Etape 12: Touraine Sud

(12ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Lundi 4 juin

95 km, dénivelé 630 m

Couvert avec vent modéré, 21°.

La Fontaine – Esves – Betz – Neuilly – Mont Garni – Le Village du Bois – Rouvray – La Roche Posay – Angles – Fontgombault – Sauzelles – Ingrandes – Forges – Roche – Villiers

Touraine Sud, départements 36, 37 et 86

Environs de Varennes

Je suis passé en partant devant le château de Saint-Senoch où habite toujours la châtelaine qui possède les terres entre autres de mes hôtes, puis je suis parti pour une journée toute en vallonnements et en petites curiosités. Pas impressionnant, mais sympathique. Je recommanderais simplement a posteriori de passer à Saint-Savin-sur-Gartempe plutôt qu’à Fontgombault en faisant attention aux horaires d’ouverture (cf. mon voyage de 2002).

Le premier village sur mon trajet, Esves-le-Moutier, fut le siège d’un prieuré de la petite abbaye de Méobecq dont je reparlerai pour y être passé le lendemain. Comme souvent dans la région, il y eut une église romane puis des fortifications du XIVème siècle pour faire face au banditisme pendant la guerre de Cent Ans. Je ne me suis pas arrêté car l’église était fermée.

Château de Betz

Au village suivant, Betz-le-Château, j’ai eu un peu de peine à trouver le château car il ne se trouve pas sur la colline dans le méandre de la petite rivière. Il se trouve au contraire en contrebas presque au bord de la rivière. C’est un manoir médiéval particulièrement évocateur avec un gros donjon dont la seule ouverture est une porte  située en hauteur et un corps de logis plus tardif tout simple avec des fenêtres gothiques. Il fut reconstruit par le seigneur local au XIVème siècle, le château d’origine ne suffisant plus à se défendre contre les bandits. Le château semble avoir été visitable à une époque, mais ce n’est plus le cas.

Etang de Betz-le-Château

De Betz, j’ai descendu un peu la vallée du Brignon, une petite rivière calme. La route quitte un instant la vallée après Betz et passe un étang que j’ai trouvé très joli, peut-être parce que c’était mon premier étang d’aspect naturel depuis plusieurs jours. La photo montre une prairie couverte d’eau et je ne sais pas si l’étang avait débordé suite à des pluies ou si on était en train de le remplir après l’avoir vidé à l’automne, ce qui aurait laissé poussé l’herbe. En tous cas, cela donnait un aspect assez sauvage.

Eglise de Ferrière-Larçon

Le village suivant en aval est Ferrière-Larçon, qui étale de belles maisons en pierre de taille gris clair de chaque côté de la vallée ici assez étroite. Il y a aussi une superbe allée de tilleuls le long de la route de chaque côté du pont et une église.des XIIème et XIIIème siècles assez imposante. Le portail est de style roman saintongeais avec des claveaux disposés en arc de cercle et une moulure horizontale à mi-hauteur de la façade soutenue par des corbeaux. L’intérieur est surtout amusant parce qu’on a abandonné la nef et qu’elle est séparée du transept et du chœur par de grands rideaux presque comme ceux d’une scène de théâtre. Ceci maintient sûrement la chaleur mais fait un drôle d’effet.

Tableau émouvant dans l’église de Ferrière-Larçon

J’ai remarqué dans le transept une peinture intéressante d’un artiste local qui est probablement un ex-voto à la suite de la Seconde Guerre Mondiale. Ma photo est malheureusement prise de trop loin. Le tableau représente la Vierge Marie sur fond de croix (une idée peu fréquente) et à ses pieds des familles victimes de la guerre. Le tout est encadré de nombreux anges filiformes rappelant les tableaux symbolistes, tandis que les couleurs dans l’ensemble évoquent le monde d’El Greco.

Vallée du Brignon

En descendant la vallée, le village suivant est Paulmy, où je ne me suis pas arrêté pour voir de plus près le gros château construit après la guerre de Cent Ans. Il fut à nouveau détruit en grande partie pendant les guerres de religion et le château actuel est d’époque Henri IV avec parc, orangerie, colombier, chapelle… Il est privé mais on peut louer un gîte dans les communs. J’ai trouvé beaucoup de publicité sur Internet pour des gîtes dans les communs des nombreux châteaux de Touraine et ces publicités semblent s’adresser surtout aux Anglais vu la langue utilisée.

