resté ensuite quelques kilomètres sur le plateau le temps de longer l’aérodrome de Mondésir, un des principaux berceaux de l’aviation. En effet, on y trouvait les écoles de pilotage de Blériot et de Farman et le directeur de l’Aérospatiale fut un temps maire d’Etampes. La célèbre Patrouille de France, maintenant installée à Salon-de-Provence, fut créée sur cet aérodrome.

Parc de Saclas

Je suis descendu de Mondésir à nouveau dans la vallée de la Juine au niveau du bourg de Saclas où je pensais trouver un pont médiéval recommandé par un prospectus. Honnêtement, le pont est tout petit et ne vaut pas le déplacement. Par contre, Saclas se trouve au confluent de trois vallées et la ville en a profité pour installer un grand parc très agréable  traversé de divers canaux et courants qui glougloutent sous de grands peupliers. Il y a aussi un étang de pêche, des bancs et des topiaires. Je n’ai pas trouvé de détails sur ce parc qui est peut-être un parc de château à l’origine.

Lavoir sur la Juine à Méréville

J’ai encore remonté un peu la Juine pour atteindre le dernier bourg du département, Méréville, où l’on entre après avoir passé la rivière au niveau d’un lavoir très mignon du XVIIIème siècle. Je n’ai pas pensé à prendre des photos à chaque rivière traversée, mais la Juine le méritait vu le temps passé dans sa vallée. Il y avait autrefois un château au bord de la rivière avec un grand parc célèbre pour ses fabriques. Curieusement, le lavoir était certes un endroit pratique, mais était aussi à l’origine une des fabriques du parc.

Le château et le parc datent des années 1785 et accueillirent les plus grands hommes de l’époque et de nombreux artistes, mais les propriétaires ultérieurs l’entretinrent mal et il était presque en ruines quand il fut acheté par un groupe immobilier japonais en 1997 pour en faire un hôtel de golf. François d’Ormesson, frère du célèbre académicien, convainquit le conseil général de racheter l’ensemble en 2000 et la restauration suit son cours avec une sage lenteur depuis.

Halle de Méréville

Faute de visiter le parc ou le château, j’ai visité la halle. En effet, le seigneur local obtint en 1511 le droit de tenir un marché hebdomadaire (facteur de richesse très important quand le roi en autorisait un) à la condition de construire la halle qui est une construction très impressionnante de 40 m sur 18. La hauteur est particulièrement spectaculaire et je suis toujours fasciné par les méthodes très habiles employées pour relier les différents bois de ces charpentes apparentes.

Méréville est aussi connu pour ses cressonières, l’Essonne fournissant 40% de la production française. Je me suis donc arrêté au bord d’une cressonnière en quittant le bourg pour mon dernier en-cas de la journée. Un ministère a décrété en 1992 qu’il s’agit d’un « paysage de reconquête », expression martiale un peu étrange et moins adaptée que le label « Site remarquable du goût » accordé en même temps. Une cressonnière n’est pas très spectaculaire, mais suffisamment inhabituelle pour justifier une « maison du cresson ».

Cressonières à Semainville

Je regrette simplement que le cresson pousse en eau stagnante peu profonde qui exerce une attirance irrésistible sur les moustiques. Ceci mis à part, le cresson est un légume très sain et appétissant même si cela fait longtemps que j’ai vu une soupe au cresson dans un restaurant. Il est très riche en fer, en calcium et en vitamines, mais il a un goût âcre dû au soufre si on le mange frais (comme les radis).

La cressonière était la dernière attraction de la vallée de la Juine. Je n’ai plus eu que deux côtes sur une très petite route mal indiquée et je me suis retrouvé sur le plateau de Beauce que j’allais traverser jusqu’au lendemain midi. La Beauce a la réputation d’être la région la plus plate et la plus monotone de France, ce qui n’est pas entièrement justifié.

