Etape 11: Touraine

(11ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Dimanche 3 juin

85 km, dénivelé 505 m

Averses de crachin puis éclaircies, 21°. Vent d’ouest gênant.

Selles sur Cher – Châtillon – Meusnes – Saint Aignan – Céré la Ronde – Orbigny – Montrésor – Loches – Saint Senoch – La Fontaine

Touraine, départements 37 et 41

Distance nettement plus courte pour cette journée en partie à cause de la gêne causée par le vent d’ouest mais aussi parce que je souhaitais avoir suffisamment de temps pour visiter deux villes, une prévue de longue date, Loches, et une qui s’est avérée justifier une visite plus longue que prévue, Saint-Aignan.

Je n’ai pas eu besoin de réviser mon jugement sur la chambre d’hôtes avec le petit déjeuner, car la dame est restée invisible en dehors de 30 secondes pour encaisser. Tout était déjà servi quand je suis descendu et les quantités étaient visiblement fondées sur la consommation d’un touriste à petit appétit voyageant en voiture. J’ai papoté quelques minutes avec d’autres hôtes, mais ils sont partis rapidement.

Puisque j’avais fait le tour de Selles la veille, je me suis contenté de passer au supermarché puis de reprendre la nationale jusqu’au pont sur la Sauldre, une autre rivière issue de Sologne aux eaux brunes très lentes. Une petite route charmante m’a mené à Châtillon-sur-Cher, où les voitures ne pouvaient pas entrer en raison de la braderie annuelle – comme c’est un petit village rural, il s’agit de forains qui installent des étals. A cause du crachin, il n’y avait pas tellement de monde et j’ai pu traverser la zone commerciale sans problèmes. Je voulais visiter l’église du XIIème siècle qui abrite un tableau de l’école de Léonard de Vinci et j’ai été surpris de constater qu’elle était fermée même le jour de la braderie annuelle.

Une jolie descente fort raide et un pont banal permettent de traverser le Cher pour atteindre Meusnes, un assez gros village qui fut longtemps connu pour ses carrières de silex produisant les meilleures pierres à fusil de France. Je voulais visiter l’église mais j’ai hésité en voyant l’agitation autour du portail. Un nombre inhabituel d’enfants m’a permis de comprendre que c’était probablement le dimanche des communions, mais le curé n’était pas encore arrivé.

Par contre, les familles endimanchées accouraient et on aurait pu consacrer un bon moment à critiquer les toilettes qui allaient du très élégant au « bien intentionné mais assez malheureux » ou au « m’as-tu-vu » avec paillettes ostentatoires. Je me suis contenté d’un coup d’œil rapide à l’intérieur de cette église du XIème siècle et j’ai même pris une photo de l’architecture curieuse du transept.

Eglise de Meusnes

Apparemment, les petites ouvertures en plein cintre entre la nef et le transept au-dessus de l’arc triomphal sont une survivance des traditions carolingiennes. Mais on a l’impression qu’il y a deux murs l’un derrière l’autre chacun avec ses ouvertures qui ne passent pas avec celles de l’autre mur, d’autant plus qu’il y a des contreforts pour appuyer le mur donnant dans la nef. Un expert en conclut donc que l’on a construit d’abord le transept et le chœur avec une façade provisoire puis que l’on a construit un peu plus tard la nef en laissant l’arc provisoire derrière le nouvel arc triomphal. Un exemple intéressant d’un bâtiment dont on voit l’histoire.

Pont sur le Cher à Saint-Aignan

Panorama de Saint-Aignan-sur-Cher

Après Meusnes, j’ai continué à descendre un peu la vallée du Cher jusqu’à Saint-Aignan, un gros bourg touristique assez animé. J’ai commencé par m’offrir un en-cas au bord du Cher car il y a une charmante promenade ombragée sur une île du fleuve avec une jolie vue sur le bourg dominé par la collégiale et un grand château. Le pont sur le Cher a de moins belles piles qu’à Selles mais les arches semblent plus anciennes et il y a même encore un moulin sur la dernière arche comme au Moyen-Âge, transformé maintenant en café.