Le château de Paulmy est la demeure ancestrale d’une des plus grandes familles de la noblesse de Touraine, les marquis d’Argenson, dont un ancêtre est attesté en 1244. Le dernier marquis fut un des hommes politiques éclairés sous la Restauration qui tentèrent en vain de raisonner les ultras de l’entourage de Charles X . Le château est toujours dans la famille.

Le Châtelier

Il y a un château beaucoup plus facile à voir deux kilomètres en aval, celui du Châtelier. C’est un château fort particulièrement pittoresque car il est sur une butte avec des petites falaises entourée de douves en eau. Il y a deux accès, l’un côté Est par un portail en plein cintre à travers le mur de fortification, l’autre côté Ouest sous forme de poterne donnant sur un pont-levis. Le pont-levis était relevé quand je suis passé et la photo est donc particulièrement réussie.

Pont-levis du Châtelier

Le Châtelier était un donjon médiéval qui faisait face à Paulmy; il était le siège d’une famille protestante opposée aux catholiques de Paulmy. Ceci conduisit à la destruction des deux châteaux et à leur reconstruction sous Henri IV, mais Le Châtelier appartenait à des perdants et fut donc reconstruit sous une forme modeste et dans un style gothique démodé. Le château est privé mais on peut visiter occasionnellement une grange utilisée par les Protestants connue pour sa charpente. En tous cas, c’est un arrêt très séduisant le long de la route.

Dolmen de Neuilly-le-Brignon

J’ai eu une surprise 1 km plus loin en passant devant un dolmen bien indiqué. La commune a dégagé l’accès et on voit bien les dalles même s’il n’est pas en très bon état. De là, j’ai eu 10 km sans curiosités particulières, mais à travers un vallon isolé et une petite forêt, avant d’atteindre Le Grand-Pressigny qui est un site historique important dominant la vallée de la Claise.

Le village ne date pas de la dernière pluie puisque Saint Martin de Tours lui remet au VIème siècle des reliques, signe que ce devait être un bourg important sous les Mérovingiens. La fortune du village vient de ce qu’il se trouve au milieu d’un des plus importants gisements de silex de France. Les hommes préhistoriques étaient nombreux dans la région, qui offrait outre les silex de nombreux abris troglodytes.

Musée et donjon du Grand-Pressigny

On parle d’ailleurs d' »industrie pressignienne » pour un certain type de lames en silex qui étaient exportées jusqu’en Suisse et aux Pays-Bas. Un important musée de préhistoire existe au Grand-Pressigny depuis 1922 et il a été transféré récemment dans un bâtiment ultracontemporain en béton brut de coffrage. Le bâtiment surprend surtout parce qu’il se trouve entre les ruines du donjon médiéval et l’aile restante du château Renaissance.

Le donjon fut commencé en 1193, mais reste dans le style féodal normand (la Touraine est alors disputée entre le duc de Normandie, roi d’Angleterre, et le roi de France) avec son plan en carré datant d’avant l’invention des boulets de canon. Il a dû être assez imposant, comme Falaise peut-être, mais une partie s’est effondrée en 1988. Apparemment, on ne prévoit pas de le reconstituer, ce que je trouve raisonnable. Au Luxembourg, je trouve que le ministère exagère parfois les efforts de reconstruction, surtout à Vianden et à Burscheid (on a trouvé un meilleur équilibre à Larochette).

Château du Grand-Pressigny

Le château appartenait pendant les guerres de religion à un grand personnage, le marquis de Villars, qui fit construire vers 1570 un palais Renaissance avec une jolie tourelle d’escalier octogonale et un pavillon en avancée d’où l’on pouvait jouir du paysage, idée italienne. Je n’ai pas pris la photo correspondante, mais l’aile Renaissance donnait sur la cour intérieure par une arcade ouverte très italienne. On peut visiter aussi un joli jardin aménagé dans les années 2000 dans un style très mode avec bordures de graminées et topiaires en boules le long d’allées en rayon de roue.

