Etape 10: Val de Loire

(10ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Samedi 2 juin

103 km, dénivelé 305 m

Beau et très chaud, 30°

Vendôme – Villetrun – Selommes – Conan – Villeberfol – Maves – Suèvres – digue de la Loire – Blois – Chailles – La Chesnaye – Seur – Le Montcrochet – Fougères – Couddes – Chémery – Selles

Val de Loire, département 41

Puisque j’en avais décidé ainsi la veille, j’ai bien profité du petit déjeuner. La dame m’a demandé encore une fois pourquoi je n’avais pas dîné et je lui ai donc expliqué que j’avais voulu profiter de la ville pendant qu’il faisait encore jour et que j’étais donc revenu trop tard pour son restaurant. Elle aurait pu m’exprimer ses regrets pour l’horaire restreint en arguant du manque de clients aussi tard le soir qui ne justifierait pas de retenir un cuisinier et un garçon, mais elle ne l’a pas fait.

Le petit déjeuner était parfait et digne de louange car d’une qualité et d’une variété rares en France. Il y a plusieurs sortes de pains et une douzaine de confitures produites de façon artisanale dans la région. Il y a même aussi un peu de charcuterie et de fromage, ce qui est bien agréable pour un cycliste.

Quand je suis revenu chez moi, j’ai reçu un courriel de la part de la dame me demandant de lui donner une note spécifique sur un site de commentaires des clients. J’ai trouvé ceci pour le moins effronté compte tenu de l’accueil indépendamment du fait que j’ai lu son courriel trop tard pour en tenir compte si je l’avais voulu.

Le tout est vraiment dommage. Si la dame m’avait proposé une demi-pension avec une réduction symbolique sur le prix des prestations (je ne lui demandais pas 20 € de rabais, juste un petit geste de bonne commerçante), la qualité du restaurant et le style agréable des parties communes de l’hôtel m’auraient probablement fait oublier le problème avec la douche et l’accueil un peu acide.

Jardins au bord du Loir à Vendôme

Après avoir quitté l’hôtel, je suis retourné à l’abbaye de la Trinité puisque je m’étais contenté de la façade la veille. La commune a publié un dépliant gratuit remarquable pour accompagner la visite, peut-être parce que le bâtiment lui appartient. L’abbaye fut fondée par un comte de Vendôme en 1033 et accueillit peu après une précieuse relique « trouvée » pendant les Croisades, la Sainte Larme. La légende est rocambolesque, il se serait agi d’une larme poussée par le Christ lors de la mort de Lazare, recueillie par un ange et confiée à Marie-Madeleine !

L’abbé en place à cette époque était un intrigant ambitieux qui sut faire accorder par le Pape des privilèges inouïs; ainsi, les abbés portaient le titre de Cardinal. Mais les abbés passèrent aussi beaucoup de temps en procès contre les bourgeois de la ville et les comtes du Vendômois car ils avaient de gros besoins d’argent pour financer leurs constructions. L’arrivée de la Sainte Larme semble se produire juste à temps pour attirer des flots de pèlerins fort rentables – d’après certains sites internet, la relique se serait perdue après la Révolution.

Ancien logis abbatial à la Trinité de Vendôme

La première abbatiale datant de 1065 est remplacée entre 1271 et 1357 par l’église gothique actuelle sauf pour la façade qui date de 1508. Les bâtiments abbatiaux ont servi de caserne après la Révolution et furent démolis par l’Armée en 1907 sauf un petit bâtiment roman dont on voit encore une partie avec des baies du XIIème siècle et une partie du logis abbatial gothique que l’on voit sur une des photos.

La façade de l’abbatiale m’avait ébloui la veille au soleil couchant car il s’agit peut-être du plus bel exemple en France du gothique flamboyant. La photo montre combien les volutes de pierre ressemblent à des flammes montant vers le ciel si on se met juste au pied. Elles sont l’œuvre de Jean Texier, un architecte de la région.

Elévations dans l’abbatiale de la Trinité de Vendôme

Il n’y a pas de clocher directement sur la façade parce que le chantier avait été interrompu pendant cent ans et qu’on a changé le plan d’origine. On a finalement gardé le clocher précédent du XIIème siècle qui est isolé au milieu du parvis mais qui était probablement relié à l’abbatiale par un genre d’avant-nef appelée une galilée. C’est un style apprécié de l’ordre de Cluny et dans le Jura mais il me fait penser au Westwerk d’Essen ou de Maria Laach qui relèvent du style roman ottonien.