Pandas au balcon à Saint-Aignan

La commune a ronéotypé un petit prospectus pour inciter les touristes à se promener dans les rues et à fréquenter les commerces locaux. Comme je n’étais pas pressé, j’ai suivi une grande partie du circuit, mais ce n’est pas transcendant. Ce qui est amusant, c’est plutôt que les rues sont tortueuses et irrégulières avec diverses placettes. Une des maisons sur la place principale m’a beaucoup amusé car les propriétaires ont décoré leur balcon avec des bambous en pot et deux pandas géants en peluche qui font mine de papoter assis sous un parasol. C’est mignon comme tout et c’est vrai qu’on est incité à remarquer le restaurant qui est installé au rez-de-chaussée de la maison.

Chapiteaux à Saint-Aignan-sur-Cher

J’ai fini par monter ensuite à la collégiale où je pensais que la messe des communions serait terminée. Effectivement, j’ai pu encore regarder les portails quelques minutes pendant que l’église finissait de se vider. J’ai aussi noté l’enfeu qui abritait autrefois la tombe d’une dame bien née mais à qui l’on avait refusé l’honneur d’être enterrée à l’intérieur car elle aurait « détourné le seigneur du lieu de son épouse légitime ». Si c’est le cas, elle a un bien plus beau tombeau que l’épouse.

Il y avait une seconde messe peu après mais on pouvait visiter entre les deux, ce que faisait d’ailleurs aussi un jeune couple avec son guide vert. La collégiale date pour une bonne partie du XIème siècle et a marqué un peu dans mon voyage le retour au style roman des chemins de Compostelle après les églises gothiques du domaine royal.

Chapiteau à Saint-Aignan-sur-Cher

L’église comprend pas moins de 250 chapiteaux sculptés, ce qui est considérable et a peu d’équivalents en France; les sculptures sont étonnamment fines et détaillées… ce qui s’explique mieux quand on sait qu’une bonne partie d’entre eux ont été reconstitués au XIXème siècle après les dégradations de la Révolution (Saint-Aignan semble une ville où les conflits entre catholiques et anticléricaux ont toujours été virulents).

Sur ma photo, on voit à gauche la Visitation et au milieu un homme tenant une panthère par l’oreille, soit Daniel avec les lions, soit un symbole de la victoire sur le mal. L’autre photo montre une sirène un peu floue car c’est difficile de tenir un téléobjectif correctement pour les chapiteaux.

Fresque dans la crypte à Saint-Aignan

J’étais particulièrement attiré par Saint-Aignan parce que j’avais lu que la collégiale est construite sur une crypte ornée de fresques. A cause des messes, on ne pouvait pas accéder ni allumer la lumière, mais le jeune couple a trouvé moyen de circonvenir le sacristain et je me suis empressé de les suivre pendant les 10 minutes autorisées par le gardien. J’ai toujours aimé l’atmosphère un peu mystérieuse des cryptes et celle-ci surprend par sa luminosité car le dévers du terrain permet quelques ouvertures vers l’extérieur.

Curieux chapiteau polychrome

La crypte est également ornée de chapiteaux romans dont un chapiteau polychrome tout à fait extraordinaire avec des têtes moustachues, des palmiers et des colonnes rappelant l’Egypte ancienne. Les palmiers sont probablement copiés d’un tissu byzantin tandis que les seules têtes moustachues dont je me souviens sont dans le Roussillon où elles datent de l’an mil.