Champ violet près d’Outarville

En effet, les Landes et la Champagne Crayeuse lui font concurrence, la première parce que les forêts de pins sont monotones, la seconde parce qu’il n’y a pas un seul arbre pour couper la vue. En fait, la Beauce devient légèrement plus variée dès que l’on se trouve à l’ouest de la N20. A l’est entre la N20 et Pïthiviers, c’est le secteur le plus ennuyeux. Finalement, comme il était tard et qu’il convenait que je presse un peu, des routes toutes droites entre des villages sans intérêt ne convenaient pas si mal.

Comme j’avais réservé dans un hameau directement sur la N20, la route la plus rapide était évidente, mais je n’avais aucune envie de me faire doubler par des poids lourds roulant à tombeau ouvert toutes les 10 secondes. Pensant qu’il serait plus facile de traverser la voie rapide dans un gros village où il y aurait peut-être un feu, je me suis dirigé vers Toury.

Rien à signaler sur 20 km jusque là, le paysage est effectivement plat et monotone avec toutefois un horizon pas trop triste car il y a ici et là des bosquets ou au moins des rangées d’arbres. Et il y a aussi le long de la N20 toute une série de lignes à haute tension et un grand nombre d’éoliennes. Curieusement, je n’en ai pas vues dans le reste de la Beauce alors que le paysage s’y prêterait.

Toury est un petit bourg muni effectivement du feu espéré et d’une gigantesque usine de betterave sucrière. L’odeur de la sècherie de betteraves est aisément reconnaissable, c’est une odeur sucrée et chaude qui donne légèrement la nausée. Je la connaissais bien parce que j’ai eu un correspondant est-allemand qui habitait sous le vent d’une usine semblable.

Eglise à galerie à Toury

Je me suis arrêté deux minutes à Toury pour regarder l’église qui est munie d’une curieuse galerie gothique. On voit sur la photo qu’il était déjà 19 h 10, c’est effectivement l’un des rares jours où je suis arrivé après 19 h 30 qui est mon heure limite pour appeler les gens quand j’ai réservé le dîner puisque j’arrive presque toujours vers 19 h.

Après encore un morceau de plateau de Beauce sur une route rapide mais exposée à un petit vent frais du soir qui freinait, j’ai atteint le hameau de Château-Gaillard où j’avais réservé. Il est très difficile de trouver une chambre d’hôtes dans la Beauce car c’est une région qui n’attire ni les touristes ni les VRP et qui est assez proche de Paris. Celle que j’ai prise sert probablement plus souvent à des gens qui ont besoin de faire étape sur un long trajet entre les Pays-Bas et le Sud de la France par exemple et qui cherchent un arrêt après avoir contourné Paris.

C’est propre, confortable et assez bon marché mais le petit déjeuner est très simple. Heureusement, bien que la maison donne directement sur la N20, un feu ralentit les camions et les chambres donnent sur l’arrière. J’ai quand même été obligé de mettre des boules Quiès car un monsieur dans la chambre voisine était malade et ronflait trop bruyamment. Je ne l’ai pratiquement pas vu parce que l’on ne peut pas dîner sur place. J’ai par contre eu l’occasion de papoter dix minutes avec la dame et son mari, même si elle n’était pas très communicative au début.

En synthétisant, ils tiennent une grande ferme céréalière et betteravière et font sûrement partie de ces gros agriculteurs qui agitent les esprits à Bruxelles et qui forment le groupe de pression extrêmement puissant de la FNSEA. Ils ont dix ouvriers à l’année, ce que je n’avais jamais rencontré en 20 ans de chambres d’hôtes à la campagne. Pour occuper les ouvriers en dehors des récoltes et rentabiliser les machines, ils lavent des pommes de terre sous contrat pour Nestlé.

Je n’ai pas très bien compris dans quels produits entrent ces pommes de terre, mais le monsieur m’a dit clairement qu’elles sont transportées sur plusieurs centaines de kilomètres de l’usine chez lui et retour pour le simple fait d’être lavées. Ceci me semble un exemple révoltant des excès du capitalisme industriel car il ne fait aucun doute que cette méthode de lavage représente un gaspillage énorme du point de vue écologique (et je n’ai pas encore mentionné que l’eau de surface n’existe pas en Beauce et qu’il faut la pomper à grands frais d’une nappe phréatique qui baisse de façon inquiétante).