Comme la cour du château est fermée aux deux extrémités quand le musée est fermé, j’avais peur d’être enfermé à cause de l’heure de midi, mais je suis quand même parvenu à pique-niquer tranquillement en profitant d’un banc de pierre sur une terrasse ombragée datant probablement du marquis de Villars – il y a une porte pour piétons qui permet de sortir facilement.

Le village lui-même est moins intéressant que le château et ceci vaut de toute la région. Pour la suite de la journée, j’avais besoin de rejoindre la vallée de la Creuse à 10 km mais je me suis aperçu en regardant la carte que je pouvais faire un petit tour dans l’arrondissement de Châtellerault (nouveauté pour ma statistique) sans détour important et en visitant plus de monuments que dans la vallée principale.

Ruines du château d’Etableaux

J’ai donc quitté la vallée de la Claise à Etableaux où l’on voit bien depuis le pont sur la rivière les ruines du château fort. Comme les précédents, il fut construit au XIIème siècle puis détruit pendant les guerres de religion, mais il ne fut pas reconstruit. C’est simplement une ruine pittoresque qui forme un beau motif sur la photo avec pour constraste les fleurs de la jardinière qui orne le pont.

Vallée de la Creuse à Chambon

Après une longue montée jusqu’à la ligne de partage des eaux (à l’altitude impressionnante de 129 m), je suis descendu vertigineusement sur la vallée de la Creuse, qui a un aspect légèrement différent des précédentes. Elle est plus rectiligne et plus marquée dans le paysage, formant une frontière naturelle subtile entre Touraine et Poitou.

Les photos sur Internet montrent un beau château Renaissance très tourangeau à Rouvray, mais il est invisible dans un parc arboré derrière de hauts murs. Après tout, c’est encore un ces châteaux hérités pendant des siècles par une famille de gros propriétaires terriens et où ils résident toujours – ces châteaux sont d’ailleurs souvent plus pittoresques que vraiment historiques car ils ont été beaucoup remaniés à l’extérieur et transformés à l’intérieur.

La Creuse à La Roche-Posay

Rouvray fait presque face au bourg de La Roche-Posay sur la rive poitevine de la Creuse au confluent avec la Gartempe. Le fleuve change des rivières de Touraine, l’eau est transparente plutôt que riche en alluvions et le courant est plus fort. On voit que l’on quitte les plaines du Bassin Parisien. Il y a quelques évocations historiques qui montrent que cette frontière naturelle joue encore un rôle: de 1940 à 1943, les occupants allemands avaient installé ici la ligne de démarcation avec la France de Vichy, mais en mettant la frontière en haut de la côte au-dessus du bourg pour des raisons stratégiques.

Lors du retrait allemand en 1944, un général négocia avec les résistants par l’intermédiaire d’un abbé alsacien réfugié là et qui parlait allemand qu’il protègerait la ville de ses soldats si les résistants ne l’attaquaient pas et ne l’empêchaient pas de traverser le pont sur la Creuse. Je me demande si les résistants avaient entendu parler du massacre d’Oradour-sur-Glane et si ceci contribua à trouver un accord entre les deux parties.

Eglise fortifiée de La Roche-Posay

J’ai visité l’église qui est le principal monument du bourg, mais qui n’est pas d’un grand intérêt à l’intérieur. Elle vaut surtout par son aspect pittoresque car elle domine la Creuse d’assez haut. Elle fut fortifiée à la fin de la guerre de Cent Ans et le résultat est très convaincant avec deux tourelles au bout du transept. Une réussite dans son genre.

Les Romains découvrirent à la Roche-Posay des sources thermales et on peut goûter à une fontaine dans la rue principale l’eau en question. De mémoire, je crois qu’elle a un goût métallique et salé, mais elle n’est pas pétillante, ne sent pas le soufre et n’est pas chaude. Elle est utilisée pour les affections dermatologiques, le traitement des personnes brûlées et les problèmes de gencives. La source thermale appartient depuis 2003 à L’Oréal qui détenait déjà depuis 1989 la marque de cosmétique La Roche-Posay.

Hôtel de cure à La Roche-Posay

Le principal intérêt des stations thermales pour un cycliste de passage est le plaisir de goûter l’eau mais aussi l’architecture très particulière des établissements de cure. Il n’y a pas de parc floral exceptionnel (c’est plus usuel dans les stations thermales allemandes), mais il y a un hôtel des thermes de style délicieusement Belle Epoque avec un toit qui me fait curieusement penser aux Landes.