Clôture du choeur

Finesse de la sculpture

L’intérieur est dans un style gothique très pur et élancé avec juste quelques petits décors de feuillages sur les chapiteaux et les clefs de voûte. Ce qui est vraiment intéressant, c’est la clôture du chœur, un chef-d’œuvre de la Renaissance avec toute la panoplie des éléments de décor à l’antique parfois interrompus par des souvenirs gothiques. La sculpture (sur bois ou sur pierre selon l’endroit) est d’une finesse admirable avec une grande variété dans les motifs. Tout ceci date de 1500 environ.

Stalles à la Trinité de Vendôme

Miséricorde à la Trinité de Vendôme

L’abbé en place avait fait installer en même temps les stalles, mais une partie a disparu à la Révolution. Une de mes photos montre une miséricorde particulièrement enlevée et connue, celle avec les vignerons mangeant du raisin et foulant la récolte. L’autre montre un homme gambadant entre des épis très hauts un cruchon à la main. D’après la brochure, les sculptures représentent les travaux des mois. Entre les miséricordes, les appuis sont ornés aussi dont un avec une tête de mort sous une capuche de moine.

Vitraux Renaissance à Vendôme

L’abbatiale avait évidemment des vitraux, mais il n’en reste qu’une assez petite partie et ce sont des vitraux Renaissance comme j’en avais vu entre autres à Montfort-l’Amaury.

Rarissime vitrail du 12ème siècle à Vendôme

Un vitrail fait exception et justifie à lui seul le voyage à Vendôme, une extraordinaire Vierge à l’enfant dans une mandorle qui est datée de 1125. Il reste extrêmement peu de vitraux romans et encore moins de vitraux entiers avec des couleurs aussi riches. Quand on l’a remonté en 1956, on a ajouté autour une grisaille en camaïeu qui est une œuvre abstraite assez réussie. Le vitrail était si précieux qu’on l’a conservé de l’abbatiale romane d’origine et qu’on y venait en pèlerinage indépendamment de la Sainte Larme.

J’ai pu visiter d’autant plus tranquillement qu’il n’y avait presque personne et que c’est gratuit. Mais il a quand même fallu repartir. J’avais eu les plus grandes peines à trouver un hébergement abordable dans le Val de Loire et je n’en ai d’ailleurs trouvé aucun qui serve aussi les repas. Finalement, j’ai réservé dans la valléé du Cher et il fallait donc que je traverse entre le Loir et le Cher la Loire elle-même. Je me suis décidé pour le pont de Blois plutôt que celui de Mer afin de voir un peu plus de châteaux. Entre Vendôme et Blois, j’ai fait un détour afin de couper la traversée de ce dernier morceau de Beauce par quelques curiosités.

Eglise de Rhodon

J’ai quitté la vallée du Loir par un vallon pas trop raide puis je suis allé à Rhodon où j’espérais voir des fresques Renaissance. L’église était malheureusement fermée et je me suis contenté d’une courte pause sur un banc à l’ombre dehors parce qu’il faisait franchement chaud même à 11 h. Finalement, j’ai pris une photo pour les formes trapues et la curieuse galerie en avant de la façade. Ces galeries existent aussi en Sologne et en pays de Der.

On les appelle généralement en Val de Loire des caquetoirs, sachant que le mot désigne aussi des chaises Renaissance selon le dictionnaire. Le mot caquetoir est évidemment péjoratif et il est possible que les galeries aient eu un autre usage qu’un lieu de cancans. En pays de Der, en effet, elles sont munies d’ouvertures vers l’intérieur de l’église et permettaient aux personnes supposées contagieuses comme les lépreux d’écouter la messe. Les galeries des églises norvégiennes servaient par contre à déposer les armes et n’avaient pas d’ouvertures vers l’église.

Vallée de la Cisse

Juste après Rhodon, je suis passé dans un village au nom étrange de Conan qui fait penser soit à plusieurs rois de Bretagne, soit au film « Conan le Barbare ». Un petit vallon descend en pente douce de Conan vers la Cisse, une des rares rivières de la Beauce. Comme la Conie, c’est parfois un simple fossé marécageux ou asséché.