Pantocrator à Saint-Aignan

Outre les chapiteaux, la crypte est ornée d’une série de fresques dont certaines que l’on ne peut pas voir sans éclairage artificiel. Les couleurs sont très fraîches et la dominante verte change agréablement des tons rouille de la vallée du Loir. La fresque la plus ancienne est un Pantocrator d’inspiration byzantine qui date du XIIème siècle et la plus belle avec des personnages assez vivants sur un fond de bandes tricolores date de juste avant la Guerre de Cent Ans. Preuve qu’il ne faut pas toujours faire confiance à Internet, Wikipedia dit que cette fresque date du Xème siècle, chose idiote si la crypte date du XIème siècle comme indiqué dans la phrase précédente !

Vue depuis la terrasse du château de Saint-Aignan

Après avoir bien visité la crypte, j’ai quitté l’église en même temps que le jeune couple et je suis monté au château. C’est un domaine privé mais les propriétaires autorisent les visiteurs à se promener sur la terrasse pour admirer la vue sur le Cher et aussi l’architecture du château. Le corps de logis principal rappelle un peu le château de Blois avec une double corniche de pierres entre les étages dont j’ai parlé au sujet de Dampierre, mais les fenêtres relèvent encore du gothique flamboyant bien que datant du XVIème siècle. On peut ignorer l’étrange tour d’escalier car elle date de 1830 et ne s’intègre pas bien avec le reste.

Château de Saint-Aignan-sur-Cher

Le château appartient encore à la famille de Saint-Aignan (qui a changé de nom par mariage) et on peut participer aux frais d’entretien grâce à des chambres dans le corps de garde. Il succèda à une forteresse médiévale commencée à l’époque carolingienne et qui joua un rôle important dans les conflits frontaliers entre les comtes d’Anjou et ceux de Blois.

Je devais être distrait par toutes les curiosités de Saint-Aignan car je me suis trompé de route en haut de la longue côte qui sort de la vallée du Cher. Au lieu de continuer sur la route principale, j’ai pris une petite route charmante vers Céré-la-Ronde. Après quelques hésitations, j’ai décidé de rester dessus parce que l’étape du jour était modérée et parce que c’est une très agréable route de crête traversant plusieurs bois. On parcourt 12 km sans un hameau, ce qui m’a étonné après le Val de Loire plus peuplé.

Céré est un petit village dans un fond de vallée et j’ai trouvé que l’emplacement de pique-nique dans l’herbe avec table au bord d’un petit ruisseau et sous un gigantesque cerisier était parfait pour ma pause de midi. Je suis même arrivé à attraper deux ou trois cerises, mais elles étaient vraiment trop haut. Rien que ce petit coin pique-nique me montrait que je n’étais plus dans la partie touristique du Val de Loire et que les communes font à nouveau des efforts pour attirer les gens. J’ai étudié la carte un bon moment parce que j’étais obligé de choisir entre le château de Montpoupon et celui de Montrésor. J’ai choisi Montrésor car c’est un « plus beau village de France ».

Presbytère de Céré-la-Ronde

Avant de quitter Céré, j’ai essayé de visiter l’église, mais elle était fermée. J’ai par contre trouvé un ravissant presbytère dont j’ai lu plus tard qu’il date effectivement du XVIème siècle. Avec les rosiers sur la façade, il donne vraiment une impression typique de Touraine.

Château de Montrésor

La route est moins agréable entre Céré et Montrésor, surtout à la fin quand un ingénieur a pensé bien faire en construisant une route bien rectiligne en montagnes russes le long de la vallée au lieu de rester soit sur le plateau, soit en contrebas. Les montagnes russes étaient un peu trop raides ! On arrive à Montrésor en l’occurrence par le plateau, ce qui donne une bonne vue du château sinon en partie caché derrière ses murs sur une butte.

Accès du château de Montrésor

Le château d’origine était une puissante forteresse frontalière des comtes d’Anjou et il en reste juste des morceaux de donjon couverts de lierre. Le château fut conquis par le roi de France en 1188 puis changea souvent de propriétaire. Il y eut un logis Renaissance (sur la gauche de ma photo) mais le château actuel est pour l’essentiel l’œuvre d’un comte polonais, banquier sous Napoléon III. C’est un pastiche assez réussi du style Louis XI d’après les photos sur internet mais on ne le voit pas bien depuis la poterne. Il se visite et abrite une collection de tableaux et d’orfèvrerie.