Je me suis offert un pique-nique sur la place en face de l’hôtel en prenant mon temps parce que j’espérais que la boulangerie finirait par ouvrir -peine perdue un lundi, mais ce n’est pas vraiment prévisible en province. Un jeune homme avec un gros sac à dos, probablement un pèlerin de Compostelle, attendait sur un autre banc, mais je pense qu’il attendait plutôt l’office de tourisme afin de trouver un hébergement.

La Gartempe à Vicq

Faute de petites routes pratiques dans la région, j’ai été obligé d’utiliser une départementale rectiligne et ennuyeuse dans la vallée de la Gartempe que je trouvais quand même préférable à la nationale dans la vallée de la Creuse. La Gartempe est plus un fleuve de plaine que la Creuse, avec des algues fleuries un peu comme les rivières de Normandie.

Je me suis ennuyé pendant une demi-heure jusqu’à Vicq où la carte annonce une église intéressante. Le village est assez pittoresque, tout serré autour d’une petite butte dominant la rivière, mais je n’ai pas trouvé l’église passionnante de l’extérieur. Comme elle était fermée, je n’ai pas vu le retable qui est à l’intérieur.

Il y a un « plus beau village de France » juste en amont de Vicq, Angles-sur-l’Anglin, qui était mon objectif principal en prenant cet itinéraire. On a trouvé près d’Angles un abri sous roche décoré d’une extraordinaire frise préhistorique en ronde-bosse, une forme d’art tout à fait exceptionnelle. Evidemment, il s’agit d’un site protégé interdit au public, en particulier parce qu’il n’a pas été entièrement fouillé.

Site d’Angles-sur-l’Anglin

Le village lui-même est disposé le long de rues qui tortillent à mi-hauteur sur des crêtes dominant l’Anglin et ceci lui donne un air pittoresque, mais il n’y a que quelques maisons anciennes et ceci confirme que le label « plus beau village » commence à se dévaluer à force d’accroître le nombre des membres. Evidemment, vu le nombre de touristes que le label attire, tout le monde essaye de s’y inscrire même si le nombre de vieilles maisons est limité.

Forteresse d’Angles-sur-l’Anglin

Il y a évidemment une église mais on peut trouver mieux dans la région, surtout la magnifique abbatiale de Saint-Savin visitée en 2002 qui n’est qu’à 16 km. Ce qui est vraiment beau à Angles, c’est la gigantesque forteresse, que l’on voit très bien parce qu’elle est presque en contrebas du village. On peut facilement faire le tour par la route qui passe juste au pied et on peut apparemment aussi explorer librement les ruines, ce que je ne pouvais pas faire faute de temps.

C’était la forteresse frontalière des évêques de Poitiers dès l’an mil, qui furent de fidèles soutiens des rois d’Angleterre pendant toute la guerre de Cent Ans. Elle continua à leur appartenir ensuite et ceci conduisit à des destructions pendant les guerres de religion. Possession épiscopale, le château fut souvent gouverné par des capitaines ultra-catholiques et les rois de France durent le conquérir par les armes tant contre la Ligue que contre la Fronde.

Forteresse d’Angles-sur-l’Anglin

Il fut finalement abandonné en 1708 parce que le Parlement ne parvenait pas à se décider sur les restaurations nécessaires, d’autant plus que la forteresse dépendait administrativement à la fois de son seigneur, l’évêque de Poitiers, de l’intendant du roi à Bourges et de l’élection judiciaire du Blanc, lesquels relevaient respectivement des gouverneurs du Poitou, du Berry et de la Marche. Les ruines que l’on peut voir de nos jours couvrent une étendue impressionnante, peut-être autant que les grandes forteresses de Fougères et de Falaise.

Quittant Angles, j’ai décidé de me diriger vers l’abbaye de Fontgombault, indiquée en caractères gras sur ma carte et donc probablement d’un intérêt insigne. Ceci m’a ramené dans la vallée de la Creuse par une très jolie petite route. Il y a certes une petite église romane mignonne à Fontgombault, mais le grand site est l’abbaye, héritière d’une tradition fort vénérable et toujours en activité.