Il y a peut-être une confusion quelque part car Blédina, qui fabrique effectivement ses petits pots à Brive (et dans lesquels il y a 20% de purée et 80% de divers ingrédients mystérieux) appartient à Danone et pas à Nestlé – alors que le monsieur parlait de Blédina et de Nestlé.

Nous avons aussi parlé des éoliennes puisque je trouvais étonnant qu’il n’y en a que le long de la N20. La dame m’a expliqué qu’elles ont été vues à l’origine, quand les emplacements étaient loués aux agriculteurs 10.000 €, comme un genre de garantie d’héritage. Les gens qui avaient du terrain en mettaient de côté à raison d’une éolienne par enfant. Malheureusement, les prix de location ont diminué.

Par ailleurs, certains agriculteurs comme la dame utilisent des chariots d’irrigation disposés en longueur plutôt que des jets d’au tournants et ne peuvent donc pas louer des emplacements sans changer leur système d’irrigation. Au total, les céréaliers sont plus libres que les producteurs de pommes de terre, qui doivent arroser leurs terres plus régulièrement.

La dame est aussi devenue plus hésitante depuis qu’elle est passée un jour le long d’un champ où il y avait une pale enfoncée verticalement. Elle n’a pas su si elle était vraiment tombée, mais elle n’a plus vraiment confiance. Par contre, elle ne s’inquiète pas tellement du vrombissement ou de l’effet esthétique vu qu’elle a déjà les lignes à haute tension et la N20. Elle est simplement un peu gênée par les lumières clignotantes rouges au sommet des mâts quand elle a une insomnie.

Pour dîner, j’avais le choix entre deux restaurants de routiers, un en haut du village et un en bas. Celui du haut étant nettement plus petit et trop près, j’ai pris celui du bas pour profiter du bon air nocturne le long de la nationale. On passe aussi devant une maison où un énorme chien-loup bondit de plus de deux mètres en hurlant et arrive presque à chaque fois à surmonter le portail pourtant fort haut.

Le restaurant de routiers semble très connu et a suffisamment de succès pour se payer deux hommes uniquement occupés à guider la manœuvre des camions. J’ai très rarement l’occasion d’aller dans un restaurant de ce genre mais je dirais que c’est nettement préférable aux restaurants d’autoroute. Il y a beaucoup de clichés attachés à ce genre d’établissement et certains ne sont pas faux: décor sommaire, postes de télévision montrant du football, types accolés au bar, service rapide…

On retrouve aussi les stéréotypes des films ou des romans: le routier solitaire qui lance des plaisanteries un peu osées aux serveuses qui ne manquent pas de répondant, les chauffeurs qui se retrouvent entre copains, les discussions sur la mécanique… Mais il y a aussi la serveuse qui demande aux gens commandant une grande pression s’ils ont leur temps de repos après. Les routiers m’ont laissé tranquille dans un coin parce que j’étais habillé de façon visiblement différente, mais j’ai échangé quelques mots à la fin avec la table voisine et j’aurais certainement pu faire la conversation pendant deux heures si j’avais essayé.

On mange très bien dans ce restaurant pour pas cher. Pour 12 € (prix standard dans ce domaine), j’ai eu un grand buffet de crudités à volonté avec même un peu de charcuterie, un excellent plat du jour qui était une paëlla maison et pour terminer une île flottante maison aussi. Je pense que le cuisinier peut faire ce genre de plats parce qu’il a besoin de grandes quantités. J’étais en tous cas très content de l’expérience.

Ceci pose une bonne question si on voyage en voiture: si on veut du calme et du style, on ira ailleurs. Mais si on veut un repas servi rapidement, bon, frais et pas cher, c’est une bonne idée. Et il doit falloir savoir où sont les meilleurs restaurants du genre – il y avait une liste de restaurants associés sur le napperon qui serait une bonne idée. Je ne me suis pas ennuyé en tous cas tellement il y avait de conversations et de gens qui rentraient et sortaient.

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