Ruelle à Montrésor

Faute de visiter le château, je me suis promené un peu dans la rue haute du village, qui relie la poterne et l’église en passant entre de jolies maisons anciennes en pierre claire ornées de rosiers. L’église est intéressante pour son décor car elle fut conçue par le seigneur de l’époque comme monument funéraire.

Imbert de Bastarnay qui la commença en 1520 était un des hommes les plus influents et les plus puissants de son temps, c’est par exemple lui qui négocia le mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne puis de François Ier avec Claude de Bretagne, permettant la réunion de la Bretagne à la France. Comme d’autres grands hommes de son temps, la modestie ne l’a pas étouffé au moment de concevoir son tombeau -il y en a un du même genre encore plus étrange à Assier que j’avais visité en 2009.

Portail Renaissance à Montrésor

L’église est intéressante car il n’y a pas beaucoup de portails en France à la transition du gothique et du style Renaissance, probablement parce que les guerres de religion avaient ruiné la plupart des commenditaires potentiels. L’église abrite évidemment un grand gisant du seigneur et ce gisant est en albâtre, chose dont je ne m’étais pas vraiment rendu compte sur place, le prenant pour du marbre. Il y a aussi une admirable Annonciation par Philippe de Champaigne avec son sens aisément reconnaissable des  couleurs.

Château de Montrésor et cours de l’Indrois

Pour finir la visite de Montrésor, j’ai longé la rue basse du village qui dessert les maisons au bord de l’Indrois. La petite rivière m’a donné un joli décor pour une dernière photo du château sur sa butte. Je suis parti ensuite pour Loches par la nationale, ne trouvant pas de petite route pratique et voulant visiter ainsi trois établissements religieux mentionnés comme intéressants sur la carte. L’inconvénient de ce trajet est une côte fort raide car redressée à 9% comme souvent sur les nationales.

Corroirie du Liget

Le premier établissement est la Corroirie du Liget, un centre administratif utilisé par la Chartreuse du Liget toute proche afin de vaquer à la gestion du domaine sans déranger la sérénité de la chartreuse. Le seul moine qui se trouvait à la Corroirie était le père procureur, assisté de frères convers qui sont en fait des laïcs attachés à l’abbaye. Vu l’importance de la chartreuse, la Corroirie est un véritable château fort dont il reste des granges et une belle porte d’entrée. Elle fait un peu penser à celle que j’avais vue près de Châteaudun dans un tout autre cadre.

Portail de l’ancienne Chartreuse du Liget

En haut de la côte, on arrive ensuite à la chartreuse proprement dite, entourée de très hauts murs pour préserver la sérénité du lieu. Il y avait en fait deux enceintes successives. L’abbaye fut fondée en 1178 car le roi d’Angleterre Henri II, duc de Normandie et époux d’Aliénor d’Aquitaine, résidait souvent à Chinon, au centre de ses états sur le continent.

Ancienne Chartreuse du Liget

Les enceintes abritaient de nombreux bâtiments, dont tout au fond l’abbatiale et les pavillons des 17 ermites (les Chartreux avaient chacun un pavillon isolé puisqu’ils ne voient personne en dehors du repas du dimanche midi et des offices). Le bâtiment que l’on voit sur ma deuxième photo est un ajout tardif quand la propriété fut reconstituée au XIXème siècle par une grande famille de la région. On voit aussi les ruines modestes de l’abbatiale. La chartreuse comme la corroirie ne se visitent pas.