Champ de coquelicots

J’aurais pu longer la Cisse vers la Loire et arriver au pont de Chaumont, mais j’ai préféré remonter sur l’autre côté de la petite vallée vers Maves. On traverse sur deux kilomètres un paysage très particulier pour la région, une steppe parsemée de genêts et de génévriers. C’est donc une pelouse calcaire qui apporte un air de Méditerrannée. Ma photo n’est pas très convaincante et on admirera plutôt celle du champ de coquelicots prise juste avant Maves.

Moulin reconstruit de Maves

Maves est un petit bourg de Beauce par lequel je suis passé pour le plaisir de voir l’un des rares moulins à vent encore debout dans une région où ils étaient très nombreux faute de cours d’eau. En fait, celui de Maves a été en grande partie reconstruit en 2002 grâce aux largesses d’une famille locale. Il se trouvait ailleurs à l’origine (et avait le nom amusant de « moulin de Lonlon ») et a déménagé en 1856, mais il daterait du XVème siècle. J’ai un peu de peine à le croire, il faut plutôt penser que c’est une copie avec quelques éléments anciens. Les groupes peuvent le visiter le dimanche en été sur réservation.

Le moulin présente un intérêt technique. On voit sur ma photo des petits taquets en bois répartis en cercle autour du moulin. Ils forment un cercle complet et servaient à accrocher le manche. En poussant le manche, on pouvait faire tourner l’ensemble du moulin sur un axe (sauf évidemment le socle en croix) et ceci permettait non seulement d’orienter le moulin dans toute direction d’où viendrait le vent mais aussi de l’arrêter en le mettant hors vent rapidement en cas de danger. Le moulin n’avait pas des ailes en toile mais plutôt des ailettes en bois un peu comme les gouvernails sur les ailes des avions, ce qui permettait de s’adapter à la force du vent.

Juste après le moulin, j’ai passé une dernière crête de Beauce pour descendre dans la vallée de la Loire par une pente douce, longue et finalement assez ennuyeuse dans la chaleur. Je suis arrivé ainsi à Suèvres, un village très ancien. On sait ainsi que l’église se trouve sur l’emplacement d’un temple gallo-romain et -chose assez extraordinaire- c’était un bourg fortifié avec des murailles de pierre au VIIème siècle. Je n’avais jamais entendu parler d’un cas concret de ville fortifiée mérovingienne. Elle fut toutefois détruite par les Vikings, ce qui est impressionnant vu la distance de la mer !

Mur mérovingien à Suèvres

On peut voir à Suèvres un moulin à eau médiéval (dans une cour intérieure généralement fermée…), mais le principal monument est l’église gothique munie d’une galerie extérieure ou caquetoir très curieux. A cause d’une maison dont le pignon est directement relié à la façade de l’église, le caquetoir est disposé en angle droit sur deux côtés de l’église et passe sous la maison.

Quand on regarde la façade ouest de ma photo, on voit des traces d’arcades en plein cintre et des rangées de briques disposées en arêtes de poisson. Ce sont les traces de l’ancienne église mérovingienne, qui font penser un peu à Saint-Pierre-aux-Nonnains à Metz. Je ne pense pas qu’il existe encore une église mérovingienne debout en France car on ne voit à Jouarre qu’une crypte et à Poitiers comme à Fréjus qu’un baptistère. J’étais en tous cas très content de cette église si historique.

La Loire à Suèvres

Suèvres étant au bord de la Loire, j’ai pensé que la meilleure façon de me rendre à Blois était de longer la piste cyclable sur la digue du fleuve. Elle est très bien indiquée mais elle est peu ombragée (il n’y a pas toujours des arbres montant suffisamment haut pour dominer la digue) et pas goudronnée partout. On a évidemment une belle vue du fleuve qui coule avec une sage lenteur quand il a la place de s’étaler.

Par contre, on ne peut pas voir les curiosités dans les villages situés en haut des falaises de la rive droite, ce qui m’a frustré car j’avais choisi l’itinéraire précisément avec un château en tête. Soit on roule sur la rive gauche et on le voit de loin de l’autre côté du fleuve, soit on monte sur la route principale et on voit le château mais plus le fleuve. En plus, il faisait tellement chaud que je préférais rester au bord du fleuve pour avoir un peu d’air.