Abbaye de Fontgombault

Elle fut fondée en 1091 quand un ermite local y fonda un monastère bénédictin.qui subsista juqu’en 1741 malgré des destructions pendant les guerres de religion. Son histoire subséquente fut moins brillante: centre de mission rurale, carrière de pierres, trappe avec fabrique de kirsch, usine de boutons, hôpital militaire belge, séminaire… Elle redevint abbaye quand il fallut fermer le séminaire en 1948 faute de vocations et accueillit des moines de Solesmes. C’est l’une des abbayes les plus dynamiques de France de nos jours.

J’ai vu deux moines sortir de la clôture par une porte dérobée pour examiner quelque chose sur la route d’accès, puis ils sont retournés à l’intérieur. On imagine facilement les moines en robe de bure avec ceinture, mais ceux-ci étaient en tenue de jardinage certainement plus pratique.

Portail de l’abbatiale de Fontgombault

J’ai pu visiter l’abbatiale puisqu’elle était encore ouverte, mais j’ai été un peu déçu parce qu’elle est très nue, presque cistercienne par son austérité. Je n’ai pas remarqué sur place le déambulatoire roman, mais je ne me souviens pas s’il y a une clôture comme dans d’autres abbatiales et ce serait une explication.

Je me suis contenté finalement d’une photo du portail, qui combine des décors géométriques normands (sans surprise dans cette région soumise au roi d’Angleterre au XIIème siècle), des corbeaux purement décoratifs saintongeais et quelques chapiteaux sculptés avec une grande finesse. L’abbatiale est considérée comme l’un des exemples les plus purs et les plus parfaits de l’architecture romane, mais je crains de nas être très sensible aux bâtiments aussi austères.

Je suis revenu ensuite dans la vallée de l’Anglin car elle me menait beaucoup plus directement à mon hébergement. Il fallait traverser une nouvelle fois la ligne de crête, mais c’est agréable et pas trop fatigant dans ce paysage de collines partiellement boisées.

Ingrandes au bord de l’Anglin

A Ingrandes, j’ai trouvé un château que je ne suis pas allé examiner de près mais qui domine joliment le village et la rivière. On voit surtout le donjon sur ma photo, mais il y a aussi un corps de logis couvert de lierre qui date du XVème siècle et qui a été beaucoup rénové depuis. Les propriétaires actuels y ont installé des chambres d’hôtes de luxe. Le principal titre de gloire du château est d’avoir servi de lieu d’exil à Marie-Henriette d’Aloigny, exilée de la cour par Louis XIV pour ses intrigues.

Château de Forges

A 3 km d’Ingrandes, je suis passé devant un des plus jolis châteaux médiévaux du voyage, le charmant château de Forges. Il a de belles tours rondes, certaines avec des toits pointus, et un portail à mâchicoulis qui en fait un site de conte de fées. C’est à l’origine une hostellerie du XIIIème siècle. Je ne m’en suis pas rendu compte sur place, mais il y a en fait un donjon flanqué de quatre tours à l’intérieur d’une enceinte de cinq petites tours. Ce qui fait peut-être aussi son charme, c’est la couverture en tuiles qui contraste si bien avec les murs de pierre et le vert de la prairie.

Château de Forges

Le château appartint longtemps aux descendants de l’échanson de Charles VII, mais fut vendu au XVIIème siècle et termina en ferme avant d’être racheté par une descendante des propriétaires initiaux, la Vicomtesse de Poix. Les touristes peuvent habiter au château dans trois chambres d’hôtes de grand luxe. Il faut reconnaître que l’on fait difficilement mieux dans le genre moyenâgeux.

Il ne me restait plus ensuite qu’à traverser Concremiers et à monter sur le plateau pour trouver la chambre d’hôtes que la dame m’avait assez bien expliqué au téléphone. On a une impression favorable de prime abord, les chambres se trouvent dans le bâtiment annexe d’une grande propriété qui est sûrement une ancienne ferme et les rosiers en fleurs donnent un grand charme au jardin réservé aux hôtes. On n’entre pas du tout dans la cour de l’ancienne ferme et le bâtiment des chambres est aveugle de ce côté, ce qui est curieux et probablement le résultat d’une reconstruction.