Je n’ai pas été voir le troisième établissement religieux, une petite chapelle dans la forêt. La chartreuse se trouve au milieu de la grande forêt de Loches, dont on ne profite pas autant sur une nationale à cause des bas-côtés dégagés très larges. De l’autre côté, on descend gentiment sur Loches dans la vallée de l’Indre. A l’inverse de Blois, il y a un faubourg important sur l’autre rive de l’Indre, Beaulieu-lès-Loches.

Ruines de l’abbatiale de Beaulieu-lès-Loches

C’est à l’origine le domaine d’une abbaye fondée par le terrible et sanguinaire comte d’Anjou Foulques Nerra en 1007 quand il sentit l’âge venu qu’il avait quelques crimes à se faire pardonner. Il avait ainsi fait brûler sa première femme dont le tort principal était d’avoir eu une fille et pas un fils. Il tua aussi le duc de Bretagne et fit assassiner divers concurrents. Pour se pardonner, il alla trois fois en pèlerinage à Jérusalem alors appartenant aux Arabes et ce mélange de violence, d’ambition territoriale et de pieux remords en fait un exemple typique des débuts de la féodalité.

Jardin public de Loches

Il reste à Beaulieu les ruines de l’abbatiale avec un immense clocher roman très imposant qui fait un peu penser à la Normandie. Je me suis contenté de la photo avant de rejoindre le pont sur l’Indre, mais j’ai décidé de m’arrêter dans le parc municipal au bord du fleuve pour profiter des parterres fleuris. J’ai appris à ne pas chercher trop longtemps un lieu agréable pour un en-cas quand on en trouve un ! La vue sur le château est jolie mais c’est surtout le désordre charmant des bâtiments au bord du fleuve qui est agréable.

Bords de l’Indre à Loches

Loches est un gros bourg plus qu’une ville, mais a beaucoup de charme et une histoire fort honorable. Les comtes d’Anjou y construisirent l’un des plus anciens donjons en pierre de France vers l’an mil car c’était leur principal point d’appui contre les comtes de Blois et aussi un élément important dans leurs efforts infructueux pour conquérir la riche ville épiscopale de Tours.

Hôtel de ville de Loches

Comme j’entrais par le pont, c’est d’abord la ville bourgeoise que j’ai parcourue. Il n’y a pas beaucoup d’hôtels particuliers dans une si petite ville, mais il y a un beau beffroi Renaissance qui servait aussi de porte des remparts puisque Loches, ville royale, se devait d’être fortifiée.

Loches était très appréciée sous Charles VII, donc à la même époque que Mehun-sur-Yèvre mais avant Amboise: c’est ici qu’Agnès Sorel vint se réfugier quand le futur Louis XI, jaloux de l’influence qu’elle avait sur son père, la poursuivit l’épée à la main dans les couloirs du palais du roi. Il fut alors envoyé par son père en Dauphiné pour se calmer.

Château de Loches

Le principal bâtiment du château est donc en style gothique assez austère avec de petites ouvertures. La façade dominant l’Indre est plus riante et le château fut très apprécié entre autres par Anne de Bretagne deux générations après Charles VII. Quand je suis arrivé devant le château ou plutôt devant la petite barrière qui bloque l’accès de la terrasse afin de garantir que les touristes achètent leur billet, il semblait y avoir de l’agitation. Une dame est partie en courant malgré des chaussures pas du tout adaptées et d’autres personnes chuchotaient d’un air de conspirateurs.

Au bout d’un bon moment, la dame pressée est revenue et je l’ai entendue expliquer à quelqu’un qu’une personne s’était allongée sur un banc dans l’enceinte du château et s’était évanouie. La personne était apparemment ensuite tombée du banc et on avait besoin de secouristes. Quand ceux-ci sont arrivés, les conspirateurs s’entretenaient sur le fait que la victime semblait être un sans-abri ivre et la personne avait pas mal de sang sur ses habits. J’ai alors laissé la scène non sans me demander comment le sans-abri avait pu entrer dans la partie contrôlée du château sans que les gardiens ne s’inquiètent de l’effet qu’il ferait sur les touristes.