Il y a un certain château de Diziers à Suèvres, mais il ne se visite pas. A Cour-sur-Loire, c’est une église que je n’ai pas vue -j’y aurai peut-être vu les vitraux Renaissance mais je ne sais pas si elle aurait été ouverte. Il y a d’ailleurs aussi un château à Cour aussi privé que celui de Diziers. Par contre, celui de Menars se visite. C’est un très imposant château du XVIIème siècle dominant la Loire et doté d’un parc rococo avec fabriques. Le château est surtout connu pour avoir appartenu à Madame de Pompadour et fut habité et en partie réaménagé tout le long du XIXème siècle. Je n’ai donc rien vu de tout cela en dehors du grand mur d’enceinte du parc côté Loire.

Pont de Blois vu de l’amont

Je suis ensuite arrivé à Blois qui fait un effet surprenant quand on arrive de l’amont par la digue de Loire car la ville s’étend principalement sur le plateau. On ne voit d’abord qu’un quai portant une belle promenade ombragée et le pont donnant accès à un faubourg modeste sur la rive gauche. Sur la rive droite, un ravin sépare la ville bourgeoise de la colline du palais royal. J’ai pris quelques minutes pour longer une des rues de la vieille ville où l’on voit un certain nombre d’anciens hôtels particuliers en pierre blanche. La ville possède d’ailleurs un nombre considérables d’immeubles classés même si la plupart ne sont pas forcément impressionnants.

J’ai remarqué que les enseignes des commerces sont assez gênantes sur ce genre de façades claires et austères, et j’ai aussi remarqué deux jeunes gens sortant d’une camionette de livraison de pizzas parce que l’un des deux avait une apparence incroyablement efféminée que l’on n’attend pas vraiment dans une préfecture de province. Par exception, je ne me suis pas fatigué à visiter la cathédrale qui date pour l’essentiel du XVIIème siècle. Le bâtiment précédent fut détruit par un ouragan en 1678 et la reconstruction fut soutenue par Colbert qui avait épousé une dame de la ville. Les vitraux ont été détruits par un bombardement américain en 1944.

Blois est une ville dont l’histoire est de toute façon riche en évènements sanglants. Elle fut ainsi conquise et pillée en 410 par les Bretons, en 491 par Clovis puis en 810 par les Vikings. En 1171, la ville s’illustre fâcheusement par le premier massacre de Juifs en France. En 1562, les Catholiques prennent la ville, la pillent et violent les habitantes. En 1568, les Protestants prennent la ville, la brûlent et jettent les ecclésiastiques dans des puits. En 1588, le roi fait assassiner à Blois le duc de Guise, extrémiste catholique en mêche avec l’Espagne.

C’est Henri IV qui décida pour ainsi dire de fermer le palais de Blois. Blois possède maintenant une grande zone industrielle grâce à son emplacement géographique relativement central et ceci lui vaut de sérieux problèmes avec une immense zone de tours HLM qui abrite un tiers des habitants de la ville.

Aile gothique du château de Blois

La grande attraction de Blois est évidemment le palais des rois de France, auquel on peut accéder facilement à vélo par l’accès des pompiers. J’ai trouvé assez curieux de noter que le palais est organisé autour d’une cour rectangulaire, comme dans les palais italiens, alors que la plupart des châteaux de la Loire sont en U ou ne comportent qu’un seul bâtiment isolé. L’inconvénient de la cour est que je ne pouvais pas voir grand chose depuis l’extérieur, juste un peu en regardant dans le porche d’entrée.

L’aile qui donne sur la place principale est celle que fit construire Louis XII vers 1500. Le style est encore nettement gothique même si les moulures des fenêtres et du portail annoncent la Renaissance tandis que l’usage des briques est une idée d’origine flamande. La statue équestre du roi au-dessus du portail me fait fortement penser aux palais italiens, eux-mêmes influencés par le culte de la personnalité des empereurs romains.

Aile Renaissance du château de Blois

L’aile construite par François Ier, fils de Louis XII, est entièrement en pierre blanche côté cour et est la plus célèbre grâce à la tour d’escalier, mais je la voyais mal depuis le portail et je me suis contenté d’un détail révélateur du style pour une photo. Mais j’en ai quand même bien profité car on voit très bien le même corps de bâtiment depuis la route d’accès au château et il est vraiment imposant. La façade en pierre cache d’ailleurs entièrement le vestige le plus ancien du palais médiéval, la salle dite des Etats Généraux (qui s’y tinrent en 1588) qui date de 1214.