J’ai été accueilli par une dame qui avait l’air un peu troublée et elle m’a dit qu’elle n’avais pas su quand j’arriverais et qu’elle se demandait si je viendrais. Comme j’indique toujours l’heure de mon arrivée au téléphone, j’étais un peu surpris, et elle m’a dit qu’elle reçoit seulement de la patronne le nombre d’invités. Effectivement, je n’ai pas vu la patronne en question, ni d’ailleurs son mari. L’employée m’a dit qu’il est entrepreneur en bâtiment, qu’il a beaucoup d’argent et qu’il ne parle que rarement avec les hôtes.

La chambre offre le confort figurant dans le catalogue des Gîtes de France, mais on a l’impression que les propriétaires font exactement le strict minimum pour garder leur homologation. L’entretien est insuffisant: peinture abîmée, accrocs aux rideaux, presque aucune décoration. Le comble dans cette catégorie est le bol de fruits comme décoration de table, car ce sont des fruits en plastique. J’ai presque cru à une plaisanterie.

L’employée m’a apporté mon dîner en disparaissant à chaque fois entre les plats, exactement comme au restaurant. Bien que ceci arrive ailleurs, c’était la première fois cette année et j’étais déçu. Et surtout, la qualité du dîner n’était pas au niveau du prix. C’était un repas pour lequel j’aurais estimé normal de payer 12 € dans un café pour routiers, pas un repas à 20 €, et surtout pas un repas avec spécialités régionales à la table familiale comme ceci est promis sur le site des Gîtes de France.

La dame a semblé très vexée que je trouve son repas un peu léger et pas très régional -il est vrai que la patronne ne lui avait pas dit que je serais à vélo. J’ai donc eu une petite assiette de crudités, une tranche de porc avec des petits pois de conserve, un tout petit morceau de camembert plâtreux avec une tranche de pain et un flan de supermarché. Effectivement, j’avais faim en sortant de table et je l’ai dit à la dame.

Elle m’a alors expliqué qu’elle habitait là depuis deux ans parce qu’elle avait besoin d’un petit revenu avant de pouvoir toucher sa retraite, mais qu’elle était de Nice et n’aurait pas choisi de s’installer dans la région sans ce travail. Les chambres d’hôtes étaient à l’origine un projet de la femme de l’entrepreneur, mais il avait divorcé et sa nouvelle épouse ne s’intéressait pas à l’affaire. Il en faisait donc un pur investissement financier en payant l’employée un petit montant pour les courses et en ne faisait rien sinon.

Après le dîner, je ne pouvais pas faire la conversation, la dame étant retournée dans son appartement où l’attendaient une perruche bruyante et bavarde et un bichon aboyant sans cesse si elle s’absentait. Malheureusement, il n’y a strictement rien dans la salle commune pour les touristes, aucun livre, aucun jeu ou aucune revue sur la région. Il y a juste une pile de vieux Paris-Match. Il y a aussi un présentoir à prospectus pratiquement vide dont une autre employée (il y en a une pour les dîners et une pour le linge et les petits déjeuners) m’a dit qu’elle l’avait fait elle-même.

J’ai été tellement mécontent de cette soirée que j’ai écrit pour la première fois en vingt ans à l’inspection départementale des Gîtes de France pour publicité mensongère. J’ai reçu effectivement une réponse comme quoi on me remerciait de mon courrier que l’on lirait attentivement. Les Gîtes de France vivant des cotisations de leurs adhérents, je ne pense pas qu’ils feront grand chose.

Mais il y a un problème particulier en l’occurrence: la plupart des clients de cette chambre d’hôtes sont des personnes qui viennent pour profiter d’un bon-cadeau offert par un tiers. L’employée m’a dit qu’ils ne reviennent jamais, ce qui ne me surprend guère, et je crains que ces personnes ne pensent à tort que les Gîtes de France sont tous des hébergements de mauvaise qualité vendus trop cher.

Surtout que les fameux bons-cadeaux sont vendus avec 30% de supplément allant à l’organisation départementale. J’ai appris par la suite que la plupart des adhérents refusent d’accueillir les bons-cadeaux car les bénéficiaires ne savent pas à quoi s’attendre et ont souvent des attentes irréalistes ou différentes.

A vrai dire, après ce voyage, je suis renforcé dans mon opinion qu’il serait bien utile de prendre des chambres d’hôtes non membres des Gîtes de France si on pouvait les identifier sans trop de difficultés par Internet.

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