Le château de Loches fait partie de la citadelle, qui est entièrement entourée de murailles en pierre blanche. Rien à voir avec Carcassonne à laquelle les proportions et le recul donnent un air autrement plus impressionnant, mais historique quand même. Outre le château, on peut voir un nombre assez limité de maisons et surtout la collégiale Saint-Ours.

Collégiale de Loches

A l’origine, c’était une collégiale Notre-Dame car le père de Foulques Nerra y avait déposé une relique insigne, la ceinture de la Sainte Vierge (faut-il que l’on ait été crédule !). Elle s’appelle Saint-Ours depuis que c’est une église paroissiale et il exista effectivement un saint ermite qui s’appelait Ours – un prénom encore en usage en Suisse Alémanique d’ailleurs comme pendant masculin d’Ursule. La collégiale date du XIIème siècle et on retrouve tout à fait les formes générales des églises romanes. Elle me rappelle à la fois la Bourgogne pour le chevet et le Poitou pour les coupoles vues de l’intérieur.

Quatre flèches sur la nef à Loches

De l’extérieur, on remarque surtout la très étrange suite de quatre flèches octogonales dont deux cachent des coupoles et deux sont purement décoratives (des dubes, mot que je ne connaissais pas). Ces flèches creuses datent de 1165 et sont uniques en France, on ne sait pas ce qui a poussé l’architecte. L’intérieur est assez nu et je n’ai pas pris de photos.

Détail du portail de la collégiale de Loches

Par contre, le portail est très beau. Il est assez abîmé mais il est encore polychrome, ce qui est vraiment rarissime, et il a une forme très particulière avec ses petits personnages placés tout le long de l’arc comme les rayons d’une roue. La plupart sont en fait des animaux fantastiques et la répartition en rayon me fait penser plutôt au roman saintongeais. Il y avait une scène plus classique sur le tympan, mais il n’en reste pas grand’chose.

Vallée de l’Indre vue depuis Loches

Je suis tombé par hasard sur un petit jardin public sur le côté de la collégiale. Il n’est pas très voyant parce qu’il faut passer un portail dans un mur assez haut, mais c’est un endroit charmant avec de jolies parterres de fleurs, une fontaine et une très belle vue tant sur la vallée de l’Indre que sur la collégiale.

Donjon de Loches

Au bout de la citadelle, j’ai trouvé l’accès au donjon construit par Foulques Nerra. Malgré son âge vénérable, il existe toujours et c’est probablement le plus gros donjon féodal encore existant. C’est Saint Louis qui achètera la seigneurie de Loches et il verra immédiatement l’utilité du gros donjon comme prison – il restera prison jusqu’en 1926 ! Je n’ai pas visité ni le donjon ni même le parc qui s’étend au pied faute de temps et aussi parce qu’il y a des marches gênantes avec le vélo, mais j’ai quand même essayé de prendre deux photos.

Donjon de Loches vu de la banlieue sud

Faisant preuve d’un sens de l’orientation meilleur que le matin, j’ai trouvé tout seul et sans aucune pancarte la rue banale qui se transforme en route de campagne vers Saint-Senoch où j’avais réservé une chambre d’hôtes dans une ferme isolée. Malgré le vent vraiment gênant, j’ai trouvé le paysage agréablement varié avec vallonnements, bois, champs et prairies dans les fonds de vallons. La Beauce avait dû me lasser. Toutefois, j’ai estimé à la fin du voyage qu »un excès de paysages doucement vallonés peut aussi lasser…

J’ai trouvé sans grandes difficultés la ferme isolée, mais j’ai bien remarqué qu’elle se trouve en haut d’un raidillon, chose si fréquente pour les chambres d’hôtes qu’un copain voyageant avec moi avait fini par croire que je faisais exprès. Ce n’est pas une grande ferme, la dame m’a dit 130 hectares et 30 bovins. Il paraît que la chambre d’agriculture a fait pas mal de difficultés avant d’autoriser leur fils à reprendre une aussi petite exploitation quand ils prendraient leur retraite. Ils ne possèdent qu’un tiers de leurs terres, la plupart des terres en Touraine appartenant à des grandes familles riches qui habitent au château et possèdent souvent 4.000 hectares et plus.