Blois fut la résidence principale des rois de France de Louis XII, qui délaissa Amboise, à Henri IV, qui préféra le Louvre. François Ier ne venait pas volontiers à Blois après le décès de sa femme, préférant Fontainebleau, mais ceci ne dura pas. Louis XIII vint peu à Blois et Louis XIV le laissa à l’abandon, ce qui explique que l’intérieur dusse être refait dans le style un peu clinquant des restaurateurs de l’époque au XIXème siècle. Le frère de Louis XIII avait toutefois fait construire une aile dans le style classique.

Il faisait une température étouffante quand je suis arrivé parce que le petit vent qui a soufflé le matin et l’après-midi faisait une pause pour le déjeuner. Il était donc temps pour moi de faire un pique-nique, ce que j’ai fait dans un jardin public juste en-dessous de la terrace du château. Les plantes n’étaient pas extraordinaires, mais il y a avait un banc à l’ombre et on a une jolie vue. Le véritable parc municipal semble très beau sur Internet, mais je ne suis pas passé à proximité. Pique-niquer juste à côté du château était amusant parce que de nombreux touristes passaient devant moi pour aller admirer la vue avant ou après la visite des salles.

Il y avait une autre chose amusante que je n’ai pas remarquée immédiatement, c’est qu’il y a un musée de la magie donnant sur la terrasse devant le château. A l’heure prévue, des fenêtres s’ouvrent et un puis deux dragons en carton articulé doré sortent leur cou en faisant des mouvements mystérieux accompagnés de bruits inquiétants et de fumée. C’est comme un carillon d’hôtel de ville, mais en beaucoup plus excitant !

Après le pique-nique, je suis descendu vers la Loire, ignorant divers monuments historiques parce que je cherchais une fontaine pour remplir ma gourde. Habituellement, le climat du Val de Loire n’oblige pas à rechercher des fontaines et c’est probablement la raison pour laquelle je n’en ai pas trouvée. Peut-être la commune préfère-t-elle aussi que l’on s’adresse aux commerçants qui rapportent de la taxe professionnelle.

Pont de Blois vu de l’aval

J’ai fini par renoncer et je suis allé admirer le pont qui est probablement le plus majestueux du voyage. Il est dûment classé et est l’œuvre du grand architecte Gabriel, élève de Mansart. C’est le dernier pont sur la Loire construit avec un léger dos d’âne et une décoration au milieu (réminiscence médiévale même si c’est ici un obélisque classique plutôt qu’une chapelle ou une statut de saint) et il date de 1762.

Blois et la Loire

La Loire forme de beaux remous juste au niveau du pont qui n’est long que de 280 m, l’un des endroits où le lit du fleuve est le plus resserré. J’ai lu que seules trois arches du pont datent de Gabriel, certaines arches ayant été détruites en 1793 (par peur d’une invasion de Chouans), en 1870 (contre les Prussiens qui avaient occupé Orléans), en 1940 et en 1944.

Une fois arrivé sur la rive gauche, j’ai décidé que ce serait plus agréable de prendre des petites routes par la grosse chaleur et je ne suis donc pas passé à Cheverny (à Chambord non plus, qui aurait de toute façon exigé de passer par le pont de Mer et j’aurais raté Blois). J’ai longé un peu la digue de Loire puis je me suis réjoui en trouvant un itinéraire cyclotouriste vers Seur où je savais devoir passer. Je me suis encore plus réjoui quand cet itinéraire m’a fait passer à Chailles devant un robinet d’eau potable.

Par contre, après un raidillon si raide que j’ai poussé le vélo pour atteindre le petit plateau entre Loire et Beuvron, j’ai constaté que l’itinéraire cyclotouriste n’était pas adapté à mes besoins, entrant dans la forêt dans une mauvaise direction et n’étant plus goudronné. Le département semble avoir balisé un grand nombre de mini-circuits de vélo-loisir partant de chaque commune, ce qui est probablement sympathique pour les promenades du dimanche mais qui ne m’aidait pas pour traverser la région.

Le Beuvron à Seur

Les circuits sont en plus très difficiles à identifier sans brochure adaptée. Si le Val de Loire en a l’occasion, je pense qu’il devrait concevoir et baliser un itinéraire des châteaux comme celui des 100 châteaux du Münsterland, ce qui serait plus utile que la digue de Loire pour attirer les touristes dans un maximum d’attractions sans les perturber avec des petits circuits locaux.

Château de Fougères-sur-Bièvre

Une fois que j’en étais retourné à suivre la carte Michelin dans les petites routes parfois assez difficiles à identifier, j’ai avancé assez rapidement. Je suis donc passé à Chailles, banlieue pavillonaire de Blois, puis à Seur, petit village avec un lavoir mignon au bord du Beuvron, la grande rivière de Sologne. Le troisième village, Fougères (-sur-Bièvre), a mérité un arrêt car j’y ai trouvé un très beau château. Il m’a changé des manoirs classiques et des palais Renaissance car c’est beaucoup plus une petite forteresse médiévale.

Fougères-sur-Bièvre

Le château fut construit par le trésorier de Louis XI vers 1470 et est donc vaguement contemporain de Châteaudun. Il y a d’ailleurs un donjon assez semblable, mais Fougères avait un propriétaire bien moins influent et reste un manoir médiéval modeste avec beaucoup de charme. On ajouta plus tard quelques fenêtres en gothique flamboyant un peu comme à Josselin, mais elles ne gênent pas du tout. Le château servit plus tard comme filature de 1814 à 1890 et fut acheté par l’Etat en 1932.

Château de Fougères

Malheureusement, il n’y a pas de portail permettant de voir la cour sans acheter un billet et visiter, ce que je ne voulais pas faire comme d’habitude. Fougères est certes un tout petit village où même les touristes sont peu nombreux, mais je ne veux pas que mes bagages tentent quelqu’un. J’ai en tous cas profité du site pour un en-cas.

J’ai continué après Fougères dans un paysage agréablement varié et mollement ondulé entre petits bois, champs et fermes par Feings, Oisly (où habitent les Auciliussoises !) et Couddes. Il paraît qu’il y a une église avec des fresques à Couddes, mais j’ai surtout profité d’un banc au bord d’un étang de pêche particulièrement couru parce que j’avais faim. Le public autour de l’étang m’a surpris parce que les hommes portaient tous des chemises à manches longues malgré la chaleur. Evidemment, j’ai pensé après qu’un étang attire certes les pêcheurs, mais que les pêcheurs attirent les moustiques.

Inscriptions sur l’église de Chémery

7 km plus loin, j’ai eu mon prochain arrêt à Chémery où je suis tombé en arrêt devant l’église. C’est une construction néogothique banale de 1863, mais on est fort surpris de lire en lettres rouge sang sur la pierre jaune pâle la devise républicaine et la mention République Française. J’avais vu une fois la devise sur une chapelle que l’on avait décorée ainsi pendant la révolution de 1789. Mais inscrire « République Française » sur une église et surtout laisser l’inscription malgré la loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat est très étonnant.

Manoir de Chémery

Il y a aussi un petit château à Chémery comme dans presque tous les villages du val de Loire. C’est une ancienne forteresse médiévale avec un corps de logis ajouté au XVème siècle dans un style gothique assez retenu. Le tout est entouré de douves en eau un peu marécageuses qui complètent bien l’impression de pittoresque émouvant. J’ai fait plusieurs photos car c’est un endroit qui m’a d’autant plus plu qu’il n’est pas sur les itinéraires classiques.

Douves et tours de Chémery

Le château appartint un temps au chanteur Alain Souchon au début de sa carrière et a été racheté par des passionnés qui le remettent en état petit à petit. Les travaux sont financés par des chambres d’hôtes proposées à un prix nettement au-dessus de mon budget. Si l’accueil des gens est sympathique et pas trop commercial, je ne leur reprocherai pas les prix car le cadre est vraiment évocateur et c’est un bon endroit pour un couple voulant vraiment une soirée exceptionnelle sans l’anonymat snob de certains châteaux-hôtels. Pour 75 ou 85 €, c’est une bonne adresse par comparaison aux prix très élevés des hôtels dans la région.

Bâtiment des chambres d’hôtes à Selles-sur-Cher

De Chémery, je suis arrivé en 20 minutes par une nationale pénible, rectiligne et très fréquentée au joli petit bourg de Selles-sur-Cher. J’y avais réservé une chambre bien que ceci me fasse faire un détour par comparaison à mes plans initiaux car je n’avais rien trouvé qui soit disponible à un prix abordable entre Blois et Loches. La chambre se trouve dans un très vieil hôtel particulier Renaissance et la chambre elle-même a cet inconfort charmant que l’on pardonne pour l’atmosphère historique: plancher nettement incliné qui grince, portes un peu dures aux poignées surannées…

La dame a un superbe petit jardin de ville couvert de plantes grimpantes luxuriantes et j’ai vu d’autres hôtes s’asseoir avec plaisir à une petite table de jardin sous un parasol pour papoter avec le monsieur. Comme il fallait que j’aille dîner, je n’ai pas essayé. J’ai trouvé que la dame n’avait pas un accueil particulièrement empressé, comme si elle était pressée de vaquer à une occupation urgente, et ceci m’a laissé un souvenir mitigé. Elle n’était pas acide, indifférente ou insolente comme cela m’est arrivé ailleurs, juste peu motivée. Il faut reconnaître que le prix est très raisonnable.