La chambre était très agréable, la salle commune bien fournie en prospectus, et la dame suffisamment gentille pour accepter exceptionnellement de me servir à dîner bien qu’elle garde normalement le dimanche soir pour le dîner en famille. Effectivement, il y avait autour de la table le monsieur et la dame, leur fils de 26 ans qui reprendra donc l’exploitation, mais aussi leur fils aîné, sa copine martiniquaise et leur bébé de 9 mois qui concentrait évidemment l’attention de tout le monde (moi compris) et qui appréciait beaucoup la chose.

Nous n’avons pas eu de conversation très poussée, papotant plutôt d’habitudes alimentaires ou d’éducation des enfants; je ne suis pas très doué pour animer la conversation quand je tombe dans un dîner de famille. En plus, le fils agriculteur est assez taiseux de nature. Sur le moment, je me suis demandé s’il était très timide ou s’il était supposé rester silencieux devant son père et son frère aîné. La dame m’a dit le lendemain matin qu’il avait fait deux BTS successifs (agriculture et comptabilité) et qu’il avait été élu délégué de la CUMA (la coopérative d’utilisation de matériel agricole), ce qui me semble un très bon départ pour un petit exploitant. Je ne pense donc pas qu’il souffre de timidité.

Son frère aîné a trouvé sa copine martiniquaise par des annonces sur internet et plusieurs histoires analogues m’ont fait penser que c’est finalement une méthode de plus en plus utile et efficace pour les agriculteurs qui trouvent rarement de nos jours une jeune femme du pays désireuse de rester à la ferme toute sa vie. Une étrangère ou une immigrée qui a toujours connu la vie en milieu rural n’est pas forcément une mauvaise idée et ceci peut faire un couple d’autant plus durable que ni l’un ni l’autre n’ont des tentations aussi fréquentes que dans les bureaux et les discothèques d’une grande ville.

La dame m’a dit qu’elle ne serait pas surprise que le deuxième fils trouve ainsi une copine. Personnellement, je n’aurais pas été choqué si elle m’avait dit qu’il préférait les garçons mais mon radar n’est pas fiable dans ce domaine. En tous cas, s’il perdait quelques kilos, je suis sûr qu’il pourrait mettre une annonce avec une bonne chance de succès.

Quand il se mettra en ménage, ses parents déménageront comme cela se fait presque toujours de nos jours, chacun savant qu’avoir Papa dans les pattes de Monsieur pour critiquer l’assolement et le choix des récoltes ou Maman dans les pattes de Madame pour critiquer l’éducation des enfants et la façon de faire la pâtée des volailles n’est pas une très bonne chose.

Ce n’était pas une soirée excitante, mais sympathique et qui donnait une image fidèle d’un certain monde agricole français. A comparer avec Château-Gaillard trois soirs avant et Château-Guillaume deux soirs après pour avoir un éventail du monde agricole. Je préfère descendre chez des agriculteurs si possible car leur vision de leur région, de la nature et des traditions est plus fidèles que chez des citadins en retraite.

On a souvent aussi de très bonnes recettes à l’ancienne chez les agriculteurs; en l’occurrence, un excellent pâté de porc maison (de leur porcherie), une salade (du jardin), une délicieuse blanquette de veau (veau élévé par leur fils), du fromage de Sainte-Maure (du voisin qui a des chèvres), des fraises à la crème (du jardin et de l’étable) et des cerises (du verger). Il n’y avait que le riz accompagnant la blanquette qui aurait eu de la peine à pousser dans leurs champs.

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