Je suis allé dîner en ville, ce qui n’est pas très compliqué car il n’y a que trois rues et trois restaurants. J’aurais probablement dû dîner à la pizzeria, animée et visiblement appréciée des gens du coin, mais j’avais eu une pizza la veille au soir à Vendôme et j’avais envie d’un endroit calme après la grosse chaleur (qui s’est terminée par un long orage pendant la nuit et qui ne m’a plus gêné ensuite). J’ai donc pris le restaurant plus chic sur la place de l’église, où il y a eu quelques autres touristes mais qui n’est pas l’endroit le plus couru.

Les gens du coin font bien car le restaurant ne tient pas les promesses de sa carte, le pâté berrichon était correct mais probablement pas maison et l’onglet aux échalotes n’était pas le meilleur de ma carrière de cycliste. Payer 25 € pour un repas assez banal m’a semblé un mauvais rapport qualité-prix et je dois malheureusement dire que mon impression du Val de Loire est plutôt mauvaise sur ce plan: trop de commerçants essaient de profiter des touristes par des prix trop élevés pour la qualité sans se donner beaucoup de peine côté service et accueil. Les gens de la région ont sûrement leurs propres adresses et ils ont raison.

J’ai assez rarement un problème qualité-prix généralisé dans mes voyages cyclistes et le problème du Val de Loire est qu’il faut faire 100 km pour sortir de la zone de médiocrité. Je ne vois que la Côte d’Azur avec le même problème (au Mont Saint-Michel ou dans le Lubéron, 30 km suffisent pour trouver une meilleure qualité). On m’a dit le lendemain que les prix ont commencé à baisser un peu en Touraine car les touristes finissaient par éviter la région.

Pont sur le Cher à Selles

Je n’avais pas eu de conversation au dîner même si j’ai été distrait par le passage d’un groupe de jeunes filles en goguette habillées d’une manière outrageusement amusante et qui enterraient la vie de jeune fille de l’une d’entre elles. La future mariée a évidemment insisté pour poser avec moi quand elle a su que je venais de l’étranger.

Après le dîner, j’ai donc eu le temps de visiter le petit bourg avec un pont charmant sur le Cher, fleuve modeste mais avec plus de courant que je ne m’y attendais. Le pont a des piles en pierre impressionnantes et il faut croire que les crues de printemps sont assez fortes.

Restes du château de Selles-sur-Cher

Il y a aussi un château à Selles-sur-Cher, reconstruit par le frère du ministre Sully. On en voit seulement un petit corps de bâtiment restant et surtout l’ancienne entrée avec pavillons d’honneur extrêmement pompeuse. Le style en briques et encadrement de pierres est tout-à-fait Louis XIII.

Frise de l’abside de l’église de Selles-sur-Cher

L’église de Selles est ancienne car il y avait une abbaye romane dès le XIIème siècle. Je ne suis pas entré dans l’église vu l’heure, mais j’ai remarqué une frise romane mignonne qui court tout du long du chevet de l’église. Je n’avais pas encore vu de frise de ce type pendant le voyage, mais j’en ai revu plus tard en Limousin. La sculpture est dans un style frais et naturel sans être naïf, avec un superbe lion se mordant la queue à gauche sur la photo. La première scène représentée est clairement la trahison de Judas. Sur la frise de l’autre photo, on reconnaît la Sainte Cène et le Lavement des Pieds. Un ange derrière le Christ semble avoir replié ses ailes de travers.

Eglise de Selles-sur-Cher

Soit dit en passant, Selles-sur-Cher est particulièrement connu pour ses fromages de chèvre, l’une des assez nombreuses AOC de la région puisqu’il y a aussi entre autres le Sainte-Maure et le Pouligny. Selles forme pratiquement la frontière entre le Val de Loire, le Berry et le Poitou et le fromage de chèvre est une spécialité des plateaux poitevins.

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